30 novembre 2013

343ème semaine politique: Hollande se sphinxarise

Hollande est une énigme, il trouble, interroge, énerve, agace. Son nouveau silence médiatique plonge nombre d'éditocrates dans une rage mêlée de surprise. Sa cote remonte un peu. Face à lui, le Medef tourne piteux dans l'affaire Varin; les syndicats s'affairent sur la réforme fiscale, le chômage des sans-emplois baisse un peu. Et l'opposition perd de sa consistance.

Hollande consulte, beaucoup. 
Pendant qu'Ayrault lance ses premières consultations sur la réforme fiscales avec le patronat et les syndicats, Hollande multiplie les entretiens direct, à l'Elysée, en cascade avec des ministres: Fleur Pellerin, Najat Vallaud-Belkacem, Laurent Fabius, Arnaud Montebourg. La démarche n'est pas anodine. Mercredi, il file à Madrid pour un sommet franco-espagnol. Jeudi, il visite une usine Solvay à Aubervilliers.

Une simple phrase - en gros, que la lutte contre le chômage prendra le temps qu'il faut - suffit à plonger quelques membres à vie du microcosme médiatico-politique dans le plus grand émoi. Avait-il renoncer à sa promesse d'inversion de la courbe du chômage ? Oh mon dieu ! Nous pouvions écrire, débattre, commenter, interpréter, écrire encore, débattre toujours, gloser surtout sur cette sortie présidentielle. Que Hollande était "insondable" !

Quelques plumes croient deviner une rivalité avec Ayrault. D'autres théâtralisent la solitude du premier ministre qui s'est attelé à cette remise à plat fiscale dont finalement personne ne voudrait. On lit avec effroi ou dégout ces commentaires de ministres ou conseillers anonymes "qui n'y croient pas". Ayrault, seul contre tous ? Les représentants syndicaux y croient. Thierry Lepaon (CGT) défonce Michel Sapin, le ministre du travail qui s'était autorisé d'évoquer la piste d'une "CSG progressive" alors même les débats n'avaient pas commencé: "Il faut que Michel Sapin s’occupe de ses affaires".

Lundi, journée internationale pour l'élimination de la violence à l'égard des femmes,  
on se rappelle le plan triennal de la ministre Najat Vallaud-Belkacem. Un numéro - le 3919 - centralisera tous les appels, y compris ceux pour l'hébergement d'urgence des femmes battues. Il paraît que cela ne suffit pas. Vendredi, la loi pénalisant les clients de la prostitution déboule à l'Assemblée. La boucle est bouclée. Le projet se veut une réponse aux trafics, désormais internationaux: la prostitution est une infraction et une souffrance, le proxénétisme déjà un crime. La honte était ce vendredi dans l'hémicycle: les rangs étaient déserts. 

Mercredi, le patronat a eu peur. Très peur. Très très peur. 

L'un des siens, Philippe Varin président de PSA, a failli ne pas renoncer à sa retraite chapeau de 21 millions d'euros découverts par la CGT dans les comptes de l'entreprise. Tout ce que compte le MEDEF de dirigeants s'est empressé de presser leur collègue de renoncer à l'affaire. Pendant 24 heures durant, même le Figaro se dépêcha de fournir diversion et argumentaire. Côté diversion, le Fig fournit un article exemplaire sur la retraite chapeau ... des fonctionnaires. Il fallut ressortir combien la retraite de ces derniers nous coûtait cher. Quelle horreur ! Côté argumentaire, le même Fig lança qu'un million de Français bénéficiaient aussi de retraite chapeau... On se pinçait. En fait, la plupart de ces bénéficiaires ne touche pas 20 millions mais ... 2000 euros... Les Echos, fort heureusement, avaient trouvé 180 banquiers qui allaient toucher au moins l'euro-million.

20 millions, c'est aussi le petit bonus que le gouvernement accord à 570.000 bénéficiaires du minimum retraite. La réforme Ayrault est enfin adoptée définitivement, mardi à l'Assemblée. Marisol Touraine, ministre de la Famille, accorde aussi une revalorisation d'une quinzaine de millions d'euros de l'aide à la souscription d'une retraite complémentaire pour les retraités modestes.


Le chômage a trop de définitions pour qu'on s'accorde sur sa baisse.

Celui des sans-emplois - catégorie A en langage Pôle Emploi - a bel et bien diminué de plus de 20.000 inscrits en octobre. L'inversion de la courbe du chômage "se dessine", commente-t-on chez Michel Sapin. "L’inversion de la courbe du chômage est désormais amorcée" ajoute Hollande jeudi. On critiquera la hausse des radiations administratives de Pôle Emploi  (+11.000, soit +25,8% en un mois), mais elle est plus que compensée par une baisse des cessations d’inscription pour défaut d’actualisation (-15.000, soit -7,4%).

Le chômage des autres, c'est-à-dire le chômage partiel, est toujours en hausse. Il reste des points noirs, graves: le nombre de chômeurs inscrits depuis plus d’un an à Pôle emploi dans les 3 premières catégories dépasse les 2 millions (42% du total). L'ancienneté moyenne a grimpé à 505 jours ! Les seniors souffrent plus que d'autres. Pire, les entrées dans le chômage restent massives, encore 505.000 pour le seul mois d'octobre ! Pôle emploi rassemble 5,25 millions d'inscrits, un record.

Sur iTélé, Bruce Toussaint s'inquiète, encore, de ces 500.000 offres d'emplois non pourvues. Le chiffre est bidon; argument néo-lib bidon jamais prouvé. Les offres d'emploi à fin octobre chez Pôle Emploi sont à un niveau "historiquement bas", à peine 230.000. Et certaines défient l'entendement.


Manuel Valls est revenu. 
France inter, il fallait qu'il parle. Trop de silence. Une réforme du droit d'asile se profile, un rapport rédige par la sénatrice UDI Valérie Létard et le député socialiste Jean-Louis Touraine lui a été remis ce jeudi. Leurs recommandations visent à désengorger les bureaux d'accueil, et accélérer le traitement des dossiers (17 mois en moyenne).  

Quid du bon traitement des demandeurs ? De la protection des personnes persécutées ? 80% des demandes sont aujourd'hui refusées, le budget de l'asile est systématiquement sous-évalué. Le raisonnement suit une logique trop "comptable", dénoncent les associations. D'autres s'indignent à l'idée de supprimer les allocations aux demandeurs d'asile qui refusent une place d'hébergement. Les auteurs du rapport préconisent des quotas de place par région, ou la création de centres pour déboutés.

Le patron de l'Opfra parle plus calmement. Mais son ministre de tutelle, Manuel Valls, déboule et dérape, comme souvent. Comme toujours. Sur France inter mercredi, il ne retient que le spectre du "débordement", il dénonce cet asile "dévoyé" pour des fins migratoires: "L'asile est en train d'exploser, parce qu'il est utilisé à des fins d'immigration et donc pour le sauver il faut le réformer".  Faut-il sauver le droit d'asile ou protéger les persécutés du monde ? 

Jeudi, le coup est rude pour Copé.
D'après un mauvais sondage, quelque 1% des sympathisants de l'UMP l'espèrent comme candidat à la présidentielle...A Paris, la campagne de NKM s'enlise. D'autres combats sont plus prometteurs, comme à Mulhouse, anciennement dirigée par l'ex-transfuge sarkozyste Bockel. Côté écolo, Dominique Voynet jette l'éponge à Montreuil. Elle ne se représente pas, écoeurée.

Le Parti socialiste fait à peine davantage rire. Une petite messe emplie de bons sentiments contre le racisme et les méchants tentent de motiver les foules mardi soir. Retour vers le futur, back to SOS Racisme version 1986, les pin's en moins, Christiane Taubira en mieux qui sauve le peu de meubles qu'il y avait récupérer. 

La gauche "s'enrichit" d'un nouveau parti, Nouvelle Donne, gros clin d'oeil au New Deal de Franklin R. Roosevelt. Pierre Larrouturou en est l'un des instigateurs principaux. En vue, les élections européennes

Vendredi soir, le Parti de Gauche tient meeting à Paris. Jean-Luc Melenchon râle et proteste contre la hausse de la TVA sur la restauration, les transports publics et quelques autres secteurs. Combien va coûter cette "incroyable" hausse de TVA ? Rien, pas grand chose. Est-elle systématiquement injuste ? Non, pas systématiquement, sauf à penser que le cadeau tant décrié à gauche de cette réduction sarkozyste pour la restauration était finalement légitime. D'autres hausses, à l'inverse, comme sur les travaux ou les transports, sont mauvaises. Plutôt que de se mobiliser pour un "basculement" général de la fiscalité, profiter de la remise à plat proposée, le leader du PG prolonge ce combat inaudible.

