24 janvier 2014

Pourquoi les catholiques peuvent remercier François Hollande

Le Président de la République est donc à Rome, ou plutôt au Vatican, ce 24 janvier. Il rencontre le Pape François, comme d'autres avant lui.
"Ce dialogue avec le pape est un message fort d'attention aux catholiques français"
Un conseiller anonyme à l'Elysée, 23 janvier 2014 
"Nous ne présentons pas de candidat."
François Hollande à propos de la désignation d'un nouveau pape, février 2013.

1. Quelques heures avant cette rencontre au sommet, le porte-parole des évêques de France, Bernard Podvin, en rajoute une couche: "Fallait-il rouvrir le débat sur l'avortement ? Fallait-il évincer brutalement les responsables religieux du Comité consultatif national d'éthique ? Fallait-il ignorer la pétition envoyée au Conseil économique, social et environnemental sur le mariage pour tous ?". On comprend que "ce n'est pas gagné". Car la communauté catholique - communauté ?  - en aurait "gros sur la patate". L'ancien monarque les avait surpris. Un divorce expresse quelques mois après l'entrée au Palais, un re-mariage encore plus rapide, un discours à Latran et quelques autres génuflexions répétées et presque indécentes, puis ce discours de Grenoble, la traque des Roms au point de choquer les autorités religieuses. Avec Hollande, on pouvait penser à autre chose.

2. Le mariage gay a ressoudé une fraction mal quantifiable de la "communauté des croyants", notamment catholiques. Nulle ironie dans ce constat. C'est un fait. On espère aussi qu'une autre fraction, tout aussi importante, a enfin réalisé qu'il n'y avait nul changement de civilisation à permettre à quelques centaines de concitoyens de se promettre amour et fidélité devant un maire de la République. Moins d'un an après cette légalisation du mariage pour tous, quelque 3% des mariages consacrés concernaient des couples homosexuels. Si l'on retient les effets dits "retard" - ces couples qui attendaient depuis longtemps pour passer à l'acte - on mesure donc combien le bruit anti-mariage gay fut beaucoup... pour rien.

3. François Hollande n'a jamais été marié. Cela en dérange quelques-uns des plus conservateurs de ce pays. Là encore, François Hollande donne une autre occasion à la communauté catholique - autorités comprises - de prouver leur modernité sur le sujet. L'affaire n'est pas gagnée, chez certains. Pour d'autres, nombreux, ce n'est pas un sujet. Pour preuve, l'indifférence sondagière évidente et répétée des sondés sur l'affaire Gayet.

4. On exhibe une pétition - 100.000 signatures - sur un texte foutraque qui mélange pêle-mêle:  "régression de droits de la personne, promotion de l'avortement, de l'euthanasie, de la théorie du genre, de la PMA…" 100.000 sur quelques millions de catholiques.  

5. Hollande aurait de nombreux points d'accords avec le Vatican. L'Elysée envoie un conseiller du soir, Bernard Poignant, la connexion bretonne, l'un proche des plus proches, pour expliquer l'affaire dans les colonnes du Monde. La démarche est improbable. Poignant trébuche sur ses références: "Quand le pape fait un discours sur l'argent, on dirait le discours du Bourget".

Sans rire.


5 commentaires:

  1. quand Barbarin veut imposer sa foi aux hindous (9h15 du jour)

    Avortements sélectifs en GB : la petite bombe du cardinal
    Et le matinaute tomba de sa chaise, avec Jean-Michel Aphatie. Le cardinal et archevêque de Lyon, Philippe Barbarin, était convié sur RTL pour disserter de la visite au pape de François Hollande, prévue dans la matinée. Alors, demande Aphatie, aborderont-ils les sujets qui fâchent ? La bonhommie incarnée, ce Barbarin. Il vous ferait passer une manif anti-avortement pour une sympathique kermesse de patronage. Et là, sans prévenir, boum : "personne n'en parle, mais en Grande-Bretagne, avec l'avortement, on pratique l'eugénisme. Les femmes avortent de préférence de foetus féminins" (exactitude de la citation non garantie, mais c'est l'esprit). Stupeur d'Aphatie. Et des auditeurs.

    Clic clic clic, le matinaute matine donc. Et voici l'affaire. En 2012, le quotidien conservateur Daily Telegraph a placé des caméras cachées (1) sur neuf femmes enceintes, de différentes origines ethniques, notamment indo-pakistanaises. Toutes sont allées visiter des médecins, et ont demandé à avorter, en expliquant qu'elles attendaient des filles (la législation locale prévoit qu'on peut avorter jusqu'à 24 semaines, contre 12 en France, ce qui permet de connaître avec certitude le sexe du bébé). Sept médecins ont refusé. Deux (à Manchester et Birmingham) ont accepté. L'histoire ne s'arrête pas là. Une enquête de police a été ouverte. Et en septembre 2013, le Daily Telegraph, suivant l'affaire, a révélé (2) que le parquet avait décidé "dans l'intérêt du public", de ne pas poursuivre les deux médecins. A la suite de quoi, le ministre de la santé, Jérémy Hunt, a rappelé que des avortements fondés sur le choix du sexe étaient "hors la loi, et totalement inacceptables".

