3 janvier 2014

Hollande: augmenter la dépense publique ? C'est déjà fait.

Sommes-nous revenus dans les années 30 ? Ou trente ans en arrière ?

Les mêmes arguments s'échangent. Quelques heures après les voeux présidentiels, la presse conservatrice s'esbaudit du "virage à droite" du président Hollande, applaudit l'ambition affichée de "réduire les dépenses publiques" pour mieux alléger les impôts et le fameux "coût du travail".

En face, sans davantage de nuance, certains réaffirment le besoin de relance de la dépense publique, oubliant qu'elle est partie pour atteindre les 60% du PIB. Puisque nous sommes dans les comparaisons anachroniques, rappelons que Franklin D. Roosevelt a hérité d'un pays où la dépense publique atteignait péniblement les 22% du PIB en 1931.

En France, l'idée d'une relance publique massive a été réactivée, provisoirement, par l'un des économistes atterrés, Dany Lang. Ce dernier a livré cette furieuse suggestion pour François Hollande dans une interview publiée par Libération ce 2 janvier - bonne année ! Il y explique qu'il faudrait "augmenter la dépense publique" pour "relancer la croissance". Un bon vieux réflexe keynésien est à l'oeuvre dans cet argumentaire largement relayé sur les les réseaux sociaux et ailleurs.

Le constat initial est largement partagé :
"La dépression historique qui s’est déclenchée en 2008 a aggravé le fait que l’économie ne créait pas assez d’emplois. Elle en crée encore moins à cause des politiques d’austérité."
Pourtant, la France n'est techniquement pas en austérité. L'austérité est quelque chose de plus violent, une baisse drastique des dépenses publiques. Il n'est pas question de cela en France. La fameuse réduction des dépenses publiques envisagées par le gouvernement Ayrault concerne 50 milliards d'euros ... d'ici 2017. Au Royaume Uni, le choc austéritaire infligé par le gouvernement Cameron en 2011-2013 porte sur plus de 1 point de PIB.

Il n'en reste pas moins que François Hollande et son équipe sont tous occupés pour cette année et les suivantes à réduire les dites dépenses. Ce qui, compte tenu d'une progression naturelle et quasi-mécanique de certaines d'entre elles, revient à faire des choix douloureux, voire socialement insupportables. Prenez la ministre de la Santé, Marisol Touraine. Ce 2 janvier, elle se félicite de réaliser "des économies sans précédent" sur le budget de la Sécu. Cette application à sur-utiliser un vocable néo-libéral est troublante. L Pour le coup, le déficit se limiterait à 13 milliards grâce à 4,5 milliards d'euros d'augmentation des recettes (réforme des retraites, politique familiale), et un milliard de baisses de prix des médicaments. Mais elle ne détaille pas les fameuses économies sans précédent qui s'ajoutent pour compléter la photo.

Dany Lang est explicite mais peu précis. Il suggère de "lâcher la bride de la dépense publique en période de récession et se préoccuper de la dette en période d’expansion". Il complète: "la dépense publique est d’autant plus urgente que les dépenses privées, comme la consommation et l’investissement des entreprises, sont déprimées."

Lâcher la bride ?

Les comptes publics sont mal en point, tout le monde le sait. Au gauche (et un peu ailleurs), on a plutôt l'habitude de pointer vers le manque de rendement de notre fiscalité nationale. L'impôt a été réduit, surtout pour les plus riches. La fraude fiscale coûte cher, les sommes les plus folles sont régulièrement évoquées. Là est le problème. Mais la dépense publique, elle, atteint aujourd'hui 57% du PIB !

La dépense publique en France n'est pas aujourd'hui maximale. On peut toujours dépasser tous les plafonds. Mais elle est à un niveau record, 57% du PIB, contre 54% il y a 10 ans, ou 48% en 1978. Faute de recettes suffisantes, les administrations se financent à crédit, bientôt 2.000 milliards d'euros. On connaît la chanson. Tout le monde connaît la chanson. Quand le Japon fait de la relance, les fameuses "Abenomics", l'Etat injecte directement ou indirectement quelque 175 milliards d'euros dans l'économie. Mais les dépenses de l'Etat. Mais les dépenses de consommation publique partaient là-bas d'un niveau plus bas qu'en France : de 21% du PIB contre 25% (données OCDE en 2011).

