30 juin 2014

Pourquoi le chômage va monter avec Manuel Valls

Ils sont tous "contre" le chômage et "pour" l'emploi. François Hollande en a fait une telle priorité depuis que l'inversion de la courbe des sans-emplois ne s'est pas produite à l'issue de 2013 qu'il semble prêt tout, et même n'importe quoi. 

 Il y a quelques jours, une succession de mauvaises nouvelles (croissance atone, chômage en hausse) a réactivé la foire aux suggestions. 


 1. le Pacte de Stabilité et de Croissance serait trop strict. L'argument fait mouche, de gauche à droite. Souverainistes et gauchistes n'en veulent plus. Même dans les cercles sociaux libéraux, on commence à couiner. Dans les Echos des 27-28 juin 2014, le rédacteur en chef Etienne Lefebvre s'inquiète des impacts de ce carcan. Et reprend des arguments défendus jusque là plus à gauche de l'échiquier: il prône d'alléger le le rythme de désendettement. Car "le Pacte devient surtout un frein aux dépenses productives." Ce Pacte, signé sous Sarkozy, ratifié sous Hollande, prévoit un dispositif de surveillance multilatérale des Etats (avec notamment la présentation d'objectifs budgétaires à moyen terme dans un programme de stabilité actualisé chaque année) et une procédure de sanctions des Etats en situation de déficit excessif (i.e. supérieur à 3% du PIB).

Certains défendent un mauvais compromis, revoir la façon dont ont comptabilise les déficits. L'idée serait d'exclure des dépenses publiques celles qui aident l'Europe, comme les dépenses militaires par exemple. Renvoyer la souffrance collective du chômage et de la récession à une affaire comptable est assez curieux. C'est un débat d'experts paumés face à une réalité qu'ils ne comprennent plus.

A Bruxelles, la France n'a pas eu gain de cause contre le Pacte de stabilité, malgré ces deux dernières années de dégradation.

2. Le redressement des comptes publics aurait des effets négatifs sur l'économie: cela dépend comment ce redressement s'opère. Le choc austéritaire n'a pas eu lieu en France comme d'autres pays l'ont connu dans le Sud de l'Europe. La ponction fiscale sur les plus fortunés, très forte dès la première année du quinquennat Hollande, n'a aucune espèce d'effet macro-économique. Le leader du PG Jean-Mélenchon l'explique ainsi sur son blog: "La baisse des dépenses publiques aggrave la crise. La baisse des investissements publics et le gel du pouvoir d’achat des fonctionnaires et des prestations de sécurité sociale comme les retraites compriment l’activité économique du pays. Et, de cette façon, détruisent des emplois."

Une réduction supplémentaire des dépenses publiques est prônée par l'UMP (120 milliards d'euros) et son supplétif "centriste" l'UDI (80 milliards). Dimanche, le JDD a publié une tribune irresponsable de quelques grands patrons préoccupés par leurs dividendes. Car comment comprendre leur appel à davantage de réduction de dépenses publiques quant l'économie peine à redémarrer autrement que par l'appel du gain, le leur ? 

3. Contre le chômage, le véritable argument libéral est que le marché du travail serait trop rigide. En France, l'Accord National Interprofessionnel de janvier 2013, devenu loi quelques mois plus tard, est un symbole de cette aberration. En échange de quelques avancées (mutuelles, compte personnel de formation), le Medef y a obtenu l'accélération des procédures de licenciement collectif et l'autorisation d'expérimenter des contrats à durée indéterminée intermittent.


4. Contre le chômage, on nous explique aussi que le coût du travail serait trop élevé. Dans un pays où la croissance repose sur la demande intérieure, l'idée de généraliser le travail précaire et mal payé est assez curieuse. Par ailleurs, la baisse du coût du travail est sans fin: il y aura toujours un pays moins cher que nous. Enfin, la comparaison systématique avec l'Allemagne n'a pas de sens. Les analyses sont désormais suffisamment nombreuses pour comprendre comment l'Allemagne jouit d'une situation unique et non reproductible au sein de la zone euro. Son dynamisme commercial a pillé l’Europe de l’intérieur. Son excédent commercial – 6% du PIB en 2012, "c’est de l’argent qui sort des pays du Sud pour entrer en Allemagne" (dixit Coralie Delaume, dans son ouvrage les Etats Désunis).

5. En France, cette ode à la compétitivité si chère à l'interprétation libérale du monde, a été revue et amplifiée par François Hollande dès l'automne 2012. Elle a progressivement pris le pas sur le reste - la défense des précaires, la justice fiscale, le redressement des comptes publics. Le renchérissement des cotisations patronales sur les contrats de travail courts, l'une des rares avancées de l'ANI sus-nommé, a été complètement effacé par les gigantesques exonérations de charges sociales accordées sans contre-partie dans le Pacte à 50 milliards d'économies proposé par Hollande début 2014.

