25 novembre 2013

Réforme fiscale: Ayrault seul contre tous ?

Il aurait agi seul contre tous. Les jours passent et les rancoeurs anonymes s'accumulent. On aura toutefois quelque difficulté à penser qu'il ne s'agit rien d'autre qu'une tentative de minorer l'ambition.

Car les critiques viennent aussi de "l'intérieur".

Jean-Marc Ayrault, le soldat.
On connaissait le premier ministre absent, simple exécutant d'un Monarque qui l'étouffait. Il s'appelait François Fillon. Premier collaborateur à avaler toutes les couleuvres, assumer tous les échecs au point de devoir désormais convaincre qu'il a du caractère. On connaissait les premiers ministres loyaux mais dynamiques, anticipant la parole et l'action présidentielles. Alain Juppé, Jean-Pierre Raffarin puis Dominique de Villepin furent de ceux-là, faisant plus de chiraquisme que Jacques Chirac lui-même.

On connaissait ceux qui épousaient les évolutions du patron tout en assumant les coups et l'action. Pierre Mauroy qui géra le tournant de la rigueur en 1983 puis Laurent Fabius qui devait limiter la casse électorale aux élections de 1986.

Il y eut aussi les premiers ministres presque frondeurs, trop autonomes, libérés de leur monarque pour mieux penser à "l'après". Jacques Chaban-Delmas sous Pompidou, Jacques Chirac sous Giscard, ou Michel Rocard sous Mitterrand avaient chacun un programme qui ne collait pas exactement à celui du boss de l'Elysée.

Jean-Marc Ayrault semble un peu à part. Il est arrivé premier ministre à un moment où François Hollande ne savait comment sortir de l'omni-présidence instaurée par son prédécesseur. Lui devait s'évacuer du rôle effacé et masochiste qu'avait créé Fillon pendant 5 ans. Car Fillon avait quand même duré 5 ans à Matignon. Comme un balai qu'on oubli dans un placard.

La réforme fiscale... de qui ?
A en croire les gazettes, Jean-Marc Ayrault a forcé la main d'un peu tout le monde pour lancer cette remise à plat. Hollande a été prévenu juste avant de partir pour Jérusalem. Il a quand même relu l'interview aux Echos avant qu'elle ne paraisse. Mais pour prouver qu'Hollande n'était pas dans la confidence, quelques commentateurs avancent l'argument massue, la déclaration d'Hollande depuis Rome, mercredi, qui temporise: "Il y a là un engagement qui se traduit et qui prendra le temps nécessaire, c'est-à-dire le temps du quinquennat."

Tous les ministres n'ont appris la chose que la veille de la publication. Quelques anonymes ont la trouille ou s'agacent du bon coup. Le Monde en citent deux, très aigris: "Une telle réforme n'a jamais réussi dans ce pays" aurait dit l'un. "Pour l'instant, tout le monde se réjouit, mais quand on va entrer dans le détail de chaque taux, de chaque mesure, on va moins rigoler." "Je suis un peu surpris" aurait ajouté un autre. Quelle solidarité ! Parmi les récalcitrants, on cite Manuel Valls, Vincent Peillon, Claude Bartolone et même Stéphane Le Foll.
"D'accord, c'est un bon coup, les journalistes le disent. Mais on verra ce qu'il en restera dans quinze jours. On va pouvoir en faire, des colloques!", persifle un jaloux. (Source: JDD du 24 novembre)
Pierre Moscovici a été effectivement totalement tenu à l'écart, comme ses collègues. Depuis, il explique qu'il "ne veut pas se laisser "enterrer vivant." Belle expression ! Il s'est aussi agacé que les deux changements à Bercy - Ramon Fernandez qu'il apprécie et le directeur du Budget Julien Dubertret qu'il était prêt à faire partir - aient été annoncés si précipitamment. Car le remplaçant de Fernandez hésite encore !

