31 janvier 2014

Comment Sarkozy tente d'étouffer ses affaires avec Kadhafi.

C'est un mauvais rebondissement, que l'équipe des Amis de Nicolas Sarkozy tente de gérer avec toutes sortes de contre-feux médiatiques plus ou moins efficace. Dans son émission Pièces à Convictions, mercredi 29 janvier, France 3 a diffusé une interview radiophonique du colonel Kadhafi dans laquelle il confirme avoir financé la campagne présidentielle de Nicolas Sarkozy en 2007.

Les affaires troubles
C'en fut un. L'entretien a été enregistré quelques jours après l'attaque anglo-française en Libye, le 15 mars 2011.  L’ancien dirigeant libyen, qui fut tué sept mois plus tard, sans procès ni jugement, n’apporte pas de preuve autre que sa déclaration. Son propre fils Seif Al-Islam, et quelques autres dignitaires libyens, ont depuis 2011, proféré les mêmes accusations.


Il n'y aucune révélation nouvelle. Grâce à divers enquêtes, dont celle de Mediapart, on connaît d'ailleurs les relations troubles qu'avait développé Nicolas Sarkozy avec le colonel Kadhafi quand il n'était que ministre de l'intérieur. Pour une raison qu'on s'explique mal, l'ancien monarque a oeuvré à la commercialisation de technologies d'espionnage françaises, avec Claude Guéant et l'aide d'intermédiaires tel Ziad Takkiedine.

Bechir Saleh, diplomate et gérant de fortune, fut l'un de leurs interlocuteurs clés. "Le porteur d'ordres" de Kadhafi, comme le qualifie un autre témoin dans l'émission de France 3. Un homme "puissant car il était la voix de son maître". Quelques heures avant le 6 mai 2012, Claude Guéant l'a exfiltré de France, où il s'était clandestinement réfugié.

Mercredi, un autre acteur de cette époque livre sa version des faits: "La Libye a aidé Sarkozy, tout le monde le sait, le montant est connu, mais moi j’étais témoin et présent au moment des négociations", a déclaré Tahaer Dahec, relate Mediapart, lors d’une conférence de presse, dans le bureau de son avocat à Paris.

 ... et les contre-feux. 
Pour Nicolas Sarkozy, c'est un mauvais coup. Cela réactive un mauvais sujet. Cela brouille son retour, perturbe l'image de l'homme providentiel qui revient sauver la France.

Ses proches ont donc fait ce qu'ils ont pu. Et ce fut presque efficace. Quelques heures avant la diffusion dudit reportage, les Amis de Nicolas Sarkozy déjeunent. La mise en scène est rodée, on invite des journalistes. Les images tournent en boucle sur BFM TV. On ajoute quelques détails sur ce non-évènement, le retour du "patron". Il faut que ça buzze. Ainsi, on précise le planning. On nous glisse que l'Assoc a failli dévoiler une liste de "délégués régionaux." Mais, précise Hortefeux, Sarkozy lui-même a préféré annuler l'annonce. La veille, le même Brice Hortefeux avait déboulé à RTL pour parler de son "ami de plus de 30 ans". "Une primaire lorsqu'il y a évidence, cela a incontestablement moins de sens" a-t-il déclaré. Y-avait-il une quelconque actualité pour parler de ce sujet ? Aucune. Tout le monde s'en fiche.

Bien sûr, des proches anonymes répètent que toute cette agitation n'est qu' "un concours de circonstances ". Nous prendrait-on pour des c.... ? 

Mais ces contre-feux parviennent à abuser quelques journalistes pourtant aguerris. Sur France inter, jeudi 30 janvier, la tranche matinale de Patrick Cohen traite le sujet. Le Monde, la veille, sous la plume de , consacre un large billet à "la stratégie méthodique de Sarkozy pour 2017."

Jeudi, la Sarkofrance poursuit le story-telling. Nicolas Sarkozy file en train pour la Rochelle pour décorer un ami d'une légion d'honneur. Forcément, il y a des journalistes... dans le wagon. Pour un homme qui se veut discret, c'est cocasse. "L'actualité ne m'intéresse plus, je prends le temps de la réflexion".

L'affaire Kadhafi/Sarkozy est un gros morceau. Il y en a d'autres, plus petits. Non content de s'être fait annuler quelque 11 millions de remboursements de campagne présidentielle à cause de comptes de campagne frauduleux, Sarkozy fait aussi l'objet d'une autre enquête, sur le financement d'un meeting à Toulon, le 1er décembre  2011. "Aucuns frais n'étaient inscrits dans les comptes de campagne avant cette entrée en lice officielle dans la course à l'Elysée" rapporte le Monde.


30 janvier 2014

Sarkozy est partout

Nicolas Sarkozy est finalement partout.

A Madagascar, où un président local déclame, quasiment mot pour mot, un discours de l'ancien monarque français.



Le plus cocasse fut la réaction enthousiaste de la ministre française en charge de la Francophonie, Yamina Benguigui: "C'est un discours absolument fabuleux, plein d'espoir. Nous étions tous très très émus".

Sarkozy était aussi sur les chaînes d'information, puisque ces Amis avaient convoqué la presse pour l'un de leurs déjeuners.


« Amis de Sarkozy »: l’ex-président de retour... par BFMTV

Il était encore à la Rochelle... ce jeudi 30 janvier...




Nicolas Sarkozy sur i>TELE : "là où la mer est... par ITELE

Le jour où Copé a pris peur de l'extrême droite.

Rarement avions-nous entendu pareille bêtise. Et pourtant, il fallait s'interroger. Ce joyeux internet nous permet de découvrir de près un paquet de racailles neo-fascisantes et autres dérapés en pleine "crise de civilisation".

Depuis quelques jours, on s'interroge donc, interloqué, sur ce qui a pu pousser des parents à suivre les consignes de quelques radicaux d'extrême droite appelant à retirer leur progéniture de l'école au motif que l'apprentissage de l'égalité entre hommes et femmes serait une forme d'apprentissage de l'homosexualité. Une centaine d'écoles étaient concernées, sur 48.000. L'appel au boycott des écoles comprenait le message suivant:
"Le choix est simple, soit on accepte la “théorie du genre” (ils vont enseigner à nos enfants qu'ils ne naissent pas fille ou garçon mais qu'ils choisissent de le devenir !!! Sans parler de l'éducation sexuelle prévue en maternelle à la rentrée 2014 avec démonstration et apprentissage de la masturbation dès la crèche ou la halte-garderie…), soit on défend l'avenir de nos enfants."
Il y a donc des gens qui pensent que l'hétérosexualité ou l'homosexualité "s'apprennent". Différentes études sur l'homophobie nous ont fait comprendre qu'on apprend plutôt le contraire, l'homophobie, à force de clichés et de comportements contraints. L'homosexualité se réprime, encore aujourd'hui. Un récent rapport de l'éducation nationale détaillait ces discriminations homophobes.

Il y avait encore des gens pour confondre la défense de l'égalité Femmes/Hommes avec une prétendue confusion des genres et de la sexualité. Pourtant de ces sujets, il n'était nul question à l'école.

Mercredi matin sur Europe 1, Najat Vallaud-Belkacem, ministre des Droits des Femmes fut claire et simple. Elle a rappelé combien celles et ceux qui prétendent que nos instituteurs vont apprendre la confusion des genres racontent n'importe quoi ("On ne parle aucunement de sexualité"). Vincent Peillon l'avait aussi rappelé.
“J’ai lu des choses comme le fait qu’à l’école, on apprendrait aux petits garçons à devenir de petites filles. Tout cela est absolument faux."
Cet appel au boycott ne repose sur rien d'autre qu'une crétinerie qui en dit long sur la trouille, l'insécurité, la perdition intellectuelle de ses auteurs.

Une crétinerie terrifiante, initiée par une certaine Farida Belghoul, proche d'Alain Soral. Cette dernière participait l'été dernier à une conférence avec le sieur Soral, au théâtre de la Main d'or, le même qui accueille les spectacles de Dieudonné (cf. photo).

