30 avril 2014

Valls et les 61 frondeurs


Ils furent finalement 41 socialistes à s'abstenir de voter en faveur du Pacte de stabilité. Et trois à voter contre. Ajoutez les scores écologistes et des radicaux de gauche, et voici 12 opposants et 5 abstentions supplémentaires. Soit 61 députés de l'ex-majorité présidentielle qui ont défié l'actuel gouvernement ce mardi 29 avril. Le texte fut toutefois adopté, avec 16 voix de majorité.


Manuel Valls réclamait un vote de confiance, il menaçait de représailles, il laissait ses proches Urvoas et quelques autres évoquer combien la défiance serait insupportable si des votes manquaient à l'appel. Notre premier des ministres avait si bien fait le service après-vente. Ecoute et concessions, quelques jours durant, après une fronde que l'on devinait sincère mais gênée.

Il y avait bien des plans alternatifs, qui  ne faisaient pas la part si belle au social-libéralisme de l'offre. Ils furent négligés, oubliés, rejetés. A l'Assemblée, il n'y avait pas de débat, simplement un vote consultatif. D'ailleurs, le Sénat ne sera pas consulté.

On nous expliqua que s'il manquait finalement 20 votes, on pourrait souffler d'aise dans les couloirs de Matignon. A trente, on devrait grimacer. A quarante, il faudrait masquer la stupeur. A plus de soixante, que dit-on ?

Le Parti socialiste est certes en friche. Mais tout de même! Qu'une soixantaine d'élu(e)s de juin 2012 aient refusé de suivre la droitisation accélérée du gouvernement, ou l'absence du virage social tant attendu, est donc un signe, grave et certainement pas définitif.

Mardi après-midi, un peu après 16 heures 30 à l'Assemblée nationale, Manuel Valls était sur l'estrade pour convaincre. "J'assume, oui, j'assume" lança-t-il, bravache.  Et de poursuivre dans le drame et la grandiloquence: "Ce gouvernement ne vous demande pas de vote “à blanc”, “juste pour voir”, une indication, encore moins un message. (...) Ce n'est pas un vote indicatif, mais un vote décisif. Il marquera profondément l'évolution de notre pays. Ce moment nous invite tous au dépassement de nous-mêmes". Il a assumé son plan, détaillant et rappelant les économies demandées. Il martèle sa traque du coût du travail, le CICE n'est qu'une "première étape". Notez la formule. "Avec le pacte de responsabilité et de solidarité, la baisse du coût de travail va s'intensifier." Il a raison, le niveau d'exonérations de cotisations sociales et de baisses d'impôts pour les employeurs devient inédit en France. Il reste à allumer des cierges.

Ce vote était donc décisif, dont acte. Manuel Valls premier ministre a perdu 18% des 326 députés de la majorité. C'est peu, mais ce n'est pas rien. C'est une majorité "rétrécie", rabougrie, avertie. La droite n'a pas osé applaudir à un plan qu'elle n'a pas su conduire quand elle fut aux affaires dix années durant. Une grosse trentaine de milliards de baisses de charges quand l'Etat peine déjà à terminer ses fins de mois sans recourir encore et toujours à l'emprunt, il fallait oser.



Finalement, ils furent 59 à gauche, à voter la défiance. 

Du côté des socialistes et associés,

Contre: 3
  • Marie-Françoise Bechtel
  • Christian Hutin
  • Jean-Luc Laurent
Abstention: 41
  • Pouria Amirshahi
  • Christian Assaf
  • Serge Bardy
  • Delphine Batho
  • Laurent Baumel
  • Philippe Baumel
  • Jean-Pierre Blazy
  • Kheira Bouziane-Laroussi
  • Isabelle Bruneau
  • Fanélie Carrey-Conte
  • Nathalie Chabanne
  • Dominique Chauvel
  • Pascal Cherki
  • Florence Delaunay
  • Jean-Pierre Dufau
  • Henri Emmanuelli
  • Hervé Féron
  • Richard Ferrand
  • Jean-Marc Germain
  • Jean-Patrick Gille
  • Daniel Goldberg
  • Linda Gourjade
  • Jérôme Guedj
  • Edith Gueugneau
  • Mathieu Hanotin
  • Chaynesse Khirouni
  • Christophe Léonard
  • Arnaud Leroy
  • Kléber Mesquida
  • Franck Montaugé
  • Pierre-Alain Muet
  • Philippe Noguès
  • Christian Paul
  • Michel Pouzol
  • Denys Robiliard
  • Barbara Romagnan
  • Gérard Sebaoun
  • Suzanne Tallard
  • Stéphane Travert
  • Catherine Troallic
  • Paola Zanetti 
Du côté des Ecologistes:

Contre: 12
  • Laurence Abeille
  • Brigitte Allain
  • Isabelle Attard
  • Danielle Auroi
  • Michèle Bonneton
  • Christophe Cavard
  • Sergio Coronado
  • Noël Mamère
  • Véronique Massonneau
  • Barbara Pompili
  • François de Rugy
  • Eva Sas
Abstention: 2
  • Denis Baupin
  • Jean-Louis Roumégas
Du côté des Radicaux de Gauche, tous ont voté pour, sauf deux abstentions:
  • Jean-Noël Carpentier
  • Jacques Krabal


Institutionnellement, ce résultat ne change rien à la conduite des affaires. Le gouvernement reste en place. Manuel Valls est encore premier ministre. François Hollande ne change pas son programme.