Expliquer aujourd'hui, avec force détails, combien Ayrault aurait joué seul est une petite manip' des déçus et des effrayés. Ayrault assure qu'Hollande était prévenu depuis plus longtemps. L'affaire était dans les tuyaux depuis 3 semaines. Quelques syndicalistes avaient même été mis au parfum. "Je reconnais que la préparation était confidentielle. C'était nécessaire. Tout ceci s'est fait, jusque dans les détails, avec le président de la République, conformément à son souhait"


Finalement, il manquait une autre remise à plat.

Celle du gouvernement.


8 commentaires:

  1. Détestable méthode. Le ministre de tutelle laissé dans l'ignorance, le président de la République informé in extremis, qui sont les syndicalistes qui savaient ?
    Surtout lorsqu'on nous a expliqué durant des mois après l'élection que décidément non la réforme ne pourra se faire. Et que l'on a augmenté les impôts avec constance et détermination avec des moyens aussi simple que le gel du barème, mesure engagée par l'ancien et maintenue par le nouveau. Où était le changement, les idées nouvelles, la vision d'avenir, la stratégie ? On a pataugé dans la demi-mesure pour ne fâcher personne et l'on a crut pouvoir gagner assez de temps pour permettre à la reprise de pointer son nez. Résultat, pas assez de reprise, des plans sociaux qui se multiplient et pas des petits, sacrebleu, et la grogne qui monte devant les annonces quasi hebdomadaire de nouvelles impositions et taxes.
    Dès lors que les recettes fiscales s'essouflent et que le mécontentement monte on relance une initiative pour une réforme importante et annoncée comme juste : fusionner CSG non progressive prélevée à la source et IRPP progressif au mode de recouvrement totalement différent.
    Jusqu'à présent l'on entend guère de discours affectant les quelques 400 niches fiscales qui plombent le rendement de l'impôt, rendent la loi fiscale opaque et incompréhensible pour qui n'est pas docteur en droit (fiscal).
    Rien dans ce qui est annoncé ne laisse croire à autre chose qu'une manoeuvre politique pour sortir de l'impasse dans laquelle s'est enfoncé le gouvernement. De plus lorsqu'on veut réformer et d'autant plus lorsqu'il s'agit d'une réforme de grande ampleur, telle qu'elle est apparemment souhaitée ici, on le fait en début de mandat lorsqu'on dispose d'une popularité encore intacte, pas quand on a cramé inutilement presque toutes ses cartouches à force de reculades répétées et que l'on a démontré davantage de faiblesse que de détermination face à la rue et aux groupes de pression.

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    1. On peut être, pour le moins sceptique, sur le caractère juste de cette réforme à venir. Entre ce qui a été dit par le pouvoir ou pas, comme tu le signales, ce qui est déclaré ces jours-ci, les travaux entamés par Moscovici avec le Medef et l'horizon de la réforme, il s'agira tout au plus d'un petit déplacement de curseur plutôt que d'une remise à plat courageuse. D'ici là, les sociaux-libéraux se seront pris quelques "vestes" électorales et nous quelques sacrifices à la sauce hollandaise. Durs, mais enveloppés dans du papier de soie.

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  2. J'aime beaucoup la conclusion de l'article!

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  3. La pub sur la retenue à la source me semble une arnaque de plus !
    Ce n'est franchement pas le problème essentiel . La mensualisation est quasi générale.
    Les mesures nouvelles doivent aller vers la simplicité et la justice.

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    1. Si on exclu la retenue à lasource sur le chiffre d'affaires des entreprises, ce serait, en effet, une arnaque de plus

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  4. Traiter Mme Taubira de guenon quand on voit cette video (https://www.youtube.com/watch?v=OIzijKXUO_0) !

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  5. http://www.lemonde.fr/politique/article/2013/11/25/reforme-fiscale-les-dix-travaux-d-ayrault_3519610_823448.html

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  6. Quand Ayrault aura mis sur la tables les oppositions à la réforme des syndicats, du patronat, de la droite, du centre, de la "vrai" gauche, il lui sera facile de montrer qu'il est impossible de réformer en France !
    Et dire que l'on est le seul pays de l'UE a ne pas avoir l'impôt à la source !

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