31 mars 2014

Hollande, 6 mai 2012. Et ?

Alors ?



Le 6 mai : de Tulle à la Bastille par francoishollande

Comment Valls s'impose au Monde

C'est une énigme, Manuel Valls pourrait devenir premier ministre. Juste avant le second tour des municipales, un article signé David Revault d'Allonnes dans les colonnes du Monde daté de samedi 29 mars, célèbre encore l'actuel ministre de l'intérieur.

Le titre pourrait faire hurler: "Manuel Valls se prépare discrètement pour Matignon."

Notez le choix du terme: "discrètement". Onze ans après l'Autre, on nous rejoue le même scénario du ministre de l'intérieur populaire, agité et ambitieux. Qui a vu de la discrétion ?

S'en suit deux longues colonnes où des proches de Manuel Valls expliquent pourquoi leur mentor est incontournable pour remplacer Ayrault le plus rapidement possible.

On attend la contradiction. 

Elle intervient dans la seconde partie de l'article. Elle est modeste. Jamais le journaliste ne pointe-t-il l'évidence: en quoi le ministre le plus populaire et le plus à droite de cette équipe Hollande pourrait il être exonéré de toute responsabilité dans les résultats du scrutin municipal ?

Pire, en quoi cet homme censé incarner la loi et l'ordre - ministère oblige - a-t-il contribué à désactiver l'instrumentalisation systématique de l'immigration et de la sécurité dans le débat politique ?

A t on noté un quelconque effet Valls dans les communes qu'il a visité ? 

La gauche de gouvernement perd son électorat et voici qu'on penserait à Manuel Valls. Dans son article, le journaliste normalise un peu plus l'idée de cette nomination, en amoindrissant les critiques, en gommant la réalité politique du scrutin local le plus récent.

Incroyable.

Ou pas. 

David Revault d'Allonnes a justement ci écrit un ouvrage sur l'ambitieux Valls, publié en janvier dernier.

Pourquoi ils ont tous perdu aux élections municipales

C'était une soirée comme les autres, plus triste que les autres. Un à un mais sans comprendre, nos responsables politiques défilaient sur les plateaux pour commenter la défaite ou l'insuccès de leurs voisins. Car, finalement, ce dimanche de second tour des élections municipales, on ne pouvait compter que des échecs.

Ayrault démissionné

Il ne s'agirait qu'une question d'heure. François Hollande a choisi la chaîne TF1, lundi 31 mars, veille de 1er avril, pour annoncer son successeur. Le scoop tombe dimanche soir sur Twitter, via Nathalie Schuck du Parisien. A la télévision, l'actuel premier ministre convient de l'échec: "ce soir est un moment de vérité. Je le dis sans détour : ce vote est une défaite pour le gouvernement et pour la majorité." La majorité ? Ayrault conclue son intervention, dimanche vers 22 heures, par une quinzaine de secondes de silence, face caméra.

Etrange.

Hollande est pressé, non pas par lui-même, mais par l'éditocratie et quelques politiques. Il faudrait renouvelé les hommes à défaut de changer de politique.

C'est un jeu institutionnel. Lundi soir, il est attendu sur TF1 pour délivrer son nouveau gouvernement, ou un message.

Suspense.

Le réflexe anti-FN a joué 

Le Front national n'a pas remporté le second tour des élections municipales. Passée la (mauvaise) surprise du premier tour, le parti mariniste a échoué à convaincre. Pire, il a mobilisé contre lui des abstentionnistes du second tour. Tous les proches de Marine Le Pen ont été battus un à un. Louis Aliot (Perpignan) Gilbert Collard (Saint-Gilles),  Florian Philippot (Forbach).

Marine Le Pen, quelque part vers 21h10 sur TF1, masque sa déception. Elle s'emballe: "nous allons démontré que nos candidats sont de bons maires."

Pourtant, le FN a progressé d'un tour à l'autre. A Perpignan, Louis Aliot améliore de 10 points son score. La vraie nouvelle est la victoire de l'inconnu Stéphane Ravier, un quadra qui présente bien qui remporte la mairie du 7ème arrondissement de Marseille - 40.000 habitants. A Béziers, Robert Ménard, soutenu par le FN, Debout la République et quelques autres souverainistes de droite, a gagné aisément le second tour. A Fréjus dans le Var (60 000 habirants), c'est David Rachline qui l'emporte. On ajoutera Villers-Cotterêts, Beaucaire, Hayange, le Pontet, Cogolin et le Luc.

C'est un succès pour le Front  national, mais pas une vague frontiste.

La gauche est-elle capable de comprendre ?
Le PS a connu pire. Il a compris qu'il avait perdu. A part ce constat d'évidence, quelle conséquences allait-il en tirer ? Plus à gauche ou plus à droite ?

Trois ministres socialistes ont été battus, la victoire de 2008 a été effacée. Le parti présidentiel sauve quelques meubles : Strasbourg, Lyon, Avignon et bien sûr Paris. Dans la capitale, quelques membres de l'équipe Hidalgo croient en leur modèle. 

Dimanche soir, Ségolène Royal demandait une réponse politique. "Les classes moyennes ont été mises à rude contribution. Les impôts, c'est le degré zéro de la politique."

La raclée pour le PS reste réelle. A Marseille, la raclée est totale. Mme Carlotti, est défaite dans son arrondissement. Sur TF1, l'inamovible Gilles Bouleau devine sa future démission du gouvernement.

A Grenoble, l'écologiste Eric Piolle emporte la mairie avec le Parti de Gauche, contre un socialiste local désavoué par les instances nationales mais obstiné. Jean-Luc Mélenchon, qui un temps pensait boycotter les plateaux ce dimanche soir, est calme et posé sur TF1.

La vague bleue ?

Où ça ? Statistiquement, l'alliance UMP/UDI/Modem a gagné: "Aujourd'hui, il est clair que l'UMP va remporter plus de la moitié des villes de plus de 9.000 habitants" commente Copé. La droite échoue à Paris, gravement. Elle l'emporte à Marseille, 

Sur tous les plateaux, Jean-François Copé répète son crédo: "avec le ni-ni, nous avons bien fait." L'homme assume son hostilité au Front républicain. Ce serait la martingale contre le FN. Les autres ténors répètent les éléments de langage bien connus: ce serait la défaite "personnelle" de François Hollande. Pour eux, il s'agit de ne pas disqualifier la politique mais simplement l'homme. Ils n'ont rien compris.

A Pau, François Bayrou est enfin président... enfin, maire. Elu sur son nom propre, avec une large victoire, 55 bureaux de vote sur 55. A la télévision, il exulte.


L'abstention, pire vainqueur
Plus de 40% des électeurs ne se sont pas déplacés. Chaque scrutin dépasse les records précédents. Ni vague bleue, ni vague bleu marine, ni sursaut à gauche. Si l'on ajoute les adultes non inscrits, c'est près de 6 Français sur 10 qui se sont désintéressés de ce scrutin.

En cherchant, on trouvait quelques belles surprises. Cette mobilisation réussie des habitants de Saillans, dans la Drôme, pour virer démocratiquement le maire sortant, en est une, très éloignée des appareils politiques nationaux, ou de la racaille frontiste.


30 mars 2014

La playlist politique de la semaine #video

L'actualité politique de la semaine, vue par 5 blogs #S01E26

Si vous en aviez marre des commentaires politiques habituels, il fallait se plonger dans les médias sociaux, le fameux Web 2.0, cette blogosphère où l'on écrit sans la stature de l'autorité officielle, et donc toute liberté.


Le blogueur Bibi vous explique pourquoi il n'est pas surpris: du "coffre-fort" municipal du PCF aux mensonges sondagiers dont nous avons l'habitude, des magouilles de Jacques Bompard à Orange au forum politique organisé par le quotidien Libération, le blogueur caustique s'attaque à quelques poncifs entendus lors de l'entre-deux tours des élections.

