28 février 2014

Le candidat Sarkozy est de sortie à Berlin

Il nous fatigue jusqu'en Allemagne. Nicolas Sarkozy s'est encore montré aux journalistes, mais sans prendre de questions, ni supporter de contradictions. Son retour politique se fait en douceur, et en distance.


Il continue son tour, un tour financé par d'autres, ou parfois grassement rémunéré. Les historiens, ou les enquêteurs, retiendront plus tard combien ces conférences internationales sont le nouvel eldorado financier de politiques en retraite, ou pas.

Cette fois-ci, l'ancien monarque était à Berlin, invité bien sûr. Son hôte est un patron de la CDU, Hans-Gert Pöttering, à l'occasion d'une rencontre organisée par la Fondation Konrad Adenauer pour la parution de l'autobiographie de son président.
"Je n'ai aucunement l'intention de mettre un terme à la période de recul  de toute activité politique que j'ai souhaitée. Si j'ai accepté cette invitation, c'est pour témoigner de la nécessité de l'amitié entre les deux premières nations d'Europe". Nicolas Sarkozy, 28 février 2014.
Contre Copé, embourbé dans un scandale de surfacturations, ou Fillon, à la peine dans les sondages, Sarkozy joue sa carte, profondément.  Et pourtant, il a semblé hors sol, comme un vieux sage qui voudrait donner quelques conseils avec retard, et tenter de rentrer dans le jeu. Car ses propos furent suffisamment lénifiants pour que les médias français, même au Figaro, ne les évoquent qu'à peine.

La visite a commencé par une rencontre d'une heure avec Angela Merkel. Photo à deux, puis entretien à l'abri des oreilles indiscrètes.

Puis un discours devant un cercle restreint mais en public. Les caméras, notamment françaises, sont là. Rien de neuf sur le fond. Sarkozy reprend l'un de ses arguments de campagne de 2012, qu'il fut, comme d'autres, incapable de mettre en oeuvre quand il était aux affaires: il voit une Union européenne à 28 qui "doit se concentrer sur l'essentiel". "Plus d'intégration de l'Europe de l'euro , moins d'intégration pour l'Union européenne des vingt-huit". 

Face à la crise ukrainienne, il promeut le rapprochement avec Vladimir Poutine, ancien ami, "un nouveau cadre". Car "rien ne serait pire et inutile qu'un affrontement avec la Russie." Il ajoute: "le XXIème siècle est le siècle de l'interdépendance; le XXIème siècle est le siècle de la coopération." La maxime est vide, sans contact avec la réalité du monde faite de conflits civils meurtriers, de crise économique durable et d'épuisement des ressources.

Pour son assistance, il eut même cette variante du "ensemble, tout est possible", slogan de campagne de 2007: "Divisés, l'échec est certain. Unis, nous pouvons réussir" Nicolas Sarkozy poursuit son tour de France ou du monde, au gré des invitations rémunérées ou des concerts de son épouse de chanteuse.

Jamais il ne prend de questions - sur le sens politique d'un éventuel retour, les leçons de son échec passé, son programme pour l'avenir.

Toujours il donne des leçons - sur la France, l'Europe, le monde.

Comme en 2012, l'auditoire sera patient. Il attendra le temps qu'il faut pour juger.



#Municipales: qui parlera de la pauvreté dans les villes ?

La pauvreté va-t-elle s'inviter dans la campagne municipale ? Pas si sûr. Les pauvres votent peu, ou pas. L'abstention fait des ravages chez les plus précaires. Pires, certains ne sont même pas domiciliés. Ici ou là, le sujet fait enfin surface. La pauvreté se voit pourtant facilement. Dans les villes ou ailleurs.

Bidonvilles, encore.

Le 12 février, Mediapart réalise un reportage sur un bidonville. Quelques jours plus tard, le site publie des photos, des clichés incroyables, tristement incroyables. A quelques dizaines près, on se croyait revenu en 1950, au même endroit.
"En regardant les photos, nous sont revenues en mémoire celles prises dans les années 1950 dans les bidonvilles de Nanterre ou Saint-Denis. À l'issue d'une recherche d'archives, voici le face-à-face entre images d'hier et d'aujourd'hui. En près de 50 ans, bien peu de choses ont changé, si ce n'est qu'on ne dit plus bidonville, mais camp." (Nicolas Serve, avec Monique Hervo et Pierre Douzenel pour Mediapart)
En quelques photos, on comprenait la précarité. 

Davantage qu'il y a 60 ans, ces bidonvilles au coeur de la cinquième puissance économique mondiale ont quelque chose de choquant et d'anachronique.

Pauvreté urbaine

Fin janvier, le Centre d’observation et de mesure des politiques d’action sociale publiait une étude sur la pauvreté en milieu urbain, dans les 100 plus grandes villes de France. Les résultats sont précis, ville par ville.
Le bureau d'analyse prend quelques précautions: ces données "doivent être utilisées avec beaucoup de précaution. D’abord parce qu’il s’agit d’estimations de prestations et non des montants effectivement perçus par les ménages. Ensuite, notre classement est très dépendant du seuil de population que nous utilisons. Il faut environ au moins 54 000 habitants pour figurer parmi les 100 plus grandes villes. En fixant le seuil à 30 ou 10.000 habitants, le classement aurait été différent."


Neuilly-sur-Seine, la ville la plus riche de France, ne compte "que" 7% de pauvres. A l'inverse, Roubaix décoche la première place, avec 45%. Vous avez bien lu... Près d'un habitant sur deux.

La pauvreté est bien ancrée dans le Sud, comme à Béziers, Perpignan, Avignon ou Nîmes, mais aussi dans le Nord ou l'Est, avec Roubaix, Calais ou Mulhouse.

Marseille, l'ultra-pauvre.

L'étude s'attarde sur les 3 plus grandes villes, Paris, Lyon et Marseille.

Dans la cité phocéenne - 25% de pauvres en moyenne -, les auteurs relèvent jusqu'à 55% de pauvreté dans certains quartiers ! "Dans le 3e arrondissement, nous évaluons le taux de pauvreté à 55 % : plus que Roubaix, commune qui arrive en première position selon le taux de pauvreté parmi les 100 plus grandes villes. Dans les arrondissements voisins du 1er et du 2e, autour du vieux port, le taux de pauvreté atteint 43 % et 44 %." Le candidat socialiste à la Mairie, Patrick Menucci, a pointé le problème: "30% de gens vivent sous le seuil de pauvreté" à Marseille. Il a été rejoint par Stéphane Ravier, candidat frontiste. La pauvreté à Marseille est un objet électoral.

A Paris, où la pauvreté concerne en moyenne 14% de la population, le taux maximal atteint 25% dans le Nord de la capitale (19ème arrondissement).

Les auteurs pointent quelques facteurs explicatifs: le niveau de chômage, le prix des logements tant pour l'achat que la location, et le "type de peuplement des communes (et par exemple l’implantation de populations immigrées démunies)".


Lire aussi :



27 février 2014

#CopéGate: comment la droite règle ses comptes

Le sort semble s'acharner sur celui qui aspirait il y a encore peu à la fonction suprême. L'hebdomadaire Le Point accuse Copé d'avoir surfacturé des prestations de communication au parti qu'il préside.

Nouveau scandale

D'après Le Point, la filiale d'une agence de communication baptisée Bygmalion a facturé pour huit millions de prestations à l'UMP pendant la campagne présidentielle de 2012. Les révélations comportent plusieurs volets.

1. Ces prestations, pour 8 millions d'euros, auraient été surfacturés. Le Point a récupéré des documents édifiants: "Lors des meetings, les frais de traiteur, de retransmission vidéo et d'éclairage atteignaient parfois le double des tarifs habituels !"

2. L'agence en cause, Bygmalion, appartient à deux anciens collaborateurs et "proches" de Jean-François Copé, Bastien Millot et Guy Alves. Le premier officie régulièrement à la radio (sur Europe 1) et à la télévision.  L'agence a été créée en 2008.

3. Le Point a aussi découvert que Bygmalion a eu pour actionnaire pendant 3 ans une SARL logée au Luxembourg, elle-même détenue par une holding familial d'Emmanuel Limido. Ce dernier, "un gestionnaire de fonds très lié au Qatar", avait oeuvré comme intermédiaire pour deux transactions immobilières entre l'Etat et le Qatar en 2006 et 2007, autorisées par le ministre du budget de l'époque, ... Jean-François Copé. Limido a récemment racheté l'AJ Auxerre.

