31 décembre 2014

Les voeux présidentiels, exercice hors sol.

Plus ça dure, plus c'est drôle.

 

Les voeux présidentiels se suivent et ressemblent trop.


Le 31 décembre 1973, George Pompidou se félicite de l'autoroute. Il lui reste trois mois à vivre.


Voeux du président Georges Pompidou - Archive... par ina


Le 31 décembre 1974, Valéry et Anémone Giscard d'Estaing nous accueillent au palais.


Voeux de monsieur et madame Giscard d'Estaing par ina

Le 31 décembre 1994, François Mitterrand prononce ses derniers voeux de bonne année. Il débute par l'évocation du sauvetage de l'Airbus Paris-Alger, libéré de preneurs d'otages, et, déjà, la menace terroriste.

Voeux de Mitterrand par ina

Un an plus tard, Jacques Chirac est déjà affaibli, moins d'un an après son élection. Il rend hommage à son premier ministre, qui travaille "dans des circonstances particulièrement difficiles". Il parle de "remettre les finances publiques en ordre", et d'une "lutte sans merci contre le chômage". "Nous avons décidé de réformer notre protection sociale", prévient-il.

Il perdra sa majorité législative un an plus tard.


Voeux de Jacques Chirac par ina

Le 31 décembre 2011, Sarkozy promet la sortie de la crise et un nouveau modèle de croissance. Il sera licencié par les électeurs 5 mois plus tard.

 

Le 31 décembre 2013, François Hollande avait un sacré cadeau, un pacte de 50 milliards d'euros d'écononomies. Quelques semaines plus tard, il promet 40 milliards d'exonérations de cotisations sociales aux entreprises. La boucle est bouclée et, pour un grand nombre, le quinquennat enterré.


Vœux de François Hollande aux Français pour l... par elysee

30 décembre 2014

Surveillance: Manuel Valls réactive les paranos

 

Il a suffi d'un décret publié le soir du réveillon de Noël pour réveiller les paranoïaques du web.

C'est fort heureux, mais un peu tard et un peu court.


Le décret de l’article 20 de la Loi de Programmation Militaire (ex-article 13) apporte peu de nouveautés par rapport à la loi. Il rend concret la surveillance tous azimuts que la République veut infliger à ses citoyens.

L'article anciennement numéro 13, désormais numéro 20, de la loi du 18 décembre 2013, prévoyait les dispositions suivantes:
"– Pour les finalités énumérées à l’article L. 241-2, peut être autorisé le recueil, auprès des opérateurs de communications électroniques et des personnes mentionnées à l’article L. 34-1 du code des postes et des communications électroniques ainsi que des personnes mentionnées aux 1 et 2 du I de l’article 6 de la loi n° 2004-575 du 21 juin 2004 pour la confiance dans l’économie numérique, des informations ou documents traités ou conservés par leurs réseaux ou services de communications électroniques, y compris les données techniques relatives à l’identification des numéros d’abonnement ou de connexion à des services de communications électroniques, au recensement de l’ensemble des numéros d’abonnement ou de connexion d’une personne désignée, à la localisation des équipements terminaux utilisés ainsi qu’aux communications d’un abonné portant sur la liste des numéros appelés et appelant, la durée et la date des communications."
Le même article prévoyait que ces interceptions seront "soumises à la décision d’une personnalité qualifiée placée auprès du Premier ministre". Enfin, elles pourront intervenir "sur sollicitation du réseau et transmis en temps réel".

Le décret du 24 décembre est plus explicite.

1. Les motifs d'espionnage sont la "sécurité nationale", la "sauvegarde des éléments essentiels du potentiel scientifique et économique de la France", la "prévention du terrorisme, de la criminalité et de la délinquance organisées", et la reconstitution ou le maintien de groupements dissous.

2. Le champ de l'espionnage est vaste: les données et documents pouvant être interceptées sont "ceux énumérés aux articles R. 10-13 et R. 10-14 du code des postes et des communications électroniques et à l'article 1er du décret n° 2011-219 du 25 février 2011 modifié relatif à la conservation et à la communication des données permettant d'identifier toute personne ayant contribué à la création d'un contenu mis en ligne." Concrètement, il s'agit de toute information permettant d'identifier l'utilisateur, sa localisation, ses mots de passe et identifiants numériques, ses coordonnées y compris téléphoniques, son équipement, les dates, horaires et durées de communication,

3. Le contrôle est très faible, si l'on prend bien la mesure du volume gigantesque de données qu'il faut potentiellement surveiller. Le dispositif de surveillance est en effet placé sous l'autorité du "groupement interministériel de contrôle", sous la responsabilité du Premier ministre. Une personnalité qualifiée est désignée, avec des adjoints. Elle ne rend compte qu'à la Commission nationale de contrôle des interceptions de sécurité. Elle valide les interceptions sur la base des informations suivantes:
a) Le nom, le prénom et la qualité du demandeur ainsi que son service d'affectation et l'adresse de celui-ci ;
b) La nature précise des informations ou des documents dont le recueil est demandé et, le cas échéant, la période concernée ;
c) La date de la demande et sa motivation au regard des finalités mentionnées.
Ces requêtes sont conservées pendant 3 ans seulement. Rappelons que la prescription de droit commun est de 5 ans (et de 10 en cas de dommage corporelle), à compter de la constatation des faits incriminés.

4. Les services de l'Etat habilités à procéder à de telles interceptions de données personnelles sont nombreux: tout ce compte de services en charge de contrôle au sein des ministères de la sécurité intérieure, de la défense, de l'économie et du budget.

Sur le fond, la polémique naissante sur la publication de ce décret permet de rappeler quelques vérités qu'un faux débat risquerait d'occulter.

1. L'ambiance sécuritaire joue à plein. Il ne se passe pas une semaine sans que l'un de nos gouvernants, premier ministre en tête, ne déclame combien la période est dangereuse, combien des hordes de terroristes complotent à nous frapper. Le terrain est propice pour infliger aux citoyens de nouvelles restrictions sur sa liberté.

2. Pire, depuis qu'elle est en place, l'équipe Hollande n'a réformé aucune des lois sécuritaires des gouvernements précédents. On le répète année après année. En particulier, les fameuses loi Loppsi I (2004) et Loppsi II (2009) n'ont pas été amendées. Il ne s'agissait pourtant pas d'être laxiste mais simplement d'ouvrir des gardes-fous, comme par exemple garantir un véritable "droit d'asile numérique" pour les lanceurs d'alerte.

Rien n'a été fait.

3. La lutte pour le respect de la vie privée à l'heure du tout-numérique ne fait que commencer. La prise de conscience que l'Internet s'accompagne d'un captation hors normes de nos données personnelles, d'une part, et d'une intrusion dans nos vies privées, d'autre part, est encore récente. L'espionnage sur le Web est massif, permanent, international, protéiforme, écrivions-nous en décembre 2013. Quelques semaines auparavant, un ponte de Google avait sobrement expliqué que la vie privée était peut-être une anomalie, d'un point de vue historique en tout cas.

Un an plus tard, qu'est-ce qui a changé ? 

Rien.

Ou plutôt tout, et en pire. 

Nous sommes entrés de plein pied dans l'internet ubiquitaire, celui des objets connectés, qui captent, stockent et enregistrent les détails les plus intimes de l'être humain.

4. Cette révolution numérique n'est pas sans heurts. Les hackers sont plus nombreux, ou plus efficaces.  Le piratage des réseaux informatiques de Sony Pictures, multinationale américaine filiale d'un géant japonais, restera dans les mémoires. La plupart des plateformes digitales du moment ont été également "hackées" à plus ou moins grande échelle durant l'année (l'iCloud d'Apple, les archives de Snapchat, le navigateur Tor).

5. Les Etats, comme la France, sont des nains numériques en comparaison des Google, Facebook, et consorts. Ils tentent de s'équiper. Depuis l'affaire Snowden en 2013, on sait que les grands du Net savent collaborer à l'insu de leurs utilisateurs. Google promet d'allonger la vie, et s'agace systématiquement des réglementations et des contrôles des Etats.