Agnès, du Monolecte, s'énerve contre le retour des incantations à l'homme providentiel. "La figure paternaliste de l’homme providentiel, du chef, du sauveur, de celui qui sait est totalement dépassée dans une société où le niveau général d’éducation et d’information n’a jamais été aussi élevé". La Vème République, dont les travers monarchiques sont connus et commentés, est obsolète. Agnès voit dans le résultat des élections municipales, un scrutin très personnalisé sur la figure du chef local, une illustration supplémentaire du "profond mécontentement quant au maintien de structures autoritaires dépassées". La professionnalisation de la vie politique est l'ultime étape de cette confiscation démocratique. Agnès traduit l'exacte exaspération collective et individuelle devant "cette rigidité intrinsèque du système démocratique", "sa capacité à reconduire sans cesse des formes hiérarchiques parfaitement rigides et étanches à la société civile qui rendent le processus électoral actuel aussi peu attractif, que ce soit en terme de vocation de candidats ou de simple envie de se trainer jusqu’à l’isoloir. "

Marco, d'Alter-Oueb, rappelle combien nous avons la mémoire courte. "On favorise donc les licenciements sans cause", s'indigne-t-il après la censure partielle par le Conseil Constitutionnel de la loi Florange. La droite se gargarise, Billancourt désespère, les citoyens ne voteront plus.

Nicolas, sur Partageons Mon avis, partage "l'immense solitude des pro-Hollande". " François Hollande a défendu une ligne politique parfaitement claire avant la primaire et a été désigné par une majorité des sympathisants de la plus grande force politique en France… Pour une phrase dans un discours, lancée pour dynamiser la campagne, la gauche a cru qu’il était devenu cryptocommuniste". Il s'amuse des "oppositions de principes" pas plus réfléchies qu'un réflexe pavlovien. Il revient sur la "vraie gauche", les erreurs du gouvernement, et les "réseaux sociaux". Critiquer ou soutenir Hollande est une sinécure parfois indispensable pour sortir des poncifs médiatiques.

Mike Hammer livre un (faux- autoportrait de Laurent Wauquiez. C'est écrit au vitriol et à l'acide; ça percute et fait mal, donc du bien. "Ensuite j’ai fait droit, non, pas pour défendre les arabes, pas déconner non plus, mais pour mettre mes pas dans les pas de mon père"...

29 mars 2014

360ème semaine politique: Marine Le Pen, maire du village France ?

DoZone Parody

On a cru un temps que Marine Le Pen avait été élue maire du village France. 

Dimanche dernier, les plateaux télévisés étaient encombrés de litotes sans fin sur le succès du Front national. Au sein de l'équipe Hollande, on a été surpris par l'ampleur de la raclée.

La France Bleu Marine

Il avait suffit de près de 400 qualifiés (sur 600), et d'une victoire à Hénin-Beaumont, 26.000 habitants, dès le premier tour - victoire symbolique car dans un ancien fief socialiste du Nord de gauche -  pour que le spectacle détestable soit réussi.

Oui, le Front national a déjà gagné ces élections. Les éléments de langage des uns ou des autres n'y changent rien. La progression des suffrages récoltés et le poids des villes où il est arrivé en tête en sont la preuve. Ce FN, seul à crier si fort contre l'euro, les immigrés, l'islam et la mondialisation, a séduit. On sait que le Front national est un épouvantail facile: il sert de repoussoir à une oligarchie trop heureuse de se trouver des causes faciles. Marine Le Pen est un allié objectif d'un système qui n'ose plus regarder ses propres faiblesses. On sait d'où vient le FN, ses horreurs et son passé. Nos médias relatent avec  prétendue normalisation

Jeudi, Marine Le Pen prévient: les municipalités frontistes ne seront ni des "laboratoires" ni des "modèles". Nulle rupture pétainiste, ni chasse aux sorcières, le FN version mariniste a planqué ses fachos. Il a refait la façade, sa seule rupture serait de "tenir ses promesses". La ficelle est grosse comme un cordage, mais quelques millions de Français s'en contentent.

Dimanche, on a cru un instant que Marine Le Pen avait été élue maire du village France.

La gauche perdue

A gauche, le grand perdant n'était pas François Hollande. Cela fait des mois, plus d'une année qu'Hollande subit un bashing qui n'est pas que sondagier. Les listes socialistes récoltent aujourd'hui ce qu'Hollande subit et sème depuis des mois. Quelques ministres vont perdre leur strapontin municipal. A Marseille, les guérinistes font alliance avec l'UMP Gaudin. Le grand perdant fut la gauche, à peine 37% des suffrages exprimés et un nouveau record d'abstention, 39% des inscrits, et un Sénat perdu aux prochaines élections de septembre...

Le Front de gauche, affaibli par des divisions locales, a résisté grâce à la survivance du communisme municipal et l'énergie de quelques autres. Mais il n'a pas su attirer pour compenser l'effondrement socialiste. Les écologistes tirent leurs quelques épingles du jeu. Mais les éditocrates préfèrent commenter le rebond mariniste que cette résistance-là.

Qui est surpris ?

En face, la droite rassemblée, le Modem absorbé dans l'UDi, elle même UMP-affiliée. Cette grande droite-là ne voulait pas se faire voler la victoire. Qu'importent les principes, pour Jean-François Copé, le Front national n'était plus une si grande menace. Il refuse tout front républicain. Plutôt le FN que le PS. Sur un plateau télévisuel, le jeune Guillaume Peltier (UMP) en rajoute. On nous ressort Laurent Wauquiez qui déteste le RSA. Henri Guaino qui croit toujours écrire pour de Gaulle; Brice Hortefeux qui espère passer entre les gouttes des affaires Sarkozy. La cohorte des amnésiques ou des hypocrites, les mêmes formules pour désigner des problèmes qui existeraient "depuis 40 ans", comme si Nicolas Sarkozy n'avait jamais existé. Cette droite-là a eu le temps de repasser sa robe pour se présenter comme une première fraîcheur devant les électeurs. Elle endosse les mauvaises questions du FN, partage certaines de ses réponses, s'étouffe contre le "coût du travail" et les "rigidités" en tous genres. Pour un peu, elle crierait "tous pourris" sur fond d'affaires Karachi, Bettencourt et Kadhafi.

En coulisses, Nicolas Sarkozy téléphone beaucoup pour féliciter les uns et les autres. Cela faisait 7 ans que la droite n'avait pas gagné une élection nationale. Le grand paradoxe, la véritable hypocrisie chez les centristes notamment, est qu'elle parvient à ce résultat alors que Hollande conduit une politique si proche de leurs programmes qu'on cherche les écarts. Ecouter François Bayrou, qui ne cherche plus qu'à briguer la mairie de Pau grâce au soutien de l'UMP, déclarer que Hollande avait "abusé" les Français a quelque chose de cocasse.

Hollande hors sol

A l'Elysee, il paraît qu'on a été surpris non par la défaite mais par son ampleur. Les conseillers sont tétanisés. Hollande a-t-il compris qu'à force de gouverner trop à droite, il ne renforce que la droite ? A l'heure où nous écrivons ces lignes, nous n'avons que quelques indices favorables comme cette reconnaissance, dans la bouche de Najat Vallaud-Belkacem mercredi, au sortir d'un sinistre conseil des ministres. Mais nous n'avons aucune certitude. Pire, on nous explique qu'Hollande cherche à constituer la meilleur équipe pour mener à bien son Pacte de responsabilité, qu'il fallait présenter en avril. Trente milliards d'euros de réduction de cotisations sociales, cinquante milliards d'euros d'économies d'ici 2017...  Dans l'urgence ou l'affolement, on glisse que des allègements d'impôts pour les ménages sont prochainement annoncés.

Hollande a-t-il compris? Lundi, il explique qu'il faut "hausser le ton contre le Front national". Est-ce vraiment la seule leçon qu'il a retenue de ce premier tour ? Non, assurément, mais on attendait mieux, et surtout autre chose. Mardi, il revient de La Haye, paraît-il pour s'occuper précipitamment d'un remaniement. Car ce remaniement ne fait plus aucun doute, et pourtant tout le monde s'en fiche. L'éditocratie, plutôt que de s'interroger sur les raisons d'une pareille débâcle, glose et se gargarise de simulations sur le casting de la prochaine équipe hollandaise. Vendredi, la messe est dite, mais seul Hollande en connaît les détails. Il a prévenu quelques proches que "sa décision était prise".

Ayrault est blafard quand il livre un bref commentaire officiel dans la soirée de dimanche. Il est en sursis. Hollande attend le second tour. Manuel Valls est "prêt". Dès lundi, il fait campagne. Il veut le job de l'autre. Il rencontre Montebourg, Hamon et même Duflot. La ministre écologiste n'en veut pas à Matignon. Valls a plein d'avantages: il est libéral-compatible, encore très populaire, et si ambitieux qu'il vaut mieux le cramer rapidement à la tête du gouvernement. Mais à quoi sert-il ?

Le tournant à l'envers ?