A Paris, dans l'indifférence générale, la reconnaissance du vote blanc a été adoptée. Mais pour... plus tard, à cause d'un amendement socialiste.

Faut pas déconner. 



Joyeux Noël, bientôt.






Crédit illustration: DoZone Parody

29 novembre 2013

Comment légiférer sur la prostitution: la loi déboule à l'Assemblée.

C'est aujourd'hui, vendredi 29 novembre, que la loi interdisant le recours à la prostitution est enfin examinée à l'Assemblée nationale.

1. A peine arrivée à la tête de son ministère des droits des femmes, la ministre Najat Vallaud-Belkacem, avait affiché son intention d'abolir la prostitution: "La question n’est pas de savoir si nous voulons abolir la prostitution - la réponse est oui - mais de nous donner les moyens de le faire."  L'ambition était forte. D'aucuns clamèrent qu'elle était hors de toute réalité. La ministre rappelait à l'occasion que les député(e)s de tous bords avaient voté l'année précédente une préconisation de sanctionner les clients.

2. Le 10 octobre 2013, une proposition de loi, portée par des députés de gauche et de droite, est déposée à l'Assemblée nationale. L'exposé des motifs débute par ce rappel de la Convention des Nations unies pour la répression de la traite des êtres humains et de l’exploitation de la prostitution d’autrui, approuvée par son Assemblée générale le 2 décembre 1949 et ratifiée par la France le 19 novembre 1960: "La prostitution et le mal qui l’accompagne, à savoir la traite des êtres humains en vue de la prostitution, sont incompatibles avec la dignité et la valeur de la personne humaine et mettent en danger le bien-être de l’individu, de la famille et de la communauté ".  Les auteurs rappellent quelques faits:  (1) si les prostituées seraient à 85 % de femmes, les clients seraient à 99 % des hommes; (2) 90% des prostituées "dans l’espace public" sont aujourd'hui étrangères, un constat révélateur de l'ampleur de la traite internationale; (3) les personnes prostituées sont "victimes de violences particulièrement graves qui portent atteinte à leur intégrité physique et psychique."

3. Le 7 novembre, quelques auto-proclamés "salauds" publièrent chez Causeur un manifeste des 343 pour défendre leur/le droit à consommer du sexe tarifé. Ils n'étaient que 19, leurs arguments encore moins nombreux, le débat s'enflamme entre prudes et libertaires, entre féministes et machistes, entre supporteurs et opposants à toute législation. On oublie presque qu'il ne s'agissait d'abord que d'une petite manoeuvre commerciale et surtout minable du mensuel Causeur pour vendre du papier.

4. Le 29 novembre, le projet de loi déboule à l'Assemblée. La grande nouveauté du texte est la sanction des clients (cf. Article 16: amende de Vème classe, soit 1.500 euros, doublée en cas de récidive), et l'abrogation du délit de racolage dans les 6 mois suivants l'adoption du texte (Articles 13 et 19). Le précédent sarkozysme législatif avait préféré l'inverse. S'ajoute diverses mesures de "curation" à l'égard des clients et des prostituées, et de prévention: création d'une instance départementale "chargée d'organiser et de coordonner l'action en faveur des victimes de la prostitution et de la traite des êtres humains", stage de sensibilisation pour les premiers (Article 17), d'un fonds pour la prévention de la prostitution et l'accompagnement des prostituées (Article 4), autorisation de séjour de six mois renouvelable pour les prostituées étrangères (Article 6) engagées dans un "parcours de sortie de la prostitution" (créé par l'Article 3), création d'un "Droit pour toute personne victime de la prostitution à bénéficier d'un système de protection et d'assistance" (Article 3); "Intégration de la lutte contre la marchandisation des corps parmi les sujets traités durant la scolarité" (Article 15).

5. L'hypocrisie demeure: la prostitution reste légale en France.

6. L'un de ses objectifs affichés est de lutter contre les réseaux de traite humaine, notamment sur internet (cf. l'Article 1er: "Obligation pour les fournisseurs d'accès à internet d'empêcher l'accès aux sites hébergés à l'étranger qui contreviennent à la loi française contre le proxénétisme et la traite des êtres humains"). La loi propose de recourir au même filtrage que celui envisagé par la loi Loppsi II de mars 2011 contre les sites pédo-pornographiques. Le décret d'application de cette dernière disposition n'est toujours pas publié. Le gouvernement a d'ailleurs fait déposer un amendement mercredi pour supprimer ce filtrage, réclamant davantage d'études sur le sujet.





[NDR: c'est un débat quasiment sans fin à propos d'une activité qu'on qualifie injustement de "plus vieux métier du monde". Votre serviteur soutient cette proposition de loi, mais bien mollement, je vous l'accorde. Je n'écoute plus les anecdotes sur la prostitution "choisie" qui me semblent déconnectées de toute réalité devant l'ampleur des trafics internationaux actuels. Mais sanctionner la clientèle sans sanctionner les "fournisseurs" me semble assez hypocrite au demeurant. ]





Lire le texte du projet du loi.

28 novembre 2013

Retraites: quand le Figaro défend l'euromillion de Philippe Varin.

Pour vingt millions d'euros, on n'a vraiment plus rien. Ou beaucoup trop.

20 millions d'euros, c'est beaucoup et trop peu à la fois. C'est peu pour les retraités, le bonus du jour que se partageront 570.000 retraités au titre d'une meilleure indexation de leur minimum vieillesse.

20 millions d'euros, c'est beaucoup pour un seul homme. Comme la cagnotte de l'euro-million, ou ... la retraite d'un président de PSA.

On découvre donc que d'indécentes retraites-chapeaux sont toujours en vigueur. On a oublié qui devait donc "moraliser le capitalisme financier".

Retraite discrète
Foutage de gueule ! s'est indignée Anne Rosencher dans les colonnes de Marianne.net. Philippe Varin quitte PSA, comme quelque 8.000 autres salariés. Mais lui, c'est l'ancien patron. Les autres sont licenciés ou envoyés en pré-retraites. Philippe Varin, président du directoire de PSA depuis moins de cinq ans, devait partir en janvier avec 21 millions d'euros de retraite chapeau réglés par le groupe. Philippe Varin voudrait-il provoquer l'opinion qu'il n'aurait pas fait mieux. Même les instances dirigeantes du MEDEF se sont émues. L'organisation patronale a annoncé qu'elle se "saisissait" de l'affaire. Un cas pareil, en pleine crise, alors que les débats sur la réforme fiscale commencent, ça fait tâche.

Pire, le récent accord compétitivité/emploi signé le 24 octobre dernier avec 4 des 6 syndicats, sous l'égide du ministre du Redressement productig Arnaud Montebourg, prévoyait gel des fermetures d'usines et des salaires en 2014 (avec revalorisation au prorata des performances de l’entreprise jusqu’en 2016), mobilité volontaire, réduction des RTT et flexibilité accrue sur le temps de travail, le tout pour dégager environ 125 millions d'euros d'économies pour l'entreprise.

Dans les colonnes de la presse conservatrice, patrons, économistes et éditocrates en tous genres se succèdent pour expliquer combien les entreprises françaises sont trop taxées. Pourtant, ce PSA en difficulté, incapable de dénicher un patron en son sein (quel management de la relève !) , a trouvé de quoi réserver l'équivalent de 1082 années de SMIC pour les vieux jours de son futur ex-président.

Sauver le soldat Varin
Assez rapidement, quelques plumes viennent à sa rescousse.

Environ un million de Français, dans 11.000 entreprises, bénéficient de retraites-chapeau, précise le Figaro . Ouf ! On est rassuré ! Philippe Varin n'est pas seul ! En fait, le Figaro précise que ce "régime de retraite qui vient s'ajouter aux régimes de retraite obligatoires", intégralement financé par l'employeur, est loin d'être aussi généreux habituellement: "Dans la moitié des cas, les bénéficiaires perçoivent cependant une rente inférieure à 2000 euros par an, loin des 310.000 euros qui devraient être perçus par Philippe Varin." La précision est d'importance. Car le Monde avance d'autres données: "En août 2009, date des dernières estimations officielles diffusées par le gouvernement, 761 cadres dirigeants d'entreprises françaises bénéficiaient de ces régimes d'exception."