Toutes les données personnelles sont donc déjà interceptées. La véritable question est donc de savoir qui protègera le citoyen, et comment il sera protégé. Sur ce sujet, l'actuel gouvernement n'a rien fait non plus. Nos Etats sont préoccupés par les menaces terroristes, point barre.






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Crédit illustration: Wikimedia

Valls, son sang et nos larmes.


Il a promis des "sacrifices", on n'en doutait pas.
"Je ne veux pas dire aux Français que d'ici deux à trois ans nous en aurons fini avec les sacrifices."
Manuel Valls a eu cette formule curieuse, entre Noël et le jour de l'an.

Il pouvait être fier, "El Mundo", le fameux quotidien de centre-gauche espagnol, l'a qualifié d'homme de l'année. Nos voisins subissent pire, il faudrait leur pardonner.

"L'Espagnol qui veut changer la France"

Manuel Valls a concédé une (trop) large interview à ce quotidien voisin. C'est là, là-bas, qu'il a expliqué qu'il faudrait des années de sacrifices. Manuel Valls abuse des mots et des formules. Il y a peu, il célébrait la mémoire de l'action ouvrière en France.

Le voici qu'il promet des années de sacrifice pour rendre nos entreprises nationales compétitives dans la grande guerre économique mondiale.
"Nous devons faire des efforts pendant des années pour que la France soit plus forte, pour que ses entreprises soient plus compétitives et pour que son secteur public soit plus efficace, avec moins de coûts et moins d'impôts. "
Tout le monde connait la recette. Il n'y a rien de nouveau, rien d'innovant. Si les salaires baissent, si possible à un niveau au plus proche des comparaisons du tiers monde, nos entreprises seront sacrément compétitives. 

Manuel Valls enfonce le clou sur un argument  hérité des années 1900.
"Avec plus de croissance, il y aura bien sûr plus de travail et on pourra augmenter les salaires, mais l'effort pour parvenir à un État plus efficace, plus stratégique mais avec moins de coûts, devra continuer. "

27 décembre 2014

399ème semaine politique: Hollande part en campagne !

 

Il faudra retenir la date, le 23 décembre. François Hollande est à Saint-Pierre-et-Miquelon, et il lance sa campagne de réélection. Avec deux années d'avance, une popularité en berne, de mauvais records qui s'accumulent. 


A la même époque de son mandat, Sarkozy cherchait à se "présidentialiser". Son début de quinquennat, Bling-Bling, vulgaire et agité, avait laissé des traces. Hollande n'a pas ce souci. Il en a d'autres. Cette semaine, les médecins généralistes sont en grève. C'est Noël. En cause, la généralisation du tiers-payant, une mesure éminemment sociale qui permet à tout à chacun de ne plus avancer les frais de soins.

 "Il ne faut pas céder à la panique". Hollande est là quand il faut réagir à une succession de faits divers sanglants. Dimanche, un déséquilibré fonce en voiture sur des passants à Dijon (13 blessés). Un autre fait de même à Nantes (10 blessés). A Joué-lès-Tours, trois policiers sont blessés à l'arme blanche par un troisième fragile de l'esprit. Seul ce dernier est qualifié de "terroriste". Manuel Valls enfonce le clou: "Jamais nous n'avons connu un aussi grand danger en matière de terrorisme".

François Hollande part en campagne pour sa réélection. Le Figaro et quelques opposants à droite en sont certains, mais interloqués. Il enchaîne les "déplacements de terrain" et "les échanges avec des élus de sa majorité ou des Français." Cela n'a pas grand chose à voir avec le cirque médiatique des tables-rondes hebdomadaires de l'ancien monarque, que Sarkozy couplait avec des meetings secrets avec des poignées de militants dans toutes les villes de France.

Hollande aurait arrêté la méthode Coué. Il cesse de promettre la baisse du chômage, la reprise économique et les lendemains qui chantent.
"Si vous voulez gagner une élection, ne dites pas que vous allez la perdre" François Hollande.
Hollande part donc en campagne, à la reconquête de l'opinion alors que les nouvelles restent graves, et son avenir sans issue. Le message est presque officiel: "On se rapproche de 2017. On est dans la conquête, la dynamique, le mouvement" a expliqué le chef de l'Etat. Cette semaine, à Saint-Pierre et Miquelon où il était en déplacement, quelques conseillers répétaient l'argument. Une journaliste du Figaro n'en revient pas. L'année avait beau se terminer aussi désastreuse qu'elle s'était déroulée, Hollande était optimiste. Il croit en sa bonne étoile. 2015 s'annonce tout aussi mauvaise, avec des élections cantonales où l'on nous promet déjà la victoire du Front national par chaos général. Mais Hollande y croit: "Il faut se battre, on se bat" glisse-t-il. "Ma capacité à tenir, à avancer, est maintenant démontrée. Les Français l'ont vu."

Les supporteurs rassemblent leurs arguments. Il paraît que les impôts vont baisser l'an prochain pour le tiers inférieur des imposés au revenu. On pourrait aussi rappeler que l'équipe Hollande a très largement aligné la fiscalité du capital sur celle du travail, n'en déplaisent à quelques grincheux. Cet argument porte peu, puisque la (curieuse) promesse de campagne d'une taxation à 75% des revenus supérieurs à un million d'euros était définitivement enterrée. Les autres renoncements du candidat Hollande devenu président (taxe sur les transactions financières, loi de séparation bancaire) en matière de lutte contre la finance ont achevé de convaincre de l'échec.

Le gouvernement publie, non sans humour, un "kit de réponses" aux 10 questions pièges qui attendent ses (rares) supporteurs lors des dîners de fin d'année.

Hollande part en campagne, on lui a offert un labrador noir pour Noël, comme François Mitterrand en son temps. Il a invité des "personnalités du monde la culture" à dîner. Lou Doillon, Joey Starr ou Dominique Besnehard ont eu les honneurs de la table élyséenne.

Sur le front des sans-emplois, les nouvelles ne sont guère meilleures. Pôle emploi a enregistré 27.400 inscriptions supplémentaires de sans-emplois en novembre, soit près de 200.000 sur 12 mois glissants. La mesure est incomplète. On estime à près de 6 millions le nombre de personnes en recherche d'emploi. L'année 2014 est aussi terrible que les pires années de Sarkofrance. Seuls les ultra-fans de l'ancien monarque font mine d'oublier le bilan de leur mentor.

Le chômage continue de battre tous ses records. Comme le nombre de SDF en France. L'information émeut un peu. La France de 2014 ne sait pas loger 9.000 personnes - soit 52 % des demandes d'hébergement d'urgence. 9000 personnes donc laissées à la rue. La mairie (UMP) d'Angoulême fait grillager quelques bancs publics pour éviter que des sans-domicile ne s'y reposent. La semaine précédente, l'office HLM de Saint-Ouen menaçait d'expulsion ses locataires si ceux-ci ne dénonçaient pas la présence de SDF dans les halls d'immeuble.

Hollande part en campagne avec deux années d'avance, comme Sarkozy en 2010. L'ancien monarque, chantre du primat du curé éclairé sur l'instituteur athée, l'homme de l'ineffable discours de Latran de 2007, ce même Nicolas Sarkozy a conclu l'année 2014 par des voeux célébrant la laïcité et le cumul des mandats. Sarkozy sait ramer à contre-courant, et faire oublier d'où il vient.

Hollande part en campagne, mais on ne sait pas sur quel programme, ni avec quelle majorité. Mais pour les commentateurs, c'est déjà largement suffisant. Alimenter la chronique d'une (re)conquête ferait presque oublier l'essentiel.




24 décembre 2014

Quatre cadeaux de Noël pour bien finir l'année politique

 

C'est bientôt Noël, le soir du Réveillon, le moment des cadeaux.


Pour qui ?