L'UMP et son supplétif UDI ont très bien joué: l'un comme l'autre réclament des pactes austéritaires plus graves encore, pour des exonérations de charges plus graves encore - 80 milliards pour le second, 130 milliards pour le premier. Les deux sont parvenus à maintenir la surenchère à l'outrance libérale plus ample que jamais. Ce faisant, ils ont aidé à convaincre quelques socialistes troublés que 50 milliards dont les 2 tiers seront reversés non pas au redressement des comptes mais à la baisse des charges et des impôts, ce n'était pas si grave ni si droitier. Bravo, on applaudit à la démarche.

Copé fit donc voter son groupe UMP (presque) comme un seul homme contre le Pacte Valls. Il n'y eut que Frédéric Lefebvre, l'ancien sarkozyste défroqué, pour voter en faveur du dit plan. Le jour venu, au moment des élections, les électeurs s'y retrouveront: la gauche désemparée s'abstiendra, la droite retournera au bercail qu'elle n'a jamais quitté. Même le centre-droit a joué le jeu, provoquant Valls dans l'enchère.

Il fut particulièrement pénible d'entendre cette succession de compassions sociales dans la bouche d'éminent(e)s responsables UMPistes. Laurent Wauquiez, mardi matin à la radio, ou Rachida Dati, le soir sur iTélé, s'affligeaient des "souffrances" que le Pacte Vallsien provoqueraient sur les classes moyennes.

La crédibilité de ces gens est sans doute ridicule.



13 commentaires:

  1. Qu'on les foute dans un charter direction la Coree du nord ces 59 putin de gauchistes !

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  2. On imagine deja leurs raclements de gorge quand le gouvernement fera voter le smic a 1 euros de l'heure, soit un ticket-resto par jour pour aller faire bombance chez Mc-Do avec le menu enfant.

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  3. Valls se retrouve aujourd'hui à devoir gouverner avec une majorité relative et non plus absolue à l' Assemblée; c'est difficile mais tout à fait possible, comme le prouve le précédent des gouvernements Rocard, Cresson et Bérégovoy, de 1988 à 1993.

    Très bonne analyse ici,


    http://www.lefigaro.fr/vox/politique/2014/04/30/31001-20140430ARTFIG00141-le-casse-tete-de-manuel-valls-comment-gouverner-sans-majorite.php



    qui démontre bien comment, en réalité, une partie des députés PS se trouvent dans l'opposition à la politique non pas de Valls, mais de Hollande lui-même, mais que notre système électoral les contraint (s'ils veulent rester députés...) à ne pas quitter le PS...qui soutient, majoritairement, la politique d'un Président issu de ses rangs et que eux combattent désormais, en entretenant la fiction que c'est "la politique de Valls", et non celle de Hollande.

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    1. Ces derniers députés soutiennent donc le couple exécutif comme la corde soutient le pendu....

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  4. Il est assez logique que l' UMP ait voté hier contre le pacte de stabilité; car Valls ne fait pas du Schröder.

    Schröder, c'était, certes, la baisse des prestations sociales, mais aussi tout un volet de réformes de structure, notamment sur la flexibilité de l'emploi ( conditions de licenciement plus faciles, conditions pour percevoir les allocations-chômage plus difficiles, obligation faite aux chômeurs d'accepter les emplois qui leur sont proposés, facilitation du travail précaire, etc.) qui ne figurent pas dans le plan Valls.

    Attendons que l' UMP revienne au pouvoir, et on verra alors bien la différence entre le PS et l' UMP.

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    1. "Attendons que l' UMP revienne au pouvoir" et remercions dès maintenant Hollozy pour avoir préparé le terrain .... Les gens, ici comme ailleurs, préfèrent toujours l'original à la copie.

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    2. L'UMP a beau jeu de réclamer aujourd'hui les réformes qu'elle a été incapable d'entreprendre et de conduire avant mai 2012. Elle attend sans doute qu'un socialiste s'y colle, se plante ou se rende suffisamment impopulaire pour que la reconquête du pouvoir lui soit aisée et commode dès 2017.

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  5. "La baisse du coût de travail va s'intensifier." Tu l'as dit, Gaston ! La politique d'Hollozy est un échec consternant dans tous les domaines, y compris pour la baisse du chômage, à une exception près : elle fait gagner de l'argent aux privilégiés, qui ne sont engagés à rien. D'ailleurs, les socialos, en dehors du fait que ce sont des salauds, sont des incapables. S'ils voulaient restaurer le budget public, ils devraient augmenter les impôts de ceux qui peuvent payer plus, diminuer les dépenses, notamment les cadeaux faits aux grosses entreprises au lieu de prendre de l'argent aux plus modestes pour le donner aux privilégiés. Résultat des courses : alors que la part de la richesse captée par les plus riches a cru de plus de 100 milliards en 20 ans, le pouvoir socialo augmente et accélère les transferts de richesse. + de chômage, + d'inégalités, + de pauvreté, un vrai récital.

