30 avril 2014

Valls et les 61 frondeurs


Ils furent finalement 41 socialistes à s'abstenir de voter en faveur du Pacte de stabilité. Et trois à voter contre. Ajoutez les scores écologistes et des radicaux de gauche, et voici 12 opposants et 5 abstentions supplémentaires. Soit 61 députés de l'ex-majorité présidentielle qui ont défié l'actuel gouvernement ce mardi 29 avril. Le texte fut toutefois adopté, avec 16 voix de majorité.


Manuel Valls réclamait un vote de confiance, il menaçait de représailles, il laissait ses proches Urvoas et quelques autres évoquer combien la défiance serait insupportable si des votes manquaient à l'appel. Notre premier des ministres avait si bien fait le service après-vente. Ecoute et concessions, quelques jours durant, après une fronde que l'on devinait sincère mais gênée.

Il y avait bien des plans alternatifs, qui  ne faisaient pas la part si belle au social-libéralisme de l'offre. Ils furent négligés, oubliés, rejetés. A l'Assemblée, il n'y avait pas de débat, simplement un vote consultatif. D'ailleurs, le Sénat ne sera pas consulté.

On nous expliqua que s'il manquait finalement 20 votes, on pourrait souffler d'aise dans les couloirs de Matignon. A trente, on devrait grimacer. A quarante, il faudrait masquer la stupeur. A plus de soixante, que dit-on ?

Le Parti socialiste est certes en friche. Mais tout de même! Qu'une soixantaine d'élu(e)s de juin 2012 aient refusé de suivre la droitisation accélérée du gouvernement, ou l'absence du virage social tant attendu, est donc un signe, grave et certainement pas définitif.

Mardi après-midi, un peu après 16 heures 30 à l'Assemblée nationale, Manuel Valls était sur l'estrade pour convaincre. "J'assume, oui, j'assume" lança-t-il, bravache.  Et de poursuivre dans le drame et la grandiloquence: "Ce gouvernement ne vous demande pas de vote “à blanc”, “juste pour voir”, une indication, encore moins un message. (...) Ce n'est pas un vote indicatif, mais un vote décisif. Il marquera profondément l'évolution de notre pays. Ce moment nous invite tous au dépassement de nous-mêmes". Il a assumé son plan, détaillant et rappelant les économies demandées. Il martèle sa traque du coût du travail, le CICE n'est qu'une "première étape". Notez la formule. "Avec le pacte de responsabilité et de solidarité, la baisse du coût de travail va s'intensifier." Il a raison, le niveau d'exonérations de cotisations sociales et de baisses d'impôts pour les employeurs devient inédit en France. Il reste à allumer des cierges.

Ce vote était donc décisif, dont acte. Manuel Valls premier ministre a perdu 18% des 326 députés de la majorité. C'est peu, mais ce n'est pas rien. C'est une majorité "rétrécie", rabougrie, avertie. La droite n'a pas osé applaudir à un plan qu'elle n'a pas su conduire quand elle fut aux affaires dix années durant. Une grosse trentaine de milliards de baisses de charges quand l'Etat peine déjà à terminer ses fins de mois sans recourir encore et toujours à l'emprunt, il fallait oser.



Finalement, ils furent 59 à gauche, à voter la défiance. 

Du côté des socialistes et associés,

Contre: 3
  • Marie-Françoise Bechtel
  • Christian Hutin
  • Jean-Luc Laurent
Abstention: 41
  • Pouria Amirshahi
  • Christian Assaf
  • Serge Bardy
  • Delphine Batho
  • Laurent Baumel
  • Philippe Baumel
  • Jean-Pierre Blazy
  • Kheira Bouziane-Laroussi
  • Isabelle Bruneau
  • Fanélie Carrey-Conte
  • Nathalie Chabanne
  • Dominique Chauvel
  • Pascal Cherki
  • Florence Delaunay
  • Jean-Pierre Dufau
  • Henri Emmanuelli
  • Hervé Féron
  • Richard Ferrand
  • Jean-Marc Germain
  • Jean-Patrick Gille
  • Daniel Goldberg
  • Linda Gourjade
  • Jérôme Guedj
  • Edith Gueugneau
  • Mathieu Hanotin
  • Chaynesse Khirouni
  • Christophe Léonard
  • Arnaud Leroy
  • Kléber Mesquida
  • Franck Montaugé
  • Pierre-Alain Muet
  • Philippe Noguès
  • Christian Paul
  • Michel Pouzol
  • Denys Robiliard
  • Barbara Romagnan
  • Gérard Sebaoun
  • Suzanne Tallard
  • Stéphane Travert
  • Catherine Troallic
  • Paola Zanetti 
Du côté des Ecologistes:

Contre: 12
  • Laurence Abeille
  • Brigitte Allain
  • Isabelle Attard
  • Danielle Auroi
  • Michèle Bonneton
  • Christophe Cavard
  • Sergio Coronado
  • Noël Mamère
  • Véronique Massonneau
  • Barbara Pompili
  • François de Rugy
  • Eva Sas
Abstention: 2
  • Denis Baupin
  • Jean-Louis Roumégas
Du côté des Radicaux de Gauche, tous ont voté pour, sauf deux abstentions:
  • Jean-Noël Carpentier
  • Jacques Krabal


Institutionnellement, ce résultat ne change rien à la conduite des affaires. Le gouvernement reste en place. Manuel Valls est encore premier ministre. François Hollande ne change pas son programme.

L'UMP et son supplétif UDI ont très bien joué: l'un comme l'autre réclament des pactes austéritaires plus graves encore, pour des exonérations de charges plus graves encore - 80 milliards pour le second, 130 milliards pour le premier. Les deux sont parvenus à maintenir la surenchère à l'outrance libérale plus ample que jamais. Ce faisant, ils ont aidé à convaincre quelques socialistes troublés que 50 milliards dont les 2 tiers seront reversés non pas au redressement des comptes mais à la baisse des charges et des impôts, ce n'était pas si grave ni si droitier. Bravo, on applaudit à la démarche.

Copé fit donc voter son groupe UMP (presque) comme un seul homme contre le Pacte Valls. Il n'y eut que Frédéric Lefebvre, l'ancien sarkozyste défroqué, pour voter en faveur du dit plan. Le jour venu, au moment des élections, les électeurs s'y retrouveront: la gauche désemparée s'abstiendra, la droite retournera au bercail qu'elle n'a jamais quitté. Même le centre-droit a joué le jeu, provoquant Valls dans l'enchère.

Il fut particulièrement pénible d'entendre cette succession de compassions sociales dans la bouche d'éminent(e)s responsables UMPistes. Laurent Wauquiez, mardi matin à la radio, ou Rachida Dati, le soir sur iTélé, s'affligeaient des "souffrances" que le Pacte Vallsien provoqueraient sur les classes moyennes.

La crédibilité de ces gens est sans doute ridicule.



29 avril 2014

La course aux 50 milliards: la chronique qui fait mal et rire à la fois

C'est Charline Vanhoenacker qui le dit.

"(...) demander aux Français d’être compétitifs tout en leur serrant la ceinture, et pire, en ajoutant des trous à la ceinture, c’est un peu comme demander à un athlète de gagner les Jeux Olympiques en les nourrissant uniquement avec de l’eau et des choux de Bruxelles…"




Pacte irresponsable: le piège à cons se referme

La tactique est connue, la ficelle énorme, la manoeuvre peut-être misérable.

Pouvions-nous être énervés ? 

Oui, bien sûr.

Lundi 28 avril, Manuel Valls a "lâché" quelques billes pour s'assurer un vote qu'il espère large et complet par "sa" majorité à l'Assemblée nationale: toutes les "prestations" sociales ne seront finalement pas gelées comme annoncées brutalement le 8 avril dernier pour financer une grosse partie des exonérations de cotisations et réductions d'impôts aux entreprises.

Il était à la Maison de la Chimie. Quatre de "ses" ministres étaient affaissés, progressivement affaissés à ses côtés dans des fauteuils trop confortables. Michel Sapin (Finances), Arnaud Montebourg (Economie), Bernard Cazeneuve (Intérieur) et François Rebsamen (Travail) écoutaient sagement. Quelques heures avant, le premier des ministres avait commis un courrier à ses "partenaires" de la majorité à l'Assemblée.