1. Une conférence de Sarkozy
Médiapart vous/nous propose la transcription de l'une des conférences de Nicolas Sarkozy, celle du 14 octobre dernier à Séoul, payée par une banque. L'introduction est aussi savoureuse que le mélange des genres de l'ancien monarque est indécent. Sarko livre "des conférences en or dont le contenu sonne comme du toc", relate Mediapart. Car le propos que l'on entend est effectivement en toc. Devant un parterre d'hommes d'affaires, Sarkozy multiplie les erreurs (sur la création du G20) et les oublis (l'existence de l'Association des nations de l'Asie du Sud-Est). Forcément, ses conseils ressemblent aussi à une campagne électorale (" le frein à la réforme n’est pas le peuple, le frein à la réforme, ce sont les corps intermédiaires et les élites.").

(Bon, le cadeau de Mediapart est quand même payant, c'est-à-dire réservé aux abonnés.)

2. Le retour des écologistes au gouvernement, même avec Valls. 
C'est Jean-Vincent Placé, sénateur écologiste, très ambitieux et anxieux de rater le coche du pouvoir, qui livre la recette d'un retour d'EELV au gouvernement. Placé, lors d'une émission ratée ce 21 décembre, posa quelques conditions à une "discussion": la non réalisation de l'aéroport de Notre-Dame des Landes, celle du barrage de Sivens et l'instauration de la proportionnelle intégrale. En matière de détermination politique, on a connu mieux. 

Un autre écologiste, fort heureusement, rappelle que l'année 2015 pourrait êre celle de l'alliance des écolo avec le Front de gauche. 
"Les élections de 2015 peuvent être l’occasion d’ouvrir une autre voie, de tenter une alliance avec le Front de gauche. Il n’est pas certain que cela soit possible partout. Les positions boutiquières, le sectarisme rendent cela parfois très compliqué. Et l’objectif ne doit pas être un "one shot"." Sergio Coronado

3. Eric Zemmour a été viré d'iTélé. 
Il officie encore ailleurs. Mais comme cadeau de Noël, c'est déjà cela. Parmi celles et ceux qui se sont offusqués de son licenciement, aucun ne s'est indigné de l'absence médiatique d'Economistes atterrés ou de représentants d'extrême gauche et de la vrauche sur les plateaux médiatiques. Un dérapage de plus, de trop, a précipité son éviction d'une chaîne. 

Mieux, la décision a été poussée... par ses pairs, d'autres journalistes, qui suffoquaient à l'entendre éructer chaque semaine.

4. Un maire frontiste déclaré inéligible moins d'un an après son élection.
Il a perdu ses soutiens, y compris au sein du parti local. Le maire d'Hayange, le jeune Fabien Engelmann (35 ans), a été déclaré inéligible par la Justice. Le tribunal l'a déclaré "démissionnaire d'office de son mandat de conseiller municipal à compter de la date à laquelle son jugement revêtira un caractère définitif". En cause, des irrégularités dans ses comptes de campagne. Forcément, Engelmann a fait appel. Donc la décision n'a pas d'effet pour l'heure. Mais c'est déjà une satisfaction. Une première. Les mairies modèles du FN "normalisé" craquent gentiment les unes après les autres.


Joyeux Noël.



20 décembre 2014

398ème semaine politique: Hollande ré-invite l'immigration dans le débat politique

 

François Hollande a prononcé lundi un discours mémorable sur l'immigration, mais il conserve, forcément, son premier ministre immémorable. 

De la réforme des ZEP à la loi Macron, Hollande fait mine d'être cohérent. Il désespère.


Tous immigrés
Hollande s'imagine plus sécurisé avec Manuel Valls à Matignon, qu'en dehors. Son premier collaborateur a quand même une cote de popularité du double supérieure à la sienne. Et une méchante rumeur prête à Valls l'intention de quitter le paquebot hollandais avant l'iceberg de 2017 et de concourir seul vers l'élection suprême.

Parler d'immigration avec générosité et lucidité peut-être un tournant de ce quinquennat. Hollande n'a pourtant rappelé que quelques évidences, mais, a-t-il pris soin de préciser, "la mémoire d’une nation est capricieuse". L’immigration, expliqua-t-il, est "le produit de nos propres nécessités pour répondre aux besoins de notre pays." Hollande a enfoncé les arguments, rappelé des faits.
"La présence de personnes étrangères a toujours suscité à toutes les époques de l’inquiétude, de la peur, de l’appréhension, surtout quand aux différences de langue, de culture, s’ajoutent des différences de couleur et de religion. (...) L’exploitation des questions migratoires jusqu’à la tragédie, n’est (...) en rien une nouveauté et c’est ce que montre la recherche historique."
On a regretté que Manuel Valls ne fut pas présent. Depuis son entrée dans le dispositif hollandais, au ministère de l'intérieur (2012-1014) puis à Matignon (depuis avril), Valls n'a rien fait pour pacifier le débat politique sur l'immigration. Pire, les rares mesures de réformes qui tranchait avec la politique sarkozyste - encouragement des naturalisations, suppression de la circulaire Guéant, carte de séjour pluriannuelle et du « passeport talent »,  - ont rapidement été effacées par l'inertie vallsienne. "Les renoncements sont intervenus dès le départ" a confié un député socialiste, prudemment anonyme, le lendemain du discours de Hollande.

 "On estime que les immigrés auront construit l’équivalent d’un logement sur deux, d’une machine sur sep, de 90% des autoroutes du pays." Hollande inaugurait la Cité de l’immigration, pourtant ouverte il y a 7 ans, boudée depuis par Nicolas Sarkozy.

Si le discours de Grenoble de Nicolas Sarkozy le 30 juillet 2010 fut une accélération vers l'extrême droite et l'outrance xénophobe, le discours de Hollande quelques jours avant Noël ressemblait à un tournant inverse. Certes, un discours n'est pas une politique, ce ne sont que des mots. Mais l'on sait combien l'esprit républicain a été affecté, affaibli, dégradé par les multiples outrances verbales d'une décennie Sarko-Le Pen.

Il faut prendre acte des mots.

Mais après ? 

Justement, à Paris, la mairesse Anne Hidalgo demande au ministre de l'Intérieur de régulariser quelque cinq cents sans-papiers en "zone grise" administrative  - illégaux mais non expulsables.

Jean-Luc Mélenchon ressort une interview récente d'Eric Zemmour, polémiste de droite, à un journal italien. On y lit avec stupeur que Zemmour accepte la possibilité de "déporter cinq millions de Français musulmans". Cette outrance est de trop. L'éditorialiste conserve son job matinal à RTL, mais perd celui de débatteur sur iTélé.

La gauche égarée
Mardi, la ministre de l'Education nationale est sur le plateau de TF1. Najat Vallaud-Belkacem défend sa dernière réforme. Les ZEP, créées en 1982, sont remplacées par un millier de Réseaux d'Education Prioritaire. L'allocation des moyens et des emplois dans ces établissements, et, plus largement, la distribution des postes, académie par académie, pour l’année scolaire 2015-2016 sont revues pour plus de souplesse et d'ajustement aux réalités de terrain.

Sur Mediapart, Pierre Joxe, ancien ministre de Mitterrand, se déclare "éberlué". Il y a de quoi. L'actuel gouvernement socialiste défend la loi du jeune Macron. Ce dernier termine ses 100 jours à Bercy. 

La loi Macron agace et énerve toujours autant. C'est une misère, une salade niçoise, un fourre-tout, presque un débarras. Gérard Filoche, ancien inspecteur du travail et membre du bureau politique du parti socialiste, exhume un article du texte qui facilite encore davantage les licenciements collectifs: la loi Macron va permettre aux entreprises de mieux choisir les critères de licenciements, simplifie les consultations dans les petites entreprises, allège les recherches de reclassement. Et surtout, autorise le licenciement sans retour et ni indemnités des salariés en cas d'annulation de l'homologation du plan social par le tribunal administratif.

