5 mai 2014

Ces journaux libéraux qui profitent de la dépense publique

Merveilleuse démocratie ! Depuis bien longtemps, l'Etat subventionne la presse au nom de sa diversité. 

Pourtant, le discours dominant imprime la plupart de nos médias écrits. Pire, les mêmes titres qui bénéficient de cette générosité du contribuables sont étonnamment sympathiques et supporteurs de la réduction de la dépense publique.

Quelle indépendance d'esprit !


289 millions d'euros...
Combien d'articles lus dans le Figaro, les Echos ou les autres pour fustiger le poids trop lourd des dépenses d'intervention de l'Etat ? On ne les compte plus. Ils encombrent leurs pages jour après jour.

Comment concilier un tel discours austéritaire pour les autres avec le bénéfice de telles aides publiques ?

La nouvelle fut à peine commentée, un peu raillée sur les réseaux sociaux. Le 29 avril dernier, le gouvernement a publié la liste des aides par titre versées en 2013. L'an passé, elles ont totalisé 289 millions d'euros. La liste des 20 premiers bénéficiaires étaient éclairantes:


Avec 16 millions d'euros reçus, le Figaro apparaît donc comme le grand gagnant de cette loterie. Que pouvait-on lire dans les colonnes du Figaro ces derniers jours ?  Le 1er mai,  l'une des journalistes du service Eco, Caroline Piquet,  dressait une liste (non exhaustive) des dépenses inutiles, "l'inventaire de ces comités fantômes auxquels le gouvernement pourrait s'attaquer." Le 30 avril,  le même Figaro publiait la tribune de Patrick Devedjian, l'élu francilien UMP avait plein de bons conseils à livrer en matière de réduction de la dépense publique: "C'est le moment d'entreprendre un important programme de privatisation des participations financières de l'Etat qui n'ont d'autre visée stratégique que de caser la haute fonction publique avant ses pantouflages et sans préjudice des conflits d'intérêt !" Le 2 mai, le même Figaro publiait un texte d'un économiste qui fustigeait le coût et l'inefficacité des emplois aidés.

Les Echos, un journal dont trois éditorialistes donnent chaque matin à la radio (deux à France Inter, le troisième sur Europe 1) des leçons de bonne gestion, récupère 4 millions d'euros. Le Point qui affirmait, le 30 avril dernier, que "le gouvernement n'avait plus le droit à l'erreur" en matière de baisse de dépenses, a touché 4,7 millions d'euros. L'Express nous régale tout autant de ses conseils justifiés au plus près des experts des officines néo-lib tel l'institut Montaigne.

Fallait-il préférer Paris Match, dont le choc des photos consiste à dérouler la publicité du couple Carla/Nicolas, et le poids des mots à relayer des éditoriaux sur la rigueur ? La République du Centre (4,6 millions d'euros d'aide publique)  où officie Jacques Camus, lequel conseillait fin avril aux députés frondeurs de "s'incliner" ? Ouest France (10 millions d'euros d'aide publique) où François Régis Hutin s'indigne contre les "effectifs de la fonction publique" qui, en France, "ont augmenté, entre 2000 et 2005, de 240 000, soit 48 000 de plus par an en moyenne" ?

Bien sûr, on pouvait se réjouir que d'autres titres, plus rares, tels l'Huma, la Croix ou même le Monde (pas franchement gauchiste, mais un "chouille" plus tolérant vis-à-vis des voix discordantes du moment) étaient également soutenus. Mais là n'était pas le fond du problème.

Tous les relais de la parole dominante touchent sans gêne ni honte des aides publiques directes qui font défaut ailleurs. 

Une parole médiatique quasi-unanime, étouffante.  

La confirmation était publiée ces derniers jours dans les colonnes de LExpress.fr, sous la plume de Jacques Attali. Il y écrit régulièrement. Il a conseillé François Mitterrand, Nicolas Sarkozy puis maintenant, bénévolement, François Hollande.

Le 4 mai dernier, dans un billet contre la "Droite sans vergogne", il rappelle le fond du problème, sans doute sans mesurer la portée dévastatrice de ses propos. Il critique la droite en expliquant que les Copé, Fillon et consorts ne devraient pas s'énerver puérilement puisqu'il y a consensus sur l'essentiel "parmi les élites".

Il a raison. C'est tout le problème. Le danger menace, un grave danger d'asphyxie générale. Malgré ces millions d'argent public distribué pour aider à la diversité de la presse, le discours dominant s'impose et se relaye avec facilité dans la quasi-totalité de nos médias.

