13 novembre 2013

Manuel Valls premier ministre ?

La messe serait donc dite, il faudrait donc remanier ou tout changer.

Comme Jacques Chirac en 1997, après d'épuisantes grèves de l'hiver précédent, comme François Mitterrand 2, qui crama un premier ministre tous les 18 mois ou presque lors de son second septennat, comme Nicolas Sarkozy passé le mois de janvier 2008 où son Bling Bling hautain et agité plaçait François Fillon comme son premier collaborateur, voici François Hollande à son tour brûlé par un régime et son action qui ne suffisent plus à contenter les sondeurs, les commentateurs et, paraît-il, le peuple.

Il faudrait remanier, urgemment.

Vraiment ?

1. Certains ministres sont effectivement à bout. Le compromis initial de ce gouvernement, une alliance PS/EELV/PRG, de Manuel Valls à Christiane Taubira - pour ne citer que deux exemples - ne sert plus à rassembler. Il brouille. Un remaniement sert à replacer un centre de gravité dans une équipe qui l'a perdu.

2. Remanier est une astuce politique de la Vème République. Sans changement de majorité, cela peut ressembler à un changement d'équipe de hockey-sur-glace: on poursuit le même match, mais on injecte des remplaçants. Les sondés réclament un nouveau premier ministre, et pourtant Ayrault est moins impopulaire que Hollande. Allez comprendre... Le changement d'un premier ministre modifierait-il le mécontentement des Bonnets Rouges, des enseignants, des pigeons, du Medef, des inspecteurs du travail, des auto-entrepreneurs, ou des patrons de clubs de football ?

3. François Hollande pourrait nommer Manuel Valls. Cela aurait le mérite d'une certaine clarté, ce serait un choix décisif et fort, à défaut d'être agréable. Il rétrécirait sa base politique à gauche car EELV, Christiane Taubira, et même nombre de socialistes ne suivraient sans doute pas. Mais on verrait bien si l'homme politique le plus populaire de France survivra à l'épreuve de ce combat-là.

4. François Hollande pourrait nommer un autre premier ministre, plus marqué à gauche. Il pourrait, techniquement. Le Président a toutes les cartes. Mais serait-il gagnant ? Il faudrait que le centre de gravité se déplace à gauche. Les élus EELV y sont prêts, mais que pèsent-il ? Pas grand chose, commentait l'un d'entre eux la semaine dernière. Hollande devrait convaincre le Front de gauche, c'est-à-dire négocier un programme de gouvernement. Suivant cette logique, il devrait donc renoncer à quelques éléments saillants de son programme électoral - comme le redressement à bâtons rompus des comptes publics. On imagine la réaction de celles et ceux qui, plus à droite, ont aussi voté pour Hollande et sur ce programme-là.

5. Hollande pourrait dissoudre l'Assemblée nationale. Les éditocrates y voient la preuve d'une insondable panique dans l'esprit de ceux qui évoquent cette idée. La démarche aurait le mérite (1) de faire faire le sale boulot à quelqu'un d'autres; (2) d'épuiser prématurément une droite républicaine sans renouveau; (3) de provoquer une négociation d'accord de gouvernement. Elle révèlerait surtout combien ce régime est à bout de souffle.

6. Cette affaire de remaniement est d'abord une chose sondagière. Une arnaque d'institut parfaitement résumée par l'Observatoire des Sondages, juste après cette étonnante couverture du JDD, le 3 novembre dernier.
"Ces « enquêtes » mettent en question de manière manifeste la méthodologie des sondages et l’intelligence de ceux qui les commettent. Un chiffre est en effet intéressant : il est 15 % de sondés qui jugent que rien ne doit changer. Mais qui sont donc ces gens qui ont pris la peine de répondre à un enquêteur par téléphone sans avoir de doléances ni de mauvaise humeur à exhaler ? Manière de signaler que ceux qui répondent le font pour exprimer un désir de changement quelconque."
Bref, cet urgent remaniement, exigé par quelques médiacrates pressés de changement, est une affaire de commentaires. Le plus grave reste ailleurs, tout le monde le réalise, enfin.