Triste fut alors l'attitude du maire de Meaux, par ailleurs député ET président de l'UMP. Jean-François Copé, puisqu'il s'agit de lui, avait déclaré lundi quand les premiers absentéismes de quelques élèves étaient relatés par les médias:
"Je suis choqué par la théorie du genre et je comprends l'inquiétude des familles. La priorité de l'école doit rester les savoirs fondamentaux."
Dans sa ville, rapporte l'un de nos confrères, quelque 20% des élèves étaient absents lundi. Rien que ça ! "Jean-François Copé fait le pari de la peur, du fantasme, de l'inquiétude des parents et je trouve que cela ne le grandit pas" lui rétorque Najat Vallaud-Belkacem.

Du coup, Copé, deux jours plus tard, s'inquiète enfin et fait volte-face après cette interpellation.

Il était temps.
"Je condamne sans nuance toutes les mesures de boycott de l'école, et notamment le principe d'une « Journée de Retrait de l'Ecole », fondé sur des rumeurs aberrantes." Jean-François Copé




Lire aussi, chez les consoeurs et confrères:



Théorie du genre : "pas de sexualité dans le... par Europe1fr

29 janvier 2014

Hollande, Hartz et la catastrophe

Appeler à la rescousse l'ancien auteur des lois éponymes qui ont fait la détresse de millions d'Allemands a failli être la nouvelle catastrophe de ce 27 janvier 2014. Confronté à l'inévitable bilan d'une progression continue du chômage, François Hollande a en effet commis la surprise d'appeler à ses côtés Peter Hartz, ancien ministre du travail de Gerhart Schröder.

L'information, non confirmée, émanait d'un quotidien allemand régional, le Saarbrücker Zeitung. Cet homme a donné son nom à quatre réformes successives de dérégulation du marché du travail en Allemagne, entre 2003 et 2005, qui, en vrac, ont simplifié les procédures d'embauche et imposé une obligation d'accepter un job à salaire inférieur (Loi Hartz I); créé des « Minijob » (des contrats de travail de type précaire, moins taxé, court terme) et des « Midijob » (loi Hartz II); restructuré l'agence nationale d'emploi (loi Hartz III); réduit les indemnités de chômage de 32 mois à 12 mois (18 mois pour les plus de 55 ans), et réduit les indemnités des chômeurs de longue durée qui refusent d'accepter des emplois en dessous de leur qualification (loi Hartz IV).

On leur prête l'efficacité redoutable d'avoir permis de réduire le chômage "statistique" en Allemagne à l'aube des années 2000, le tout grâce à une amélioration de la compétitivité du pays. Le coût du travail dans le secteur privé, par heure travaillée, est certes plus bas qu'en France (31 euros l'heure contre 35 euros) mais la mesure est partielle; les inégalités "se creusent entre les travailleurs de l'industrie bien payés et les travailleurs précaires du secteur des services" nous rappelait un quotidien du soir en septembre dernier.

L'augmentation de la pauvreté y fut tout aussi fulgurante: 20% des salariés allemands émargent aux Minijob ou au Midijob. En 2012, le taux de pauvreté aurait atteint 15,2% de la population. Même le Figaro, ce mardi 28 janvier, commentait la catastrophe ainsi: "le nom de Peter Hartz est ainsi pour beaucoup d'Allemands également associé à la précarisation du marché de l'emploi et à la trappe à pauvreté."

Peter Hartz, donc, n'est pas le bienvenu en France, au moins à gauche.

Quand l'information qu'il va conseiller Hollande ouvre les journaux radiophoniques du matin, elle fait évidemment l'effet d'une bombe.  Hollande termine un voyage en Turquie. Autres cieux, autres enjeux. La Turquie, qui tentait de rejoindre l'Union européenne, semble moins empressée. Quand il était président, Sarkozy en avait fait un sujet de polémique franco-française. Pas question, nous répétait-on, que ce pays laïc mais à forte communauté musulmane, de rejoigne la Sainte Europe. Bref, en France, le sujet n'était pas la Turquie, mais ce Peter Hartz qui avait rencontré Hollande il y a deux mois à l'Elysée.

Dès mardi matin, l'Elysée confirme... le rendez-vous passé, mais nie toute embauche au palais, ou toute collaboration:
"François Hollande l'a reçu il y a deux mois à sa demande pour un entretien informel d'une heure et pour l'inviter à un colloque. (...) Je démens qu'il soit son conseiller ou soit amené à le devenir" Aquilino Morelle.
François Hollande souligne le trait, prolonge la ligne, accentue une démarche officialisée avec ses voeux. Certains poursuivent le débat sémantique - social-démocrate, social-libéral. Il est artificiel. François Hollande a commis un tournant, un vrai, chaque jour qui passe le confirme. S'adjoindre Peter Hartz comme conseiller aurait été une bêtise, facilement gobée toute la journée durant par les plus crédules des aveuglés de la contestation.

Il n'y avait pourtant pas besoin de cela pour dresser les constats politiques qui s'imposent. 

Sur le front du chômage, la sanction est tombée lundi soir. La France compte encore 10.000 sans emplois de plus en décembre, ce qui porte à 3,3 millions le nombre d'inscrits sans aucune activité à Pôle emploi. Pire, le nombre total de chômeurs frôle toujours les 6 millions.

La promesse d'inverser la courbe du chômage n'est pas tenue. Tenons-la en 2014, réclament certains. Hollande lui-même a reconnu l'échec, publiquement, en déplacement en Turquie.

 "Nous n'avons pas réussi en 2013 à faire diminuer le chômage" François Hollande.


A droite, la nouvelle de ces mauvaises statistiques a réactivé le bal des amnésiques. Les courbes, quelles qu'elles soient, parlent d'elles-mêmes. Le chômage a explosé durant le quinquennat précédent. La droite accusait la crise. Elle n'a rien, strictement rien jugulé. Il continue sa progression en ce début de mandat de Hollande. La gauche de gouvernement accuse la crise mais exhibe toutes sortes d'outils miracle: emplois d'avenir, contrats de génération, pacte de responsabilité, CICE, etc.

Et le social, bordel ?

La France en vrac: le coup de gueule d'un citoyen

Il commente régulièrement, calmement, et depuis longtemps, nombre de billets de la blogosphère politique, ici ou ailleurs.

Comme d'autres, il est exaspéré par l'actualité et l'action politiques. Mieux que d'autres, il l'a récemment exprimé dans des colonnes voisines.

"Je me suis usé par des dizaines d’années de "croyance" en une politique ou un parti, par toutes les manifs, par toutes les grèves que j’ai pu faire, par tous les dossiers que j’ai défendus aux prud’hommes, par tous les tracts distribués, les affiches collées, les innombrables réunions syndicales, associatives, politiques. Alors quand je vois ce spectacle permanent de la politique politicienne, toutes ces marionnettes manipulées par les affaires et la finance, tous ces perroquets qui récitent leur bréviaire, tous ces névrosés chroniques, ces fielleux de tous bords….je me dis "tout ça pour ça?" 

Il suffit de faire un "vrai" bilan de l’année, mettre d’un côté les sujets "positifs" , ceux qui nous apportent un peu de bien-être, de réconfort, que sais-je encore , et de l’autre les sujets polémiques, négatifs et même sordides pour se rendre compte que les seconds sont mille fois plus nombreux que les premiers!

Alors quand de plus on regarde notre monde avec le prisme permanent de la politique , quand on découvre jour après jour les magouilles, les rancoeurs, les coups bas, les insultes, les mensonges, les promesses non tenues, il n’est pas étonnant que notre moral soit au plus bas.
Les médias nous abreuvent jusqu’à l’écoeurement de crimes, de scandales, de guerres, de terribles événements et des multiples petits malheurs sentimentaux des people de ce monde. Autant d’informations dont nous ne savons jamais extraire la "substantifique moelle" .
Quand par-dessus le marché on cherche sous tous ces maux ou plutôt sous ces mots ce qu’on va bien pouvoir détester, haïr, renier, à qui on va pouvoir balancer sa propre rancoeur à la figure, ou à quel gourou on va pouvoir se vouer, rien d’étonnant à ce que le monde nous paraisse si noir et l’avenir si bouché.
Non je n’ai pas pété les plombs, je suis toujours la politique , mais de plus en plus loin, je ne crache pas dessus non plus. J’ai même de l’admiration pour celles et ceux qui savent par avance qu’ils vont prendre des coups et en donner.
Pourtant il existe d’autres mondes, celui des pêcheurs à la ligne, des peintres, des musiciens, des écrivains , des rêveurs ou tout simplement celui des "gens de tous les jours" qui suivent leur chemin quoi qu’il leur en coûte, qui triment , qui récupèrent, qui économisent sou par sou, qui s’entraident, qui discutent avec leurs voisins, loin, très très loin de cette vie "virtuelle" qu’ils ignorent d’ailleurs très souvent . Internet ils s’en foutent et ils ne savent même pas ce qu’est Facebook ou Tweeter.

