16 novembre 2013

341ème semaine politique: après le Hollande-bashing, la France se lynche .


On n'a parlé que cela, tous les jours, plusieurs fois par jour. La moindre manifestation obtient ses éclairages télévisés; la moindre mauvaise nouvelle, son buzz sur Twitter. Est-ce surévalué ?

Des préfets confient leur inquiétude sur le ras-le-bol social et politique. Mais le Hollande-bashing fédère mal. On frôle l'overdose inutile, on dépasse jour après jour les bornes d'un ridicule politique collectif qui en devient dangereux.

Un pouvoir affaibli ?
La France perd une fraction de note chez Standard and Poors, passant de AA+ à AA. La droite s'insurge, mais tout le monde s'en fiche.

La croissance de la zone euro au troisième trimestre déçoit. La France y fut même en récession (-0,1%). On en fait des tonnes, on oublie le rebond de +0,5% du trimestre précédent, on néglige que cette croissance de toute façon microscopique ne change pas grand chose. Plus grave, on s'inquiète de la chute des offres d'embauches chez Pôle emploi: 31% de moins entre août 2011 et octobre 2013 !
Mais n'est-ce pas Pôle emploi qui est plutôt en cause ? Comment expliquer l'essor des sites privés d'offres d'emploi ?

Autre emballement, la France n'aurait plus de marges de manoeuvre. "L'impôt ne rentre plus !" couine l'UMPiste Gilles Carrez qui oublie que la matraque fiscale fut d'abord maniée par son ancien mentor. Les dépenses dérapent, crie-t-on dans les gazettes économiques. En cause, l'intervention au Mali, de nouveaux crédits pour l'emploi ou le logement et les investissements dits d'avenir. En quelques heures, Cazeneuve trouve 3 milliards d'annulations de dépenses.

Vendredi, la Commission européenne donne son feu vert au projet de budget en cours d'adoption par le Parlement français. On l'aurait échappé bel ! Vraiment ? C'était certes une première du genre, l'application du Traité budgétaire européen adopté en 2012. C'est aussi une bonne nouvelle pour François Hollande. Mais qui aurait pu croire que ce budget aurait été refusé par la Commission ?  Pierre Moscovici a passé trop de temps à convaincre à Bruxelles et ailleurs. Bruxelles regrette que l'austérité ne fut pas plus sévère. Pour faire bonne figure, elle tance l'Allemagne pour ses excédents commerciaux.

La semaine, comme la précédente et comme la suivante, reste horrible pour Hollande. C'est une prévisible coalition involontaire, confortée par un contexte, qui s'agite et précipite le pays dans cette impression de prétendu chaos collectif. Hollande concentre sur lui tous les mécontentements. Mais nombre d'entre eux sont si antagonistes les uns contre les autres qu'ils empêchent tout front uni.

A l'Elysée, Hollande ne dit rien. Sa cote sondagière est toujours basse. On pourrait, on devrait moquer cette obstination sondagière: nous avions cru que l'enjeu du moment était le redressement du pays, pas la cote présidentielle.

Un député socialiste, Malek Boutih, réclame la démission de Ayrault. Martine Aubry rend visite à Hollande. Il faudrait remanier, mais pour qui ? Pour quoi ?

Une extrême droite sur-mobilisée
L'opposition reste protéiforme à souhait. Il n'y a que le Front national, qui exhibe ses deux énarques débauchés d'ailleurs pour mieux cacher ses soutiers identitaires et autres fanatiques d'une France rance, qui reste bien seul à pouvoir agréger toutes les contradictions, prêt à tout pour gagner les élections et mener à bien son entreprise de purification ethnico-culturelle.

Le contexte est propice, la parole "décomplexée", une formule bien horrible pour résumer que la haine et la bêtise s'expriment désormais sans honte. La France est-elle davantage raciste qu'avant ? Les actes délictueux se multiplient. Les prises de paroles infâmes, les bras tendus et autres "quenelles" neo-nazies également.

Malgré un fort soutien, la semaine dernière, après une salve d'attaques racistes contre elle, Christiane Taubira a encore été visée, cette fois-ci par MINUTE, l'hebdomadaire des nostalgiques de Pétain et des outrances de la Nouvelle Droite version Jean-Yves Le Gallou. Ce fut une couverture de trop, "niant son appartenance à l'espèce humaine", pour reprendre l'expression usitée par Taubira elle-même au journal télévisé. Marine Le Pen proteste mollement. Son paternel, quatre jours avant, s'indignait encore du manque de "blancs" dans nos RER franciliens...