Notre actuel président, tout normal qu'il soit, pilonne l'actualité de trop de mauvaises nouvelles, parfois anecdotiques mais suffisamment fréquentes pour provoquer l'exaspération. Et, en parallèle, l'absence de cap alternatif majoritaire est aussi troublante qu'inquiétante.

Il n'y a pas un plan B mais autant de plans que de lettres dans l'alphabet.









Crédit illustration: DoZone Parody

13 commentaires:

  1. Vous n'aimez pas Valls, le traitez comme s'il était dans l'opposition, et mourez d'envie de le voir cramer, comme furent cramés les premier ministres mitterrandiens. Pour réduire ses chances, après Hollande-l'irrésolu et Ayrault-le-mou, de devenir chef d'état, peut-être ?

    Eh ben c'est pas joli, et c'est pas fin.

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    1. je ne cherche pas vraiment à le cramer... ;-)

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  2. Plutôt d'accord sur l'analyse, mais pourle plaisir, jacques SAPIR avance l'hypothèse CHEVENEMENT...

    CASTOR

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    1. Chevènement, pourquoi pas? Il pourrait peut-être réaliser une sorte de synthèse entre Valls et Montebourg.

      Jean de Scarpone

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  3. et après tout pourquoi pas ?
    je cherche en vain de bons arguments pour basher Valls

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  4. Remanier sans evolution de la politique mise en place est une vaste fumisterie, quelque soit le 1er ministre . Par contre, il semblerait que Valls soit un fusble plus protecteur qu'Ayrault . Si c'est juste pour cela, on reste dans la vaste fumisterie

    Bozo

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  5. Tous les changements de Premier Ministre effectués par François Mitterrand (hors changements imposés par les deux cohabitations) ont toujours correspondu à des infléchissements de lignes politiques (Mauroy, Fabius, Rocard, Cresson, Bérégovoy) -sinon, ils n'auraient eu aucun sens ni aucun effet.

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  6. Je persiste : c'est le président qu'il faut remanier.

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  7. Huées contre Hollande : TF1 a manipulé le son, examen d'un organisme de contrôle.

    La chaîne française de télévision TF1, numéro un en Europe, a reconnu mercredi avoir manipulé le son d'un sujet consacré au président François Hollande, donnant l'impression qu'il était conspué en sortant de sa voiture pendant une visite le 11 novembre, une affaire que va examiner le gendarme français de l'audiovisuel.

    Le son d'origine des huées à l'arrivée du président à Oyonnax (sud-est) le 11 novembre, a été maladroitement décalé de quatre secondes sur les images du journal de 20H de TF1, a reconnu mercredi à l'AFP Catherine Nayl, directrice de l'Information de cette chaîne.

    Il s'agit d'une erreur regrettable, sans volonté de déformation de la réalité, a assuré Mme Nayl.

    Le Conseil supérieur de l'audiovisuel (CSA) examinera ce cas en groupe de travail déontologie, a expliqué une porte-parole de cet organisme de surveillance à l'AFP, précisant toutefois qu'il faudrait attendre plusieurs semaines avant qu'il ne rende une décision à ce sujet.

    Concernant les questions de déontologie, le CSA peut soit ne pas donner suite, soit adresser à la chaîne une mise en garde ou une mise en demeure, soit, pour les cas les plus graves, imposer des sanctions pouvant prendre la forme de la lecture d'un communiqué ou d'une pénalité financière.

    Mardi soir, Le Petit Journal de Canal+, une émission satirique, avait montré, images et bandes-son à l'appui, que des huées avaient été déplacées et ajoutées au moment où le chef de l'Etat sortait de sa voiture, accueilli par les autorités locales.

    Le président avait bien été hué quelques instants plus tôt, mais, à son arrivée, les huées avaient cessé, comme le confirment les images et le son bruts mis à disposition des chaînes de télévision ce jour-là.