Une partie de l'opposition de gauche n'a pas compris, croyant qu'il y avait d'autres pistes pour trouver l'argent manquant, qu'il fallait chercher du côté de la lutte contre la fraude fiscale, comme si cette équipe au pouvoir cherchait à esquiver cette lutte-là. Le vrai combat, la belle imposture, la franche illusion n'était pourtant pas là: (1) il n'y a pas de contreparties aussi fortes et décisives que l'inédite baisse générale de charges sociales et fiscales que le gouvernement s'apprête à "rendre" aux entreprises; (2) oser expliquer que l'effort sera "juste" car "réparti" entre pauvres et riches est suffoquant.

Dimanche, un responsable de l'UDI expliquait pourquoi son parti devrait voter ce fichu pacte.

On le comprend.

Manuel Valls a donc "donné des gages". Le 28 avril, il a écrit à ces parlementaires, soutiens ou frondeurs. "Chers amis", le texte est courtois, forcément. On est entre amis.


"La confiance réciproque, c'est la condition de notre unité".  Le socialisme de l'offre prend de l'ampleur : la défense, l'unique justification de ce plan est connue, et répétée: c'est l'emploi: "nous avons l'obligation d'obtenir des résultats". Or, justement, pour ces "visages" où l'on lit "l'inquiétude face à l'avenir", "le Pacte de responsabilité et de solidarité, c'est un puissant levier pour la croissance et la confiance."

On cherche l'argument qui convainc. 

L'argument tombe, moins pour convaincre que pour assommer. Il faut défendre "l'emploi, grâce notamment à la baisse du coût du travail", et "le pouvoir d'achat" grâce à la "priorité accordée aux salariés les plus modestes." Manuel Valls enchaîne sur la nécessaire réduction des déficits. Il a raison, mais pourquoi évacuer aussi rapidement, d'une formule, que les économies réclamées servent moins à la réduction des dits déficits et surtout à la "baisse du coût du travail". S'en suit quelques mots contre "l'euro trop fort" et la lutte contre la fraude fiscale.

Manuel Valls veut mouiller ses députés: "vous aurez aussi un rôle à jouer pour garantir que les incitations fiscales attribuées aux entreprises serviront bien les objectifs prévus par le pacte." L'expression est délicieuse. En d'autres termes, le premier des ministres balance, tranquille, que c'est un peu l'affaire des députés de fixer les contreparties nécessaires. L'arnaque est belle puisque le gouvernement s'abrite depuis des semaines derrière la "négociation des partenaires sociaux".

Finalement, Manuel Valls est généreux: les retraites en deça de 1.200 euros par mois, tous régimes confondus, ne seront pas concernées par le gel des pensions. Manuel Valls préfère le terme "report de valorisation" plutôt que "gel", cela fait moins mal.

Suprême cadeau, quelque 6,5 millions des plus précaires du pays "verront leur pouvoir d'achat intégralement préservé."

L'homme ne réalise pas l'indécence de sa formule.
Il ajoute quelques rappels, déjà connus: les minima sociaux préservés du gel général, la revalorisation "exceptionnelle" de l'allocation de soutien familial (+5%) et du complément familial (+10%) pour les familles nombreuses. 

Manuel Valls continue dans la grandeur. On s'étouffe. "Vous avez attiré mon attention", écrit-il à ses députés, "sur le respect de la mise en oeuvre du plan pauvreté". C'est vrai, les gars, ça fait beaucoup tout ça ! Un plan pauvreté présenté par Ayrault... il y a un an à peine ! On va être sympa. On vous le garantit.  Ne le remerciez pas.

Troisième et dernier "cadeau". Manuel Valls promet que les fonctionnaires "les plus modestes", soit 1,6 million d'agents, verront leur rémunération revalorisée comme pour les catégories C et B. Soit 440 euros de salaire net par an. 

"Enfin, le gel du point d'indice des fonctionnaires fera l'objet d'un réexamen chaque année au regard de la croissance et des résultats  du redressement économique du pays". Les réductions de cotisations seront elles immédiates et non réexaminées.

Cherchez l'erreur, cherchez l'équité.


Même François Hollande y est allé de son couplet.



28 avril 2014

Ségolène Royal fait sa pub

La ministre de l'Ecologie tente de ramener le débat politique là il doit être, sur les actes de politique générale et non les ragots.

En fin de semaine dernière, elle a détaillé un plan d'action qu'elle espère visible, avec 21 actions différentes qu'elle entend lancer dans les 100 jours.

Le Point, auteur de prétendues révélations sur le code vestimentaire que l'ex-présidente de région aurait imposé à son ministère, insiste quand même sur cette affaire et assure le service minimum sur les propositions de la ministre.

Voici les plus concrètes:
  • Finaliser la loi sur la transition énergétique: "La loi arrivera en commission à l'Assemblée en juillet 2014" a-t-elle promis. Il y aurait un volet "économie circulaire" .
  • Finaliser la réforme du code minier
  • Identifier de nouvelles zones pour l'éolien offshore.
  • Accélérer la rénovation thermique des logements pour atteindre l'objectif fixé de 500 000 logements éco-rénovés d'ici à 2017
  • Réformer les modes de fixation des tarifs de l'électricité, pour éviter des modifications "tous les deux mois". 
  • Faire adopter les 21 derniers plans de protection de l’atmosphère.
  • Soumettre 8 perturbateurs endocriniens à expertise scientifique "dans les prochains jours"
  • Proposer une alternative à l'eco-taxe
  • Faire voter le projet de loi sur la biodiversité
  • Signer le décret redonnant au Marais Poitevin le statut de parc naturel régional.




Bourdin Direct: Ségolène Royal - 15/04 par rmc


Lire la liste des 21 dossiers



50 milliards d'euros: revivez le feuilleton

Ce fut un feuilleton, qui n'a pas connu son épilogue ce mercredi 16 avril 2014 quand Manuel Valls a faussement improvisé une annonce des détails de la découpe.

Cela fait plusieurs mois que cette affaire dure, dans le doute et la douleur, le fantasme et la nausée.

Au début, il s'agissait de réduire nos déficits.

Dès novembre 2012, Hollande promet... 60 milliards d'euros d'économies, puis, on oublie le chiffre.


Plan de 60 milliards d'euros : l'annonce choc... par rtl-fr

En janvier, Hollande balance son Pacte de Responsabilité et le fameux 50 milliards d'euros d'économies sur la dépense publique. La "baisse du coût du travail" a pris le dessus.


Voeux 2014: Hollande propose un "pacte de... par BFMTV

Fin mars, Valls remplace Ayrault à Matignon, et se dépêche de détailler ces fameux 50 milliards.


Valls annonce 50 milliards d'économies sur 3 ans par SIPAMEDIA

Et voici qu'on arrive à 21 milliards de coupes dans la Sécu.



50 milliards d'économies : le détail par LCP

Mais ce n'est pas de l'austérité.


Eléments de langage : quand le gouvernement... par liberation

Ces députés socialistes qui résistent au Pacte irresponsable

Ce n'est pas un raz-de-marée. Mais la résistance est là. Le Pacte de responsabilité ne séduit pas tout le monde au sein de la majorité des députés socialiste. Il y a ceux qui voteront les pieds lourds et la main hésitante. Ils n'y croient peut-être plus mais ils ont été élus députés grâce à la dynamique présidentielle de mai 2012.

Il y en a d'autres qui sont plus véhéments. 


Trois au moins ont décidé de ne pas voter ce Pacte irresponsable. Christian Paul, Jean-Marc Germain et Laurence Dumont l'ont fait savoir dans les colonnes de Libération en fin de semaine dernière. 
"Où est la justice quand, pour financer la baisse des prélèvements des entreprises, on envisage la baisse du pouvoir d’achat des pensions de retraite, des allocations familiales, des aides au logement et du traitement des fonctionnaires, y compris les plus modestes ?"
La tribune fait mal car elle vise presque juste.
"Car il faut appeler un chat un chat, c’est bien de cela qu’il s’agit quand on gèle des prestations alors que les prix augmentent."
Evidemment, cette tribune n'est pas sans arrière-pensée politique. Qui croit encore que la politique se confond avec de la philanthropie ?  Les trois députés signataires de l'affaire sont qualifiés d'"aubryistes". Pour le non-initiés aux arcanes du Parti Socialiste, cela signifie qu'ils soutiennent Martine Aubry, qui n'est d'ailleurs candidate à rien depuis sa réélection à la tête de la mairie de Lille.

Mais les trois résistants touchent là où il faut. Le problème, pour ces députés, n'est pas tant le redressement des comptes que l'arnaque politique du moment.