La digue cède, commente le syndicat de la magistrature. "Et voilà qu'une minorité grandissante qui se présente comme gardienne ou salvatrice de cette République française vient briser cette prouesse cocardière. Me voilà ramené à ma condition nègre." constate Le journaliste Harry Roselmack.

Nadine Morano, ancienne ministre sarkozyste, ancienne députée défaite en juin 2012, traite de "rat" le journaliste Joseph Macé-Scaron de Marianne.

Lundi, une poignée de militants d'extrême droite sont surpris un bonnet rouge sur la tête à crier contre le passage de Hollande sur les Champs Elysées pour l'hommage aux soldats morts en 1914-18. Ces factieux n'étaient qu'une poignée comme d'autres en leur temps contre de Gaulle, Giscard ou Mitterrand. Mais pour la multitude de caméras présentes, c'était donc un "évènement".

Des médias désemparés
L'emballement est évidemment médiatique. C'est un cercle vicieux de "unes" en titres, de buzz en cris qui s'alimentent les uns les autres. Quelques journalistes, quelques médias, tentent de ramer à contre-courant, c'est-à-dire d'écrire sur l'essentiel, de prendre le temps du recul, d'expliquer le fonds plutôt que l'écume.

Mais le train médiatique est comme lancé à vive allure vers l'absurdité du buzz et du lynchage, dans un tintamarre général. Cette descente, rares sont ceux qui perçoivent qu'elle est bien collective. Contre les nouveaux rythmes scolaires - c'est-à-dire une demi-journée d'activité par semaine (sic!) - les micros se tendent vers des parents d'élèves qui râlent; quelques enseignants qui font grève; et même des animateurs de vie scolaire satisfaits de la réforme mais mécontents de leur rémunération.

Nos médias sont avides car désemparés. Ils ne sont pas seuls.

Les réseaux sociaux - Twitter au premier chef - que nos éditocrates confondent avec le pays réel, sont le lieu de joutes abruties et sans recul sur la moindre dépêche.

On réagit d'abord, on réfléchit après, ou jamais.

Prompts à rebondir avec fracas sur la moindre protestation de lobbys, les mêmes éditocrates minorent avec plus ou moins d'aisance la totale contradiction de certaines de ces protestations. Thomas Legrand, pour France Inter, eut la justesse, mercredi, de s'étonner que les Bonnets Rouges lâchaient des slogans incohérents: contre l'Europe mais pour les subventions européennes, contre les "diktats de Paris" mais pour le désenclavement de la région. Force Ouvrière a d'ailleurs fini par lâcher le mouvement, vendredi, effrayé par le corporatisme des uns et l'infiltration identitaire des autres.

Une Gauche divisée
La droite tente de surfer sur un ras-le-bol qui la dépasse. Contre les rythmes scolaires, l'UMP de Copé prône la désobéissance, délitement des moeurs républicaines. D'autres préfèrent, comme la gauche, fustiger le matraquage fiscal.

On pouvait rappeler les 115 milliards d'euros de hausse d'impôts et d'économies budgétaires promis par Sarkozy s'il était réélu.

Le Front de gauche joue sa propre partition ... fiscale et, malheureusement, incompréhensible. Le 1er décembre, il veut mobiliser pour une manifestation ... contre la hausse de TVA. On nage dans l'approximation et la confusion. La CGT refuse de suivre. Sur Twitter, Jean-Luc Mélenchon lance: "La hausse de la TVA coûtera 100€ par Français, enfant compris ! 400€ pour un couple avec deux enfants !"  On imagine qu'à ce niveau de surcoût de TVA, la fameuse famille modèle avoisine les 100.000 euros d'achats à TVA par an... Pire, le slogan est affecté par le contexte: l'inflation est prévue cette année à un niveau ... historiquement bas - 0,8%. On craint même la déflation, une catastrophe de plus. Comment voulez-vous mobiliser contre la hausse des prix en pleine déflation et, de surcroît, avec des arguments approximatifs ?

La gauche est si divisée qu'elle ne partage même plus quelques constats factuels: l'INSEE, relayée par le Figaro, pointe sur la réduction des écarts de revenus après impôts en 2012, à cause des hausse fiscales: "Les hausses d'impôt de 2012 ont réduit les inégalités… en nivelant vers le bas les revenus des Français les plus aisés." Et de préciser que "60% de ces hausses d'impôts ont été supportés par les 20% des ménages les plus aisés tandis que les classes moyennes ont dû assumer 30% de cette hausse."