Au passage, l'hebdomadaire ose titrer, dans son édition du 27 février 2014: "Sarkozy a-t-il été volé ?"... Comme si Nicolas Sarkozy était propriétaire du parti... 
 L'actuel président de l'UMP subit donc une nouvelle affaire, une autre accusation de fraude contre son propre parti. Au-delà du scandale lui-même, on peut s'interroger sur cette capacité d'autodestruction violente qui frappe encore la droite.

Règlement de comptes

Comme souvent, on peut craindre que cette affaire soit le fruit de confidences internes. Si la gauche se déchire dans le verbe, la droite classique règle ses différents politiques dans la violence et la délation. Le Point dissimule à peine qu'il a eu des sources internes: "Le Point a enquêté sur ce que certains au sein du parti qualifient de véritable "hold-up"."

Au niveau national, on se souvient de la guerre Balladur/Chirac qui a permis et/ou accélérer la révélation de nombre d'affaires, des emplois fictifs de la Mairie de Paris sous Jacques Chirac au financement occulte du Parti Républicain allié aux Balladuriens. L'affaire Clearstream illustre aussi comment la droite règle ses comptes.

Cette fois-ci, il y a fort à parier que le coup vient du camp Fillon. Conjecture facile ? Peut-être. Accusation gratuite ? Pas vraiment. Si personne  à droite ne croit plus aux chances de Copé pour la présidentielle de 2017, les supporteurs de Fillon souffrent également. Leur candidat s'est révélé aussi idéologiquement inconstant qu'il fut sarko-servile pendant 5 ans.

Jean-François Copé a prévenu qu'il porterait plainte pour diffamation.

Cela commence toujours ainsi.





Loi sur les stagiaires: enfin la gauche ?

C'est peut-être la loi la plus à gauche depuis le début de ce quinquennat.

Dans la nuit de lundi à mardi, les députés de gauche ont voté à l'unanimité un texte de loi durcissant les conditions de stages en entreprises. S'il reste au Sénat à se prononcer, on peut déjà noter l'exploit, salué jusque dans les colonnes de l'Humanité: une loi de portée socio-économique votée par les élus du front de gauche, du Parti socialiste, des radicaux de gauche et des écologistes.

Il y avait urgence. La génération précaire empile les stages par milliers, dans des conditions douteuses, malgré déjà quatre lois sur le sujet en moins d'une décennie.

Dans le détail, le texte encadre les conditions d'embauche  de stagiaires. 
- limitation des stages à 6 mois - limitation du nombre de stagiaires à 10% des effectifs d’une entreprise
- rémunération dès le 1er jour pour les stages de plus de 2 mois
- bénéfice des tickets restaurants et prise en charge partielle des frais de transport pour les stagiaires
- durée de travail plafonnée à celle des salariés. 
- interdiction de confier des tâches structurelles à un stagiaire
- extension des pouvoirs de l'inspection du travail au contrôle des abus de stages

A droite et dans les rangs patronaux, on a entendu de prévisibles cris d'orfraie. Peu avant une heure du matin, mardi, un député UMP tentait de gagner du temps et réclamer un report de séance. Le lendemain, voici un représentant du MEDEF a menacé d'un effondrement des stages: "Ces nouvelles contraintes font peser de lourdes charges de gestion, des menaces de contrôle, avec amendes à la clé, alors que nous croyions être dans un climat de confiance ! C'est en contradiction avec le pacte de responsabilité et le choc de simplification, Cela va clairement freiner l'accueil des stagiaires".

A gauche et dans les syndicats (CGT notamment), on applaudit. 

La gauche se retrouve.

Pour combien de temps ?



26 février 2014

Valls/Goasguen: le cirque politico-médiatique

Cela divertit. Cela amuse presque la galerie. Un ministre et un député de la République s'invectivent dans les rangs de l'Assemblée. Ailleurs, on apprend ou comprend que la jeunesse s'impatiente. On nous prédit que l'abstention politique sera massive, surtout à gauche. 

Ces figures politiques pseudo-nationales qui s'échauffent comme au théâtre Guignol ont-elles conscience de ce décalage ?


La scène était presque drôle, bientôt fameuse à en croire le buzzomètre médiatique du moment. Nous étions dans l'hémicycle, séance des questions au gouvernement, ce mardi 25 février après-midi. Tout débute avec une quetsion de l'UMP Yannick Moreau, député de Vendée, à propos des manifestations violentes du 22 février à Nantes:
"Monsieur le Premier ministre, allez-vous, oui ou non, dissoudre les groupuscules d’extrême gauche ? Allez-vous, oui ou non, cesser votre deux poids, deux mesures, qui ne fait que diviser et fractionner le peuple français ? "
Et le ministre Valls de répondre.
"Monsieur le député, face à la violence, quelle qu’elle soit et d’où qu’elle vienne, notamment vis-à-vis des forces de l’ordre, policiers et gendarmes, qui accomplissent leur mission avec courage et professionnalisme, il n’y a qu’une seule réponse : la fermeté. Tous ceux qui s’en prennent au mobilier urbain, à des commerces, aux forces de l’ordre, doivent trouver une seule réponse, celle de l’ordre républicain, de la justice et de l’État"
 Cela ne suffit pas. Claude Goasguen, autre député UMP, mais du richissime et bourgeois XVIème arrondissement de Paris, crie dans les rangs: "Montrez-le !!"

Le taurillon de ministre s'enflamme. Piqué au vif, il ne supporte pas qu'un UMPiste lui donne une leçon de sécurité. Sur le fond, il avait raison. L'UMP, même dirigée par Nicolas Sarkozy depuis Beauvau ou l'Elysée, s'était montrée bien incapable de résoudre la hausse des attaques aux personnes une décennie durant (2002-2012). Sur la forme, il perd son sang-froid, mauvais spectacle, spectacle pitoyable.

Contrairement à vous, nous, nous ne trions pas face à cette violence, nous ne sommes complaisants avec personne. (Exclamations sur les bancs du groupe UMP.) Nous ne sommes complaisants avec personne : à chaque fois qu’on s’en prend aux valeurs de la République et à l’ordre républicain, nous n’avons qu’une seule réponse, monsieur le député, celle de la fermeté !

M. Manuel Valls Vous avez été complaisants, au cours de ces derniers mois, avec ceux qui, à quelques mètres d’ici, s’en prenaient aux valeurs de la République, au rôle du Parlement, à la majorité parlementaire. (Applaudissements sur les bancs du groupe SRC, du groupe écologiste et du groupe RRDP.) Ici, il y a des députés, de votre groupe, qui ont été complaisants avec ceux qui cassaient…
M. Claude Goasguen. C’est vous !
M. Manuel Valls : ... qui s’en prenaient aux policiers et aux gendarmes. (Protestations sur les bancs du groupe UMP.) Eh bien, ce gouvernement est ferme avec tous ceux qui s’en prennent aux valeurs de la République, qui s’en prennent aux forces de l’ordre, aux policiers et aux gendarmes. Face à l’ultra-gauche,…
M. Claude Goasguen. Vous ne faites rien !
M. Manuel Valls... face à l’ultra-droite, ou face à cette extrême droite, nous répondons. Monsieur Goasguen, vous en venez, vous, de l’extrême droite. Vous savez ce qu’il en est ! Nous, nous ne sommes complaisants avec personne ! Vous, vous êtes complaisants. Les choses sont claires, avec nous ! 

C'était donc une joute de plus, bien éloignée des préoccupations du pays. Un moment bref sur lequel les médias, d'autres médias sont immédiatement revenus puisqu'il était verbalement plus violent que la moyenne.

Nous apprenait-il quelque chose sur la différence entre la gauche et la droite au pouvoir ? Non, absolument rien.

Résonnait-il avec les sujets du moment - chômage, précarité, croissance ? Aucunement. Les plus désinvestis de l'action politique officielle, c'est-à-dire les plus pauvres et les plus jeunes, avaient-ils une chance de s'intéresser à ce type d'éclat ? Non.

Sur les affaires de prédilection d'un ministre de l'intérieur , comme la lutte contre l'insécurité, ces invectives avaient-elles quelque importance ? Toujours pas.