"Heureux les simples d’esprit" ( et non pas les simplets) c’est certainement vrai.

La dépression serait-elle un mal des pays développés, des blasés de tous poils ou des frustrés permanents?

Comment revenir en arrière dans nos réflexions, nos pensées, nos idées faites de ces multitudes de fausses ou vraies informations, comment faire le vide et par où commencer?
J’ai désormais, et par survie, décidé de faire partie des pêcheurs à la ligne, des contemplatifs, des "artistes " amateurs, des découvreurs de choses simples et même simplistes. J’ amoncelle les tous petits bonheurs quotidiens fugaces mais qu’importe, un lever de soleil , un arc-en ciel, une chanson originale, un bon bouquin, une discussion de bistrot, un ami qui appelle, un sourire d’enfant, une paire de chaussures que je viens d’acheter malgré mes maigres revenus…..et même une décision politique qui me convient , etc..etc…. La liste est finalement longue.
Tout cela n’appartient ni à un parti ni à un autre , personne n’en parle dans les médias, c’est notre dictionnaire intime où les photos et les mots ont un sens, où il n’y a pas de convoitise possible par le voisin jaloux.
Car ce qui est important c’est de chercher la "lumière" , la vraie, celle qui nous dispensera de faire des cures de tubes néon ou de mélanine, celle qui nous éclairera même par les jours de pluie et de ciel bouché."

Coup de Grisou, 23 janvier 2014


28 janvier 2014

Quand le Front national sera le premier parti de France

Il y en a encore pour penser qu'évoquer la menace du Front national est une façon de distraire l'opinion, de faire peur aux braves républicains pour mieux provoquer ces anciens réflexes du vote utile et de la discipline républicaine.

Quelle erreur de jugement... Quel aveuglement...

On a cru un instant que le Front national avait finalement quelques difficultés. Le parti de Marine Le Pen semblait moins actif, moins présent, moins à l'initiative, moins au centre des problématiques de l'excitation médiatique. Pour preuve, le FN avait quelque peine à convaincre suffisamment de candidats, même apprentis, à le rejoindre sur les listes municipales.

Autre exemple récent, on nous relate combien les "défections" se multiplient au sein du FN. Libération fait le portrait de Vincent M., passé de l'UMP au FN en avril 2013 pour le quitter avec pertes et fracas moins d'un an plus tard. Car Vincent M avait découvert que le FN n'avait pas changé. Qui en doutait ? Qui dans le lectorat de Libé en doutait ? Le Monde, le 22 janvier dernier, nous énumérait tous ces anciens frontistes horrifiés par ce qu'ils avaient vu de l'intérieur. La démarche est louable. A droite, il ne faudra pas dire qu'on ne savait pas.

Parfois, c'est le bureau politique du FN lui-même qui fait le ménage. La garde rapprochée de Marine Le Pen veut s'assurer de la "présentabilité" de ses têtes d'affiches. On purge les listes des nazis et autres radicaux néocons de la pire espèce. Le plus étonnant est que 3 ans après sa prise de contrôle des commandes du parti, Marine Le Pen n'est toujours pas parvenu à ce ménage-là... Le weekend dernier, un autre candidat, en Seine-et-Marne cette fois-ci, était éjecté des listes par Nicolas Bay lui-même, le directeur de campagne au niveau national.

Ce ne sont pas quelques dizaines de milliers d'excités "en colère", quenelles ou bras tendus, qui devraient effrayer la République. Ces gens-là, si l'on en retire quelques perdus de la cause citoyenne, sont éparpillés, sans leader ni programme, suffisamment radicaux et anti-républicains pour rester dans les marges par ailleurs peu ragoutantes d'une extrême droite nostalgique de la France rance, blanche et catholique. Ces gens-là ne représentaient même pas les opposants au mariage gay, pourtant déjà virulents. Ni le Front national qui s'en était éloigné assez rapidement.

Autant de signes de leur marginalité...

L'inquiétude est ailleurs.

Le Front national se porte bien. Ne vous inquiétez pas pour lui. Un récent sondage, réalisé par l'IFOP pour le JDD, lui attribue le premier score national aux prochaines élections européennes. En 2009, lors du précédent scrutin, à la même époque, le FN était crédité de moins de 10%... Selon ce sondage, "le Front national recueillerait 23% des suffrages au soir du 25 mai, devant l'UMP (21%) et le PS (18%)". Un niveau "jamais atteint à l'échelle du pays", et plus élevé que celui atteint par Marine Le Pen à l'élection présidentielle de 2012. Un sondage n'est qu'un sondage, une enquête sur un échantillon plusieurs mois avant le scrutin. Voici ce que ce diront les optimistes.

La droite classique semble en vrac, moribonde diront certains. La gauche "classique" se dispute. Dernière micro-anecdote en date, le refus du NPA à Montpellier de rallier le FDG aux élections municipales car ce dernier pourrait appeler à voter contre la droite au second tour... Fichtre ! Qui consacre un peu d'énergie dans le discours, la pédagogie, l'action, la réflexion à lutter contre le Front national ? Qui ? Où ? Comment ? Du côté du gouvernement, on attend l'inversion de la hausse de la courbe des sans-emplois... Les derniers chiffres de 2013, qui clôturent un mauvais exercice, sont justement tombés. Quand on attaque l'extrême droite, ce qui reste rare, on s'indigne dans la posture et les grands sentiments. Du côté de l'opposition de gauche, le Front national semble, nationalement au moins, dans un trou noir. Il n'existe plus dans les discours, trop concentrés sur cette "droite de gauche, ou "gauche de droite" qu'ils préfèrent fustiger.

Quand une étude nous éclaire sur la catastrophe sociale, les clivages, le désespoir, le repli sur soi, les cassures en tous genres, la quasi-uniformité médiatique des commentaires est ... terrifiante. On nous explique à mots à peine couvert que le bon peuple aurait été abusé par le discours par ailleurs lénifiant ou simpliste de Marine Le Pen. La mondialisation, en réalité, ne fait plus rêver personne.

Quand le Front national sera le premier parti de France, des médias s'interrogeront sur cette "lepenisation des esprits". Le Front de gauche criera au complot médiatique, la gauche se demandera ce qu'elle a raté. La droite réfléchira à son avenir fusionné.

Et la République ?




27 janvier 2014

Pourquoi les vraies questions (économiques) de François Hollande sont sociales


Après les "patrons", voici la "communauté financière" appelée à réagir au pacte de responsabilité lancé par François Hollande, et plus largement, au redressement des comptes publics qu'il a engagé. 

Et les citoyens ?

1. Après le patronat, les agences sont presque contentes. Vendredi dernier, l'agence Moody's a choisi de maintenir la note de crédit de la France, à AA avec toutefois la même "perspective négative"... au cas où. On rapporte que Pierre Moscovici, à Davos, affichait un sourire en coin, de satisfaction.

2. Il n'y a toujours aucune corrélation entre l'état réel de nos finances publiques et  le coût de l'endettement facturé à la France sur les marchés internationaux. D'autres facteurs sont à l'oeuvre: la situation générale de la zone euro - qui s'est (insuffisamment) améliorée depuis deux ans, les perspectives que l'on attribue au pays concerné, et... la richesse sous-jacente du pays.

3. Les analystes financiers et les journalistes politico-économiques continuent d'abuser l'opinion avec un fichu et mauvais ratio, le rapport entre la dette publique et le PIB annuel. Imaginez seulement qu'un ménage ne puisse emprunter à hauteur de 60% de ses revenus annuels... Pour l'heure, la France affiche un dette publique à 93% ou 94% du PIB (les chiffres définitifs seront connus en mars).