La gauche est si divisée qu'elle peine à se ressouder devant le danger. 

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Nicolas Sarkozy est encore, il rôde.

Samedi, il est au concert de sa femme. Vendredi, il rend hommage à Chaban-Delmas, l'un de ces anciens gaullistes trahi par Jacques Chirac en 1974, son ancien mentor.

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La France n'a pas peur, elle est simplement dangereusement ridicule.







20 commentaires:

  1. "La France n'a pas peur, elle est simplement dangereusement ridicule."
    Qui connaît vraiment cette France ? Est-ce celle des bobos parisiens ? Celle des élites bien au chaud, socialistes compris qui ne pensent qu'à leur réélection? Celle des bonnets rouges ? Celle des médias qui font la pluie et le beau temps, mais qui n'ont que faire du quotidien des Français ? Peut-être il vaudrait mieux parler de courage, d'abnégation de ces Français de l'ombre qui se battent pour boucler les fins de mois difficiles, au lieu d'y voir le ridicule qui est plus l'apanage de nos dirigeants et particulièrement de ce pauvre Hollande.

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    1. Ce qui intéresse les classes dirigeantes, les médias et tous ceux qui communiquent, c'est la partie émergée de l'iceberg.

      Et pour ce qui concerne la FRRR...ANCE, son nom sert depuis des siècles d'alibi ou de caution à ceux qui en usent et en abusent dans leur propre intérêt.

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    2. @Pat: je crois que je suis d'accord. billet à venir.

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  2. Bon billet comme toujours mon cher Juan, dans la précision et l'argumentaire.

    Certains pensent déjà que Hollande est cuit et d'autres croient naïvement que Sarkozy reviendra sauver la France du précipice ! Mais ce qui sauve le président de la République, ce sont les institutions de notre République mais aussi le fait qu'on l'attend jamais surtout quand on pense qu'il est mort politiquement. Franchement, qui aurait cru (moi le premier) en 2008 que Hollande serait président de la République ? Je crois que cela à un nom : la détermination

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    1. Non, c'est la sexualité débridée de DSK !

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    2. C'est vrai qu'avec DSK on aurai pas eu le manifeste des 343 salauds !!!!

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  3. La Frrrrance sait quand même être optimiste.
    Ainsi, un certain Harlem Désir vient de déclarer à propos des élections européennes : "c'est un combat très important, à la fois pour réorienter l'Europe, mais aussi pour réconcilier les citoyens avec l'Europe". Et Harlem Désir rappelle les priorités de son parti social-libéral : "l'emploi des jeunes, un soutien à l'Europe de la croissance, une communauté européenne de l'énergie, des grands projets industriels...".
    Un optimiste tellement convaincu et convaincant que nul n'oserait le sortir de son rêve en le réveillant brusquement.

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    1. Harlem Désir est effectivement paumé. Complètement.

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  4. On nage en pleine confusion, en effet :
    - on se voit asséner que la CGT refuse de suivre le FdG en renvoyant à un lien qui dit qu'il n'est pas exclu qu'elle suive.
    - on se voit ressortir ce fumeux calcul du ménage à 100.000€ de conso annuelle, sans même connaître la hausse globale de la TVA, intégrant hausse du taux principal et variations des taux réduits. On rappelle pourtant que cette hausse est supposée rapporter 7M. D'où ? De la poche de qui, alors ? Même confusion.
    - on fait semblant d'oublier qu'on n'a pas eu de mots assez durs sur la TVA et sur l'impôt privé qu'elle est appelée à financer : le CICE. On peut parfois clamer ses voeux d'une grande réforme fiscale plus juste et moins confuse que la succession invendable de mesurettes menée actuellement, tout en disqualifiant sur des détails foireux une manifestation qui prétend la porter.
    - on regrette la division de la gauche sans se donner les moyens de la fédérer. Certains privilégient, par conviction, sectarisme ou pire, par résignation, un programme qui divise la gauche et montre explicitement son échec au gouvernement. Cohérents sur un point au moins, ils semblent s'attacher à neutraliser la seule alternative à gauche qui présente un programme un tant soit peu fédérateur, puisqu'il est commun à des socialistes (dans et hors PS !), des communistes et des écologistes.
    - Faute de projet fédérateur, il ne reste rien d'autre que d'agiter le spectre de la droite sarkozyste, dont l'observateur cohérent constate pourtant qu'on a validé dans les faits l'essentiel de ses choix.