L'ultra-gauche et l'ultra-droite sont devenus des objets de spectacle politique. la première est objet épisodique de notre actualité. On n'est même pas sûr de savoir encore la caractériser. L'ultra-gauche, "encore plus à gauche que la gauche de la gauche" ? L'ultra-droite est mieux connue. On l'a vu plus fréquemment lors des manifestations contre le mariage gay, lors du Jour de Colère, ou avec les dérapages mortels des Troisième Voie et autre Bloc Identitaire.

Mais fallait-il se donner en spectacle, de part et d'autre, sur pareille affaire ?


Manuel Valls explique que Claude Goasguen vient... par LCP



Crédit illustration: DoZone Parody 
 

25 février 2014

Hollande et l'explosion de sa majorité.

François Hollande aurait tort de l'ignorer.

Où est passée sa majorité du 6 mai 2012 ? Après l'opposition de "vrauche", les états d'âmes écologistes, les râles des uns, les cris des autres, voici que les protestations viennent de l'intérieur.


Socialistes
Plusieurs élus socialistes ne digèrent pas le tournant libéral pris par François Hollande. Ils l'écrivent.

C'est nouveau.

Il y a quelques jours, un sénateur socialiste, marqué par sa libre parole, a raillé frontalement l'objectif fondamental fixé par François Hollande pour la fin du quinquennat.

Non sans quelque ironie: "A ce stade, il faut saluer l'habileté tactique du Président qui a su imposer son agenda et reprendre ainsi la main." Le titre de son billet de blog était déjà  éloquent: "Un Président habile, presque trop habile". Gaëtan Gorce précise: "Mais il est surprenant de voir tant de responsables et de commentateurs le prendre aussi au mot et s'inquiéter des conditions de la mise en œuvre de ce grand projet.....puisqu'il n'a pas été conçu pour l'être." Cette politique de l'offre ne serait-elle qu'un leurre ? Le redressement des comptes publics serait-il impossible ?
"Le président n’a ni les moyens, ni plus encore la volonté de dégager 50 milliards d’économies supplémentaires . (...) Social-démocrate, le président appartient toujours à la gauche et n’a nullement l’intention d’infliger au pays une diète supplémentaire. Le voudrait-il, il sait que celui-ci ne le supporterait pas. Il s’agit donc d’un leurre visant à enfumer la Commission avec laquelle la France a rendez-vous en avril
L'argument surprend.

Gorce retient que cette option hollandaise risque de "devenir source de malentendu et de susciter l'opposition farouche de tous ceux qui, à gauche, n'auront pas vu le sens de la manœuvre".

Ecologistes
Il peut-être encore trop tôt pour évaluer les conséquences politiques de la manifestation nantaise contre la construction de l'aéroport de Notre Dame Des Landes, ce 22 février. Les dérapages lacrymogènes et les saccages qui ont pollué le déplacement, ont déclenché une salve de critiques de quelques hiérarques socialistes contre Europe Ecologie Les Verts et ses responsables. Lesquels s'interrogent d'ailleurs sur leur participation à un gouvernement qui a choisi la politique de l'offre comme ligne d'horizon.

Samedi, les violences qui ont suivi la manifestation contre l'aéroport ont conduit Jacques Auxiette, le président socialiste de la région, à s'interroger sur la participation d'EELV au gouvernement: "La question sera posée dès lundi" .

Le premier-ministre lui-même en a rajouté une couche, dimanche. "Ces violences sont inacceptables dans un état de droit. Tous ceux qui exercent des responsabilités publiques doivent condamner les squatteurs de la Zad, organisateurs délibérés de ces violences. (...) EELV doit  sortir de l'ambiguité."

Lundi, on en rajoute. L'éditorialiste du Monde Françoise Fressoz résume l'affaire: "A l'approche des élections municipales, Cécile Duflot s'en est servi comme d'une arme pour se démarquer  du premier ministre. Dans la foulée, l'ancienne patronne d'Europe Ecologie les Verts a aussi attaqué  la politique économique qu'il conduit sous la responsabilité de François Hollande. Elle a critiqué le  pacte de responsabilité dont elle conteste la logique autant que l'orientation, en espérant que les électeurs écologistes sauront faire la différence."

Est-ci si grave ? Jean-François Copé saisit l'occasion, le matin sur France Info: c'est à Ayrault de sortir de l'ambiguïté et de virer Duflot. Les Verts, explique-t-il en substance, sont cohérents. Pour le coup, il a raison. Les élus EELV savent pourquoi ils sont là, comment ils sont là. Leurs propos gênent le PS.

Hollande
Le président complote et consulte. Il paraît qu'il a fort à faire. Qu'il veut remanier. Chacun y va de ses pronostics. Stéphane Le Foll, Jean-Yves Le Drian, Ségolène Royal, Jacques Attali, Jean-Pierre Jouyet et même Julien Dray, beaucoup de noms, peu d'intrigues. Le remaniement serait pour bientôt, après les municipales.

Conjectures médiatiques.

Quoiqu'il pense, Hollande est coincé. L'alliance avec EELV est la seule qui lui conserve un semblant de gauche plurielle au gouvernement. Pour 2017, l'actuel président pense déjà à son premier tour.



"Les ministres écologistes sont de bons ministres" par Europe1fr

24 février 2014

J'ai écouté Christine Boutin avec Farida Belgoul

"Je ne m'attendais pas à prendre la parole la première... Ce que je peux vous dire, c'est que ma présence aux côtés de Farida Belgoul est une présence heureuse." Christine Boutin, 19 février 2014.

L'ancienne ministre s'affichait ce jour-là dans une conférence aux rangs éparses, mais à la tribune fournie. Assis à ses côtés, on retrouvait notamment Alain Escada, l'agité de CIVITAS qui fustigeait encore récemment la diffusion du film TOMBOY sur ARTE, l'abbé Guillaume de Tanoüarn, activiste intégriste, la désormais célèbre Farida Belgoul que l'on avait croisé aux côtés d'Alain Soral dans une autre conférence à l'automne dernier au théâtre de la main d'Or - siège des spectacles de Dieudonné; et Béatrice Bourges, présidente auto-proclamée du Printemps français. Bref, que du beau monde rassemblé autour d'une même cause, la lutte contre l'homosexualité et la théorie du genre.

La conférence était "réservée aux médias indépendants" précisait le carton, et notamment consacrée aux "Journées de Retraits" de l'école organisée par l'extrême droite.

Farida Begoul avait lancé cette opération fin janvier. Quelques centaines de parents avaient suivi et retiré leurs enfants de leur établissement scolaire. En cause, la nouvelle égérie de la réacosphère expliquait que nos progénitures allaient se voir enseigner la négation des différences et des orientations sexuelles dès le plus jeune âge au nom d'une prétendue théorie du genre.

Ces esprits torturés ne supportaient pas la légalisation du mariage homosexuel et de l'homo-parentalité. Christine Boutin y voyait un complot encore plus grand, un complot qui vient de l'étranger: "Je vois arriver cette théorie du genre arriver depuis 1995 au moment de la conférence des femmes à Pékin. (...) Puis le temps est passé, et est arrivé le mariage gay et le réveil des consciences."

Ce complot a un but, c'est un "changement de civilisation". La formule n'est pas neutre. "Nous refusons de changer de civilisation" criait l'écrivain Renaud Camus, dans une tribune publiée par le Monde en avril 2012, pour expliquer son vote en faveur de Marine Le Pen. Le site d'extrême droite Riposte Laïque use des mêmes termes quand il "traque les conséquences quotidiennes du changement de civilisation". En septembre 2013, une association "Non au Changement de peuple et de civilisation" a déposé ses statuts.

Ce 19 février, Christine Boutin s'inquiète donc, elle aussi, de ce "changement de civilisation".
"On nous propose un changement de civilisation. Et bien c'est justement le coeur de ce changement de civilisation qui est porté par la théorie du genre." 

"Nous sommes profondément libres. Il y a une seule chose dans la nature qui nous est imposé, c'est notre sexe. Avec cela, nous ne pouvons pas jouer. Et ce que l'on veut nous faire croire, c'est que nous pouvons  décider de notre sexe."
La pauvre dame... Où avait-elle lu, entendu, appris que l'Education nationale, le gouvernement, ou le moindre officiel Français avait proféré pareille bêtise ? Nulle part.