N'est ce pas plutôt le temps d'un changement de ligne, d'un "tournant" comme en 1983, mais à l'envers ? En 2012, nous attendions un coup de barre à gauche après deux années de redressement. Emmanuel Todd louait ce "mitterrandisme à l'envers", une politique d'abord conventionnelle en début de quinquennat  avant un tournant radical - contraint ou volontaire.

Les élus socialistes, bousculés dans leurs fiefs, ont-ils compris ? Pour une fois, la première depuis mai 2012, leur survie politique personnelle est associée au sort de ce quinquennat. Il fallait que la douche soit glacée, pour qu'ils se sentent enfin mouillés.

Hollande observe mais il est ailleurs. Il reçoit avec les grands honneurs le président de la plus grande dictature du globe. Dîner à Versailles, réception à l'Elysee, 18 milliards d'euros de contrats commerciaux, c'est la parade habituelle. Hollande s'autorise une mention des droits de l'homme dans son discours d'accueil. Amnesty vient de publier son rapport 2014, la Chine exécute davantage que le reste du monde.

Mercredi, la pire des mauvaises nouvelles habituelles, le chômage, encore lui. Il a largement progressé en février. Les incantations à la croissance n'y changent rien.  Jeudi, le Conseil constitutionnel censure deux dispositions de la loi dite "Florange" qui imposait aux entreprises de tout faire pour vendre un établissement dont elles souhaitent se débarrasser, plutôt que de le fermer.


La gauche perd ses manches les unes après les autres, mais la droite n'a pas gagné.




28 mars 2014

Super Sarko est de retour

Est-ce un cauchemar ? Ou un aveuglement collectif ? Quelques journalistes étrangers qui commentent la triste actualité de la Gaule croient savoir que Nicolas Sarkozy est encore la bouée de sauvetage d'une droite désemparée ?

Mais quelle drôle d'idée ...

Ainsi Massimo Nava, éditorialiste et correspondant à Paris du quotidien italien Corriere della Sera, explique que Sarkozy "a toutes ses chances, surtout après les résultats des municipales. Il reste la seule personne politique qui peut sauver la droite de la concurrence éclatante du FN. La vraie question, aujourd’hui, c’est comment la tradition gaulliste, modérée, peut-elle instaurer une frontière nette, dans son programme comme dans son langage, face au FN ?"




Sans rire ?



Hollande: "vive les impôts !"

"Vive les impôts!"

Dans la panique électorale du moment, le gouvernement  laissé entendre qu'une baisse des impôts pour les ménages allait être prochainement annoncée. 

 Une étude des services du Trésor vient justement de confirmes une évidence qu'on avait finit par oublier: les prélèvements sociaux et fiscaux permettent de réduire les inégalités.

La fiscalité est l'un des thèmes les plus politiques du moment. Nicolas Sarkozy avait parfaitement joué le rôle de Président des Riches. François Hollande a fait voter un immense rééquilibrage de la fiscalité aux détriments des revenus du capital et des plus fortunés. Mais l'actuel président a aussi commis l'erreur parallèle de multiplier les hausses d'impôts en tous genres et pour tous. Ce supplice chinois a largement été commenté à l'automne dernier.

Las, Jean-Marc Ayrault s'était décidé à lancer les grands travaux d'une réforme fiscale. La remise à plat se dessinera pendant un an. Fin janvier,  Ayrault avait installé un groupe de travail sur la réforme de la fiscalité des ménages. Un autre traite de celle des entreprises. Les deux doivent livrer leurs conclusions en avril, pour des décisions à l'automne prochain dans la loi de finances pour 2015.

Cette étude sur les ménages, concoctée par quelques savants de la direction du Trésor, conforte quelques principes.

1. Les prélèvements servent bien à redistribuer (scoop !), c'est-à-dire à réduire les inégalités de niveaux de vie. Cela paraît évident, mais à force de couiner contre les impôts au nom d'un prétendu trop-plein fiscal, on avait fini par oublier l'essentiel, de l'utilité des impôts.

Ainsi, grâce à la redistribution sociale, les ménages les plus pauvres s'en sortent mieux: le nombre de ménage de moins de 10.000 euros de niveau de vie annuel est réduit par deux avec les reversements d'allocations.

Globalement, 50 % des ménages sont des bénéficiaires nets de cette redistribution. Et l'autre moitié est donc contributrice nette.

2. Les prestations sociales contribuent pour l'essentiel des réductions d'inégalités (60%). Mais les impôts, qui "ne représentent que 9 % du revenu disponible des ménages", font le solde (40%). Ces dernières années, la progressivité de l'impôt sur le revenu a été fortement renforcée ces dernières années (tranche d'impôt à 45 %, plafonnement des niches, quotient familial raboté, surtaxe Sarkozy, etc.). 

3. A droite, on conclura que la pression fiscale est bien suffisante. C'est une "contribution importante alors que certains, à gauche, plaident pour davantage de progressivité et de redistribution", commentent d'ailleurs les Echos. L'argument se complète d'un autre bien connu dans la mythologie néo-libérale: "il réduit, pour les bas salaires, l'incitation à l'activité, indique un document de travail du gouvernement." A titre d'exemple, une augmentation du SMIC, "seuls entre 23 et 47 euros sont in fine disponibles selon les situations, en raison surtout de la perte de prestations".

4. Mais la redistribution sociale ne rend pas riche, ni même aisée. Elle corrige. Elle fait sortir de la pauvreté moins de la moitié du dernier décile des ménages. Ce n'est pas le niveau des prestations qui est en cause, mais les effets de seuils qui font perdre nombre de prestations ou d'exonérations aux ménages les plus modestes.

5. Cette étude sert à prouver que les plus fortunés payent déjà bien assez: Ainsi, les auteurs du Trésor relèvent que les 10 % des ménages imposables les plus riches, soit 3,6 millions de foyers, paient 49 % de l'impôt sur le revenu et de la CSG. Que dire des 90% des autres ménages ? Le poids de la TVA n'est pas traitée. Mais on imagine les conclusions.

Les récents déboires électoraux de la majorité présidentielle ont eu plusieurs effet: primo, le gouvernement a laissé entendre une prochaine baisse de la fiscalité des ménages. Ce serait pour calmer une gauche désespérée avant la mise en oeuvre des 50 milliards d'euros d'économie.

Secundo, les milieux conservateurs s'étranglent d'inquiétude. A l'instar des auteurs de cette étude, dont la publication en une des Echos avait pour but de décourager les velléités fiscales de certains, les principaux éditocrates du pays s'inquiètent d'un éventuel coup de barre à gauche de Hollande.

Tertio, on exhibe quelques données en soutien du "socialisme de l'offre". Hasard ou coïncidence, Eurostat a publié ses statistiques annuelles sur le coût du travail. En 2013, "grâce au Crédit Impôt Emploi Compétitivité", la France a réduit son handicap par rapport à l'Allemagne.





27 mars 2014

40 ans avec Le Pen #video

Qu'il a bien changé, ce Front national. Marine est souriante, avenante, sociale et nationale, protectrice et pro-mariage gay. La vie est belle, le FN s'est normalisé.

Ou bien.





Chômage, élections et Front national, le cocktail explosif.

La nouvelle ne pouvait pas plus mal tombée: les statistiques du chômage de février ont été publiées ce mercredi soir de l'entre-deux tours des élections municipales. Et elles sont mauvaises, encore un record de dépasser. 

La droite dira que c'est la faute à la politique "socialissssse", la gauche accusera les "sociaux-traîtres" du gouvernement Hollande.

Mais la campagne municipale laisse d'autres séquelles.


Le chômage, le vrai

L'action politique est longue, les résultats sont toujours trop tardifs, les citoyens sont impatients, les éditocrates sont amnésiques. A droite, Jean-François Copé fustige: "la politique économique du gouvernement est

Ce mercredi 26 mars, on apprenait donc que la France comptait 3,35 millions de chômeurs de catégorie A à la fin du mois de février, soit 31.500 de plus en un mois; et +4,7 % sur un an. Catégories A, B et C confondues, le nombre d'inscrits à Pôle emploi a progressé de 4,8% en un an, pour atteindre 5 236 300 en France. La nouvelle est terrible. L'inversion de la courbe du machin n'a pas eu lieu. On pourra le répéter chaque mois.

Pourtant, d'autres nouvelles économiques semblaient meilleures. Les prémisses d'une reprise surprennent des commentateurs conservateurs peu amènes habituellement à l'égard de la Hollandie. On ne parle que de prémisses.