4. Il n'y a pas eu de "dérapage budgétaire" en 2013. La formule suggère en effet que l'équipe Hollande a laissé filer les dépenses, ce qui est faux.: les dépenses de l'année ont été tenues à l'euro près. Le gouvernement a même dépensé 600 millions de moins que prévu au budget initialement. Mais le déficit final sera supérieur de 14 milliards aux prévisions initiales - 75 milliards contre 61 milliards. En cause, de moins bonnes rentrées fiscales. Rien de plus, mais c'est déjà beaucoup. En un an, le déficit s'est quand même réduit de 12 milliards

5. Hollande va lancer le plus important plan de réduction des dépenses publiques que la France ait connu. A sa gauche, on dira que c'est l'austérité. Ce n'est pas encore cela. Mais ces efforts sont inédits. Jeudi dernier, François Hollande a tenu son premier Conseil Stratégique de la Dépense, la première pierre de son programme d'économies.

6. On connait le séquençage de la "douloureuse": après les 25 milliards d'euros d'économies déjà réalisées en 2012 et 2013, le gouvernement prévoit :
15 milliards en 2014
18 milliards en 2015
18 milliards en 2016
14 milliards en 2017

7. On sait aussi comment il entend les réaliser. Bernard Cazeneuve, ministre du budget, a livré quelques précisions. d'ici 2017, 4 milliards d'euros sont déjà décidés et votés. Il s'agit de la montée en charge des mesures sur les retraites et la branche famille. Le gel des dépenses de l'Etat (qui pèse pour 373 milliards d'euros annuels sur 1150 milliards) et de l'assurance-maladie ajoute 20 milliards d'ici 2017. Reste encore 26 milliards à trouver.

8. Quarante pour cent des réductions budgétaires vont porter sur les prestations sociales en 2014. Les dépenses publiques se décomposent en un tiers de dépenses de l'Etat, 46% de prestations sociales, et 20% des collectivités locales. Pour l'année 2014, les 15 milliards de réduction vont être trouvés sur l'Etat et les collectivités territoriales, et... 6 sur les dépenses sociales (40%).

9. La réduction des déficits publics fait partie du projet présidentiel de François Hollande depuis le premier jour de la première semaine du premier mois de sa déclaration de candidature à la présidentielle. Mais l'urgence, en 2014, reste aussi sociale. On ne compte plus les indicateurs désastreux sur l'état du pays: sur 22,8 millions de salariés, 12% des salariés ont un emploi précaire, rappelait l'Observatoire des inégalités. Pire, la pauvreté s'aggrave: l'IGAS vient justement de remettre un rapport à Jean-Marc Ayrault. Le nombre de bénéficiaires du RSA a cru de 7% entre juin 2012 et juin 2013, pour atteindre 2,25 millions de foyers résidant en France métropolitaine et dans les DOM à fin septembre 2013. Plus d'un million de bénéficiaires se pressent aux Restos du coeur, un record.

Comment la presse pouvait-elle l'ignorer ? Pour une raison simple. Tout ce que comptait le pays d'éditocrates ou presque était occupé à commenter l'affaire Hollande/Gayet/Trierweiler. Mais de ce dernier rapport sur l'inégalité dans le pays, il n'en fut pas question, ou si peu.

Jeudi 23 janvier, François Chérèque, l'un des co-auteurs du rapport, est quand même sur France inter. Il fustige le "dérapage" de François Hollande, dix jours avant lors de sa conférence de presse, lorsqu'il évoquait la fraude sociale. Près de 6 milliards d'euros de prestations RSA ne sont pas versés faute de demandes... Le vrai choc de simplification à faire concerne les prestations sociales.

En 2009, nous détaillions dans ces colonnes combien le RSA était compliqué d'accès.



26 janvier 2014

Jour de colère ? Jour de fachos, jour de violents.

Photographies diverses de la manifestation du 26 janvier 2014 à Paris à l'initiative du collectif Jour de Colère.

Sans commentaire.

(source)

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"Jour de colère": la manifestation dérape par leparisien

Les 3 videos politiques qu'il fallait éviter cette semaine

Vous les aviez raté, on vous les rappelle. L'actualité est ainsi faite qu'on la trouve parfois mal faite.

Samedi, François Hollande officialise sa séparation avec Valérie Trierweiler. Le ridicule n'a jamais tué Michael Darmon sur iTélé.



"Flanby" est mort ce soir par ITELE

Eric Zemmour raconte n'importe quoi, jeudi 24 janvier sur RTL. Il invente un prétendu "arc des religions", des "catholiques de l'Ouest aux Musulmans des banlieues Est" qu'aurait privilégié Hollande pour sa campagne de 2012.



Enfin, le député socialiste Malek Boutih, sur le Figaro.fr, n'a rien trouvé de mieux à dire que Jean-Marc est "le poids mort de la majorité". Le garçon travaille-t-il pour Manuel Valls ?

L'actualité politique, vue par 6 blogs #S01E17

Voici le tri sélectif et subjectif de quelques billets de la blogosphère politique qu'il ne fallait pas rater cette semaine: des billets sérieux, précis, qui devraient réjouir le citoyen inquiet de l'actuelle vacuité médiatique.

Elie Arié expose de façon très synthétique ce qu'il pense être un "tsunami": "Le tournant annoncé par François Hollande est bien  un tsunami idéologique, politique, social et économique,  aussi bien pour la  gauche que pour la droite". ce n'est pas sans écho à un autre propos développé dans les colonnes de Marianne par son fondateur Jean-François Kahn.

Une fois n'est pas coutume, Gael sur son blog Detoutderien, parle politique. Ou plutôt répression. En Espagne, le gouvernement conservateur a adopté une loi anti-manifestation, pour mieux sévir contre les protestations contre l'interdiction de l'IVG: 30.000 euros d'amende pour toutes sortes de manifestations non-autorisées, y compris sur le Web (sic!), le port de capuche, filmer un policier en service ou refuser de décliner son identité. Celles et ceux qui osent encore couiner contre la "dictature socialissssse" devraient rapidement émigrer en Espagne.

Pour voir.

L'Hérétique n'a pas apprécié le programme de réduction de dépenses présenté cette semaine par l'UDI. Le blogueur centriste, rallié à la cause du rapprochement Modem-UDI, juge irréaliste voire néfaste les propositions : "ce plan est un mauvais plan parce qu'il ne tient pas compte des réactions sociales qu'il peut engendrer et parce qu'il ne réfléchit pas sur la structure de nos dépenses."

L'interdiction du cumul des mandats a été votée la semaine dernière. Melclalex rappelle l'ampleur du problème. Jegoun propose la suppression des départements et des communes, une autre mesure radicale pour réduire le nombre de cumulards: "Si certains exercent des compétences en double ou en triple, il ne semble pas ridicule de les regrouper aux niveaux intermédiaires, ce qui donne la région et l'EPCI" (Établissement public de coopération intercommunale).

Mais le coup de gueule de la semaine date d'hier. Elooooody, sur Affichage libre, tombe sur les derniers soubresauts des opposants aux études des genres, et notamment l'initiative d'une certaine Farida Belghoul: "Cette femme veut qu'on rentre dans le crâne d'une petite fille qui aimerait une petite fille, qu'elle est malade, qu'elle n'a pas le droit, que tout ça c'est de la faute de cette connasse d'instit qui lui a monté le bourrichon avec des théories contre naturaaaaaan." Le coup de gueule est salutaire...

Hollande, Trierweiler: une séparation pour sortir de l'horreur médiatique

Donc c'est fait.

François Hollande a fait publier un communiqué expliquant sa séparation d'avec Valérie Trierweiler.
"Je fais savoir que j'ai mis fin à la vie commune que je partageais avec Valérie Trierweiler."
Cette dernière a confié d'un tweet publié le même samedi 25 janvier à 22h19 ses remerciements pour le personnel de l'Elysée qu'elle quittait.
Cette séparation, une affaire strictement privée, s'est imposée à ses deux protagonistes comme la seule porte de sortie à l'emballement médiatique.