Mais elle voulait poursuivre son propos. Elle continuait d'assimiler la défense des droits à une négation des différences sexuelles.
"Ce courant est un courant qui existe depuis 1995. Il est excessivement développé à l'ONU. Et il est excessivement développé à l'Union européenne. Le mouvement en France a commencé sous la responsabilité, je suis désolé de le citer, du ministre de l'Education nationale, qui, à l'époque, a décidé de diffuser dans les écoles un petit film qui s'appelait le baiser de la lune."
En février 2010, Luc Chatel, alors ministre, avait décidé d'interdire cette diffusion.Ce 19 février, Boutin dérive et dérape. Elle traite Vincent Peillon de menteur, qualifie Najat Vallaud-Belkacem de "militante de la théorie du genre".

Un peu plus tard, Alain Escada tenait le micro à son tour, bien arrimé sous la bouche. Non, expliqua-t-il, "ceci n'est pas un front des religions". "Nous sommes ici", ajoutait-il, "dans un contexte bien particulier qui est la défense de la nature humaine attaquée. Et nous trouvons ici la forme idéale d'une convergence des forces de bonne volonté."

Allez... Tout va bien se passer.

Ne stressez pas...





Lire/Voir aussi:

23 février 2014

Les 5 videos politiques de la semaine #355

L'actualité politique de la semaine, vue par 4 blogs #S01E21

On poursuit le tri sélectif et subjectif de quelques billets de la blogosphère politique qu'il ne fallait pas rater cette semaine, parfois tristes, parfois drôle.

Notre confrère Bibi décoche ses flèches contre Hollande et Montebourg. Les deux semblent bien proches du patron et milliardaire François Pinault. "Sacré  ! Il a toujours cette même stratégie publicitaire : par devant, une critique «féroce» de ces vilains qui menacent sa vie privée ; par derrière, le voilà ravi de se montrer – via des photos «volées» – en Une de avec . On pourra réfléchir sur cette propension des hommes politiques à épouser la vision ultraconservatrice de la Vie «privée»".

Pourquoi faut-il que nos hommes de pouvoir soient aussi peu prudents dans leurs rapports au Bling Bling ?


Notre consoeur Apolline évoque Mariya Markovitcha, auteure du roman Maroussia, les femmes serves, les Ukrainiens sous l'occupation de l'empire russe à l'avant-dernier siècle. Elle résume l'affaire ukrainienne qui s'est clôturée, provisoirement, dans le sang.: "ça commence par une manifestation pacifiste, (...) a finit dans un bain de sang … L’initiative de la France avec Laurent Fabius et la médiation de l’UE. Puis un coup de fil entre OBAMA et POUTINE à qui l’Occident dit : camarade, ça suffit." Le printemps ukrainien a finalement eu lieu. Les dizaines de morts ont eu raison du président (pourtant élu). Elie Arié rappelle, sur son blog, les propos de Jean-Pierre Chevènement. La réalité, comme souvent, est grise. Ce qui n'enlève rien, pourtant, au soulagement après la destitution du président devenu autocrate et l'annonce de nouvelles élections.

Nicolas, le taulier de Partageons Mon Avis, livre ses recommandations de remaniement. Ils ne sont plus nombreux, chez ce blogueur dit de gouvernement, à sortir indemnes de son jugement. Certain(e)s récusent cette équipe dans son ensemble, lui préférant une autre majorité qui, politiquement, aujourd'hui, n'existe pas. Nicolas fait le tri.

L'évaluation des ministres est une manière de préciser les positionnements, au-delà des personnes elles-mêmes. Epargner Valls et Taubira, s'énerver contre Vallaud-Belkacem plutôt que la soutenir, applaudir Sapin et fustiger Moscovici,  ces jugements dessinent aussi une ligne politique.


22 février 2014

355ème semaine politique: Hollande surfe, la France taffe.

Curieux président.

Lundi, il poursuit, mais à Paris, son périple américain. Après les start-ups californiennes, les "hugs" avec des néo-patrons en totale "coolness", le voici de retour devant d'autres patrons, des "méga-patrons", représentant une grosse trentaine de multinationales installées en France. Opération séduction, Hollande veut rassurer.

Mercredi, le gouvernement Merkel déboule pour un conseil des ministres commun avec l'équipe Hollande.

Le président français reste imperturbable.

Curieux président.

On le dit "soulagé", la presse people s'en fait l'écho. Elle fouille et trifouille les fonds de cuve ou de poubelle. Paris Match, le poids des mots, le choc d'une nausée. l'hebdomadaire, hier très grand, s'abaisse aujourd'hui, cette semaine, à deviser sur les effets de la rupture entre François Hollande et Valérie Trierweiler.

Le Monde en rajoute une couche, réactive le dossier en relatant la fameuse nuit du 9 au 10 janvier où l'affaire Gayet déboula sur Closer.  Le Figaro va chercher le témoignage du frère de Valérie T. dans l'édition espagnole du Vanity Fair.

Libération fait faillite, bientôt.

Surpris ?

Près de Paris, dans les Yvelines, Valérie Pécresse redresse la barre, un réflexe républicain. Elle fustige le tract "aux relents antisémites" qu'un ex-adhérent de l'UMP local, faisant campagne pour son épouse divers droite, distribue en sortie de meeting. La campagne municipale a de mauvais relents. Les sondages, nationaux et donc inutiles, donnent droite et gauche au coude-à-coude.

Mais quelle droite face à quelle gauche ? La confusion est totale.

La gauche éparpillée entre Front de gauche rageux et listes au "socialisme" discret ? La droite de l'UDI-MODEM triangulée par le Hollandisme gestionnaire ? Ou celle de l'UMP défigurée par une crise d'urticaire réactionnaire ? Ou celle encore du Front national social-fasciste ?

A Laval, le candidat soutenu par le Front national multiplie les attaques contre l'immigration qualifiée de "cancer", les "socialistes qui marient des sodomites", les "francs-maçons". Bienvenue dans les années 30, la parole la plus grave et crétine est libre. A Angers, l'UMP est donnée gagnante, comme à Biarritz.

Vendredi, quatorze maires homophobes osent saisir la Cour européenne de Justice pour réclamer le droit à ne pas proclamer des mariages civils entre homosexuels. Sur RTL, mardi, Copé reconnait du bout des lèvres et poussé à bout qu'il faut "lutter contre les stéréotypes et pour l'égalité femmes-hommes dès l'école".

Mercredi, Hollande rend hommage aux Musulmans morts pour la France, la réacosphère, indigne, s'indigne.

Une droite attend encore Sarkozy. L'ancien monarque, actuellement consultant pour quelques banques d'affaires, à 100.000 dollars la conférence, reçoit les conseils d'Alain Juppé... à distance. L'ancien premier ministre, plutôt droit, avait quelques leçons de tenue à donner à l'ancien président, trop tordu: primo, "il faudra qu'il renouvelle son stock d'idées". Secundo, pas question de jouer à l'homme providentiel. Sarkozy devra passer par la case des primaires.

Sarkozy est encore rattrapé par son passé. Il avait forcé la fusion des Caisses d'Epargne et des Banques Populaires en 2009. Pour y placer François Pérol, fidèle ami, et son secrétaire général adjoint de l'Elysée, en faisant fi des plus élémentaires règles de déontologie.

Quelques UMPistes  plongent sur Laurent Fabius. Ils accusent le ministre des Affaires étrangères d'avoir quitter Kiev pour Pékin après 80 tués lors d'affrontements entre civils et policiers. Mauvaise pioche... Laurent Fabius avait fait le job. Il était à Kiev avec ses collègues allemand et polonais pour discuter avec le président ukrainien et les représentants de l’opposition. Et il part quand le pouvoir cède, annonce une élection présidentielle anticipée. L'opposition accepte. En Russie, à Sotchi, les athlètes n'osent porter un brassard noir. Une skieuse ukrainienne repart au pays, traumatisée. Vladimir Poutine, l'autocrate local, fait profil bas. La situation ukrainienne est grise. L'opposition comprend des violents, le pouvoir est otage du voisin russe.

La courbe du chômage s'est bien inversée en fin d'année dernière: 10,8% de la population active au dernier trimestre, contre 10,9% au précédent. La nouvelle n'émane nullement d'un quelconque blogueur de gouvernement mais de l'OCDE. Quant à l'inflation en janvier, premier mois après la hausse des taux réduits, elle est... stable.