Le ridicule municipal

Sur le terrain, cela sent la panique ou la colère. Il y aura 986 triangulaires, 207 quadrangulaires et même 16 pentagulaires dimanche prochain... On trouve assez d'anecdotes pour ridiculiser tous les partis politiques, y compris le Front national. A Marseille, une liste radicale de gauche d'obédience guériniste a fusionné avec ... celle de l'UMP adoubée par Jean-Claude Gaudin.

Marine Le Pen qui promettait la fin du bipartisme et des ralliements sans pareil au soir du premier tour n'a pu constater que deux rapprochements UMP-FN dans des communes mineures. Le Parti socialiste qui urge au Front républicain a imposé le retrait de son candidat à Perpignan, mais n'a su discipliner les irréductibles de Béziers (qui, comble du ridicule politique, laisseront donc le réac Robert Menard l'emporter dimanche avec le FN) ni ceux de Grenoble distancés par l'alliance inédite des écologistes et du Parti de gauche.

Oubliez donc ces anecdotes, elles ne sont ... qu'anecdotiques.

Mais elles font mal.

Le feuilleton du remaniement

L'éventualité d'un changement d'équipe au gouvernement remet quelques idées en place. Les équilibres étaient finalement subtils.

Jean-Marc Ayrault est un compromis, depuis le début de ce quinquennat, un obstiné qui tient cet équilibre instable.

On connait les poids lourds: Manuel Valls (populaire), Cécile Duflot (indispensable depuis le relatif succès d'EELV au 1er tour municipal), Christiane Taubira (icône de gauche), Najat Vallaud-Belkacem (résistance), Stéphane LeFoll (grognard). Mais toutes les combinaisons ne sont pas possible. Ainsi Duflot explique-t-elle qu'elle ne restera pas si Valls accède à Matignon ("Ce n'est pas une question de personnalité, c'est un problème de ligne"). Taubira a les mêmes états d'âmes, légitimes.

Un problème de ligne ? Mercredi, un syndicat sort du Pacte de responsabilité. La CFE-CGC, l'un des trois signataires d'un pré-accord avec le MEDEF sur cette histoire de "responsabilité", s'énerve  et quitte le navire. Le fameux Pacte, prévu pour être annoncé dans quelques semaines par un gouvernement qu'on e connaît plus, a du plomb dans l'aile.

Najat Vallaud-Belkacem a conclu cette journée politique, juste après un premier conseil des ministres d'après raclée municipale: "On entend notamment le désir des électeurs français d’avoir davantage encore de justice sociale dans le redressement que nous sommes en train d’opérer, ce message est entendu."

La gauche a perdu dimanche, désertée dans les urnes.

Et à l'Elysée ?




Le Président souligne l'importance d'entendre... par Najat-Belkacem

26 mars 2014

Municipales: après la raclée, la gueule de bois

Le président français a interrompu un G7 à La Haye, soit-disant à cause du résultat calamiteux des candidats socialistes au premier tour des élections municipales dimanche dernier. C'est la panique. 

Enfin ?


1. La pression est montée d'un cran sur Jean-Marc Ayrault. Un premier sondage, qui en appellera d'autres, proclame les souhaits de la population échantillonnée. Le remaniement, souhaité ou craint, reste un levier dérisoire de l'action institutionnelle disponible. Lundi à midi, quelques ténors étaient avec Ayrault pour déjeuner. Et il paraît qu'ils ont "atterris", qu'ils sont sortis du "déni".

Mardi dans l'après-midi, les chefs de cabinets de quelques ministères auraient été appelés à faire leur bagage. Quelques ministres s'en sortent un peu mieux. Le premier sondage d'après la raclée municipale est sorti dès ce lundi 24 mars, quelques heures après le scrutin. Que retenait-on, à plus ou moins 2,5 point de marge d'erreur ? 79% des sondés veulent se débarrasser du gouvernement actuel.

Mais quelques ministres s'en sortent mieux que d'autres: Manuel Valls chute mais demeure largement en tête, second derrière Juppé. La pugnacité de Najat Vallaud-Belkacem paye. Elle gagne 5 point, et même 12 parmi les sympathisants de gauche.

2. La pression est sur Hollande que d'aucuns jugent désormais responsable de tout. Il faudrait oublier l'atonie de l'opposition de gauche (inversement proportionnelle à la virulence verbale de ses leaders), l'éparpillement des suffrages, et l'abandon abstentionniste. Le Figaro, mardi, avait même trouvé un anonyme "poids lourd PS" qui déclare: "Il est coincé. S'il en fait trop, il est sanctionné par les électeurs. S'il n'en fait pas assez, il est sanctionné par Bruxelles et les marchés."

Hollande devrait donc faire un ménage.

Vraiment ? 

3. Hollande a quitté "précipitamment" la réunion du G7 qui rassemblait les grands de ce monde sauf la Russie, punie d'avoir annexée l'Ukraine la semaine dernière. Au menu de son agenda allégé, des "réunions de travail". Son agenda officiel était vide. Lundi, Ayrault a expliqué à quelques responsables socialistes qu'il avait entendu "le message des Français qui réclament davantage de justice sociale".

Faut-il attendre un changement, une inflexion ? Non. Le Pacte d'(Ir)responsabilité sera présenté en avril. Quelques éditocrates finissent par s'inquiéter qu'un nouveau premier ministre ne soit pas à même de vendre cette affaire.

François Hollande est rentré un peu plus tôt parce qu'il avait un président chinois à accueillir. Le patron de la plus grande dictature du globe est en France, à Lyon, pour 3 jours. Il n'y avait pas de supporteurs socialistes agitant des drapeaux dans les rues, comme lorsque Nicolas Sarkozy recevait le même dictateur en France il y a quelques années. Mais l'accueil sera "exceptionnel".

Real-politik, quand tu nous tiens, tu nous fait honte.

4. Pour une fois, la première sans doute depuis que Hollande encaisse seul, avec Ayrault, le choc d'impopularité (août 2012), nombre d'élus socialistes sont (enfin) paniqués. Le Monde, sous la plume de , commente: "une forme de panique politique a saisi les socialistes, à tous les étages du pouvoir". Ils ont la trouille. Solidariser les élus socialistes, petits ou grands barons, sur le sort de l'équipe qui gouverne est peut-être la meilleure conséquence à attendre de la suite de ce scrutin détestable. La défaite était attendue. Mais "la surprise, c'est l'ampleur" (un conseiller).
"Un peu partout en France, la jeunesse nous a manqué ; les couches populaires se sont détournées ; les classes moyennes nous ont évités ; les banlieues et les campagnes se sont terrées. Il faut savoir entendre les silences."
Claude Bartolone, président de l'Assemblée nationale
6. La victoire médiatique du Front national provoque quelques errements. L'un des combles du ridicule fut atteint et dépassé par le directeur du Festival d'Avignon, terrifié à l'idée que sa ville passe au Front. Courageux, l'homme annonça dès lundi que "son" Festival quitterait la ville si le FN s'emparait de la mairie. Quel courage!

Plus loin, au sein de l'opposition de gauche, on se félicite d'une victoire, on clame que le FN n'a pas gagné, que c'est le réveil de la vraie gauche. La défaite de dimanche n'est pas la victoire de la gauche. Vu de droite, c'est évident. Vu de France, aussi. Additionnez tous les scores que vous souhaitez, la gauche sort perdante.

Au final, toutes composantes confondues, dans son acceptation la plus large, sans faire de tri aucun, les listes de gauche ont rassemblé 37,74% des suffrages. Et l'abstention, qu'on pense importante parmi l'électorat de gauche, a atteint 38,6%.

Qui ose donc crier victoire ?









25 mars 2014

Municipales: ces 9 vérités qu'ils ne veulent pas entendre

Les commentaires reprendront bientôt, dans quelques jours, après le second tour. Pour l'heure, il s'agissait de raconter ce que l'on pouvait comprendre du premier tour. Quelques vérités, ou interprétations subjectives, qui pouvaient décevoir partout, sauf au Front national.

Dimanche dernier, la République a perdu une première manche.


1. L'abstention a permis à quelques-uns de gagner dès le premier tour: 93 maires de communes de plus de 30 000 habitants ont gagné dimanche dernier. Sur la France entière, ces vainqueurs du premier tour sont plus de 7.000. Sur les 93, 77 avaient 3 adversaires ou plus. 72 des 93 sont des UMP/UDI.

