31 mai 2014

369ème semaine politique: Hollande ne change rien, Le Pen sourit.

Il sourit encore. On s'étonne. A Bruxelles, Hollande est bas, très bas. Effondré. La France politique est comme sonnée après une amputation imprévue. Dimanche 25 mai, le Front national est largement arrivé en tête aux élections européennes, sur fond d'abstention gigantesque.


Hollande
"L'Europe doit entendre ce qui s'est passé en France". Trop affaibli, le président français n'avait pas grand chose à dire. Mardi, François Hollande n'était pas au mieux quand il rencontre ses homologues européens pour décider du futur président de la Commission. La France envoie le plus gros contingent de députés d'extrême droite jamais élu au Parlement européen: 24, contre 20 pour l'UMP, et 13 pour un PS tombé bien bas. Avec 57% d'abstentions, l'électorat a déserté les urnes. Dimanche soir, les mines sont catastrophées. Mélenchon, dont le Front de gauche n'a péniblement convaincu que 6% des votants, a des sanglots dans la voix. Sur les réseaux sociaux, on trouve encore quelques joutes verbales improbables entre "vrauche" et "gauche sérieuse". Au PS, les députés frondeurs promettent cette fois de vraiment fronder...  Manuel Valls apparaît blafard, en tenue d'enterrement, dimanche soir à la télévision. Le plus cocasse est la séquence du lendemain. Hollande se pointe à son tour sur nos écrans, à peine 5 minutes enregistrées dans une bibliothèque élyséenne pour dire que rien ne change. 

François Hollande ne fera qu'un mandat. Il faudrait un miracle. On peut prendre date. Un sondage le crédite de 3% de popularité pour la présidentielle de 2017. La fachosphère propage la rumeur qu'il songerait à démissionner. Le FN comprend quelques séditieux qui ne se sentent plus de retenue. Dimanche soir, Marine Le Pen, du haut de ses 4 millions de voix (sur 45 millions d'électrices/teurs) osait réclamer la dissolution de l'Assemblée nationale.

L'Assemblée nationale, qui ne sera pas dissoute, s'apprête à étudier le budget rectificatif de la Sécurité sociale. Il comprend des allégements de prélèvements sociaux "d'une ampleur sans précédent sur une aussi courte période": 9 milliards en 2015, 16 en 2016, et même 18 en 2017. Plus de 80% de ces allègements sont en faveur des entreprises.

K-O débout, Hollande termine sa semaine dans les symboles. Il félicite l'équipe de France de football après sa victoire contre la Norvège. Il inaugure un musée consacré au peintre Soulages à Rodez. Des manifestants paysans, intermittents et syndicalistes sont là pour protester, et refoulés par les CRS. le propre conseiller agriculture de François Hollande, Philippe Vinço, est séquestré quelques heures, dans l'attente de la libération de cinq militants de la Confédération paysanne interpellés mercredi dans la Somme pour des dégradations sur le chantier de la ferme-usine des « Mille vaches ».

Copé... ou Sarkozy ?
Il ne sourit plus, il s'inquiète. Nicolas Sarkozy est à Madrid. Dans la plus grande indifférence médiatique, il continue son tour des capitales. Il poste une photo de lui sur Twitter avec le premier ministre Rajoy. Il veut croire à son retour. Il reviendra, évidemment. Il aimerait qu'on oublie sa tribune pro-européenne qu'il a publié trois jours avant le scrutin européen. Elle n'a servi à rien, l'UMP est en phase terminale. Il aimerait qu'on se souvienne de ses confidences officielles à Valeurs Actuelles quand il déclarait que "sur l’immigration, ce n’est plus possible".

Mais lundi, l'UMP a sombré, d'un coup. Son ancien directeur adjoint de la campagne ratée de 2012, un (très) proche de Jean-François Copé, a tout avoué. L'agence Bygmalion a bien surfacturé des conférences à l'UMP pour mieux sous-facturer des prestations électorales en 2012. Et boum... cette seconde fraude aux règles de financement politique par l'équipe Sarkozy provoque la démission de Copé de la présidence de l'UMP dès le mardi. Bizarrement, les pontes de l'UMP lui laissent encore jusqu'au 15 juin pour rendre les clés de son bureau. Le temps d'un nettoyage ? Dans un courrier adressé aux militants, Copé se félicite d'avoir "résisté face aux projets les plus dangereux de la gauche dans l’unique but de préserver l’avenir des enfants de France." En quoi cette affaire de fausses factures au sommet de l'UMP rend-elle service à "l'avenir de nos enfants" ?

C'est une Troïka composée d'Alain Juppé, Jezan-Pierre Raffarin et François Fillon qui prend le relais à la tête du parti jusqu'au congrès d'octobre.

La droite se désagrège. Mais Sarkozy n'est pas enterré. La droite décomplexée, celle qui a joué sa part pour décomplexer l'électeur à mettre la flamme frontiste dans l'urne, est encore vivace.

Le Pen
Vendredi, la presse trash-people s'empare du couple Le Pen/Aliot, et affirme la séparation de la présidente du FN d'avec son ex-attaché parlementaire européen. Les deux font un "selfie" en s'embrassant d'un Jardiland provincial.

A Calais, quelque 650 migrants sont expulsés de leur campement de fortune. Les conditions sanitaires y sont désastreuses. Médecins du Monde réclame des moyens d'accueil. Le même jour, le ministre de l'intérieur enterre une nouvelle fois le droit de vote des étrangers. Vingt jours avant le scrutin, François Hollande lui-même avait pourtant réactivé l'idée lors de son interview sur RMC le 6 mai.

Allez comprendre...

La France se désagrège, et d'abord sur les plateaux de télévision ou chez nos médias généralistes. Passé le choc du score artificiellement haut du Front national, on nous martèle des scores improbables sur la contamination frontiste: on confond les électeurs et les votants. Les politologues multiplient les affirmations définitives. Les "jeunes", qu'on nous décrit comme plus frontistes que leurs aînés, se sont en fait totalement désintéressés de l'élection - 73% d'abstention chez les 18-25 ans ! Jeudi, environ 10.000 personnes, pour l'essentiel des jeunes, manifestent contre le FN. On appelle cela une "marche citoyenne", un sursaut timide et sans rapport avec les problèmes du pays.

Qui sème...
Primo, nous récoltons ce que nous avons semé.  Nous payons au prix fort l'occultation du vrai débat, celui sur les conditions économiques et sociales de (sur)vie du plus grand nombre.

Quelques jours après ce scrutin néfaste, le chômage officiel s'est rappelé au bon souvenir de chacun. Il progresse encore, 36.000 inscrits de plus à Pôle Emploi en catégories A, B et C. Seul le nombre de demandeurs de moins de 25 ans a diminué de sur un an, -3,8%. Dans quelques semaines, le cap de 500.000 chômeurs supplémentaires depuis mai 2012 sera franchi. Le gouvernement est-il aux abois ? On peut le croire: sinon, comment comprendre l'annonce de François Rebsamen, mardi ? Le ministre du Travail a lâché une sacrée bombinette, le gel temporaire des seuils sociaux: pour trois ans, les entreprises de 10 et 50 salariés seront dispensés de mettre en place la représentation des salariés instaurée par les lois Auroux de 1982.

Contre le chômage, ce gouvernement semble prêt à tout, et même au pire.

A force de caricaturer le débat, notamment européen, sur tous les plateaux médiatico-politiques, on obtient un résultat... caricatural. Dimanche soir, nos éditocrates favoris furent tous frappé d'amnésie collective: ils avaient oublié combien ces élections européennes avaient été négligées dans la forme, sacrifiées sur le fond: quiconque critiquait l'actuelle construction européenne était traité d'europhobe, et rapidement aggloméré aux cohortes du front national-socialiste. Mélenchon, Le Pen, même populisme au yeux des européistes médiatiques. Tout fut fait, et réussi, pour convaincre le chaland qu'il n'y avait que deux camps, les "irresponsables", forcément "populistes", et parfaitement incarnés par Marine Le Pen, face aux "responsables" qui nous promettaient que l'Europe, "c'est la paix",  à défaut de prospérité. A vouloir imposer aux esprits ce bipartisme grossier et inexistant, c'est l'ensemble du système qui s'est effondré: abstention ou vote frontiste, l'électeur découragé ou enragé a choisi sa voie.

Secundo, ce n'est pas tant la victoire par défaut du FN que le K-O des autres partis qui interpelle

Car le paysage politique est bel et bien dévasté: il n'y a eu aucun d'effet Valls; les mesurettes de dernière minute du premier ministre - 4 milliards par ci pour alléger les cotisations salariales, 1 milliard par là pour soustraire 650.000 foyers de l'impôt sur le revenu, n'ont pas fait illusion. Le cap économique du gouvernement ne séduit personne.

L'opposition de gauche ne convainc pas les déçus du Hollandisme soc-lib: les scores écologistes et du front de gauche totalisent à peine davantage que le parti socialiste rétréci à son étiage le plus bas. "après le choc, il faut donner son temps à la poussière pour retomber" commente Jean-Luc Mélenchon sur son blog. A droite, ce n'est pas mieux: l'UMP, on l'a vu, sombre à nouveau. A force de décomplexer l'électeur à coups de slogans furibards, elle se fait croquer sur sa droite. Et le centre-droit, dont on ne sait plus ce qui le différencie socio-politiquement de la politique gouvernementale actuelle si ce n'est une compromission historique avec le sarkozysme, est évidemment convalescent.

