20 novembre 2013

Hollande en Israël et la machine à fantasmes.

Il est parti pour une visite de quelques jours. La destination - le Proche-Orient -, l'homme - un président impopulaire comme jamais à en croire les sondages -, et sa récente politique étrangère, tous les ingrédients étaient présents pour relancer critiques et fantasmes d'à peu près partout sur l'échiquier politique.

1. On critiquera la prétendue trop forte proximité de François Hollande avec Israël. En son temps déjà, Nicolas Sarkozy recevait des critiques aux relents douteux contre son soutien clair et souvent brutal au gouvernement israélien. Cette fois-ci, Hollande a bien un soutien des autorités israéliennes, et pour quelques raisons évidentes qui ne requièrent aucun appel à on-ne-sait-complotisme: la France s'est opposée à un compromis jugé trop laxiste entre les Etats-Unis et l'Iran pour l'accès nucléaire du potentat islamiste; et la France a voulu intervenir en Syrie contre Bachar el Assad. Les "critiques a priori" s'insurgeront aussi, sans surprise, contre la visite de la tombe du fondateur du mouvement sioniste Theodor Herzl. Elles négligeront celle de la tombe de l’ex-Premier ministre assassiné Yitzhak Rabin.

2. Certains ont critiqué par avance la position de François Hollande à l'égard de la Palestine. Oui, la situation dans les territoires occupés est désespérée et désespérante. Et l'Europe, France en tête, n'a pas dit pas grand chose. Mais la critique a priori du moment va plus loin: elle est formidablement bien résumée dans Mediapart qui, ce dimanche, publiait un article de Lénaïg Bredoux sur le sujet. Hollande y était accusé d'hésiter à soutenir reconnaissance officielle de la Palestine à l'ONU: "Selon nos informations, il hésite par ailleurs à approuver la résolution présentée par l’Autorité palestinienne en vue de sa reconnaissance comme État non-membre de l’Onu. C’était pourtant une promesse de campagne." Pour preuve, il a refusé de dévoiler la position de la France lors du vote de la dite motion à l'ONU. 

Qu'a fait Hollande ?
Sur le tarmac de l'aéroport Ben Gourion, il rappelle sa préoccupation vis-à-vis du nucléaire iranien: "Sur le dossier iranien, la France considère que la prolifération nucléaire est un danger, une menace, et en Iran tout particulièrement, une menace sur Israël, sur la région, à l’évidence, une menace pour le monde entier". Il évoque aussi les négociations de paix, et conclut son court discours par une phrase prononcée en hébreu et en Français: "Tamid écha-èr ravèr chèl Israël", "je suis votre ami et je le serai toujours." Quel scoop !

Plus tard, il livre une interview conjointe avec Shimon Perès, le président (travailliste) israélien. La journaliste française de BFM-TV préfère dériver sur la situation franco-française.

Lundi en Palestine, Hollande termine son discours en arabe: "longue vie à l'amitié entre la France et la Palestine." Il dépose une gerbe sur la tombe de Yasser Arafat, rencontre de jeunes palestiniens, salue le président de l'Autorité palestinienne. En France, on évoque un "équilibrisme" diplomatique.

De retour à Jérusalem dans l'après-midi, il s'adresse aux députés israéliens. "Ici a été créé une société ouverte, (...) sans distinction de croyances" leur rappelle-t-il. Il a presque raison. Théoriquement, Israël est une démocratie. On y vote comme en France ou ailleurs en Occident. Mais le drame de Gaza, pour ne citer que celui-là, occulte cette réalité première.

Le discours de la Knesset  débute par un message de soutien à Israël, un rappel de son histoire. C'est un exercice de confiance. "Oui, la France a été, toujours, du côté d'Israël, dès le premier jour, pour affirmer son droit à l'existence". Quel scoop ! Il poursuit sur les liens culturels, sur les 10% de francophones vivant là-bas, sur les coopérations culturelles ou techniques.

Puis il revient sur le nucléaire iranien: "la France a fait en sorte (...) que toutes les exigences soient prises en compte, que toutes les garanties soient prévues." Et d'ajouter: "J'affirme ici que nous maintiendrons toutes les sanctions tant que nous n'avons pas les preuves irréversibles du renoncement de l'Iran à son programme d'équipement militaire nucléaire."