6. Bizarrement, l'accumulation de mauvaises nouvelles sur le front économique ne change rien à la conviction hollandaise. C'est surprenant. La croissance ne revient pas, le chômage s'aggrave. Le pacte irresponsable ne sert que marginalement à réduire les déficits puisque les 4/5 des 50 milliards d'économies vont s'évaporer dans des exonérations de charges sociales. La réponse du gouvernement est surprenante. Il y a bien sûr ces incantations propres à toute équipe au pouvoir confrontée à de mauvaises nouvelles: "Pas de fatalisme. L'heure est à l'action et c'est la responsabilité de tous" a commenté Valls la semaine dernière. Il n'a qu'une option en tête, réduire le "coût du travail". Valls a renié Keynes, il y a longtemps déjà. Il n'est pas seul. Des salariés pauvres dans des entreprises riches, bel avenir...
"Je compte sur les entreprises de France, avec les moyens que nous allons leur donner, la baisse du coût du travail, la baisse de la fiscalité". Manuel Valls. 

Ami socialiste, réveille-toi.








28 juin 2014

373ème semaine politique: comment Hollande fonce droit dans le mur de 2017.

François Hollande a pensé qu'il fallait courir plus à droite quand la gauche l'a abandonné lors des élections municipales et européennes. On a compris cette semaine qu'il y avait un schéma, un "plan", une perspective. Gouverner à droite pour gagner contre l'extrême droite en 2017. 


Quelle aberration...

Comme Sarkozy ?
Le cynisme et la bêtise de cette proposition a été rapportée par le Figaro, pas par l'Elysée. L'ancien quotidien officiel de Sarkofrance a lâché cette semaine quelques confidences de "visiteurs" anonymes à l'Elysée.
"Finalement, Hollande est comme Sarkozy. Il est dans l'incapacité de comprendre ce qui lui arrive. Sarkozy reste persuadé qu'il a failli être élu en 2012. Hollande croit que la période actuelle n'est qu'un mauvais moment à passer."
L'actuel président tablerait donc sur une victoire au premier tour de Marine Le Pen en 2017. Que Hollande partage avec Sarkozy l'isolement du pouvoir présidentiel est assez probable, presque prouvé. Son calcul politique, s'il se confirme, repose sur le même raisonnement cynique que Sarkozy en son temps. Cette fois-ci, Hollande fait le constat que la droite républicaine est en miettes. Elle s'autodétruit jour après jour alors que le contexte politique lui est incroyablement favorable. L'affaire Bygmalion a révélé un vaste système de facturation bidon qui permit, en vrac, à Nicolas Sarkozy de frauder allègrement avec les règles de financement électoral (et Sarkozy était au courant de la triche); ou à l'UMP d'accepter de payer sur fond public des prestations bidon comme ses 600.000 euros pour son site internet.

L'ancien monarque veut reprendre la présidence de l'UMP dès la rentrée. La guerre des chefs est à son comble.  L'UMP n'est pas certaine de pouvoir faire certifier ses comptes 2013. On apprend que tous les comptes du parti étaient passés à la broyeuse à chaque changement de président jusqu'à l'arrivée de Copé en 2010.

Entre 2004 et 2007, Nicolas Sarkozy était président de l'UMP.

Côté idées, si Hollande est devenu libéral, la quasi-totalité des ténors de l'UMP¨ont été contraints d'aligner leurs discours sur les thèses les plus ultra-libérales que ce siècle ait connu. Fillon promeut encore la suppression de l'ISF, de la durée légale hebdomadaire du travail et un nouvel allongement à 65 ans du départ en retraites. Que le chômage des séniors explose ne le trouble pas.

En France, l'étau se resserre. Le pacte irresponsable aggravera la crise.

De nouveaux mauvais chiffres du chômage sont tombés cette semaine. Plus de 5,3 millions de demandeurs d'emploi, en recherche active à fin mai (catégories A, B et C). C'est 500.000 de plus en deux ans de mandat Hollande. L'information provoque des interprétations totalement contradictoires. Tout le monde s'accorde à dire que la croissance est trop faible pour penser que le chômage peut raisonnablement baisser.  L'iNSEE vient encore d'abaisser à 0,7% à peine la croissance estimée du PIB cette année. On va tomber dans la marge d'erreur....

Mais les solutions divergent ensuite. A droite, dans quelques cercles sociaux-libéraux et jusqu'à l'Elysée et Matignon, on nous explique que les causes sont connues: un coût du travail trop élevé qui nuit à la compétitivité des entreprises françaises et donc à l'embauche, et un "marché du travail trop rigide".

La conclusion somme toute logique de ces deux arguments est une politique économique désastreuse: 41 milliards d'exonérations de charges sans contre-parties, au prix de 50 milliards d'euros d'économies budgétaires. Ce qui ne permet pas de réduire l'endettement surélevé hérité de la décennie précédente (qui génère des charges financières équivalentes au budget de l'Education nationale), et anesthésie toute simili-reprise, aux détriments... de l'emploi. Ce cercle infernal n'agite visiblement pas les grands esprits élyséens.

Il y a pourtant des signes. Il suffit de les écouter, plutôt que de céder au cynisme de l'époque.

Les propres services du ministère des finances ont simulé les conséquences de ce pacte irresponsable. On l'apprend de la rapporteuse socialiste du Budget, qui a publié son rapport sur le collectif budgétaire. Elle est allé chercher à Bercy, dans les bureaux du ministère des finances, les évaluations internes de l'impact de ces économies. Le choc est là, une perte de 0,7% de PIB et de 60.000 emplois. Une aberration...