Bref, Marine Le Pen a son boulevard, soigneusement déblayé par des partis récalcitrants aux vrais débats sociaux, patiemment nettoyé par quelques éditocrates attentifs à caricaturer les alternatives.

L'affaiblissement général et simultané de ces partis pourrait sonner le glas de cette période fatigante. C'est notre seul espoir.















Crédit illustration: DoZone Parody

29 mai 2014

La droite désagrégée: Sarkozy est-il enfin enterré ?

Il n'a pas fallu attendre bien longtemps. Mardi 27 mai, Jean-François Copé a cédé à la pression. 

Il a démissionné de la présidence de l'UMP. 

Nicolas Sarkozy tente de contenir la propagation de l'incendie. 

Mais l'UMP se désagrège de l'intérieur. Et après ?


"Bon, ben voilà… Pour une fois que Jean-François Copé arrive à obtenir une démission, c’est la sienne!" Charline Vanhoenacker, France inter, 28 mai 2014.
L'affaire Bygmalion est une affaire simple à comprendre, terrifiante de bêtise, malhonnête à souhait. En février dernier, on apprend que Bygmalion facturerait trop cher des prestations à l'UMP. L'UMP est d'abord financée ... par de l'argent public. C'est donc bien d'un détournement d'argent public dont il s'agit. A qui profitait le délit ?

L'affaire a pris une nouvelle tournure avec les aveux, cette semaine, de l'un des nouveaux députés européens de l'UMP, Jérôme Lavrilleux, responsable auto-désigné de la chose: Bygmalion surfacturait des conférences parfois fantômes, sans rapport avec la campagne présidentielle de 2012, pour mieux sous-facturer des prestations électorales. Cela permettait à l'équipe du candidat Sarkozy de baisser le coût officielle de sa campagne. Soixante-dix conventions ont été organisés par l'UMP pendant la saison 2011/2012, pour environ 27 millions d'euros. En 2012, Bygmalion, via sa filiale Event, aurait été rémunérée pour 23 millions d'euros (en treize virements).

Rappelons que Nicolas Sarkozy a déjà été reconnu coupable de fraude aux règles de financement politique pour cette compétition de 2012. L'annulation de ses comptes de campagne en 2013 avait provoqué un "Sarko-thon" inédit à l'issue duquel quelque 11 millions d'euros avaient été généreusement collectés auprès de militants dévots.
"Bygmalion est prêt à l'assumer mais ne veut pas en porter la responsabilité. On parle de 'l'affaire Bygmalion', c'est plutôt l'affaire des comptes de campagne de Nicolas Sarkozy". Me Patrick Maisonneuve, avocat de Bygmalion.
Après l'aveu larmoyant de Jérôme Lavrillieux sur BFM TV lundi soir, Jean-François Copé a déboulé sur le plateau du JT de TF1 pour se justifier à son tour. Son ancien bras droit et ancien directeur adjoint de campagne de l'ancien Monarque plaidait sa culpabilité solitaire. Le futur ancien président de l'UMP et ancien candidat à la présidentielle de 2017 plaidait l'innocence absolue. Qui croire ?

Cette désagrégation accélérée du principal parti de la droite républicaine a quatre conséquences.

1. La disqualification politique de Nicolas Sarkozy n'est pas évidente.  L'homme, qui trépigne pourtant de rentrer à nouveau dans le jeu politique, restait tranquillement à l'abri cette semaine. Tous les pare-feux étaient là. Lavrilleux couvre Copé qui couvre Sarkozy; Devedjian, l'ancien fidèle pourtant maltraité en son temps, intervient dès lundi soir sur France 2 pour expliquer que Sarkozy "tel le général de Gaulle", ne s'occupait pas de "l'intendance"; Philippe Briand, ex-trésorier de campagne de Sarkozy, répète les éléments de langage calés au QG de Nicolas Sarkozy rue de Miromesnil: "Nicolas Sarkozy ne s'occupait pas de l'intendance". Et Brice Hortefeux, a rajouté que Sarkozy était "très mécontent de voir son nom associé à cette curieuse actualité." Curieuse actualité ? L'homme a de l'humour.

On aura beau répéter qu'un chef politique qui couvre autant de fraudes "à l'insu de son plein gré" témoigne d'un comportement au mieux douteux, au pire irresponsable, rien n'y fait. Sarkozy est à chaque fois lavé plus blanc que blanc par le sympathisant transi.

Jeudi, il était à Madrid pour jouer un chef d'Etat, rencontrant le premier ministre conservateur et même le roi Juan Carlos. 

2. L'affaire Bygmalion ferme peut-être une guerre des droites. On est loin des années 1994-1995 où Balladuriens et Chiraquiens déballaient aux journalistes leurs sales affaires réciproques: frais de bouche et emplois fictifs à la Mairie de Paris, rétrocessions et commissions du Parti Républicain, etc. Même la lutte fratricide Villepin/Sarkozy des années 2000 semble effacée. En cause, l'ombre de Marine Le Pen. Le Front national a atteint un tel niveau que les ténors de l'UMP ont la trouille de trop déballer. Ajoutez-y la résurgence encore fragile d'un centre droit autonome autour de l'UDI et du Modem, et vous aurez compris que l'UMP peut disparaître ou, a minima, perdre sa première place à droite.

3. La droite républicaine, comme sa gauche la plus proche, n'a plus de leader évident. Copé est sorti du jeu. Il avait pourtant beaucoup bossé pour cette présidentielle de 2017. Mais tout le dispositif s'est brutalement effondré. Même Patrick de Carolis, ex-président de France Télévisions qui recruta le fondateur de Bygmalion, à FTV, Bastien Millot, a été mis en examen en avril dernier. Mercredi, Mediapart ajoutait une autre pièce au dossier Copé: "une association liée à l’UMP, présidée par une fidèle de Jean-François Copé et perquisitionnée lundi, a vendu des formations d’élus en partie fantômes aux collectivités locales". Sarkozy est peut-être populaire dans les sondages, il aura une primaire interne à gérer. Juppé, Fillon et les autres fourbissent leurs armes, mais tout reste à faire.

4. Le plus effarant de la période est la paresse politique  qui a envahi la droite: certes, la triangulation à l'oeuvre par François Hollande (qui ne rapporte politiquement pourtant rien à ce dernier, bien au contraire) a de quoi déstabiliser le camp UMP/UDI. Mais plutôt que de faire ressortir les éventuelles vraies oppositions (sur la répartition des impôts, la régulation des entreprises, le rapport à l'Europe, le traité transatlantique), l'UMP se limite à des incantations caricaturales et grossières, figées sur quelques mots clés censés réveiller l'opinion en sa faveur ("impôts", "classes moyennes", "immigration", etc). Pourtant, le débat politique se trouverait enrichi d'être enfin mature et précis. Des clivages se trouvent facilement, inévitablement, dès que l'on pousse l'analyse au niveau fin nécessaire. Prenez le Traité Transatlantique en cours de négociation entre l'Europe et les Etats-Unis: on ne peut se limiter à couiner contre ou crier pour le développement du libre-échange. Il fallait détailler, comme l'ont fait EELV et le Front de gauche, ce projet d'article qui donnerait aux entreprises la faculté de contester en justice des réglementations nationales.

Au lieu de quoi, la direction de l'UMP a préféré rester sur le terrain le plus paresseux qui soit, tout en courant régulièrement derrière les éructations identitaires du Front national.



27 mai 2014

L'Europe a-t-elle tué le bipartisme en France ?


Tous les constats ont été faits et répétés, avant même le vote. Il y en a un pourtant qui a surpris: le scrutin européen du 25 mai 2014 a accéléré la décomposition d'un paysage politique artificiellement bi-partisan.


Changer les institutions, vite!
Ce fut "un choc, un séisme" si profond qu'on avait l'impression d'un gigantesque coup de pied dans une fourmilière. Ils avaient les yeux blancs, écarquillés.

Dimanche, les cris, les pleurs, le choc, la misère. A l'extrême droite, les rires, les joies, les sourires. La France de 2014 est K-O, elle a abandonné ses urnes à une entreprise familiale et haineuse - le père nonagénaire au Sud, la fille quadragénaire au Nord. Par démission ou soumission, la France de 2014 envoie donc 24 élus frontistes la représenter au Parlement européen. Pour le reste, il y aura 20 élus de l'UMP, 13 socialistes, et quelques autres écologistes ou du Front de Gauche.

Au Parlement européen, les députés frontistes seront "logés" dans un groupe minoritaire et sans alliance, bref, inutiles.

Ce n'est pas tant la victoire du FN  que la désertion de l'électorat qui doit pousser à des changements politiques et institutionnels.

- près de 60% des inscrits ne sont pas allés voter,
- sur les 40% restants, 14% ont choisi des listes différentes de l'offre nationale traditionnelle.
- Au final, le ras-de-marée frontiste équivaut à 4 millions de voix, soit 11% des inscrits. L’UMP, 9%; le PS 6%, l’UDI 4%...