La France médiatico-politique pourra ainsi passer à autre chose. Rien n'est moins sûr. Comme un dernier soubresaut, certains lâchaient encore quelques articles et compte-rendus sur les derniers jours, les dernières heures, les dernières heures: comment François était "sonné", comment Valérie était "attristée",  comment l'UMP était en colère que son conseil national soit relégué au second plan, etc... Samedi sur les chaînes d'information, le naufrage était en direct.

Cette séparation était comme une nouvelle guerre en Irak, caméras en grappe devant l'Elysée ou la résidence de la Lanterne.

Comme les affaires Leonarda,  ou Dieudonné, cette affaire laissera des traces. Elle a davantage affaibli nos médias politiques qu'ils ne le réalisent.






25 janvier 2014

351ème semaine politique: pourquoi François Hollande a besoin d'amour

Il y a l'homme, libre et secret. Il y a le président, "droit dans ses bottes" au risque de heurter sa gauche.

Hollande termine sa semaine au Vatican. On rappelle combien sa politique sociétale avait pu heurter quelques catholiques. Le mariage gay, évidemment. Quelques milliers de mariages (enfin) célébrés en moins d'un an, la civilisation occidentale est sauve. Il y a même les premiers divorces. Mais les insultes homophobes sont encore là, dans nos mémoires. Et la PMA sera encore un objet de clivage.

La ministre des droits des femmes ouvre un site d'informations sur l'IVG. Trop de faux sites d'information, vraies propagandes anti-IVG pullulent un peu partout. L'interdiction régressive de l'IVG en Espagne a réactivé les mauvais réseaux. Une manifestation dimanche dernier, quelques réacs ré-apparaissent sur les plateaux télé. A l'Assemblée, une quinzaine de députés UMP proposent la suppression du remboursement de l'IVG.

Hollande termine une semaine au Vatican. Le pape François évoque les "bonnes relations qui existent" avec la France. Hollande s'autorise une courte intervention devant la presse, mais il refuse toute question.

Ses affaires de couple ont fait sombrer une large partie de la presse, trop affairée à alimenter le feuilleton de la souffrance de Valérie Trierweiler et de Julie Gayet. Chacun peut contempler avec stupéfaction cette avalanche de ragots, photos et rumeurs. Le plus surprenant est cette propagation/contamination jusque dans des médias jugés sérieux. Même le Monde publie des croquis de Joann Sfar. La presse perd en crédibilité sur l'affaire Gayet. Que reproche-t-on à Valérie Trierweiler ? Elle parle peu, se montre peu, n'accompagne pas le président dans ses moindres déplacements provinciaux, n'a pas de fondation personnelle financée 400.000 euros parles sous du contribuable. Et pourtant, c'est une bien d'une traque dont il s'agit.

Comme s'il y avait toujours ce besoin de haine.

Le "pacte de responsabilité" annoncé par François Hollande se complète. Le président soigne ses voeux au monde socio-économique, mardi à l'Elysée. Les contreparties qu'il veut au regard des 35 milliards de réductions de cotisations familiales "ne peuvent pas être dissociées, séparées, segmentées, elles sont le pacte". Mais il en rajoute: d'autres baisses de charges pourraient suivre, le CICE pourrait être étendu. Cerise sur le gâteau, en coulisses,  l'Elysée propage l'idée d'une baisse générale des impôts... pour tous !

"Vrauchistes" sincères, économistes atterrés, et même écologistes de gouvernement, la liste des critiques et des réticents est longue mais peu soudée. Les critiques tournent en boucle sur deux arguments: primo, c'est un "cadeau" inutile fait aux entreprises qui bénéficient déjà de 230 milliards d'euros d'exonération fiscale. L'argument porte. Il manque un pacte de solidarité, une réponse politique à l'inquiétude sociale qui dépasse la seule lutte contre le chômage.

Secundo, l'économie française aurait plutôt besoin d'une relance de la consommation. Rien n'est moins sûr, les avis divergent, même dans l'opposition. Et si la croissance, la vraie, ne revenait jamais ?

Mercredi, en conseil des ministres, Michel Sapin fait adopter un projet de réforme de la formation professionnelle. Il créé le Compte Personnel de Formation, un compte d'heures dédié à la formation tout au long de la vie active. Et financé de façon mutualisée pour aider les PME.

Sa collègue Najat Vallaud-Belkacem fait voter un à un les articles de sa loi sur l'égalité Femmes/Hommes: extension du congé parental des pères, appels d'offres publics soumissionnés à la parité des entreprises candidates, nouvelles protections contre les violences faites aux femmes, etc.

Ailleurs, la démocratie progresse. Ou pas. Les députés votent, enfin, la suppression du cumul des mandats. Qui protestera ? Des députés sans doute. Surtout à droite, un peu à gauche. La loi, malheureusement, ne s'appliquera qu'en 2017. Officiellement, il ne fallait pas "troubler" les scrutins en cours. On comprend que les élections intermédiaires sont suffisamment risquées de part et d'autres pour qu'on ne décourage pas les candidats à l'élection.

Manuel Valls souffre, mais masque. 
Il est imprudent, ou aveuglé. Sa popularité chute, paraît-il. Quelques journaux se précipitent sur l'un de leurs sujets de prédilection, la délinquance. A droite comme dans la presse, le sujet fait vendre. Les résultats sont paraît-il mauvais. Pourtant, les statistiques sont techniquement fausses et incomparables. En 2012, la gendarmerie a changé de méthode. On regrette la hausse, marginale, des attaques violentes (+0,9%), déprimer des hausses de cambriolages. Manuel Valls avait cette vertu politique: il jouait moins des chiffres de la délinquance. Il n'exhibait pas, comme son prédécesseur Guéant, la "hausse de la délinquance étrangère" pour justifier son échec. Nulle politique du chiffre, ni mise en scène systématique. Manuel Valls était un peu plus modeste. A peine plus... 

Mais la droite repart à l'attaque contre Valls. Sans honte ni gêne. Le sujet est trop urgent. La lutte contre la délinquance était cet ADN de leur ancien monarque. Impossible de laisser la gauche, fut-elle de droite, capter cet héritage, cette prétention d'efficacité. La proie trop désirable. Christian Jacob, président UMP des députés, balance contre cette " explosion de la délinquance dans tous les secteurs, sur tous les territoires".

Sans blague...

Valls tombe dans le piège qu'il s'est créé. Le jour même de cette publication, il improvise un "déplacement de terrain" près d'une zone à risque. Sait-il que nous ne sommes plus en 2002 ?

La France boude à Davos. Christine Lagarde, patronne du FMI, regrettait que les Français ne désertent l'évènement, ce grand rassemblement des riches, puissants et libéraux de ce monde.  Pierre Moscovici est bien là, mais l'évènement intéresse peu. Combien d'évadés fiscaux sont-ils présents à Davos ? On apprend, à Paris, qu'Eric Woerth, alors ministre du Budget de Sarkozy, aurait fait disparaître quelque 3.300 noms de la liste d'évadés recueillie grâce à un repenti d'HSBC en 2009...

On préfère gloser, déjà, sur l'élection présidentielle de 2017. Un accrédité de l'Elysée croit savoir qu'Hollande sera candidat sur le thème de la "France Unie". Pourtant, on devrait s'inquiéter de la disparition de toute discipline républicaine. La France unie... au centre ?

Un autre journaliste s'interroge s'il y aura des primaires au PS en 2017. Nicolas Sarkozy "ré-ouvre" son compte Instagram. Encore sa comédie du retour... A Pau, pour conquérir la mairie, François Bayrou s'allie avec l'UMP et débauche quelques socialistes. A Perpignan, pour la sauver du Front national, le maire sortant recrute un chevènementiste et la liste du Parti de gauche est "désactivée" depuis Paris.







Crédit illustration: DoZone Parody

24 janvier 2014

Pourquoi les catholiques peuvent remercier François Hollande

Le Président de la République est donc à Rome, ou plutôt au Vatican, ce 24 janvier. Il rencontre le Pape François, comme d'autres avant lui.
"Ce dialogue avec le pape est un message fort d'attention aux catholiques français"
Un conseiller anonyme à l'Elysée, 23 janvier 2014 
"Nous ne présentons pas de candidat."
François Hollande à propos de la désignation d'un nouveau pape, février 2013.