Hollande pourrait écouter des députés socialistes les fameux frondeurs. Ceux-là ont voté Hollande en 2012. Ceux-là l'ont soutenu, ont applaudi au discours du Bourget. Et ils sont déçus, très déçus. Ils votent contre certaines dispositions du gouvernement qui, en retour, minimise. Cambadelis s'énerve plus franchement Ces députés frondeurs l'agacent. Ils veulent des amendements plus sociaux sur cette loi budgétaire rectificative. Quelle infamie ! Dans les coursives de l'Assemblée, il y a du jeu, de la pression, des tractations. Les frondeurs sortent du cadre, votent contre leur camp, c'est-à-dire avec les écologistes et le Front de gauche. Cambadélis, premier secrétaire du PS, bat le rappel, en vain. Et s'énerve.

Pourquoi s'énerve-t-il ? Ces députés frondeurs sont encore peu nombreux. Pourquoi s'inquiète-t-il ? D'une contagion ? Il y a de la nervosité dans l'air chez certains hiérarques socialistes. "On n'est pas député de droit divin, on n'est pas député comme cela dans une relation directe avec le peuple" a-t-il bizarrement lancé mercredi. Ces directives n'y font rien. Vendredi, les frondeurs déposent encore 20 amendements au budget de la Sécu. Parmi eux, la suppression des réductions de cotisations patronales et du gel des pensions de retraite supérieures à 1.200 euros

Un vrai camouflet.

Parfois, le gouvernement fait du social. Mais il oublie l'urgence. On aurait du applaudir cette nouvelle loi encadrant les stages étudiants. Elle augmente la rémunération minimale du stage en entreprise ... au dessus du RSA - 523 euros par mois. On pourrait applaudir. Mais le gouvernement "souhaite que ce texte puisse être mis en application dès la rentrée 2015."

Vous avez bien lu... 2015.

Côté sociétal, Benoit Hamon, l'actuel ministre de l'Education, n'a rien trouvé de mieux que de suspendre sine die l'enseignement des ABCD de l'Egalité, en expérimentation dans quelques écoles depuis le début de l'année. Il se défend d'avoir cédé aux réacs de la pire espèce, de Christine Boutin à Farida Belgoul qui osaient affirmer qu'on apprenait la confusion de sexes à l'école. Hamon a lancé un autre sujet, la réforme des notations, ça occupe.

Quand il n'est pas à Paris, François Hollande aime les plans de relance. Il a raison. Une relance stricto-française n'aurait que peu d'impact sans un effort européen. Mais ce n'est pas une raison pour creuser davantage les déficits avec du "socialisme de l'offre".

Jeudi puis vendredi, Hollande rencontrait donc ses collègues européens. Le libéral Jean-Claude Juncker est désigné président de la Commission européenne, en remplaçant de l'ineffable Barroso, avec le soutien de Hollande, Tsipras et les autres.

Devant ses collègues, Hollande parle croissance, réclame un pacte, évoque la jeunesse, espère aussi davantage de "rigueur" aux frontières de l'Union -  identification et signalement des voyageurs dangereux, programme d’identification du financement du terrorisme, et création d’un corps de garde-frontières européen. Qu'allait-il faire dans cette galère ? A qui pensait-il donner des gages ?

A Bruxelles, Hollande marche dans les pas de la nouvelle coqueluche Matteo Renzi, le premier ministre italien qui a brillamment remporté les élections européennes au pays. En Italie, Renzi a misé sur la croissance. Il fait rêver celles et ceux qui pensent à un front anti-Merkel en Europe. Hollande est revenu presque satisfait. La France aurait obtenu que l'application du pacte de stabilité se fasse de manière "flexible" si la croissance ne revient pas.

On a les satisfactions qu'on peut.

A Paris, la (nouvelle) Haute autorité pour la transparence de la vie publique a publié sur son site Internet le patrimoine des 32 ministres et secrétaires d'Etat du gouvernement. Une radio pourtant digne se livre à la photo interactive sur son site, cliquez sur le visage, vous aurez le patrimoine. Merveille de l'internet, bêtise de l'humain. Il nous manque les photos nues et autres exercices voyeuristes. Plus important, on découvre que le secrétaire d'Etat en charge des "tensions" avec le Parlement, Jean-Marie Le Guen, avait sous-estimé son patrimoine de 700.000 euros, une broutille... Hollande menace de le virer dans les heures qui suivent s'il ne modifie pas sa déclaration.

Au Sénat, le grand chambardement territorial si cher à Hollande est repoussé sine die.

Mince.

A quand la fin du voyage ?






Crédit illustration: DoZone Parody

27 juin 2014

5 millions de chômeurs: Hollande se cache derrière Renzi

Il y avait Conseil européen. Après sa réunion préparatoire samedi dernier à Paris avec 7 collègues sociaux-démocrates, Hollande espérait ce jeudi convaincre les autres "partenaires" d'une Europe à 28 de réorienter les objectifs de l'Union vers plus de souplesse.

Quelques médias expliquent, parfois dubitatifs, parfois encourageants, que l'Europe va soudainement changer.

Il fallait lire le "décryptage", délicieux, de la stratégie hollandaise dans les colonnes des Echos, sous la plume du journaliste Pierre-Alain Furbury, quelques heures avant les premières rencontres. Hollande voudrait capitaliser sur le succès du premier ministre italien, Matteo Renzo. Et apparaître comme celui qui calme les "ardeurs" de son collègue italien.