Qui peut croire que la réintroduction de la proportionnelle n'est pas urgent ?

Qui peut oser penser que nos élus sont véritablement représentatifs ?

Une Europe affaiblie
L'équilibre au Parlement européen est à peine modifié. La droite, sous les couleurs du Parti Populaire Européen, conserve la majorité, avec 210 sièges (et une cinquantaine de députés de perdu!), devant les socialistes (193 sièges, en légère progression). Le futur président de la Commission européenne, choisi dans le camp du vainqueur, sera donc encore une fois libéral. Il n'y aura pas de réorientation massive à court terme de la construction européenne.

En France, plus qu'ailleurs, la campagne a été sacrifiée, les enjeux ont été caricaturés. Relisez donc les incantations sur "l'Europe, c'est la paix" (tribunes de François Hollande puis de Nicolas Sarkozy); ou les amalgames faciles entre Front national et Front de gauche sous l'appellation commune de populisme. A l'exception du TAFTA, rares ont été les sujets concrets abordés dans la campagne.

L'Europe est "toujours un paradis fiscal", rappelait Mediapart. Si les écologistes Eva Joly et Pascal Canfin ont bien tenté un "safari parisien" contre la finance lutte contre l'évasion et le dumping fiscaux intra-UE ont été parmi les grands absents des (maigres) débats.

Au niveau européen, la Gauche et les Verts ont marqué quelques points sans toutefois emporter la majorité du Parlement. En Grèce, le PASOK disparait derrière les nazis d'Aube Dorée (10%). Mais Syriza d'Alexis Tsipras remporte la première place. En Italie, le nouveau président du conseil Matteo Renzi (Parti démocrate, centre-gauche) a fait un carton, plus de 40% de suffrages. Au Portugal, l'opposition socialiste aux élections européennes a défait la coalition de centre-droit au pouvoir.

Il n'y a pas de ras-de-marée d'extrême droite en Europe. La France fait figure de triste exception, avec le Danemark: au pays de Borgen,  l'extrême droite locale a recueilli 27% des voix. En Finlande, les "Vrais Finnois" tombent en 4e position, tout comme le PVV de Geert Wilders.

France K-O, FN gagnant
En France, l'éditocratie tourne en vrille, les états-majors politiques tournent en toupie. Marine Le Pen savoure sa victoire qui n'est que la défection des autres. Un quart des suffrages exprimés sur fond d'abstention record, cela ne fait pas grand chose, à peine 14% des électeurs. La France n'a pas viré frontiste, elle a boudé.

Notre consoeur du Monolecte a rappelé cette évidence qui gêne les constats éditocratiques du moment: "entre les présidentielles de 2012 et les Européennes de 2014, le FN a baissé en nombre de voix." Ce quasi-surplace électoral du FN devrait aussi interroger nombre de commentateurs.

Dimanche, le FN a accusé le gouvernement de "truquer le vote". "Cette manipulation industrielle du vote des Français doit être immédiatement interrompue et les préfets doivent tout mettre en oeuvre pour apporter dans toutes les communes de France les bulletins de vote du Front national.L'accusation est gravissime, elle n'est pas nouvelle. Marine Le Pen, si admirative des autocrates Poutine (en Russie) ou Assad (en Syrie) n'a jamais de mots assez durs contre les "bourrages d'urnes" présupposés en France.

Dans un communiqué  ce dimanche, en plein scrutin, le FN prétendit ainsi que "le ministère de l'Intérieur a choisi d'empêcher la victoire du Front national en lui interdisant simplement de concourir en certains endroits du territoire."

La veille, les suprémacistes blancs du Bloc Identitaire avaient appelé à voter FN.

Qu'on se le répète.

Dimanche soir, Marine Le Pen a livré un courte intervention un peu surréaliste, appelant les Français qui les soutenus, ceux qui se sont abstenus, et même ses opposants à se rassembler auprès d'elle. "Le peuple souverain a parlé haut et clair". Elle réclame la dissolution de l'Assemblée nationale. Le député Morin, à l'UDI, qui réalise une dizaine de pourcentages des suffrages grâce à son alliance avec le MODEM, poursuit la même antienne.

Marine Le Pen a de la chance. Il y a deux leçons nationales à tirer de pareil scrutin: primo, l'actuelle construction européenne a gravement déçu. Pour le reste, ces élections ont peu à voir avec les évolutions politiques nationales. On se souvient des 16% gagnés par EELV en 2009, qui ne firent qu'un maigre 2% au scrutin présidentiel de 2012 pour Eva Joly.

Secundo, le désastre est national. Les listes du Parti socialiste ont fait pire qu'en 2009, ce qui était pourtant difficile. A l'époque, le PS fut dépassé par la nouvelle alliance EELV, et sortait d'un effroyable Congrès de Reims en novembre 2008. L'UMP et l'UDI/MODEM totalisent 30% des suffrages. Mais on ne retient que l'échec de l'ex-parti sarkozyste. "L'UMP est atteinte dans sa crédibilité" a clamé Fillon, grave et sérieux, dès dimanche soir.

Le Front de Gauche n'a pas rassemblé aussi largement qu'espéré. La dynamique d'une opposition de gauche est difficile à installer. Le conflit intra-gauche a laissé des traces (*). L'émotion d'un Jean-Luc Mélenchon, au soir de dimanche, était évidente, la déception immense. Elle était davantage pour un pays que pour un parti.

Vers 21 heures, Valls a mis sa tenue d'enterrement. Costume et cravate noirs, chemise blanche. Il parle droit, le regard brillant. Le discours est trop long. Au début, il fait un constat sans appel sur l'échec socialiste, le succès du FN, l'Europe abandonnée par l'électorat. Ensuite, il martèle combien sa feuille de route est la bonne, "la compétitivité des entreprises", "réduire les déficits", "les réformes de structure", et, enfin, "baisser les impôts des Français les plus modestes".

Il s'oublie. L'effet Valls n'existe pas. Le leurre est complet.


Elections européennes : "Un moment grave" pour... par lemondefr

"Un choc, un séisme"

Un choc tel qu'un proche de Hollande évoque un risque de disqualification du PS au premier tour de la prochaine présidentielle.

Les partis ne sont pas immortels.

Hollande accélère, nulle part.
Lundi matin, il avait convoqué une réunion "en urgence", curieuse formule communiquée par des communicants à des journalistes impatients. Communiquer sur la forme plutôt que le fond est une vieille tactique qui n'intéresse plus grand monde. Le soir, Hollande surgit sur nos écrans, quelques minutes pour expliquer que rien ne changera. Circulez, il n'y a rien à voir. Hollande évoque les "leçons" qu'il faut "tirer". A force d'être tirées à chaque élection désastreuse, on peut penser que ces "leçons" sont résistantes.

Hollande reconnaît l'effroyable: "les élections européennes ont livré leur vérité. Elle est douloureuse." En France, le vote FN , "c’est une défiance à l’égard de l’Europe, qui inquiète plus qu’elle ne protège", "une défiance à l’égard des partis de gouvernement, de la majorité, comme de l’opposition". Comme souvent, le constat, chez Hollande, est le bon.

Comme souvent depuis 2012, malheureusement, ses conclusions sont obstinées et invariantes. Il ose encore affirmer que la parole de la France sera encore écouté, ce 27 mai quand il rencontrera, affaibli comme jamais, ses collègues européens lors d'un Conseil des chefs d'Etat: "demain, pas plus tard que demain, au Conseil européen, je réaffirmerai que la priorité c’est la croissance, c’est l’emploi, c’est l’investissement." Sans rire... 

Lundi soir, Hollande embraye sur l'habituelle antienne du Pacte de responsabilité, la compétitivité et tout le toutim: 
"Ce n’est pas l’Europe qui nous demande de faire des réformes. C’est pour la France que nous devons les mener à bien. (...) C’est l’emploi par le soutien aux entreprises, le pacte de responsabilité. C’est le pouvoir d’achat par des baisses d’impôts. C’est la justice sociale par la priorité répétée, réaffirmée à l’éducation. C’est la simplification, la modernisation et ce sera tout l’enjeu de la réforme de notre organisation territoriale, de grandes régions, avec une évolution de nos collectivités et ce sera présenté dès la semaine prochaine."
Hollande martèle qu'il ne changera rien, absolument rien. Il n'a rien compris, comme tout un chacun. On attend la croissance, les embauches-miracles d'une réduction de cotisations aussi massive qu'inédite: "Cette ligne de conduite, elle ne peut pas dévier en fonction des circonstances, il y faut de la constance, de la ténacité, du courage. Mais aussi de la rapidité dans la mise en œuvre. Parce que les Français ne peuvent pas attendre."

Au travail ?

L'actuel président pense être en fait servi par les évènements. Le scrutin européen est un échec pour tous et pas que pour lui.