Primo, les contreparties demandées aux entreprises bénéficiaires des exonérations sont finalement inexistantes. C'est le propre du socialisme de l'offre que de croire qu'une baisse des cotisations sociales va provoquer des embauches par millions. Partout en Europe, surtout dans les pays faibles, les marchés, qui restent la meilleur incarnation visible du Capital, exigent cette baisse du "coût du travail" pour mieux améliorer la rentabilité du capital. De surcroît, les entreprises sont incapables de garantir des embauches sur un tel long terme. Quel chef d'entreprise prendrait ce risque ? Au mieux aurons-nous des "objectifs", non contraignants, tandis que les baisses de cotisations seront actées, validées, accordées.

Secundo, répétons-le: le pacte des 50 milliards sert d'abord à baisser des cotisations et non à redresser les comptes publics.

D'autres députés socialistes ont proposé des "alternatives", preuves que l'affaire vallsienne reste mal ficelée, mal comprise. On trouve même Yann Galut, chantre de la Gauche Forte chère à Manuel Valls, qui râle son désarroi: "La politique de l'offre ne peut être financée au détriment du pouvoir d'achat des Français, estime Galut. La prolongation du gel du point d'indice des fonctionnaires pose un problème, comme lorsqu'on tape sur les prestations sociales."

La trouille d'une nouvelle débâcle ?

Dans les colonnes du Parisien, Karine Berger évoque notamment le report à 2016 de l'application du pacte de responsabilité pour les grandes entreprises (soit 3 milliards d'euros d'économies) pour financer la réindexation des petites retraites. Quid des autres prestations sociales que Manuel Valls veut geler ?


Manuel Valls a senti le boulet. Il multiplie les (petits) reculs. Ses annonces du 8 avril étaient dures à souhait pour se laisser un peu de marge de négociation interne. Une vingtaine de députés socialistes ont été rameutés pour soutenir à leur tour, dans une tribune publiée par le JDD dimanche 27 avril, le fameux pacte.

Ces atermoiements ne changent pas le fond du sujet. Le gouvernement entend bien livrer la plus importante des exonérations de cotisations sociales de la décennie.

Merci.


27 avril 2014

Cambadelis, Thorez: cherchez l'erreur

Ne trouvez-vous pas qu'ils se ressemblent ?

C'en est presque troublant.



En 1936, il est débordé par un mouvement social qui secoue la France, dans la foulée de la victoire du Front populaire.

A l'Assemblée nationale, Maurice Thorez, secrétaire général du Parti Communiste Français, balance:

"Il faut savoir terminer une grève..."

Près de 80 ans plus tard, un secrétaire désigné du Parti socialiste use d'une formule similaire à propos d'une fronde qu'il juge donc suffisamment réelle et sérieuse pour s'en inquiéter.

"Il faut savoir terminer une fronde."

Jean-Christophe Cambadelis rappelle les députés socialistes frondeurs à l'ordre, quelques heures avant l'examen parlementaire du Pacte de responsabilité cher à François Hollande et Manuel Valls.

L'exacte citation de Maurice Thorez se poursuivait par : "... dès que satisfaction a été obtenue".

Est-ce vraiment le cas aujourd'hui ?



La playlist politique de la semaine

Hollande sifflé, Valls accolé, Taubira qui défend. Trois videos qu'il valait mieux rater la semaine dernière.




26 avril 2014

364ème semaine politique: et Hollande fut sifflé

 

Il est sorti de sa voiture officielle. Il décida de parcourir à pied la centaine de mètres qui le séparait du lieu de son discours. Il fut surpris de ne croiser pas grand monde. Le dispositif de sécurité environnante n'a désormais plus grand chose à envier à celui jadis déployé pour protéger l'ancien monarque. 

Mais Hollande ne défile pas devant des figurants. Il y a des vrais gens dans les rues. Et certains sifflent. Ce n'étaient pas des braillards de la Manif pour tous, mais simplement des électeurs de 2012.


Les sifflets
"M. le président vous ne tenez pas vos promesses! Pensez à nous, Jaurès ne parlait pas comme vous!" 
Ce cri d'une femme aux lunettes noires, mercredi 23 avril à Carmaux devant François Hollande qui venait rendre hommage à Jean Jaurès, tué il y a un siècle, a résonné fort. Hollande a été accueilli par des sifflets. Cette interpellation n'est ni la première ni la dernière. Hollande réagit toujours mieux que son prédécesseur agité de l'épaule. Mais on se demande si l'homme joue la montre ou réalise enfin qu'il s'est coupé d'une fraction sans cesse plus large de son électorat.

Cette semaine, Hollande avait encore les yeux rivés sur un curseur, les déficits; avec un souci, la fameuse compétitivité. Les services de Bercy tablent sur un déficit budgétaire ramené à 3,8% du PIB. C'est presque son niveau de ... 2003. Compte tenu de la quasi-stagnation de notre production nationale (+1%), c'est une sacrée perspective. Pour une fois, cette prévision est quasi-adoubée par le Haut Conseil des Finances Publiques, un autre machin indépendant qui donne conseils et recommandations aux élus qui nous gouvernent. Pour 2015, c'est une autre paire de manche.

Le Haut Conseil doute que le Pacte de Responsabilité ne produise suffisamment d'effets. Pour 2015, le duo Hollande/Valls espère dégonfler le déficit à 3% du PIB, avec une croissance de 1,7%.  Car le Pacte irresponsable prévoit 22 milliards d'euros de baisse de prélèvements obligatoires (dont 9 dès 2015), quasi-exclusivement pour les entreprises. 

Les cierges.
A Paris, un Français de la BCE applaudit si fort au retour de la croissance en Europe qu'il encourage tous les Etats membres, et la France en particulier, à réduire encore davantage leurs déficits, mais aussi et surtout à baisser son "coût du travail". Le travail est un "coût", le capital un "actif", allez comprendre.

"Vue d'en bas", l'Europe paraît pourtant quasi-asphyxiée et désynchronisée. Si le dumping commercial allemand, à coups de bas salaires, de délocalisation plus à l'Est et de travail précaire, fait merveille pour la balance commerciale du pays, le reste de la zone euro souffre. Pire, cette Commission bientôt remplacée négocie encore le Grand Marché Transatlantique avec les Etats-Unis. Les prochaines élections européennes promettent d'être un désastre pour les euro-béats.

Allumez les cierges.

D'ailleurs, Manuel Valls part au Vatican pour assister à une canonisation. En 2009, François Fillon faisait de même. Le Parti socialiste s'indignait. Mais ça, c'était avant. 

La campagne des élections européennes démarre. Le début est poussif. Jeudi, Jean-François Copé a du mal. Il présente les têtes de listes de l'UMP et son programme, une Europe "à géométrie variable". Son parti se déchire sur l'Europe. Le jeune loup Laurent Wauquiez croit déchirer le parquet avec sa mirifique idée de revenir à une Europe à 6.

Les tribunes
Henri Guaino et quarante de ses collègues annoncent qu'ils ne voteront pas pour l'UMP au prochain scrutin... Côté PS, on fait à peine mieux: le programme comprend ... la révision du traité européen pourtant ratifié par Hollande en septembre 2012... Rien que ça...

Le premier des ministres visite une usine à Saint-Lubin-des-Joncherets, en Eure-et-Loir. Il ne monte pas sur une estrade improvisée. On le voit face à quelques caméras, le dos collé au mur d'un panneau d'explications techniques. A ses côtés, son meilleur des ennemis de l'intérieur, François Rebsamen, ministre de l'emploi, le sourire en coin. Manuel Valls promet une mesure forcément "très forte" pour les retraites "modestes".

Il semblerait que son paquet austère fasse finalement du mal aux petites gens aussi. Le premier ministre fait publier le détail du Pacte irresponsable sur le site du gouvernement: "une poursuite de l’allègement du coût du travail" - exonération des cotisations patronales versées aux Urssaf, hors cotisations d’assurance chômage, et par une révision du barème des allègements existants jusqu’à 1,6 fois le Smic;  baisse de 1,8 point des cotisations familiales à partir de 2016 pour les salaires compris entre 1,6 et 3,5 Smic (30 milliards d'euros au total), réduction de la fiscalité des entreprises (10 milliards d'euros)  :"le coût du travail sera bien allégé de 30 milliards d'euros d'ici à 2017" se félicite-t-on à Matignon. Pour faire bonne figure, on ajoute 5 milliards "pour les ménages modestes"

Les aveux
Il n'y a pas une ligne, pas un mot sur les contreparties concrètes exigées des entreprises. Matignon précise simplement, qu'en contrepartie du Pacte, "les entreprises s’engageront en termes d’emploi,  de formation professionnelle et de qualité de l’emploi", mais plus tard. Même les 500 euros d'augmentation de pouvoir d'achat pour les SMICARDS ne sont pas garantis, loin s'en faut.

