9 mai 2014

Le rapport McKinsey que Hollande n'a pas osé lire.

L'ode à la compétitivité est sans limite. François Hollande a failli le reconnaître. Un journal conservateur le martèle. Le Medef n'a pas fini sa croisade.


L'ode à la compétitivité est devenue un non-sens. Non pas que la compétitivité soit un non-sujet. Mais comment comprendre qu'elle soit devenue l'alpha et l'omega de tout le discours présidentiel ? Il n'y a plus que ça, c'est-à-dire plus rien.

Mardi matin sur RMC/BFM, François Hollande était triste.

Il avoua.
"Mais il y a un point que je n’ai pas suffisamment souligné, c’est la dégradation de la compétitivité de l’industrie française, nos pertes de marché … ça n’a pas duré très longtemps, le rapport GALLOIS, vous vous en souvenez, novembre 2012, à peine six mois après mon élection a parfaitement et objectivement situé le mal français, c’est-à-dire une industrie qui avait perdu l’essentiel de sa compétitive, alors qu’est-ce que j’ai fait ? J’ai tergiversé ? J’ai hésité ? J’ai attendu ? Non, j’ai pris tout de suite une décision qui n’était pas facile pour mes amis, vous évoquiez la gauche, j’ai dit : il faut alléger le coût du travail des entreprises parce que s’il n’y a pas une baisse du coût du travail, il n’y aura pas le redressement de la compétitivité."
Il aurait du être plus explicite. Le "socialisme de l'offre", cette incantation favorable aux réductions de charges des entreprises plutôt qu'au soutien de la demande et, surtout, des plus précaires, était la grande trahison qu'Hollande eut l'honnêteté de reconnaître du bout des lèvres ce jour d'anniversaire de son élection à la tête de l'Etat.

Le lendemain, Les Echos barraient leur une d'un titre alléchant

"Comment créer 1 million d’emplois : l’étude qui conforte l’objectif du Medef"

Le quotidien économique publiait toutes les bonnes recettes du crédo libéral du moment. Pour créer un million d'emplois supplémentaires d'ici 2017, il faudrait, en vrac,
  • Ouvrir les magasins le dimanche et en soirée
  • Simplifier les règles d'urbanisme commercial
  • Labelliser des formations qualifiantes dans la distribution afin d'accroître la mobilité des salariés
  • Accélérer la rénovation thermique dans le bâtiment
  • Assouplir les règles foncières
  • Lutter contre les distorsions de concurrence entraînées par le travail dissimulée ou détachée dans la construction
  • Assouplir la durée du travail des cadres
  • Développer le télétravail
  • Réduire le poids des normes obligatoires et des autorisations préalables dans la restauration et l'hôtellerie.
Et si tout cela se matérialisait, bienvenue au pays des Bisounours, on rase gratis: "Cette approche, combinant macro et microéconomie montre qu’il est possible pour la France de viser une création massive aussi bien d’emplois à haut degré de qualification et à forte valeur ajoutée que d’emplois à moindre coût de main-d’œuvre destinés aux actifs peu formés ou non diplômés."

Pour défendre sa thèse, Mc Kinsey reprend l'argument sarkozyen qui avait fait florès en 2007, "travailler plus pour gagner plus", déplafonner les heures supplémentaires pour résoudre le chômage, l'équation si ridicule et finalement fausse et coûteuse. "Une amélioration simultanée du taux de chômage et du taux d’activité n’est pourtant pas incompatible."

Welcome to Disneyland ! 

Pour parvenir à ces conclusions mirifiques, le cabinet de conseil est allé à la meilleure des sources: dixit les Echos, il s'est "appuyé à la fois sur les travaux d’économistes, des entretiens auprès de DRH de grands groupes, et des échanges avec les fédérations professionnelles du Medef." Le rapport s'intitule "Dynamiser le marché du travail en France pour créer massivement des emplois."

Nombre de ces propositions sont ciblées sur la distribution, un secteur qui regroupe déjà plus de 4 millions de salariés. Mc Kinsey ajoute 7 autres secteurs, Le cabinet martèle ses arguments, "fluidité du marché de l’emploi", réduction du coût total du travail", "montée en compétence de la main-d’œuvre".

Nos experts de McKinsey, comme nos journalistes des Echos, faisaient mine d'oublier un enjeu, pourtant majeur: de quelles conditions d'emplois parle-t-on ?

"La France affiche un taux d’activité des jeunes de 38% contre 59% aux Pays-Bas" (comparer des pays de tailles et histoires si différentes est toujours troublant) et "un taux d’activité des 60-64 ans de 23% contre 68 % en Suède."

Le même cabinet en rajoute sur la compétitivité: "Le ratio SMIC / salaire moyen en France est le plus élevé de l’UE à 27". Pouvait-on rappeler que les salaires en France sont tous "écrasés" sur le niveau du SMIC, ce qui reste terrifiant et propice à une précarité générale ?

Pour Mc Kinsey, le CICE ne servira pas à grand chose: "Seuls 389 000 postes nets seront créés d'ici 2018 sans réforme du marché du travail et en intégrant l'effet du CICE, ce qui ne suffira pas à inverser le courbe du chômage." Pour 30 milliards d'euros d'exonérations de cotisations sociales, Mc Kinsey estime qu'on parviendrait à 1,4 millions d'embauches supplémentaires ... d'ici 2022.