2. L'ampleur de la défaite de la gauche, toutes composantes comprises, laisse présager un changement de majorité au Sénat dès l'automne prochain. Un tel changement rendra impossible certaines modifications constitutionnelles comme le droit de vote des étrangers.

3. François Hollande a été sanctionné car il ne conduit pas une politique de gauche. Pour preuve, personne n'ose aujourd'hui expliquer le recul des équipes municipales socialistes ou affiliées par (1) un échec de l'action locale, (2) une désaffection de l'électorat centriste. Non, la défaite est celle du gouvernement. Elle ne signifie pas un basculement à gauche pour autant. On le verra plus tard, ci-dessous. Il paraît qu'à l'Elysée, Hollande a été "surpris". C'est confirmé, ce Palais est une bulle, une tour d'ivoire ou de plomb.

4. Le Front national a gagné. Médiatiquement, les commentaires l'ont porté au-delà de ses espérances. Electoralement, il a franchi des sommets dans quelques communes significatives (plus de 30% des suffrages). Cet "effet de crête", sous-estimé à gauche, a un effet psychologique évident. Le FN était présent dans 597 communes pour ce premier tour. Le Front de gauche dans plus de 600. Le premier a brillamment remporté le premier tour de scrutin en arrivant en tête dans 12 communes de plus de 1000 habitants avec des scores élevés, et en situation de maintien au second dans 229 communes pour le second tour. Le second a échoué à faire de même.

5.  Le Front de Gauche a raté son tour. Les mauvais perdants accuseront les médias, la gauche de gouvernement ou on-ne-sait-quel argument exogène. Il faudrait pourtant s'interroger sur la stratégie elle-même de ce mouvement. Le Front de gauche (ou dans sa version restreinte sans PCF autour du PG de Jean-Luc Mélenchon), quand il fait bande à part, n'existe que peu ou pas: 11% à Clermont-Ferrand, 5% à Paris, 7% à Marseille, 5%, à Toulouse, 7% à Montpellier, 4% à Saint-Étienne.
"Les listes indépendantes – qu’elles comprennent l’ensemble du Front de gauche ou simplement le Parti de Gauche et Ensemble – ne réussissent aucune démonstration électorale probante" (Regards)
Jean-Luc Mélenchon réfute pourtant tout échec. La méthode Coué réussit mal au leader du PG. "Le Front national gagne une ville au premier tour, Hénin Beaumont ? Nous en gagnons 67 au premier tour. A un cheveu près, nous passions le suivant, René Revol, dirigeant national du PG, qui a réuni 49,97% des suffrages à Grabels, face à tout les autres, PS inclus !"

6. EElv s'en est bien sorti. Quand ils ont fait liste séparée des socialistes, les écologistes ont réalisé de jolis scores alors qu'ils étaient marqués du "fer rouge" de leur participation au gouvernement.  L'alliance avec le PG à Grenoble, exceptionnelle, semble porteuse d'une majorité alternative pour certains. L'alliance EELV/PG à Grenoble est une expérience isolée (par son ampleur), mais réussie: "avec 29,41 % des voix, la liste d’Eric Piolle (EELV-PG-Ensemble) devance la liste PS/PCF de Jérôme Safar qui a recueilli 25,31% des suffrages." On

7. La République se vide de l'intérieur. L'abstention, près de 39% dimanche dernier, a ses raisons. On l'attribue, avec raison, à la désaffection d'une partie de l'électorat de gauche, voire à un "déni" (l'expression est du Monde dans son éditorial du 24 mars): l'élection la plus locale, la plus proche, n'intéresse même plus.

8. Le vote Front national n'a aucun sens: le parti mariniste déploie sa différence politique sur des sujets sans grand rapport avec les compétences municipales: sortie de l'euro, fermeture des frontières, et préférence nationale. A l'inverse, les électeurs vivront très vite ce que veut dire la xénophobie municipale.

9.  L'UMP a gagné par défaut. Le contexte local a sauvé Jean-Claude Gaudin (à Marseille). Le contexte national et une division locale a favorisé Nathalie Kosciusko-Morizet (à Paris). Dimanche soir, Jean-François Copé a joué avec le feu, refusant le Front républicain. Le lendemain sur Canal+, le jeune terrifiant Guillaume Peltier, ex-frontiste et partisan de la Droite Forte, a mis PS et FN sur un même niveau: "Je rejette, à égalité, le Parti socialiste qui abîme tant la France et le Front national qui ne propose aucune solution crédible". 

Quand la droite républicaine ne l'est plus, que reste-t-il en France ? 


Comprendre le score historique du FN en 3... par lemondefr

24 mars 2014

Le Front national nationalise les élections municipales


C'est une claque, une de plus, la première des claques électorales de ce quinquennat. L'UMP prend le rôle de l'opposant qui remporte ce scrutin intermédiaire. Mais le pire était ailleurs. En quelques heures, le FN est parvenu à nationaliser un scrutin local dans tous les commentaires de la soirée.


1. Hollande peut faire grise mine. Il a perdu ce scrutin... comme tous les présidents de la République avant lui. Le rapport de forces s'est inversé, et largement. Les candidats socialistes et affiliés ont péniblement rassemblé 38% des suffrages, 43% si l'on ajoute le Front de gauche. Les optimistes noteront que le score est largement supérieur aux multiples scores de popularité de l'actuel locataire élyséen.

2. L'analyse globale serait impossible. Le scrutin est local, bien sûr. Une multitude de facteurs perturbe les conclusions nationales. Le Front de gauche ne ressemble pas à grand chose puisque les communistes ont parfois fait liste commune avec le PS.

Tout au plus faut-il reconnaître que le PS, partout, s'est pris une raclée.

A Paris, les écologistes améliorent leur score (décevant) de 2008. Mais Anne Hidalgo est au coude à coude avec Nathalie Kosciusko-Morizet.  A Marseille, c'est la Bérézina: les listes socialistes conduites par Patrick Mennucci sont en troisième place, derrière celle de Jean-Claude Gaudin (40%) et du FN (22%).

3. L'abstention est le premier parti de France, avec 39% des inscrits. Il faudrait ajouter les non-inscrits, aux alentours d'un tiers des citoyens en âge de voter.

4. Pour l'éditocrate, rien n'est impossible. On entend tout et n'importe quoi. Sur toutes les chaînes, toutes les antennes, les commentaires se ressemblent. La soirée s'organise autour du FN et de Marine Le Pen. On oublie les enjeux locaux, la faible implantation du FN (qui présentait moins de 600 listes). Les commentaires appellent des articles, les avis se consolident.

5. La droite a pu souffrir du dérapage de Sarkozy, quarante-huit heures avant le scrutin. Vers 20h15, Jean-François Copé veut transformer l'essai avec les voix du Front national. Il appelle les électeurs frontistes du premier tour à se reporter sur le candidat UMP au second tour. Et il refuse tout appel anti-FN pour le second tour: "Je dis aux Français qui expriment leur colère et leur inquiétude en votant FN à reporter leurs votes sur l'UMP. Une ville gérée par le FN et une ville gérée par l'UMP, c'est très différent. S'ils revotent pour le FN, ce sera un coup de pouce pour la gauche."

6. Le Front National n'atteint que 7% des suffrages, une moyenne nationale qui ne veut rien dire. Le FN n'a des listes que dans 500 villes. A Forbach, le jeune Philippot arrive premier, avec près de 36% des suffrages. A Orange, l'ex-frontiste Jacques Bompard est réélu dès le premier tour. A Avignon, Béziers,  Carpentras, Perpignan, ou Digne-les-Bains, le FN est en tête et souvent toutes ses chances pour remporter la mairie au prochain tour puisque l'UMP a pour consigne de se maintenir.

A Hénin-Beaumont, Steeve Briois est élu dès le premier tour. A Bézies, Robert Ménard, soutenu par le FN, rassemble 44% des suffrages. Le FN faisait 10% en 2008.

Le Front National n'atteint que 7% des suffrages mais cela suffit à nationaliser le scrutin. La liste des villes où le FN arrive en tête est impressionnant. L'absence de solidarité républicaine de l'UMP lui donne un autre élan. Marine Le Pen se réjouit: "C'est la fin de la bipolarisation de la politique française."

"Certains électeurs ont exprimé leur déception, voire leurs doutes" conclu Jean-Marc Ayrault peu après 21 heures. La voix est monocorde et sans énergie. Le premier ministre décourage les derniers téléspectateurs.

Il sonnait la fin du spectacle.

