3 février 2014

Quand Ayrault enterre une loi sur la famille

Les réacs ont gagné. On leur a donné raison, pour cette année au moins. On a accepté de reporter sine die avant qu'elle n'ait été écrite, présentée, votée, une loi sur la famille.

Il y a donc des sujets dont on ne peut plus discuter en Sarkofrance. 

Au lendemain d'une "Manif pour tous" et surtout pour eux, plusieurs membres du gouvernement jusqu'au premier d'entre eux ont confirmé que la loi sur la famille ne serait pas  présentée en 2014. Autrement dit, elle est enterrée.

De cette loi, on en savait peu. C'était normal. La France furibarde est un pays qui râle avant de savoir, proteste avant de connaître, disqualifie avant de discuter. Cette excitation colérique n'est pas nouvelle. La France l'a connu dans les années 30 ou 40. Mais aussi pendant la guerre d'Algérie, ou avant le premier conflit mondial. Quand les modèles sont instables, que les oppositions deviennent trop aigües pour un personnel politique dépassé.

Le gouvernement s'est rapidement couché. La gauche furibarde, incarnée par Jean-Luc Mélenchon, a eu beau jeu de railler cette volte-face: "Avec le Parti socialiste (PS), la droite est cajolée, le Medef admiré, l'église choyée. La gauche est trompée, répudiée. (...) Notre heure viendra. J'appelle à des élections qui infligent aux listes gouvernementales une sévère punition". Oublions le sale terme volontairement utilisé par Mélenchon - "répudiée". Le leader du parti de gauche tombe comme souvent dans l'excès, reprenant les formules réactionnaires usitées à l'UMP pour désigner la séparation Hollande/Trierweiler. Il le sait, il l'a fait exprès. Qu'il assume.

Mais sur le fond, n'a-t-il pas raison ? Oui. Une manifestation de quelques dizaines de milliers de réactionnaires en panne de slogans et de causes, et voici que Matignon annonce, dès le lendemain: "Le gouvernement ne présentera pas de projet de loi famille cette année". Le matin même, sur RTL, Manuel Valls, pourtant simple ministre de l'intérieur, avait affirmé qu'il n'y aurait "pas de PMA ou de GPA " dans le projet de loi Famille, et que "le gouvernement s'opposera[it] aux amendements à ce sujet".

Il n’y aura pas de loi de famille cette année. Et nous sommes qu'en janvier.

Enterrement ?

Il y aura des PMA en France, ou ailleurs. C'est une évidence. La loi n'encourage pas, elle régularise, elle sécurise, elle garantit des droits.

Cette journée a au moins fait une victime, la crédibilité de Béatrice Bourges, l'autoproclamée présidente du Printemps français, qui vient d'interrompre son jeûne si discret. Elle attendait pourtant "la destitution" du Président de la République, rien que cela. "Je demande cela au nom de son impopularité et de son incapacité à gouverner"

Rentrez chez vous, madame.

Et soignez-vous.


9 commentaires:

  1. Il n'empêche qu'avec ce nouveau repli on se demande si le gouvernement gouverne encore. Quant à sa popularité... il y a bien longtemps qu'elle est partie en fumée.
    Le voilà englué également sur les réformes sociétales et il démontre qu'il n'est plus en mesure de faire des propositions sans se retrouver quasi immédiatement confronté à la rue en colère.
    Belle réussite en milieu de mandat. On attend la suite avec une curiosité certaines. Que vont-ils bien pouvoir faire maintenant ? Attendre la fin du mandat de Hollande en faisant le dos rond ? De nouveau presque trois ans à ne rien faire, à se "chiracquiser" ?
    Donner du temps au temps.... On ne pensait pas que ça durerait autant tiens.

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  2. il n'est pas le premier gvt à reculer (rappelons nous le CPE)
    et qui a envie de voir quelques milliers de fachos ou sympathisants polluer nos rues tous les dimanches avant les élections de cette année

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  3. Sale terme "répudiée" ?

    Il eût été très étonnant que tu ne trouves pas une façon (ou une autre) d'associer de façon négative (pour ne pas trop changer) Mélenchon ou le Parti de Gauche (qui hérite d'ailleurs d'un petit p, lui, dans ton billet et n'a pas le droit au lien vers le communiqué cité) parce que "furibard", "colérique", "dans l'excès" (forcément.. bien sûr), face à l'électoralisme pseudo apolitique que recherche le PS avec ce reniement, ce renoncement, ce rejet de ce qui avait été proposé et accepté à gauche.. mais satisfaisant qui demandera encore demain la démission de Hollande.

    Un comble.

    Si un mot utilisé par Sartre http://www.cnrtl.fr/definition/répudier Racine, ou Corneille http://www.littre.org/definition/répudier est repoussant parce qu'aussi sortant de la bouche de l'UMP (voire plus à droite), vu cet autre trop fréquent rapprochement sémantique (ici les "questions d'éthique" que soulèveraient désormais la PMA d'après Vallaud-Belkacem, là une "théorie du genre" n'existant pas mais qui ne serait pas défendue à l'école d'après Peillon, plus tôt le "coût du travail" ou le "trop d'impôts" d'après à peu près tout le monde désormais au PS, etc etc) si ce n'est idéologique (comme le rappelle Coronado, pas vrauchiste, insistant sur les "socialistes" qui résistent tant aux idées progressistes) avec les réactionnaires de ce pays s'opposant à l'égalité, préfères-tu que soit un peu plus soulignée la trahison en affublant le PS d'un néologisme créé pour l'occasion comme sociétal-traître ?

    La prochaine étape sera-t-elle de reprocher à Mélenchon, ou au PG, comportement et actes accomplis par les élus PS comme s'il n'y avait jamais rien à assumer de leur côté au-delà du fait d'être "dépassés", dans une si grande mansuétude que les conneries seraient signées d'un "on" collectif.. que pourtant seul la tête de l'exécutif choisit de faire voler en éclats ici ?

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    1. Te fais pas de bile, va. Pourquoi voir le mal partout ? C'est de la rhétorique, et le message qui passe est en faveur de Mélenchon.
      Cette première remarque permet à ceux dont l'orgueil est blessé à priori par Mélenchon (ie ceux qui peuvent pas le sentir) d'admettre le seul constat qui ait de l'importance :
      "Mais sur le fond, n'a-t-il pas raison ? Oui."

      Eût-il écrit un hommage sans retenue qu'on aurait perdu les pavloviens.

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    2. on est tous le plavovien de quelqu'un

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    3. Certes. Je corrige donc :
      "Eût-il écrit un hommage sans retenue qu'on aurait perdu des pavloviens."

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  4. "il n'est pas le premier gvt à reculer (rappelons nous le CPE)"
    Pourquoi remonter si loin ?
    Rappelons nous l'eco-taxe en toute simplicité.

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  5. Moi j’ai n’ai rien à redire à la phrase de JLM. Entendue sur France Inter, elle est concise, percutante, c’est le mieux de ce que l’on peut dire dans un laps de temps aussi réduit que ce que permettent les médias.

    Mais l’important, évidemment, est ailleurs.

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  6. JLM aurait du dire : " Enfin débarrassé d'une... emmeilleuse !

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