La dépense publique doit de toutes façons augmenter, sans qu'il s'agisse d'une quelconque relance pour autant: la population vieillit, elle augmente aussi - ce qui est heureux; la précarité, notamment à cause de la crise, s'est aggravé. L'an dernier, le nombre de bénéficiaires du RSA s'est ainsi accru de plus de 7%, pour atteindre 2,25 millions de foyers fin septembre. Pour 2014, le gouvernement prévoit que le nombre d'allocataires du RSA "activité" devrait bondir de 11% .
La santé coûtera aussi plus cher. D'après le Haut conseil pour l’avenir de l’Assurance maladie, les dépenses de santé devraient fortement augmenter d’ici à 2040, +3% par an au moins d'ici 2024. Près de la moitié des dépenses publiques sont aujourd'hui des prestations sociales (Cf. graphique). L'enjeu est moins de savoir comment "lâcher la bride" que d'assurer la pérennité du système.

Source: Ministère des finances
Relancer la dépense publique, en général, ne signifie pas grand chose si l'on ne précise pas davantage le propos. S'agit-il de dépenses directes - par exemple des grands travaux -  ou indirectes - augmentation des subventions et autres dépenses d'intervention ? Dans le premier cas, on peut imaginer que la manoeuvre bénéficie à l'économie nationale. Dans le second, rien n'est moins sûr.

Relancer la dépense publique dans une économie ouverte peut être suicidaire si l'on n'y prend garde. Car une telle relance peut bénéficier alors et d'abord aux produits les moins chers, donc étrangers.

Un économiste, Michel Santi, s'inquiète dans les colonnes de Marianne que la crise et les prêches en faveur de la rigueur ne servent avant tout qu'à désagréger les services publics, le système social, la protection des plus fragiles: "autoriser aujourd’hui des mesures de relance de la croissance et desserrer ainsi l’étau insoutenable qui étouffe les populations reviendraient en effet à…gaspiller une bonne crise."

Là est le danger, la remise en cause de filets sociaux, d'une protection sociale qui l'un des fondements de la République depuis la Guerre.



Lire aussi:

18 commentaires:

  1. Notre ami Juan, pour nous distraire a glisse un jeu ou il faut finir la phrase, j'adore...

    "L'enjeu est moins de savoir comment "lacher la bride" que..
    de faire croire qu'on est de gauche.

    RépondreSupprimer
  2. 5,2 millions de fonctionnaires et hollande veut encore augmenter ce nombre .
    Il est quasiment impossible de modifier le nombre ou le statut de la fonction publique , la raison en est bien simple : Tous les postes importants du pays ( mis à part quelques maires de petitescommunes ) sont tenus par des personnes issues de la fonction publique . Touches pas à mon gâteau !

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Hollande ne veut pas en augmenter le nb. Stabilité sur la durée du quinquennat (création coté Education nationale, police, justice; réduction de postes pour le reste)

      Supprimer

  3. Il faut comparer ce qui est comparable. La fonction publique, en France, est depuis très longtemps plus élevée qu'ailleurs. Ce qui est ailleurs du domaine d'entreprises privées est davantage dans notre pays le fait de la puissance publique. Quand il s'agit d'énergie, d'eau, de transports, on ne peut qu'approuver : des dividendes ne vont pas se perdre, oui, se perdre, dans les cassettes de gras capitalistes. Et même, certainement serait-il nécessaire de rectifier les erreurs des années Jospin, où des entreprises publiques importantes furent bradées auprès de multinationales (même "françaises") sans âme.

    En revanche, un écrémage par le haut de certains ministères serait éminemment souhaitable, malgré les énormes pressions que d'inutiles très hauts fonctionnaires font peser jusqu'au niveau ministériel. On y gagnerait certainement, outre l'allégement de l'addition, une redynamisation de filières poussiéreuses.

    Naturellement ces réformes vont de pair avec une sortie de l'U.E. et de ses contraintes. Et de la note salée des fonctionnaires bruxellois : oui, eux, avec leur statut incompréhensible, constituent incontestablement un boulet.

