6 janvier 2014

Grèce: la douche austéritaire européenne

La Grèce prend la présidence de l'Union européenne pour 6 mois, non sans quelques railleries ailleurs en Europe.

Le 30 décembre dernier, le ministre des finances allemand a tiré le premier. Wolfgang Schäuble lâche un faux message de bienvenue ("La présidence va montrer à la population grecque que son avenir est en Europe") et une vraie menace: "Nous allons décider en milieu d'année s'il faut de nouveau aider la Grèce. Si le pays reste sur la voie des réformes, s'il remplit les conditions que l'on sait, nous ne le laisserons pas tomber". Car l'actuel programme d'aide au pays prend fin en juillet prochain.

Depuis 2010, le pays a reçu quelque 240 milliards d’euros de prêts... A quoi s'ajoute l'effacement de 107 milliards d’euros de dettes privées. Le soutien apporté au pays est massif, inédit, spectaculaire.

En Grèce, un représentant (grec) de la Troïka cité par le journaliste Jean Quatremer, se dit satisfait que la Grèce soit sur la bonne voie. Pourtant, rien n'est moins sûr. Pour l'eurocrate, "la Grèce a donné tort aux déclinologues: elle est toujours dans l’euro, son financement est assuré, ses partenaires sont présents, les fondements d’un retour de la croissance sont là". Après 6 années de récession, plus du quart du pays au chômage (27%), la Grèce espère ... 0,6% de croissance de son PIB cette année.  On est ravi ...

A ce rythme-là - une croissance technique et microscopique sur fond de précarisation généralisée - combien de temps faudra-t-il au pays pour rembourser ses 176% de PIB d'endettement public ? L'administration, appauvrie alors qu'elle était déjà notoirement inefficace dans nombre de secteurs, peine à collecter l'impôt. L'été dernier, des avis d'imposition ont ainsi été adressés aux propriétaires foncier... au titre de 2010 ! Même l'extrême droite nazillarde, un temps affaiblie après les révélations de son implication dans l'assassinat d'un rappeur l'an dernier, regagne en popularité...

Un journaliste local confie au Point: "les gens se serrent la ceinture, toutes les sphères de la société sont impactées. (...) Il y a pléthore d'exemples : les femmes accouchent de plus en plus à domicile pour ne pas payer les frais d'hôpital, les familles rapatrient leurs parents chez elles pour percevoir leur pension en les retirant des maisons de retraite, et la plupart des automobilistes ne font plus le plein, à cause de la flambée des prix de l'essence, ils mettent deux ou trois euros de carburant, juste assez pour rejoindre le métro le plus proche"

Ce 5 janvier, un ministre grec a répond à son homologue allemand. Le vice-président du gouvernement grec et ministre des Affaires étrangères, Evangelos Venizelos, était visiblement agacé. Il a invité l'Allemagne à "davantage de retenue en Europe". Selon lui, il n'est pas facile pour les Allemands d'accepter "la diversité européenne et le droit à d'autres solutions".

Il n'a pas tort. Tous les gouvernements européens - France compris - ont finalement rejeté toute perspective de relance au niveau de l'Union. On soigne - par amputations - comme en Grèce ou, dans une moindre mesure, au Portugal, en Espagne ou au Royaume Uni. On réduit, comme ce budget pluriannuel 2014-2020 adopté en février 2013 par les Chefs d'Etats et de gouvernements européens, qui était, pour la première fois dans l'histoire de l'Union, ... en baisse (de 3%)...

On se félicite de maigres reprises économiques pour mieux cacher qu'on a touché le fond. Observez les récentes déclarations de David Cameron, tout heureux de promettre, lors de ces voeux pour cette nouvelle année, l'avènement d'une "décennie britannique". L'austérité serait "payante" assure-t-il. On en connait effectivement l'addition: le déficit budgétaire britannique est encore de plus de 6% en 2013, sa dette publique similaire à la nôtre, et sa population ... diminue. Cameron moquait, sans la nommer, la stratégie française, qu'il juge trop laxiste. On croit rêver.

Dans la grande course économique mondiale, un institut privé, le Centre for Economics and Business Research (CEBR), le Royaume-Uni devrait "déloger" la France du 5e rang mondial d'ici à 2018, et même devenir la première puissance économique européenne, devant l'Allemagne, d'ici 2030.

La douche austéritaire, en Europe, reste massive. Ce n'est pas la présidence grecque qui va changer grand chose.

N'en demandez pas trop...





Crédit illustration: DoZone Parody

13 commentaires:

  1. L'austérité, on pourrait aussi l'appliquer à l'Allemagne, dont l'endettement la met hors des clous, comme pratiquement tous les pays de la zone euro .C'est d'autant plus stupide que cette fameuse "dette" ( dont on peut discuter la légitimité ) ne sera jamais remboursée .

    Bozo

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  2. L'article du Guardian fait abstraction de la parité euro/dollar: dans les classements internationaux, les PIB sont convertis en dollar à partir des monnaies nationales, donc, dans l'eurozone, l'euro.

    Une évolution du change peut donc modifier le classement, ou du moins les écarts entre pays.