Le moment vient d'évoquer les territoires occupés, la Palestine et son avenir, ici à la Knesset. Hollande rappelle le chemin parcouru. Il demande la paix: "le statu quo n'est pas tenable". Dans les rangs, Nétanyahou ne sourit plus. Il réclame la fin totale et définitive de la colonisation. Il rappelle que la France reconnait la Palestine, sur la base des frontières définies en 1967. Il l'a fait à la Knesset.
"La position de la France est connue: c'est un règlement négocié pour que l'Etat d'Israël et l'Etat de Palestine ayant tous deux Jerusalem pour capitale puissent coexister en paix et en sécurité. Deux États pour deux peuples." François Hollande
Il ajoute: "cet accord n'aura de sens que si la sécurité d'Israël est renforcée. Et si toute nouvelle menace est écartée. Quand à l'Etat palestinien, il devra être construit sur des bases solides. Il devra être viable. C'est pourquoi la colonisation doit cesser." (Applaudissements dans les rangs de gauche). "De la même manière des facilités doivent être obtenues pour l'économie palestinienne." Il poursuit, pour conclure sur un clin d'oeil à Leon Blum.
"La paix sera votre victoire, votre plus grande victoire."
La gauche applaudit, une partie des élus du Likoud également. Nethanyaou applaudit discrètement. A ses côtés, l'ultra-nationaliste Avigdor Lieberman (Israël Beiteinou) reste les mains à plat, le visage sombre.


Sans fantasme ni délire, François Hollande est allé dire que la confiance et le soutien de la France à Israël étaient aussi grands que la nécessité de la paix, de l'arrêt des colonisations israéliennes et l'établissement reconnu d'un Etat palestinien.



[NDR: il y a beaucoup à dire contre l'attitude d'Israël dans les territoires occupés. L'opération Plomb Durci en 2009 a laissé des traces, ignobles. Mais qui a vraiment intérêt à la paix là-bas ?]

17 commentaires:

  1. "Qui a vraiment intérêt à la paix là-bas ?" - pas le Likoud, en tout cas.

    Et pour la sécurité, Hollande a-t-il parlé des 200 têtes nucléaires israéliennes, qui sont la SEULE menace au proche-orient ? Non. Ce n'est pas l'Iran qui est agressif, que je sache.

    A-t-il tenté de visiter Gaza ? Non.

    Quant à la situation de la Palestine occupée, déjà il s'agit bien d'un acte de guerre : l'occupation d'un pays par l'armée d'un autre, et une occupation toujours musclée. Il suffit de voir le film Route 60, tourné par un Palestinien ayant le passeport israélien : oui, il y en a, j'ai même pu récemment discuter avec lui à propos de son film que j'ai contribué modestement à financer, avec beaucoup d'autres. Lui-même Palestinien, qui a donc suivi la Route 60 qui va du nord au sud de la Cisjordanie, n'avait pas jusqu'à ce film touché du doigt la détresse de ces personnes parquées partout, manquant d'eau (ce sont les colons qui l'accaparent), souvent brutalisées, soumises aux nombreux check-points qui laissent passer, ou pas.

    Non, Hollande n'a pas vu tout cela. C'est pire qu'en France il y a un peu plus de 70 ans.

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    1. euh, ceux qui font une analogie avec la situation des Juifs pendant la seconde guerre mondiale devraient revoir un peu leur histoire.
      Pour l'instant, les Palestiniens les plus à plaindre sont les Palestiniennes de la bande de Gaza. Le Hamas leur balance une charia de moins en moins jouissive, la mixité est interdite dans les écoles après l'âge du mariage (neuf ans pour les filles !), les hommes n'ont pas le droit d'enseigner aux femmes, et on ne ne parle pas du reste qui va avec: subir les violences, pas d'accès à la contraception, accès restreint aux soins, législation gynophobe, mise au monde de petites filles qui seront des victimes au carré.
      Même si c'est une façon de voir le problème par le petit bout de la lorgnette (ah, viens pas nous emmerder avec ton féminisme opportuniste qui ne fait rien d'autre que stigmatiser l'islam), ça met un petit bémol à l'héroïque lutte du peuple palestinien, non ?

      Hollande est allé en Israël, il n'a rien fait de tonitruant, a ménagé la chèvre et le chou, et ce n'est pas de sa faute si les conflits et combats continuent là bas.

      Recevoir les chefs d'Etat étrangers, aller chez eux, c'est normal, c'est souhaitable. Tant qu'ils ne ramènent pas de diamants (smiley).

