22 avril 2014

Cette gauche non gouvernementale qui prend forme

Le Parti Socialiste est-il menacé de scission ? Sans doute pas. Mais la grogne est plus forte qu'avant. Si forte que Hollande menace de sa non-candidature pour 2017. 

 Après lui, le déluge ?

 

Frondeurs en avance ?

Sa petite phrase sur son éventuelle non-candidature en 2017 si le chômage ne baisse pas d'ici là a fait peu jaser. Hollande visite le "terrain" mais on retient que ces formules courtes et toutes destinées à la reprise et la répétition médiatiques. Cette petite phrase sonne comme une menace à peine voilée. Il reste pourtant des frondeurs dont on va pouvoir tester l'exigence.

La question des débouchés de la récente énième grogne de certains élus et dirigeants du Parti socialiste contre la réalité du plan d'économies de 50 milliards d'euros a franchi un nouveau pas avec la publication d'une tribune de l'un des courants du PS, "Un Monde d'avance".

Ce courant était notamment animé par Benoit Hamon, actuel ministre de l'Education dans l'équipe Valls. Son nom figure toujours en bonne place sur la page d'accueil du site de ce courant.

Le 17 avril dernier, ce courant écrit un violente charge contre ... François Hollande.
"François Hollande a été élu sur l’idée du « redressement dans la justice ». Pour le moment, les résultats ne sont pas au rendez-vous : les politiques de rigueur mises en œuvre depuis 2012 ont des effets récessifs importants et la répartition des efforts demandés est vécue, à raison, comme injuste. A ce titre, l’absence de réforme fiscale ou les cadeaux aux entreprises par le biais du CICE puis du Pacte de responsabilité éclairent les arbitrages qui ont pu être faits."
Les auteurs minorent une chose essentielle, volontairement ou pas: l'extension sans précédent des exonérations de charges, le fameux socialisme de l'offre, est à peine évoqué. Car c'est pourtant bien cela, la marque de fabrique de l'actuel quinquennat: la réduction de la dépense publique ne vise pas seulement à réduire un déficit hérité du passé sarko-chiraquien, mais à "réduire le coût du travail". Mais pour le reste, la charge est directe, et la conséquence tout autant: les représentants de ce mouvement annoncent quitter la direction du PS, et son secrétariat national.
"Le Parti de Jaurès ne peut être un parti social-libéral."

 

Amender ...

Dans les colonnes du JDD, le 20 avril, la nouvelle rapporteuse du Budget, Valérie Rabault (sic!) cherche à rassurer ses camarades inquiets. Soutenue par la "Gauche Forte" (le sous-courant de Manuel Valls), elle voudrait donner quelques gage mais rester "constructive".
"Le plan d'économies de 50 milliards d'euros se rapporte au financement des allégements fiscaux, notamment du crédit impôt compétitivité emploi pour les entreprises. Faire 35 milliards d'euros, cela signifie une moindre baisse des cotisations. Cela s'étudie."
La députée aurait pu être davantage explicite, rappelons les chiffres: le CICE, mis en place en 2012, est porté de 20 à 30 milliards d'euros (en rythme de croisière - il ne "pèse" qu'une dizaine de milliards cette année); et Manuel Valls a annoncé ajouter 6 milliards de plus de suppression de taxes et cotisations patronales dans son discours de politique générale.

En matière d'économies, Rabault a le sens de la formule: "On ne peut pas raboter à l'infini, ce n'est pas une solution."

Bref, ce qu'on propose aux frondeurs est d'amender à la marge le projet de budget. Qui est surpris ?


En interne, c'est pire. Le nouveau patron désigné du PS, Jean-Christophe Cambadélis, n'avait pas grand chose à dire sur la fronde interne, dimanche sur Europe 1. Oui, le PS est "anémié". Et il lance un "audit", département par département.

On est rassuré.

... ou quitter ?

Plus à gauche, les prédictions sont optimistes mais la main tendue encore faible ou discrète. Mélenchon fait campagne. Il était à Gaillac, lundi soir. Il promet une "gauche non gouvernementale" devant le PS. L'expression est nouvelle. Pour la première fois, Mélenchon englobe non pas seulement le Front de gauche, mais aussi EELV et le NPA.
"Pour moi, les députés socialistes devront choisir entre la ligne Valls et la ligne de rupture avec cette politique" Jean-Luc Mélenchon, 18 avril.
Si cette "gauche non-gouvernementale" est loin d'être une coalition organisée, elle a une immense carte à jouer aux élections européennes: le fameux Traité Transatlantique en cours de négociations discrètes ou secrètes entre l'Union européenne, par le biais de sa Commission, et les Etats-Unis. Du Front de gauche aux Ecologistes, les craintes d'un renforcement du libre-échange et d'un abaissement des normes nationales et européennes en tous genres sont fortes et partagées.
"Nous allons élire des députés européens et ces derniers voteront pour ou contre le traité transatlantique . C’est là l’enjeu crucial du scrutin. Car si ce traité passe, c’est la fin de tout projet d’Europe politique, sociale ou écologique !"Jean-Luc Mélenchon, 18 avril.

 

14 commentaires:

  1. De toute façon le PS est définitivement face à ses propres contradictions et ambiguïtés. L'exercice du pouvoir fait resurgir du fond du chaudron les vieux clivages qui datent de la mort de la SFIO. Le PS est-il toujours à gauche ? Pour chacun des socialistes OUI, mais pas de la même façon. Maigre consolation, l'UMP est meurt de la même maladie qui a pour virus la querelle des ego...

