23 novembre 2013

342ème semaine politique: comment Ayrault pourrait changer la donne

François Hollande a repris la main. A moins qu'il ne s'agisse de Jean-Marc Ayrault. Le premier a pris de la hauteur, maladie de la Vème République, et enchainé les déplacements diplomatiques (Israël, Italie), le second a créé la surprise en annonçant une réforme fiscale que d'aucuns désespéraient de voir venir.

« J'ventile »
Toute la semaine, la chasse au "tireur fou" a obsédé nos gazettes médiatiques. Un homme avait grièvement blessé, lundi, un assistant-photographe de deux coups de fusils dans le hall du quotidien Libération. Ce qui s'apparente à un fait divers de plus a permis à quelques réacs de s'échauffer sur les réseaux sociaux. D'autres esprits faibles justifient le coup de sang qui fut un coup de feu comme un énième media-bashing nécessaire. Loin d'être choqués, les haineux redoublent d'effort. La nausée n'est pas loin.

Nos chaînes d'information couvrent l'évènement comme si la guerre en Syrie avait été brutalement importée dans les rues de Paris. C'est "l'orgasme du direct" commente la blogueuse Aliocha. Quelques émissions racolent, le show est digne de "Peur sur la Ville". C'est la course au scoop. Quand BFM lâche le nom du suspect interpelé, mercredi soir, la nouvelle réjouit la fachosphère, enchanté de sa consonance arabe.
 
Hollande est loin, il termine un voyage en Israël. Il contredit quelques fantasmes, comme cette supposée réticence à l'égard du sort de la Palestine. A la Knesset, il répète sa vigilance contre la prolifération nucléaire, notamment chez l'Iran tout proche. Il plaide l'amitié et la confiance de la France à l'égard de l'Etat hébreu, mais rappelle que la France reconnait la Palestine sur la base des frontières définies en 1967; que "la colonisation doit cesser."  L'extrême droite, dont l'un de ses représentants - le ministre Avigdor Lieberman – boude dans les rangs, n'apprécie pas.
De l'autre côté de l'Atlantique, le New-York Times célèbre l'autorité retrouvée de la présidence française, comparant Barack Obama à … un camembert mou. Mais en France, La liste des râleurs ressemble à un bottin à qui il manquerait l'essentiel.

Les "pigeons", les "poussins", les "moutons", et autres "dodos" accompagnent les "bonnets rouges" ou "verts", les propriétaire de clubs de foot qui finalement renoncent à faire la grève des matches pour cause de taxe à 75% sur les millions de leurs vedettes du ballon rond; les transporteurs routiers contre l'éco-taxe, les grands céréaliers franciliens contre la réforme de la PAC, les enseignants contre la réforme des rythmes scolaires. Il y a bien des désarrois légitimes, des salariés licenciés aux entrepreneurs étranglés. Mais cette foire médiatique qui pousse les micros vers la râlerie du jour, prolonge le buzz et en alimente d'autres. C'est un cercle vicieux, une pagaille qui fait prendre le bruit pour l'essentiel. La moindre cause en entraîne d'autres, souvent sans rapport. Il n'y a plus de hiérarchie, ni même parfois de décence.

Car où est ce gros quart du pays qui souffre en silence dans sa pauvreté, le chômage et la précarité ? Il se tait.  Un récent exemple, cette nouvelle évaluation des embauches qui donne le vertige: près de 83% des embauches du premier trimestre l'ont été en contrats courts. Un gros quart des nouveaux inscrits à Pôle emploi sont des ex-CDD, contre moins de 3% pour les CDI. Autrement dit, le bataillon des précaires de l'emploi, de CDD en chômage en CDD, grossit à vue d'oeil.

Qui a vu des manifestations de ces précarisés de l'emploi ?

« c'est du brutal »
Mardi, Jean-Marc Ayrault rebondit, brutalement. Le coup avait été concocté le weekend précédent à l'Elysée, sans prévenir jusqu'aux plus proches.