L'UMP se désagrège sous nos yeux. Lundi, un proche de Jean-François Copé et ancien directeur adjoint de la campagne de Nicolas Sarkozy, passe aux aveux. Oui, les factures de prestations de l'agence Bygmalion à l'encontre de l'UMP étaient truquées. Jérôme Lavrilleux - c'est son nom - avait les larmes aux yeux en confiant le forfait: il est "impossible de faire une campagne électorale avec 22 millions d'euros. Tout le monde use d'expédients". Forcément, ce forfait, il l'avait commis tout seul, à l'insu du plein gré de Copé, Sarkozy et consorts. Il s'agissait de faire rentrer de l'argent dans la caisse électorale. Un peu plus tôt dans la journée, l'avocat de Bygmalion accusait l'UMP d'avoir couvert les dépenses de campagne du candidat Sarkozy en 2012.

Durant l'après-midi de cet improbable lundi, et plus tard encore dans la soirée, la police perquisitionnait le siège de l'UMP.

A la gauche de Hollande, on n'y croit plus, mais Hollande ne fait rien. Quelques "opposants" de l'intérieur osent espérer qu'ils grossiront leurs rangs. L'union des gauches n'est pas pour demain. Quelques minutes après la "communication" hors sol de Hollande, Europe Ecologie Les Verts balance: "François Hollande et Manuel Valls à côté de la plaque, la France a besoin d’un sursaut, pas de mesurettes." Le Parti de Gauche parle d'une vague, elle "a frappé, puissante, colossale". Nouvelle Donne se félicite de ses 3% des suffrages, malgré une campagne sous-médiatisée. Le NPA de Besancenot invoque à une "alternative à construire", vulgate invariante à chaque échec depuis une décennie. Sa rivale Lutte Ouvrière n'a plus peur du ridicule en expliquant que ses résultats"pour modestes qu’ils soient, préservent une perspective politique pour les travailleurs."

La gauche est ainsi, effarée et effarante. La droite républicaine sombre dans ses affaires. Le FN jubile. Les électeurs désertent.

L'Europe a tué le bipartisme en France.









(*) l'auteur de ces lignes a appelé à voter Front de gauche.

25 mai 2014

368ème semaine politique: comment ils ont sacrifié les élections européennes

Il cherche à éviter une déroute, c'est une mauvaise habitude. François Hollande aborde le scrutin européen du 25 mai dans les pires conditions imaginables: le "projet européen" a déçu, la crise est toujours là, et sa propre impopularité n'améliore rien. 

 

Des élections sacrifiées
On peut sourire en apprenant qu'Hollande prendra la voiture plutôt qu'un Falcon présidentiel pour aller voter à Tulle. Il faut motiver l'électeur. Ces élections parlementaires européennes ont pourtant été sacrifiées.

Tout semble fait pour décourager l'électeur. Il y eut d'abord les caricatures et autres amalgames faciles. Toute critique de l'Union européenne était rapidement qualifiée de populiste. Il y eut ensuite l'absence de campagne. A qui profite ce crime contre la démocratie ? 

Le premier débat télévisé d'importance n'a eu lieu que le 22 mai sur France2, avec quelques ténors des différents partis, qui n'étaient même pas tous candidats ! Les petits partis sont oubliés. Le service public de la télévision française s'était refusé à retransmettre les débats entre postulants à la présidence de la Commission. Les programmes ne sont enfin commentés que quelques jours avant l'élection.

A quelques heures du scrutin, on ne comptait plus le nombre de panneaux électoraux encore dénués d'affiches. En France, le nombre de listes concurrentes dépasse souvent la trentaine. On trouve même une improbable "Alliance Royale". Le MRC, le parti de Jean-Pierre Chevènement, fait campagne... pour l'abstention. Nicolas Dupont-Aignan, pour fustiger la "porosité" des frontières intra-européennes transporte une kalachnikov d'Italie en France dans son coffre de voiture. Du grand n'importe quoi ! Le Front National placarde des photos de la jeune Leonarda, expulsée l'an dernier dans les conditions que l'on connait: l'appel au réflexe xénophobe comme argument électoral ?  

Cette campagne sent le moisi.

Seuls Europe Ecologie Les Verts et le Front de gauche sont parvenus, contre vents et marées, silences et gênes, à placer la négociation du Traité transatlantique au centre du débat. Jeudi 22 mai, un projet de loi déposé par la gauche est voté à l'unanimité à l'Assemblée nationale. Il réclame "une meilleure information des représentants de la Nation par le Gouvernement sur l’état des négociations," et l'identification des "éventuels conflits d’intérêts" des négociateurs.

La crise aurait dû mobiliser.
Mais ce n'est pas le cas, comme si l'électorat, euro-sceptique mais découragé, avait baissé les bras.

Scrutin oblige, on oublie quelques jours l'économie nationale. On a tort. Les nouvelles du front économique ne sont pas fameuses. L'Unedic ne voit pas le chômage baisser d'ici à 2017. Et prévoit 103.000 chômeurs de plus en 2014. Au premier trimestre de cette année, la croissance économique en France a été ... nulle. En cause, la consommation des ménages a encore chuté (-0,5%), tout comme l'investissement des entreprises (-0,5% également). Michel Sapin, aux Finances, joue les équilibristes: "Ce sont les chiffres du premier trimestre : c'est le moment où le président de la République, il en a eu l'intuition, a dit “on doit accélérer, on doit approfondir parce qu'on doit accélérer la croissance”.

On croyait que "la reprise était là".

Michel Sapin préférait nous divertir avec la fraude fiscale. Jeudi, un plan 2014-2015 est adopté pour renforcer encore les sanctions. D'année en année, la traque aux évadés fiscaux améliore son rendement, et c'est tant mieux. En quatre mois, l'Etat a récupéré 648 millions d'euros. Sur l'année 2014, il espère un milliard d'euros de plus que prévu (800 millions), ce fameux milliard que Manuel Valls a généreusement accepté de "rendre" pour baisser l'impôt sur le revenu des plus modestes. "Les Français verront dès septembre l'application de cette décision" sur les impôts, promet-il mardi à l'Assemblée.

L'examen du pacte de responsabilité se poursuit. Chaque administration s'inquiète. Le Canard enchaîné" affirment que "les chefs d'état-major des trois armées (Terre, Air, Marine) envisageraient de démissionner en bloc si le budget devait être encore rogné". Un courrier alarmiste du ministre de la Défense Jean-Yves Le Drian à Manuel Valls est fuité dans la presse. Ce dernier rassure: non, il n'y aura pas de nouvelles coupes budgétaires au-delà de ce qui était prévu l'an dernier dans la Loi de Programmation militaire: "Il est temps de tourner la page de ce débat, de ces rumeurs".
Mais où donc vont se loger les 50 milliards d'euros d'économie ? La Défense coûte quelque 31 milliards d'euros par an.

A Paris, les frontières de la dérégulation ridicule ont été dépassées quand le Canard Enchaîné révéla que la SNCF était contrainte de réaménager 1.300 quais de gare (sur 8.700) à cause de la livraisons de rames trop larges. "Un manque d'explications et de pédagogie" a tardivement commenté le patron de l'entreprise publique. Une député socialiste a réclamé sa tête. De Le Pen à Copé, de Cambadélis à Mélenchon, chacun a trouvé une bonne raison pour fustiger l'erreur. Pourtant, sur le fond, agrandir les trains pour transporter davantage de personnes est une excellente idée, éco-responsable à souhait.

Une nouvelle déroute ?
En 2009, le Parti socialiste, alors dans l'opposition, s'était effondré à 16% des suffrages, juste derrière Europe Ecologie Les Verts, la nouvelle alliance écologiste. Certains accusèrent la diffusion de "Home", un documentaire de Yann Arthus-Bertrand, le vendredi précédent le scrutin. La référence de 2009 est bien basse, si basse qu'un maigre score mais légèrement supérieur suffira au bonheur de quelques hiérarques du parti socialiste.

Manuel Valls fait donc campagne. Mardi, il exhorte "nos compatriotes" à aller voter. Il rencontre le mentor de "Pépère", Jacques Delors. Mercredi, il est à Barcelone, pour un meeting du PSOE. Il s'exprime en espagnol, en catalan et même en français. Il rabâche qu'il est né là-bas, et combien son parcours est exemplaire d'une France ouverte. Il a des accents presque gauchistes quand il fustige Barroso, le gouvernement conservateur local, ou encore "l'Europe de droite qui a échoué". On est loin des odes à la compétitivité qui polluent le discours national. Sur l'estrade, en espagnol ou en catalan, Manuel Valls ose tout, même l'improbable: "Si vous voulez voir une politique de gauche, regardez ce que nous faisons en France".

"Efficacité", "rapidité" et "justice", trois qualificatifs de ses 4 mois et 20 jours qu'il confie au Petit Journal de Canal+. ..

On est dans la com' et le vide. Fallait-il une énième fois ressortir ces quelques "dossiers", qui ont provoqué un grave divorce à gauche sans convaincre le pays ?

Jeudi, la ministre du logement, la jeune radicale Silvia Pinel, promet une "journée historique" dimanche. Elle ne croit pas si bien dire. "Des fois on gagne, des fois on perd", Jean-Christophe Cambadélis enfonce quelques portes ouvertes.