D'autres s'inquiètent toujours de la libéralisation partielle du travail le dimanche. Loin de réfléchir aux dégâts sociaux ou familiaux d'un assouplissement supplémentaire du travail, la gauche gouvernementale multiplie les contorsions verbales pour justifier sa "modernité" bourgeoise.

Hollande, vendredi, en rajoute et reprend à son compte les exacts propos de l'ancien monarque: "Si on travaille un peu plus le dimanche pour certains, ceux qui le veulent, dans les zones touristiques par exemple, ça prend des droits à qui?" Fallait rappeler la formule fameuse du "renard libre dans un poulailler libre" ?

Cent-quarante députés socialistes ont écrit à l'équipe Valls. Ils pouvaient être énervés. Le ministre des finances poursuit le travail de sape de la fameuse taxe sur les transactions financières tant attendue. La France de Hollande s'est arrêtée à la réintroduction d'une micro-taxe en août 2012. Depuis, ça patine, ça coince, ça grince. A Bercy, Pierre Moscovici puis Michel Sapin ont tout fait pour ralentir.

Au premier janvier, le SMIC sera généreusement augmenté de 0,8%, soit 12 euros bruts par mois pour 2,5 millions de salariés français. On nous prédit 40 milliards d'euros de versement de dividendes pour les entreprises du CAC40, au titre de l'exercice 2014. Ce genre de parallèle suffira à enflammer le débat, et raccourcir les arguments.

Jeudi, Hollande souffle. Il a ouvert une "permanence" à l'Elysée pour recevoir les Français mécontents. Il invite à déjeuner une quinzaine de citoyens, accompagnés de leurs députés. Ce micro-show médiatique rappelle d'autres bêtises de communicants sarkozystes. Mais la démarche a au moins une vertu, confronter le Président à des vrais gens. L'INSEE confirme "la possibilité du retour de la croissance". En langage de prévisionniste, cela donnera "une petite accélération de la croissance au premier trimestre 2015". La France n'est pas techniquement en déflation, mais l'inflation ... est négative. Les gauchistes qui hurlaient à la hausse des prix à cause de la hausse de la TVA en janvier dernier se taisent: comment faire comprendre aux masses laborieuses que la vie est plus chère à cause de Hollande ... quand les prix baissent ?

L'an prochain, la croissance sera donc là, mais à un minuscule 1%. Hollande veut y voir les premiers signes qu'il fait bonne route. L'effondrement du prix du pétrole est aussi un formidable accélérateur. L'euro s'affaisse face au dollar, ce qui aide aux exportations. La France, l'an prochain, empruntera encore un montant record pour payer ses déficits, 187 milliards d'euros (nets des rachats de dette), soit 14 milliards de plus qu'en 2014.

A Bruxelles en fin de semaine, François Hollande se félicite du plan Juncker. L'ancien premier ministre du premier paradis fiscal européen, devenu président de la Commission européenne l'été dernier, a fait valider par les chefs d'Etat de l'UE son fameux plan d'investissement à 300 milliards d'euros.

La droite perdue
Le député UMP Hervé Mariton, candidat défait à la présidence de l'UMP, annonce qu'il votera la loi. Nicolas Sarkozy organise la "riposte". Il est tellement mal en point. A l'UMP, le scénario triomphant n'a pas eu lieu. C'est presque l'inverse. Cela fait bientôt 3 ans qu'ils attendent le redressement. Nicolas Sarkozy a du débarquer une jeune élue du Languedoc qu'il venait de nommer secrétaire nationale en charge de la formation professionnelle. Ses services avaient omis de vérifier l'essentiel. La jeune Fatima Allaoui venait d'adhérer à un sous-micro-parti affilié au Front national. Aussitôt virée, la voici qui replonge... au Front national.

Sarkozy s'est aussi engueulé avec Nadine Morano. Son ancienne meilleure fan supporte mal d'avoir été refusée de poste dans l'organigramme du nouvel UMP.
Morano: "Je n'en veux pas, de ce secrétariat!"
Sarkozy (hurlant): "Quoi, tu me dis non?"
Morano: "Tu vas te calmer un petit peu!"
Sarkozy rappelle sa vraie nature. Confronté à une fronde assez inédite de la part des déçus de sa nouvelle organisation à l'UMP, il a violemment taclé ses détracteurs. Morano a été renvoyée à sa mauvaise humeur. Dati à ses cotisations UMP impayées. Pour faire "jeune", Sarkozy a invité son millionième fan sur Facebook à le rencontrer physiquement. 

L'ancien monarque a entamé ses négociations électorales avec l'UDI désormais présidée par Jean-Christophe Lagarde. Ces tractations surprennent peu. Sarkozy n'a pas de scrupules à flatter les anti-mariage gay et les fans de la droite furibarde et tenter l'alliance avec les centristes de l'UDI.

Il faut avoir l'esprit souple.

Devant les policiers qui, l'ancienne directrice financière de l'UMP a mouillé toute l'équipe de campagne de l'UMP - Eric Cesari, Guillaume Lambert, Franck Louvrier, Jean-Michel Goudard. Comment comprendre que Sarkozy lui-même serait le neuneu de service, ignorant de tout, au courant de rien ? Elle a reconnu la triche, les comptes truqués que le grand public a découvert grâce à l'affaire Bygmalion. Dans les colonnes de Marianne, on démonte le mécanisme de fausse facturation du fameux meeting de Villepinte.

Le journal résume: "En 2012, Nicolas Sarkozy a triché" .



Ami(e) citoyen(ne), tiens bon.




18 décembre 2014

Rions un peu avec Nicolas Sarkozy


C'est un tweet un peu soudain qui a surgi samedi dernier, vers l'heure du déjeuner.

Il n'était pas signé "NS", donc il avait été écrit par un chargé de communication. Mais le propos était bien de l'ancien monarque, fraîchement revenu du Qatar où il avait délivré une nouvelle conférence rémunérée.

Sarkozy s'était senti contraint de réagir aux nombreuses critiques dont il fait l'objet sur la répartition des postes au sein de l'UMP qu'il préside.Car depuis quelques jours, l'UMP ressemble fichtrement au Parti Socialiste. Avec ses critiques internes mais publiques, ses courants contradictoires, ses coups-bas si nombreux qu'on en perd la ligne politique.

Nicolas Sarkozy, donc, s'est senti contraint de réagir.

Le chef est contesté.

Après le refus des anciens premiers ministres de droite; sauf Villepin, de participer au comité des anciens qu'il avait suggéré dès le soir de son élection à l'UMP, Sarkozy a lancé d'autres idées de comités, en rafales, samedi dernier.
La forme plutôt que le fond, le défaut sarkozyste demeure, inchangé. Nicolas Sarkozy n'a pas bossé son retour. Il se retrouve mal élu (65% des suffrages sur fond de forte abstention parmi les militants); il est contraint de composer. Sarkozy endosse le costume de Hollande, le talent de la conciliation en moins.

A force de vouloir contenter tout le monde, Sarkozy fait des erreurs. Dans son organigramme d'armée mexicaine, l'ancien monarque sa trouvé une place de secrétaire nationale pour un militante d'extrême droite. Vendredi 12 décembre, Sarkozy a en effet désigné Fatima Allaoui, conseillère régionale du Languedoc-Roussillon, secrétaire nationale de l’UMP à la formation professionnelle. Cette jeune femme est adhérente du SIEL (Souveraineté, indépendance et liberté), un micro parti d’extrême droite affilié au Rassemblement Bleu Marine, comme le rappelle Libération. Le plus curieux est la dite Fatima Allaoui a été choisie à ce poste par la prétendument centriste Nathalie Kosciusko-Morizet. Quarante-huit heures plus tard, la nouvelle promue est ... débarquée.

Vendredi dernier, l'ancien président des riches est allé rencontrer l'actuel patron des patrons. Sarkozy/Gattaz, ça fait joli sur la photo.  Que se sont-ils dit ?

Quel suspense.