Une remise à plat, totale, longue, discutée. C'est ce que Jean-Marc Ayrault propose mardi pour l'ensemble de nos prélèvements sociaux et fiscaux. Il a au moins pris la mesure de son échec, l'absence de réforme fiscale dès le début du quinquennat, la résistance de sa propre équipe à Bercy, la multiplication de micro-taxes nouvelles ou rehaussées depuis 18 mois. Le "supplice chinois" est terminé. Mais la réforme fiscale reste à faire.

Ayrault prend aussi tout le monde de court: son propre ministre des Finances, Pierre Moscovici, qui n'aurait pas été prévenu, d'après le Canard Enchaîné. L'UMP, qui "théâtralisait" le jour-même la désobéissance (un comble!) contre une réforme des rythmes scolaires pourtant largement approuvée par les maires; l'opposition de gauche qui prévoit une manifestation le 1er décembre contre la hausse de TVA de janvier. Mediapart, qui pourfendait le gouvernement d'avoir renoncé à la réforme fiscale, s'en inquiète désormais.

Le Medef s'inquiète. Nicolas Doze, sur BFM, réclame vite une hausse générale de la TVA. Les Echos publie un opportun palmarès qui place la France en haut du podium européen des taxes sur les entreprises. Les syndicats sont divisés. FO, la CFTC et la CFDT applaudissent l'initiative. La CGT grogne contre le temps perdu.

Jean-Luc Mélenchon appelle à la mobilisation pour "créer un rapport de forces". Son Parti de Gauche vient de publier son "contre-budget". L'enrobage argumentaire reste violent, c'était prévisible. Les perspectives budgétaires, elles, sont étonnantes – 131 milliards de recettes nouvelles ! Si la hausse de l'impôt sur le revenu apparaît nécessaire, celles des cotisations sociales (22 milliards !) fera jaser. Le PG trouve aussi 7 milliards d'euro de fraude fiscale avec une déconcertante facilité. Il promet de nationaliser nos activités de dépôts bancaires; ou se fait fort de réduire de 20 milliards d'euros annuels les agios de la dette publique. Il fait l'impasse sur la liste, pourtant savoureuse et essentielle en ces temps de jacquerie fiscale, des 42 milliards de niches fiscales « honteuses » à supprimer. On imagine que le PG ne réclamera pas la suppression des taux réduits de TVA.

Bref, avec cette grande remise à plat, Ayrault ramène la classe politique à son niveau, au pied du mur.

« les cons, ça ose tout »
Les partis sont en campagne. Le PS choisit ses têtes de listes européennes dans la douleur. A Solferino, Harlem Desir sonne le tocsin contre ... le racisme. Les parachutages d'Emmanuel Maurel et de Vincent Peillon enragent les militants locaux.

Le Front national se découvre chaque semaine quelques candidats municipaux à "purger" pour dérapages racistes ou xénophobes.

Quelques déchus de Sarkofrance, saison 1, espèrent récupérer un strapontin. Nadine Morano est de ceux-là. Défaite aux législatives de 2012, elle veut désormais "s'investir" dans la bataille des Européennes. Sans rire.

A Marseille, l'UMP, Jean-Claude Gaudin précipite son entrée en campagne, effrayé par les sondages. Il veut "poursuivre le changement" entamé il y a ... 18 ans.

A Paris, le fils Tibéri veut conquérir la mairie du 5ème arrondissement. Qu'importe les casseroles attachées à son nom. Mais la plus drôle reste Nathalie Kosciusko-Morizet. Les " fabuleuses aventures NKM dans le métro" deviennent une BD "bitstripées" dans les colonnes de l'Express. Elles provoquent aussi l'hilarité générale.

L'association Anticor dépose une plainte contre les dépenses de communication du gouvernement Fillon. Le passé rattrape l'ancienne équipe. Nicolas Sarkozy s'affiche chez Goldman Sachs.

On n'est même plus surpris.

En Iran, Christine Boutin s'affiche voilée pour critiquer publiquement, sur une chaîne de télévision officielle, la légalisation du mariage homosexuel en France. 

On n'est même plus surpris.