23 mars 2014

La playlist politique de la semaine #video

"Tout ce qui est excessif est insignifiant." 
Christophe Régnard, président de l'Union syndicale des magistrats




L'actualité politique de la semaine, vue par 11 blogs #S01E25

Ils sont nombreux, ces blogs qui appellent à voter aujourd'hui, premier tour des municipales.

Pour Metz, Superno: "Aux municipales de Metz, c’est le moment de leur dire Basta !"

Pour les petites communes, le blogueur et candidat Arnaud Mouillard rappelle: "Municipales 2014 : La pièce d’identité n’est plus obligatoire pour voter dans les communes de moins de 1000 habitants ".

A Mulhouse, Eric s'engage: "Et moi je vote Pierre Freyburger , dès dimanche 23 mars 2014"

A Paris, Cyril rappelle: "Dimanche 23 mars, tout le monde vote ! "

A Paris,  Politeeks votera EELV.

Au Kremlin-Bicètre, Nicolas ne votera pas UMP.

A Lyon, Romain Blachier donne 9 raisons pour voter Gérard Collomb.

Pour les électrices/eurs de Sainte-Foy, Tbowfr donne les adresses des bureaux de vote.

Pour tous, Politweet résume les compétences du maire. 

Peuples.net a déserté son blog pour faire la campagne (numérique) d'un candidat.

Dans l'Essonne, Elooooody a beaucoup donné.


22 mars 2014

359ème semaine politique: Sarkozy a peur de disparaître

L'actualité prend des airs de roman d'espionnage, de parodie politique, de feuilleton d'anticipation. 

Poutine horrifie quand Sarkozy fait rire. Hollande est en retrait, la Crimée annexée, une campagne municipale négligée.

 

Ailleurs

Loin, très loin, un avion est toujours porté disparu quelque part dans l'Océan indien. On évoque les extra-terrestres, ou un détournement terroriste. C'est un feuilleton sur mesure pour les accors de l'info, plus passionnant qu'une manifestation d'intermittents ou le décmpte des morts de la rue.

Plus près, la Crimée vient d'être annexée par la Russie. Les Européens signent rapidement un accord de coopération avec l'Ukraine. On attend des élections libres pour le 25 mai. Aucun Européen n'assume des sanctions économiques contre Poutine qui lui seraient coûteuses, notamment en approvisionnement en gaz. C'est le choc des principes contre la réalité.

En Turquie, le premier ministre Erdogan interdit ... Twitter. L'homme, qui accumule les scandales et les casseroles, semble sorti d'un autre temps.

Plus réjouissant, les 28 gouvernements s'accordent sur l'échange automatique d'informations fiscales relatives aux versements effectués par des trusts ou des fondations. C'est une course contre le temps électronique et la mondialisation des fraudes. Un accord définitif sur l'union bancaire a été conclu: quand une banque fera faillite, un fond de résolution, financé par les banques ou par des emprunts sans garantie publique, viendra à sa rescousse. Une gauche dira que ce n'est pas assez.

Sarkozy, en peur

Mais le vrai spectacle est en France. C'est un remake du Parrain, avec Guignol en premier rôle. Voici Nicolas Sarkozy, l'arroseur arrosé, et même trempé.

On se souvient de cette cascade de pressions, d'espionnage et de turpitudes qui avaient frappé des juges trop curieux, des hauts fonctionnaires peu dociles, voire des opposants politiques... quand Nicolas Sarkozy était président.

Deux journalistes en ont fait un ouvrage qui ramenait la France au niveau le plus bas. On se rappelle les lois Loppsi - deux épisodes, le décret anti-cagoule, la loi Perben II (qui assouplit les conditions d'écoutes clandestines), les écoutes électroniques, la rétention de sûreté à vie, le fichier Edvige (sur les militants politiques, associatifs ou syndicaux), le rattachement de la DCRI à la seule autorité du Président - bien combien l'arsenal sécuritaire de ce pays fut renforcé, pour très peu de résultats d'ailleurs.

Le chef d'orchestre de cette rupture-ci s'appelait Nicolas Sarkozy. Il les avait convaincu qu'en matière de lutte contre la délinquance et le crime, toutes les frontières éthiques pouvaient être franchies. On pouvait rêver de tests ADN, ou de détecter les germes de la délinquance dès la maternelle. 

Sarkozy n'avait aucun scrupule à laisser son vizir Guéant appeler les juges, s'immiscer dans les procédures, donner des instructions, muter les récalcitrants. Les récents extraits des écoutes clandestines de Patrick Buisson l'ont encore rappelé.

Ce Nicolas-là s'est donc fendu d'une tribune, vendredi, premier jour du printemps. Comme pour oublier l'hiver qu'il nous avait fait subir. Un texte long, violent, ordurier. L'homme dérape, on sent la rage qui déborde, son inquiétude à ressouder les proches. Il y compare la justice et la police à la Stasi, assimile la France à une dictature. Il accuse Hollande, Taubira et Valls de manipuler les enquêtes.

Stasi ?

Sa tribune dans le Figaro vendredi 21 mars n'avait qu'un but: remobiliser ses supporteurs. il ne s'agit pas de convaincre du fond mais de son retour, que son retour est encore possible puisqu'il a encore la rage. Sarkozy a la trouille que ses plus proches finissent par douter. 

Les magistrats, attaqués, ne répondent pas à la "provocation" (USM, classé à droite). Le Syndicat des cadres de la sécurité intérieure (majoritaire chez les officiers de police) s'indigne ; un journaliste allemand rappelle à Sarkozy ce qu'était la Stasi - écoutes, enlèvements,  tortures, chantage. Bernard Tapie comprend que Sarko ait "pété les plombs".
La Garde des Sceaux répond simplement à l'homme énervé. Oui, "les procédures sont et doivent être les mêmes, que l’on soit puissant ou misérable". 

Bref, les critiques sont nombreuses, ... sauf à  droite. Il y a les gênés qui n'en pensent pas moins mais ne disent rien (Fillon, Apparu, Juppé), les soulagés car l'attention change d'objet (Copé), et le clan (Morano, Hortefeux, Guaino).

Cette excitation ne saurait faire oublier les faits: Sarkozy est sorti de ses gonds à cause d'une nouvelle publication, mardi par Mediapart, d'extraits des écoutes judiciaires. Ces dernières confortent le soupçon de trafic d'influence: oui, Sarkozy espionnait les magistrats qui instruisaient le dossier Bettencourt; un magistrat ami de Herzog, l'avocat de Sarkozy, disposait de documents sur une procédure Bettencourt qui ne le concernait pas; et Sarkozy, comme Brice Hortefeux, a été prévenu à l'avance des perquisitions par une taupe policière.

On vote

Cette excitation a fait oublier les élections municipales. La campagne touche à sa fin. Le premier tour ce dimanche promet peu de surprise: une large abstention, une UMP encore convalescente, un Front national qui surfe sur le dégout et le découragement. Les candidats misent sur le local, les étiquettes politiques sont souvent cachées. Des militants se démènent pour convaincre. Les ténors attirent un peu dans les meetings. Certaines campagnes locales ont été violentes (y compris contre des blogueurs engagés).

Mais le feu n'est pas là. Pour cette première confrontation électorale depuis les élections de 2012, l'attention citoyenne et publique est affaiblie, comme déjà et encore essoufflée.

On gouverne

Cette excitation a fait oublier le reste. Michel Sapin, ministre du Travail, s'obstine sur sa réforme de l'inspection du travail. Une étude de Bercy confirme que le redressement fiscal que la France a subi depuis 2012 a réduit les écarts de revenus: cette redistribution "réduit de 40 % les écarts de niveau de vie entre les 10 % des ménages les plus modestes et les 10 % les plus aisés. " La publication de cette étude, par les Echos, n'est pas anodine. Il s'agit de décourager les velléités de certains d'en faire encore davantage.

Vendredi, tard dans la nuit, les partenaires sociaux ont signé les nouvelles règles d'indemnisation du chômage: les intermittents du spectacle, dont le régime favorable fut un temps menacé par un MEDEF qui ne voyait pas la spécificité précaire de cette activité, ont remporté la manche, leur mobilisation a payé: leur indemnisation maximale sera certes plafonnée (à un peu plus de 5000 euros par mois), mais les caractéristiques de leur régime demeurent. Un système de droits rechargeables dès 150 heures de travail, est créé (suite de l'ANI de 2013); le délai maximal de carence d'indemnité des cadres est porté à 180 jours.