Puisqu'on est aux grandes nouvelles, voici un autre scoop qui fera plaisir aux gauchistes que nous sommes ou que nous voudrions être: le FMI reconnaît enfin qu'il n'y a aucun seuil critique de dette publique. Pierre Moscovici ne commente pas. Il se félicite de l'entrée au capital de Peugeot du chinois Dongfeng et de l'Etat, 15% chacun. Il nous assure qu'il n'y aura pas de plan social.

Cette propension politique à multiplier les messages qu'on est incapable de garantir ne lasse pas surprendre.

En France, on continue de discutailler du "Pacte de responsabilité". Michel Sapin, ministre du travail, enfonce les poncifs ("dans 'Pacte de responsabilité', il y a le mot 'responsabilité'").  Le Medef nous stresse. Une dizaine de députés socialistes, partisans d'un énième allègement du droit du travail via une tribune à l'assemblée, aussi.

Vendredi,  Hollande est au Mont Valérien pour l'hommage aux 22 jeunes résistants tués par les nazis. 70 ans après, il annonce le transfert au Panthéon de 4 autres figures de la Résistance, deux femmes, deux hommes.

Moment de recueillement.


Jusqu'à quand ?




Crédit illustration: DoZone Parody

21 février 2014

Au coeur de l'affaire Pérol, un affairiste nommé Sarkozy.

Il était là pour affaire. La France semblait secondaire. C'est l'impression qui ressort après la lecture des extraits de la procédure qui accable François Pérol, ancien conseiller économique de Nicolas Sarkozy à l'Elysée qui fut propulsé président de la banque issue de la fusion des Caisses d'Epargne et des Banques Populaires.

1. Nicolas Sarkozy s'est servi de la position de faiblesse des Caisses d'Epargne pour virer leur président. A l'automne 2008, les Caisses d'Epargne perdent 800 millions d'euros à cause de l'un de leurs traders. Sarkozy obtient, sans difficulté, la démission de Charles Milhaud, qui est remplacé par Bernard Comolet.

2. Nicolas Sarkozy s'est servi de la position de faiblesse des Caisses d'Epargne et des Banques Populaires pour imposer François Pérol à leur tête. Le chantage fut limpide, à en croire les témoignages recueillis par les juges et publiés par le Monde ce 19 février.
Ainsi  ce samedi 21 février 2009 à l'Elysée, Bernard Comolet (Caisses d'Epargne) et Philippe Dupont (Banques Populaires), "écoutent le président de la République dicter ses exigences." Les deux institutions ont besoin de 5 milliards pour faire face à la crise financière. Sarkozy leur dit banco, à condition qu'elles désignent Pérol à leur tête. La fusion était en route.

3. Avant le 6 mai 2012, le ministère de la Justice s'est opposé à la mise en examen de François Pérol. Une première plainte de l'association Anticor en 2009 a été classée sans suite. Puis, rappelle l'avocat d'Anticor, "les syndicats CGT et Sud des Caisses d'Epargne ont pris le relais en se constituant partie civile, rejoints par Anticor." Mais, explique-t-il, 
"le parquet a estimé que les syndicats étaient irrecevables". Deux ans et deux tribunaux plus tard, une information judiciaire est enfin ouverte en 2012. Début février 2014, François Pérol a été mis en examen  pour « prise illégale d'intérêt » dans le cadre de cette enquête sur les conditions de sa nomination à ce poste en 2009.

4. La nomination de François Pérol à la tête de l'entité fusionnée BPCE (Banques Populaires Caisses d'Epargne) n'a pas respecté les plus élémentaires règles de déontologie. A l'époque, la chose avait fait scandale. En quelques jours, en mars 2009, Pérol est successivement nommé à la tête des Banques Populaires et des Caisses d'Epargne, puis président du conseil de surveillance de leur filiale commune Natixis. Nicolas Sarkozy et ses proches ont d'abord voulu faire croire que la Commission de déontologie avait donné son accord à ce transfert. C'était faux. La Commission de déontologie n'avait pas été consultée alors que son avis est requis en la matière. Le président de la commission, Olivier Fouquet, avait rendu un avis consultatif... défavorable. Plus tard, il raconte aux juges comment Claude Guéant, alors secrétaire général de l'Elysée, l'avait appelé pour obtenir son aval. "M. Guéant ignorait tout du fonctionnement de la commission (…), du délai d'instruction des affaires". Guéant explique que la nomination de Pérol est prévu sous huitaine. La pression subie par Fouquet indigne Emmanuelle Mignon, pourtant ancienne proche collaboratrice de Nicolas Sarkozy.


5. Pérol se défend, il dément tout rôle actif. Simple conseiller du monarque, simple missionné par le Monarque. L'avocat des Caisses d'Epargne de l'époque dément: " C'est Pérol qui menait les débats, confirme Alain Lemaire, le numéro deux de l'Ecureuil. Je me souviens d'échanges houleux, et notamment d'un où Pérol nous a mis la pression (…). Nous n'aurions jamais l'accord des pouvoirs publics si nous n'acceptions d'intégrer les filiales au futur organe central." Pourtant, le juge Roger Le Loir a reçu quelques témoignages édifiants dont certains anonymes. Et il a compris que cette fusion bancaire était, d'après Pérol, "une belle opération stratégique comportant démutualisation totale ou partielle".

6. La fusion des Caisses d'Epargne et des Banques Populaires a été décidée, imposée par Nicolas Sarkozy. La nomination de François Pérol également. Bizarrement, personne n'a retrouvé les archives de Claude Guéant à l'Elysée. D'après Mediapart, l'affaire "commence en 2004 quand Nicolas Sarkozy cesse d'être ministre des finances pour devenir ministre de l'intérieur."

Que retenir ? Un président bien volontariste pour user de son pouvoir et imposer la nomination d'un proche à la tête d'un établissement bancaire.



Lire aussi:

 

20 février 2014

Sarkozy, Hollande, quand le président joue aux VRP

François Hollande termine une séquence patronale tournée vers l'international. Un voyage aux Etats-Unis la semaine dernière pour mieux séduire quelques entreprises et entrepreneurs, une réunion à l'Elysée avec une trentaine de patrons de multinationales étrangères...

Hollande veut rassurer, comme nombre de ses ministres.

Politique de l'offre oblige, il s'agit d'expliquer combien la France est un pays séduisant. Et oui, pour le coup, le pays reste attractif, n'en déplaise aux grincheux. Mais la démarche toute commerciale de notre président français pouvait en rappeler une autre, rappelez-vous.

Elle avait même inspiré les deux trublions de la Chanson du Dimanche, il y a longtemps.



Nicolas Sarkozy jouait au VRP comme avant lui Jacques Chirac. Il était brouillon, arrogant, vantard. Tee-shirt mouillé, il savait "jogguer" comme un business man. Avec ses Ray-Ban au G8, il surjouait le Bling-Bling.

Hollande est plus classique, plus souriant, il parle un peu mieux, à peine mieux l'anglais.

Il préfère le fond - des annonces - à la forme, cette vraie-fausse familiarité avec le monde patronal international.

Hollande rencontre toujours des dictateurs, Sarkozy leur déroulait un tapis rouge.

Cette chanson nous rappelle que tout était à vendre dans l'ancienne Sarkofrance. On moque encore Arnaud Montebourg qui empêcha Yahoo de mettre la main sur Dailymotion. On néglige Sarkozy qui vendit une fraction du pays au Qatar avec l'aide d'un nouveau régime défiscalisé pour investisseurs des Emirats.



Les douze travaux de l’UMP

Il paraît que c'est le titre provisoire de cet ouvrage collectif, préparé par quelques ténors et sous-ténors de l'UMP: "Les douze travaux de l’opposition".

Il s'agirait d'une initiative de Benoist Apparu, ex-secrétaire d'Etat au Logement de Nicolas Sarkozy. Il aurait convaincu les "douze principales personnalités UMP", des anciens ministres.

  1. Jean-François Copé
  2. Alain Juppé
  3. François Fillon
  4. Jean-Pierre Raffarin,
  5. Laurent Wauquiez
  6. Valérie Pécresse
  7. Bruno Le Maire
  8. Nathalie Kosciusko-Morizet
  9. Brice Hortefeux
  10. Xavier Bertrand
  11. François Baroin. 
  12. Benoist Apparu
La démarche est risquée. Elle fait penser à autre chose que les douze travaux d'Hercule, même si les personnalités sont, à de rares exceptions près (*), des personnes largement respectables.