    Attendez-vous à ce que les électeurs manifestent leur joie et leur solidarité en donnant un vrai signal à ces pourris. Zéro abstention, tous contre le PS et l'UMP le 25 mai !

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    1. "Zéro abstention, tous contre le PS et l'UMP le 25 mai !"

      C'est exactement le contraire de ce qui se produira ( beaucoup d'abstentions, victoire de l' UMP, mauvais score du PS -comme en 1993- mais ne compromettant pas son retour au pouvoir en 2022 -comme en 1997- , et petite poussée du FN mais pas du Front de Gauche)...et vous le savez très bien !

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    2. la petite poussee du FN, c'est comme la petite poussee de fievre, le tout est de savoir si cela chatouile ou si cela gratouille, pas vrai Docteur ?

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    3. @ Elie Arie.
      S'abstenir n'a aucun sens, cela ne fera que renforcer les deux partis PS et UMP au service des riches et des transnationales.
      Si les Français veulent être les vaches à lait d'un système aveugle, sans pitié, corrompu, s'ils souhaitent "bénéficier" des bienfaits du traité transatlantique - des centaines de millions de dollars et des centaines de milliers d'emplois comme s'il en pleuvait - qu'ils restent chez eux.

      Si, au contraire, ils veulent foutre en l'air une politique socialo de régression sociale, qui transforme la France en un énième pays anglo-saxon, qui détruit l'économie, qui fait imploser les liens sociaux, la solidarité, la démocratie, qu'ils se rendent aux urnes et votent contre le PS et l'UMP.

      Ces pourris, ces traîtres, qui vendent leur pays pour un plat de lentilles, qui enchaînent les réformes anti-sociales, nous traitent de populistes, de peureux, de corporatistes. Hé bien, envoyons-leur notre réponse en pleine poire et montrons-leur qu'on ne se fout pas impunément du monde.

      Le 25 mai, votons contre le PS et l'UMP.

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  6. "la baisse du cout du travail va s'intensifier" et proportionnelement "l'acces a la propriete va s'eloigner" parce que avec un smic a 1 euros de l'heure avant que les jeunes puissent acheter un apartement, il faudra ralonger de maniere consequente la duree de vie, alors les medecins, on s'enleve le doigh du cul et on se met au boulot !

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  7. UN POINT DE VUE CRITIQUE A PRENDRE EN COMPTE :

    Pour mieux comprendre la politique menée aujourd'hui par le pouvoir, prendre conscience de la tyrannie technologique et la combattre, voici quelques extraits d'un article paru sur le site "pièces et main d'œuvre".

    Alors que la "gauche" appelle, là comme ailleurs - voir les déclarations d'Henri Wéber - à lutter contre l'extrême droite, il faut se souvenir que l'objectif est d'occulter :
    - 1) "que la gauche progressiste, dans son ensemble, au gouvernement ou ailleurs, est incapable d’appeler un chat un chat ; ni de nommer l’effondrement écologique et social de la société industrielle à l’ère du techno-capitalisme mondialisé,
    - 2) Qu’elle n’a d’autre programme que la poursuite du désastre par « l’innovation », la fuite en avant technologique, et « la planification écologique »,
    - 3) Qu’en attendant cette douteuse issue de secours et « le retour à la croissance » qui en devrait découler, c’est au peuple que la gauche progressiste et ses branquignols « antifascistes » extorquent le prix de leurs délires économistes,
    - 4 ) Que les éléments d’un « fascisme » contemporain ne résultent pas des menées d’un parti nationaliste ...... mais bien de ce que la presse et le tout-venant nomment « Big Brother »".

    Pour conclure, l'auteur de ces lignes ajoute que "tous les partis – mais surtout les socialistes, les verts, les communistes - représentent la technocratie, classe dominante du capitalisme à l’ère technologique, et rivalisent pour la représenter. L’horreur, c’est l’omnipotence et la banalisation de ces technologies de contrôle, de surveillance et de contrainte ; la vélocité de leur invasion depuis un demi-siècle".

    Tout ceci conduit à l'abandon de la démocratie et au règne de la technocratie voulue par quelques économistes classiques au motif que l'on ne peut pas faire confiance au peuple, ni à ses représentants soumis aux élections et donc à la démagogie. Vous, naïfs, vous attendiez des valeurs : liberté, fraternité, humanisme ..., et vous bénéficiez de nouveaux indicateurs et statistiques, comme sur l'adoption de pratiques agricoles durables, les normes à appliquer, vous disposez de pléthore de textes, qui vous expliquent que la responsabilité sociale des entreprises est plus importante que la compétitivité ... De quoi vous plaignez-vous ? L'UE est sous pilotage automatique, ultra libéral d'accord, mais automatique, donc sans soucis.

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