23 avril 2014

Les remèdes irresponsables de la BCE

C'est une institution a-démocratique par essence. La Banque Centrale Européenne ne répond de rien ni à personne. Depuis l'adoption du Traité de Maastricht en 1992, la BCE est indépendante du pouvoir politique. 

Pour notre plus grand drame.



Officiellement, elle agit contre l'inflation: "la principale mission de la BCE consiste à maintenir le pouvoir d’achat de l’euro, et donc la stabilité des prix, dans la zone euro. La zone euro comprend les dix-huit pays de l’Union européenne qui ont introduit l’euro depuis 1999".

Officieusement, elle agit comme elle veut. La preuve, à plusieurs reprises depuis l'immense krash boursier des années 2007-2008, elle a triché avec ses propres règles alors qu'elle si sourcilleuse du bon respect des conseils injonctions qu'elle assène aux différents Etats membres.

Effrayée par l'extension du "Credit Crunch" et une méfiance interbancaire généralisée, comme la propagation d'un feu en plaine asséchée, la BCE a créé des dizaines de milliards d'euros pour le marché interbancaire. Puis, en 2011/2012, pour "sauver l'euro", la même BCE a prêté quelque 1.000 milliards d'euros au taux de 1% aux banques privés de l'Union. Mario Draghi, l'ex-banquier de Goldman Sachs devenu patron de la BCE, a rajouté sa parole dans la balance pour calmer les spéculateurs: "la BCE est prêt à faire tout ce qui est nécessaire pour préserver l'euro."

En France comme ailleurs, la BCE ne prête pas aux Etats mais aux établissements financiers. Cela permet de maintenir une funeste et irresponsable pression sur les gouvernements. Chaque Etat déficitaire se trouve en effet contraint d'emprunter sur les marchés. Dans son récent ouvrage "Europe, les Etats désunis", Coralie Delaume expose très bien le mécanisme, tout comme les récents développements.

Aujourd'hui, la BCE ne craint pas l'inflation mais la déflation.
On en connait pourtant les causes: la prime à la déprime salariale partout en Europe et une croissance anémiée par une austérité dans le Sud de l'Europe. Les Européens n'achètent plus, sauf pas cher. Les entreprises produisent moins, surtout ailleurs, les banques prêtent mal, et plutôt aux grandes entreprises. La sauvegarde de l'euro en a renchéri le prix à un niveau si exceptionnel qu'il asphyxie les économies européennes. A la BCE, on commence à trouver cela presque dangereux. Christian Noyer, le directeur de la Banque de France, a même reconnu que ce renchérissement était "le revers de la médaille" du rétablissement de l'économie européenne."

Mardi 22 avril, Benoît Coeuré, l'un des membres (français) du directoire de la BCE, un Français, livre quelques nouveaux conseils dans les colonnes du Monde. Il y avait de quoi être effaré pour qui croit encore à l'Europe, enragé pour qui a décidé ou compris que ces gens-là sont ailleurs.

Primo, il est persuadé que la croissance revient suffisamment pour "prolonger l'effort":
"Les pays de l'union monétaire ont beaucoup réduit leurs déficits. Maintenant que la croissance revient, prolonger l'effort va permettre de faire baisser les ratios d'endettement public."
Secundo, il n'éprouve aucun regret ni état d'âme sur la situation dramatique du Sud de l'Europe. Quand on l'interroge sur le drame provoqué en Grèce ou ailleurs par les politiques austéritaires dictées par la "Troïka", ce trio néfaste composé du FMI, de la BCE et de la Commission européenne, qui dicte les programmes "d'assènissement" dans le Sud de l'Europe, il ose la réponse suivante: "la plupart des pays ont fait le plus dur et commencent à en voir les fruits." Nul regret ni remort, alors que le FMI reconnaît y être allé un peu fort.

Son avis est partagé. En France, quelques éditocrates propagent volontiers l'idée selon laquelle ces programmes d'austérité ont bien fonctionné puisque les économies concernées renouent avec la croissance. Maintenant que l'espérance de vie a régressé de 2 ans en Grèce, tout ne peut qu'aller mieux !

Tertio, notre Français de la BCE ne trouve même pas l'euro si surévalué que cela
. Si les Français râlent, ils n'ont qu'à baisser leur coût du travail !  "La fascination pour le taux de change est une passion française, unique en zone euro" Et Coeuré de préciser: "l'union monétaire prise dans son ensemble dégage un excédent courant : la solution pour Paris est donc d'améliorer sa compétitivité, comme le prévoit d'ailleurs le gouvernement."

A bon entendeur...


3 commentaires:

  1. Le courage en politique: ils ont toujours ce mot à la bouche.
    Faute d'avoir le courage d'affronter Merkel , la BCE, la commission, les socialistes se prévalent du courage en politique en s'attaquant aux petit peuple ( salariés , retraités , fonctionnaires ....),
    On a le courage qu'on peut !!!!
    On a peut-être les politiciens qu'on mérite !!!!!

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  2. Et voila, si la France patauge depuis des décennies dans les déficits, et peine à remonter sa compétitivité, c'est la faute à la BCE, à l'Euro trop fort (Michel Sapin de ce jour), à l'Europe qui nous impose ses "diktats"(vieux refrain des souverainistes). Mais jamais ô grand jamais l'on ne se remet en cause, les déficits de ces 40 dernières années, la dette qui a explosé, etsurtout l'impossibilité de réformer le système social de ce pays à cause des prés carrés, des intérêts catégoriels, des lobbys, de la méfiance envers ceux qui décident (l'élite en somme).
    Et cela juste avant les élections européennes, on voudrait les saboter qu'on ne s'y prendrait pas autrement. Et ensuite ça chouine sur l'abstention, le vote FN.
    Ben voyons c'est jamais moi, c'est toujours l'autre.

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  3. Vous vous souvenez certainement que l'euro est une monnaie, qui devait nécessairement être forte pour séduire les Allemands, toujours obnubilés par le risque d'inflation. Nos dirigeants ont donc, là comme ailleurs, baissé pavillon en enclenchant le mouvement funeste, que nous connaissons aujourd'hui, tout en faisant le bonheur des rentiers. Depuis les années 90, ce ne sont que reculades, démissions, abandons sans que cela soit jamais suffisant. "Les lendemains, qui chantent", ceux de la réaction, finiront bien par arriver pour les privilégiés et les transnationales. Le jour où le salaire mensuel moyen sera à 200 euros ou sera-ce encore trop ?

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