Crédit illustration: DoZone Parody

17 commentaires:

  1. Étonnante, cette aptitude de l' UMP et du PS à désigner des candidats- tête de liste- repoussoirs, ceux qui sont assurés de faire le moins de voix possible, comme si l'objectif était de se faire battre à tous prix: NKM pour les municipales à Paris, Harlem Désir pour les européennes en Ile-de-France...

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    1. Je ne crois pas que Mme Kosciusko-Morizet soit un mauvais choix pour Paris : elle a ce boboïsme qui plaît beaucoup aux décérébrés hors-sol qui peuplent désormais cette ville. En fait, c'est une sorte de delanoïste hâtivement repeinte aux couleurs de l'UMP.

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    2. Il faudra que je fasse un billet sur ces "bobos" si méprisés, des bourgeois gagnant correctement leur vie sans être milliardaires, en général grâce à leurs études plutôt que leurs héritages, effectivement "bohèmes" (mais non, pas Leonada ni son père) et plutôt de gauche, et que je trouve bien plus agréables et intéressants à fréquenter que les petits-bourgeois conservateurs-rances-racistes-xénophobes-radins et qui comptent tous les soirs chacun de leurs sous avant de les remettre dans leur lessiveuse.

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    3. Ce qui est bien, c'est que vous ne reculez devant aucune caricature…

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    4. Forcément : avec un rein en moins, on se sent tout de suite plus léger…

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  2. Le problème avec l'annonce de réforme fiscale lancée par Ayrault, c'est qu'Hollande s'est empressé de la "dévitaliser" en indiquant qu'elle se ferait sur la durée du quinquennat. Question dynamisme et volontariat, ce n'est pas terrible...

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  3. Bonne chronique.
    Bien la description du fonctionnement médiatique ; "la foire médiatique...etc..."pour ma part devant le mot décence j'aurais préféré le qualificatif "souvent ", mais on ne va pas chipoter...
    Hollande ,dans ses 60 propositions de campagne, a parlé d'une fusion A TERME de la CSG et de l'impôt sur le revenu si ce projet fait partie de la réforme envisagée, ce qu'on ne sait pas pour l'instant...

    CASTOR

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    1. Entièrement d'accord avec ce commentaire percutant. Je trouve moi aussi "foire médiatique" une superbe trouvaille, d'un niveau d'originalité rarement égalé. Et j'aurais moi aussi souhaité que vous écrivassiez : “ni même parfois de souvent décence”, comme le réclame M. ou Mme Castor.

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    2. Vu ton picto, tes commentaires on s'en tape et tu sais ce qu'elle te dit mme CASTOR ,

      CASTOR

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    3. Qui est donc ce “on” qui se tape de mes commentaires ? Si c'est vous, ayez au moins la franchise de dire “je”.

      Quant à ce que pourrait me dire Mme (avec un m majuscule initial…) Castor, je crois deviner, oui…

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  4. "comment Ayrault pourrait changer la donne"
    Dans cette Vème République , on n'a jamais vu un premier ministre changer quoi que ce soit . C'est le président qui détient toutes les manettes et les clés du camion . Le premier ministre orchestre le gouvernement et tous ses ministres mais la partition est intégralement écrite à l'Elysée .

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    1. Pas tout-à-fait exact : quand De Gaulle s'est enfui à Baden, c'est bien Pompidou qui a redressé la barre, qu'on en soit heureux, ou pas. Et c'est d'ailleurs ainsi, avec la complicité des confédérations syndicales, que mai 68 est passé à la poubelle, ou peu s'en faut. Et aussi qu'il n'y a pas eu d'effusion de sang.

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    2. La partition est intégralement écrite a l'Elysee....

      Exact sur un parchemin a la plume d'oie et en lettre gothique et elle est signe en bas a droite 0+0= la tête a Toto !

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  5. En résumé, bilan de cette 342ème semaine : R-I-E-N.

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    1. Non ce n'est pas rien.
      Reconnaissez qu'avec Boutin, Doze, Tiberi, Gaudin, NKM, Sarkozy, Valls on a droit a une belle brochette de connards !

      Bon, un petit Fernet-Branca pour la digestion ne serait pas un luxe...

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    2. Insinueriez vous que notre ami Juan fait son mur des cons a lui ?

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