16 décembre 2014

Pourquoi Valls n'était pas au musée de l'immigration




Une fois n'est pas coutume, il fallait applaudir à ces quelques mots, sans doute sans effet, prononcés par François Hollande lors de l'inauguration du musée de l'immigration. Lundi 15 décembre 2014, l'actuel président de la République a pris tout le monde de court, à gauche comme à droite.

Il manquait la réaction de Manuel Valls.


"La contre-offensive" (Le Monde), "Le jour où Hollande s’est souvenu des immigrés" (Libération), ou "Hollande flatte sa gauche" (Le Figaro).

La presse nationale ne s'y pas trompé.

RTL, la station qui emploie Eric Zemmour, lança rapidement un débat radiophonique au thème outrancier: "la gauche est-elle en train de capituler sur le droit de vote des étrangers ?"



Hollande a rappelé ce qu'il fallait dire sur l'immigration, taire les fantasmes, arrêter d'agiter les peurs.
« C’est un grand moment que cette inauguration officielle. La peur s’est installée en France sur la question de l’immigration, il faut inverser le courant », Benjamin Stora.
Ce discours de mi-mandat est l'exact opposé d'un autre discours de mi-mandat, celui de Grenoble le 30 juillet 2010. A l'époque, Nicolas Sarkozy avait lâché un discours marquant, un marqueur de son quinquennat. Une salve contre l'immigration, mêlant étrangers et délinquants, où il promettait même la déchéance de nationalité aux Français d'origine étrangère coupables de certains délits.

Ce lundi 15 décembre, Hollande a choisi le chemin inverse, mais sans changer d'équipe, de posture, d'actes.
"Nous devons lutter contre ces thèses au nom de la France (...), pour une France à la hauteur de son histoire et capable de porter un grand projet, un destin."
Hollande a rappelé la mauvaise trouille de l'ancien monarque, Nicolas Sarkozy: 7 ans pour inaugurer un musée, "c'est long pour une inauguration officielle. Comme si l'immigration avait toujours été un sujet difficile dont il vaudrait mieux ne pas parler." L'actuel locataire de l'Elysée a même rappelé qu'il était favorable au droit de vote des immigrés aux élections locales.
"Trop de nos concitoyens se considèrent encore comme des étrangers. Trop de nos compatriotes ont le sentiment de ne plus être chez eux. Voila la tension principale qui existe dans notre pays. Dans les deux cas, c'est une atteinte au pacte républicain."

Hollande a taclé Le Pen et Sarkozy qui réclament la fin de Schenghen: "Faire éclater Schengen? Ce serait reculer, rétablir les frontières pays par pays".
"Il faut reprendre le combat et ne rien laisser passer" François Hollande
Il est peut-être trop tard. Hollande a laissé entrer le loup dans sa bergerie. Trop attentif à son image, il a peut-être fait exprès de procéder ainsi. Nous écrivons "peut-être" puisque la France est un pays qui préfère la présomption d'innocence en toutes choses, un concept que d'aucuns oublie trop facilement. En matière migratoire, l'immobilisme hollandais est étouffant de continuité avec l'ère sarkozyste. Un discours, sans acte, ne changera rien.

Ce lundi, Manuel Valls était à Dijon. Sur le site de Matignon, nul mention de cette inauguration. La schizophrénie gouvernementale est là, visible.

Sans surprise, l'UMP dépêcha Brice Hortefeux pour fustiger le laxisme de Hollande. Rachida Dati n'échappa pas au ridicule: "nos frontières sont devenues des passoires."




13 décembre 2014

397ème semaine politique: du Hollande-bashing au média-bashing


La semaine pouvait donner le bourdon. Nous étions pourtant en démocratie, l'une des plus grandes et fortes du globe. La France, encore cinquième puissance mondiale, avait une presse officielle ramenée aux outrances de l'entre-deux-guerres.


Instrumentaliser
Mardi, le journal de 8 heures de France inter s'ouvre sur une avalanche de titres déclamés de façon tonitruante. La station publique diffuse la tranche matinale la plus populaire de France. Justement, ce matin-là, l'actualité semblait peut-être si morne qu'il fallait faire du bruit avec pas grand chose. L'Observatoire national de la délinquance et des réponses pénales (ONDRP) venait de publier ses habituelles statistiques sur la délinquance en France. L'enquête, la huitième du nom, s'attarde sur la "victimation", auprès de 15.000 Français interrogés. Pour une fois, il y avait de quoi se réjouir, ou de la jouer minimaliste. D'après l'enquête, le "sentiment" d’insécurité recule. Le nombre d'infractions et même de violences aux personnes se stabilise.

Mais ce matin-là, comme souvent, il fallait brailler.  Sur France Inter, donc, l'animateur du journal de 8 heures éructe quand même: "la délinquance à la une ce matin!"  A cinq reprises, il utilise le verbe "exploser" pour commenter ces statistiques de la délinquance pourtant globalement stables...

Exciter l'auditeur, est-ce digne, utile, profitable à la démocratie ? 

Cette courte séquence, rapidement oubliée, illustre la difficulté de nos médias à rendre compte de la réalité avec recul et analyse.

Un "magazine", principalement composé de photographies volées et de commentaires improbables, également responsable de quelques fuites retentissantes sur les relations amoureuses tumultueuses de François Hollande en janvier dernier, fait quelques révélations sur l'un des (jeunes) pontes du Front national, Florian Philippot.

Louis Alliot, compagnon (et salarié parlementaire) de Marine Le Pen s'indigna promptement, lui qui applaudissait, il y a 10 mois à peine, aux révélations du même torchon à propos de Hollande.

Révéler la vie privée, et sexuelle, d'un responsable du Front national, est-ce digne, utile, profitable à la démocratie ?Après l'affaire Gayet, puis la vengeance au long court de Valérie Trierweiler, la trash-actu s'invite à l'extrême droite.

Divertir
Vendredi, l'Elysée justifie la retraite de Hollande. L'hebdomadaire Marianne (*), quelques jours auparavant, avait accusé le président d'une retraite trop confortable. Marianne n'avait pas tort, mais Hollande non plus. Car l'actuel président fit préciser qu'il ne siègerait pas au Conseil Constitutionnel après son mandat, comme Nicolas Sarkozy et tous les autres. Et il manquera donc les 12.000 euros de rémunération y afférent.

La rémunération de nos élus est une affaire qui nécessite une attention de tous les instants.

Le micro-parti de Jean-Marie Le Pen, qui est différent de celui de sa fille Marine, a obtenu un prêt russe dont on ignore le montant. Lundi, le trésorier du FN avait publié des lettres de refus de prêt émanant des principales banques françaises, pour justifier le financement de 9 millions d'euros sollicité auprès du même établissement russe.

Il n'y a pas que les Le Pen et le Front national à se faire financer par des entreprises étrangères. Nicolas Sarkozy, pourtant fraîchement élu à la tête de l'UMP, a fait un rapide aller-retour au Qatar cette semaine. Au passage, dans l'hôtel Four Seasons local, il a livré une conférence rémunérée par la Qatar National Bank sur l'investissement en France.

Plus drôle, et même franchement divertissant, la réorganisation politique de l'UMP alimente les gazettes. On réalise enfin que Nicolas Sarkozy s'est complètement hollandisé, le talent et la courtoisie en moins, en prenant la tête de l'UMP. Faute d'un score imposant pour sa réélection à la présidence de l'UMp, il doit composer avec tout ce que compte l'UMp de courants et de fortes têtes. Nadine Morano lui hurle dessus publiquement depuis qu'elle n'a plus de poste à l'UMP, Rachida Dati s'interroge sur l'absence de ligne politique au micro de RMC.

Manipuler
François Hollande rétablit quelque 70 millions rabotés par des députés exsangues, sur le dos du budget de l'enseignement supérieur.  Il en manque encore 420 millions. Mais la presse oublie. Comme un millier de professeurs et d'élèves protestent dans la rue au moment, les médias s'attardent sur l'affaire. Plutôt que d'expliquer les tenants et aboutissements d'un budget public complexe, et  révéler les grandes options du gouvernement, la presse cède à la paresse, et se contente d'entretenir le feuilleton d'anicroches anecdotiques.