Cette excitation a fait oublier le reste. Hollande est en retrait. Il a parlé d'Europe, vendredi après son Conseil. Il a réagi, un peu, sur l'outrance de l'ancien monarque. Il réfléchit, beaucoup, à un remaniement dont tout le monde se fiche.

Un président, enfin normal, face au chef de clan toujours surexcité, sur fond d'indifférence collective ? 

Ami citoyen, reviens.









Crédit illustration: DoZone Parody



La leçon de Taubira à Sarkozy

La Garde des Sceaux a cru bon de répondre à l'outrancière tribune de Nicolas Sarkozy publiée vendredi dernier dans le Figaro. Un simple rappel au droit et aux principes, ô combien nécessaire pour un ancien monarque qui a perdu ses nerfs.


"Et voilà que la France, cette vieille République qui a érigé l’égalité en passion nationale, a inventé pour y parvenir la fiction du citoyen sans origine, ni « race », ni religion. Et afin que nul ne l’ignore, elle l’a inscrit à l’article premier de sa Loi fondamentale, la Constitution.
Voilà que cette France-là, pas celle qui suscita la délation, rendit la messe obligatoire pour les fonctionnaires civils et militaires, remplaça la police républicaine par une police d’Etat, interdit les partis politiques et mit la magistrature au pas. Non, pas celle-ci ; ni davantage d’ailleurs la France où les magistrats furent traités de « petits pois » et les chiffres de la délinquance grossièrement manipulés.
Non, la France aussi brutalement humiliée par cette comparaison avec un régime autoritaire où sévissait la Stasi, c’est la France dont, justement, les électeurs ont choisi de rétablir l’Etat de droit."

(...) Evacuons peut-être cette tentative inutilement perfide de ramener la diversion par la question de qui savait ou pas. Est-ce un sujet pour l’Exécutif de savoir ou pas ?
Oui, s’il compte intervenir. Oui, s’il a le droit d’intervenir. Oui, tant que le code de procédure pénale autorisait les instructions individuelles. (...)
Non, lorsque cette information qui ne prévient pas mais rend compte, concerne, non l’intention qui pourrait encore éventuellement être contrariée par une entrave politique, mais la décision judiciaire, déjà prise. Non, depuis que la loi du 25 juillet 2013 interdit formellement les instructions individuelles et protège les magistrats, le cas échéant, contre toute ingérence dans les procédures.
(...)
Et oui, les procédures sont et doivent être les mêmes, que l’on soit puissant ou misérable.
 (...)
C’est au nom du peuple français que sont prononcées sentences ou relaxes. C’est par leur statut, leur indépendance, leur impartialité, leur neutralité, que les magistrats garantissent au peuple français que nous sommes tous égaux devant la loi.

Depuis vingt mois, ce gouvernement n’a eu de cesse de consolider ces conditions. Une étape reste à franchir : la réforme constitutionnelle du Conseil supérieur de la magistrature. Elle nécessite trois cinquièmes des voix et dépend de la seule opposition parlementaire.
Puissant ou misérable, c’est la grandeur de la démocratie que de faire de l’un et de l’autre un citoyen comme les autres. 

Dans la norme du droit. 

Normal."

(lire l'intégralité sur Rue89)

21 mars 2014

Sarkozy est-il au courant des écoutes téléphoniques de la DGSE ?

Mercredi soir, le Monde est barré d'une une qui fait froid dans le dos. Notre opérateur téléphonique historique laisse la DGSE "puiser massivement" dans ses données, depuis des années. Nicolas Sarkozy était-il au courant de ces écoutes massives ?


Les révélations du Monde ont fait l'effet d'une petite bombe. L'ancien ministre de l'intérieur était-il au courant ? 

Depuis quelques jours, il a involontairement capturé l'intégralité de notre actualité. Le feuilleton rebondit, à souhait. Ce vendredi, c'est une sorte de "Lettre aux Français" publiée dans les colonnes du Figaro. La veille au matin, sur Europe 1, son avocat pataugeait d'une voix forte contre Jean-Pierre Elkabach.

Curieuse époque.
"J'ai longuement hésité avant de prendre la parole (…) depuis deux ans, je me suis tenu à la décision de silence et de retrait que j'avais annoncée au soir du second tour de l'élection présidentielle de 2012 (…) Et pourtant je crois qu'il est aujourd'hui de mon devoir de rompre ce silence. Si je le fais, c'est parce que des principes sacrés de notre République sont foulés aux pieds avec une violence inédite et une absence de scrupule sans précédent."
Sarkozy aurait hésité à parler. Au passage, il ment. Il a rompu son silence dès le mois d'août 2012, avec un improbable communiqué sur la Syrie. Puis on l'a revu ici ou là, s'exprimant d'une phrase ou d'une remarque. Il y a moins d'un mois, il tenait carrément un discours à Berlin, donnant quelques leçons d'Europe. Bref, sa tribune démarre mal, dans une grosse entorse à la réalité, une réécriture permanente compulsive de la réalité.

Au Figaro, Nicolas Sarkozy compare les écoutes téléphoniques que deux juges indépendants ont décidé pendant 8 mois aux pratiques de la Stasi, l'ancienne police politique de l'ancienne République Démocratique d'Allemagne. La formule est ordurière. La France n'est pas la RDA, les juges ne sont pas des policiers.

Sarkozy réécrit aussi son personnage et, du coup, la réalité. En matière de sécurité et d'espionnage, la boulimie législative et réglementaire de Nicolas Sarkozy, de l'intérieur à l'Elysée, fut inédite sous la Vème République (Lopsi I puis II). Et l'homme couine aujourd'hui que des juges le soumettent à la question...
"Aujourd'hui encore, toute personne qui me téléphone doit savoir qu'elle sera écoutée. Vous lisez bien. Ce n'est pas un extrait du merveilleux film La Vie des autres sur l'Allemagne de l'Est et les activités de la Stasi. Il ne s'agit pas des agissements de tel dictateur dans le monde à l'endroit de ses opposants. Il s'agit de la France."
Nicolas Sarkozy a-t-il connu la dictature ? On se souvient surtout qu'il avait déjà menti sur sa présence à la chute du Mur de Berlin lors du 20ème anniversaire de l'évènement.





Dans sa tribune, Nicolas Sarkozy dit très peu du fond des affaires dont il est l'objet principale. Karachi ? Les magistrats n'ont rien trouvé sur lui, Sarkozy oublie que l'étau se resserre sur Balladur dont il était le porte-parole de campagne. Sa fraude aux comptes de campagne en 2012 ? La sanction est une injustice, clame-t-il ! Le financement occulte par Kadhafi ? Aucune preuve non plus.

Les mots sont pesés, les formules ont été travaillés. Nicolas Sarkozy a toujours cette particularité qu'il sait perdre les nerfs à froid. 

Sarkozy a choisi des formules violentes. La tribune n'a aucun autre but que de remobiliser son propre camp. Sarkozy ne parle pas aux Français, mais à ses fans. Il refait du Buisson, en caricature la France de 2014 en RDA pré-1989.
Plutôt que de répondre sur le fond, Sarkozy attaque les juges qui instruisent l'affaire. Il accuse l'un d'être membre du Syndicat de la magistrature. On se souvient que l'un de ses fans de la Droite Forte, le jeune Guillaume Peltier, aimait proposer la suppression des syndicats dans la fonction publique.

Nicolas Sarkozy pense que les droits de l'homme sont menacés, attaqués, bafoués, parce qu'un justiciable, ex-président de la République, fait l'objet d'une enquête légale. Sa "France des droits de l'homme" est en fait une autocratie où le monarque est au-dessus de la loi.
"Je sais, la ministre de la Justice n'était pas au courant, malgré tous les rapports qu'elle a demandés et reçus. Le ministre de l'Intérieur n'était pas au courant, malgré les dizaines de policiers affectés à ma seule situation. De qui se moque-t-on? On pourrait en rire s'il ne s'agissait de principes républicains si fondamentaux. Décidément, la France des droits de l'homme a bien changé."
Revenons à notre affaire. Une entreprise de téléphonie collaborait donc avec la DGSE par le biais de quelques collaborateurs habilités "secret défense". Le Monde, qui révèle la chose mercredi 20 mars 2014, est explicite: "Au quotidien, dans l'entreprise, ce lien est géré par un très petit nombre de personnes au sein de trois services. . (...) La DGSE s'appuie aussi sur la direction internationale de l'opérateur, qui gère les filiales de téléphonie mobile à l'étranger".