Sarko accélère
A droite, Nicolas Sarkozy sort de son silence. Il anticipe son retour contre Hollande en 2017. La photographie qui illustre sa tribune publiée dans le Point est drolatique: on le voit deux téléphones en main. On se rappelle la ligne clandestine, ouverte sous un faux nom (Paul Bismuth), qu'il utilisait pour échapper aux juges. Sarkozy donne ses leçons pour sortir de la crise: une Europe à deux vitesses, essentiellement franco-allemande; et la révision des accords de Schenghen pour mieux fermer les frontières nationales à l'intérieur de l'Union. Très peu est dit sur les failles démocratiques, rien sur l'austérité, ou le diktat des banques centrales. Pour "sauver" l'Europe, Sarko suggère d'en sortir vers une version allégée, libérale pour les entreprises, autoritaire pour les hommes. On a caché son pote Berlusconi, contraint aux travaux d'intérêt général pour cause de fraude en tous genres.

La tribune est publiée simultanément en Allemagne par Die Welt. Le bide est total. Aucun autre média allemand ne relaye, tout le monde s'en fiche. 

Surtout, Sarkozy choisit aussi Valeurs Actuelles pour expliquer tout bas ce qu'il n'ose dévoiler tout haut. Dans l'hebdo de la droite furibarde, qui réclame le retour d'un "vrai chef" à droite et pour la France à longueur de colonnes, Sarko s'exclame que "Sur l’immigration, ce n’est plus possible".  Et il promet de revenir: " Je reviendrai en proposant un Schengen 2, sans les défauts de la zone de libre circulation, plus efficace en termes de lutte contre l’immigration clandestine. Vous verrez, quand je proposerai ça, Marine Le Pen dégonflera instantanément."

Patrick Buisson a peut-être été viré. Nicolas Sarkozy suit toujours la consigne d'une extrême-droitisation de son discours. Vous êtes prévenus.


Sarkozy sort de son silence car il a la trouille d'être dépassé. Qu'importe l'Europe ! L'étau se resserre sur l'actuelle direction de l'UMP: l'affaire Bygmalion a pris une nouvelle tournure quand Libération a révélé l'organisation de conférences fantômes mais chèrement facturées au parti par cette agence dirigée par deux proches de Jean-François Copé. Les amis de François Fillon attendent la fin du scrutin pour obtenir la tête du député de Meaux. Cette semaine, on apprenait que deux juges s'intéressaient aussi à des soupçons de détournements de fond par le groupe UMP au Sénat.  Bref, l'UMP ne doit son salut qu'à 'impopularité de François Hollande, et Sarkozy ne pouvait laisser les prétendants à 2017 s'agiter sans réagir. Valeurs Actuelles applaudit au retour du Bonaparte de pacotille qui rassemblera une droite éclatée.

La Sarkofrance est pourtant toujours malodorante. Isabelle Balkany, première adjointe et épouse du député-maire Patrick Balkany de Levallois, grande amie de Nicolas ex-Ier, termine 24 heures de garde à vue par une mise en examen pour blanchiment de fraude fiscale. Elle échappe à la cellule moyennant le paiement d'une caution de ... un million d'euros. Les Balkany ont des moyens.

Sarkozy contre Hollande, la construction européenne démentie par l'abstention, la fascisation d'une frange grandissante de notre classe politique, jusqu'où résisterons-nous ?





Post-Scriptum du 25 mai au soir: le Front National est parvenu en tête du scrutin européen, en France, avec 25% des 42% de suffrages exprimés. Un séisme, et une honte.



Crédit illustration: DoZone Parody

22 mai 2014

Sarkozy revient à l'extrême droite

Il n'a rien compris, rien appris. A moins qu'il ne s'agisse d'un coup de coeur, ou d'une conviction intime.

Cette semaine, quelques jours avant le premier et seul tour de l'élection européenne, Nicolas Sarkozy revient sur la scène politique sous deux casquettes: une tribune bien éduquée publiée par le Point, et des confidences en "privé" et "exclusives" dans les colonnes de l'hebdomadaire de la droite extrême, le brulot de la croisade anti-mariage gay, le canard des clichés islamophobes, le bien nommé "Valeurs Actuelles", sur un seul et unique terrain, l'immigration.

Mais il n'est pas seul. 

 

Sarkozy revient à l'extrême droite
Il n'a rien compris, rien appris, rien retenu de son échec en 2012. Nicolas Sarkozy semble poursuivre la ligne Buisson, son ancien conseiller spécial issu de l'extrême droite et par ailleurs maniaque de l'espionnage clandestin.

Se confier à Valeurs Actuelles est un geste fort vers ce qu'il considère être son coeur électoral. Que les centristes déboussolés et les Républicains sincères retiennent la leçon.

Le story-telling est comme toujours soigné. 
" Il a tombé la veste. Il fait chaud, ce jour là, dans les bureaux de la rue de Miromesnil, où Nicolas Sarkozy reçoit ses hôtes, députés, simples élus ou journalistes pour parler de politique. Sur sa chemise, les initiales N.S montrent qu’on est face à un ex chef d’Etat désireux de replonger dans l’arène, davantage que face à un politicien soucieux de soigner son image ou de peaufiner son profil de présidentiable."
Nicolas Sarkozy, donc, lâche ses confidences exclusives à Valeurs Actuelles quand le texte poli est publié dans le Point. Quelle belle stratégie de communication ! On dirait du Fouks et compagnie, version Sarkozy 2017.

Sarkozy oublie la crise, la Troïka, la BCE
Sur l'Europe, son discours de fond est d'un vide sidéral ou sidérant. Sarkozy oublie la question démocratique, que pourtant ses propres amis reconnaissent enfin. Il ignore la question sociale, on n'est pas surpris. Il néglige la question économique - la dépression austéritaire dans laquelle l'Europe est plongée  - on comprend pourquoi.

Il se rabat, se concentre sur la question migratoire, le terrain de jeu de l'extrême droite. La diversion est belle, on évite de parler politique économique, bancaire ou sociale.

Qui est surpris ? 

Hormis l'immigration, les idées de Sarkozy sur l'Europe sont reléguées au second plan, les confidences ne portent que sur les "basanés" qui menacent "notre" identité. On se pince aussi en lisant les postures infantiles. le story-telling du "Chef". L'UMP est vrac, la France est un vrac, il faut un "Leader", un vrai. C'est un scenario napoléonien ou quasi-mussolinien qu'on nous vend, une misère démocratique, une caricature bonapartiste.

Sarkozy "sait que la droite ne pourra surmonter ses divisions sans la prise de parole d’un vrai chef, à la doctrine incontestable et à l’autorité incontestée". Et du coup, forcément, finalement, "il affirme sans sourciller, quand nous lui posons la question – brûlante – de la ligne de l’UMP sur l’Europe", il affirme cette chose incroyable :
"Peu importe ce que dit l’UMP sur l’Europe."
Oui, vous avez bien lu, comme moi, comme nous tous.

"Peu importe ce que dit l’UMP sur l’Europe."

Sarkozy conserve son obsession de 2012. Sans rire, ni blague. C'en reste terrifiant.
"Sur l’immigration, ce n’est plus possible"
Il insiste: "il faut continuer dans la veine de ma campagne de 2012. Vous vous souvenez du discours de Villepinte ?" Avant Villepinte en 2012, vous souvenez-vous du discours de Grenoble ?
Villepinte, complète Sarkozy "C’était un magnifique discours. Tout y était. Aujourd’hui, il faut proposer une autre Europe aux Français. Sur l’immigration, ce n’est plus possible. "

Sarkozy ne renonce pas. Patrick Buisson rôde encore, mais on comprend que l'homme prêchait facilement, que le terrain était bien favorable.

Pour sauver l'idée européenne, et "contre Le Pen", Sarkozy a la martingale: récupérer les idées de sa rivale, mais avec un habillage plus courtois qui préserve le grand marché.

"Quand je reviendrai, je reviendrai avec un discours sans ambiguïté sur le sujet. Je reviendrai en proposant un Schengen 2, sans les défauts de la zone de libre circulation, plus efficace en termes de lutte contre l’immigration clandestine. Vous verrez, quand je proposerai ça, Marine Le Pen dégonflera instantanément."

Ben voyons.

Cet optimisme identitaire fait frémir.

L'immigration les obsède tous encore...
Il y a pourtant des signes que l'immigration n'est pas perçue comme ce danger que d'aucuns agitent à longueur de discours. En France, un film "phénomène" - "Qu'est-ce qu'on a fait au Bon Dieu ?", bientôt 9 millions d'entrées - s'amuse des clichés entre communautés. Son incroyable succès est peut-être diversement interprété, mais sa générosité n'est pas en cause. Certains applaudissent, d'autres râlent, le fond dérange. Une autre comédie, "Amour sur place ou à emporter", adaptée d'une pièce de théâtre, livre à son tour ses constats crus sur le racisme. Ces films, ultra-visibles mais exceptionnels, témoignent d'une chose: on peut parler des différences, des vraies, sans haine ni crainte. 

Et pourtant, quelques politiques, relayés par des médias court-termistes, ont visiblement choisi une autre voie, plus dangereuse.