    RépondreSupprimer
  4. Comme dirait La Palice, la part des dépenses publiques baissent si le PIB augmente, ce qu'il fait peu en 2013. Ceci dit, c'est un peu tôt car on ne connaît pas les dépenses définitives et la croissance du 4ieme trimestre.
    Les dépenses liées à la fonction publique d'Etat se réduisent chaque année. Les progrès à réaliser sont au sein des collectivités territoriales, d'où l'allusion présidentielle à une meilleure organisation......ou quelque chose comme ça

    RépondreSupprimer
  5. Juste en passant 50 Mrds d'économie de la dépense publique jusqu'en 2017 (dans trois ans) c'est 2.78 % d'un PIB estimé à 1.800 Mrds (pour 2012). On sait qu'il ne progressera pas beaucoup en 2013...
    Soit à gratter 0.9 % de PIB chaque année, si c'est pas de la rigueur ça commence à y ressembler furieusement.
    Mais comme le gouvernement est infoutu de dire comment et dans quels secteurs il va trancher. C'est juste une annonce de plus comme celle de la réforme fiscale que les hauts-fonctionnaires de Bercy enterrent un peu plus chaque jour.

    RépondreSupprimer
  6. On peut sans doute diminuer la dépense publique en jouant sur l' " efficience " (= plus grande efficacité à dépenses constantes, ou encore efficacité identique à dépenses moindres ), et cela est vrai dans de nombreux secteurs ( Santé, Éducation, etc.) ; mais cela supposerait de pouvoir s'attaquer à des rentes de situation...y inclus à la garantie de l'emploi dans la fonction publique, comme l'a fait la Suède.

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Elie Arie.
      Avant de parler de santé, d'éducation ... etc, je vous invite à jeter un coup d'œil, juste un coup d'œil sur ce que coûtent les institutions politiques - communautés de communes, conseil éco et social, conseils généraux, Sénat, flambée de l'emploi local .. et les comités Théodule, qui ne servent à rien d'autre qu'à arrondir les fins de mois de politiques cumulards ou celles d'"acteurs" de la vie socio-économique. Des dépenses qui, je peux vous le garantir, sont totalement inutiles, improductives. Aussi, comme ce sont les politiques eux-mêmes, qui ont créé ces situations de rente pour eux, ils ne vont pas se tirer une "balle dans le pied", d'autant qu'ils souhaitent généralement continuer à se dévouer pour les affaires de la Cité jusqu'à l'âge le plus avancé.

      Demos

      Supprimer
  7. Réduire la dépense publique tout en relançant est tout à fait possible.

    Mais pour cela il faut oublier une idéologie que partage désormais plus ou moins Merkel, elle disant que les entreprises savent créer les emplois et que ce n'est pas le rôle de l'état, et Hollande, alors qu'il constate lui un défaut de "compétitivité" se traduisant par désindustrialisation, délocalisation... imputées au poids d'un état qui n'aura pourtant pas cessé de libéraliser des pans entiers de son économie depuis des décennies.

    Rien qu'en écoutant un peu plus la Cour des Comptes, il y aurait des économies à faire côté dépenses fiscales (là où il n'est prévu qu'environ 2 milliards d'euros en 2014 et encore hors CICE si cela n'a pas trop changé depuis http://www.latribune.fr/actualites/economie/france/20131004trib000788889/les-niches-fiscales-qui-enflent-et-les-autres.html )

    Celles-ci pouvant soit se transformer en investissements publics, créant une dynamique là où le privé s'est révélé concrètement défaillant, et sur le long terme, soit soulager un peu des dépenses sociales temporairement, en attendant que l'activité reparte à la hausse.

    Plutôt que, par exemple, favoriser l'assurance-vie à un moment où il serait cohérent de réorienter un peu plus toute épargne des français au bénéfice de l'activité de ceux qui souhaitent accéder ou revenir sur le marché du travail. Pas des sociétés financières qui se portent déjà bien...

    Ou encore, contribuer à l'entretien de la bulle spéculative côté logement, en l'alimentant d'un nouveau dispositif (Loi Duflot) aboutissant encore à l’augmentation du patrimoine immobilier pour des ménages déjà aisés, et à des fins locatives, au lieu de cibler en priorité les primo-accédants.

    Sauf que, contrairement à ce qui est bien perçu dans les pays nordiques, il semble impossible à faire admettre que le poids de la fiscalité n'est pas un frein si cette dernière contribue à allouer beaucoup plus efficacement les ressources sur la durée.

    Et quand les inégalités se creusent déjà tant, poursuivre sur la même voie que précédemment ne le permet pas... sauf à croire que subitement les mêmes causes ne produisent plus les mêmes effets.