Mercredi, Emmanuel Macron présente sa loi fourre-tout sur "sur l’activité et la croissance".  Le texte englobe large, fait de multiples mécontents, mais reçoit d'évidents soutiens de la presse conservatrice et du MEDEF. Sur nos radios nationales, la parole économique est "trustée" par des journalistes libéraux.

D'une chronique à l'autre, d'une radio à l'autre, comme s'ils s'étaient donnés le mot, ces chroniqueurs de la main invisible du marché répètent les mêmes arguments, sans davantage de preuves ni de considérations sociales. Libéraliser le travail le dimanche relancerait la consommation (?). Libéraliser les transports en autocar serait source d'emploi.

Etc...

L'un des summums fut atteint sur l'une des radios de service public qui diffusa le témoignage du représentant des commerçants de l'avenue Montaigne à Paris.

Quand Manuel Valls entame son discours, mercredi à la Fondation Jean Jaurès (sic!), Martine Aubry publie une tribune virulente contre la loi Macron dont elle dénonce la "régression". 

FALLAIT PAS L'ÉNERVER !

Macron se défend alors une cette formule délicieuse sur ces "jeunes" qui "aimeraient travailler le dimanche pour précisément pouvoir se payer le cinéma." A gauche, on devait être encore davantage stupéfait quand Macron ajouta qu'il était contre un doublement de la rémunération le dimanche.

Matignon publie la liste de 155 "chantiers de réforme" pour "démontrer la cohérence" de l'action gouvernementale. L'exercice de com' passe quasiment inaperçu. Manuel Valls tente d'inventer un nouveau concept, la "prédistribution", pour désigner ses fondamentaux politiques. Reprendre la main sur le vocabulaire politique est un artifice commun. Chez Valls, la prédistribution qu'il promeut est simple à comprendre, si simple qu'on ne comprend pas pourquoi il ne réalise pas que sa politique en est bien éloignée.
"Il nous faut intervenir en amont, prévenir les inégalités plutôt que nous contenter de les corriger, toujours trop tard, et souvent à la marge (...) Mieux armer chacun pour être acteur de sa propre vie."  Manuel Valls, 10 décembre 2014.
Mentir
Valeurs Actuelles est cet hebdomadaire de la droite furibarde. Quand il ne titre pas sur ces "immigrés-qui-nous-envahissent", le journal s'attarde forcément sur François Hollande en des termes qui nous rappellent la presse fascisante de l'entre-deux guerres, l'antisémitisme en moins. Après les fantasmes sur un prétendu Cabinet Noir qui oeuvrerait dans les recoins de l'Elysée contre Nicolas Sarkozy, Valeurs Actuelles balance cette semaine sur "la mafia Hollande".

Le journal, si prompt à défendre Nicolas Sarkozy ou Serge Dassault à toute heure et en toutes circonstances, n'avait pourtant pas grand chose à livrer pour étayer son titre outrancier. Il ne fait que citer un ancien chauffeur qui accuse l'ancien conseiller de Hollande de chantage. On cherche la mafia, le parrain, les preuves.

Le même journal oublie l'indulgence réclamée par Sarkozy quand les médias relatent des affres plus graves encore sur ses proches. Valeurs Actuelles se fait discret sur la mise en examen pour blanchiment, quelques jours auparavant, de l'associé de Nicolas Sarkozy, l’avocat Arnaud Claude. Les juges Renaud Van Ruymbeke et Patricia Simon, révèle Mediapart, le soupçonne "d’avoir participé au montage financier qui a permis aux époux Balkany de dissimuler leurs avoirs au fisc".

Du mensonge tout court au mensonge par omission, la palette est large.

Vendredi, Eric Woerth est blanchi dans l'affaire dite de Compiègne, révélée par le même Mediapart en juillet 2010. L'ancien ministre de Sarkozy était d'accusé d'avoir bradé l'hippodrome de Compiègne. Il n'avait jamais été mis en examen. Cette fois-ci, c'est la Cour de Justice de la République, ce tribunal spécial pour juger des affaires impliquant des membres de l'exécutif français, qui a rendu le non-lieu.

Qui rappelle dans les médias, à cette occasion toute trouvée, le statut si particulier de la Cour de Justice de la République ?

Personne.

Les juges de cette Cour sont, pour 12 d'entre eux sur les 15 membres que compte le tribunal, des parlementaires choisis par l’Assemblée nationale et par le Sénat. Il n'y a que trois vrais magistrats.

Etre jugé par les siens, n'est-ce pas formidable ?

Dans le cas de l'affaire Woerth, ce fut encore mieux. Il n'y a pas eu de jugement par ce "tribunal des pairs". La commission d'instruction a préféré prononcer un non-lieu. A la suite des recommandation de la Commission Jospin en 2012, un projet de loi constitutionnelle visant à supprimer ce tribunal d'exception avait été présenté en Conseil des Ministres en mars 2013. depuis, on attend toujours que le texte soit présenté au Parlement...



Ami(e) citoyen(ne), reste calme.








(*)Le blog Sarkofrance est également publié sur Marianne.

Crédit illustration: DoZone Parody

10 décembre 2014

A qui sert Emmanuel Macron ?



C'était son jour. Le ministre de l'Economie devait présenter sa fameuse loi "sur l’activité et la croissance" en Conseil des Ministres.

Macron a un problème avec sa gauche, l'expression est faible. Sa loi est curieuse. Comment ne pas se souvenir d'une autre époque, pas si lointaine, que l'on appelait Sarkofrance ? 

Dimanche
Au secours des propositions de libéralisation partielle du travail le dimanche, on a tout entendu, y compris le représentant des commerces de l'une des avenues les plus huppées de Paris, l'avenue Montaigne. A cause de cette fichue limitation à 5 dimanche d'ouverture par an, Christian Dior manque quelques ventes précieuses auprès de touristes chinois et qatari. Macron propose de monter à 12 dimanche. Le Parti socialiste, par la voix faussement énervé de son secrétaire général, a crié qu'il ne transigerait pas à moins de 7.

Cette incroyable faculté de présenter comme moderne des dispositions qui nous ramenaient dans l'ancien monde, celui des Zola et autres Victor Hugo, dans la préhistoire du capitalisme, était fascinant. En 1906, quand le repos dominical fut enfin imposé aux entreprises y compris commerciales. Cent huit plus tard, un énième politique tentait d'expliquer que la modernité se logeait dans cet incroyable retour en arrière.

Si l'on considérait le sujet d'un point de vue macro-économique et social, on s'attarderait sur trois enjeux de cette libéralisation du travail le dimanche: primo, en ces temps de crise, qui peut penser que les consommateurs vont soudainement avoir davantage d'argent sous prétexte qu'un septième ? Secundo, qui des grandes et des petites enseignes en profitera au mieux ? Tertio, combien de temps encore les salariés contraints/motivés à travailler le dimanche seront rémunérés plus fortement que les journées anciennement "normales" ?
"Mon objectif de député de gauche, ce n'est pas de voter toutes les mesures que M. Sarkozy n'avait pas réussi à voter et qu'on avait combattues dans l'opposition" Pascal Cherki, député socialiste.

Déchet
Finalement, à la dernière minute, Macron céda à la pression des écologistes, preuve que la pression a du bon. Le projet Cigéo d’enfouissement de déchets radio­actifs fut retiré à la dernière minute.

Fourre-tout
Brasser large permet parfois de limiter la casse. A force de déranger tout le monde, les promoteurs de la loi s'imaginent passer entre les gouttes, que les cris des uns annuleront ceux des autres. Notaires, huissiers, avocats, commissaires-priseurs, greffiers, écologistes, syndicats, etc... Qui manque à l'appel ?

Professions réglementées
Macron a repris quelques-uns des objectifs d'Arnaud Montebourg. L'ancien champion du redressement productif, débarqué du gouvernement le 8 septembre dernier, avait convié le banc et l'arrière banc de la presse pour lancer l'assaut contre les professions règlementées en juin dernier. Le gouvernement croit toujours qu'il va "rendre du pouvoir d'achat aux Français" en réduisant les tarifs des notaires et des avocats (sic!).