Michel Sapin est dépêché sur le plateau du Grand Journal de Canal+ dès jeudi pour bafouiller combien une retraite juste au-dessus des minima, "ce n'est pas beaucoup". Et il se félicite: "nous avons tenu à ce que les députés puissent voter sur les 50 milliards".  Camarades députés, ne soyez pas dépités ! Le gouvernement vous laisse voter, finalement !  Le gouvernement est pourtant "très volontariste" pour parvenir aux fameux 3% de déficit maastrichtien. Il craint de l'abstention

En coulisses, l'équipe Valls tente de décourager un à un les députés socialistes récalcitrants au Pacte de Responsabilité, proposé au débat parlementaire dès mardi 29 avril. Trois de ces derniers publient une tribune étonnante vendredi 25: "Où est la justice quand, pour financer la baisse des prélèvements des entreprises, on envisage la baisse du pouvoir d’achat des pensions de retraite, des allocations familiales, des aides au logement et du traitement des fonctionnaires, y compris les plus modestes ?"

De son côté, la ministre Marisol Touraine, en charge de la santé, promet que les 10 milliards d'économies sur l'assurance maladie seront indolores pour les patients.

Au gouvernement et ailleurs, on explique à juste titre que "la droite, c'est pire". En politique, il y a toujours pire. Quand Valls promet 50 milliards d'économies, les "centristes" de l'UDI réclament 80  et l'UMP 130 milliards. Pour un peu, on dépasserait le budget de l'Etat. Cette course à l'échalote ultra-libérale est bien dans l'air du temps. Il y a quand même quelques députés socialistes pour proposer quelques alternatives, sans gel du point d'indice des fonctionnaires ni des prestations sociales.

Vendredi soir, on confirme la douloureuse. Le chômage a encore (un peu) augmenté. Nous en sommes à 4,95 millions d'inscrits, toutes catégories, confondus. Et un nouveau maire frontiste augmente ses indemnités. Pourquoi s'en priver ?



Ami(e) socialiste, résiste.

25 avril 2014

Le SMIC pour les cons

C'était une chronique qu'il ne fallait pas rater.

Charline Vanhoenacker, qui officie chaque matin, très tôt, sur France inter avec Eric Delvaux, livrait une chronique détonnante et pleine de vérité sur la récente idée de Pierre Gattaz à propos du SMIC jeunes. C'était le 17 avril dernier, mais on s'en souviendra longtemps.

"Ne boudons pas notre plaisir... Car oui le SMIC pour les jeunes c’est une bonne idée. On va enfin pouvoir faire construire nos smartphones par nos enfants. Et ensuite, si ça fonctionne, Pierre Gattaz nous proposera de replanter des champs de coton dans toute la France… Quelle manne pour l'emploi des 15-25 ans !"

La voix était comme toujours souriante tant le sujet est grave. La joyeuse journaliste livrait tout haut ce que nous pensions très fort.

A écouter ici

Europe: l'UMP et le PS se démènent pour démarrer la campagne

La campagne démarre. Le scrutin est à un tour, le 25 mai prochain. Les partis fourbissent leurs argumentaires, les candidats font leurs premiers meetings. Dans la presse, on compare les rares candidats à la présidence de la Commission. L'illusion démocratique doit survivre, le mythe d'une Europe qui progresse sur le chemin de la prospérité, de la convergence et de la démocratie, doit perdurer.

Il y a quelques jours, un élu "historique", écologiste, franco-allemand, livrait son discours d'adieu. Daniel Cohn-Bendit achevait son dernier mandat. Dans sa bouche, quelques mots, une formule qui en dit long sur le scepticisme qui s'est niché chez les plus convaincus.
Et pourtant...

Il y a ceux qui croient encore au grand modèle, à l'unité des peuples dans l'Europe, pour la paix et la prospérité. Daniel Cohn-Bendit, qui faisait ses adieux récemment, est de ceux-là. Il s'inquiète et met en garde contre le nouvel hégémonisme allemand. Nul germanophobie dans son propos. Il s'inquiète du tropisme libéral-monétariste qui s'est emparé de la quasi-totalité de la classe politique.
"Il y a des tendances hégémoniques en Europe. Il y a des tendances que la vérité, on ne peut la trouver que dans un pays. Je vous dis, si nous continuons comme cela, nous détruisons ce que nous avons construit."





L'UMP livrait ses slogans de campagne. Jean-François Copé avait réuni ce jeudi ses têtes de listes pour donner le coup d'envoi de la campagne.Sur le site du parti, on pouvait lire le "programme".

Sans rire, l'UMP voulait une "nouvelle orientation".

Sans rire.

L'UMP voudrait une Europe en plusieurs cercles, "à géométrie variable"; une Europe "de la simplicité", avec moins de règlementations en tous genres. Cette géométrie variable permettrait des coopérations thématiques en fonction des opportunités. L'UMP a des idées  - le nucléaire avec le Royaume Uni, l'immigration avec l'Europe "du Nord de la Méditerranée", etc .

Pour l'heure, c'est l'UMP qui est à géométrie variable. On avait aussi des soucis d'unité. Laurent Wauquiez, le jour même de ces annonces, plaidait pour un rétrécissement de l'Union à ... 6 pays. Rien que cela. Copé riposte: "Laurent Wauquiez a des positionnements individuels parce que populistes"... ça commence bien. Et boum ! Dans les colonnes du Figaro, Henri Guaino et quarante confrères publient une tribune dissidente.

Le 25 mai prochain, Guaino ne votera pas UMP aux élections européennes.

ça fait désordre...

Côté Parti Socialiste, la mobilisation peine également. On a créé un site, pour appeler à pétitionner sur des sujets sérieux. Au PS, certains ont de l'humour. Ils ont réédité la promesse du candidat Hollande de 2012, "réviser le pacte de stabilité pour donner la priorité à la croissance, la relance et l'emploi". On voudrait aussi réviser "la politique monétaire de l'Union pour soutenir la compétitivité de l'Europe et de ses entreprises".

Mais il  n'y avait rien sur ce fichu Traité transatlantique.

Décidemment.




De Sarkozy à Hollande: qui veut la peau de l'hôpital public ?

Une décennie de réformes... pour quels résultats ? Un emballement de la dette des Etablissements Publics de Santé.

Mardi 22 avril, la ministre Marisol Touraine a reçu un énième rapport sur l'hôpital public.


La dette s'emballe
Le 11 avril dernier, la Cour des Comptes a livré son évaluation de nos hôpitaux publics.
"Les plans Hôpital 2007 et Hôpital 2012 se sont traduits par un emballement de la dette hospitalière, qui a progressé à un rythme pouvant atteindre près de 20 % par an et connaît un niveau critique."
La premier de ces plans fut voté sous Chirac. Le second sous Sarkozy. Le résultat se paye aujourd'hui.

La dette à moyen et long terme des établissements publics de santé a triplé en dix ans, passant de 9,8 milliards d'euros en 2003 à 29,3 milliards d'euros à la fin 2012, soit 1,4 % du PIB. Tout juste pouvions nous se consoler que cette explosion se ralentisse depuis 2010: le taux de progression annuel de la dette est passé de 15% par an jusqu'en 2009 à +10% depuis.

La charge de la dette des EPS représente 4% de leurs recettes, alors que leurs marges brutes d'exploitation atteint à peine 5%. La durée résiduelle de la dette s’établissait fin 2012 à 18,5 années. Plus du quart a une échéance supérieure à 25 ans. Autrement dit, les EPS sont aujourd'hui coincés, incapables d'auto-financer davantage d'investissement.

Certains établissements de santé proches de la rupture de trésorerie.

Première critique, les pouvoirs publics ont favorisé le recours à l'emprunt "sans instaurer de procédures rigoureuses de choix des investissements, tout en allégeant leurs contrôles investissements". Seconde critique, les responsables d'EPS ont été optimistes sur les recettes tirées des nouvelles tarifications des actes (votée en 2004).

A partir de 2009/2010, la Cour a noté une "prise de conscience" de ces dérives. La France, comme l'Europe, était par ailleurs en plein krach. Mais la Cour pointe deux risques: (1) l'assèchement du crédit bancaire à cause du surendettement - même les financements à court terme sont "plus difficiles à mobiliser". (2) et un emballement du coût de la dette à cause de la mauvaise structuration de leurs emprunts initiaux - à cause de majoration de taux d'intérêts difficilement renégociables. Nos EPS sont chargés d'emprunts toxiques, comme nombre de collectivités locales. La Cour estime que 14% des encours sont ainsi très risqués.