1. Quelques heures avant cette rencontre au sommet, le porte-parole des évêques de France, Bernard Podvin, en rajoute une couche: "Fallait-il rouvrir le débat sur l'avortement ? Fallait-il évincer brutalement les responsables religieux du Comité consultatif national d'éthique ? Fallait-il ignorer la pétition envoyée au Conseil économique, social et environnemental sur le mariage pour tous ?". On comprend que "ce n'est pas gagné". Car la communauté catholique - communauté ?  - en aurait "gros sur la patate". L'ancien monarque les avait surpris. Un divorce expresse quelques mois après l'entrée au Palais, un re-mariage encore plus rapide, un discours à Latran et quelques autres génuflexions répétées et presque indécentes, puis ce discours de Grenoble, la traque des Roms au point de choquer les autorités religieuses. Avec Hollande, on pouvait penser à autre chose.

2. Le mariage gay a ressoudé une fraction mal quantifiable de la "communauté des croyants", notamment catholiques. Nulle ironie dans ce constat. C'est un fait. On espère aussi qu'une autre fraction, tout aussi importante, a enfin réalisé qu'il n'y avait nul changement de civilisation à permettre à quelques centaines de concitoyens de se promettre amour et fidélité devant un maire de la République. Moins d'un an après cette légalisation du mariage pour tous, quelque 3% des mariages consacrés concernaient des couples homosexuels. Si l'on retient les effets dits "retard" - ces couples qui attendaient depuis longtemps pour passer à l'acte - on mesure donc combien le bruit anti-mariage gay fut beaucoup... pour rien.

3. François Hollande n'a jamais été marié. Cela en dérange quelques-uns des plus conservateurs de ce pays. Là encore, François Hollande donne une autre occasion à la communauté catholique - autorités comprises - de prouver leur modernité sur le sujet. L'affaire n'est pas gagnée, chez certains. Pour d'autres, nombreux, ce n'est pas un sujet. Pour preuve, l'indifférence sondagière évidente et répétée des sondés sur l'affaire Gayet.

4. On exhibe une pétition - 100.000 signatures - sur un texte foutraque qui mélange pêle-mêle:  "régression de droits de la personne, promotion de l'avortement, de l'euthanasie, de la théorie du genre, de la PMA…" 100.000 sur quelques millions de catholiques.  

5. Hollande aurait de nombreux points d'accords avec le Vatican. L'Elysée envoie un conseiller du soir, Bernard Poignant, la connexion bretonne, l'un proche des plus proches, pour expliquer l'affaire dans les colonnes du Monde. La démarche est improbable. Poignant trébuche sur ses références: "Quand le pape fait un discours sur l'argent, on dirait le discours du Bourget".

Sans rire.


23 janvier 2014

Donc Sarkozy revient encore.. sur Instagram

C'était la vraie-fausse révélation d'une interview charmante mais sans grand intérêt de Bernadette Chirac sur Europe 1 mercredi 22 janvier.

La femme de Jacques ne pouvait confirmer que Nicolas Sarkozy allait revenir.
Thomas Sotto: "Il vous a dit qu'il reviendrait?
Bernadette Chirac: "Ah, mais j'ai interdiction de le dire!"
TS: "Je ne vous demande pas de me dire ce qu'il vous a dit, mais s'il vous l'a dit…"
BC: "Ça revient au même!"
TS: "On comprend que la réponse est oui…"
BC: "Bon… évidemment!"
Cela suffisait au Figaro, comme quelques autres, de conclure: "Bernadette Chirac annonce la candidature de Nicolas Sarkozy en 2017". On peut penser que l'ancien hôte de l'Elysée aurait pu trouver meilleure entrée en campagne de revanche. On ne se refait pas.

Quelques heures plus tard, second scoop. Sarkozy fait son "comeback"... numérique. On tressaute. La "dépêche" made-in-Google surprend. En fait, la communicante de l'ancien président français a "réactivé" un compte Instagram. Quelle affaire !  Il va nous poster des photos mal éclairés et jouer à la photo enjolivée. le premier cliché, d'ailleurs, n'est pas de lui.  A quand des "selfies" spontanés ?



Cela ne vous rappelle-t-il rien ? Allez, faite un effort.

27 mai 2008


Henri Guaino, l'ancienne plume du Monarque, en profite pour surgir sur les plateaux: il serait "absurde pour Nicolas Sarkozy de se présenter devant des primaires". Ben voyons...

L'homme, "conférencier de luxe" comme le qualifie avec justesse Cécile Cornudet pour les Echos ce même mercredi,, tente de faire oublier qu'il est, sans se faire oublier bien sûr.

Sarkozy, donc, revient, encore.

Après sa non-candidature de 2012, voici le retour permanent.

Comment les problèmes de couple de Hollande détruisent la presse

Il est difficile, impossible, dérisoire de tenter d'échapper aux problèmes de couple de François Hollande. L'homme a tout fait pour que cette affaire reste privée. Mais chaque jour apporte son lot de futilités, de commentaires supplémentaires sans information nouvelle, sur une affaire personnelle dont pourtant tous les sondages tendent à prouver qu'elle indiffère les citoyens.


C'est l'une des révélations/confirmations de ces dernières  semaines: la presse sombre et s'étonnera plus tard qu'elle ne soit plus crédible. Un sondage riche d'enseignements, heureusement commentés par quelques persévérants, révèle combien la France craque devant l'avenir, à cause de la crise du modèle, des incertitudes en tous genres. Et pourtant, on ne compte plus le nombre de ces éditorialistes qui alimentent encore notre actualité de faux rebondissements.

L'affaire Gayet leur a fait tourner la tête. Ecrire comme Closer, baver comme Voici, la tentation était trop grande pour ces habitués de la chose politique, trop restreints dans leurs pratiques historiques. Cette affaire Gayet était comme un moment grisant, un "guilty pleasure" d'éditocrates coincés.

Le comble du ridicule était atteint, dépassé, écrasé par l'actuelle épouse de l'ancien directeur de campagne de Nicolas Sarkozy - campagne victorieuse, 2007-  Caroline Roux. Cette journaliste officie sur Europe 1. Sa vie privée ? Son compagnon s'appelle Laurent Solly. Sa spécialité ? Le commentaire sur les tactiques et non les pratiques, la forme plutôt que le fond, la surface contre les convictions. Mercredi 22 janvier, la dame revient sur l'affaire Gayet, évidemment. "Le leitmotiv dans les couloirs de l’Elysée ? Y penser toujours, n’en parler jamais". Elle a appelé un "conseiller intime du chef de l'Etat" (et oui, elle a des sources!), qui pourtant lui assure que cela ne la regarde pas. Mais elle insiste, elle veut son sujet, elle l'a: le cas Trierweiler serait "un sujet tabou à l'Elysée".

Nous sommes en 2014, la presse s'effondre, en direct et inconsciente.

Christophe Barbier, autre intime des grandes sphères, le "pote de Carla", celui des couvertures sur ces "immigrés-qui-nous-volent-et-nous-font-peur", le même dérive aussi, sans surprise."Quelles seront les conséquences électorales de la mue opérée par François Hollande tant dans sa gestion du privé que du public?" On se pince pour le croire. Barbier convoque Georges Feydeau, le vaudeville et la Belle Epoque. Il faut faire sérieux, même quand on plonge sa plume dans les poubelles de l'actualité. Il fait mine de prendre du recul, "une psychologie de bazar envahit l'analyse politique et cherche le chef sous le casque".

Europe1, encore, reçoit mercredi Bernadette Chirac. Cette dernière reste discrète et compatissante. Mais il faut qu'on nous force et caricature ses propos. Même les Echos, quotidien conservateur et plutôt retenu, force le trait et le texte, une pleine page sur une si courte intervention qui n'a pourtant rien délivrée.  

Le Figaro la joue "sérieux", une pleine page, un long billet, tout en conditionnel, ce 22 janvier. En titre, "Inflation de rumeurs autour de l'affaire Hollande-Gayet". En illustration, trois portraits de près, Ségolène Royal et Valérie Trierweiler, séparées par ... Julie Gayet. L'article est de Plus le président tarde à parler, plus les vraies-fausses infos prennent de l'ampleur. (...) Avec le black-out décrété par le président de la République sur les évolutions de sa vie privée, les rumeurs en tous genres se sont multipliées. " Le même journal publie aussi un article sur cette publicité qui "s'empare aussi de l'affaire Hollande-Gayet". Il fallait faire sérieux.