Pour "résoudre" le problème du chômage, Mc Kinsey désigne trois causes: "Le taux d’activité, le temps partiel et l’âge effectif de la retraite en France sont inférieurs à ceux des pays d’Europe du Nord". C'est un résumé patronal des plus efficaces. Sur le coût du travail, l'argument se décline sur toutes les formes: " tout d’abord un niveau important de prélèvements sociaux et de ponction fiscale, ensuite un salaire minimum comparativement élevé et impossible à ajuster aux enjeux concurrentiels de chaque branche, enfin une évolution du coût salarial décorrélée des gains de productivité." Tout est dit. Trop d'impôts (en oubliant leur rôle de dépenses "socialisée"), un rappel de la pression évidemment mondialisée, et un SMIC trop élevé. Le modèle allemand refait surface, comme un mauvais souvenir: "Ainsi, entre 2000 et 2011, il a progressé de 26 % en France, contre 6 % en Allemagne (voir Figure 10). Même pendant la crise, il a continué de s’accroître." Sacrés Français ! Mais qu'a fait Sarkozy ?

Travailler tous, mais peu, et plus longtemps, voilà comment nous devions résumer la formule.

Ce que les Echos n'ont pas voulu dire
Les Echos, dans leur couverture provocante de l'étude, omettent quelques conclusions clés. C'est à peine surprenant. Le quotidien choisit ce qui conforte l'argument de la dérégulation du marché du travail, point barre. Il y avait pourtant d'autres chose à lire, plus subtiles.

1. Selon les projections du cabinet, il manquera 2,2 millions de diplômés en France en 2020. Autrement dit, Mc Kinsey estime qu'un quart des employeurs français ne trouvent déjà pas les compétences dont ils ont besoin.

2. La France consacre peu à ses politiques de l'emploi: en termes de coûts et de qualité de service, "L’emploi est la seule mission de service public dans lequel la France se situe dans le dernier tercile de l’OCDE". Et de préciser:

3. Mc Kinsey rapporte étaye une cause connue: l'Allemagne s'en sort trop bien. Il libre même quelques graphiques , Espagne, Portugal, Irlande ou France ont laissé dériver leur coût salarial contre l'Allemagne. La belle affaire... les auteurs du rapport n'y voient que la preuve du succès germanique, pas du parasitisme de son modèle en Europe à l'encontre de ses voisins.

Allez comprendre...

Lire le rapport




9 commentaires:

  1. Relisez "Éloge de la paresse" de Paul Lafargue, un petit bijou toujours très actuel...

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  2. SYNTAX ERROR : Faut etre abonné pour avoir le rapport , tu peux mettre un autre lien ?

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    1. j'ai pu le lire sans souci via slideshare... je te l'envoie.

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  3. ces gens disent que nous sommes le 4e en terme de PRODUCTIVITE Dans l'UE à 15 :on se demande pourquoi : 4 et pourquoi 15. Sachant qu'on est dans le top 5 monde pour la productivité horaire.

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  4. moi je prefere que l'on me l'envoi par coursier, imprime et relie, avec une bouteille de Champagne si c'est possible....

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    1. ...et je me fait fort, a l'ombre sur ma terrasse, les pieds en eventails, de parcourir ce rapport en 5 minutes et de trouver de quoi creer 200 000 emplois supplementaires, sans que ma modestie est a en souffrir.

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    2. 200 000 emplois ! Petit joueur, va ! C'est pas demain que tu pourras remplacer Hollozy ou Gattaz. Le président, il compte sur un million et Gattaz, on sait pas. Il aurait besoin d'une petite cinquantaine milliards pour pouvoir se prononcer. En fin de compte, par rapport au medef, t'es pas mal et tu nous coûterais moins cher.

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  5. Soyons zen ! Notre président bien-aimé a fait publié une tribune dans laquelle lui (ou son scribe) déclare qu'"il veut une Europe là où on l'attend, qui clarifie ses modes de décision, allège ses procédures, avance plus vite avec les pays, qui le veulent, de concentre sur les défis à venir, capable de s'unir pour peser sur le destin du monde".
    Bref, un suite de clichés et de lieux communs en contradiction avec la réalité dans laquelle la bêtise le dispute à la duplicité. Bravo encore l'artiste ! Même un élève du secondaire aurait fait mieux.

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  6. "Le rapport GALLOIS, vous vous en souvenez, novembre 2012, à peine six mois après mon élection a parfaitement et objectivement situé le mal français, c’est-à-dire une industrie qui avait perdu l’essentiel de sa compétitivité, alors qu’est-ce que j’ai fait ? J’ai tergiversé ? J’ai hésité". Hé bien, pourquoi pas ? Plus c'est gros, comme on dit, plus ça passe. C'est la même histoire que celle de Lagardère, le fils, qui avait triché et qu'on déclarait "incompétent" ou "tricheur". Il s'était déclaré incompétent.
    Hollozy, lui, n'est ni l'un, ni l'autre, il a passé son temps à tergiverser, à mentir aux Français. Il était moqué pour son indécision, son caractère velléitaire, mais nous nous sommes tous trompés. Il n'hésitait pas, il ne savait tout simplement pas et il a tout compris grâce à Gallois. Dans le fond, c'est Gallois, qui aurait dû se présenter, pas cet ectoplasme méprisant et méprisable.

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