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    2. ça manque de docs, tout ça. En voilà : http://blogdejocelyne.canalblog.com/archives/2013/11/19/28466145.html

      Quant au sort des petites filles (et des garçons aussi, parlons en : http://blogdejocelyne.canalblog.com/archives/2013/07/04/27567939.html )

      ... et surtout assez de faire semblant de confondre anti sémitisme et antisionisme : c'est une ignorance profonde... ou de la manipulation de l'opinion : http://blogdejocelyne.canalblog.com/archives/israel_documentaire_qui_n_a_pas_plu/index.html

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    3. @ Suzanne

      Aucune analogie n'a été faite avec la situation des Juifs pendant la seconde guerre mondiale : l'analogie porte sur la situation de la France sous l'occupation.

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  2. Mettre sur un même plan Israël et la Palestine alors que le premier pays occupe le second et se déclarer l'ami d'un pays qui pratique l'apartheid , c'est proprement ignoble . La communauté internationale , dont la France , a choisi d'ignorer les souffrances d'un peuple , honte à elle .

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  3. De toute façon, ce voyage fait partie d'un programme dont il ne faut rien espérer d'autre qu'un renforcement des liens commerciaux avec Israël. Pour le reste, discours et déclarations d'intention, l’État hébreu n'a rien à secouer, ni de celles de la petite France, ni davantage de celles d'aucun autre pays. "Cause, tu m'intéresse", qu'ils se disent.

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    1. Déjà, si on parvient à un renforcement des liens commerciaux avec Israël, ce serait une bonne chose, vu que nos deux économies ont de bonnes opportunités d'échanges mutuellement profitables, alors que le potentiel est, de l'avis général, sous valorisé.

      Sur l'indifférence d'Israël, je pense que vous vous trompez: le gouvernement israélien est très attentif à la politique américaine de normalisation avec l'Iran et il s'en inquiète, alors qu'il constate une convergence de vue avec le gouvernement français, sur cette affaire au moins.

      C'est d'ailleurs pourquoi François Hollande a été si bien reçu. Car il faut bien le dire, ce voyage officiel est une réussite.

      Or, l'exercice était périlleux, l'air de rien.

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    2. On se serait volontiers passés de l'exercice, précisément. Les liens commerciaux avec ce gouvernement-là devraient tendre vers zéro : et quelqu'un de haut placé tente de les élargir. Il y a là un non-sens profond. La solidarité internationale était plus profonde, vis-à-vis de l'Afrique du Sud de l'Apartheid. Je ne vois là aucune différence entre cette ancienne situation, et ce qui perdure entre Méditerranée et Jourdain.
      .

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    3. La différence en l'Apartheid et Israël?

      Je vais vous l'expliquer. C'est le racisme.

      Alors cékoi le racisme?

      Dans sa forme la plus sophistiquée, la plus fouillée, la plus théorisée, la plus redoutable, c'est 5 choses très simples. Et je vous prie de bien vouloir faire l'effort intellectuel de les mémoriser, car cela vous sera utile:

      1) C'est la conviction que l'humanité est divisée en compartiments appelés "races". Déjà cette simple affirmation ne dépasse pas les frontières de l'empirisme.

      2) C'est la conviction que ces compartiments doivent demeurer étanches, ce qui interdit les mariages mixtes, au nom d'un concept de "pureté" de la race que la science est infoutue de valider dès lors qu'elle est sérieuse.

      3) C'est la conviction que ces compartiments sont hiérarchisés, avec un homme supérieur au sommet et un untermensch à la base, étant précisé que celui qui professe le racisme se place naturellement au sommet de la pyramide, car il s'agit d'un procédé élitiste.

      (on a rarement vu un raciste se placer de lui-même dans la catégorie des untermeschen, mais ça arrive car il est notoire que les racistes sont cons à bouffer du foin)

      4) C'est la conviction que cette hiérarchie est justifiée, en morale (c'est à dire sur le plan du bien et du mal) par un ordre naturel, religieux ou économique.

      5) Enfin, c'est l'idée, car ce n'est pas une conviction mais une expression de malignité, que cet ordre doit servir à justifier un rapport de domination. Tout raciste dit au "racisé": "je te domine".

      Plus vulgairement, il lui dit: "suce ma bitte".

      C'est ça le racisme. Maintenant, si vous voyez ça dans Israël, alors on a pas les mêmes yeux.

      Mais on est tous les deux d'accord: ça, ça existait en Afrique du Sud au temps de l'Apartheid.