A Ypres, en Belgique, où le Conseil se déroule, Hollande est donc, physiquement, bras-dessus, bras dessous, avec Mateo Renzi. La France médiatique retient le rapprochement, l'applaudit, s'interroge. Hollande dans l'ombre de la «Renzimania», s'amuse le Figaro. Dans l'Expansion, un expert pense qu'un "compromis" est possible avec Angela Merkel.

Cinq propositions
Quelques heures avant de se rendre en Belgique, Hollande parle de la France d'après, sur une estrade, à l'Elysée. Sur son pupitre, on peut lire: "la France s'engage".  Il a "un agenda pour la croissance et le changement en Europe" à proposer à ses collègues européens: il aimerait un plan d'investissements sur cinq ans, qui s'élèverait à 2% du PIB européen, soit environ 240 milliards d'euros par an, financés par la Banque européenne d'investissement (BEI)

Quelques économistes applaudissent.

Hollande ajoutent quatre "idées", ça ne mange pas de pain. L'exercice paraît si vain, comme avant, hors sol, comme ces "20 Md € pour l’initiative emploi des jeunes sur la législature", ou cette nouvelle incantation à une "politique européenne de l’énergie" (avec le soutien à la recherche pour les technologies de rupture,etc). Hollande suggère aussi un renforcement du fonctionnement de l'UE en recyclant la lubie franco-française du "choc de simplification". La France est-elle un modèle ?

Des frondeurs
Pourtant, l'affaire ressemble à un mauvais "remake". En septembre 2012, Hollande avait déjà tenté l'impossible, renégocier tout seul le Traité de Stabilité. Grand mal lui en pris. Pourtant élu depuis peu, la dynamique n'était pas là. Il en sorti avec un plan de relance, 120 milliards d'euros, mais le maintien du TSCG qu'il n'avait pu amender.

L'enjeu de ce Conseil pour François Hollande était intérieur. En France, sa majorité craque. Les députés planchent sur un mauvais texte, le Pacte de Responsabilité.  Hollande cherche des gestes positifs à Bruxelles.

Il ne les obtient pas. Jeudi soir, le communiqué officiel est laconique.

Deux présidents
Vendredi, le choix des chefs d'Etat et de gouvernement se portera sur Jean-Claude Juncker pour présider la Commission européenne.  Mediapart s'indigne: "Hollande soutient Juncker en échange d'à peu près rien". Qui pensait qu'il y avait une alternative ? Même le leader grec Alexis Tsipras, le 30 mai dernier, expliquait que Juncker était le candidat légitime puisque la droite populaire, dont il était le candidat, a finalement gagné le scrutin européen.  

Où est la polémique ?

Répétons: la droite a gagné les élections européennes au niveau de l'Union. Qui peut penser qu'un autre président qu'issu de la Droite populaire sera choisi ?

Cinq millions
Il y avait Conseil européen. A Paris, loin de là, Pôle emploi confirmait avoir inscrit au moins 5 millions de personnes dans ses funestes premières catégories des demandeurs en recherche active en mai dernier.  On a même recensé 24.800 chômeurs de catégorie A (i.e. sans aucune activité) de plus en mai, pour atteindre le record de 3,388 millions en métropole.

Toutes les catégories d'âge sont concernées. 

Sans blague ?


25 juin 2014

Pourquoi donc Hollande veut-il détruire 60.000 emplois ?

Ce n'est plus une question. 

 

C'est un doute, presque existentiel. 

 

Une énigme.






Son combat, c'est pourtant l'emploi. 

François Hollande s'attaque avec acharnement au chômage de masse hérité de la Grande Crise et de l'incurie de la droite au pouvoir une décennie durant entre 2002 et 2012. Dès sa prise de fonction, il a dû gérer un ralentissement généralisé des économies occidentales. Il a rapidement fait voter les contrats de générations - promesse de campagne; les emplois d'avenir - autre promesse de campagne. Début 2013, le chômage continuait sa progression sous toutes ses formes officielles. Hollande se risqua à promettre une "inversion de la courbe", autre néologisme de cette novlangue à la mode dans les cercles gouvernants de tous bords. La presse toute entière s'gita sur ce nouveau marqueur qui incarnait si facilement le story-telling officiel. Un an plus tard, le constat d'échec était évident, il ne fut pas nié. Reconnaissons à Hollande cette franchise-là.

C'est sans doute la seule chose qu'on pouvait lui reconnaître en la matière. Car il est un autre terrain où Hollande s'obstina sans comprendre. Les plus conservateurs du pays expliquèrent que le "coup de matraque fiscal" de la Hollandie triomphante avait eu raison de la reprise. Ces gens-là loupaient volontairement l'essentiel. Hollande devait redresser les comptes, et aussi la fiscalité trop clémente sur les plus fortunés, le capital et ses revenus. La gauche toute entière aurait du retenir cet effort.

En 2013, le coût des niches fiscales a enfin reculé. C'est déjà ça.

Hollande commit l'erreur de pratiquer le supplice chinois, maintes fois évoqué dans ses colonnes de blog. Plutôt que de cibler, il éparpilla la ponction fiscale. Il laissa quelques centaines de milliers de foyers pourtant précaires plongés dans l'imposition sur le revenu, perdant en cascade nombre d'aides sociales réservées à ceux en-deça du seuil de l'IR. Il augmenta la TVA à taux réduit, une mesure mal digérée même si elle n'eut aucun effet sur l'inflation.