    Rageant, démoralisant, démobilisant. Et on prétend s'étonner.

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    1. D'accord. A ces oublis fâcheux, s'ajoute un fond sonore, un discours, une propagande qui tourne en boucle".

      Si notre société est en pleine déliquescence pour de nombreuses raisons, que n'évoque jamais nos bien-aimés dirigeants, j'en vois plusieurs en tête desquelles je placerai : l'exemplarité inversée*, la défense agressive des intérêts de sa caste, la duplicité et l'entêtement obsessionnel des classes dirigeantes. A force de faire n'importe quoi, comme dirait l'autre, ça commence à se voir.

      Aussi, ne peut-on pas reprocher aux classes dirigeantes de ne pas préparer leurs lendemains. Servies par de nombreux politicards plus intéressés par leur situation personnelle, et des médias, qui leur appartiennent, ils ont allumé des contre-feux et affuté leurs éléments de langage : le populisme, les Français conservateurs, les dangers du retour au franc, j'en passe et des meilleurs.

      * ce qu'on pourrait appeler le mauvais exemple donné par des politicards de tout bord : abus de biens sociaux, conflit d'intérêt, vol, mesures contraires à l'intérêt général, promotion éhonté des intérêts des privilégiés.

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    2. Shamal: la hausse de la TVA ne veut pas dire nécessairement dire hausse des prix, je ne sais plus comment l'écrire. Sur l'attitude de la CGT, la centrale a dit qu'elle récuse une manif sur le simple sujet de la TVA et qu'elle voudrait qqch de plus large (il ne me semble pas que mon lien oriente vers quelque chose de différent).

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    3. En tout cas la sncf augmente ses prix en janvier expliquant cette hausse par l'augmentation du taux de TVA

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    4. Ce que vous appelez "fumeux calcul du ménage à 100.000€ de conso annuelle" n'est que la démonstration du non moins fumeux raisonnement de JLM, que je cite (points d'exclamations compris): "La hausse de la #TVA coûtera 100€ par Français, enfant compris ! 400€ pour un couple avec deux enfants !"

      Non, il n'en coûtera pas 100 € au français moyen. Tout le monde subira l'augmentation du taux de 19,6 à 20%, mais ce sont les foyers les plus aisés, ceux qui font faire des travaux dans leurs propriétés, qui vont aux restaurants, au cinéma ou faire du cheval qui paieront le plus avec le relèvement du taux intermédiaire de 7 à 10%.

      Et l'abaissement du taux réduit de 5,5 à 5% profitera aux plus démunis (produits alimentaires de base, prestations pour personnes dépendantes, cantines scolaires,...).

      Il est donc absurde d'aller faire une moyenne de tout ça et de sortir le slogan du "matraquage fiscal". Sauf si on fait partie des plus riches...

      Mélenchon a tort de surfer ainsi sur le mécontentement "populaire". Il va finir par ne pas voir arriver la vague bleue marine qui l'engloutira définitivement.

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    5. Ce commentaire a été supprimé par l'auteur.

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  5. Soyons courageux. Privilégions l'impôt sur le revenu, plus voyant, mais plus juste si :
    - le nombre de tranche est relevé
    - la plupart des niches fiscales sont supprimées
    - les revenus du Capital sont mieux pris en compte, y compris sur les personnes physiques et morales résidant à l'étranger (en particulier en agitant la menace du séquestre de ces revenus)

    Augmenter la TVA ? Hum....

    Bien entendu, la guerre du Mali, entre autres dépenses inutiles (mercenaires en Syrie...) est une faute, dont le président de la république devra assumer sur ses deniers une part des coûts.

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    1. Non, non, pas sur les revenus du capital. Tu n'as pas noté que, question capital et finances, les socio-lib', Moscovici en tête, sont contre la taxation des transactions financières. Ils se battent d'ailleurs pour qu'elle ne soit pas mise en place par l'UE au nom des risques sur l'emploi, hi, hi ...

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    2. Je sais, Démos : c'est pourquoi il faut virer à coups de lattes les socio-lib'. La chose me paraissait aller de soi. Avec eux on ne peut que reculer encore vers un avenir de désolation.

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  6. "c'est pourquoi il faut virer à coups de lattes les socio-lib'."

    Ce n'est pas ce que disent la plupart des gens qui veulent manifester contre le matraquage fiscal. Eux ils veulent virer à coups de lattes les socialo-communisses.

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  7. http://www.humanite.fr/social-eco/un-choc-sur-la-consommation-554086

    Et maintenant ?

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