Et maintenant ?
En septembre 2012, la ministre de la Santé se voulait rassurante. En mars 2013, elle reçoit un rapport d'experts, démarche de com' habituelle qui ne trompe plus grand monde. Marisol Touraine promeut la "tarification au parcours", sans abandonner la tarification à l'acte. Mais de décisions, il y en a peu. Au bout de deux ans, le bilan est maigre, alors que l'urgence est toujours là.

En avril 2014, la douche est plus froide encore. Marisol Touraine a été reconduite dans ses fonctions dans le gouvernement Valls, mais  l'assurance maladie est appelée à contribuer à hauteur de 10 milliards d'euros aux 50 milliards promis pour financer le Pacte de responsabilité et le redressement des comptes publics.

Quid de l'hôpital public ?

Mardi 22 avril, la ministre reçoit un énième rapport, cette fois-ci rédigée par la présidente de la Conférence nationale de la Santé, Bernadette Devictor. Cette conférence rassemble acteurs et usagers de la filière.

L'auteure prône notamment une mutualisation des compétences et des équipements entre établissements d’un même territoire. L'idée est de favoriser la coopération entre établissements. En période de pénurie, mutualisez ! L'auteure propose aussi de réintroduire la définition du "service public hospitalier" dans la loi, avec des critères d'éligibilité tels que la non-discrimination des patients, ou le respect de la continuité et de l’accessibilité territoriale et financière, de façon à y inclure également les cliniques privées à but non lucratif.

Reste à la ministre d'expliquer comment elle entend aider l'hôpital public à sortir de la nasse.

Mercredi, Michel Sapin, le ministre des finances, a annoncé un projet de loi relatif à "la sécurisation des emprunts structurés souscrits par les personnes morales de droit public". A l'instar du fond créé en 2012 pour les collecticités locales, le gouvernement va créer un fond dédié aux hôpitaux pénalisés par des emprunts toxiques: "Ce dispositif prendra la forme d’aides nationales accordées aux hôpitaux pour faciliter leur sortie de ces prêts. Le montant total de ces aides pourra atteindre jusqu’à 100 M€."

Mais pour le reste, on attendra une autre loi.







Lire aussi:


24 avril 2014

Après l'affaire Morelle

 

De cette affaire, on retiendra quelques conclusions, à froid.


1. Il est à peu près certain que d'autres cas similaires surgiront. Pas nécessairement à l'Elysée,  ou dans l'environnement si proche de François Hollande, mais ailleurs. Le spectre de jeu est trop large, tout comme l'envie de transparence et aussi de traque médiatique.

2. Tout se dépose avec la même intensité, il n'y a plus de tri entre les affaires et l'importance qu'on leur donne: les morts de Karachi et la consultation de Morelle pour un labo, les milliards d'euros d'équipements de surveillance vendus à Kadhafi par Sarkozy et le compte en Suisse de Cahuzac. La justice est habituellement une affaire de mesure en proportion de l'objet du délit. Dans le cas présent, on en doute à la lecture de certaines réactions sur les réseaux sociaux.

3. Cette affaire rappelle aussi qu'on mélange toujours nos gouvernants et la politique qu'ils mènent. Il ne s'agit plus seulement d'espérer que nos responsables soient des modèles. On s'imagine qu'une belle politique de gauche (pour rester dans les raccourcis politiques que certains maîtrisent encore) n'est possible qu'avec de purs honnêtes hommes, des vrais super-héros de l'action publique et de la vie quotidienne.
On se venge d'une politique de droite quand sont détectés des comportements jugés non conformes, avec une rage redoublée.   

4. La question du conflit d'intérêt n'est devenue que récemment un sujet de débat politique. La confusion privé/public ou le pantouflage public/privé existent en France depuis des lustres que les réglementations successives peinent à corriger même si des progrès sont établis. Il était évident que Morelle devait démissionner aussitôt que le conflit d'intérêt fut démontré.

5. Il y a dans l'affaire Morelle autre chose que cette seule histoire de conflit d'intérêt. L'application avec laquelle les goûts du conseiller présidentiel ont été décrits puis fustigés ne saurait surprendre (notez comment le journaliste rapporte qu'on surnommait Morelle "le petit marquis", l'un des ragots du coin élyséen).

En Sarkofrance, on moquait les pratiques bling bling de Sarkozy et ses proches qui d'ailleurs ne s'en offusquaient pas. Dans le cas de Morelle, la situation est de même nature, mais en pire. On ressort l'argument traditionnel que la richesse - ou, pire, les pratiques luxueuses - disqualifie de toute "gauchitude". Morelle, pourtant d'extraction modeste, ne saurait être totalement "de gauche" vu ce qu'il est.

Cette interprétation totalitaire du monde est tout simplement terrifiante.


23 avril 2014

Le Buzz du pauvre. #Numero2 : qui est riche en France ?

L'Observatoire des inégalités a mis à jour les seuils de pauvreté, de richesse et le niveau de vie des classes moyennes pour les principaux types de ménages. Faites vos comptes...



On est considéré "riche", en terme de revenu et non de patrimoine, quand on dépasse le double de la médiane de sa catégorie.

Ainsi, sont "riches" les personnes gagnant mensuellement plus de 2.917 euros (*) quand elles sont seules, 3.960 euros quand il s'agit de familles monoparentales, 5.693 euros pour les couples sans enfants, 6.842 euros pour les couples avec un enfant,  7.683 euros pour les couples avec deux enfants et 7.535 euros pour les couples avec trois enfants ou plus. A l'inverse, les catégories populaires (soit les 30 % du bas de l’échelle des revenus)  perçoivent par mois "au plus 1 183 euros pour une personne seule, 2 251 euros pour un couple sans enfant et 3 100 euros pour un couple avec deux enfants."

L'Observatoire prévient: "Toutes ces frontières sont critiquables".

 A bon entendeur...



(*) après impôts et prestations sociales.


Les remèdes irresponsables de la BCE

C'est une institution a-démocratique par essence. La Banque Centrale Européenne ne répond de rien ni à personne. Depuis l'adoption du Traité de Maastricht en 1992, la BCE est indépendante du pouvoir politique. 

Pour notre plus grand drame.



Officiellement, elle agit contre l'inflation: "la principale mission de la BCE consiste à maintenir le pouvoir d’achat de l’euro, et donc la stabilité des prix, dans la zone euro. La zone euro comprend les dix-huit pays de l’Union européenne qui ont introduit l’euro depuis 1999".

Officieusement, elle agit comme elle veut. La preuve, à plusieurs reprises depuis l'immense krash boursier des années 2007-2008, elle a triché avec ses propres règles alors qu'elle si sourcilleuse du bon respect des conseils injonctions qu'elle assène aux différents Etats membres.

Effrayée par l'extension du "Credit Crunch" et une méfiance interbancaire généralisée, comme la propagation d'un feu en plaine asséchée, la BCE a créé des dizaines de milliards d'euros pour le marché interbancaire. Puis, en 2011/2012, pour "sauver l'euro", la même BCE a prêté quelque 1.000 milliards d'euros au taux de 1% aux banques privés de l'Union. Mario Draghi, l'ex-banquier de Goldman Sachs devenu patron de la BCE, a rajouté sa parole dans la balance pour calmer les spéculateurs: "la BCE est prêt à faire tout ce qui est nécessaire pour préserver l'euro."

En France comme ailleurs, la BCE ne prête pas aux Etats mais aux établissements financiers. Cela permet de maintenir une funeste et irresponsable pression sur les gouvernements. Chaque Etat déficitaire se trouve en effet contraint d'emprunter sur les marchés. Dans son récent ouvrage "Europe, les Etats désunis", Coralie Delaume expose très bien le mécanisme, tout comme les récents développements.

Aujourd'hui, la BCE ne craint pas l'inflation mais la déflation.
On en connait pourtant les causes: la prime à la déprime salariale partout en Europe et une croissance anémiée par une austérité dans le Sud de l'Europe. Les Européens n'achètent plus, sauf pas cher. Les entreprises produisent moins, surtout ailleurs, les banques prêtent mal, et plutôt aux grandes entreprises. La sauvegarde de l'euro en a renchéri le prix à un niveau si exceptionnel qu'il asphyxie les économies européennes. A la BCE, on commence à trouver cela presque dangereux. Christian Noyer, le directeur de la Banque de France, a même reconnu que ce renchérissement était "le revers de la médaille" du rétablissement de l'économie européenne."

Mardi 22 avril, Benoît Coeuré, l'un des membres (français) du directoire de la BCE, un Français, livre quelques nouveaux conseils dans les colonnes du Monde. Il y avait de quoi être effaré pour qui croit encore à l'Europe, enragé pour qui a décidé ou compris que ces gens-là sont ailleurs.