      Nanti de ce "modèle pour penser avec", je ne crois pas faire insulte à votre intelligence en disant que j'espère vous trouver toujours à mes côtés pour penser que les racistes sont au mieux des tarés et au pires des salauds.

      Ce qui permet donc de faire la différence avec Israël qui n'est pas plus peuplé qu'un autre pays des uns, ou des autres.

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    4. je dois avouer que je suis d'accord avec Tschok, ce qui ne m'empêche pas de penser qu'Israel agit mal et depuis longtemps contre les Palestiniens. Dont certains des mouvements sont loin d'être sans reproche.

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    5. Je me demande en quoi cette définition ne désigne pas en premier lieu non tous les Israéliens, mais le gouvernement bizarre qui les gouverne, toujours de coalition parce que minoritaire, et qui s'efforce de les amener à penser comme lui.

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  4. Nicolas Sarkozy : "I'm ready to run a business"

    Reviendra, reviendra pas ? Mardi soir, l'ex-chef de l'État a une nouvelle fois brouillé les pistes lors d'une conférence organisée par la banque américaine Goldman Sachs.

    La petite phrase de Nicolas Sarkozy mardi soir, relevée par BFM Business, risque de faire grand bruit. Non parce qu'elle a été prononcée en anglais, langue qui n'a jamais été le fort de l'ancien président de la République, mais parce que, si elle doit être prise au premier degré, elle serait le signe que, finalement non, Nicolas Sarkozy ne reviendra pas en politique en 2017.

    Intervenant mardi soir dans le cadre d'un séminaire à huis clos destiné à une centaine de "leaders européens" et organisé par la banque américaine Goldman Sachs, l'ex-chef de l'État a en effet lancé cette phrase, dans la langue de Shakespeare :

    "I'm ready to run a business" ("je suis prêt à diriger une entreprise").

    Une affirmation aussitôt explicitée : "Je rêvais de montrer qu'après la politique il était possible de travailler en entreprise", a-t-il ajouté.

    Mais, évidemment, les choses ne pouvaient pas être aussi claires. Plus loin dans son allocution, Nicolas Sarkozy a semblé faire un nouveau pas vers un retour en politique. "Un de mes collaborateurs avait dit un jour, après les dernières élections : c'est toujours un tigre, mais il est devenu végétarien. Aujourd'hui, je peux vous dire que les tigres ne deviennent jamais végétariens", a-t-il ainsi déclaré, toujours selon des propos rapportés par BFM Business. Comprenne qui pourra...

    http://www.lepoint.fr/politique/nicolas-sarkozy-i-m-ready-to-run-a-business-20-11-2013-1758971_20.php

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  5. L'Iran une menace ? Ca ne saute pas aux yeux ... pour qui veut bien se donner la peine de regarder les faits en face

    ==> http://www.bio-sport.fr/wp-content/uploads/2012/12/Iran_versus_USA_attaques_d_autres_pays-c9947.jpg

    Par ailleurs peut-on raisonnablement envisager que l'Iran, héritier d'une des plus ancienne civilisation au monde, se laisse aller à la fantaisie d'expédier une bombinette sur Israël, son voisin !!! Qui osera jamais soutenir pareil scénario ?

    D'où vient aux Occidentaux la sotte arrogance de considérer que les Perses ne sauraient pas faire un usage aussi méthodiquement dissuasif de la possession de l'arme nucléaire ? Sur quoi s'appuie ses cris d'orfraie ?

    Pas sur ce document de toute évidence : http://www.bio-sport.fr/wp-content/uploads/2012/12/Iran_versus_USA_attaques_d_autres_pays-c9947.jpg

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    1. sur un guide suprême qui annonce la non pérennité inéluctable d’Israël , par exemple

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    2. Ah ... Ok.

      L'Iran peut donc envisager le plus tranquillement du monde de détruire un état qui compte des alliés parmi les plus belliqueux et dangereux qui soient sur cette planète comme si il n'encourait aucune représaille en retour !

      A ce stade, le pouvoir iranien doit changer ses conseillers :)

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  6. En tout cas, je note des échanges que notre cher François, selon certains d'entre nous, ménage la chèvre et le chou, ce qui est très bien moralement, mais insuffisant, car, à la fin de l'histoire, c'est toujours la chèvre, qui mange le chou. Et qui est la chèvre et qui est le chou dans cette Histoire ?

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