Pire, le Figaro nous rappela fort opportunément combien les retraites des fonctionnaires étaient bien plus scandaleuses (sic!). dans un article sobrement titré "Retraites des fonctionnaires : un gouffre pour l'État", , aidé du service infographie de son journal, nous assénait quelques vérités: "Les retraites des fonctionnaires souffrent d'un déséqui­libre abyssal; (...) d'après les calculs actualisés du COR, seul un quart des pensions est financé par les cotisations salariales." Et d'ajouter: "L'État, qui ne verse pas à proprement parler de cotisation employeur, subventionne discrètement les retraites des fonctionnaires à hauteur de… 73 % de ses besoins. Concrètement, la facture atteindra 37,3 milliards d'euros cette année, selon les prévisions du COR". Le zélé journaliste aurait pu rappeler que les cotisations des non-salariés agricoles ne couvrent que 13% des pensions...

Le même est même allé interrogé Bruno Chrétien, le président de l'Institut de la protection sociale, un thinktank sur les questions de retraites, pour commenter: "une majorité de fonctionnaires bénéficient d'un “coup du chapeau” avant leur départ en retraite, une forte augmentation de traitement dans les six derniers mois de leur carrière".

Avez-nous noté la très habile utilisation du terme "chapeau" ?

Osons une question sacrilège: comment peut-on qualifier de "discret" un financement à hauteur de 37 milliards d'euros en 2013 ? Osons une question de mémoire: pourquoi ce journaliste du Figaro était-il aussi "discret" quand, en juin 2010 Eric Woerth passait "discrètement" sous le tapis ce financement de l'Etat pour clamer que la réforme Sarkozy plaçait l'ensemble des régimes de retraite à l'équilibre ?

Finalement, le Conseil d'Orientation des Retraites, dont ce journaliste avait pompé le rapport mensuel pour livrer cette charge urgente, corrigea quelques incorrections: l'Etat ne verse pas des subventions mais des cotisations.

Face au tollé, M. Varin a choisi la voie de la sagesse. Il a renoncé, apprenait-on mercredi soir. 

Et la retraite des petits ?
Fâcheuse coïncidence, la réforme Ayrault des retraites a finalement été adoptée la veille de cette révélation outrancière. Le parcours législatif fut aussi rocambolesque que les oppositions dispersées. Cette réforme, critiquée ici et ailleurs pour l'injustice de sa disposition phare - l'allongement que l'on devine sans fin de la durée de cotisations, a été amendée dans tous les sens au Sénat pour être vidée de toute substance et retoquée à l'unanimité.

A l'Assemblée, pour éviter tout détricotage, le gouvernement a préféré recourir au vote bloqué, après deux gestes symboliques pour les petites retraites: primo, le minimum vieillesse sera revalorisé à deux reprises en 2014 - alors que l'indexation annuelle des pensions a été reculée d'avril à octobre pour le cas général. la mesure concerne 570.000 personnes, pour un coût global d'environ 20 millions d'euros.

Secundo, le gouvernement a renforcé de 50 euros l'aide à l'acquisition d'une complémentaire santé (environ 500 euros par an pour les plus de 60 ans), soit 15 millions d'euros au total.

Vingt millions, somme indécente quand il s'agit d'un seul, patron d'une entreprise qui supprime par ailleurs 8.000 postes. Vingt millions, somme insuffisante pour quelque centaines de milliers de retraités modestes.


[NDR: cet exemple fournit une excellente démonstration de l'incroyable décalage des situations. La lutte des classes est bien là.]

27 novembre 2013

Cette curieuse enquête IFOP qui minore le vote FN

C'est un secret de polichinelle. La gauche, qu'elle soit d'opposition ou de gouvernement, ne parvient plus à convaincre. On cherche les indices qui prétendraient le contraire.

Un sondage de plus, réalisé par la méchante Ifop propriété de Laurence Parisot, devrait interroger plus d'un responsable politique.

L'enquête a porté sur 13 cantons affectées par une fermeture industrielle significative entre 2009 et 2011. L'Ifop a ensuite mesuré la progression du vote Front national entre 2007 et 2012. Et elle comparé l'évolution du vote FN entre le département dans son ensemble, avec celle dans les cantons affectés en particulier.

1. "Les fermetures d'usines ont un impact réel mais pas massif sur le vote FN". C'est même le titre du compte-rendu qu'en font les Echos. En moyenne, le FN a récolté à peine 2 points de mieux à l'élection présidentielle dans ces cantons que dans le département dans son ensemble. L'Ifop avait réalisé la même analyse entre 2002 et 2007, pour constater que Marine Le Pen avait mieux mobilisé les mécontents que son père. Et qu'elle faisait même mieux que le Front de gauche et l'abstention.

2. L'étude sous-évalue le passé récent, c'est-à-dire les 18 derniers mois depuis l'élection de François Hollande, puisqu'elle ne les traite pas.

3. L'étude sous-évalue aussi l'impact départemental de ces fermetures d'usine. L'ambition de l'Ifop, dans ce travail, n'était finalement qu'une analyse "micro-locale". On peut penser en effet que les fermetures d'établissement retenues ont eu un impact plus large que sur le seul département: Gandrange,  Molex, Continental, Faurecia, etc.


Réforme fiscale: Hollande versus Ayrault ?

Il leur a ouvert les portes de Matignon. Mardi 26 novembre, Jean-Marc Ayrault a entamé ses premières consultations avec les partenaires sociaux sur la réforme fiscale. Premiers échanges, premiers jours d'une remise à plat qu'on l'espère ou que l'on craint.

Voici les 10 travaux d'Hercule-Ayrault, une véritable liste de Noël pour gladiateur des temps modernes: fusionner de la CSG avec l'IR, améliorer la redistributivité de l'impôt, réformer les niches fiscales et/ou le quotient familial, instaurer un prélèvement à la source, supprimer l'ISF, revoir les assiettes d'imposition, modifier les barèmes, revoir la fiscalité des entreprises et la fiscalité locale.

On pourra multiplier les graphiques, il y a en fait deux réalités qui dominent.

1. Les prélèvements obligatoires sont plus élevés en France qu'ailleurs dans l'OCDE. On sait pourquoi même si on fait mine de ne pas le savoir. Aux Etats-Unis, Barack Obama bataille encore pour instaurer son programme d'assurance maladie pour tous. Voilà où ils en sont, là-bas.
2. Plus on est pauvre, plus on est taxé. C'est factuel, prouvé, établi: "Il y a trop de taxes et pas assez d’impôts" a très justement expliqué Thierry Lepaon

La grande remise à plat suscite des vocations. Tout ce que la France compte d'éditocrates assène ses propositions pour réformer les impôts des autres.

Le coup de gueule du jour, ce mardi 26 novembre, était pour Thierry Lepaon, le patron de la CGT. Il était furibard de la sortie de Michel Sapin, ministre du Travail, sur la CSG que ce dernier souhaiterait "progressive". Sapin était sur RTL et Lepaon avait raison sur un point essentiel: qu'on laisse cette remise à plat se dérouler:
"Il faut que Michel Sapin s’occupe de ses affaires (...). Je trouve un peu dommageable que, (alors) la consultation n’a pas encore commencé (...), déjà des ministres se positionnent. (....) Aujourd’hui le Premier ministre a engagé une réforme fiscale, il faut que nous puissions aller au bout sans rajouter tous les matins de la confusion à la confusion. Il est temps que chacune et chacun soit bien dans ses responsabilités."
Lepaon avait d'autant plus raison  que l'idée de Michel Sapin est potentiellement "explosive", comme le titrent les Echos dès le lendemain.

Michel Sapin est un "Hollandais" historique, un fidèle du patron. Que comprendre de cette initiative "individuelle" ?

Est-ce un rééquilibrage brutal et soudain ? La réforme fiscale est l'un des sujets les plus lourds du quinquennat. C'est Ayrault qui s'y colle, retour évident à la logique institutionnelle initiale.

D'autres voient dans l'opération une tension entre le président et son premier des ministres. La chose a existé de temps à autre sous tous les présidents. Mais là, on pensait le tandem accroché et solidaire. A l'Elysée, on dément tout frottement. Tout juste concède-t-on qu'on n'a pas apprécié l'annonce officieuse mais prématurée du départ des directeurs du Trésor et du Budget.
"J'ai lu… Qu'est-ce que c'est que cette histoire? Qui a parlé? C'est toi, tes proches?" Hollande à Ayrault.
Hollande contre Ayrault ? L'hypothèse est séduisante.


26 novembre 2013

Elections européennes: "we're not sexy and we know it"

Le clip est drôle, et pourrait faire la quasi-unanimité si l'humeur était plus paisible.