Il y eut pire, le Pacte de responsabilité, annoncé tout-de-go le 14 janvier 2014. Depuis l'automne 2012, le président Hollande ajoutait pièce après pièce les éléments d'un puzzle non discuté pendant la campagne présidentielle, la Compétitivité. Ce socialisme de l'offre agaça d'abord lors du Crédit Impôt Compétitivité Emploi. L'affaire était significative mais loin d'emporter l'ensemble de la politique gouvernementale. Dix-huit mois plus tard, elle a pris plus d'ampleur. La Compétitivité a emporté tout sur son passage.  Le summum fut atteint début avril. Manuel Valls livra quelques clés pour comprendre jusqu'où cette affaire nous emmenait: seule une petite partie des 50 milliards d'euros d'économies serviraient donc à rééquilibrer les comptes publics. L'essentiel, soit 41 milliards, seraient rendus sous formes d'exonérations de cotisations sociales. Pour faire bonne figure, le premier ministre trouva quelques marges de manoeuvre pour alléger d'un peu plus d'un milliard l'impôt sur le revenu pour les foyers nouvellement imposables.
"La période 2002-2012 a été marquée par un accroissement régulier des déficits commerciaux, témoignant de la perte de compétitivité des entreprises françaises, et du creusement des déficits budgétaires, qui a entraîné une croissance ininterrompue de la dette." Extrait du compte rendu du Conseil des ministres du 11/06/14
Au final, le mauvais scenario s'installe dans toutes les têtes au sommet de l'Elysée: la consommation est faible, la demande s'affaisse, l'économie ne repart pas, les impôts rentrent moins bien. Mais on s'obstine à penser que réduire la pression fiscale sur les entreprises, et couper en conséquence dans les dépenses publiques, va relancer la machine. Mardi 24 juin, l'INSEE table sur une croissance faible, un microscopique 0,7% cette année, et encore un chômage en progression pendant toute l'année. "Les espoirs d'une vraie reprise cette année s'amenuisent", commentent les Echos ce mercredi 25 juin.

Les arguments de l'institution publique sont tristement prévisibles, pour qui veut bien les lire avec lucidité: "La réduction de la dépense publique va peser sur l’économie en 2014. Les salaires grimperont eux, faiblement dans un contexte de chômage toujours élevé, et le pouvoir d’achat des ménages s’améliorera surtout grâce à la faiblesse de l’inflation." Il y a pourtant encore des économistes néo-lib pour justifier cette "politique de l’offre, nécessaire pour redresser les marges des entreprises".
"La croissance est le fil rouge de la politique économique : c’est d’elle dont dépendent les créations d’emploi dans le secteur marchand, et donc le pouvoir d’achat de nos concitoyens ; c’est aussi d’elle dont dépend la vitesse de correction de nos finances publiques." Valérie Rabault, rapport à l'Assemblée nationale, 18 juin 2014

Puis, un nouveau choc. L'attaque est venue de l'intérieur. 

Valérie Rabault est la nouvelle rapporteuse (socialiste) du Budget à l'Assemblée. Elle a pris a relève de Christian Eckert, parti au Budget dans l'équipe Valls en avril dernier. Le 12 juin, Madame Rabault a déboulé dans les bureaux de Bercy pour se faire communiquer les estimations internes sur l'impact du plan d'économies de 50 milliards d'euros. Chez Michel Sapin, ministre des Finances, on n'a pas apprécié la démarche.

Quelques jours plus tard, la député livre les résultats de son enquête. On put lire son rapport sur le site de l'Assemblée, publié le 18 juin. Nos éditocrates sont gênés. Il fallait écouter Philippe Lefébure, éditorialiste économique sur France Inter, reconnaître lundi matin l'ampleur de la nouvelle: "certes, il manque, dans cette estimation, l'effet positif sur l'emploi du CICE (Bercy ne l'a pas donné). Valérie Rabault précise aussi que ne pas redresser les comptes publics aurait des effets bien pire encore mais quand même, les chiffres qu'elle a réussi à extirper de Bercy, et qu'elle a décidé de rendre publics, tombent mal. Ils vont, immanquablement, alimenter la fronde de ceux qui, au PS et ailleurs, réclament une "autre" politique".

Sans rire.

La députée socialiste avait  juste fait son job, expliquer les impacts de la politique gouvernementale pour éclairer la représentation parlementaire avant qu'elle ne débatte puis vote le pacte de responsabilité.

Les "révélations" sont les suivantes:

1. "Les 50 milliards représentent une réduction des dépenses de plus de 2 points de PIB, soit un impact négatif sur la croissance de 0,7% par an en moyenne, entre 2015 et 2017. " L'effet récessionniste de cette fuite en avant est là, chiffré.