Primo, il est persuadé que la croissance revient suffisamment pour "prolonger l'effort":
"Les pays de l'union monétaire ont beaucoup réduit leurs déficits. Maintenant que la croissance revient, prolonger l'effort va permettre de faire baisser les ratios d'endettement public."
Secundo, il n'éprouve aucun regret ni état d'âme sur la situation dramatique du Sud de l'Europe. Quand on l'interroge sur le drame provoqué en Grèce ou ailleurs par les politiques austéritaires dictées par la "Troïka", ce trio néfaste composé du FMI, de la BCE et de la Commission européenne, qui dicte les programmes "d'assènissement" dans le Sud de l'Europe, il ose la réponse suivante: "la plupart des pays ont fait le plus dur et commencent à en voir les fruits." Nul regret ni remort, alors que le FMI reconnaît y être allé un peu fort.

Son avis est partagé. En France, quelques éditocrates propagent volontiers l'idée selon laquelle ces programmes d'austérité ont bien fonctionné puisque les économies concernées renouent avec la croissance. Maintenant que l'espérance de vie a régressé de 2 ans en Grèce, tout ne peut qu'aller mieux !

Tertio, notre Français de la BCE ne trouve même pas l'euro si surévalué que cela
. Si les Français râlent, ils n'ont qu'à baisser leur coût du travail !  "La fascination pour le taux de change est une passion française, unique en zone euro" Et Coeuré de préciser: "l'union monétaire prise dans son ensemble dégage un excédent courant : la solution pour Paris est donc d'améliorer sa compétitivité, comme le prévoit d'ailleurs le gouvernement."

A bon entendeur...


22 avril 2014

Cette gauche non gouvernementale qui prend forme

Le Parti Socialiste est-il menacé de scission ? Sans doute pas. Mais la grogne est plus forte qu'avant. Si forte que Hollande menace de sa non-candidature pour 2017. 

 Après lui, le déluge ?

 

Frondeurs en avance ?

Sa petite phrase sur son éventuelle non-candidature en 2017 si le chômage ne baisse pas d'ici là a fait peu jaser. Hollande visite le "terrain" mais on retient que ces formules courtes et toutes destinées à la reprise et la répétition médiatiques. Cette petite phrase sonne comme une menace à peine voilée. Il reste pourtant des frondeurs dont on va pouvoir tester l'exigence.

La question des débouchés de la récente énième grogne de certains élus et dirigeants du Parti socialiste contre la réalité du plan d'économies de 50 milliards d'euros a franchi un nouveau pas avec la publication d'une tribune de l'un des courants du PS, "Un Monde d'avance".

Ce courant était notamment animé par Benoit Hamon, actuel ministre de l'Education dans l'équipe Valls. Son nom figure toujours en bonne place sur la page d'accueil du site de ce courant.

Le 17 avril dernier, ce courant écrit un violente charge contre ... François Hollande.
"François Hollande a été élu sur l’idée du « redressement dans la justice ». Pour le moment, les résultats ne sont pas au rendez-vous : les politiques de rigueur mises en œuvre depuis 2012 ont des effets récessifs importants et la répartition des efforts demandés est vécue, à raison, comme injuste. A ce titre, l’absence de réforme fiscale ou les cadeaux aux entreprises par le biais du CICE puis du Pacte de responsabilité éclairent les arbitrages qui ont pu être faits."
Les auteurs minorent une chose essentielle, volontairement ou pas: l'extension sans précédent des exonérations de charges, le fameux socialisme de l'offre, est à peine évoqué. Car c'est pourtant bien cela, la marque de fabrique de l'actuel quinquennat: la réduction de la dépense publique ne vise pas seulement à réduire un déficit hérité du passé sarko-chiraquien, mais à "réduire le coût du travail". Mais pour le reste, la charge est directe, et la conséquence tout autant: les représentants de ce mouvement annoncent quitter la direction du PS, et son secrétariat national.
"Le Parti de Jaurès ne peut être un parti social-libéral."

 

Amender ...

Dans les colonnes du JDD, le 20 avril, la nouvelle rapporteuse du Budget, Valérie Rabault (sic!) cherche à rassurer ses camarades inquiets. Soutenue par la "Gauche Forte" (le sous-courant de Manuel Valls), elle voudrait donner quelques gage mais rester "constructive".
"Le plan d'économies de 50 milliards d'euros se rapporte au financement des allégements fiscaux, notamment du crédit impôt compétitivité emploi pour les entreprises. Faire 35 milliards d'euros, cela signifie une moindre baisse des cotisations. Cela s'étudie."
La députée aurait pu être davantage explicite, rappelons les chiffres: le CICE, mis en place en 2012, est porté de 20 à 30 milliards d'euros (en rythme de croisière - il ne "pèse" qu'une dizaine de milliards cette année); et Manuel Valls a annoncé ajouter 6 milliards de plus de suppression de taxes et cotisations patronales dans son discours de politique générale.

En matière d'économies, Rabault a le sens de la formule: "On ne peut pas raboter à l'infini, ce n'est pas une solution."

Bref, ce qu'on propose aux frondeurs est d'amender à la marge le projet de budget. Qui est surpris ?


En interne, c'est pire. Le nouveau patron désigné du PS, Jean-Christophe Cambadélis, n'avait pas grand chose à dire sur la fronde interne, dimanche sur Europe 1. Oui, le PS est "anémié". Et il lance un "audit", département par département.

On est rassuré.

... ou quitter ?

Plus à gauche, les prédictions sont optimistes mais la main tendue encore faible ou discrète. Mélenchon fait campagne. Il était à Gaillac, lundi soir. Il promet une "gauche non gouvernementale" devant le PS. L'expression est nouvelle. Pour la première fois, Mélenchon englobe non pas seulement le Front de gauche, mais aussi EELV et le NPA.
"Pour moi, les députés socialistes devront choisir entre la ligne Valls et la ligne de rupture avec cette politique" Jean-Luc Mélenchon, 18 avril.
Si cette "gauche non-gouvernementale" est loin d'être une coalition organisée, elle a une immense carte à jouer aux élections européennes: le fameux Traité Transatlantique en cours de négociations discrètes ou secrètes entre l'Union européenne, par le biais de sa Commission, et les Etats-Unis. Du Front de gauche aux Ecologistes, les craintes d'un renforcement du libre-échange et d'un abaissement des normes nationales et européennes en tous genres sont fortes et partagées.
"Nous allons élire des députés européens et ces derniers voteront pour ou contre le traité transatlantique . C’est là l’enjeu crucial du scrutin. Car si ce traité passe, c’est la fin de tout projet d’Europe politique, sociale ou écologique !"Jean-Luc Mélenchon, 18 avril.

 

21 avril 2014

Comment Valls incarne Hollande avec la fabrique de l'agenda

Le plus grave danger qui guette la République s'appelle la personnalisation du pouvoir. C'est le plus grave des maux, le raccourcissement le plus absolu de la démocratie et de la pensée politique. L'infantilisation suprême.

On la croit de retour, nous a-t-elle jamais quitté ?

 

De Sarkozy à Hollande

Le quinquennat précédent, gouverné par un agité immobile prénommé Nicolas, en fut l'extrême caricature, la plus déplaisante des expériences, mais aussi un joli moment d'opposition réussie. Nicolas Sarkozy voulait qu'on l'aime avec ses défauts, on le détesta pour ses qualités. La vie est injuste, mais l'histoire rappelle parfois que les mauvais peuvent être décapités.

François Hollande commença normal, malgré une vie personnelle tourmentée et des médias dopés à "l'anecdotisme purulent". Les premiers mois de son existence élyséenne n'étaient nullement Bling Bling, simplement aussi a-normaux qu'une présidence peut l'être. Hollande avait réussi cette partie-là, mais cela ne suffisait à une médiacratie plus exigente avec les détails que l'essentiel.

Depuis mai 2012, Hollande a tellement dé-personnalisé la fonction qu'il a concentré toutes les impopularités du quinquennat sur sa propre personne. Hollande est devenu l'une des personnalités politiques les moins populaires de cette Vème du nom.

Quelle performance !

Hollande fragile

Vendredi dernier, Hollande s'est séparé en quelques heures d'un conseiller essentiel, Aquilino Morelle à cause d'un conflit d'intérêt d'il y a 7 ans, gonflé par le récit divertissant des goûts prétendument de luxe du conseiller.