Quelques éditocrates européistes s'en sont déjà félicités.

Mais nul besoin de leur laisser ce privilège.

Oui, ce clip est réussi car drôle et concret.





Le point Sarkozy de la semaine #S01#E02

On y retourne. On aurait voulait éviter. Impossible, chaque semaine le voici dans les gazettes politiques qui cherchent du sujet à papier.

Nicolas Sarkozy, ces derniers jours, assistait encore aux concerts de sa femme Carla dans quelques petites salles de la proche banlieue parisienne. La tournée de Carla Bruni-Sarkozy privilégie visiblement des communes à noyau sarkozyste.

A Longjumeau, l'iPhone de l'envoyé spécial du Petit Journal de Canal+ chope Nicolas Sarkozy souriant aux micros d'Europe 1 et de RTL, dans la salle même du concert. La séquence est diffusée le 18 novembre. On y voit notre ancien monarque ravi. Sur RTL, il explique qu'il est "ému" d'être ainsi applaudi par une partie du public. "Je suis venu la soutenir, ce qui est normal. Elle m'a tellement soutenu elle-même, le moins que je puisse faire c'est de la soutenir et d'être là avec elle. Et puis c'est une salle où j'ai parlé..."

Il y en une autre de ces représentations, samedi soir, au Casino de Paris. Nicolas était accompagné des époux Balkany.Il s'est (encore) ovationné. L'ancien monarque a transformé la tournée de son épouse en tour de chauffe pré-électoral.

Mardi 19, Sarkozy était à New-york, pour une conférence payée par Goldman Sachs.  Il lâche une phrase qui réjouit et intrigue BFM-TV, qui rapporte la chose:
"I'm ready to run a business"
Sarkozy cherche un job. Dix-huit mois qu'il est parti de l'Elysée, et visiblement, personne n'a pensé à lui pour diriger une entreprise. Ce cri du coeur, devant quelques hommes d'affaires, sonnait comme l'aveu d'une déception intime. 

Du business, Nicolas Sarkozy a montré qu'il savait en faire, pour les autres. La semaine passée fut l'occasion de quelques confirmations sur le lobbying de Sarkozy pour la candidature du Qatar à l'organisation de la Coupe du monde de football en 2022.  Le président de la FIFA, Sepp Blatter, a en effet déclaré que la France et l'Allemagne avaient "fait pression pour que la Coupe du Monde 2022 soit attribuée au Qatar."

De quelle pression s'agissait-il ?



Sarkozy a une autre obsession.

Il en veut à François Bayrou, la haine est tenace. La peur aussi. Nicolas Sarkozy craint que ce rassemblement des centres ne gêne son propre retour en 2017.  Il exhorte ces partisans à faire barrages à l'ex-candidat centriste qui désormais brigue la mairie de Pau: "Il faut le tuer !" Sarkozy a toujours des formules plaisantes pour évoquer ses adversaires politiques.





25 novembre 2013

Ce que Najat Vallaud-Belkacem veut contre les violences faites aux femmes.

Elle a obtenu 66 millions d'euros, pour trois ans. Najat Vallaud-Belkacem est la ministre du sujet du jour, l'un de ces sujets que malheureusement l'actualité oublie, et que tous aimeraient voir disparaître rapidement faute de cas.

Mais des cas, il y en a, toujours et nombreux. On reste même coi devant l'ampleur du phénomène.

La ministre des Droits des femmes a présenté un plan triennal de 28 mesures qui en comporte quelques-unes plus particulièrement sociales. Car il s'agit aussi d'améliorer les "chances de sorties" de ces femmes qui veulent fuir la violence.

1650 places (mais seulement en 2017) s'ajouteront au tiers des places d'hébergement d'urgence réservées aux femmes victimes de violences. Est-ce suffisant ? Non. Le 115 est débordé, la ministre l'a reconnu ce lundi matin sur France Inter. Dans une video mise en ligne ces jours-ci, l'association Paroles de femmes teste le numéro d'appel pour l'hébergement d'urgence.

Mais les services du ministère répliquent qu'un numéro spécial et global, entièrement et exclusivement dédié aux femmes victimes de violences, sera justement accessible 24h sur 24 à compter de janvier prochain - le 3919.

Le projet de loi pour l’égalité, prochainement adopté, prévoit également l’éviction du conjoint violent du logement du couple etle  maintien de la victime dans le logement "lorsqu’elle le sollicite."

Autre mesure, la levée des obstacles à l'accès au logement social pour les femmes victimes de violences, dans le cadre du projet de loi ALUR. En l'occurrence, la location ou la propriété d'un logement par le conjoint violent n'empêchera plus l'accès au logement social. Et les documents pour justifier d'une séparation seront moins stricts.

Les CAF et Caisses de MSA seront aussi rappelées à l'ordre pour mieux prendre en compte la séparation ou la rupture de vie commune dans la détermination des droits au revenu de solidarité active. Mais la ministre, en liaison avec les Finances, souhaite aussi créer une "désolidarisation Précoce et effective des dettes" dès l'année prochaine.

Les femmes étrangères victimes de violences ou de la traite seront exonérées de taxes sur les titres de séjour (260 euros sur la primo-délivrance 260€; 106€ pour le renouvellement des titres de séjour)



AXE 1: ORGANISER L’ACTION PUBLIQUE AUTOUR D’UN PRINCIPE D’ACTION PARTAGÉ : AUCUNE VIOLENCE DÉCLARÉE NE DOIT DEMEURER SANS RÉPONSE

1.1: Ne laisser sans réponse pénale et sociale aucune violence déclarée
1.2: Créer une plateforme téléphonique d’écoute et d’orientation
1.3: Doubler le nombre des intervenants sociaux en commissariats et en brigades de gendarmerie
1.4: Consolider la réponse sanitaire et assurer la coordination des politiques publiques
1.5: Organiser une réponse à l’urgence en cas de viol
1.6: Garantir aux femmes victimes de violences l’accès à un hébergement d’urgence dédié et adapté aux besoins grâce à 1 650 solutions supplémentaires
1.7: Lever les obstacles à l’accès au logement social des femmes victimes de violences
1.8: Tenir compte de la situation des femmes victimes de violences dans le calcul des droits au RSA et mettre au programme de travail du Gouvernement la question de la désolidarisation précoce et effective des comptes et des dettes
1.9: Exonérer les femmes étrangères victimes de violences et de la traite des taxes sur les titres de séjour
1.10: Organiser autour du préfet et du procureur de la République un nouveau pilotage départemental des réponses apportées aux violences

AXE 2: PROTÉGER EFFICACEMENT LES VICTIMES
2.1: Renforcer l’ordonnance de protection 2.2: Généraliser le téléphone portable d’alerte pour les femmes en très grand danger (TGD)
2.3: Poursuivre le déploiement des référents pour les femmes victimes de violences au sein du couple
2.4: Consolider l’accueil de jour
2.5: Développer les stages de responsabilisation pour prévenir la récidive
2.6: Développer les marches exploratoires et la prévention situationnelle
2.7: Soutenir la création d’espaces de rencontre parents-enfants et l’accompagnement protégé

AXE 3: MOBILISER L’ENSEMBLE DE LA SOCIÉTÉ
3.1: Renouveler le plaidoyer pour agir : le programme de l’Observatoire national des violences faites aux femmes
3.2: Mobiliser les agents du service public et les professionnels à travers un programme transversal de formation initiale et continue (et 8 annexes)
3.3: Assurer le respect des droits des femmes dans le champ des médias et d’internet
3.4: Prévenir les comportements sexistes et les violences en milieu scolaire
3.5: Prévenir les comportements sexistes et les violences sexuelles dans le milieu universitaire
3.6: Prévenir les comportements sexistes et les violences sexuelles dans le sport
3.7: Prévenir le harcèlement sexuel et des violences au travail
3.8: Prévenir et lutter contre les mariages forcés et les mutilations sexuelles féminines
3.9: Informer et sensibiliser le grand public
3.10: Prévenir les stéréotypes sexistes et les violences faites aux jeunes femmes dans les DOM
3.11: Poursuivre la mobilisation internationale initiée par la Convention d’Istanbul


Lire aussi:

Réforme fiscale: Ayrault seul contre tous ?

Il aurait agi seul contre tous. Les jours passent et les rancoeurs anonymes s'accumulent. On aura toutefois quelque difficulté à penser qu'il ne s'agit rien d'autre qu'une tentative de minorer l'ambition.

Car les critiques viennent aussi de "l'intérieur".