Au début, la droite était mal à l'aise. 
François Hollande avait rompu avec le discours de régularisation généreuse qui prévalait avant. Nulle promesse de régularisation massive, une relative fermeté dans le discours, et... Manuel Valls à l'Intérieur qui conservait par ailleurs toujours la politique migratoire, funeste amalgame.

Manuel Valls, ministre de l'intérieur, a rapidement effacé par ses outrances verbales (et par quelques actions au long cours comme la déstabilisation des négociations entre pouvoirs publics et associations sur la sédentarisation des roms) les bénéfices de quelques premières mesures courageuses (clarification des conditions de régularisation, assouplissement des conditions de naturalisation , suppression de la circulaire Gueant).

Volontairement ou pas - lui seul peut décider de l'avouer - Valls a cédé à l'instrumentalisation de la question migratoire. Il ne fait plus du chiffre, mais le volume d'expulsions est constamment publié, (pour grimper à plus de 36.000 en 2012, et redescendre à 27.000 en 2013) voire "applaudi". Les conditions elles-même d'expulsions de sans-papiers  font toujours aussi scandale. 

Au final, sur ce sujet comme d'autres, Valls horrifie à gauche autant qu'il séduit à droite.

Finalement, l'UMP entretient la flamme. Un temps, Copé avait décidé de mobiliser ses troupes pour dénoncer "l'imposture". Puis, constatant fin 2013 combien Manuel Valls "faisait le job", le député-maire de Meaux a choisi d'entretenir la thématique migratoire dans le débat public.  C'est une misère, une instrumentalisation politique de bas étage, l'expression d'un stress ou d'un cynisme politique évident. La tête de l'UMP rejoue au débat identitaire, utilise l'immigration (et, bien sûr, la délinquance) comme un épouvantail pour rebondir lors des prochains scrutins.

En décembre dernier, le parti organisait ainsi une première convention sur les "flux migratoires". Une autre est prévue plus tard sur la question "identitaire". On salive d'avance. On ne sait pas si ces conventions ont été lourdement facturées par l'agence Bygmalion, dirigée par les proches du président Copé. On ne sait pas si nous aurons droit aux innommables "témoignages-dérapages" d'une fraction effrayée comme en 2009.

Pour l'heure, on pouvait juger sur pièce des interrogations de l'ancien parti majoritaire. Deux questions, pourtant essentielles, n'étaient pas posées:
1. Que n'avait-il pu faire en une décennie aux commandes du pays ?
2. François Hollande avait-il procédé à des régularisations massives ?

On pouvait rappeler quelques chiffres... 
Acquisitions de la nationalité française:
2007: 131.738
2010: 143.275
2012: 96.088
2013: 97.318

Naturalisations par décret:
2007: 62.372
2010: 87.033
2012: 43.067
2013: 49.757
Bien sûr, le Front national n'a pas abandonné l'idée de jouer des peurs identitaires pour gagner des voix. Le sujet migratoire, s'il n'est plus au centre de l'agenda officiel comme du temps du débat identitaire (novembre 2009-mars 2010), du discours présidentiel de Grenoble (juillet 2010) ou de la campagne de 2012, reste encore très présent.

Car le FN n'était pas seul. Même à gauche, l'immigration est restée une thématique forte, trop forte, comme un sujet d'opposition sociétale. Deux ans après la défaite de l'Autre, le constat est, pour tous, sévère.

A la gauche de gouvernement, l'échec de n'avoir su désactiver ce sujet du débat politique. A la gauche d'opposition, de s'être servi du sujet pour mieux se différencier de l'équipe Hollande. A l'extrême droite, on se frotte les mains. Entre les deux, la droite dite classique a décidé de plonger dans la surenchère à son tour.

Hollande aussi
Le 6 mai, Hollande lui-même réactive le sujet du droit de vote des étrangers aux élections locales. C'est une promesse de campagne qui nécessite un changement constitutionnel, et donc l'approbation par le Parlement, avec 3/5ème des voix. Hollande n'a pas cette majorité-là. Pire, le Sénat a de fortes chances de rebasculer à droite au prochain scrutin de septembre.

On s'interroge: pourquoi donc réactiver cette promesse de campagne alors qu'elle n'a quasiment aucune chance d'aboutir ?

Dans quelques jours, le successeur de Valls à l'Intérieur, va dévoiler son projet de loi sur la réforme de l'asile et le séjour des étrangers. Bernard Cazeneuve hérite du dossier. L'actuel ministre est plus calme, plus discret, moins outrancier que son prédécesseur. Mais il n'a encore rien fait. Et il est sous tutelle. Hollande lui préférait Rebsamen, que Valls détestait. Cazeneuve est devenu ministre de l'intérieur par compromis.

Bref, voici deux textes, sur des sujets d'immigration - le séjour et l'asile. Un cocktail par nature explosif. Dans son édition du 20 mai, le site Mediapart en livre les grandes lignes (*).

L'accélération de la procédure d'asile recouvre deux choses: les dossiers seront plus vite traités (deux ans en moyenne au total), mais les déboutés du droit d'asile seront aussi plus vite expulsés. Les centres de l'OPFRA sont engorgés, avec 66 251 demandes en 2013:  "l’allongement des délais d'examen (...) a pour effet d’engorger les centres d’hébergement (21.400 places) prévus pour les demandeurs d’asile et d’accroître les coûts liés aux allocations qui leur reviennent de droit."

Le texte, reconnaît Mediapart, accroît l'indépendance et les moyens (juridiques) d'action de l'OPFRA: l'office pourra statuer plus vite. Il  reprend aussi des dispositions européennes: "la demande d’asile ne peut être examinée que par un seul État membre de l’UE"

L'autre texte, sur l'accueil d'étrangers, prévoit la création d'une carte de séjour pluriannuelle et d'un « passeport talent ». Cela simplifie de nombreux tracas. Le gouvernement explique vouloir "sécuriser le parcours d’intégration".
Mais le projet cède à quelques bêtises de l'ancienne Sarkofrance. Les Français de souche parlent mal leur langue natale. Qu'importe, on s'efforcera encore et toujours de "renforcer l’exigence de connaissance de la langue française". Où sont donc les moyens pour apprendre la langue nationale ?

Et l'Europe dans tout cela...
Les élections européennes sont une nouvelle occasion de "remettre une pièce" dans ce mauvais jukebox. La semaine dernière, le Figaro en a donc rajouté une couche, avec le "talent" qui est le sien en la matière: "clandestins, le rapport choc de l'Europe". Le spectre d'une invasion par des vagues migratoires incontrôlées est régulièrement agitée. Or l'Europe n'est pas accueillante. Combien de naufrages en mer, d'expulsions même intra-européennes, de tracasseries (pour ne pas dire pire) contre les migrants partout en Europe ?

Le scrutin est comme du pain béni pour agiter les peurs à l'échelle du continent. Que le FN s'y engouffre n'est nullement surprenant. Que Nicolas Sarkozy cède à la tentation frontiste pour préparer son retour en 2017 est terrifiant pour la droite républicaine. 








(*) article payant. 

19 mai 2014

La crise du blogueur.

Tu écris, tous les jours, ici, ailleurs, sur toutes sortes d'applications. 

Tu commentes, tu partages, tu lis, tu corriges, tu cherches. Tu n'arrives pas à décrocher, ça te grise.

Tu as donc les yeux rivés sur un écran, petit ou grand. 

Ton Blackberry, puis ton iPhone. Ton Mac, rouge puis noir.

Quand tu rentres dans une pièce, tu cherches le wifi.

Tu as donc toujours les yeux rivés sur un écran.

Tu t'enflammes, tu t'énerves, tu te mobilises.

Tu penses que c'est utile.

Tu te découvres des ennemis. Tu t'écharpes, tu moques, tu souris, tu rencontres des gens formidables sans jamais les rencontrer. 

Tes enfants ont 6 ans, puis 8 puis 13. Et même 16. Ils grandissent en parallèle.
Ils ont les yeux rivés sur leur écran.
Tu leur offres un smartphone.
Ils surfaient déjà sans toi. Ils t'ont pris pour modèle.
"Tu blogues, papa."
Tu penses Twitter, Facebook, Pinterest, Rebelmouse, Blogging, Google, Wordpress, Blogger, Youtube, Dailymotion, About, TumblR, Storify ou Vizify.

Tu constates qu'il y a quelque chose qui cloche.

Ta vie coule, file, et s'embarque.

Tu regardes ce poème.



17 mai 2014

367ème semaine politique: les petits Avengers de François Hollande

Ils sont trois. Ce sont les Avengers de cette équipe gouvernementale pour cette semaine. Montebourg, Royal et bien sûr Valls ont fait l'actualité politique du moment.

Ségolène Royal provoque quelques remous. Arnaud Montebourg joue au révolutionnaire colbertiste. Et Manuel Valls lâche un faux gros cadeau.

Trois ministres pour sauver la planète Hollandie.

Sans rire ?





Royal secoue les immobiles
François Hollande entame quelques consultations. Il rencontre des chefs de partis pour discuter de la réforme territoriale qu'il entend accélérer. Il y a Marine Le Pen qui frime au Figaro en dévoilant l'argumentaire violent qu'elle aurait adressé au chef de l'Etat.