Benoist Apparu explique: "L’idée de ce livre m’est venue pour deux raisons: le manque de travail collectif au sein de l’UMP, alors qu’il y a beaucoup de travail des uns et des autres à titre individuel. Ensuite, la nécessité de travailler sur le fond".





Que fait le sinistre Brice Hortefeux dans cet aréopage ?

Nous pouvions suggérer 6 travaux, chacun titanesque pour la droite dite classique.

1. Soutenir la lutte contre stéréotypes femme/hommes et, d'une façon plus générale, la progression des droits.
2. Refuser toute sympathie, a fortiori toute alliance, à l'égard du Front national.
3. Proscrire tout action séditieuse
4. Reconnaître la défaite de 2012
5. Désavouer l'homme de la défaite de 2012, faire l'inventaire du sarkozysme.
6. Imposer des primaires à droite



19 février 2014

Bruno Gollnisch lit Sarkofrance et Elie Arié

Faut-il s'en féliciter ?

Dans un article intitulé, très sobrement, "Ils aboient, ils mentent, ils trichent, ils se trompent … ils (f)ont peur!", le 29 janvier dernier, l'élu frontiste publiait une charge contre les récentes critiques dont son parti fait l'objet. On imagine que l'article n'est pas de lui, car il cause sur lui à la troisième personne du singulier. Mais le billet est éloquent de rage.

L'homme dérive et dérape sur ses fondamentaux, "Refus de la monnaie unique, de la dictature bruxelloise, des diktats ultra libre-échangistes, de l’immigration-invasion, de la culture de mort; défense de nos libertés, de nos identités, de la famille, des valeurs helléno-chrétiennes", et voici enfin l'hommage. Ces "convictions" frontistes "sont tout simplement celles d’une droite nationale, populaire et sociale" et "sont le socle du FN".

Or, rappelle-t-il, "il est important de le rappeler car les mauvais fantasmes ont la vie dure. En témoigne la lecture du tract baptisé article (involontairement comique) du dénommé blogueur Juan Sarkofrance sur le site de Marianne qui recycle tous les poncifs d’une cellule avinée de militants gauchistes désespérés."

Merci monsieur, c'est un honneur que d'être votre ennemi.

Nous ne sommes pas seuls. Notre confrère Elie Arié s'en prend une également.

"Dans le même registre, toujours sur le site de Marianne, le blogueur Elie Arié « graphomane » (sic) socialo-chevènementiste, s’efforce lui aussi d’écrire l’avenir du FN à la lumière de sa boule de cristal. Il s’inquiète de ce que « l’idéologie («d’extrême droite classique» soit ) «toujours présente (au FN) dans l’importante minorité regroupée autour de Bruno Gollnisch
Il suppute aussi l’impasse dans laquelle serait le FN, «coupé de toute alliance possible », «de toute possibilité d’accéder au pouvoir», en l’absence d’ «accords de désistements réciproques» avec la droite classique aux législatives."
Terminons par les voeux de M. Gollnisch, car il faut les entendre, parfois, pour les croire.


Yallah !



Traité Transatlantique: libre-échangistes, mais pour qui ?

Le 4ème round de discussions débute en mars, à Washington.

Depuis huit mois, Européens et Américains négocient dans un trop grand secret un accord commercial global baptisé "Traité transatlantique". Il vise à assouplir les conditions d'échanges commerciaux entre les deux parties. A l'heure de l'open-data - promu en France par le gouvernement lui-même - et de la transparence 2.0, le secret qui entoure ces discussions ne peut qu'alimenter les rumeurs et cacher le pire.


On comprend mieux pourquoi s'énerver quand Hollande exprime le souhait d'accélérer les négociations de libre-échange. Les raisons sont simples, et régulièrement rappelées par diverses ONG dont Attac.

1. L'agenda de chaque partie est mal connu. Au printemps 2013, la France a obtenu, avant le début des négociations, que la Culture soit exemptée de ce marchandage. Les sujets de désaccords sont connus dans les grandes lignes, l'agriculture et la culture. Mais il faudrait compléter la liste: " services publics, OGM, viande aux hormones, volaille chlorée, indications géographiques, agriculture, marchés publics, accord commercial anticontrefaçon [ACTA], protection des données privées, marchés publics" rappelait l'eurodéputé écologiste Yannick Jadot à l'automne dernier. Mais ils sont peu explicités dans leur détail qu'on nous promet complexe. Ceci empêche toute mobilisation sociale ou politique (ONG, partis politiques, organisations syndicales), autre que celle des lobbies spécialisés, mieux équipés pour cibler leurs actions sur des dossiers précis.

2. En octobre, les ministres européens du commerce ne sont pas parvenus à se mettre d'accord sur ... la publication du mandat de négociations qu'ils confiaient à la Commission !  Nicole Bricq, pour la France, réclamait cette transparence, qui lui fut refusée par ses collègues allemand, danois et hollandais.

3. La Commission européenne effraie. C'est elle qui conduit les négociations au nom de l'Europe. Elle n'est que trop connue pour son inclinaison libérale.

4. Le contrôle parlementaire est très faible: la Commission submerge les députés membres du Comité pour le Commerce International (INTA) de plusieurs milliers de pages de documentation chaque mois.

5. La Commission européenne a plus souvent rencontré des grandes entreprises que des ONG et des syndicats, comme en témoigne Attac, chiffres à l'appui.

6. Les évaluations chiffrées des "gains" d'une plus grande ouverture des relations commerciales entre l'Europe et les Etats-Unis sont au mieux simplistes, au pire farfelues. D'après des calculs que d'aucuns qualifieraient de fumeux, la Commission évalue à 545 euros par an en moyenne le gain de pouvoir d'achat d'un ménage européen.
Independent research shows that TTIP(*) could boost:
  • the EU's economy by €120 billion;
  • the US economy by €90 billion;
  • the rest of the world by €100 billion
Source: Commission Européenne

7. Fin janvier, le délégué européen Karel De Gucht a voulu rassurer, tout en précisant les sujets de débat et d'inquiétude. Primo "l'Union européenne ne va faire faire ces choses-là à cause du TTIP", déclarait-il à propos d'un éventuel abaissement des normes de protection alimentaire et environnementale. Secundo, il y a en discussion les procédures d'investissement étrangers et, en particulier, la résolution des litiges entre investisseurs et Etats d'accueil. Les Américains réclament que l'UE reconnaisse la primauté des tribunaux arbitraux privés sur les juridictions nationales. Karel De Gucht reconnaît l'inquiétude ("Je comprends, par exemple, que les gens s'inquiètent quand ils voient une compagnie de tabac attaquer le gouvernement australien devant un tribunal arbitral à cause d'une interdiction de logo et design sur les paquets de cigarettes.") Car le danger est bien là, dans une contestation privée des politiques publiques au nom du sacro-saint Libre-Echange.

Sur ce sujet, le délégué européen a promis une "large consultation publique", pendant 3 mois, à partir de mars prochain.

Au moment où le 4ème round de négociation débute.




Lire aussi:


NB: TTIP : Transatlantic Trade and Investment Partnership

18 février 2014

Finalement, Copé est contre les stéréotypes Femmes/Hommes #ABCDegalité

Il est mal à l'aise, Jean-François. 

Président désigné puis contesté d'une UMP qui se cherche entre manif anti-gay, dérives frontistes, surenchères soraliennes contre l'égalité filles/garçons et triangulation hollandaise sur la politique économique, Jean-François Copé cherche sans trouver le bon positionnement.

Il nous avait fait rire ou pleurer, il y a une dizaine de jours, en exhibant un ouvrage pour enfants, publié voici 3 ans et sobrement titré "Tous à poil". Copé courrait après une mauvaise polémique. Il tentait d'expliquer combien certains parents avaient "raison d'être inquiets" devant l'enseignement pourtant inexistant d'une fumeuse théorie qui voudrait nier les genres.

Confondre les distinctions sexuelles pour défendre les inégalités Femmes/Hommes, la belle idée !

Mais voici que ce mardi 18 février de l'année 2014, Jean-François Copé fut enfin coincé, gentiment coincé, lors d'une interview sur RTL.

Elle était matinale, cette interview, mais on remerciera l'homme pour sa franchise.