Jean-Marc Ayrault, le soldat.
On connaissait le premier ministre absent, simple exécutant d'un Monarque qui l'étouffait. Il s'appelait François Fillon. Premier collaborateur à avaler toutes les couleuvres, assumer tous les échecs au point de devoir désormais convaincre qu'il a du caractère. On connaissait les premiers ministres loyaux mais dynamiques, anticipant la parole et l'action présidentielles. Alain Juppé, Jean-Pierre Raffarin puis Dominique de Villepin furent de ceux-là, faisant plus de chiraquisme que Jacques Chirac lui-même.

On connaissait ceux qui épousaient les évolutions du patron tout en assumant les coups et l'action. Pierre Mauroy qui géra le tournant de la rigueur en 1983 puis Laurent Fabius qui devait limiter la casse électorale aux élections de 1986.

Il y eut aussi les premiers ministres presque frondeurs, trop autonomes, libérés de leur monarque pour mieux penser à "l'après". Jacques Chaban-Delmas sous Pompidou, Jacques Chirac sous Giscard, ou Michel Rocard sous Mitterrand avaient chacun un programme qui ne collait pas exactement à celui du boss de l'Elysée.

Jean-Marc Ayrault semble un peu à part. Il est arrivé premier ministre à un moment où François Hollande ne savait comment sortir de l'omni-présidence instaurée par son prédécesseur. Lui devait s'évacuer du rôle effacé et masochiste qu'avait créé Fillon pendant 5 ans. Car Fillon avait quand même duré 5 ans à Matignon. Comme un balai qu'on oubli dans un placard.

La réforme fiscale... de qui ?
A en croire les gazettes, Jean-Marc Ayrault a forcé la main d'un peu tout le monde pour lancer cette remise à plat. Hollande a été prévenu juste avant de partir pour Jérusalem. Il a quand même relu l'interview aux Echos avant qu'elle ne paraisse. Mais pour prouver qu'Hollande n'était pas dans la confidence, quelques commentateurs avancent l'argument massue, la déclaration d'Hollande depuis Rome, mercredi, qui temporise: "Il y a là un engagement qui se traduit et qui prendra le temps nécessaire, c'est-à-dire le temps du quinquennat."

Tous les ministres n'ont appris la chose que la veille de la publication. Quelques anonymes ont la trouille ou s'agacent du bon coup. Le Monde en citent deux, très aigris: "Une telle réforme n'a jamais réussi dans ce pays" aurait dit l'un. "Pour l'instant, tout le monde se réjouit, mais quand on va entrer dans le détail de chaque taux, de chaque mesure, on va moins rigoler." "Je suis un peu surpris" aurait ajouté un autre. Quelle solidarité ! Parmi les récalcitrants, on cite Manuel Valls, Vincent Peillon, Claude Bartolone et même Stéphane Le Foll.
"D'accord, c'est un bon coup, les journalistes le disent. Mais on verra ce qu'il en restera dans quinze jours. On va pouvoir en faire, des colloques!", persifle un jaloux. (Source: JDD du 24 novembre)
Pierre Moscovici a été effectivement totalement tenu à l'écart, comme ses collègues. Depuis, il explique qu'il "ne veut pas se laisser "enterrer vivant." Belle expression ! Il s'est aussi agacé que les deux changements à Bercy - Ramon Fernandez qu'il apprécie et le directeur du Budget Julien Dubertret qu'il était prêt à faire partir - aient été annoncés si précipitamment. Car le remplaçant de Fernandez hésite encore !

Expliquer aujourd'hui, avec force détails, combien Ayrault aurait joué seul est une petite manip' des déçus et des effrayés. Ayrault assure qu'Hollande était prévenu depuis plus longtemps. L'affaire était dans les tuyaux depuis 3 semaines. Quelques syndicalistes avaient même été mis au parfum. "Je reconnais que la préparation était confidentielle. C'était nécessaire. Tout ceci s'est fait, jusque dans les détails, avec le président de la République, conformément à son souhait"


Finalement, il manquait une autre remise à plat.

Celle du gouvernement.


24 novembre 2013

L'actualité politique française, vue par 5 blogs #S01e09

Comme chaque dimanche depuis 9 dimanche, voici les billets politiques de la blogosphère qu'il fallait lire avant d'oublier.

Fukushima oublié
Miko Tsukamoto habitait à 42 km de Fukushima. Elle a déménagé. Elle ne comprend pas pourquoi il reste si difficile de savoir ce qui se passe là-bas. Le blogueur Bab publie son témoignage d'une habitant proche de Fukushima, issu d'un blog japonais ouvert par des bénévoles sur place.

Il écrit sur cet oubli collectif: "En quelque sorte, le monde a déjà passé le Japon entier pour profits et pertes. Une pensée pour ceux que nous connaissons, et qui vivent désormais là-bas depuis des années. Et bien entendue la pensée envers tous les autres, ceux que nous ne connaissons pas, ne doit pas quitter notre esprit."

Racisme dépolitisé
Crêpe Georgette poursuit l'analyse des contorsions anti-racistes et des outrances racistes à l'oeuvre contre Christine Taubira et ailleurs. L'occasion lui est fournit par le magazine Elle, qui vient de proclamer notre Garde des Sceaux "femme de l'année." La résurgence récente de propos racistes, y compris dans la sphère politique, est-elle un accident, un "soubresaut", des "erreurs individuelles" ? L'auteure pointe vers l'aveuglement, bien occidental celui-là, sur la face sombre de son passé: "les comportements racistes qui s'expriment de façon visible aujourd'hui ne naissent pas de nulle part ; la France s'est fondée aussi sur l'esclavagisme et le colonialisme et tant que nous ne pourrons en parler sans dire "oui mais" alors le racisme perdurera."

Elle suggère "d'entendre ce que les groupes concernés et luttant contre les discriminations ont à nous dire, pas ceux que nous constituons, comme SOS racisme qui est là juste pour nous rassurer sur notre absence de racisme."


Foire politique
Dans son blog hébergé par Marianne, le blogueur Elie Arié s'interroge sur le concept de vraie et de fausse gauches. Une contribution simple et précise pour tenter de ramener le débat à sa juste place. Le sujet, pense-t-il, est moins de perdre du temps dans des classifications politico-sémantiques que de s'interroger sur les marges de manoeuvre de l'action politique, et les leviers disponibles pour cette action.

Dans un autre billet, plus récent, Elie se demande si le commentaire des gesticulations politiques de dirigeants qui se ressemblent trop ne se fait pas aux détriments de l'analyse au long cours des vraies évolutions du monde.

A gauche en entreprise
Pourquoi l'engagement politique ne pose question en entreprise que lorsqu'il est marqué à gauche ? Le Monolecte donne ses réponses, parfois à travers ses propres interrogations: "est-ce que les gens de droite se posent des questions quant à leur compatibilité professionnelle ? Ce qui reviendrait à dire qu'être de gauche implique une éthique, une déontologie de chaque instant, un engagement, non seulement politique, mais aussi dans chaque acte de notre vie quotidienne, probablement jusqu'au fond des chiottes ou dans l'intimité feutrée de la chambre à coucher."  L'engagement politique se nourrit de la vie professionnelle. La contraint-il également ? L'activité professionnelle donne, dans les faits, de nombreuses occasions de rupture et de contradictions pour qui est engagé à gauche. Elle semble aussi moins troubler le "gars de droite", comme le dénomme l'auteure, que celui de gauche.


Les Flèches de Bibi
Bibi décoche des flèches depuis quelques lustres. Si vous ne les connaissez pas, il est temps de rattraper votre retard. Toujours avec précision et humour, il tacle NKM et ses inombrables et ridicules descentes dans le métro parisien pour cause de campagne municipale.

Il revient aussi sur l'un de nos éditocrates neo-libéraux les plus prolixes, , très actif sur Twitter. Ce dernier, malgré ses incessantes leçons libérales délivrées aux grands de ce pays, refuse obstinément de reconnaître combien sa propre activité ne vit que de subventions publiques.




Bonne lecture !

23 novembre 2013

342ème semaine politique: comment Ayrault pourrait changer la donne

François Hollande a repris la main. A moins qu'il ne s'agisse de Jean-Marc Ayrault. Le premier a pris de la hauteur, maladie de la Vème République, et enchainé les déplacements diplomatiques (Israël, Italie), le second a créé la surprise en annonçant une réforme fiscale que d'aucuns désespéraient de voir venir.