    Mais la petite bombe de Barbarin ne se fonde pas seulement sur une enquête de presse. Une étude de l'université d'Oxford (3), menée sous la direction d'une chercheuse française, Sylvie Dubuc (4), a aussi révélé que les mères d'origine indienne qui accouchent en Grande-Bretagne affichent, à partir de leur 3e enfant un ratio garçon-fille nettement déséquilibré (113 garçons pour 100 filles entre 1990 et 2005, contre 105 garçons pour 100 filles pour la moyenne nationale). Ce déséquilibre ne s'observe pas pour les mères originaires du Pakistan ou du Bangladesh.

    Pourquoi Aphatie et moi sommes-nous tombés de nos chaises ? Parce que Barbarin a raison : on ne peut pas dire que cette enquête du Telegraph, et ses suites, aient été fortement médiatisées en France, alors que l'affaire est tout de même de nature à nourrir le débat sur l'avortement. Accessoirement, ce silence pose des questions sur la relative inefficacité, en la circonstance, de la cathosphère, qui a pourtant prouvé sa force d'influence dans d'autres occasions récentes. Mais quelque chose me dit que ça ne devrait pas durer. Si Sylvie Dubuc ne veut pas passer sa journée à répondre à tous les talk shows français, elle a fortement intérêt à se mettre sur messagerie aujourd'hui.

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  2. Commentaire très intéressant, Bobc'est moi.

    En France, on ne peut plus avorter après 12 semaines de grossesse (14 semaines d'aménorrhée), sauf en cas de malformation grave du foetus ou cas particuliers... et donc, avant de savoir avec certitude le sexe de l'enfant.
    Autoriser l'avortement jusqu'à la limite de viabilité d'une naissance de bébé prématuré, et même au-delà, autorise ce cas de figure. Il ne s'agit plus là d'un refus absolu de grossesse, mais de tuer des futures filles.
    Il y a eu, il y a peu, un reportage d'envoyé spécial sur le meurtre des bébés filles en Inde et sur le succès des échographes ambulants qui vont de village en village pour permettre aux femmes enceintes d'avorter si elles portent une fille.
    Ce n'est pas un problème qui devrait remettre en cause le droit à l'IVG précoce, telle qu'elle est autorisée en France.

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  3. Le vrai problème n'est effectivement pas le mariage gay (d'ailleurs les homosexuels n'étant pas plus futés que les hétéros, on voit déjà des cas de divorces !), mais ce sera très certainement la possibilité d'adoption et de fécondation in vitro par des couples homos. L'amour c'est bien joli, mais au risque de passer pour un vieux réac je pense qu'un enfant a besoin de parents des deux sexes pour se construire. Enfin personnellement j'ai du mal à imaginer mon enfance et adolescence avec 2 pères ou 2mères...
    Quant à l'avortement, il est normal que plus on en facilite l'accès, au point d'en faire d'en certains pays une méthode de contraception comme une autre, on observe ce genre de dérive. Et hélas, un avortement n'est pas anodin sur le plan psychologique, le peu de femmes que j'ai rencontré et qui ont subi ce parcours sont unanimes là-dessus. Il est pourtant tellement simple aujourd'hui de ne pas faire d'enfant quand on n'en veut pas que, hormis "accident de capote" ou autre, ce qui peut arriver à tout le monde, on doive en arriver à cette extrémité...
    Pour l'instant tout ceci n'est pas possible en France, mais l'évolution de ce genre de lois sociétales se faisant quasiment toujours vers une plus grande permissivité, il est plus que certain qu'on sera un jour aussi chez nous dans ces cas.

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    1. C'est bien beau tout ça : "l'enfant a besoin d'un père et d'une mère"? Pour vous, peut-être, mais pas pour les "socialistes". Pour eux, l'enfant a des parents, quel que soit leur sexe. Cela s'appelle la théorie du genre, qui vient des Etats-Unis.
      Extrait des gender studies : "l’identité sexuelle de l’être humain ne dépendrait donc plus du lien entre son genre social et son sexe « anatomique » mais de la perception subjective que chaque individu se fait de son identité, lui permettant ainsi de déterminer librement son orientation sexuelle quelle que soit sa réalité biologique et anatomique".
      On est loin de papa-maman, non ?

      Demos

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    2. Sauf que aucun scientifique sérieux ne soutient cette théorie, à peu près aussi farfelue que celle du créationnisme, qui nous vient aussi des USA...
      Et puis bon, le niveau intellectuel des socialistes, et des politiques en général, ça laisse quand même rêveur...

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