Oui, il faut lutter contre les stéréotypes et pour l'égalité femmes-hommes dès l'école.



Hollande face aux mega-patrons

Ils étaient 34. Trente-quatre patrons de multinationales étrangères implantées en France, reçus à l'Elysée, salon Murat. Le Président de la République était là en personne. Non pas pour faire l'accolade, s'afficher sympathique ou faire des photos prouvant combien il est à l'aise dans cet univers. Ces entreprises-là - General Electric, Intel, Kingfisher, Nestlé, Rakuten, Samsung, SAP, Siemens…-  peuvent peser lourd - "850 milliards d'euros de chiffre d'affaires cumulé, présentes dans 19 pays sur les cinq continents et employant plus de 3 millions de salariés, dont 100.000 personnes dans l'Hexagone" nous décrit le Figaro. Dans l'atmosphère néo-libérale générale, on a déjà entendu pire. En son temps, Nicolas Sarkozy raillait l'absence de grèves.

François Hollande a la diplomatie économique aussi triste qu'il l'espère efficace. 

L'opération de relations publiques dépassait le cadre élyséen. Elle s'adressait à plus large, au-delà des frontières. En 2013, nous racontait-on ce lundi 17 février, les "décisions d'investissements prises par des groupes étrangers" ont baissé de 1,2 % par rapport à l'année précédente, pour atteindre le nombre de 685 (et 29 631 emplois), d'après l'Agence pour les investissements internationaux.

Pour l'affaire, Hollande avait ressuscité un "Conseil stratégique de l'Attractivité". Le machin fleure bon la IVème République. Il avait été créé en 2004 par Jean-Pierre Raffarin. Ce lundi matin, Hollande avait effacé Pierre Moscovici, son ministre de l'Economie. C'est dire si la chose était importante.

Quelques annonces, concrètes, pour simplifier la vie des "amis" investisseurs étrangers. Qui se plaindra de la cause ? Elle dépasse les clivages. Ces derniers portent sur d'autres choses. Pour l'heure, les mesures "disparates" étaient pourtant "attendues".

1. Un nouveau bureau pour faciliter la venue des investisseurs étrangers, via la fusion de l’Agence française des investisseurs internationaux et d’Ubifrance: 1.500 salariés dans 65 pays, 200 millions d’euros de budget avec une présence dans 65 pays.

2. Un "passeport talents" pour les chercheurs et travailleurs hautement qualifiés. Il avait été annoncé en novembre 2012. Pas grand chose à voir avec les quotas d'immigration par métier créés par Nicolas Sarkozy en 2007. A l'époque, l'ancien monarque criait sur tous les toits combien il voulait supprimer l'immigration familiale au profit de l'immigration économique "choisie". Il avait créé en 2007 une carte "compétences et talents" qui n'avait séduit que 500 titulaires, à forces de durcissement par ailleurs des conditions d'accueil des étrangers. Deux ans après sa création, elle avait attiré moins de 500 personnes en France.

3. Une carte de séjour assouplie pour les étudiants étrangers, aligné sur la durée de leurs études en France.

4. Des facilités d'accès pour les entrepreneurs qui se rendent régulièrement en France pour affaires: un visa plus long - 5 ans; et une procédure accélérée en 48 heures au lieu de plusieurs semaines actuellement pour la délivrance de visa.

5. Aide (de 25.000 euros) et accompagnement les start-up numériques étrangères qui s'installent en France.

6. Simplification du régime de TVA en 2015 pour les entreprises exportatrices (avec dématérialisation des procédures douanières à l’import ou à l’export).

7. Suppression de la déclaration préalable à l'embauche pour créer une entreprise en France par un investisseur étranger. Et création d'une déclaration sociale unique, mensuelle et dématérialisée.

Mais le gros truc, l'énorme était ailleurs. A ces patrons secoués par le coup de matraque fiscal de l'an 2012/2013. Hollande voulait promettre une (relative) stabilité fiscale et même sociale. En d'autres termes, il s'agissait de pouvoir "valider" avec l’administration fiscale, "en amont" les règles applicables aux investissements étrangers. Les entreprises concernées "pourraient aussi bénéficier de ce dispositif de rescrit dans le champ social, ce qui serait totalement novateur et plus difficile à imaginer", relatent les Echos quelques après l'intervention présidentielle. "Les autorisations d’activité sur le territoire, une fois obtenues, ne pourraient en outre plus être remises en question."


17 février 2014

Hollande impopulaire, et alors ?

C'est le grand jeu. Chaque semaine, presque chaque jour que compte l'année depuis son élection, François Hollande se voit évaluer à l'aune des sondages de popularité. On commente ses courbes, calculées à partir de quelques échantillons, comme celle d'une température d'un malade en fin de vie.

40, 30, 20 ... jusqu'où s'arrêtera la chute ?

"Record de mécontents pour François Hollande et Jean-Marc Ayrault. Le couple exécutif continue de s’enfoncer dans l’impopularité. Pour François Hollande, cela reste stable en octobre mais toujours à 23%. C’est-à-dire son plus bas niveau depuis le début du quinquennat."
Journal du Dimanche, 16 février 2014

Hollande impopulaire... et alors ?

La popularité est une affaire de circonstances. Depuis quelques semaines, on observe ainsi que les anciens chouchous des cotes sondagières perdent de leur superbe, sans pour aiyant qu'on puisse en tirer quelques conclusions. Ainsi Christiane Taubira serait moins appréciée, tout comme Manuel Valls, son exact contraire politique au sein du gouvernement Hollande.

En France, comment s'étonner d'une cote de popularité présidentielle tombée à 16 ou quelques pourcentages ? En coulisses, on s'interroge. Hollande s'est coupé de sa gauche.

On lit, ici ou là, sur les réseaux sociaux ou dans les blogs, quelques droitistes réclamer ou prier pour qu'Hollande démissionne au motif que sa cote sondagière serait un désaveu politique. Ces gens-là, qu'on ne saurait réduire à la poignée d'excités séditieux du quarteron d'Hollande-Démission, ont un problème avec la République. Celle-ci repose sur des votes, pas des sondages. En France, dans cette quinzième année du 21ème siècle, certains esprits faibles se laissent aller à des comportements anti-républicains ou franchement séditieux. Les plus virulents des antisarkozystes ne réclamaient pas une démission de l'ancien monarque Nicolas. Celui-ci pourtant accumulait des casseroles judiciaires qu'il aurait été "empêché" assez rapidement si nous étions états-uniens.

Réclamer la démission d'un président au motif de mauvais sondages est illégitime, anti-démocratique, et sans doute assez crétin.

Car la marge de manoeuvre de François Hollande est politiquement immense: nous sommes en Vème République, qui l'a oublié ? Son opposition est majoritaire dans les sondages, minoritaires dans les urnes car divisée entre une gauche déçue ou radicalisée, un centre disparu, une UMP désemparée et un Front national silencieusement triomphateur. Hollande est au centre de tout cela. Son avenir politique au-delà de ce premier mandat est compromis car la gauche ne se mobilisera plus. Pour les prochains scrutins, nombre de leaders socialistes pointent le risque de l'abstention.

Mais cela ne donne pas pour autant de visibilité aux alternatives: la "gauche de la gauche" n'a pas fait la démonstration politique de ses forces ni de son élan. Le Front national serait une rupture néo-fasciste - au sens quasi-historique du terme. L'UMP est rongée par des rivalités internes et une "Tea-partisation" d'un segment de son électorat. Quand au centre-droit, il ne se différencie de François Hollande que par son aptitude à s'allier à l'UMP elle-même tentée par le FN. Bref, il n'y a pas de front anti-Hollande comme il y avait u antisarkozysme protéiforme capable de virer l'ancien monarque.

Hollande subit un désaveu personnel sur fond d'indifférence collective plus ou moins rageuse.

La marge de manoeuvre de François Hollande est si politiquement immense qu'on ne comprend pas la droitisation de son discours. Sur le fond, la pratique n'a pas changé. Les 30 ou 35 milliards d'euros d'allègements de cotisations familiales des entreprises ne sont qu'une annonce. Le Crédit d'Impôt Compétitivité Emploi ne coûte pas (encore) 20 milliards d'euro. La (mauvaise) loi de flexi-sécurité adoptée en 2013 n'a ni supprimé le CDI, ni accéléré les plans de licenciement.