Reposons la question:  

Nicolas Sarkozy était-il au courant ?

Comment la NSA vous espionne (expliqué en patates) par lemondefr

20 mars 2014

Tapie: Sarkozy a "pété les plombs"

Une tribune d'autodéfense de Nicolas Sarkozy, et voici Bernard Tapie qui réagit.

"Je vous demande de vous mettre à sa place.Son courrier est très maladroit. Le président de la République ne doit pas oublier qu'il est ancien président de la République, et que sa colère doit être mesurée. Elle doit être à son tour à la hauteur de l'attaque qu'il reçoit. Elle ne doit pas être supérieure à l'attaque qu'elle reçoit.
(...)
Il faut comprendre les circonstances qui peuvent mener un homme à péter les plombs. Je trouve qu'il a été suffisamment malheureux pour dire des choses au-delà de ce qu'il aurait dû dire."
Bernard Tapie.

Et avec la video:




#Priceless

Pourquoi il faut s'acharner sur Nicolas Sarkozy


Nicolas Sarkozy serait harcelé à nouveau par une coalition hétéroclite composée de médias puissants de gauche (Le Point, l'Express) et d'extrême gauche (Mediapart, le Monde, Marianne), d'antisarkozystes déçus de l'avoir vu quitter si vite l'Elysée et le centre de leur activité militante, de juges hargneux et trop indépendants, et d'un cabinet noir piloté depuis le bureau même de François Hollande. 

C'est en substance la synthèse des réactions du Premier Cercle des sarkozystes, et de Sarkozy le premier. Nous pouvions rire ou pleurer.

La République mérite mieux.

Sarkozy sombre

A Droite, on s'émeut quand même et heureusement. Les révélations de Mediapart ont semé le trouble. L'un des vice-présidents du Modem, récemment rallié à l'UDI et les anciens supplétifs de l'UMP,  cachait mal sa gêne. Plus à droite,

Il n'y a plus grand chose d'antisarkozysme primaire dans cette affaire. Il s'agit plutôt d'un immense vertige devant la nature des révélations. La droite, et une belle fraction de la gauche, a su en faire des tonnes dans une affaire Cahuzac, la seule de Hollandie. C'était l'histoire d'un ministre du Budget, ancien chirurgien capillaire, proche de belles companies, et qui finit par avouer l'évasion fiscale de sommes dont on peine à trouver l'origine.

Avec Nicolas Sarkozy, nous étions sur des affaires d'une autre ampleur, plus nombreuses, concernant un homme qui fut président d'une République qu'il voulait irréprochable, et qui aspire encore à l'être après 2017: 50 millions par ci (Kadhafi), quelques centaines de milliers d'euros par là (Bettencourt), ou des contrats en Libye et en Arabie Saoudite.

Un magistrat en ligne de mire

Gilbert Azibert, le magistrat qui servait d'informateur d'après les écoutes publiées, a fait l'objet d'une enquête lui aussi: "Les policiers ont aussi emporté le disque dur de l'ordinateur de M. Azibert, qui contenait différentes pièces de procédure ayant trait à l'affaire Bettencourt." (Le Monde).

Il avait été nommé secrétaire général de la Chancellerie en 2008 avec l'appui du conseiller Justice de Nicolas Sarkozy de l'époque, Patrick Ouart.

Thierry Herzog, l'avocat de Sarkozy, a nié toute "influence" ni trafic quand il questionnait un magistrat sans rapport avec l'affaire Bettencourt pour avoir des informations sur la dite affaire.

Sans rire.

Un journaliste menacé de mort

Gérard Davet est l'un des deux journalistes du Monde qui a sorti l'affaire des écoutes téléphoniques visant Nicolas Sarkozy, et leur contenu. Ce journaliste, mercredi 19 mars, a confié avoir reçu des menaces "très violentes" contre lui et ses proches.
"Après cet article, j’ai reçu hier [mardi] une lettre de menaces très violentes visant ma famille et mes proches, et j’ai déposé plainte. Il y a un contexte extrêmement malsain, selon lequel les juges marcheraient de pair avec les journalistes et les hommes politiques, alors que ce n’est pas comme ça que les choses se passent."

L'affaire Tapie

Mercredi, les juges confrontaient Christine Lagarde à son ancien directeur de cabinet et actuel président d'Orange dans une autre affaire, les 400 millions d'euros d'arbitrage privé et favorable en faveur de Bernard Tapie dans le règlement de son litige avec le Crédit Lyonnais.  Le second est mis en examen dans cette affaire. La première, pourtant donneuse d'ordre dans cette affaire, n'est qu'un témoin assisté, un statut bien préférable qu'elle a conservé à l'issue de cette séquence.

Christine Lagarde maintient une thèse, qu'elle a décidé seule et sans soutien ni instruction de recourir à un arbitrage privé, avec trois arbitres dont l'un est désormais mis en examen, plutôt que d'attendre le droit cours de la justice qui pourtant avait accumulé quelques succès contre Tapie.

Nicolas Sarkozy, justement, cherche à récupérer ses agendas saisi par la justice dans l'affaire Bettencourt. Ils contiennent trace de ses rendez-vous, fréquents, avec Bernard Tapie. A en croire Mediapart et le Monde, récupérer ces fichus carnets était la motivation principale et quasi-unique de l'ancien monarque dans sa démarche d'espionnage du cours de l'instruction et d'influence sur un magistrat, Gilbert Azibert.

Et les autres.

Cette affaire n'est pas la seule. La République a pris l'habitude, grâce à l'action conjuguée de la presse, de juges et de citoyens persévérants, de dévoiler les scandales, de clarifier les zones d'ombre. C'est réalisé parfois avec retard.

C'est le lot de tous les présidents de la Vème République.

Nicolas Sarkozy semble faire mieux et plus fort que la totalité des présidents de la Vème République. Est-ce par ignorance du passé que nous parvenons à pareille conclusion ? Dans l'ancien monarque accumule bien des sujets: dépenses Bling Bling, ventes d'armements, violation du secret de l'instruction, espionnage de journalistes, déstabilisations d'opposants politiques, népotisme, abus de bien public, emploi fictif, etc.

Que nous faudrait-il de plus ? 


Les agendas de Nicolas Sarkozy conservés par la... par lemondefr

19 mars 2014

Ce que veut Sapin pour l'inspection du travail #video

C'est l'un des proches des plus proches de l'actuel président.

Michel Sapin, en charge du Travail, est plutôt habitué à commenter les chiffres d'un chômage dont "l'inversion de la courbe de la hausse" ne vient pas aussi vite qu'on le souhaiterait. Sur un sujet aussi grave, la gestion de nos inspecteurs du travail, une administration dont il a la charge, Sapin a enchaîné les bourdes comme d'autres enfile les perles.

Il y eut une blague malheureuse, qui resta en travers de la gorge de l'intéressé,  l'occasion d'une remise de carte professionnelle, en décembre dernier. Mais il y avait surtout cette réforme de l'inspection qui fait hurler. Le sujet est grave. La fraude sociale est immense et pour l'essentiel du ressort des employeurs. La France ne compte que 2.236 agents de contrôle, dont 743 inspecteurs et 1.493 contrôleurs.

De quoi s'agit-il ?

1. Passer en inspecteurs l'essentiel des contrôleurs actuels, qui disposent de moins de pouvoir (540 postes concernés d'ici 2015)

2. Autoriser les inspecteurs à infliger des amendes administratives ou à arrêter certains travaux dangereux pour les salariés.

3. Créer des "unités de contrôle" (UC) de 8 à 12 agents, nouvelle entité règlementaire. Cette mesure a reçu une forte opposition des syndicats (CGT, FO, Snutefe-FSU et SUD), qui craignent de perdre leur indépendance au profit d'un travail en équipe de taille aléatoire (aux détriments du suivi des affaires), d'une réduction des effectifs d'agents de secrétariats, et la perte d'indépendance individuelle des inspecteurs.

Michel Sapin avait un temps tenté de faire passer la dite réforme dans la loi sur la formation professionnelle. Puis, il s'est décidé à passer en force par un décret. Il a bien du convoquer des consultations avec les syndicats, ce serait obligatoire.

Mais les syndicats opposants, majoritaires, l'ont boycotté.

Michel Sapin, dont certains célèbrent par ailleurs son sens du dialogue social, consulte donc ... tout seul.

Ou presque.


Où est passé le dialogue social ?