« J'ventile »
Toute la semaine, la chasse au "tireur fou" a obsédé nos gazettes médiatiques. Un homme avait grièvement blessé, lundi, un assistant-photographe de deux coups de fusils dans le hall du quotidien Libération. Ce qui s'apparente à un fait divers de plus a permis à quelques réacs de s'échauffer sur les réseaux sociaux. D'autres esprits faibles justifient le coup de sang qui fut un coup de feu comme un énième media-bashing nécessaire. Loin d'être choqués, les haineux redoublent d'effort. La nausée n'est pas loin.

Nos chaînes d'information couvrent l'évènement comme si la guerre en Syrie avait été brutalement importée dans les rues de Paris. C'est "l'orgasme du direct" commente la blogueuse Aliocha. Quelques émissions racolent, le show est digne de "Peur sur la Ville". C'est la course au scoop. Quand BFM lâche le nom du suspect interpelé, mercredi soir, la nouvelle réjouit la fachosphère, enchanté de sa consonance arabe.
 
Hollande est loin, il termine un voyage en Israël. Il contredit quelques fantasmes, comme cette supposée réticence à l'égard du sort de la Palestine. A la Knesset, il répète sa vigilance contre la prolifération nucléaire, notamment chez l'Iran tout proche. Il plaide l'amitié et la confiance de la France à l'égard de l'Etat hébreu, mais rappelle que la France reconnait la Palestine sur la base des frontières définies en 1967; que "la colonisation doit cesser."  L'extrême droite, dont l'un de ses représentants - le ministre Avigdor Lieberman – boude dans les rangs, n'apprécie pas.
De l'autre côté de l'Atlantique, le New-York Times célèbre l'autorité retrouvée de la présidence française, comparant Barack Obama à … un camembert mou. Mais en France, La liste des râleurs ressemble à un bottin à qui il manquerait l'essentiel.

Les "pigeons", les "poussins", les "moutons", et autres "dodos" accompagnent les "bonnets rouges" ou "verts", les propriétaire de clubs de foot qui finalement renoncent à faire la grève des matches pour cause de taxe à 75% sur les millions de leurs vedettes du ballon rond; les transporteurs routiers contre l'éco-taxe, les grands céréaliers franciliens contre la réforme de la PAC, les enseignants contre la réforme des rythmes scolaires. Il y a bien des désarrois légitimes, des salariés licenciés aux entrepreneurs étranglés. Mais cette foire médiatique qui pousse les micros vers la râlerie du jour, prolonge le buzz et en alimente d'autres. C'est un cercle vicieux, une pagaille qui fait prendre le bruit pour l'essentiel. La moindre cause en entraîne d'autres, souvent sans rapport. Il n'y a plus de hiérarchie, ni même parfois de décence.

Car où est ce gros quart du pays qui souffre en silence dans sa pauvreté, le chômage et la précarité ? Il se tait.  Un récent exemple, cette nouvelle évaluation des embauches qui donne le vertige: près de 83% des embauches du premier trimestre l'ont été en contrats courts. Un gros quart des nouveaux inscrits à Pôle emploi sont des ex-CDD, contre moins de 3% pour les CDI. Autrement dit, le bataillon des précaires de l'emploi, de CDD en chômage en CDD, grossit à vue d'oeil.

Qui a vu des manifestations de ces précarisés de l'emploi ?

« c'est du brutal »
Mardi, Jean-Marc Ayrault rebondit, brutalement. Le coup avait été concocté le weekend précédent à l'Elysée, sans prévenir jusqu'aux plus proches.

Une remise à plat, totale, longue, discutée. C'est ce que Jean-Marc Ayrault propose mardi pour l'ensemble de nos prélèvements sociaux et fiscaux. Il a au moins pris la mesure de son échec, l'absence de réforme fiscale dès le début du quinquennat, la résistance de sa propre équipe à Bercy, la multiplication de micro-taxes nouvelles ou rehaussées depuis 18 mois. Le "supplice chinois" est terminé. Mais la réforme fiscale reste à faire.

Ayrault prend aussi tout le monde de court: son propre ministre des Finances, Pierre Moscovici, qui n'aurait pas été prévenu, d'après le Canard Enchaîné. L'UMP, qui "théâtralisait" le jour-même la désobéissance (un comble!) contre une réforme des rythmes scolaires pourtant largement approuvée par les maires; l'opposition de gauche qui prévoit une manifestation le 1er décembre contre la hausse de TVA de janvier. Mediapart, qui pourfendait le gouvernement d'avoir renoncé à la réforme fiscale, s'en inquiète désormais.

Le Medef s'inquiète. Nicolas Doze, sur BFM, réclame vite une hausse générale de la TVA. Les Echos publie un opportun palmarès qui place la France en haut du podium européen des taxes sur les entreprises. Les syndicats sont divisés. FO, la CFTC et la CFDT applaudissent l'initiative. La CGT grogne contre le temps perdu.

Jean-Luc Mélenchon appelle à la mobilisation pour "créer un rapport de forces". Son Parti de Gauche vient de publier son "contre-budget". L'enrobage argumentaire reste violent, c'était prévisible. Les perspectives budgétaires, elles, sont étonnantes – 131 milliards de recettes nouvelles ! Si la hausse de l'impôt sur le revenu apparaît nécessaire, celles des cotisations sociales (22 milliards !) fera jaser. Le PG trouve aussi 7 milliards d'euro de fraude fiscale avec une déconcertante facilité. Il promet de nationaliser nos activités de dépôts bancaires; ou se fait fort de réduire de 20 milliards d'euros annuels les agios de la dette publique. Il fait l'impasse sur la liste, pourtant savoureuse et essentielle en ces temps de jacquerie fiscale, des 42 milliards de niches fiscales « honteuses » à supprimer. On imagine que le PG ne réclamera pas la suppression des taux réduits de TVA.

Bref, avec cette grande remise à plat, Ayrault ramène la classe politique à son niveau, au pied du mur.

« les cons, ça ose tout »
Les partis sont en campagne. Le PS choisit ses têtes de listes européennes dans la douleur. A Solferino, Harlem Desir sonne le tocsin contre ... le racisme. Les parachutages d'Emmanuel Maurel et de Vincent Peillon enragent les militants locaux.

Le Front national se découvre chaque semaine quelques candidats municipaux à "purger" pour dérapages racistes ou xénophobes.

Quelques déchus de Sarkofrance, saison 1, espèrent récupérer un strapontin. Nadine Morano est de ceux-là. Défaite aux législatives de 2012, elle veut désormais "s'investir" dans la bataille des Européennes. Sans rire.

A Marseille, l'UMP, Jean-Claude Gaudin précipite son entrée en campagne, effrayé par les sondages. Il veut "poursuivre le changement" entamé il y a ... 18 ans.

A Paris, le fils Tibéri veut conquérir la mairie du 5ème arrondissement. Qu'importe les casseroles attachées à son nom. Mais la plus drôle reste Nathalie Kosciusko-Morizet. Les " fabuleuses aventures NKM dans le métro" deviennent une BD "bitstripées" dans les colonnes de l'Express. Elles provoquent aussi l'hilarité générale.

L'association Anticor dépose une plainte contre les dépenses de communication du gouvernement Fillon. Le passé rattrape l'ancienne équipe. Nicolas Sarkozy s'affiche chez Goldman Sachs.

On n'est même plus surpris.

En Iran, Christine Boutin s'affiche voilée pour critiquer publiquement, sur une chaîne de télévision officielle, la légalisation du mariage homosexuel en France. 

On n'est même plus surpris.

Crédit illustration: DoZone Parody

22 novembre 2013

Abdelhakim Dekhar: quand le tireur devient la cible.

"Itinéraire d'un gauchiste à la dérive".

C'était le titre, racoleur à souhait, d'une émission de débat et d'explication d'une chaîne de service publique, France 5. Le show, puisqu'il ne s'agissait que d'un show, était une édition de C Dans l'Air, présentée par Yves Calvi ce jeudi 21 novembre.

Crédit: Le Monde
"Peut-on parler de mythomane rêvant de son quart d'heure de célébrité ?" fut l'une de ces questions improbables posées par Yves Calvi quelque part avant de rendre l'antenne.

La veille, les chaînes d'information s'étaient fait la course au scoop, la soirée durant. Ce fut BFM qui lâcha la première le nom du suspect interpellé dans le coma, dans un véhicule garé dans un parking des Hauts-de-Seine. La video-surveillance - et oui ... - avait permis à l'un de ses proches de le reconnaître et d'aller le dénoncer à la police.

La clôture de cet évènement dramatique, qui avait débuté dans le sang le lundi précédent dans le hall du quotidien Libération, ne pouvait s'arrêter sans d'innombrables émissions spéciales, articles de "fond" et autres conjectures sur l'homme, finalement confondu par son ADN.