Bref, la politique de l'offre se réduit à peu de choses dans les faits. Elle agite la gauche, agace la droite, rassure les éditocrates et quelques patrons. Le discours, et les textes, sont là, et forts. Hollande suit une voie qu'on nous décrit comme inéluctable à plus d'un titre: elle serait conforme à l'intime conviction de l'actuel locataire de l'Elysée, à l'environnement économique général, aux souhaits de la majorité de nos concitoyens.

En réalité, rien n'assure la validité de ce triptyque quasi-idéologique: en démocratie, l'intime conviction d'un homme compte moins que la conviction du plus grand nombre. Si la réduction des déficits semble une évidence, rien ne prouve qu'améliorer les marges des entreprises relancera la consommation (sic!). Mais, plus essentiel encore, qui peut dire que nos concitoyens sont convaincus par cette politique de l'offre si théorique ?

Personne.








16 février 2014

Les 5 videos politiques de la semaine #354

L'actualité politique de la semaine, vue par 4 blogs #S01E20

Nouveau tri sélectif et subjectif de quelques billets de la blogosphère politique qu'il ne fallait pas rater cette semaine.

L'amélioration des algorithmes de Google est une question qui intéresse forcément quiconque écrit ou lit des blogs (politiques) amateurs. Le géant du Net, qui héberge nombre de blogs (dont celui de votre serviteur), a réalisé plusieurs modifications dans son mode de référencement des articles qui affectent la visibilité de ces derniers. Dernier exemple en date, l'onglet "Blogs" n'existe plus dans la page d'accueil de Google.

Aussi la création d'une nouvelle plate-forme de partage d'articles devrait-elle attirer l'attention. Rebble, c'est son nom, est en version beta-test. Nicolas s'en est fait l'écho. D'autres blogueurs politiques l'ont déjà rejointe.

Un tiers de nos compatriotes partageraient les idées du Front national. Pourquoi ce parti est-il le seul à bénéficier de cette persistante curiosité médiatique ? Qui a demandé combien de nos concitoyens partageaient les idées de l'UMP, du PS ou du Front de Gauche ? Cette manière, prétendument désintéressée, de replacer le FN au centre l'échiquier politique est quelque chose de surprenant.

Cyril Marcant revient sur une sale rumeur qui conduisit quelques maires de Seine-Qaint-Denis, en octobre dernier, à porter plainte. Le Front national, prétendument normalisé par Marine Le Pen, continue à instrumentaliser ce qui reste un mensonge. "En réalité, et ces propos vont bien dans ce sens, le FN est un parti fondamentalement raciste. C'est un parti qui n'hésite pas à mentir pour alimenter des peurs irraisonnées chez des électeurs perdus alors qu'ils ont besoin d'être rassurés sur le monde dans lequel ils vivent."

Un nouveau blog s'est ouvert, StopBashing. Les blogueurs de gouvernement auraient-ils disparu ? Voici un site qui veut "faire du bien", être une réponse au "dénigrement en continu de l'action du Président de la République et du Gouvernement" est à l'origine de ce site. Ce "site est le vôtre, il vous donne la parole pour rétablir, chaque fois que vous la verrez, lirez ou entendrez bafouée, la vérité sur l’action du Gouvernement." Nicolas, encore lui, en dévoile les coulisses.


Les blogueurs politiques peuvent sauter le pas. Arnaud Mouillard est de ceux là. Il est candidat aux prochaines élections municipales, à Blacqueville (Haute Normandie), une petite commune de 624 habitants. La politique, c'est aussi du concret, et du local.

A vos claviers !


15 février 2014

354ème semaine politique: Hollande, "où est passé Che Guevara ?"

François Hollande file à Washington. Le climat politique n'est pas plus calme, on s'échauffe encore, en France, sur son Pacte de Responsabilité.

Pourtant, comme s'il n'en avait cure, notre actuel président en rajoute une couche sur le libre-échange. Un accord transatlantique, trop secret, trop opaque, sans agenda officiel autre que de faciliter les échanges commerciaux, inquiète et trouble. Hollande, sans doute trop heureux par son voyage réussi, balance l'improbable. Il faudrait "accélérer" la conclusion de ces négociations entre l'Europe et les Etats-Unis.

Aux Etats-Unis, Hollande fait un joli coup. Les journalistes qui l'accompagnent sont ravis, parfois ridicules. Le voyage est réussi. Les gesticulations sarkozystes d'antan, mélange de jalousie puérile et d'excitations désespérées, sont bien loin. Obama boudait Sarkozy. François s'entend bien avec Barack. Le dîner d'Etat, mardi soir, est un show. A droite, même un Frédéric Lefebvre jadis si virulent reconnaît la stature. Surtout, nos médias français applaudissent cette "mue" présidentielle. Hollande, en Californie, est "allé capter le souffle de la reprise et l'esprit d'entreprise qui font cruellement défaut au pays."

Il rencontre des "géants de l'internet". Et rappelle que la France est le 8ème pays d'investissement en capital-risque.
En parallèle, un certain patron du MEDEF, Pierre Gattaz, commet le couac qu'il fallait. Il refuse publiquement toute contrepartie d'embauche à ses allègements de charges si chères à Hollande. Deux jours après, Gattaz se contredit encore. Dans les colonnes des Echos, Lionel Stoleru, un ancien ministre de Giscard et de Mitterrand version 1988, explique combien ces économies ne serviront aucunement l'emploi dans le secteur concurrentiel.

B-A BA  de l'économie de marché...

Il n'y aura pas de contreparties. Comment faudra-t-il l'écrire ?

Plus loin, plus tard, jeudi, Pierre Moscovici joue au ravi de la crèche à la lecture des dernières statistiques de l'INSEE.
La croissance, timide, repart. Mais il faut applaudir. "Tous les indicateurs s'inversent", enfin: 14.700 emplois nets créés au dernier trimestre. La zone euro n'est pas en reste. La France est juste dans la moyenne. L'Italie perd son gouvernement - Letta démissionne - mais sort la tête de l'eau après 2 années de récession. Moody's lui redonne quelque crédit. Mais dans cette zone euro, combien de pauvres désormais ?

L'austérité est aussi au coin de la rue. Le gouvernement cherche 50 milliards d'euros d'économies d'ici 2017. Le ministre du budget cherche et teste. On entend qu'il propose de geler la revalorisation des promotions de fonctionnaires, une bombe. Au Parti socialiste, la grogne s'exprime à découvert.

En France, 35 personnes sans abri sont mortes en janvier.

Face à la gauche qui attend la gauche, la droite furibarde s'égare. On nous ressort l'énième sondage sur la propagation des idées frontistes dans l'opinion. Des militants d'extrême droite veulent purger nos bibliothèques scolaires des ouvrages qu'ils jugent tendancieux. Jean-François Copé tente la petite polémique sur un livre-jeunesse - "Tous à poil" - recommandé par une association de parents d'élèves... en 2009. Luc Chatel, ancien ministre de l'Education, et Nadine Morano, future députée européenne, recommandent aux parents la vigilance et de filtrer les lectures de leurs gamins.

A quand l'autodafé en place publique ?

La ministre Najat Vallaud-Belkacem, renvoie les balles. Elle bataille contre ces outrances. Sa cote progresse dans l'opinion. Celle de Valls baisse encore davantage. Un responsable syndical d'Alliance fait campagne pour la réélection du maire Gaudin à Marseille.

Nicolas Sarkozy se fait acclamer comme une rock-star dans un meeting de campagne de la candidate Nathalie Kosciusko-Morizet. Selon le Point, son ancien conseiller de l'ombre, Patrick Buisson, l'enregistrait à son insu quand ils étaient à l'Elysée.

Hollande, de retour à Paris, réunit son conseil de Défense. En Centrafrique, le contingent français sera renforcé jusqu'à 2.000 hommes. Les massacres de civils perdurent. La France est seule pour le ménage. Hollande retrouve ses mauvais sondages, sa gauche énervée ou abstentionniste, sa droite "extrémisée", son centre disparu.

Lundi, premier conseil stratégique de l'attractivité.  Hollande prolonge son match américain. Il recevra les dirigeants de 30 entreprises internationales.

"On n'a pas élu Che Guevara".

Certes.

Mais nous n'avons pas élu Barack Obama ni Bill Clinton non plus.





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