Comme souvent, il ne fallait lire qu'Acrimed, le site critique des médias, qui résumait sobrement.
"Pourtant, même traitée avec toute la hauteur de vue dont sont capables les « grands journalistes » face à « l’évènement », rien ne pouvait justifier que cette « affaire », qui n’a comme conséquences politiques que celles que lui confère sa médiatisation massive, interrompe le traitement « normal » de l’actualité et occulte pendant plusieurs jours d’autres informations devenues, d’un coup, secondaires."
Forcément, on réfléchit à l'époque d'avant, la première saison de Sarkofrance. Le Bling-bling y était affiché, revendiqué, exhibé. Avant que quelques communicants ne tentent, trop tard, de calmer le "Patron" qui croyait pouvoir exercer ce pouvoir de façon si décomplexée. L'homme, comme d'autres avant lui, a "ouvert les vannes".


22 janvier 2014

Syrie: la réconciliation impossible

Une conférence de paix vaut toujours mieux que la poursuite aveugle des combats.

"Des "protagonistes du conflit syrien se retrouvent à Montreux en Suisse depuis ce mercredi. "130 000 morts en 3 ans de guerre, 8 millions de civils déplacés, un PIB en chute de 40%", rappelait ce matin Brice Couturier sur France Culture.

En France, nous avons largement compris qu'il s'agit d'une guerre protéiforme: une révolte de citoyens pour plus de liberté contre une dictature sanglante; une guerre de religion intra-islamistes (Sunnites contre Chiites), une lutte d'influences entre l'Iran, les pays du Golfe et la Turquie.

Qu'il y a des exactions de toutes parts, que les rebelles sont aussi parfois de dangereux fanatiques; que l'opposition n'est pas unie; que Bachar el Assad avait des armes chimiques et qu'il s'en est servi à plusieurs reprises.

Que personne en Europe ne souhaite accueillir de réfugiés syriens (tiens, on a oublié que le pays fut un protectorat occidental jusque vers la moitié du siècle d'avant).
"l’Europe n’a été capable que de s’engager à accueillir quatorze mille personnes, onze mille pour l’Allemagne seule. Donc, sur les 28 pays membres de l’UE, 17 n’accueillent aucun réfugié. Zéro.” Salil Shetty, le secrétaire général d’Amnesty international.

On a tous largement compris que les présentations binaires sont impossibles pour comprendre ce qui s'y passe. Mais nous avons aussi compris que nos propres interventions ne peuvent être que binaires pour satisfaire ou rassurer une opinion publique désorientée: "pour le Bien", "contre le Mal", "contre le Terrorisme", "pour la Démocratie", etc.

La France, quand il y eut "l'exaction de trop", ce massacre chimique du 21 août 2013, était partisane d'une sanction militaire contre celui jugé responsable. On a pu voir à l'époque, il y a 6 mois, combien la complexité de la situation (et la paranoïa ambiante) avait effrayé la quasi-totalité de la classe politique.

Le pays semble si malade, agité, faible ou affaibli qu'il préfère l'abstentionnisme diplomatique tant que le monde ne nous "offre" pas des situations simples et binaires. De gauche à droite, Hollande ne reçut donc que des hostilités de principe jusqu'à ce que les retraites britannique et américain ne sonnent l'échec de la solution française.

A Montreux, nous risquons d'être déçus. Le (mauvais) compromis obtenu par les Russes à l'automne dernier, avec le concours des Américains pour forcer les autorités officielles syriennes à venir négocier quelque chose et, au passage, promettre leur désarmement chimique, ne débouchera sans doute sur pas grand chose.

Car il manque quelque chose, un changement dans le rapport des forces. Depuis l'automne, rien n'a changé.

Pire, Bachar el Assad a été "réinstallé". 

A peine arrivé en Suisse, Walid Mouallem, le ministre des affaires étrangères syriennes a ouvert son propos, ce mercredi, en qualifiant les représentants de l'opposition assis en face de lui de "traîtres" et d'"agents à la solde des ennemis" de la Syrie.

Belle entrée en matière.


Hollande: la baisse des impôts... pour tous !

Mardi 21 janvier, devant un parterre de chefs d'entreprises de toutes tailles et de représentants syndicaux, dans le salon Murat du Palais de l'Elysée, François Hollande a adressé ses vœux aux "acteurs économiques et sociaux". La tournée continue.

Ce fut l'occasion de reparler encore une fois du fameux "pacte de responsabilité".

Et pour Hollande, d'en remettre une couche, la baisse des impôts... pour tous.

Droite tétanisée, gauche énervée
Depuis ses annonces du 31 décembre, la planète néo-lib s'esbaudit ou se frotte les mains. La droite est aussi tétanisée que la gauche énervée. François Bayrou réalise tout juste qu'il vient de se rallier... au mauvais camp, au mauvais moment.

On multiplie les sondages, les enquêtes, les débats pour ou contre. Mais a-t-on seulement progressé sur le dit pacte ? Non. Pas encore. On attend. Chacun se jauge.

Quelques grands patrons, les 100 plus grands du pays nous dit-on, ont fait passer quelques messages bien négatifs, bien peu coopératifs. Nous rapportions en effet lundi que l'AFEP voulait durcir les conditions de l'assurance chômage pour résorber le déficit de quelques milliards.

Le MEDEF lui-même fait quelque peu machine arrière. Pierre Gattaz, son président jadis si tonitruant, n'est plus trop sûr de rien. Du côté des syndicats, également présents dans la salle élyséenne ce mardi pour les voeux présidentiels, la CGT est la plus vindicative. Son secrétaire général Thierry Lepaon rappelle les 230 milliards d’euros d’aides et d’exonérations en faveur des entreprises, dont on peine déjà à comprendre les contre-parties.

Mieux encore, qui a trouvé un quelconque lien ne serait-ce que statistiques entre l'évolution du chômage (ou des embauches) et celui des charges cotisations sociales ?

Personne.

Hollande multiplie...
Mardi devant ces "acteurs économiques et sociaux", Hollande réclame des engagements, mais propose encore d'autres baisses de charges. Fuite en avant ? Ou accélération politique ?

1. Il promet que "toutes les mesures qui incitent à l’investissement  seront maintenues jusqu’à la fin du quinquennat".  

2. Les contreparties devront être explicitées: "Ces contreparties forment un tout avec le pacte, elles ne peuvent pas être dissociées, séparées, segmentées, elles sont le pacte ; (...) elles devront donc être définies dans le cadre d’une concertation impliquant les partenaires sociaux et associant aussi le Parlement ."

3. Il suggère encore davantage de réductions des prélèvements sur les entreprises: ": "une réflexion peut s'engager sur la refonte de l'ensemble des dispositifs d'exonérations de cotisations." Par exemple, il propose d'étendre le Crédit d'Impôt Emploi Compétitivité, ce paquet de 20 milliards d'euros annuels en rythme de croisière (10 milliards seulement cette année), qui fut financé pour moitié par une hausse de la TVA, pour moitié par des économies budgétaires. Ce CICE se calcule sur la masse salariale en-deça de 2,5 fois le SMIC. Mais ce n'est pas une "contrepartie". Pourtant, Hollande propose davantage, sans s'engager à ce stade: "Nous pouvons envisager d'augmenter le CICE", ou le "transformer purement et simplement en baisse de charges".

Encore des cadeaux au (méchant) patronat ?

... les cadeaux pour tous
Pas vraiment. Les cadeaux seraient... pour tous. On ne sait encore comment la chose sera financée. Chez Pierre Moscovici, on est persuadé que la croissance sera supérieure aux prévisions pessimistes. Mais pour l'heure, le climat des affaires est fragile. Certains ont toujours les yeux trop rivés sur d'obscurs baromètres qui servent de boussoles des temps modernes. Au pays des aveugles...

Du coup, Hollande s'impatiente: " la croissance est faible, (...) il n'y pas de temps à perdre sur le pacte de responsabilité ". En coulisses, l'Elysée propage l'idée d'une baisse générale des impôts... pour tous !

Ménages comme entreprises seraient concernés par de prochaines baisses d'impôts, et ce, dès l'année prochaine.