Car le plus incroyable de cette excitation médiatique qui embrouille les esprits et divertit l'attention du plus commun des citoyens était ceci: Abdel Dekhar était dans le coma. Il n'avait rien dit pendant des heures. Et quand il fut enfin "audible", il resta silencieux

Cela n'empêcha pas la totalité de nos  télévisions et radios d'information de sur-commenter l'affaire, ce que l'homme pouvait penser, croire, espérer; d'échafauder toutes sortes de scénarios les plus effroyables.

N'accusez pas ces journalistes. Ils n'étaient pas seuls. D'autres poursuivaient leur travail qui reste di'nformer sur la réalité protéiforme du monde qui nous entoure.

Sur Twitter ou ailleurs, la fachosphère poursuivait son travail d'insultes et d'outrances. Un exemple ? La sinistre Riposte Laïque titrait, sans logique ni propos, "Catastrophe pour Fourest, le tireur fou s'appelle Abdelhakim Dekhar."

Cette affaire illustrait finalement la grande vertu du fait divers: elle occupe l'espace médiatique et les esprits paresseux.


Hollande: ceux que l'on voit râler, et les autres.

Finalement, le pouvoir a cédé, au moins sur un point essentiel. Il accepte le principe d'une remise à plat de la fiscalité.

Voici cette fameuse liste, non exhaustive bien sûr, de toutes ces professions et catégories de citoyens qui participent du ras-le-bol général par le biais de protestations publiques plus ou moins fortes ou suivies.

Une liste de ceux qui s'expriment, dont la protestation est visible et relayée par quelques médias; relais qui à son tour en encourage d'autres.

Toutes ces protestations n'ont évidemment pas le même poids.

  1. les patrons des grandes banques nationales inquiets d'une trop grande sévérité de la loi bancaire;
  2. des entrepreneurs auto-baptisés "pigeons" qui voulaient conserver une défiscalisation des plus-value de cession mobilière;
  3. les organisations patronales contre la loi d'amnistie sociale (finalement retoquée), le poids des prélèvements obligatoires, ou la "lourdeur des charges sociales et des réglementations";
  4. des vétérinaires à cause de l'interdiction prochaine de délivrer des antibiotiques (le 6 novembre);
  5. des enseignants, à cause des rythmes scolaires (un quart de grévistes le 14 novembre dernier)
  6. les animateurs de vie scolaire, à cause de leur rémunération;
  7. des parents d'élèves contre les rythmes scolaires;
  8. des lycéens à cause de l'expulsion de Leonarda;
  9. les opposants au nouvel aéroport de Notre-Dame-des-Landes;
  10. les opposants au mariage gay;
  11. les maires qui refusent d'appliquer la loi sur le mariage gay ou les rythmes scolaires;
  12. les Bonnets Rouges;
  13. les Bonnets Verts qui protestent contre l'augmentation de la TVA dans les transports collectifs;
  14. les syndicats de salariés à cause de l'ANI (en mars dernier);
  15. les opposants à la réforme des retraite (en octobre dernier);
  16. les opposants à la pénalisation de la prostitution (une nouvelle pétition a été lancée en novembre);
  17. les ambulanciers à cause de la hausse de la TVA de 7 à 10% sur leurs transports
  18. les artisans et commerçants auto-baptisés "Sacrifiés" à cause de la hausse de la TVA qu'ils prendront sur leur marge et des autres augmentations d'impôts;
  19. les patrons de clubs de chevaux et de poneys à cause d'une hausse de la TVA décidée par l'Europe; les clients des poney clubs;
  20. quelques Sarkofans qui n'ont pas supporté l'élection de François Hollande;
  21. les policiers à cause de la faiblesse de leurs moyens.
  22. les militaires à cause du gel de leur budget;
  23. les transporteurs routiers contre l'éco-taxe;
  24. des universités en prochaine cessation de paiement (merci qui ?);
  25. des "jeunes ruraux" et des agriculteurs, en Ile-de-France notamment, contre la réforme de la PAC (qui réduit les aides aux grandes exploitations); les restrictions à l'usage des machines agricoles en cas de pics de pollution; et la fiscalité.
  26. des patrons de clubs de foot qui ont décidé de reporter leur grève de novembre contre la taxe à 75% qui frappent les cachets de leurs vedettes;
  27. les salariés victimes de plans sociaux (un millier depuis le début de l'année), de Florange à Fralib, de la Redoute au Lutetia et bien d'autres encore.

Il y a aussi et surtout, ceux qui souffrent et n'expriment pas: les SDF, dont un meure encore chaque jour dans la rue; les chômeurs, pour qui les offres d'embauches à pôle emploi se sont réduites au plus bas niveau depuis 16 ans; les pauvres et les "presque" pauvres, qui survivent. Bref, un bon quart du pays qui souffre, se tait et observe les patrons de poney-club bénéficier d'un micro de chaîne d'informations pour râler contre la TVA.





Crédit illustration: DoZone Parody




21 novembre 2013

Réforme fiscale: l'heure de vérité pour tous.

Il a pris tout le monde de court. Puisque le ras-le-bol est d'abord "fiscal" et général, Jean-Marc Ayrault que l'on jugeait effacé a presque effacé le déplacement au Proche Orient de son président d'une seule formule: une réforme fiscale ? Chiche !

Premier acte, ce mardi 19 novembre, dans une interview au journal Les Echos , Jean-Marc Ayrault balance l'expression qui pourrait réjouir ou stresser:
"Je crois que le temps est venu d’une remise à plat, en toute transparence, de notre système fiscal."
"L'opposition veut moins d'impôts et plus de dépenses, elle va être prise dans son incohérence"  , complète-t-il le lendemain sur France Inter. Effectivement, le "front des refus" vole provisoirement en éclat. L'eco-taxe ? Suspendue sine die. La hausse de TVA de janvier ? Il y a plus vaste à débattre.


1. La nouvelle fait une première victime, l'UMP. Elle gâche le "happening" médiatique concocté par Jean-François Copé contre le gouvernement à propos des rythmes scolaires notamment. Le président de l'UMP avait convié 400 maires de droite pour une conférence de presse un peu avant les JT du midi et amplifier ce mouvement de contestation séditieuse. Debout sur l'estrade, flanqué de ce compte encore de personnalités visibles l'ex-parti unique de l'ex-majorité (nombreux ont été les départs pour l'UDI), Copé raille l'annonce, il s'angoisse de cette nouvelle "instabilité fiscale" à venir.

2. Les partenaires sociaux, comme on les appellent, sont invités la semaine prochaine. Le Medef, par la voix de son président Pierre Gattaz, s'inquiète de l'instabilité fiscale... (roooo!): "la déclaration du premier ministre me gêne". Le même se réjouissait des Assises de la fiscalité promises par Mosco il y a quelques semaines. Le contexte semble avoir changé.  Parmi les syndicats de salariés, Force Ouvrière est le premier à sourire, "une bonne initiative" dit son secrétaire général Jean-Pierre Mailly. La CGT grogne encore, dénonçant "une réaction tardive au désaveu et au discrédit que le pouvoir politique a lui-même provoqués"; la CFDT applaudit.

3. A gauche, on oscille entre soulagement et résistance. Les députés socialistes et écologistes sont soulagés, heureux, satisfaits. A moins que les râleurs n'aient soudainement décidé de se cacher. Du côté du Parti de gauche, Mélenchon trouve quelques vraies raisons de se réjouir: l'initiative du gouvernement, selon lui, "prouve que nous avions raison", explique Mélenchon, dans un communiqué mercredi. Il propose "d'organiser le rapport de forces".  Mais cette annonce gouvernementale en brouille une autre .Le Parti de Gauche venait de publier son contre-budget 2014. D'autres à gauche râlent déjà sur le tempo. Hollande, depuis Rome, promet une démarche longue, "pendant toute la durée du quinquennat".

Certains semblent regretter l'urgence d'antan.

4. Ayrault reprend un diagnostic largement partagé, les désaccords viendront après: "Le système fiscal français est devenu très complexe, quasiment illisible, et les Français, trop souvent, ne comprennent plus sa logique ou ne sont pas convaincus que ce qu’ils paient est juste, que le système est efficace." Le lendemain, depuis Rome où il était en voyage officiel, François Hollande résume les trois objectifs de ce qu'il qualifie de "réforme fiscale": simplification, clarification, justice.