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  2. N'oubliez pas :
    Pierre Larrouturou et "Nouvelle donne" !

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  3. huhu croire qu'un truc avec le NPAAAAAA et autres du meme genre va attirer 50,01% des électeurs à un moment, comment dire . LA DROGUE c'EST MAL .

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    1. S'agissant d'une échéance électorale, au contraire. L'exemple de 2005 montre qu'on peut aller loin au-delà de 50%

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  4. L'objet de mon prochain billet sera de charger les députés frondeurs qui font une grosse connerie. Leur boulot est de légiférer et c'est au moment des débats au parlement qu'on négocie. Et ils auraient obtenu gain de cause, comme l'arrêt du gel des points. Là, après l'affaire des pompes de Morelle, en plus, ils donnent l'effet d'enfants gâtés faisant des caprices tout en donnant raison à Valls.

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    1. un verre ca va, deux verres bonjour le teaser.

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  5. Il me semble que les "négociations" actuelles entre Valls et les députés "frondeurs" ont été anticipées par ce petit malin de Valls. Mettre la barre haute pour après revenir sur une ligne - préparée à l'avance c'est vieux comme le monde.
    Kom et roueries ici font bon ménage !

    J'ai pas confiance - un point c'est tout.

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    1. "Il me semble que les "négociations" actuelles entre Valls et les députés "frondeurs" ont été anticipées par ce petit malin de Valls"

      gouverner c'est prévoir !

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    2. Ceci n'est pas gouverner mais de la navigation au jpur le jour à la godille !

      Capitaines de pédalo ? finalement c'était bien vu !

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    3. "Gouverner, c'est prévoir !".
      La version socialo, c'est plutôt : "gouverner, c'est rien voir". Hi, hi ...
      Y sont too much, ces socialos, qui font semblant de se chamailler à la veille des élections. Ca sert à rien, les gars, de vous donner autant de peine. Vous allez prendre une grosse claque. Ben, voilà, c'est tout. Hollozy pourra rejoindre Jospin sur l'île de Ré et il lui restera toujours le Conseil constitutionnel pour faire briller sa médaille auprès de son copain Chirac.

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  6. Je l'ai déjà écrit et je le répète : "le fameux socialisme de l'offre" est une ânerie, d'abord parce que c'est une théorie libérale et que les socialos ne sont pas libéraux. Ils sont sociaux démocrates, non, ou peut-être ai-je été mal informé ?

    Ensuite, "cette politique qui est une fausse politique de l’offre, et qu’on pourrait appeler une politique de compétitivité. Elle est fondée sur le fait que la demande interne n’est pas suffisante, que la croissance ne peut se faire qu’en réponse à la demande étrangère. Et pour cela, il faut que nos produits soient compétitifs sur le marché international. Il s’agit donc d’améliorer notre offre tout en priant que les autres pays pratiquent des politiques favorables à la demande pour pouvoir placer nos produits. Le problème est que pour améliorer l’offre à l’étranger il faut encore comprimer la consommation nationale, soit par la déflation salariale, soit par la déflation de la dépense publique. On fait ainsi le choix d’appauvrir les travailleurs français pour sauver leurs emplois (1) - et accessoirement les marges de leurs patrons. Ce qui finalement correspond assez bien à la vision « sociale-libérale » de l’école Delors/Rocard et des théories du partage du travail …" (extrait d'un article du blog de Descartes).

    (1) Remarque personnelle : sauver les emplois n'est absolument pas garanti, il s'agit juste de la promesse marketing. D'ailleurs, vous êtes priés d'attendre 2017 et la prochaine présidentielle pour "remettre une pièce dans la machine" en attendant la suite, hi, hi ...

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  7. Allons bon ! Le partage du travail c'est mal. Supprimons les 35 heures, les 39, les 40...

    Ne sauvons pas les emplois des travailleurs français.

    Nions le fait que des produits fabriqués à l'étranger sont moins chers qu'en France. Nions la demande interne ! Tant qu'à faire.

    J'oubliais. Il sait tout.

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    1. La politique d'Hollozy pour "sauver" les emplois en France, c'est le miroir aux alouettes. Qui a mis à bas notre économie en renonçant, en abandonnant, en suivant les plus libéraux, en supprimant des barrières douanières que même les pays anglo-saxons, si libéraux, ont maintenues, en garantissant la libre circulation des capitaux sans aucune limite, en refusant de taxer les transactions financières nuisibles (trading haute fréquence, produits dérivés ...), en mettant en place des mesures ridiculement insuffisantes pour éviter une crise systémique sous la pression du lobby bancaire. Si les socialos tenaient tant que cela à l'emploi en France, ils n'auraient pas laissé les multinationales détruire l'industrie en commençant par la sidérurgie dans les années 70-80 pour nous parler ensuite de recherche-développement, d'innovation.
      L'emploi, que nous souhaitons tous voir se développer, n'est qu'un alibi pour des politicards incapables d'avoir la moindre vision, le moindre projet, ni le moindre courage si ce n'est celui de sabrer dans les dépenses sociales et de nous faire payer aujourd'hui moins que demain. Valls après Moscovici, quel programme politique ! C'est à pleurer ....

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