Aux Echos, un conseiller anonyme assure ainsi: "on va essayer de se mettre en capacité dès 2015 de pouvoir avoir une première baisse d'impôts". Et "si on fait un petit geste pour les entreprises, on fera vraisemblablement un petit geste pour les ménages".

Un "petit geste"...



21 janvier 2014

Najat Vallaud-Belkacem contre les réacs

Najat Vallaud-Belkacem va-t-elle réussir le grand schlem ? Le texte de la ministre des Droits des Femmes, déjà adopté au Sénat en septembre, déboule à l'Assemblée nationale pour être examiné au Palais-Bourbon jusqu’à vendredi. Et, nous assure-t-on, il est "globalement" soutenu par tous les partis. 


C'est un vrai miracle en ces temps de clivage puéril, d'affrontements permanents, d'excitation don-quichotesques.

En juillet dernier, quand le projet fut enfin présenté, nous pouvions être moins optimiste, tant les réactions initiales de l'UMP étaient préoccupantes.

Il fallait les écouter, nos partis. Tous avaient leurs idées pour "améliorer" le texte. Tous expliquaient qu'ils le voteraient bien volontiers ... si on tenait compte de leurs idées et amendements.

Le texte propose nombre de belles avancées.

1. Pour "favoriser le retour des femmes vers l'emploi", il instaure une période de six mois du complément de libre choix d'activité pour le second parent, "s'ajoutant aux droits existants pour les familles ayant un enfant".

2. La loi prévoit la prise en compte, parmi les cas d'interdiction de soumissionner aux marchés publics, des "condamnations pour des motifs liés à la discrimination et le non-respect des dispositions prévues par le code du travail en matière d'égalité professionnelle."

3. Elle autorise le déblocage des jours épargnés sur un compte épargne temps "pour financer des prestations de service à la personne au moyen d'un chèque emploi service universel".

4. Une expérimentation dans 10 départements avec les CAF portera sur une garantie contre les impayés de pensions alimentaires.

5. Le texte améliore la protection des femmes victimes de violences, via le renforcement de l'ordonnance de protection, la formation des professionnels, la généralisation du téléphone « grand danger », la limitation du recours à la médiation pénale en cas de violences conjugales et la priorité donnée au maintien de la victime dans le logement du couple.

6. Le texte créé une nouvelle peine complémentaire ou alternative aux poursuites - des stages d'éducation et de prévention.

7. Il renforce les compétences du Conseil supérieur de l'audiovisuel pour "promouvoir l'égalité ainsi que la lutte contre les violences et la diffusion d'images dévalorisantes des femmes". Sur internet, les images sexistes pourront désormais faire l'objet d'un signalement.

8. Il durcit les sanctions en cas de non-respect de la parité dans les institutions de la République (comme le doublement du taux de modulation du financement des partis et groupements politiques) et étant ce principe aux fédérations sportives et organismes consulaires.

Il est tellement soutenu par tous les partis que son examen sera tronçonné en petits morceaux faute de temps et pour cause de mauvais agenda. Notre consoeur Mandinette s'en plaint à juste titre.  Pire, il fallut que 16 UMPistes déposent un amendement anti-IVG, puisque c'est de mode. Ces 16-là proposent qu'on ne rembourse plus l'Interruption Volontaire de Grossesse. Rien que ça, en 2014, en France
"Si la notion de détresse est supprimée dans la définition de l’interruption volontaire de grossesse, les conditions de remboursement de l’acte par la sécurité sociale ne sont plus remplies."

Ces 16 député(e)s, 4 femmes et 12 hommes, sont les suivant(e)s : 

M. Jean-Frédéric Poisson
Mme Véronique Besse
M. Nicolas Dhuicq
M. Philippe Gosselin
Mme Isabelle Le Callennec,   
M. Marc Le Fur
M. Sauveur Gandolfi-Scheit
M. Frederic Reiss
M. Yannick Moreau
M. Daniel Gibbes
Mme Claudine Schmid
Mme Véronique Louwagie
M. Xavier Breton
M. Gilles Lurton
M. Alain Moyne-Bressand
M. Jean-Pierre Decool.


Lire le texte de loi

20 janvier 2014

Hollande dope l'économie... ou les sondages.

Que la vie est bien faite. Parfois l'analyse médiatique s'appuie sur des arguments improbables. On connait ainsi la gourmandise médiatique pour les sondages et enquêtes d'opinions en tous genres: en vrai ou en ligne, "redressés" ou "spontanés", professionnels ou amateurs, les sondages sont sur-utilisés à toutes les sauces pour valider ou invalider la moindre action politique.

Et sans surprise, Hollande est une proie de choix. Son virage social-libéral de la fin d'année ne cesse ainsi d'être testé. Pour prouver son efficacité, certains ne reculent devant rien. Ainsi BFM-Business s'est-elle appuyée, vendredi dernier, sur un improbable baromètre économique, une nouvelle illustration de la futilité ambiante et de la confusion des analyses.

Vendredi 17 janvier, la chaîne a publié une nouvelle mesure de son indicateur de conjoncture baptisé "Social Ecorama", un baromètre quotidien du climat des affaires qui s'appuie sur "l'humeur économique des réseaux sociaux." Emmanuel Lechypre, le journaliste qui commente l'affaire est ravi: "il y a bien un effet Hollande sur l'économie. En atteste l'évolution, ce vendredi 17 décembre, de l'indicateur mis en place par l'Observatoire de BFM Business."

 Il ajoute: "notre baromètre est formel: il y a bien un retournement à la hausse du moral des ménages et des entreprises depuis le début de l’année."

Nous voilà rassurés !

Le plus drôle, ou triste, était la méthodologie de ce baromètre, mis en place il y a un an. La chose est à proprement parler incompréhensible pour le commun des citoyens:
"En moyenne, nous captons 150 000 messages par jour pour environ 15 000 utiles au regard de notre problématique à savoir le suivi du climat des affaires vu par les média sociaux. Les thèmes « Entreprises » et « Ménages » sont constitués d’une dizaine de catégories (Bénéfice, Crise, Croissance, Embauche, Exportation, Faillite, Investir, Licenciement, Perte, Profit, Stock pour Entreprises et Augmentation, Chômage, Consommation, Emploi, Endettement, Facture, Inflation, Logement, Pouvoir d’achat, Revenus pour Ménages) dont le détail est disponible dans l’onglet « Les tendances par thèmes »."
Mais cela n'empêche nullement notre journaliste de BFM-Business d'être enthousiaste ! Pour sûr, il ne faut décourager cette politique de l'offre dont BFM, comme d'autres médias, propage le meilleur des échos.
"Il semble bien que le discours social libéral assumé depuis les vœux du 31 décembre par le Président de la République rencontre un écho positif."
Sans rire...

Trois jours plus tard, le son de cloche est inverse. Le même journaliste commente un autre de ces propres enquêtes, "le 7eme Baromètre des grandes entreprises françaises" réalisé par l'Observatoire BFM Business et Europroup consulting, et publié ce 20 janvier. Il ne s'agit plus du "bruit des réseaux sociaux", mais d'une enquête auprès de 100 grands patrons.

Et là, c'est le drame.

Car ce baromètre-ci "montre une grande prudence et de la déception face à la reprise." Mince ! On croyait qu'elle était acquise ! "Quant à la France, elle suscite des espoirs de rebond nettement inférieurs à ceux enregistrés il y a un an : quasiment la moitié des dirigeants d’entreprise anticipe une stagnation de leur activité dans l’hexagone en 2014, 32% s’attendent à une hausse, mais 20% à une baisse."

Le socialisme de l'offre, c'est sympa, mais ce n'est pas suffisant pour ces grands patrons-là.
"L’obsession numéro 1 des dirigeants des grandes entreprises françaises en 2014 sera donc sans surprise la réduction de coûts de production trop élevés, comme l’an dernier, et les gains de productivité.
(...)
C’est un message clair envoyé au gouvernement : la direction sociale libérale prise par le Président de la république rassure un peu les patrons, qui disent maintenant « chiche ». c’est dans les « business plans » pour 2015, 2014 semblant déjà joué, que se liera la confiance dans les réformes ou non."

Sans blague.