Gauche
A force d'être maladroit, ce gouvernement tente de paraître un peu à gauche. Il y a bien une disposition contre les retraites chapeaux. C'est nécessaire mais symbolique.

Licenciement
S'il a évité à la dernière minute de toucher aux seuils sociaux de représentation du personnel, le texte de loi entend autoriser l’employeur à fixer unilatéralement les critères d’ordre des licenciements. Et la suppression de la pénalisation du délit d’entrave qui ferait "peur" aux investisseurs étrangers. 
Autocar
Macron aimerait aussi libéraliser le transport par autocar. Il prévoit même un prix inférieur au train pour les nouvelles dessertes par autocar...

Prévisions
Last but not least, les services de Bercy évitaient d'être trop ambitieux pour les retombées économiques de la dite loi. L'argument était pourtant posé: cette loi devait "libérer l’activité, stimuler l’investissement et développer l’emploi ". Pourtant, en matière de prévisions, il n'y avait rien. Ou si peu.

On pensait rêver, c'était un cauchemar.

Show
Juste après sa présentation en conseil des ministres, le premier ministre lui-même se mettra en scène dans un salon de l'Elysée, pour défendre et présenter la loi à la presse, le tout flanqué d'Emmanuel Macron, mais aussi Christiane Taubira, Michel Sapin, François Rebsamen, Carole Delga, Thierry Mandon, Sylvia Pinel, et même Alain Vidalies.

"On nous promet toujours que les textes ne passeront pas. Or regardez la confiance, les budgets, la réforme des régions qui ne devait pas se faire, la réforme des allocations familiale… Moi, je suis toujours optimiste." Manuel Valls

A qui sert Emmanuel Macron ?

"Ce que propose aujourd'hui Emmanuel Macron va véritablement dans la bonne direction. Sur les professions réglementées il y a un certain nombre de corporatismes qu'il faut faire évoluer" expliqua un représentant du Medef.

Sans blague.




Sarkozy enrôle Michelle Obama pour le travail... par liberation

6 décembre 2014

396ème semaine: Sarkozy, Hollande, Le Pen, la politique pour les nuls

Sarkozy, Le Pen, Hollande

Pour qui se prennent-ils ? Les slogans de haine de Le Pen, les silences embarrassants de Hollande, l'hypocrisie de Sarkozy, la politique cette semaine n'est pas sortie grandie.


Nicolas II
La grande nouvelle de la semaine était forcément la prise de l'UMP par Nicolas Sarkozy.
L'homme a commencé par une drôle de manoeuvre, qui témoignait surtout d'une inquiétude personnelle. Sur ses 2 millions d'euros de revenus accumulés grâce à ses conférence payée par des banksters, Nicolas Sarkozy a discrètement et soudainement décidé de rembourser les 363 000 euros d'amende à l'UMP que le parti avait réglée à sa place après sa condamnation pour fraude au financement politique de sa campagne de 2012. Finalement, la crise du pouvoir d'achat n'est pas pour tout le monde. Le train de vie de l'ex-Président des riches reste hallucinant. Cumul de retraites, dividendes d'avocats, conférences sur-rémunérées, invitations gratuites dans des palaces, ... "Il mène une vie très simple" assure, sans rire, un de ses proches.

Ce remboursement soudain et inattendu n'a pas permis d'épargner à l'ex-trésorière de l'UMP, Catherine Vautrin, une mise en examen jeudi, pour "abus de confiance" dans cette affaire.

Dimanche soir, Sarkozy était sur TF1, cravate et costume noirs, le verbe mielleux, la posture conciliatrice, le regard un peu fuyant. Il l'avait gagné, cette présidence de l'UMP, mais ce n'était pas le triomphe attendu: deux tiers des suffrages exprimés, avec plus de 41% de d'abstentions. Pour une élection interne réservée aux plus motivés de la droite politique - les militants de l'UMP, ce score fait tâche: quatre militants sur dix ont choisi de ... ne pas choisir !

Il eut cette phrase étonnante de vérité, devant Claire Chazal: “Quand je ne pense pas quelque chose, madame, ça se voit”. Oui, cela se voyait cette fois-ci. Il souriait avec ses lèvres,  son regard était rageur quand Chazal l'interrogeait sur la percée de l'inconnu Bruno LeMaire. "Bruno, c'est du pipeau ! Il finira en slip kangourou" confia-t-il à ses proches en apprenant le score du rival.


Il propose de créer un "comité des anciens Premiers ministres".  La manoeuvre n'abuse personne. Seul Dominique de Villepin, le pire rival d'avant 2007, se précipite chercher un strapontin auprès du nouvel élu. Alain Juppé raille le "comité naphtaline"; François Fillon décline. Raffarin ne répond même pas.

Sarkozy a rapidement investi les locaux du quartier général parisien de l'UMP, rue de la Convention à Paris. Chaînes et radios d'information ont envoyé des correspondants permanents, gros micros en main, faire le siège des lieux. Sarkozy consulte, rencontre, négocie. Il prend soin de se faire photographier tout sourire avec ses pires rivaux de l'intérieur. Il "tweete" des mots doux et d'amour à ses adversaires d'hier. Cette agitation est théâtralisée à l'extrême.

Plutôt que d'assumer les désaccords, somme toutes mineurs, Sarkozy surjoue la fusion-réconciliation. Ce jeu excessif affaiblit davantage la crédibilité de la parole politique.

Dernière déconvenue, vendredi, Sarkozy apprend qu'Angela Merkel lui pose un lapin. Ou plutôt, elle a refusé l'auto-invitation de Sarkozy. Ce dernier avait un peu vite annoncé qu'il la verrait lors du Congrès de la CDU à Cologne, le 11 décembre. Il n'en sera rien.

Après des jours de négociations, Sarkozy nomme enfin son équipe. On dirait un gouvernement de IVème République dans les équilibres sont instables, les incohérences manifestes. Nathalie Kosciusko-Morizet à la vice-présidence de l’UMP ),  Laurent Wauquiez, un anti-mariage gay proche de l’extrême droite, récupère le secrétariat général. Christian Estrosi

Mercredi, Nicolas Sarkozy s'affiche avec son épouse Carla en couverture de Paris Match. Le Point préfère titrer sur une photo de Sarko avec ce titre prémonitoire: "ça va saigner".

François Ier
François Hollande reçoit pendant deux jours le couple royal de Suède. La reine tombe malade après le premier dîner. Le Petit Journal de Canal+ s'amuse. Hollande s'ennuie. Jeudi, il file au Kazakhstan, rencontrer l'ineffable autocrate Noursoultan Nazarbaïev, ancien grand ami de Sarkofrance. On se souvient des dîners complaisants organisés avec Claude Guéant. La République reprochable de Sarkozy s'accoquinait avec les pires autocrates du globe au motif du "bizness". La République (a)normale de Hollande poursuit le travail avec à peine davantage de discrétion. Hollande n'échappe pas à la photo-qui-tue, la tête coiffée d'une énorme chapka, un manteau de fourrure trop épaisse sur les épaules. Au retour vers Paris, il s'arrête à Moscou pour rencontrer Poutine. Se réfugier dans la diplomatie est sans doute la seule issue.

Hollande a perdu un conseiller, un de plus. C'est le cinquième proche débarqué de son poste pour des affaires d'argent depuis mai 2012. Cette fois-ci, l'homme va comparaître devant un tribunal. Faouzi Lamdaoui a démissionné mercredi, "pour se donner les moyens de se défendre ". La semaine précédente, Hollande avait accepté la démission d'un autre proche, Kader Arif, secrétaire d'Etat du gouvernement Valls, visé par une enquête préliminaire ouverte sur les activités des sociétés de ses proches.