    En 2018, on verra bien quels sont les termes respectifs de l'euro et de la livre par rapport au dollar, mais si on reste avec un euro assez haut par rapport au dollar, l'une des hypothèses qui sont nécessaires pour que l'ensemble de la prévision soit juste fera défaut:

    "Theoretically Germany should continue to perform well in future years. However, on the assumption that the euro does not break up, a combination of weak European economic growth, a depreciating currency, the requirement to bail out ailing economies in the rest of the eurozone and increasingly adverse population trends mean that in this forecast Germany eventually slips down the league table."

    L'étude considère donc, dans l'hypothèse où l'euro n'est pas abandonné par les pays de l'eurozone, que cette monnaie va néanmoins se déprécier, ce qui va contribuer à faire glisser l'Allemagne en bas de classement (avec la France).

    Mais, dans l'hypothèse où l'euro se désagrègerait, voilà ce qui se passerait:

    The study found that a break-up of the euro would improve the outlook for Germany, since it would have a "harder" currency and therefore higher GDP in dollar terms. "A deutschemark-based Germany certainly would not be overtaken by the UK for many years, if ever."

    L'étude considère donc que si l'Allemagne revient au DM, il sera plus fort par définition que l'euro. Et dans ce cas, le Royaume Unis perdrait toute chance de la dépasser (mais elle conserverait ses chances de dépasser la France).

    Bon. Assez clairement, cette étude a l'euro dans le pif. Et pour cause: la livre sterling est une fierté nationale, et son cours n'est pas pour rien dans le classement du Royaume Unis en tête de liste des PIB mondiaux. Mais l'euro lui a fait du tort...

    Alors, si l'euro pouvait exploser en vol ou se déprécier, ben ce serait pas plus mal. Cette étude est manifestement porteuse de ce souhait. Mais en faire une prévision, c'est une autre affaire.

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  3. Denoncer l'austerite du bout des levres, en marchant sur des oeufs comme le fait Juan a quelque chose de ....surealiste.
    mais dans quel monde vivont nous ?

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    1. C'est pour mieux vous laisser brailler, cher @Anonyme de 14:33. Vous devez faire cela mieux que moi.

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    2. Parler d'austerite a deux jours des soldes releve d'un cerveau malade.
      Je parie que les journeaux Tv vont encore vous offrir les cris de chaleur de ces connasses se vautrent a l'ouverture des magasins.

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    3. "Dans quel monde vivons-nous ?".
      La réponse tient en six lettres dans un monde POURRI.

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    4. soit dit en passant je n'ai rien contre les documentaires animaliers mais je prefere ceux du National Geograhic en Afrique. :-)

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    5. Anonyme 18:11
      Austérité et soldes vont au contraire bien ensemble, parce que, voyez-vous, c'est pendant les crises qu'on fait les meilleurs affaires. Quand on a du blé, bien entendu !

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    6. ouais Pourri comme disait Johnny :

      God save the Bank, a facist regime
      make you a morron, potential Subprime...

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    7. moi je suis Pour l'austerite, je suis meme pour les genocides, c'est vous dire comme je suis ouvert d'esprit!

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  4. C'est vrai que la troïka est tombée à bras raccourcis sur SAMARAS, de là à ce que ses bras lui en tombent...Article qui rentre complétement en résonance avec celui de G.DUVAL "la schizophrénie européenne", alternatives éco de décembre 2013...

    CASTOR

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  5. "Le soutien apporté au pays est massif, inédit, spectaculaire". Il serait utile de préciser que les créanciers de la Grèce sont remboursés au fur et à mesure et que certains ont déjà revendu leurs créances à des petits malins, qui savait que l'UE prendrait les mesures "nécessaires" pour forcer la main à la Grèce.

    La tactique de l'UE vis-à-vis de la Grèce est celle de la carotte et du bâton, les humiliations en plus. Et surtout, que les Grecs ne renâclent pas et qu'ils continuent à avaler le poison s'ils veulent être "aidés". Sans quoi Schaüble va s'occuper de ces "fainéants.

    Mais qui serait donc les victimes, Herr Schaüble ? Les créanciers et l'euro, non ?
    Si la Grèce, l'Italie, l'Espagne ou le Portugal disaient "stop" à cette mascarade, d'autant que la dette est impossible à rembourser et la croissance envisageable en 2150, je peux vous garantir qu'on rigolerait cinq minutes. C'est d'ailleurs ce que nous sommes nombreux à appeler de nos vœux.

    Demos

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  6. Extraits d'un entretien de Naomi Klein avec EnetEnglish :
    - L’utilisation systémique du choc et de la peur par les élites au pouvoir pour ébranler les communautés vulnérables est très évidente dans la Grèce d'aujourd'hui. De la montée du racisme à la vente du pétrole et des ressources en gaz naturel du pays, beaucoup de ce qui va façonner le futur immédiat de la Grèce est une conséquence prévisible de la politique d’austérité,

    - Ce que je trouve coupable et profondément immoral, c’est que la montée du fascisme, dans ce contexte, était entièrement prévisible. Nous savons comment ces choses là arrivent,

    - Cette situation ne peut pas arriver sans la complicité des médias. Des médias ayant la volonté de travailler avec les élites et de diffuser la peur. C’est la peur qui alimente ce système.

    - La situation aujourd’hui trouve sa source dans la crise financière de 2008. Et tous les journalistes qui n’ont pas posé cette question, la question des origines, ont nourri tout ce battage médiatique.

    Etonnant, non ?

    Demos

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