Il y a aussi des machistes au gouvernement, des "boules puantes", qui en doutait ? Pourquoi l'équipe serait-elle exemplaire ? Ségolène Royal livre des confidences qu'un hebdomadaire dénommé Paris Match s'empresse de valoriser. Il faut vendre du papier. Une presse s'emballe, des éditocrates s'amusent.

La ministre de l'Ecologie explique au journal qu'elle croit à la solution General Electric pour la reprise partielle d'Alstom; et que Michel Sapin n'a pas beaucoup d'idées pour renouveler le concept d'eco-taxe. Une certaine presse n'attendait que cela pour railler ou faussement s'indigner. La ministre démine mercredi, le jour même de la publication

Manuel Valls est furax."Personne n'est à part" confie-t-il. Ségolène Royal n'est pas protégée par son histoire personnelle avec Hollande.

En fin de semaine, nouveau psycho-drame dans la planète médiatique. Le ministre de l'Education nationale plaide le bug informatique, et accepte de reporter de 24 heures la prochaine rentrée des classes, mardi 2 septembre plutôt que lundi 1er.  Quel soulagement...

Aurélie Filippetti est à Cannes, le Festival débute. Dominique Strauss-Kahn se rappelle à nos souvenirs. Un film sur l'affaire du Sofitel, réalisé par Abel Ferrara, sort sur des écrans numériques ce samedi.

Montebourg joue à la révolution. 
Et hop ! Il a suffi d'un décret. Arnaud Montebourg a eu cette révélation: un décret pouvait imposer aux entreprises étrangères de demander l'autorisation à la République Française avant de dépecer l'une de nos firmes nationales.
"Le choix que nous avons fait, avec le premier ministre, est un choix de patriotisme économique. Ces mesures de protection des intérêts stratégiques de la France sont une reconquête de notre puissance. C'est la fin du laisser-faire."
L'initiative devrait faire plaisir. Elle intrigue pourtant, elle ne soulève pas les foules. Le 14 mai, Manuel Valls signe ce décret sur les "investissements stratégiques", qu'on appelle un peu trop rapidement "décret Montebourg". En fait, le texte élargit à l'eau, la santé, l'énergie, les transports et les télécommunications la portée d'un précédent texte signé par Dominique de Villepin en 2005.

Jeudi soir, Manuel Valls est à Lille, pour un meeting pour la campagne européenne, avec Martine Aubry, la même qui lui conseillait en 2010 de quitter le Parti socialiste à force de déclarations droitistes. L'actuel premier ministre avait de grandes phrases, il fallait enfoncer quelques portes déjà ouvertes: "voter Front national c'est affaiblir la France".

A Bruxelles, la Commission s'émeut. Elle s'interroge sur le caractère protectionniste de la  dite mesure.
 
A Lille, des intermittents s'invitèrent dans la réunion, Valls était énervé.  Les sondages prédisent un nouveau fiasco, le Front National en tête et le PS à son étiage de 2009.

Manuel Valls fait des cadeaux
Jean-Pierre Elkabach était forcément ravi, ce 16 mai 2014. A quelques minutes de la fin de son entretien matinal sur Europe 1 avec des personnalités politiques, l'invité du jour avait une belle annonce pour lui, la première véritable baisse d'impôt du quinquennat Hollande.
"La mesure que nous allons prendre va permettre à 1,8 million de ménages de sortir de l'impôt sur le revenu. De ne plus être soumis à l'impôt sur le revenu."
Manuel Valls promet donc de baisser les impôts sur le revenu de quelque 3 millions de foyers; et 1,8 million allaient même sortir du barème, dès cette année. Et hop ! C'est Noël en mai ! Valls sort ses fiches, un à un, il déclame les exemples forcément bien chiffrés et bien choisis pour convaincre: "Un couple de retraités percevant chacun une pension de 1.200 euros verra son impôt passer d'environ 1.000 euros à environ 1.300 euros..." Etc, etc.

Titillé sur l'ampleur du geste, le premier des ministres s'agace un peu. "Ce n'est pas un geste, c'est un acte", Valls voudrait qu'on croit à une stratégie. Il faut surtout comprendre que quelque part à l'Elysée, on a compris que le supplice fiscal n'avait que trop durer: "Nous tirons les leçons des élections municipales"... Etait-ce vraiment la seule leçon ?
"50 milliards économies, ça n'a jamais été fait !"
C'était l'essentiel.  Rien ne change, si ce n'est ce "geste", du lest à l'égard des foyers gagnant 1,1 fois le SMIC seuls ou à deux.

"La parole publique est devenue une langue morte" concède Valls. Nous pourrions applaudir à cet éclair de lucidité. Tenir ses promesses, même quand elles sont "light" comme une sucrette à l'aspartam, semble être une gageure.

Le Pacte du Coût du Travail est inchangé. Mais Valls lâche du lest. La démarche est louable, mais elle ne change rien sur l'essentiel: ce milliard de pouvoir d'achat rendu à 3 millions de foyers est toujours bon à prendre. Dans l'Italie voisine, le président du conseil promettait 10 milliards pour 10 millions d'Italiens .

Qui pour sauver les Européennes ?
La campagne européenne bat son plein. A moins de 10 jours du scrutin, les  sondeurs se sont calmés. Mais le fameux Traité transatlantique s'est enfin "invité" dans les débats grâce à la gauche non gouvernementale. Et l'UMP est à nouveau secouée par un scandale.

Mercredi, le quotidien Libération balance une bombe. Pour la campagne présidentielle de 2012, la surfacturation de prestations par l'agence Bygmalion, fondée et dirigée par deux proches de l'actuel président de l'UMP, est plus grave encore, 19 millions d'euros pour des conférences prétendument fictives.

"Si on veut payer quatre à cinq fois le prix, rien ne nous en empêche" justifie placidement, et avec le sourire, Jérôme Lavrilleux,  le directeur de cabinet de Jean-François Copé. On s'interroge sur cette "invisible transparence" de Copé sur les dépenses électorales du parti qu'il dirige.

Copé n'est pas seul dans la tourmente. Nicolas Sarkozy sombre en silence. Un article du Monde révèle l'effroi qui a saisi l'ancien monarque depuis quelques mois. Les pressions de Sarkozy sont "un système. Une méthode." L'enquête est édifiante. Nicolas Sarkozy a usé de tous les artifices pour comprendre les tréfonds de l'enquête qui portait sur le financement de sa campagne de 2007. Ces révélation sont terrifiantes sur l'homme, détestables pour qui croit encore en la justice.

Par colère, Sarkozy est prêt à tout.

Et vous?





Crédit illustration: DoZone Parody

16 mai 2014

Qatar: Sarkozy, Hollande, qui a renoncé ?


Nicolas Sarkozy les aimait bien. Au cours de son quinquennat, il leur a offert son soutien et bien plus encore. 

Mais est-il seul dans cette complaisance ?


Sarkozy déjà
Nicolas Sarkozy adorait le Qatar, une vraie passion, presque surprenante, forcément curieuse. Jugez l'enchaînement: de l'argent pour payer les 20 millions d'euros de la libération des infirmières bulgares en Libye en 2007 ou pour financer la guerre en Libye trois ans plus tard; en 2009, une loi pour que les Qatari défiscalisent plus facilement leurs plus-values immobilières, par le biais d'une convention ratifiée par le Parlement;  une intervention directe, comme il fallait, pour qu'ils rachètent le PSG via le fond d’investissement qatari QSI; un autre pour qu'ils décrochent la Coupe du Monde de football en 2022; Une légion d'honneur en mars 2010, au rang de grand officier, pour le Cheikh Tamim bin Hamad Al Thani.

Sarkozy encore
Ces derniers jours, Sarkozy glisse une confidence: "Les journalistes me demandent souvent si je veux devenir président du PSG. Mais les mecs n'ont pas compris : je suis déjà président du PSG. (...) Ils n'ont qu'à venir voir au Parc des princes. Nasser me place systématiquement à côté de lui, juste à côté du président du club adverse."

Il paraît que c'était de l'humour. On le voit souvent au stade du Parc des princes, parfois aux côtés du premier ministre Manuel Valls, invité tout comme lui par l'héritier qatari propriétaire du club.

Bref, les relations de l'ancien monarque avec les Qatari avaient quelque chose d'indécent quand on connaît l'empreinte autoritaire du régime.

Au cours de l'été 2013, les travaux de construction d'infrastructure pour cette fameuse Coupe du monde de 2022 coûtent la vie à une quarantaine d'ouvriers étrangers en quelques semaines. Une enquête de l'Organisation internationale du Travail, relayée par The Guardian, provoque quelques remous. Le Qatar avait tardé à signer la convention internationale contre le travail forcé.

On découvre aussi qu'une Coupe du Monde en plein été au Qatar... est humainement impossible.

Mercredi 14 mai, les autorités qatari ont promis une "vaste réforme" du code du travail (visa de sortie, esclavagisme, etc).. Leur système "enchaîne l'ouvrier à son employeur et confine au travail forcé". Le Qatar ne supprime rien, il amende. La FIFA s'emballe d'enthousiasme.

