29 mars 2014

360ème semaine politique: Marine Le Pen, maire du village France ?

DoZone Parody

On a cru un temps que Marine Le Pen avait été élue maire du village France. 

Dimanche dernier, les plateaux télévisés étaient encombrés de litotes sans fin sur le succès du Front national. Au sein de l'équipe Hollande, on a été surpris par l'ampleur de la raclée.

La France Bleu Marine

Il avait suffit de près de 400 qualifiés (sur 600), et d'une victoire à Hénin-Beaumont, 26.000 habitants, dès le premier tour - victoire symbolique car dans un ancien fief socialiste du Nord de gauche -  pour que le spectacle détestable soit réussi.

Oui, le Front national a déjà gagné ces élections. Les éléments de langage des uns ou des autres n'y changent rien. La progression des suffrages récoltés et le poids des villes où il est arrivé en tête en sont la preuve. Ce FN, seul à crier si fort contre l'euro, les immigrés, l'islam et la mondialisation, a séduit. On sait que le Front national est un épouvantail facile: il sert de repoussoir à une oligarchie trop heureuse de se trouver des causes faciles. Marine Le Pen est un allié objectif d'un système qui n'ose plus regarder ses propres faiblesses. On sait d'où vient le FN, ses horreurs et son passé. Nos médias relatent avec  prétendue normalisation

Jeudi, Marine Le Pen prévient: les municipalités frontistes ne seront ni des "laboratoires" ni des "modèles". Nulle rupture pétainiste, ni chasse aux sorcières, le FN version mariniste a planqué ses fachos. Il a refait la façade, sa seule rupture serait de "tenir ses promesses". La ficelle est grosse comme un cordage, mais quelques millions de Français s'en contentent.

Dimanche, on a cru un instant que Marine Le Pen avait été élue maire du village France.

La gauche perdue

A gauche, le grand perdant n'était pas François Hollande. Cela fait des mois, plus d'une année qu'Hollande subit un bashing qui n'est pas que sondagier. Les listes socialistes récoltent aujourd'hui ce qu'Hollande subit et sème depuis des mois. Quelques ministres vont perdre leur strapontin municipal. A Marseille, les guérinistes font alliance avec l'UMP Gaudin. Le grand perdant fut la gauche, à peine 37% des suffrages exprimés et un nouveau record d'abstention, 39% des inscrits, et un Sénat perdu aux prochaines élections de septembre...

Le Front de gauche, affaibli par des divisions locales, a résisté grâce à la survivance du communisme municipal et l'énergie de quelques autres. Mais il n'a pas su attirer pour compenser l'effondrement socialiste. Les écologistes tirent leurs quelques épingles du jeu. Mais les éditocrates préfèrent commenter le rebond mariniste que cette résistance-là.

Qui est surpris ?

En face, la droite rassemblée, le Modem absorbé dans l'UDi, elle même UMP-affiliée. Cette grande droite-là ne voulait pas se faire voler la victoire. Qu'importent les principes, pour Jean-François Copé, le Front national n'était plus une si grande menace. Il refuse tout front républicain. Plutôt le FN que le PS. Sur un plateau télévisuel, le jeune Guillaume Peltier (UMP) en rajoute. On nous ressort Laurent Wauquiez qui déteste le RSA. Henri Guaino qui croit toujours écrire pour de Gaulle; Brice Hortefeux qui espère passer entre les gouttes des affaires Sarkozy. La cohorte des amnésiques ou des hypocrites, les mêmes formules pour désigner des problèmes qui existeraient "depuis 40 ans", comme si Nicolas Sarkozy n'avait jamais existé. Cette droite-là a eu le temps de repasser sa robe pour se présenter comme une première fraîcheur devant les électeurs. Elle endosse les mauvaises questions du FN, partage certaines de ses réponses, s'étouffe contre le "coût du travail" et les "rigidités" en tous genres. Pour un peu, elle crierait "tous pourris" sur fond d'affaires Karachi, Bettencourt et Kadhafi.