En lisant ces quelques lignes, ne suffoquez pas. Le propos est si grave d'honnêteté involontaire qu'il faut le citer in extenso.
"La droite, comme la gauche, sait ce qui est nécessaire ; et il y a dans ce pays un consensus implicite de toutes les élites, politiques et syndicales, sur ce qu’il convient de faire pour moderniser le pays : rendre plus efficaces et plus justes les dépenses publiques, en particulier le financement du logement et des prestations sociales ; prolonger la durée du travail au rythme de l’augmentation de l’espérance de vie ; supprimer les départements ; concentrer la formation professionnelle sur les chômeurs ; développer la formation par alternance ; mettre en place une dévaluation fiscale pour améliorer la compétitivité ; développer la recherche ; relancer des grands investissements d’infrastructure ; briser les rentes des professions règlementées, des taxis aux commerces ; promouvoir la transition énergétique ; libérer les initiatives individuelles en particulier en renforçant les petites et moyennes entreprises; concentrer les moyens de l’éducation sur l’enseignement préscolaire. Et bien d’autres."

Dans son édition papier du 2 mai dernier, l'hebdomadaire Marianne expose la chose en couverture: c'est le "retour de la pensée unique".

C'est peu de le dire.





13 commentaires:

  1. J'espère que vous n'êtes pas en train de suggérer que :
    l'Etat devrait supprimer les aides publiques à la presse aux organes de presse dont l'opinion ne suit pas son orientation ?
    ou bien :
    que ces organes de presse devraient tenir compte dans leur ligne éditoriale du montant alloué dans ce cadre et le cas échéant procéder à des ajustements éditoriaux ?

    http://vosdroits.service-public.fr/professionnels-entreprises/F22740.xhtml

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    1. je m'étonne d'abord que le discours soit si peu varié. Je suggère ensuite que les organes de presse qui récusent le trop de dépenses publiques et notamment sociales rendent donc l'argent ;-)

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  2. J'en parlais dans ce billet: Le Figaro « le titre de presse le plus subventionné de France ». Aides de l’Etat…
    http://extimite.net/2013/12/15/le-figaro-le-titre-de-presse-le-plus-subventionne-de-la-republique-aides-de-letat/
    Ah si Valls pouvait regarder par là aussi! ...

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    1. je me disais bien que je l'avais lu qq part ! merci ! je RT.

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  3. Donc la pensée unique c'est:
    - rendre plus efficaces et plus justes les dépenses publiques, en particulier le financement du logement et des prestations sociales ;
    - supprimer les départements ;
    - concentrer la formation professionnelle sur les chômeurs ;
    - développer la formation par alternance ;
    - mettre en place une dévaluation fiscale pour améliorer la compétitivité ;
    - développer la recherche ;
    - relancer des grands investissements d’infrastructure ;
    - briser les rentes des professions règlementées,
    - promouvoir la transition énergétique ;
    - libérer les initiatives individuelles en particulier en renforçant les petites et moyennes entreprises;
    - concentrer les moyens de l’éducation sur l’enseignement préscolaire.
    Je comprends et j'approuve le fait d'être contre la prolongation de la durée du travail, sachant de plus que le chômage des plus de 55 ans augmente.
    Mais je n'arrive pas à comprendre cette opposition quotidienne, obstinée, caricaturale, et stérile.

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  4. Lundi 5 mai 2014 :

    Nicolas Sarkozy souffre au Ritz de New York .

    Attentif comme jamais aux souffrances des français, France Dimanche raconte les vacances de l'ancien président à New-York, au Ritz.

    Nicolas Sarkozy est à l’écoute des plus humbles. Il ne cesse de l’affirmer. « J’ai trop conscience des peines (…) et des inquiétudes qu'endurent chaque jour tant de nos compatriotes » déclarait-il, il y a quelques semaines encore, dans une lettre adressée aux Français.

    L’ancien président, qui réagissait aux révélations des écoutes dont il a récemment fait l’objet dans les colonnes du Figaro, n’a pas hésité à reprendre un vieil élément de langage - « la souffrance » des plus modestes – auquel, on le sait, il consacre depuis longtemps ses pensées.

    Récemment, c’est au Ritz de New York dont les chambres s’élèvent à plus d’un millier de dollars la nuit qu’il a pu se remémorer « toutes les difficultés » et bien sûr les « souffrances » que la « crise a crées. »

    Il les clamait en meeting à Marseille il y a plus de deux ans. « Je l’ai appris (…) parce qu’en France (…) chacun se tourne vers [le président] (…) pour demander de l’aide, parce que chacun le regarde comme le dernier recours lorsqu’on a épuisé tous les autres. »

    Il les répétait l’été dernier face à la guerre fratricide au sein de l’UMP. « Devant les souffrances des Français, toute division est intolérable, inacceptable, incompréhensible... »

    En 2011 déjà, à Toulon, il y dédiait une partie de son discours. Aux Français qui ont « beaucoup (…) souffert et continuent de souffrir ».