Amnesty International dénonce "les abus systématiques dont souffrent les travailleurs étrangers".
"Dans le nouveau système, les titulaires d'un contrat à durée déterminée seront autorisés, à son terme, à changer d'employeur. En revanche, les personnes sous « CDI » devront travailler un minimum de cinq ans avant de pouvoir briguer un nouvel emploi. Pour changer d'entreprise, avant le terme de ce délai, les petites mains du miracle qatari devront toujours solliciter la permission de leur patron." (source: Le Monde

Et Hollande ?
L'actuel président français est moins familier avec l'émir du Qatar. Pendant la campagne, amis et ennemis du Qatar s'activent auprès du candidat. Le Qatar joue sa carte, avec ses moyens. Le site satirique mais informé Bakchich détaille comment les Qatari "draguent", sans succès, le futur président.

En juin 2013, la visite présidentielle est presque "fraîche". Le style a changé, nous explique-t-on. Economiquement, la politique a à peine changé. Les lois de défiscalisation sont encore en vigueur. Hollande a même fait "clarifier" l'opération du fameux fond d'une cinquantaine de millions d'euros que le Qatar cherchait à investir en banlieue. Ce fond devait être finalement piloté par la Caisse des Dépôts, plus rassurante.

La vraie tension a eu lieu au mois de janvier précédent. Hollande s'énerve contre le Qatar quand il part faire le ménage que Sarkozy n'a pas fait au Mali après la guerre en Libye de 2010.
"Il faut savoir que l’Arabie Saoudite et le Qatar sont accusés de soutenir des mouvements salafistes. Le Qatar est accusé de financer le Mujao (Mouvement pour l’unicité et le jihad en Afrique de l’Ouest) mais il n’y a aucune preuve." Source: Afrik.com
En octobre, Hollande remercie quand même l'ambassadeur du Qatar en France d'une Légion d'honneur. On n'est jamais trop prudent.

L'actuel président n'a pas rompu, n'a rien cassé, mais rien applaudi. A l'inverse, son prédécesseur continue de se vautrer dans cette complaisance qui sait faire honte.








15 mai 2014

Le Buzz du pauvre. #Numero4 : le Pas-de-Calais, pays pauvre.

Le Pas-de-Calais détient un record, le revenu médian le plus bas de France. La dernière livraison de l'INSEE sur le sujet a attiré l'oeil et les commentaires de la presse locale.

"Dans le Pas-de-Calais, la moitié de la population gagne plus de 1 348 euros par mois et par personne, hors impôts et hors prestations sociales . L’autre moitié touche moins. C’est le revenu médian le plus faible de France. L’Aude, avec 1 355 euros, et la Creuse, avec 1 359 euros, le devancent de peu. Dans ces deux départements, la pauvreté s’explique par la forte proportion de personnes âgées. Leurs revenus, plus bas que ceux des actifs, font chuter la moyenne. Dans la région, elle est liée au chômage, nous dit l’INSEE.
Les Nordistes gagnent un peu plus que leurs voisins du Pas-de-Calais : 1 433 euros. Ce qui reste en dessous de la moyenne nationale (1 602 euros), et surtout loin derrière les Parisiens (2 153) et les habitants de Haute-Savoie (1 942).
À l’intérieur des deux départements nordistes, une grande disparité. Sur les premières marches du classement, Bondues avec 2 694 euros, Mérignies (2 612), Chéreng (2 249), Marcq-en-Barœul (2 084), et Mouvaux (2 065). À l’opposé, Denain avec 797 euros, Roubaix (803), Louvroil (832), Lourches (840) et Avesnes-sur-Helpe (931)."
Source:  la Voix du Nord

Pourquoi veulent-ils virer Ségolène Royal ? #2007reboot

La ministre de l'Ecologie repart dans une mini-tourmente dont elle se sort habituellement très bien. Quelques médias rapportent des propos durs et désaccords sérieux à l'encontre de ses collègues. Ségolène Royal fait parler d'elle chez une presse qui n'attendait que cela. 

Le feuilleton peut continuer, aux détriments des vrais sujets et des réelles inquiétudes. L'évènement a effacé l'intervention présidentielle du jour sur la réforme territoriale.

Et boum !


Au début, il y avait l'eco-taxe. Un impôt pour décourager le transport par poids lourds, une aberration écologique effective qu'il fallait gérer. La taxe, votée à l'unanimité en 2009, ne fut... jamais appliquée. Pire, l'ancienne équipe sarkozyste, via Nathalie Kosciusko-Morizet, avait confié la collecte de cette taxe à un consortium privé dans des conditions économiques rocambolesques. Une commission d’enquête du Sénat sur le contrat Écomouv’ est attendu le 27 mai . Pire, la révolte des Bonnets rouges à l'automne 2013 en a raison, le gouvernement était affaibli.

L'éco-taxe fut donc suspendue, puis enterrée par Ségolène Royal parvenue au ministère de l'environnement à la faveur du remaniement de fin mars. Son prédécesseur Philippe Martin avait promis une autre formule fiscale "carbonée" aux alliés écologistes de l'époque.

Mercredi 14 mai, jour d'ouverture du Festival de Cannes, la vraie montée des marches est à Paris, à l'Elysée plus précisément, pour l'habituel . On imaginait l'ambiance au gouvernement, sur le perron du Palais, pour l'habituel Conseil des ministres. Les "meilleurs extraits" d'une interview mi-people mi-politique dans l'hebdo Paris Match faisaient le buzz du jour.

Il y avait de "vrais" sujets politiques.

1. Ainsi sur l'affaire Alstom, le dépeçage d'un fleuron français privatisé sous un Sarkozy qui avait promis en 2004 que l'Etat resterait aux commandes, Ségolène Royal prend le "contre-pied" de son collègue Montebourg. Elle assume soutenir la reprise de la branche énergie par General Electric,  "une bonne opportunité pour Alstom", quand le ministre du redressement productif préférait la solution européenne qu'il tentait d'imposer: "C'est le meilleur projet industriel. Pourquoi ne pas le dire ?"

2. La ministre avait aussi quelque chose à dire sur l'épineux sujet de l'eco-taxe. Elle accuse Michel Sapin, à mi-mots, d'être trop proche d'un président de la Commission parlementaire auteur de recommandations sur le sujet.

Pourquoi donc s'inquiéter ? 

Car Ségolène Royal rappelle avec constance qu'elle est hostile à toute taxation nouvelle sur le diesel. L'argument est social: "Tout l'effort du gouvernement se dirige actuellement vers l'allégement de la charge fiscale. On ne peut pas fiscalement charger encore des citoyens qui n'ont pas les moyens de changer leur voiture ". En 2009 déjà, l'ex-candidate s'opposait à la taxe carbone de Nicolas Sarkozy pour les mêmes motifs. Elle recevait un rapport bi-partisan de la sénatrice UMP Fabienne Keller et du député EELV Denis Baupin sur le sujet.

Il y avait aussi du croustillant pour la galerie, de l'anecdotique people dont rêvent les "ragotistes". Des propos sur le supposé "machisme" de ces collègues.

Forcément, toutes les plumes numériques de la médiasphère se sont ensuite affairées la journée durant contre l'ex-candidate à la présidentielle: Le Lab d'Europe 1 tire le premier, "Royal dégomme Montebourg et Sapin". Sans rire... C'est bal tragique à l'Elysée, meurtre rue Saint-Honoré.

"Ségolène Royal ou l'habitude de la "rétropédalitude"  titre rapidement le Nouvel Obs. Le Point n'est pas en reste. Un stagiaire fait opportunément le bilan de ... la voiture électrique Mia, développée en Poitou Charentes. Alors présidente de région, Ségolène Royal s'était investie pour sauver l'entreprise locale. Pour l'hebdo néo-libéral, il fallait enfoncer, décourager, détruire et réécrire. L'actualité servait le sujet sur un plateau:  ce même mercredi 14 mai, le tribunal de commerce de Niort rejetait trois offres de reprise de Mia, le constructeur de voitures électriques "soutenu à bout de bras par la région Poitou-Charentes depuis 2010."

Quand le porte-parole du gouvernement Stéphane Le Foll explique qu'il faut de la "solidarité gouvernementale", le Point titre sur Le Foll qui "recadre" Ségolène Royal. Les propos du ministre sont pourtant plus mesurés et très habiles: la solidarité au gouvernement "est sacrée, car elle est la condition de la réussite. Il n'y a pas de réussite dans un gouvernement sans une solidarité gouvernementale et une cohérence dans l'action gouvernementale".

Dans l'après-midi, Ségolène Royal éteint le sujet: "

"Je n'ai pas donné d'interview en tant que telle. (...) Ne donnons pas plus de place qu'il ne faut à des petites phrases qui n'entament en rien l'amitié et la solidarité entre ministres."

L'attention médiatique se relâche: "Je ne me laisserai pas ni dégrader ni balloter par des déclarations de presse, je suis au travail ". Le récipiendaire de cette "interview" à Paris Match est ensuite et fort heureusement achevé d'un dernier coup:"J’ai pas donné d’interview en tant que telle. Il y a des discussions entre ministres, des discussions franches."

En d'autres temps, elle aurait fini au bûcher. On mesure que certains font déjà et encore craquer des allumettes.