2. "Ces économies pourraient entraîner la suppression de 250.000 emplois, à l'horizon 2017." La députée modère son propos: "une partie de cet impact sera neutralisée par l'adoption concomitante de mesures fortes en faveur de la réduction des charges des entreprises et du pouvoir d'achat des ménages dans le cadre du pacte de responsabilité et de solidarité", soit à peine 190.000 créations d'emplois d'ici 2017. Arrêtons-nous sur le chiffre: 41 milliards d'euros d'exonérations de charges pour ... 190.000 emplois de créations d'emploi "supplémentaires" ? Où est passé le million d'embauches promis par Pierre Gattaz, le patron du Medef ? Ou les 2 millions qu'espérait urgemment Arnaud Montebourg ? 

3. La Rapporteure attend davantage de chiffrages: "Des simulations complémentaires sont donc nécessaires pour disposer d’un chiffrage global sur l’effet des mesures d’économie et de relance (CICE et pacte de responsabilité) appliquées concomitamment, et non plus séparément comme cela a été présenté jusque-là."

4. Dans son rapport, Valérie Rabault fustige déjà la baisse des recettes fiscales constatée en 2013 - près de 5 milliards d'euros de manque à gagner. La fuite en avant ? L'Etat a du trouver la somme en gelant d'autres crédits publics dont 600 millions sur l'UNEDIC (l'indemnisation chômage), 300 millions sur le fonds national d’aide social de la CNAF, 300 millions de gel de prestations sociales dès 2014, et "1,6 milliard d’euros d’économies supplémentaires sur le budget de l’État" (Défense, écologie, Justice, etc).

5. L'impact net du Pacte de Responsabilité serait donc évalué par les services de Bercy à une perte nette de 60.000 emplois. Les intéressés ont évidemment démentis la réalité des révélations. L'explication de Michel Sapin, ministre des Finances, fut délicieux: "Ce n'est pas Valérie Rabault qui a fait les calculs, ce sont un certain nombre d'économistes qui font des calculs de cette nature qui sont des calculs complètement en chambre, des calculs extrêmement théoriques". Sortez les rames... Sapin complète: "Elle s'appuie sur une évaluation de la Direction générale du Trésor qui se fonde sur des hypothèses de ce que pouvait être le plan d'économies". Répétons avec nos mots: les évaluations de Bercy, sur lesquels ce même ministre se base quotidiennement pour son story-telling seraient donc fausses quand elles sont publiées et contraires à ses thèses ?

Détruire 60.000 emplois au nom de la Compétitivité ?

Cette information est terrifiante pour l'Elysée. L'argument générique - tout pour l'emploi, qu'importe le prix - est éteint.

Qui peut comprendre ?

Allez comprendre.







23 juin 2014

Sarkozy coûte 100K l'heure, pour rien.

Il ne se rase pas. Cela lui donne un "aspect" assez improbable sur les photos officielles ou officieuses où l'on vole encore quelques clichés. L'homme qui a menti 4 fois sur le dos du pays va revenir.


1. Sarkozy mentait quand il expliqua comme Jospin en son temps qu'il se retirait de la vie politique au soir de la défaite du 6 mai 2012. Il mentit encore deux fois sur sa propre campagne, elle avait coûté bien plus cher qu'officiellement. Il mentait aussi sur l'état des comptes du pays. Il fallait que la droite se débarrasse de l'homme, elle a du mal, aspirée par des scandales de l'ancienne Sarkofrance.

2. L'ancien monarque poursuit ses prestations tarifées. La dernière a fini par faire quelque bruit. 100.000 euros pour une heure de conversation sur le leadership. On appelle cela "faire des ménages". Sarkozy était à Monaco, mercredi 18 juin, et il y eut évidemment quelques enregistrements clandestins rapidement vendus et diffusés par quelques médias français.
"Parler est un risque parce que je sais que je suis enregistré, mais c'est un risque calculé que je suis ravi de prendre avec vous." Sarkozy, le 18 juin.
3. Le leadership façon Sarko ne s'embarrasse pas des détails d'intendance. 
La droite républicaine s'enfonce dans une crise multiple - idéologique, éthique et électorale, alors qu'elle est dans la position excessivement facile de l'opposition irresponsable. Nous avons la confirmation qu'à deux reprises, l'équipe Sarkozy a menti et fraudé sur les règles de financement électoral en 2012.

4. La conférence de Nicolas Sarkozy a un contenu bidon, un thème flou donc farfelu - "Les grands enjeux économiques mondiaux". Ce n'est pas une convention d'expert, mais une manifestation "people" pour motiver les troupes et séduire les clients d'une entreprise privée, en l'occurrence le cabinet Deloitte qui organisait ce "sommet". Sarkozy a baissé ses tarifs. Il cherchait près du double l'an passé. Le temps des soldes est-il arrivé ? Pour l'heure, Sarkozy ramasse du fric. C'est tout, et aussi simple que cela.