Secundo, la rapidité avec laquelle François Hollande a "démissionné" son conseiller révèle sa fragilité et sa force. Sa fragilité, car il sent qu'il ne peut plus résister à grand chose tant le monde qui l'entoure n'a plus aucune indulgence; sa force puisqu'il sacrifie et coupe plus vite qu'aucun autre président de cette Vème République finissante. Qui sont les "proches" épargnés de Hollande ? Nul ne le sait. Personne n'est à l'abri.

De ce point de vue, Manuel Valls est en rupture certaine avec l'actuel président. On lui prête de vrais proches avec lesquels la fidélité est forte et réciproque. C'est d'ailleurs l'unique avantage (et danger) de Manuel Valls: son coeur de fidèles est là pour faire appliquer et appliquer l'efficacité vallsienne tant réputée.

La rupture Valls, ou pas.

Il a aussi encore la main sur l'agenda médiatique. En témoigne son (petit) coup de force de com' de mercredi dernier sur le plan d'économies. Il y avait de quoi réjouir le premier cercle des éditocrates, et la cohorte de journalistes alimentés derrière par cette "fabrique de l'agenda".

Le retour de la "com'", forcément professionnelle, forcément efficace, serait la première et véritable rupture de Manuel Valls.

Cette tactique orchestrée à Matignon n'est pas sans danger.

Primo, elle accélère la prise de conscience d'une plus grande fraction de l'électorat de ce qu'est devenu le Hollandisme révolutionnaire. "Avant", on pouvait croire que notre président s'enferrait dans les difficultés et les malentendus. Que les postures libérales de "Pépère" n'étaient que des postures, etc, etc. Valls au contraire clarifie. Et donc il "aggrave". Il n'y aura plus de doute, ni de "flou", ni de "couacs". Dans les colonnes de Marianne, divers responsables socialistes ne s'y trompent pas:  "L’Elysée nous impose cette ligne sociale-libérale" déclare Liêm Hoang Ngoc, député européen ; "Difficile de se sentir solidaire des choix d'Hollande" renchérit Laurent Baumel. Et Julien Dray réclame des primaires, même si Hollande est candidat à sa réélection.

Secundo, Manuel Valls replace la personnalisation de l'action politique au centre des commentaires et des débats. C'est triste, mais c'est un fait. Le retour du "Moi, je", des caméras embarqués, des "points presse imprévus", des "tournées sur le terrain". L'homme aimait (un peu) le people. La presse sert le plat de cette construction médiatique "à la Sarkozy".


Qui a donc cru que s'en était fini de la personnalisation du pouvoir ?


20 avril 2014

Les ghettos du gotha, retour sur la classe. #video

Le documentaire date un peu, mais est-il obsolète ? Les deux sociologues, Monique et Michel Pinçon, participaient à la manifestation parisienne du 12 avril dernier.

Leurs travaux restent exemplaires. Ils décryptent mieux que d'autres une réalité qui se montre peu.



L'actualité politique de la semaine, vue par 4 blogs #S01E29

Une nouvelle semaine s'achève. La lecture de quelques blogueuses et blogueurs socialistes, sympathisants ou militants, révèle le trouble. 

Cyril Marcant, lundi dernier, s'attarde sur une mauvaise polémique, mais une polémique réelle. Le gouvernement envisagerait de réduire votre de supprimer les APL  pour les étudiants non boursiers. Le démenti vient plus tard, par un tweet de la ministre des droits des femmes, des sports et de la jeunesse.

Etait-ce un galop d'essai ?

A Lyon, l'élu-blogueur Romain Blachier s'énerve de la désignation d'un nouveau premier secrétaire. La charge est directe.
"Merci à mes bons maitres de la rue de Solférino de nous épargner les affres de la démocratie. Vraiment merci.
Je viens de l’apprendre, via le compte Twitter officiel du parti socialiste. Celui-ci nous informe, après un conseil national sur lequel il n’a rien dit et rien communiqué, que nous avons, que j’ai moi aussi donc,  un nouveau Premier Secrétaire Jean-Christophe Cambadèlis."
Pierre Gattaz, et sa récente proposition de créer un SMIC plus bas pour les plus précaires, a aussi suscité l'ire générale à gauche (et même à droite). Le blogueur Melclalex rappelle les belles installations délocalisées de l'entreprise Radiall du fiston Gattaz. "

Seb Musset enchaîne les billets contre ce verbiage ultra-libéral. Il précise cet élément de contexte, essentiel pour comprendre les biais de l'actuel débat: "La majeure partie de la confusion vient du fait que dès que ces sujets sont abordés dans les médias, l'espace de discussion est squatté par des prédicateurs professionnels de la compétitivité dont les fiches de paye ou les rentes culminent loin au-dessus des réalités sociales de ceux qu'ils accusent de trop coûter en travaillant."


19 avril 2014

363ème semaine politique: Valls aggrave Hollande

Valls, le 16 avril 2014

L'histoire de François Hollande a pris un sale virage. Cette semaine, Bruxelles et Berlin ont éteint l'idée qu'un remaniement franco-français changerait la donne. 

Pire, le rapport de forces entre Hollande et Valls s'installe doucement mais sûrement. 

Pire encore, le programme d'économies enfin détaillé par Valls coupe encore davantage la gauche.



Hollande versus Valls ?

Le premier est élu mais impopulaire, le second désigné mais trop populaire. Le couple ne ressemble en rien à l'ancien duo Sarkozy/Fillon. Sarko était agité autant qu'immobile. Fillon rageux mais docile. Mais Hollande a désigné Valls car il n'avait plus de choix.

Lundi, Hollande converse avec Obama. Il évoque une "politique de sanctions ferme et graduée." La situation ukrainienne se dégrade très rapidement. Le pays est en voie de dislocation. En fin de semaine, l'armée ukrainienne intervient contre des commandos pro-russes. Hollande est préoccupé, comme d'autres. Mais il semble encore davantage préoccupé par la situation franco-française. Son premier des ministres s'est rapidement doté d'une cinquantaine de conseillers fidèles. La quasi-totalité de l'équipe Ayrault a été débarquée.

Alors Hollande rencontre beaucoup de ministres sans le premier d'entre eux. Lundi, François Rebsamen (Emploi) , puis un déjeuner avec Michel Sapin (Finances) sans Arnaud Montebourg (Economie). Mardi, Laurent Fabius (Affaires Etrangères). Mercredi, conseil des ministres. Jeudi, il déjeune bien avec Manuel Valls, mais reçoit Christiane Taubira quelques heures plus tard.

Hollande réorganise aussi la direction du PS. Lui président a (enfin) oublié que la politique se gagne avec des armes politiques. Mardi, le Parti ex-majoritaire se dote donc d'un nouveau patron. Sans élection ni autre forme de consultation de ses militants, Jean-Christophe Cambadélis a été promu secrétaire général du parti. On se souvient comment l'ancien DSKiste avait perdu contre Désir il y a deux ans. Tout arrive à point pour qui sait attendre. Sur les réseaux sociaux, le désarroi exprimé par certains militants et sympathisants est réel.

"Camba" ira-t-il voir ce film d'Abel Ferrara sur son ancien mentor que le Festival de Cannes, pour son édition 2014, a refusé de sélectionner ?

Hollande s'affaiblit. Mediapart lance une attaque contre l'un des plus proches conseillers de Hollande, Aquillino Morelle. Le site porte deux accusations contre le conseiller en discours et communication, la première paraît tristement anecdotique - une passion pour les chaussures de luxe et l'utilisation de deux chauffeurs de la Présidence; la seconde est grave, une ancienne collaboration il y a 7 ans avec un laboratoire privé, et qui n'aurait pas été déclarée à l'IGAS alors qu'il y travaillait.

Aquilino Morelle démissionne vendredi. Hollande salue le geste, mais il perd un rouage essentiel, un homme présenté comme l'intermédiaire efficace entre Montebourg et Valls.

Un patron du Medef lance une idée qu'il qualifie d'iconoclaste, c'est-à-dire ignoble: qu'on créé un SMIC plus bas que le SMIC pour les plus précaires, à savoir les les jeunes et les chômeurs de longue durée. Meilleur marché que le minimum, c'est forcément bon marché, n'est-ce-pas ? Même à droite, on s'offusque. Pierre Gattaz, c'est son nom, devient la risée des réseaux sociaux.

50 milliards pour qui ?


Mercredi, Hollande reçoit une seconde mouture du rapport "pour une maîtrise collective des dépenses publiques" préparé par le socialiste Martin Malvy et l'UMPiste Alain Lambert. Montebourg sèche ou n'est pas invité. Valls est évidemment présent, tout comme Michel Sapin , Marylise Lebranchu et André Vallini. La mise en oeuvre des 50 milliards d'euros passe par ces exercices de communication-là. En mars, une première version avait été fuitée dans la presse.