    RépondreSupprimer
  8. La seule variable d ' ajustement actuelle est la réduction des crédits de l 'armée . Ce qui ne gène nullement nos présidents pour envoyer nos militaires partout où leurs rêves les conduisent .
    Pour réduire les dépenses de l 'état , il faut changer le statut de fonctionnaire à vie . Changer les conditions d 'attribution des retraites , diminuer d' une manière sérieuse leur nombre .
    Actuellement si 57% du PIB passe dans la fonction publique ( et cela ne peut qu'augmenter ) , 80% de cette somme passe en salaires et retraites !! Mais cela est faux , car le dessous des cartes est un trou de 35 milliards pour le régime des retraites que l 'état compensera par un emprunt sous un autre prétexte .Pour résumer : le PIB en 2012 était de 2032 milliards , l 'état coûte 57% soit 1158 mds mais les salaires et retraites prennent à eux seuls 927 mds ( soit 231 mds pour le fonctionnement des services ) ajoutez les 35 mds non pris en compte ( plus de 1,5 point de PIB ) et dites ce que l 'état doit réformer !

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. C'est pas que l'Etat.

      L'Etat n'est qu'une partie du problème. A côté, vous avez les collectivités territoriales, qui deviennent de grosses machines semi-étatiques, qui veulent mimer leur maître historique quitte à créer des doublons, et la Sécu, qui est un autre système encore.

      Sans compter les "Etats dans l'Etat", c'est à dire ces noyaux d'administration plus ou moins autonomes (l'APHP ou la SNCF par exemple) qui ont conservé un souvenir de l'éthique du service public, mais qui ont acquis la mentalité de l'entreprise capitaliste, donc qui mutualisent du coût et privatisent du profit en créant de la rente de situation au profit de leur main d’œuvre, de plus en plus démobilisée.

      Rien de grave, mais faut être lucide là-dessus: il n'y a aucune raison rationnelle pour que cet ensemble disparate d'acteurs devenus égoïstes créent de l'efficacité collective. Et ça ne va pas s'améliorer parce qu'ils vont devenir vengeurs: ils vont nous faire payer leurs échecs.

      Vous avez donc un ensemble clinique: un tableau pathologique, un syndrome (un ensemble de symptômes) un diagnostic et une thérapie à mettre en œuvre.

      On peut dire que ce sont les premiers éléments de la méthode pour vaincre. Et on va gagner. Ca va juste prendre un peu de temps.

      Supprimer
    2. Vous voulez des fonctionnaires efficaces , professionnels ...et bénévoles ?
      De tout temps , en tout lieu , une fonction publique sous-payée = corruption généralisée.
      Si c'est ce que vous voulez , vous avez des exemples de pays peu dépensiers en fonds publics: Mali, Burkina Fasso, Loas , Somalie ..... Adieu les bons ingénieurs pour Airbus , Arianespace, CEA, il n'y aura plus de profs pour les former pour un salaire à 2 balles.

      Supprimer
  9. Bonjour Juan,

    Si je vous rejoins sur bien des points, je comprendrais néanmoins le problème de la "relance" de la dépense publique légèrement autrement.

    L'économie française est une économie mixte, avec un gros secteur public, assez complexe et, à côté, un secteur capitaliste relativement peu sophistiqué, le tout étant très ouvert sur l'étranger. Donc soumis à un ensemble de contraintes extérieures. On songe par exemple à la relance Delord de 1982.

    En proportion de PIB, ce secteur public représente plus de la moitié de l'économie française, ce qui est, je crois, un phénomène assez rare dans l'histoire économique du monde: je ne suis pas certain que même l'Union Soviétique du temps de sa grandeur, ou la Chine de Mao, ait collectivisé une telle part de la production de richesses.

    Quelques chiffres: sur un PIB d'environ 2.060 Mrds €, le budget de l'Etat pèse pour 375 Mrds, celui des collectivités territoriales pour environ 240, et celui de la Sécu pour 475. Soit au total d'environ 1.090 Mrds € de dépenses publiques sur un PIB de 2060.

    Quand on produit 100 € de richesse en France, entre 50 et 60 sont affectés à une dépense publique, bon an mal an.

    Ce modèle produit d'énormes avantages économiques, en particulier un: il engendre la création d'un peuple de fonctionnaires et d'ayants droit, lesquels perçoivent, qu'il y ait crise ou non, des traitements, des salaires, des pensions et des transferts sociaux.