    Alors, quand il se rase le matin en cette fin d’avril, dans l’une des deux salles de bain en marbre de l’une des suites de plus de 70 mètres carrés du Ritz-Carlton et à plus de 2000 dollars la nuit, avec vue sur « les calèches de Central Park », comme le rapporte France Dimanche, Nicolas Sarkozy souffre. Comme les Français.

    http://www.marianne.net/Nicolas-Sarkozy-souffre-au-Ritz-de-New-York_a238479.html

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    1. Et bien sur, il n'a pas payé l'avion en première classe.
      Vivement que Sarko se représente qu'on puisse se réunir et lui taper dessus ensemble.

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  5. Comme disait l'autre en (18)48: "La classe qui détient la puissance dominant matériellement la société est aussi celle qui la domine intellectuellement. Les idées dominantes d’une époque n’ont jamais été que les idées de la classe dominante."

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  6. Essayons de voir, à partir du dernier paragraphe de votre billet, ce que serait donc une « pensée » opposée, point par point, à la « pensée unique » :

    « rendre moins efficaces et moins justes les dépenses publiques, en particulier le financement du logement et des prestations sociales ; diminuer la durée du travail au rythme inverse de l’augmentation de l’espérance de vie ; créer de nouveaux départements ; exclure les chômeurs de la formation professionnelle ; supprimer la formation par alternance ; mettre en place une augmentation fiscale pour améliorer la compétitivité ; laisser tomber la recherche ; abandonner les investissements d’infrastructure ; renforcer les rentes des professions réglementées, des taxis aux commerces ; oublier la transition énergétique ; freiner les initiatives individuelles en particulier en handicapant les petites et moyennes entreprises; négliger les moyens de l’éducation consacrés à l’enseignement préscolaire ».

    Ça fait bizarre, non ?

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  7. "prolonger la durée du travail au rythme de l’augmentation de l’espérance de vie"
    Qu'il vienne me dire ça à moi, je l'emmènerais sur les tombes de mes 2 frères décédés, pour l'un 5 ans après sa retraite dont plus de 6 mois de souffrance (+ de 45 ans d'exercice dont 16 mois d'armée), et pour l'autre 20 ans dont 5 ans de souffrances (plus de 45 ans d'exercice dont 2 années à la guerre d'Algérie). La belle vie des ouvriers d'usine que le monde nous envie, je lui la donne !!!!!!

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  8. Lorsque la retraite par répartition a été instituée, en France, en 1945, à 65 ans, les gens la touchaient en moyenne pendant 3 ans; et lorsqu'elle a été instituée, pour la première fois au monde, par Bismarck, en Allemagne, vers 1880, ils ne la touchaient en moyenne...pas du tout (on l'avait exprès, fixée, à l'âge de l'espérance de vie).

    Mais faire payer une retraite d'un montant décent, à un nombre croissant de gens, par le travail d'un nombre toujours plus faible d'actifs, pendant plus de 20 ans, comme c'est le cas aujourd'hui, est devenu tout simplement impossible; tout ce qui serait juste n'est pas forcément possible.

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  9. À noter que, par rapport à son tirage ( 40 000), l' Humanité est beaucoup plus subventionné que le Figaro: 7 millions contre 16 millions, soit 43 % de la subvention du Figaro pour un tirage 10 fois inférieur.

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  10. "tout ce qui serait juste n'est pas forcément possible."
    Je ne suis pas d'accord. La retraite est un temps pour laisser sa place à d'autres, un temps de repos, parce que l'on sait très bien où l'on va après. C'est autre chose que berceau, boulot, tombeau.
    Il pourrait exister une seule et même caisse de cotisations et prestations de la retraite. Un pot commun, en somme, avec une plus juste répartition.
    Je veux que l'on m'explique comment un jeune qui trouve péniblement un travail avant ses 30 ans pourra totaliser son nombre de trimestres cotisés (166 minimum) à 67 ans ? Le seul but, en misant sur la précarité, est de privatiser la SS, chacun se faisant son petit pécule à soi. Et encore, c'est pour ceux qui rêvent. Car primo, il faut un travail et de préférence bien rémunéré. Mais ça… 😠

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