En coulisses, Nicolas Sarkozy téléphone beaucoup pour féliciter les uns et les autres. Cela faisait 7 ans que la droite n'avait pas gagné une élection nationale. Le grand paradoxe, la véritable hypocrisie chez les centristes notamment, est qu'elle parvient à ce résultat alors que Hollande conduit une politique si proche de leurs programmes qu'on cherche les écarts. Ecouter François Bayrou, qui ne cherche plus qu'à briguer la mairie de Pau grâce au soutien de l'UMP, déclarer que Hollande avait "abusé" les Français a quelque chose de cocasse.

Hollande hors sol

A l'Elysee, il paraît qu'on a été surpris non par la défaite mais par son ampleur. Les conseillers sont tétanisés. Hollande a-t-il compris qu'à force de gouverner trop à droite, il ne renforce que la droite ? A l'heure où nous écrivons ces lignes, nous n'avons que quelques indices favorables comme cette reconnaissance, dans la bouche de Najat Vallaud-Belkacem mercredi, au sortir d'un sinistre conseil des ministres. Mais nous n'avons aucune certitude. Pire, on nous explique qu'Hollande cherche à constituer la meilleur équipe pour mener à bien son Pacte de responsabilité, qu'il fallait présenter en avril. Trente milliards d'euros de réduction de cotisations sociales, cinquante milliards d'euros d'économies d'ici 2017...  Dans l'urgence ou l'affolement, on glisse que des allègements d'impôts pour les ménages sont prochainement annoncés.

Hollande a-t-il compris? Lundi, il explique qu'il faut "hausser le ton contre le Front national". Est-ce vraiment la seule leçon qu'il a retenue de ce premier tour ? Non, assurément, mais on attendait mieux, et surtout autre chose. Mardi, il revient de La Haye, paraît-il pour s'occuper précipitamment d'un remaniement. Car ce remaniement ne fait plus aucun doute, et pourtant tout le monde s'en fiche. L'éditocratie, plutôt que de s'interroger sur les raisons d'une pareille débâcle, glose et se gargarise de simulations sur le casting de la prochaine équipe hollandaise. Vendredi, la messe est dite, mais seul Hollande en connaît les détails. Il a prévenu quelques proches que "sa décision était prise".

Ayrault est blafard quand il livre un bref commentaire officiel dans la soirée de dimanche. Il est en sursis. Hollande attend le second tour. Manuel Valls est "prêt". Dès lundi, il fait campagne. Il veut le job de l'autre. Il rencontre Montebourg, Hamon et même Duflot. La ministre écologiste n'en veut pas à Matignon. Valls a plein d'avantages: il est libéral-compatible, encore très populaire, et si ambitieux qu'il vaut mieux le cramer rapidement à la tête du gouvernement. Mais à quoi sert-il ?

Le tournant à l'envers ?

N'est ce pas plutôt le temps d'un changement de ligne, d'un "tournant" comme en 1983, mais à l'envers ? En 2012, nous attendions un coup de barre à gauche après deux années de redressement. Emmanuel Todd louait ce "mitterrandisme à l'envers", une politique d'abord conventionnelle en début de quinquennat  avant un tournant radical - contraint ou volontaire.

Les élus socialistes, bousculés dans leurs fiefs, ont-ils compris ? Pour une fois, la première depuis mai 2012, leur survie politique personnelle est associée au sort de ce quinquennat. Il fallait que la douche soit glacée, pour qu'ils se sentent enfin mouillés.

Hollande observe mais il est ailleurs. Il reçoit avec les grands honneurs le président de la plus grande dictature du globe. Dîner à Versailles, réception à l'Elysee, 18 milliards d'euros de contrats commerciaux, c'est la parade habituelle. Hollande s'autorise une mention des droits de l'homme dans son discours d'accueil. Amnesty vient de publier son rapport 2014, la Chine exécute davantage que le reste du monde.