5. Sur place, il surjoue sa proximité avec les grands du monde ("J'ai dit à Barack Obama bon courage"). La fonction fait l'homme. Soyez président, vous rencontrerez vos collègues du monde. Certains moins crétins réalisent plus rapidement la fragilité de la situation. D'autres s'obstinent à penser qu'ils avaient un destin différent. Pour le plus grand plaisir de l'assistance, il rapporte une anecdote avec Barack Obama, un président élu quelques mois après lui contre lequel on se souvient des mots durs et méprisants de jalousie qu'il avait lâché en public.
"J'avais dit à l'époque à Barack Obama : « Les conversations entre toi et le président Hunji Tao vont être passionnante après le dîner officiel. Vous n'avez pas vu les mêmes livres vu les mêmes films, écouté les mêmes musiques, la conversation ne va pas être très longue... »"
6. Sarkozy est encore capable d'enfoncer des portes ouvertes. Ainsi: "Il va falloir s'habituer à cette absence de leadership mondial. Cette absence ne veut pas dire instabilité. Je crois au contraire que cet équilibre précaire qui fait que tout le monde dépend de tout le monde crée au fond une forme de stabilité. Et on l'a vu avec la crise économique de 2008". Il y a une évidence et deux bêtises dans cette courte formule: (1) tout le monde a compris depuis 25 ans et la chute du mur de Berlin que le monde était pluri-polaire; (2) le monde a au contraire atteint une instabilité hors normes qui déstabilise durablement les visions nationales; (3) la crise de 2008 fut aussi un moment d'immense confusion. Sarkozy lui-même resta tétanisé 15 jours durant avant de comprendre comment il fallait réagir grâce à la lucidité du premier ministre britannique de l'époque, Gordon Brown.

7. Sarkozy est encore capable de raconter n'importe quoi. Prenez sa déclaration sur l'euro. La monnaie unique est un formidable élément d'unité européenne. Mais l'harmonisation économique européenne asphyxie jusqu'à la Grèce. Chez Sarko, cela donne: " L'euro, c'est le coeur de la centrale nucléaire, le coeur de l'Europe. Si l'Euro explose, l'Europe explose. Je veux que vous y réfléchissiez, je pense profondément que s'il n'y a plus l'Union européenne en Europe, il ne se passera pas deux ans avant que les conflits ne renaissent sur le territoire européen". Prenez sa nouvelle lubie sur l'Europe à plusieurs vitesses.

8. Sarkozy veut un premier cercle, composé des "grands pays". Pourquoi pas ? Mais ce n'est pas l'Union. Et quand il présidait cette dernière, au second semestre 2008, il s'est couché. Pire, durant son quinquennat, il a joué la Méditerranée, puis l'Allemagne, puis le Royaume Uni, incapable d'imprimer sa marque. "Clairement je demande la suppression de la règle de l'unanimité pour que la majorité puisse avancer sans que la minorité ne puisse s'y opposer. Quitte pour la minorité à ne pas voter les règles de la majorité." Clairement, il n'a rien fait pour.
"C'est un mensonge de dire en Europe que tous les pays ont les mêmes droits. C'est faux. Et après ce que j'ai dit monseigneur sur les plus petits pays, je revendique la franchise. Quand vous avec la France et l'Allemagne qui pèsent, à eux deux la moitié du PIB de la zone euro, vous ne pouvez pas dire  que la responsabilité de Malte et du Luxembourg est du même ordre que la responsabilité de l'Allemagne et de la France. C'est un mensonge. On n'a pas les mêmes droits car on n'a pas les mêmes devoirs."
9. Sarkozy va revenir. Tout est prêt pour l'automne. C'est dans les colonnes du JDD. Sarkozy joue  de Gaulle... ou à Pétain. L'homme providentiel est une formule politique anti-républicaine. Mais Sarkozy insiste. "Je ne suis pas décidé à laisser la France dans un tête à tête entre le Front national et le Parti socialiste. On se demande jusqu’où M. Hollande va abaisser le pays. Quant à ma famille politique, elle est en train de se dévorer." Quelques éditocrates sont prêts à tout oublier des casseroles judiciaires, innommables et si nombreuses, de l'ancienne Sarkofrance, pour profiter de ce feuilleton digne des pires séries B.

10. Sarkozy ne croit à l'homme providentiel que pour autant que ce soit à son bénéfice ultime. Sa grande déclaration, maintes fois reprises par nos médias nationaux ces dernières heures, est édifiantes pour qui croit encore à la démocratie des peuples: " Dans les entreprises, pour les Etats, dans tout groupe humain, vous avez besoin d'un leader qui voit plus loin, plus vite." Cette confusion entre les Etats et les entreprises est révélatrice de l'homme: "Quand j'étais président pendant cinq ans, j'ai connu cinq premiers ministres japonais différents. Est-ce que c'est raisonnable ? Est-ce que c'est raisonnable qu'un pays de 150 millions d'habitants change de premier ministre tous les ans ?". La Japon compte 126 millions d'habitants. Pour 100.000 euros l'heure, on a le droit d'être précis, à quelques dizaines de millions...  

11. Le retour de Nicolas Sarkozy est sans doute la meilleure nouvelle politique du moment pour François Hollande. "Jusqu'où Monsieur Hollande va abaisser le pays ?" se demande l'ancien monarque. Nous avons la réponse: pas encore jusqu'à son niveau. Sarkozy n'a aucun bilan sauf le sien, détestable. Il est fort probable que Hollande n'aura pas redressé comme il l'espérait les comptes publics dégradés de quelques 600 milliards d'euros sous la présidence Sarkozy. Mais Hollande, sauf miracle désastreux, n'aura pas fait pire. Mieux encore, Sarkozy reviendra lesté de ces affaires qui réjouissent les juges et terrifient l'électeur - des dizaines de millions d'euros de fraude électorale.