    Dans le reportage de TF1, la journaliste indique à cet instant précis, en voix-off, tandis que les huées décalées sont perceptibles : "Dès son arrivée, le chef de l'Etat a essuyé quelques huées, ici aussi, au milieu d'applaudissements."

    http://www.romandie.com/news/n/_Huees_contre_Hollande__TF1_a_manipule_le_son_examen_d_un_organisme_de_controle_RP_131120131831-24-419097.asp

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    1. Combien de reportages bidonnés, de sondages orientés, de soutiens déguisés avons nous, à notre insu, colportés, copiés, collés, rabâchés ?

      Qui, hors du Petit Journal sur ce coup, aurait eu la curiosité de contrôler la véracité de ces sifflets ? Qui donc, parmi les journalistes sur place, a réagi à cette grave manipulation ?

      Niveau sondage, est-ce qu'une faible cote de popularité démontre une mauvaise politique ? D'ailleurs est-ce que 1009 réponses sur 15000 décrochés sont une bonne mesure de l'opinion, sans parler des questions ?

      Quand la "source" même est polluée, on imagine les dégâts par la suite, parmi les milliers de commentateurs, de twittos, bloggers, etc. une armée de manipulateurs de tout ordre.

      Maintenir le cap... Il y a une distorsion entre les actions du gouvernement et nos attentes. Cette distorsion devait être présente dès la formulation des promesses mêmes, car, à en juger ici http://www.luipresident.fr/ le bilan n'est pas mauvais.

      Mais réduire le chômage ne nous rendra pas plus riche. Réformer la retraite, ne nous maintiendra pas en vie plus longtemps.

      Maintenir le cap... s'il n'y en avait qu'un !

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  8. "Voici François Hollande à son tour brûlé par un régime et son action qui ne suffisent plus à contenter ..., paraît-il, le peuple". Une telle mauvais foi, notamment l'excellent "paraît-il", est à saluer, mon cher Juan. Tu me diras, que peut-on attendre d'autre de l'envoyé spécial de La Pravda, en dehors de coups de brosse à reluire ou de vilains petits sous-entendus, quand elle parle du PC ? Même un adhérent socialiste de base rencontre des Français en colère. Juan, non !

    "L'absence de cap alternatif majoritaire", tout comme le fait de savoir "si le changement de Premier changerait le mécontentement des pigeons" sont d'autres merveilleuses perles.
    Primo, il n'y a aucun cap, camarade, si ce ne sont du sang, de la sueur et des larmes en version 2013 revisitée. N'existent que des promesses que notre bien-aimé Président n'est pas près de réaliser, comme le note Elie Arié un peu plus haut. Peut-être pense-t-il tenir ainsi jusqu'au lendemain des prochaines élections ?
    Deuxio, les volatiles se sont envolés depuis longtemps, laissant le benêt seul face à ses électeurs. Ce que tu n'as peut-être pas mesuré, ami socialiste, c'est que nombre de Français ne sont pas près de digérer le fait qu'Hollande fasse sans l'ombre d'une hésitation des cadeaux très coûteux aux privilégiés de tout poil tout en les taxant, les re-taxant et les re-retaxant. Cela, compagnon, s'appelle l'exemplarité.

    La colère et la frustration s'exprimeront, c'est certain et Hollande paiera très cher sa politique libérale de petit notaire de province. Et nous aussi, malheureusement !

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  9. Valls ????? ça va pas la tête !
    Tu parles d'une inflexion de ligne politique !!!!!!!

    Hollande ne me semble pas être du genre sado-maso.
    OUF !
    Maintenant s'il s'amusait à cela :
    déjà le PS n'aura pas mon bulletin aux municipales et aux européennes mais là il n'aurait pas mon bulletin aux présidentielles.

    "Petit notaire de province" et Rastignac goulu : quel attelage .....

    Je pourrais comprendre que le Président nous dise : je suis pris entre les contraintes de l'Europe et un système ultra libéral dominant - je suis obligé de passer par ces deux fourches caudines. Je n'ai pas de baguette magique.... il faut faire avec... mon projet c'est limiter les dégâts
    je le comprendrais car je n'ai pas de belle solution toute faite à lui proposer.
    mais au moins pas de mensonges, pas de faux semblants pas de mesurettes compulsives et nombreuses...
    quel foutu bordel !!!!

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