5 décembre 2013

Flexibilité: ce fameux "système salarial surprotecteur"

C'était une remarque de plus, une de trop, décevante à souhait, mais si prévisible. Un éditorialiste renommé de BFM-Business, ce jeudi 5 décembre, lâchait ceci sur Twitter:

L'homme était visiblement mal renseigné. Certes, il y a toujours plus précaire en ce bas et triste monde: un salarié de PME face un salarié de grande entreprise, un salarié du privé face à un fonctionnaire, un salarié face à un artisan, etc... Dans l'argumentaire neo-libéral, les comparaisons stériles pour motiver la destruction des protections sociales pullulent.

1. Notons d'abord que ce "système salarial surprotecteur" n'empêche pas un recours massif au travail partiel et précaire: le sous-emploi frappe 1,4 million de personnes en France, pour l'essentiel des femmes (963.000). Fin 2012, "7,9% des femmes en emploi sont en sous-emploi contre 3,0% des hommes. " notait la DARES dans son bilan de l'emploi publié en juin dernier. ce sous-emploi a légèrement baissé depuis 2009 (5,3% contre 5,9% de la population active), mais il n'a pas retrouvé son niveau de 2008 (5,1%).

2. En France, avant même la crise, le taux de rotation des salariés est bien plus élevé qu'ailleurs dans l'OCDE (Allemagne, Etats-Unis, Japon, ). A fin juin, il était encore d'environ de 27,2% (dernière mesure de la DARES) dans les établissements de plus de 10 salariés). Ce taux regroupe la proportion de salariés "entrants" (13,6% à fin juin) ou "sortants" (13,6% également à fin juin) sur le nombre total de salariés. La récente loi de flexibilité a même permis, entre autres, l'accélération des procédures de licenciement... en période de crise...

3. D'après une analyse de l'OFCE, le système français indemnise plus longtemps mais moins les salariés licenciés. Avant la crise de 2008, l'Allemagne consacrait 2,2% de son PIB à l'indemnisation de ses chômeurs, contre 1,5% en France. Plus de 85% de ses chômeurs étaient indemnisés, contre à peine la moitié en France.

4. Enfin, last but not least, le rapport entre chômage et flexibilité du travail est une lubie. Dans une récente étude  publiée en juillet dernier, l'OCDE pointait un résultat remarquable que visiblement, notre éditorialiste de BFM-Business n'avait pas lu: il n'y a statistiquement aucune corrélation entre la protection des salariés et les performances en matière d'emploi au sein de l'OCDE.



A bon entendeur...


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9 commentaires:

  1. "Les cons, ça ose tout, c'est même à cela qu'on les reconnait" Cette réplique d'Audiard s'applique parfaitement au dénommé Stéphane Soumier !

    Bozo

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    1. pas d'insulte svp, même tirées d'une citation très honorable.

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    2. C'est pas une insulte, c'est un constat

      Bozo

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    3. Insulter un type comme Soumier, ce serait lui faire trop d'honneur.
      Il n'y a qu'à jeter un œil sur le net pour voir que cet ectoplasme veut surtout qu'on parle de lui. Espérons que personne n'aura l'idée de lui appliquer le traitement qu'il préconise en lui refaisant la façade.

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  2. Apparemment le gouvernement est au moins partiellement de l'avis de S. Soumier puisque l'ANI de ce printemps va dans le sens d'une meilleure flexibilité des conditions de travail. Et après tout il dispose encore de plus de trois années pour poursuivre dans cette voie.
    Michel Sapin ne dit pas autre chose lorsqu'il veut plus de souplesse sur le travail du dimanche par exemple.
    Ensuite y a les bulldozers de la parlote (journalistes ou éditorialistes) et les plus subtils car en charge des dossiers qui modifient progressivement les règles et le droit du travail en essayant de ne pas déclencher l'ire des travailleurs au bord du nervous breadown.

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  3. "Ca c'est du brutal", comme dirait Bozo, mais vous noterez que l'individu n'a pas tort.
    Ainsi, si les patrons payaient leurs salariés comme au Bangla Desh - sans enchaîner les enfants tout de même, restons démocrates - les entreprises renoueraient avec le profit, il n'y aurait plus de chômeurs, sauf les gens de mauvaise volonté, et il y aurait moins de manifestants et de grincheux. Hé oui, exténués par leur journée de travail, ils n'iraient pas manifester pour un "oui" ou un "non", avec ou sans bonnet rouge.

    Bref, voilà un homme, Soumier, qui gagnerait à être connu et pourrait candidater pour devenir Ministre du travail. La France se doit d'être un pays innovant.

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  4. Il parle bien des jeunes. Toutes les réponses que vous faites ne prennent pas en compte un des problèmes majeurs de la France qui est que deux sociétés sont en train de se former avec d'un côté les employés précaires (et jeunes) et de l'autre les employés stables. On peut se demander si les jeunes ne sont en France la variable d'ajustement de la flexibilité.

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  5. sur la precarisation, on voit se former une nouvelle classe socilale les CDI, autrefois c'etait la regle generale maintenant ce n'est qu un embauche sur 8 ou dix. a terme cela devindra une forme de caste qui surplantera lles cadres dont une bonne partie sont precaires aussi, eh oui !

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