29 avril 2014

Pacte irresponsable: le piège à cons se referme

La tactique est connue, la ficelle énorme, la manoeuvre peut-être misérable.

Pouvions-nous être énervés ? 

Oui, bien sûr.

Lundi 28 avril, Manuel Valls a "lâché" quelques billes pour s'assurer un vote qu'il espère large et complet par "sa" majorité à l'Assemblée nationale: toutes les "prestations" sociales ne seront finalement pas gelées comme annoncées brutalement le 8 avril dernier pour financer une grosse partie des exonérations de cotisations et réductions d'impôts aux entreprises.

Il était à la Maison de la Chimie. Quatre de "ses" ministres étaient affaissés, progressivement affaissés à ses côtés dans des fauteuils trop confortables. Michel Sapin (Finances), Arnaud Montebourg (Economie), Bernard Cazeneuve (Intérieur) et François Rebsamen (Travail) écoutaient sagement. Quelques heures avant, le premier des ministres avait commis un courrier à ses "partenaires" de la majorité à l'Assemblée.

Une partie de l'opposition de gauche n'a pas compris, croyant qu'il y avait d'autres pistes pour trouver l'argent manquant, qu'il fallait chercher du côté de la lutte contre la fraude fiscale, comme si cette équipe au pouvoir cherchait à esquiver cette lutte-là. Le vrai combat, la belle imposture, la franche illusion n'était pourtant pas là: (1) il n'y a pas de contreparties aussi fortes et décisives que l'inédite baisse générale de charges sociales et fiscales que le gouvernement s'apprête à "rendre" aux entreprises; (2) oser expliquer que l'effort sera "juste" car "réparti" entre pauvres et riches est suffoquant.

Dimanche, un responsable de l'UDI expliquait pourquoi son parti devrait voter ce fichu pacte.

On le comprend.

Manuel Valls a donc "donné des gages". Le 28 avril, il a écrit à ces parlementaires, soutiens ou frondeurs. "Chers amis", le texte est courtois, forcément. On est entre amis.


"La confiance réciproque, c'est la condition de notre unité".  Le socialisme de l'offre prend de l'ampleur : la défense, l'unique justification de ce plan est connue, et répétée: c'est l'emploi: "nous avons l'obligation d'obtenir des résultats". Or, justement, pour ces "visages" où l'on lit "l'inquiétude face à l'avenir", "le Pacte de responsabilité et de solidarité, c'est un puissant levier pour la croissance et la confiance."

On cherche l'argument qui convainc. 

L'argument tombe, moins pour convaincre que pour assommer. Il faut défendre "l'emploi, grâce notamment à la baisse du coût du travail", et "le pouvoir d'achat" grâce à la "priorité accordée aux salariés les plus modestes." Manuel Valls enchaîne sur la nécessaire réduction des déficits. Il a raison, mais pourquoi évacuer aussi rapidement, d'une formule, que les économies réclamées servent moins à la réduction des dits déficits et surtout à la "baisse du coût du travail". S'en suit quelques mots contre "l'euro trop fort" et la lutte contre la fraude fiscale.

Manuel Valls veut mouiller ses députés: "vous aurez aussi un rôle à jouer pour garantir que les incitations fiscales attribuées aux entreprises serviront bien les objectifs prévus par le pacte." L'expression est délicieuse. En d'autres termes, le premier des ministres balance, tranquille, que c'est un peu l'affaire des députés de fixer les contreparties nécessaires. L'arnaque est belle puisque le gouvernement s'abrite depuis des semaines derrière la "négociation des partenaires sociaux".

Finalement, Manuel Valls est généreux: les retraites en deça de 1.200 euros par mois, tous régimes confondus, ne seront pas concernées par le gel des pensions. Manuel Valls préfère le terme "report de valorisation" plutôt que "gel", cela fait moins mal.

Suprême cadeau, quelque 6,5 millions des plus précaires du pays "verront leur pouvoir d'achat intégralement préservé."

L'homme ne réalise pas l'indécence de sa formule.
Il ajoute quelques rappels, déjà connus: les minima sociaux préservés du gel général, la revalorisation "exceptionnelle" de l'allocation de soutien familial (+5%) et du complément familial (+10%) pour les familles nombreuses. 

Manuel Valls continue dans la grandeur. On s'étouffe. "Vous avez attiré mon attention", écrit-il à ses députés, "sur le respect de la mise en oeuvre du plan pauvreté". C'est vrai, les gars, ça fait beaucoup tout ça ! Un plan pauvreté présenté par Ayrault... il y a un an à peine ! On va être sympa. On vous le garantit.  Ne le remerciez pas.

Troisième et dernier "cadeau". Manuel Valls promet que les fonctionnaires "les plus modestes", soit 1,6 million d'agents, verront leur rémunération revalorisée comme pour les catégories C et B. Soit 440 euros de salaire net par an. 

"Enfin, le gel du point d'indice des fonctionnaires fera l'objet d'un réexamen chaque année au regard de la croissance et des résultats  du redressement économique du pays". Les réductions de cotisations seront elles immédiates et non réexaminées.

Cherchez l'erreur, cherchez l'équité.


Même François Hollande y est allé de son couplet.



4 commentaires:

  1. Qui a dit : "Nous chefs d'entreprises sans diriger bien mieux que les politiques, dans un avenir proche nous n'aurons plus besoin d'eux" ? Nous en voyons les premiers effets, les politiques de droite comme de gauche, se couchent devant les grands patrons. Lagardère, Pinaud, Dassaut et tous les autres. Il faut bien dire qu'un monsieur AXA, dont le C.A. est plus fort que le budget de la France, dit quelque chose le premier ministre écoute. Quand Alstom cherche un repreneur, il n'en parle même pas au gouvernement. Dans ces conditios pourquoi se faire ch... à trouver 50 milliards d'économies ?...

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    1. Il faut dire qu'AXA a son avenir assuré car il ne perd pas d'argent, et qu'Alstom se cherche un avenir car il peine à rembourser sa dette. La France, elle, dépense surtout pour payer ses intérêts (premier poste de dépense, avant l'éducation), et n'a pas été rien qu'à l'équilibre depuis Raymond Barre. C'est peut être pour ça qu'il faut faire des économies pour assurer son avenir ?

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  2. Merci, Monsieur Valls ! Merci beaucoup, je suis content que vous préserviez mon pouvoir d'achat. Grâce à mon RSA préservé, les Restos du cœur et le secours populaire, je vais pouvoir manger tous les jours. Et j'espère que les entreprises, elles vont embaucher si elles ont des commandes et qu'elles font pas fabriquer les produits à l'étranger bien sûr. Je comprends bien que les salaires, ils sont trop élevés chez nous, mais, moi, ça fait dix ans que je suis au chômage. Alors, je vous souhaite bonne chance, Monsieur Valls, et à nous aussi. Parce que, si ça marche pas, ça va vraiment être dur.

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  3. Je plains beaucoup les militants du PS qui doivent tomber de l'armoire, que vont-ils faire ?
    Ou peut être suis je naïf de croire qu'ils sont de gauche. Le changement d'orientation politique c'est maintenant.

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