Mercredi, la pire des mauvaises nouvelles habituelles, le chômage, encore lui. Il a largement progressé en février. Les incantations à la croissance n'y changent rien.  Jeudi, le Conseil constitutionnel censure deux dispositions de la loi dite "Florange" qui imposait aux entreprises de tout faire pour vendre un établissement dont elles souhaitent se débarrasser, plutôt que de le fermer.


La gauche perd ses manches les unes après les autres, mais la droite n'a pas gagné.




9 commentaires:

  1. c'est sans doute la neutralité du conseil constitutionnel qui lui a fait choisir purement au hasard l'entre deux tours des municipales pour annoncer ses décisions de recaler les sanctions de la loi Florange et la prolongation à 4 jours de la garde à vue en cas de corruption en bande organisée

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  2. Merci de rappeler que la Chine est une dictature, ce que les média n'osent plus dire depuis bien longtemps.

    Pour ce qui est du mythe de rééquilibrer les échanges commerciaux, soit les ouvriers chinois parviennent à augmenter leurs salaires, soit on nous fera baisser les nôtres au nom de la sainte compétitivité.

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  3. @juan Tu posais déjà une question le 13/11/2013 => http://dozoneparody.wordpress.com/2013/11/13/manuel-valls-premier-ministre/

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  4. Belle analyse...Rien à rajouter...

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  5. Belle analyse....donc demain on vote tout sauf socialiste, ok c'est parti !

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  6. Te tracasse pas, justice ! Si tu veux voter à droite, tu peux voter socialo et si tu veux voter à gauche, tu peux aussi voter socialo. Tu s'ras sûr de pas de tromper. Et comme les socialos sont pas des zingrats, t'auras droit aux mêmes avantages que tout le monde : diminution des cotisations patronales (charges en langue Medef) pour les entreprises, réduction des impôts pour les particuliers et économies de 50 milliards pour tout le monde. Surtout me demande pas comment ils vont faire et qui va trinquer. Comme dit Juan, les électeurs sont impatients, mais il faut laisser du temps aux socialos. Hé oui, ils sont comme les escargots, les socialos, ils démarrent lentement, ils continuent au pas et ils arrivent au ralenti. Pas besoin de photo finish avec les autres partis de droite.

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  7. Si vous croyez que vous avez une chance de gagner un jour des éléctions nationales, vous vous fourrez le doigt dans l'oeil jusqu'au cerveau Personne ou presque ne veux de parti COMMUNISTE Vous critiquez le FN et les fachos mais votre idéologie nauséabonde (ouh le vilain copieur) ne vaut guère mieux que ceux que vous prétendez combattre Le communisme s'est cassé la gueule a peu près partout (sauf en corée du nord, la chine et cuba se tournent peu a peu vers le capitalisme) et vous pretendez pourtant que l'avenir est au communisme Vous debusquez les identitaires sur les listes FN mais trouvez ça normal qu'une phrase d'aragon (le pote du grand boucher staline) figure sur une liste FDG a Marseille Je suis moi meme une victime du communisme Mon peuple (enfin celui de mon grand-père), les cosaques ont été exterminés par l'armée rouge Beaucoup ont du fuir pour éviter la mort Je ne pardonnerai jamais Il serait bon que vous vous appliquiez votre propre médecine les gars (la repentance c'est pas pour les chiens) Il faut dissoudre le parti communiste français ou changer son nom Tant que vous n'aurez pas abandonné toute réference marxiste, je vous combattrai

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  8. Et vos valeurs humanistes me font pisser de rire La GPA (louer le ventre des femmes pauvres), l'avortement et l'euthanasie seraient humanistes ? L'exploitation du corps des femmes et les meurtres de masse auraient quelque chose a voir avec l'amour de la condition humaine ? Bah

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