15 avril 2014

Ukraine: la nouvelle guerre de 14

L'Histoire est mal faite. Très mal faite. Capricieuse, elle aime se répéter. A quelques semaines du triste anniversaire de la première boucherie mondiale, un autre pays d'Europe de l'Est est en passe de se désagréger sous nos yeux, au risque de provoquer une crise internationale.


1. L'Ukraine n'est pas la Serbie. Elle était indépendante; l'autre soumise au joug austro-hongrois. Mais l'Ukraine est "au bord de la guerre civile", nous promet le Monde. Son Est se disloque. Après la Crimée, rapidement annexée par la Russie voisine, voici Sloviansk, Donetsk et une dizaine d'autres villes. L'ultimatum de Kiev a expiré aux premières heures de lundi. Le gouvernement intérimaire a menacé d'une intervention militaire.

En vain.

Le président intérimaire réclame le déploiement de casques bleus de l'ONU.

En vain, également.

2. Les accusations occidentales sont violentes et directes. Prenez le Canada, pourtant presque voisin de la Russie: d'après son premier ministre ce lundi, l'occupation de bâtiments officiels dans plusieurs villes de l'est de l'Ukraine était "de toute évidence (...) strictement l'oeuvre de provocateurs russes envoyés par le régime Poutine".

La Russie de Poutine a, bien sûr, démentie. Elle a aussi menacé d'une réplique militaire.

3. Le pragmatisme politique règne. L'Europe de 2014 ne plonge pas dans la mobilisation militaire comme en 1914. Il y a des intérêts économiques, comme auparavant, mais surtout une meilleure prise de conscience ou une plus grande trouille (choisissez) des conséquences d'une escalade. Un assassinat déplacé lors de l'été 1914 avait suffit à déclencher une cascade de menaces diplomatiques puis de déclarations de guerre.

Nous n'en serions pas là.

4. L'Europe et les Etats-Unis se sont décidés à durcir leurs sanctions. Après la prise de contrôle de la Crimée, la Russie poutinienne n'avait eu qu'à subir que quelques gels de comptes bancaires. L'autocrate Poutine lui-même n'est pas concerné. Lundi, les Européens ont prévenu que la liste des Russes touchés par des restrictions de visas et de gels des avoirs serait élargie.

On a peur.

5. Les opinions publiques sont divisées. Prenez la France. La gauche de la gauche s'inquiète de l'anti-russisme primaire. On aurait négligé que la Crimée était finalement russe il n'y a si longtemps. Tiens, pourquoi ne pas rendre la Corse à Gênes ? Les frontières sont-elles ajustables en fonction de l'histoire et de nos intérêts ?





11 commentaires:

  1. On est également dans le syndrome de la seconde guerre mondiale avec l’annexion d'un pays pour des raisons linguistiques. Sans que la Société des Nations ne bouge le petit doigt, Hitler s'est emparé des pays baltes sous prétexte de protéger les minorités germanophones. La démocratie est toujours désarmée devant le despotisme d'un seul homme. De Daladier à Fabius nous ne savons que dire : "Oh ce n'est pas bien, nous allons prendre des sanctions" De toute façon Poutine fera comme Hitler un beau discours où il jure de ne plus jamais envahir un autre pays et finira par annexer toutes les anciens "satellites" soviétiques. Mais que faire ?

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    1. On peut bombarder Moscou, mais faut compter une bonne semaine, le temps d'organiser tout ca !

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    2. et c'est pas dit que les russes soient d'accord LOL

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  2. "Un assassinat déplacé lors de l'été 1914 avait suffit à déclencher une cascade de menaces diplomatiques puis de déclarations de guerre."

    on est plus dans la stratégie "sudètes" que archiduc à sarajévo

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  3. "Rendre la corse à Gènes", bonne idée ! Une nouvelle réforme territoriale se profile, c'est le moment d'en profiter, mais il n'est pas assuré que les génois soient d'accord ...

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    1. Avec des photos des plages cela peut marcher, mais faut pas leur faire ecouter la musique corse !

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    2. Bien que hors de prix, la Corse est notre plus gros porte-avions même si il ne sort pas de la méditerranée, les italiens n'ont plus les moyens et les américains n'en n'ont plus l'intérêt stratégique d'autrefois, à l'époque ils auraient payé cher cette île qq soient ses habitants pour y installer de grosses bases.

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    3. Rien que pour avoir subit Patrick Fiori pendant des annees, je vendrais la Corse aux chinois. Et puis cela leur donnerais le gout du travail a ces faigniasses.

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  4. Petite erreur : en 1914, la Serbie était une nation indépendante depuis 1878, libérée de l'Empire ottoman. Slovénie, Croatie et Bosnie appartenaient à l'Empire austro-hongrois.

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  5. Ce qui est toujours aussi stupéfiant, comme disait un certain Pablo, c'est l'attitude complètement incompréhensible des dirigeants étasuniens et européens. Si l'on comprend bien la démarche, la première étape consiste à encourager les Ukrainiens à se rapprocher de l'UE, la deuxième se limitant à prendre des mesures purement symboliques en les laissant se débrouiller quand le situation se détériore. Où est la cohérence dans ce tango irresponsable ? L'inaction politique est-elle le reflet d'une incapacité à peser sur les événements, d'une prudence éclairée ou d'une lâcheté habituelle ? Quoi qu'il en soit, les diplomaties américaine et européenne sont a priori complètement dépassées et sans aucune influence, ce qui ne peut que nous inquiéter.

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