5. Ayrault évoque une "remise à plat" à "prélèvements obligatoires constants". De quoi faire couiner les néo-lib et une large fraction de la droite. A l'UMP, on est soudainement amnésique depuis quelques mois. Les 40 milliards d'euros d'impôts votés en fin de mandat Sarkozy ? Oubliés ! Les 115 milliards d'euros "d'effort" promis par le candidat sortant en mars 2012 ? Oubliés !

6. Cette initiative va permettre de lever nombre de confusions médiatico-politiques. On verra qui se positionne sur quoi et pour quoi. Par exemple, dès 13 heures sur BFM-TV, l'éditorialiste neo-lib Nicolas Doze recommandait urgemment d'annuler la quasi-totalité de la hausse de TVA réduite (qui pèse sur les entreprises qui ne peuvent la répercuter aux clients)... au profit d'une hausse de la TVA générale plus forte encore que celle initialement décidée par le gouvernement Fillon/Sarkozy.

7. Pourquoi cette remise à plat n'a-t-elle pas eu lieu l'an dernier ? A cause de l'état déplorable des finances publiques et du contexte économique, plaide Ayrault. C'est une antienne connue ... et critiquée à gauche. "Jusqu’ici, nous avons répondu à l’urgence pour redresser la barre. Il nous faut désormais bâtir pour l’avenir." Ayrault fait dans la métaphore navale: "nous sommes en train de réparer le navire." C'est la route du Rhum ! 

8.  Ayrault a placé la barre haute: tout va y passer, tout est sur la table: fusion de l’impôt sur le revenu et de la CSG, prélèvements sociaux, fiscalité des ménages ou des entreprises, du travail et du capital.

9. Jean-Marc Ayrault semble aussi faire un peu de ménage dans l'appareil de Bercy.  Ramon Fernandez, directeur du Trésor, et Julien Dubertret, directeur du budget, nommés par l'administration Sarkozy et confortés par Moscovici, seraient remplacés prochainement. "Cet épisode marque peut-être un véritable tournant du quinquennat" commente le Monde.

10. Cette annonce est surtout un triple aveu. D'abord qu'une réforme fiscale est nécessaire. C'est aussi l'aveu de l'échec d'une méthode épuisante, le supplice chinois de la nouvelle micro-taxe quotidienne. C'est enfin le constat de l'échec de ceux qui réclamaient la patience, l'amendement mineur, la réforme a minima. Certes, Pierre Moscovici est toujours en place, malgré son statut de cible expiatoire commode d'une gauche plus large que les mentors de l'opposition systématique.

20 novembre 2013

Hollande en Israël et la machine à fantasmes.

Il est parti pour une visite de quelques jours. La destination - le Proche-Orient -, l'homme - un président impopulaire comme jamais à en croire les sondages -, et sa récente politique étrangère, tous les ingrédients étaient présents pour relancer critiques et fantasmes d'à peu près partout sur l'échiquier politique.

1. On critiquera la prétendue trop forte proximité de François Hollande avec Israël. En son temps déjà, Nicolas Sarkozy recevait des critiques aux relents douteux contre son soutien clair et souvent brutal au gouvernement israélien. Cette fois-ci, Hollande a bien un soutien des autorités israéliennes, et pour quelques raisons évidentes qui ne requièrent aucun appel à on-ne-sait-complotisme: la France s'est opposée à un compromis jugé trop laxiste entre les Etats-Unis et l'Iran pour l'accès nucléaire du potentat islamiste; et la France a voulu intervenir en Syrie contre Bachar el Assad. Les "critiques a priori" s'insurgeront aussi, sans surprise, contre la visite de la tombe du fondateur du mouvement sioniste Theodor Herzl. Elles négligeront celle de la tombe de l’ex-Premier ministre assassiné Yitzhak Rabin.

2. Certains ont critiqué par avance la position de François Hollande à l'égard de la Palestine. Oui, la situation dans les territoires occupés est désespérée et désespérante. Et l'Europe, France en tête, n'a pas dit pas grand chose. Mais la critique a priori du moment va plus loin: elle est formidablement bien résumée dans Mediapart qui, ce dimanche, publiait un article de Lénaïg Bredoux sur le sujet. Hollande y était accusé d'hésiter à soutenir reconnaissance officielle de la Palestine à l'ONU: "Selon nos informations, il hésite par ailleurs à approuver la résolution présentée par l’Autorité palestinienne en vue de sa reconnaissance comme État non-membre de l’Onu. C’était pourtant une promesse de campagne." Pour preuve, il a refusé de dévoiler la position de la France lors du vote de la dite motion à l'ONU. 

Qu'a fait Hollande ?
Sur le tarmac de l'aéroport Ben Gourion, il rappelle sa préoccupation vis-à-vis du nucléaire iranien: "Sur le dossier iranien, la France considère que la prolifération nucléaire est un danger, une menace, et en Iran tout particulièrement, une menace sur Israël, sur la région, à l’évidence, une menace pour le monde entier". Il évoque aussi les négociations de paix, et conclut son court discours par une phrase prononcée en hébreu et en Français: "Tamid écha-èr ravèr chèl Israël", "je suis votre ami et je le serai toujours." Quel scoop !

Plus tard, il livre une interview conjointe avec Shimon Perès, le président (travailliste) israélien. La journaliste française de BFM-TV préfère dériver sur la situation franco-française.

Lundi en Palestine, Hollande termine son discours en arabe: "longue vie à l'amitié entre la France et la Palestine." Il dépose une gerbe sur la tombe de Yasser Arafat, rencontre de jeunes palestiniens, salue le président de l'Autorité palestinienne. En France, on évoque un "équilibrisme" diplomatique.

De retour à Jérusalem dans l'après-midi, il s'adresse aux députés israéliens. "Ici a été créé une société ouverte, (...) sans distinction de croyances" leur rappelle-t-il. Il a presque raison. Théoriquement, Israël est une démocratie. On y vote comme en France ou ailleurs en Occident. Mais le drame de Gaza, pour ne citer que celui-là, occulte cette réalité première.

Le discours de la Knesset  débute par un message de soutien à Israël, un rappel de son histoire. C'est un exercice de confiance. "Oui, la France a été, toujours, du côté d'Israël, dès le premier jour, pour affirmer son droit à l'existence". Quel scoop ! Il poursuit sur les liens culturels, sur les 10% de francophones vivant là-bas, sur les coopérations culturelles ou techniques.

Puis il revient sur le nucléaire iranien: "la France a fait en sorte (...) que toutes les exigences soient prises en compte, que toutes les garanties soient prévues." Et d'ajouter: "J'affirme ici que nous maintiendrons toutes les sanctions tant que nous n'avons pas les preuves irréversibles du renoncement de l'Iran à son programme d'équipement militaire nucléaire."

Le moment vient d'évoquer les territoires occupés, la Palestine et son avenir, ici à la Knesset. Hollande rappelle le chemin parcouru. Il demande la paix: "le statu quo n'est pas tenable". Dans les rangs, Nétanyahou ne sourit plus. Il réclame la fin totale et définitive de la colonisation. Il rappelle que la France reconnait la Palestine, sur la base des frontières définies en 1967. Il l'a fait à la Knesset.
"La position de la France est connue: c'est un règlement négocié pour que l'Etat d'Israël et l'Etat de Palestine ayant tous deux Jerusalem pour capitale puissent coexister en paix et en sécurité. Deux États pour deux peuples." François Hollande
Il ajoute: "cet accord n'aura de sens que si la sécurité d'Israël est renforcée. Et si toute nouvelle menace est écartée. Quand à l'Etat palestinien, il devra être construit sur des bases solides. Il devra être viable. C'est pourquoi la colonisation doit cesser." (Applaudissements dans les rangs de gauche). "De la même manière des facilités doivent être obtenues pour l'économie palestinienne." Il poursuit, pour conclure sur un clin d'oeil à Leon Blum.
"La paix sera votre victoire, votre plus grande victoire."
La gauche applaudit, une partie des élus du Likoud également. Nethanyaou applaudit discrètement. A ses côtés, l'ultra-nationaliste Avigdor Lieberman (Israël Beiteinou) reste les mains à plat, le visage sombre.


Sans fantasme ni délire, François Hollande est allé dire que la confiance et le soutien de la France à Israël étaient aussi grands que la nécessité de la paix, de l'arrêt des colonisations israéliennes et l'établissement reconnu d'un Etat palestinien.



[NDR: il y a beaucoup à dire contre l'attitude d'Israël dans les territoires occupés. L'opération Plomb Durci en 2009 a laissé des traces, ignobles. Mais qui a vraiment intérêt à la paix là-bas ?]