    Chaque mois, la puissance publique injecte ainsi des milliards d'euros de liquidité dans l'économie, ce qui crée un effet Las Vegas: du moment que vous avez une multitude de clients avec un peu d'argent en poche, vous pouvez ouvrir un casino en plein désert, donc un endroit où, d'un point de vue économique, il n'y a strictement rien d'autre que le sol. Mais les gens viennent, et ils dépensent. Ainsi se crée une ville avec son économie de la dépense (mais pas grand chose d'autre non plus).

    Ce truc n'a l'air de rien, mais c'est du modèle keynésien. Et ça marche.

    C'est la raison pour laquelle de nombreux économistes veulent amplifier ce système et faire en sorte qu'il dépense encore plus.

    Malheureusement, ce modèle économique engendre automatiquement ses propres pathologies, incurables et mortelles. Elles provoquent immanquablement la crise, puis la lente décrépitude du modèle, jusqu'à son agonie finale.

    Ces pathologies tiennent en quelques mots: les rendements décroissants. Avec le temps, la dépense publique perd en efficience (diminution du service rendu à un coût de plus en plus élevé). Pire, plus on augmente la dépense publique, plus on renforce le cercle vicieux.

    Ainsi, les budgets augmentent et les déficits s'envolent, pourtant le périmètre des services publics se rétrécit, on privatise partiellement, on supprime des postes, on passe par des PPP, on dérembourse les médocs, on ferme les maternités, les postes et les commissariats, on met sous cocon les Mirage 2000, on fait venir des médecins de l'étranger, mais rien n'y fait...

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. C'est un peu l'histoire de la poule et de l'œuf que vous nous racontez là... notamment en parlant de "rendements décroissants".

      La situation n'a pas surgit ex nihilo...

      Ce que l'on constate aujourd'hui est qu'une multitude d'emplois ont été détruits, notamment en délocalisant, depuis des décennies en accordant foi à l'adage "les profits d'aujourd'hui feront les emplois de demain".

      Quand, déjà en 2009, les prestations sociales représentent 46% de la dépense publique, c'est d'abord pour pallier aux conséquences d'un chômage de masse, hâchant les carrières - d'où la proportion croissante des salaires différés dans le revenu pour maintenir la demande intérieure nécessaire.

      Chômage sans cesse croissant lui aussi, et dont la plus grande responsabilité incombe à qui vise en permanence une rentabilité immédiate sans se préoccuper de la conséquence à moyen et, a fortiori, à long terme.

      S'il y a bien un rendement décroissant à prendre en compte, c'est celui de l'ensemble des aides aux entreprises cumulées depuis des décennies, incitant au mieux à la création d'emplois se révélant insuffisamment pérennes sur le territoire national.

      À titre d'exemple, même les banques vont jusqu'à délocaliser leur back-office. Un pouvoir régalien leur a été cédé, et il aura fini entre leurs mains par se retourner contre le citoyen... même de ce point de vue.

      Faudra-t-il émigrer pour espérer être salarié d'une entreprise plus ou moins française ? Sauf à user de la mauvaise foi des multinationales prétendant apporter le "progrès" en exploitant les opportunités de dumping fiscal, social ou environnemental où quelles soient, je doute que quiconque de censé soit dans cette expectative..

      Nous savons tous que notre modèle social est déséquilibré avec le recul de l'activité. La question à se poser est qui a la volonté de se donner les moyens, le temps et une réelle vision pour la rétablir durablement.

      Et là je ne parierai pas un centime sur qui aura déjà fait défaut...

      Supprimer
    2. tschok

      L'analyse a beau être simple, elle "respire" (pour être poli) la caricature en mélangeant allègrement bribes d'économie et clichés à deux sous. Elle est aussi ridicule qu'erronée.Tu ne sais peut-être pas que la dépense publique crée de la richesse, ce que, même les libéraux les plus bornés, ont compris. En outre, il ne faudrait pas omettre de parler de la diminution des recettes fiscales, sociales de l'Etat, du bradage des bijoux de la Nation grâce aux privatisations à prix d'ami, le coût de la politique européenne, de l'euro. A propos, combien de milliards M. Dassault, cet ennemi de l'assistanat, reçoit-il chaque année de l'Etat pour fabriquer le Rafale qu'aucun Etat, pas un, n'a jamais acheté ?
      Quant au "modèle économique, qui engendre automatiquement ses propres pathologies, incurables et mortelles", c'est à hurler de rire. Ce modèle pathogène a, grâce à la solidarité qu'il promeut, permis à notre pays de mieux résister que les autres à la crise de 2008. C'est grâce à lui que nous nous en sommes mieux sortis et pas par la grâce de l'olibrius qui dirigeait notre pays entre 2007 et 2012.E
      Enfin, parlons du modèle libéral, système aussi injuste qu'instable, qui a démontré sa dangerosité par les crises systémiques à répétition - bientôt la prochaine - provoquées par les financiers et payées par des Etats saignés à leur profit. Ce système appauvrit les nations et les individus parasités par les privilégiés, qui aspirent la plus grande partie des richesses. Sais-tu bien combien de dizaine de milliards sont passés en vingt ans des poches des salariés à celles des actionnaires ?