Le même jour, Manuel Valls invite 80 parlementaires socialistes, triés sur le volet. Pas un de plus. Son service de com' fait savoir qu'il y a des déçus parmi les non-invités. La démarche est habile. On oublie l'essentiel: Manuel Valls n'aurait que 80 députés socialistes fidèles. Un sondage le qualifie de "personnalité d'avenir du PS". Dimanche, Valls sera sur TF1, une semaine après Sarkozy. Il y a des parallélismes symboliques tenaces.

Michel Sapin promet 3% de déficit public en 2017, pas plus. Il a même trouvé 3,6 milliards d'euros d'économies pour l'an prochain grâce à la lutte contre la fraude, quelques hausses de taxes sur les équipements ou les surfaces commerciales, et un "ajustement de prévisions" inespéré pour près de 2 milliards. Le gouvernement français négocie toujours et encore avec la Commission de Bruxelles. Ce feuilleton euro-fiscal est interminable.

Il y aura encore 6 milliards d'impôts supplémentaires l'an prochain.  L'Assemblée tente d'achever l'examen du budget 2015. Au passage, elle vote l'interdiction de la vente de cigarettes par internet. Le gouvernement recule tous azimuts sur la libéralisation des professions réglementées: Emmanuel Macron plie devant les avocats sur la création d'un statut d'avocat d'entreprise. Sa collègue de la Santé qui voulait autoriser la vaccination par les pharmaciens, cède aussi. Aux cliniques privées, elle revient sur l'interdiction des dépassements d'honoraires pour leurs services d'urgence.

A Marseille, la mairie distribue des "triangles jaunes" pour étiqueter les SDF.

Les Restos du Coeur font appel aux dons. Dans le Nord, un entrepôt a brûlé, détruisant quelques tonnes de nourriture indispensable alors que la campagne d'hiver débute. A Paris et à Lyon, quelques milliers de patrons mettent en scène leur ras-le-bol fiscal et administratif.

Le décalage est indécent.

Pierre Gattaz, le président du MEDEF, est forcément très verve. De meetings en manifestations, c'est "leur" semaine. Il est si rare de rare de voir des employeurs manifester dans la rue. Ces outrances ne font pas illusion. Emmanuel Macron rétorque maladroitement.cIl dénonce l'échec du ... Pacte irresponsable de François Hollande... Quel cri du coeur ! Il accuse les patrons de n'avoir pas créé les emplois promis en contrepartie des allègements de cotisations sociales que l'équipe a fait voter - 41 milliards d'euros sur 2014-2017. Macron est-il né de la dernière pluie ? Depuis les premières annonces, le pacte irresponsable, et plus généralement cette politique de "l'offre" est critiquée à gauche (et ailleurs) pour son absence de contre-parties demandées aux entreprises, son mauvais ciblage et, surtout, son inefficacité supposée.

Au Royaume Uni, le conservateur David Cameron s'est décidé à relever les impôts, notamment sur le revenu. La réduction des dépenses publiques et la généralisation des mini-jobs ont certes relancé la croissance, l'une des plus fortes de la zone européenne (+3%), mais au prix d'une aggravation du déficit budgétaire (à 5,3% cette année).

Marine Zéro
La victoire décevante de Sarkozy à la présidentielle UMP tranche avec le score nord-coréen de Marine Le Pen au FN. Lors du congrès du parti frontiste, la fille du patriarche a récolté 100% des suffrages des délégués, moins 17 voix. Nicolas Bay, un ex-mégrétiste, est désigné secrétaire général.  Dans le discours de clôture de Marine Le Pen, on ne compte plus les slogans anxiogènes, les mots de haine, les appels clivant. La présidente du FN est certaine d'être au second tour de la présidentielle de 2017.

Lors du Congrès, une video fortement applaudie fut diffusée sur les divers dérapages de Jean-Marie Le Pen au cours de sa carrière.

La France est malade de cette grippe frontiste.

Marine Le Pen a des soucis d'argent. Son recours à un emprunt russe, accordé par un oligarque douteux, a presque fait oublier ses affaires judiciaires. Car la justice s'intéresse, enfin, au financement de sa campagne présidentielle en 2012, et, notamment, à son micro-parti baptisé "Jeanne". L'enquête initialement ouverte pour "escroquerie en bande organisée" et "faux et usage de faux" sur les campagnes cantonales de 2011 et législatives de 2012 a été élargie au "blanchiment en bande organisée". En cause, d'après Mediapart, des soupçons de surfacturation d'un prestataire dirigé par un très proche de Marine Le Pen. Voici l'affaire Bygmalion du FN...

Rien que ça...

“Je suis là pour sauver la peau du peuple francais” explique Marine Le Pen.

Attention à l'équarissage.


Ami(e) citoyen(ne), accroche-toi.





Crédit illustration: DoZone Parody


3 décembre 2014

UMP: Nicolas II est de retour sans sa Firme.

 

Sarkozy consulte comme s'il s'agissait de constituer un gouvernement. Depuis lundi, la couverture médiatique de ses déambulations théâtralisées auprès des ténors et sous-ténors de l'UMP avait quelque chose de cocasse. 

Nicolas II est de retour.


La Firme, absente
L'ancienne Firme, ce groupe d'ultra-fans qui travaillèrent à l'élection de leur mentor en 2007, a beaucoup changé. Il y a trop de nouveaux venus, seuls deux de l'ancienne Firme ont survécu à l'épreuve du temps et des actes.

Sarkozy se dépêche, c'est une course contre la montre. Car il doit regagner du temps, et éviter d'en perdre trop.
"Chef incontestable, Nicolas Sarkozy n'est pas, loin s'en faut, un candidat incontesté" Alexis Bréguet, le Figaro.
Première proposition, premier échec. Dimanche soir, Nicolas Sarkozy a voulu montrer combien il voulait rassembler. Et il proposa la constitution d'un "comité des anciens premiers ministres" de droite. La belle affaire... La ficelle était grosse. Fillon, Raffarin, Juppé et Villepin dans un comité Théodule sans autre mission que de faire accepter par les principaux rivaux de l'ancien monarque sa prise de contrôle générale. Le comité était aussi une belle manoeuvre pour ramener les rivaux d'aujourd'hui à leur statut d'anciens collaborateurs.

Alain Juppé a rapidement décliné l'invitation: "Ce que je souhaite, c'est aider. Mais de façon réelle, pas dans un comité de chapeaux à plumes qui ne servirait à rien" déclarait-il lundi. Mardi, il ajoute sur son blog qu'il ne souhaite pas participer à un "comité naphtaline". Belle ambiance.... François Fillon a suivi. Jean-Pierre Raffarin n'a pas répondu. Seul Dominique de Villepin, le nouveau meilleur ami, aurait accepté.

A qui les places ?
Sarkozy déjeune et rencontre. Il va même rencontrer Angela Merkel, histoire de ringardiser ses rivaux de l'intérieur. Il a déjà pris les bureaux les plus vastes au siège du parti.

Brice Hortefeux est ravi, il a un grand bureau rue de Vaugirard. Frédéric Péchenard, l'ancien patron de la police judiciaire, et ami d'enfance de Nicolas Sarkozy, devient directeur général du parti. Son prédécesseur est inquiété par la Justice dans l'affaire Bygmalion. Christian Estrosi, devrait récupérer la commission nationale des investitures. Thierrey Solère, proche de Le Maire, traiterait de l'organisation des primaires. On nous explique que Sarkozy cherche à constituer une équipe paritaire.



Mardi, Nicolas Sarkozy a déboulé dans les bureaux de l'Assemblée, opération séduction pour des parlementaires déchirés. "Sarkozy le pacificateur" nous explique le Monde.
Quelques heures plus tard, suivant l'injonction du nouveau monarque de l'UMP, les députés du groupe votaient presque comme un seul homme contre la proposition de résolution socialiste sur la reconnaissance de la Palestine.

Vous avez dit, Sarkozy le pacificateur ?



Déjà, on suppute sur qui à l'UMP soutiendra qui  pour la primaire dans 18 mois.

Quel suspense.