Le "rapport qui fait peur aux collectivités locales" incluait des suggestions "sans précédent" contre les collectivités locales: gel en valeur de leurs dépenses jusqu'en 2017 et mise sous tutelle de l'Etat des récalcitrants. Le gouvernement y cherche 11 milliards d'euros, sur les quelque 210 milliards d'euros de dépenses annuelles. La Cour des Comptes avait déjà et encore une fois sonné la charge en octobre dernier.

Mais ce rapport fait finalement peu de bruit car quelques heures plus tôt, à l'improviste et à Matignon, Manuel Valls a déboulé devant les journalistes, quatre ministres debout et silencieux à ses côtés, pour détailler les 50 milliards d'euros d'économies.  Il promet que les "efforts seront justes" car "collectif, "équitablement répartis" et qu'ils "serviront à tous." S'en suivent la liste des coupes, non plus pour seulement redresser les comptes du pays, mais pour financer l'élargissement des exonérations de cotisations sociales à un niveau inégalé en France: 18 milliards d’euros d’économies pour l’Etat (dont le gel de la valeur du point fonction publique jusqu'en 2017), 11 milliards d’euros d’économies sur les collectivités locales, et surtout 21 milliards d'euros sur les prestations sociales: hors minima sociaux, toutes les prestations seront gelées l'an prochain.

Les représentants d'EELV promettent qu'ils ne voteront pas le projet Valls "en l'état". Vraiment ?

"Ce matin, le signal n'est pas bon" a rapidement conclu un député socialiste. On parle de fronde. L'essentiel de ces 88 députés socialistes, et la poignée d'écologistes, qui questionnaient 8 jours avant la confiance à Valls mais la votèrent quand même une fois dans l'hémicycle pouvaient donc s'en mordre les doigts. L'opposition de gauche reste faible quand elle est divisée.

Manuel Valls, ou plutôt François Hollande, à moins qu'il ne s'agisse des deux, se sont fait retoquer leur demande de sursis à Bruxelles. La grande tentative pour obtenir un délai supplémentaire pour revenir sous l'infamante barre des 3% de PIB en déficit budgétaire a échoué. Il faudra donc davantage que les 50 milliards d'euros d'économies annoncées pour rentrer dans les clous sous peine de passer sous tutelle ou sanction. On ne pouvait espérer pire message en cette veille d'élections européennes. 

Martin Schulz (socialiste) et Aléxis Tsípras (gauche européenne) font chacun campagne pour les élections européennes. Le premier comme le second espèrent la tête de la commission européenne quand l'autre Baroso sera enfin démis. En France, une belle fraction de la gauche se mobilise contre l'euro lui-même. 


Les tabous tombent.


18 avril 2014

Sondages, FN, et biais social.

Il faut parfois se boucher les oreilles. Et parfois revenir sur le passé récent pour mieux comprendre ce qui s'est passé.


Trop de sondages
L'Observatoire des sondages est certainement un site d'utilité publique. Le voici qui revient sur l'accumulation de sondages politiques qui ont encombré et précédé les élections municipales. "Le record est donc battu avec 225 sondages dont 151 par téléphone (une grande majorité d’intentions de vote), 71 par internet (quelques intentions de vote, sinon des « souhaits de victoire », du « moral des électeurs » et autre « intérêt pour l’élection », etc. ) et 3 en face à face."

Plus de 200 sondages publiés par nos habituels instituts (Ifop, BVA, CSA, TNS Sofres, Ipsos, Harris Interactive, OpinionWay) ! Le même Observatoire relatait combien ces instituts se sont trompés dans les intentions et les vainqueurs.

Trop de FN
On s'en est déjà inquiété. Le Front national a été largement mis à l'honneur de nos chaînes de télévision. Surtout si on compare  ce traitement à celui réservé à d'autres forces politiques.

Jeudi dernier, sur France 2, Marine Le Pen était seule et triomphante: "Des paroles et des actes n'est pas une émission, c'est un jeu video, où Super Marine, des heures durant, pulvérise les bananes, dézingue les boucliers, et gagne des vies", commente Daniel Schneidermann dès le lendemain sur le site Arrêt sur Images. "Bing bing bing. Ecrabouillés Saint-Cricq, Lenglet, Lamassoure, et le petit nouveau, le président du club de rugby de Toulon, Mourad Boudjellal, à qui la châtelaine de Saint Cloud balance froidement sa montre à 150 000 euros."

Trop de cadres sup'
Autre analyse ébouriffante, publiée par un autre site si utile, l'Observatoire des inégalités, le 4 avril dernier"Parmi les personnes qui prennent la parole à la télévision, on compte 57 % de cadres supérieurs contre 2 % d’ouvriers. Cette représentation est en complet décalage avec la réalité sociale." Le sous-titre claque comme une mauvaise nouvelle. Le biais social de nos médias se constate tous les jours pour qui les consomme trop régulièrement. L'Observatoire reporte une analyse du Conseil Supérieur de l'Audiovisuel entre juin et septembre dernier mais publié en janvier, entre 17 h et 23 h, sur les catégories socio-professionnelles des personnes invitées par les principales chaînes de télévision françaises.  On ne voit donc principalement que des personnes aisées, très de peu d'ouvriers (9%), 10% d'inactifs (enfants, étudiants, femmes ou hommes au foyer, chômeurs) qui représentent pourtant 38 % de la population.
"Cette représentation des catégories socioprofessionnelles via la fiction, les divertissements et les programmes d’information est en décalage avec la structure sociale réelle. Elle construit une image d’une société largement plus favorisée que ce qu’elle est."

Comment Hollande aurait du mal avec Valls

Elles ont fini par l'agacer, ces couvertures qui qualifiaient Valls de co-président.

Puis les premiers sondages sont tombés. Valls était si populaire qu'on oubliait que Hollande était président. D'autres lui promettaient la disqualification dès le premier tour si la présidentielle avait lieu aujourd'hui.

"Le président, c’est lui. Et il ne se met pas dans une posture passive "
(Un conseiller, 11 avril)

"Cote de popularité : Valls plane, Hollande chute" constatait Libération,  ce 13 avril.  Sans blague ? Le "grand écart" commente le Point. Hollande n'est pas épargné d'un nouveau bashing, bien au contraire.
"A titre de comparaison, Dominique de Villepin en juin 2005 enregistrait un indice de popularité de 44%, et Laurent Fabius de 29% en août 1984. Celui-ci venait alors de succéder au premier Premier ministre de François Mitterrand, Pierre Mauroy.
Surtout, relève l'Ifop, un tel écart de 40 points entre les cotes de popularité du président de la République et du Premier ministre n'a jamais été vu depuis 1958 (hors cohabitations). Le plus important jusqu'alors était le différentiel de 21 points enregistré entre Nicolas Sarkozy (37) et François Fillon (58) en mars 2008." (Libération)
Effectivement, ils pouvaient énerver, ces sondages et autres couvertures de presse. Cette popularité sondagière semble tourner la tête à l'impétrant de Matignon. Dans une brève information publiée par l'Express, on découvre que Manuel valls aurait demandé à Hollande de "calmer ses collaborateurs". Sans rire...

En coulisses, on fait savoir qu'Hollande ne s'inquiète pas. "Valls est là pour faire réussir le quinquennat". S'il échoue, cela fera un rival de moins. S'il gagne, cela profitera à Hollande, et Valls s'effacera devant la candidature du président sortant qu'on nous annonce déjà comme évidente pour 2017.

Mais voici que Julien Dray propose des primaires à gauche, y compris si Hollande se représente. Sacrilège des sacrilèges ! Notre confrère Nicolas critique la position. Tout en rappelant aux éditocrates en tous genres qu'une nouvelle candidature de Hollande n'est pas acquise ("Sans compter qu’il en aura probablement ras la casquette."), le blogueur prévient: si Hollande devait concourir à des primaires, ill faudrait qu'il "entre en campagne un an avant la fin de son mandat, de même que les autres candidats, dont probablement Arnaud Montebourg et Manuel Valls. Ca serait du grand guignol."

Mais au final, le plus important n'était-il pas ailleurs ?

Ici, par exemple.


L'Observatoire des inégalités rappelait récemment, le 10 février dernier, que les 10% des plus pauvres du pays ont perdu environ 150 millions d'euros de revenus entre 2008 et 2011. A l'inverse, les 10% les plus riches ont augmenté leur revenu net disponible de 18 milliards !

Allez comprendre.





Crédit illustration: DoZone Parody