      Mais il faudrait revenir au 19ème siècle et faire du modèle libéral l'alpha et l'omega. C'est ce que tu tentes de démontrer dans ton post qui se réfère à un effet Las Vegas. Probablement une nouvelle théorie économique. Eh oui, on ne se refait pas : l'économie, c'est soit Las Vegas, soit la loi de la jungle.
      Faites vos jeux !

      Demos

      Supprimer
    3. @ CanalGuada,

      On peut faire le procès de la partie capitaliste de notre économie, cette petite moitié de notre PIB qui reste effectivement marchande (et qui est hyper-réglementée quand même), mais ce n'était pas l'objet de la discussion qui portait sur l'augmentation de la dépense publique.

      On en est à 55% oscillant vers les 60%. Bon, qu'est-ce qu'on fait? On continue, on grimpe jusqu'à, mettons 70%? Ou plus? 80%? On bascule en économie totalement administrée, avec 100% du PIB affectée à de la dépense publique?

      Sachant qu'un euro de dépense publique génère du déficit? Mettons 6 ou 7 centimes par euro dépensé, par là.

      Et sachant que cette dépense perd en efficacité plus on l'augmente?

      Moi je veux bien, mais vous trouvez ça raisonnable?

      @ Demos,

      1- La dépense publique crée de la richesse (le jour où tu me comprendras, c'est ce que je me serai mal exprimé), c'est pas la question.

      La question c'est: quelle type de richesse elle crée (marchande ou pas, fluide ou figée), si elle en crée suffisamment par rapport à la dépense privée, ou si elle a un effet d'éviction (la dépense publique empêche l'investissement).

      Globalement, c'est une question d’efficacité économique de la dépense qui se pose, pas la question de savoir si elle est créatrice de richesse.

      2- La France a acheté 180 Rafale, ça fait donc au moins UN Etat.

      3- Les liquidités injectées dans l'économie nationale via la paye des agents de l'Etat et les transferts sociaux se comportent effectivement comme un amortisseur de crise, en soutenant la consommation intérieure.

      Cela dit, le délai avant que cet amortisseur s'épuise est relativement court: de 18 à 24 mois selon les économistes, il me semble.

      Donc, c'est plutôt un retardateur de crise qui nous offre un délai de 2 ans pour nous adapter à un retournement de conjoncture. Mais nous ne mettons jamais ce délai à profit: nous attendons de nous prendre le mur en pleine tronche avant de faire les réformes.

      4- Le partage de la valeur ajoutée entre capital et travail resterait stable sur le long terme mais la question est controversée.

      5- Le modèle Las Vegas: c'est un modèle d'économie de la dépense. A Las Vegas, on ne produit rien, on consomme. Tout vient d'ailleurs. Normalement, l'économie française aurait plutôt un profil californien (économie diversifiée à forte valeur ajoutée) mais elle se dirige vers celui du Nevada (spécialisation touristique).

      Supprimer
  10. Bien entendu, c'est l'inverse qu'il faut faire. La dépense publique est ce qui a relativement épargné notre pays, précisément. En revanche, il faut éjecter la "vieille garde" ultra-friquée des grands ministères, celle qui jusqu'à présent était intouchable. C'est tout simple, en principe. Dans les faits, ces machins-là se croient tout-puissants et réussissent à intimider même les ministres. Les éjecter ferait des économies (ils seraient mis à la retraite d'office, en simple catégorie A), et régénérerait la fourmilière.

    RépondreSupprimer

Merci par avance de votre commentaire. Les insultes, les commentaires racistes, antisémites, pornographiques, révisionnistes, sexistes ou en général tout sujet contraire aux valeurs humanistes ne sont pas acceptés.
Les commentaires PEUVENT être modérés et donc censurés.