12. Contre l'islamisme politique, Sarkozy a une idée, les laisser prendre le pouvoir pour démontrer qu'ils sont inefficaces. "Peut-être allez vous être choqués, mais la meilleure façon de combattre les extrémistes c'est de les laisser aller au pouvoir pour que les gens comprennent que, en plus de leur fanatisme, ils sont nuls." Il aurait pu s'abriter derrière l'exigence démocratique. Et bien non.

13. Sur Kadhafi, il est dur, c'est normal. L'homme est mort, renversé par une guerre
Personne, dans l'assistance polie de ce conclave invité par un cabinet de conseil, ne lui pose la seule question qui vaille: pourquoi a-t-il cherché à vendre à la Libye dirigée par Kadhafi, en 2005-2006, quand il était ministre de l'intérieur, des systèmes de surveillance ? Sarkozy est hors sol. Sans doute croit-il ses propres propos quand il déclare: "Quand les armées de la coalition sont rentrées dans le ciel libyen, c'est la première fois depuis Lawrence d'Arabie que des Européens et des Américains tendaient la main à la jeunesse arabe. Nous partageons la même mer ! Nous ne pouvons pas laisser le monde arabe dériver vers l'obscurantisme. " Sans doute oublie-t-il l'affaire Qosmos.



Conférence de Nicolas Sarkozy à Monaco: "J'ai... par nice-matin

21 juin 2014

372ème semaine politique: Manuel Valls contre la mort de la politique

Tous semblent d'accord: les partis politiques meurent devant nous. Le PS est "moribond", l'UMP se noie dans l'affaire Bygmalion. Semaine après semaine, cette décomposition s'impose à tous ou s'accélère pour chacun. Les partis sont emportés à cause de leur manque de prise avec la réalité, à cause de leurs excès. 

Mais les Sauveurs providentiels ne manquent pas. Manuel Valls s'agite plus que de nature. Et Sarkozy se confie, encore.



Valls en procès
Le weekend dernier, Valls nous fait un sketch. Il s'énerve. La réalité lui échappe. Il menace. La gauche peut mourir ! Faites gaffe ! Soutenez-moi, sinon c'est l'abîme, la chute, la fin. Il comprend que les difficultés sont lourdes. Mais il ne s'explique pas qu'on critique le Pacte de compétitivité; qu'on rejette son "socialisme de l'offre". Il veut répondre au procès en "gauchitude". Et tombe dans le piège des étiquettes.

 Le PS est "moribond", commente le Monde. Il a perdu 25.000 adhérents (seulement ?). Valls et Cambadélis cherchent, parait-il, une troisième voie, une qui "dépasserait" la gauche.

Manuel Valls est dépassé. Les grèves s'enchaînent. Il n'a pas vu le mouvement. Jour après jour jour, les cheminots reconduisent leurs grèves. "Il faut que la grève s'arrête" s'énerve-t-il.

Vendredi sur les ondes de France inter, la langue est d'un bois dur. Manuel Valls parle encore. Il régurgite une bouillie contradictoire qui mêle volontarisme patriotique et soumission européenne.

La grève des cheminots n'a pas de sens, explique-t-il. La réforme de la SNCF, qui conduit à rapprocer dans trois entités la gestion des rails et le transport public, ne passe pourtant pas. Valls fait dans le tri sélectif. Il fait ainsi un geste pour les intermittents du spectacle. La "gauche institutionnelle", comme il l'appelle lui-même, a mal à la Culture. Le gouvernement s'immisce dans le dialogue social. En mars dernier, MEDEF et CFDT avaient signé in extremis de nouvelles conditions d'indemnisation chômage pour les intermittents. Outre une augmentation de deux points des cotisations sociales, l'accord étend le délai de carence entre la perception des derniers revenus et le versement des allocations-chômage à près de la moitié des intermittents du spectacle (contre 9% actuellement). Manifestations, pétitions, protestations...

Des semaines durant, la grogne monte, doucement, mais fermement. Le gouvernement "comprend" mais ne fait rien. Le nouveau ministre du travail devrait signer l'arrêté d'extension dudit accord. La saison des festivals débute. Il y a une grève à Montpellier, puis une autre. Puis Valls parle, il promet une "concertation", nomme une "commission". Il assure que l'Etat compensera: "les intermittents concernés ne verront pas de changement de leur situation par rapport à la situation actuelle"... jusqu'à Noël. Et la convention sera bel et bien agréée. Il faut sauver le Festival d'Avignon ! Fuite en avant ? Le premier ministre élude l'essentiel. Ce ne sont pas les quelque 130.000 intermittents réellement indemnisés qui sont en cause, mais les entreprises qui abusent de ce régime précaire. La Culture rapporte,
"Le gouvernement a une responsabilité et une méthode. La responsabilité, c’est celle de prendre des décisions pour que notre pays avance. Une méthode, c’est celle du dialogue social, de l’écoute." Manuel Valls.
La Coordination nationale des intermittents et précaires (CIP) parle de "poudre aux yeux". Et la CGT annonce une grève générale le 4 juillet. Une centaine d'intermittents occupent l'un des établissements de Radiall, l'entreprise de Pierre Gattaz, le patron du MEDEF.

Valls, paumé.
Valls le "républicain qui agit" est paumé. Il croyait bien faire.  DSK, l'ancien "présidentiable évident", annonce que la politique, pour lui, c'est fini. La belle affaire... Laurent Fabius pose dans la presse en smoking devant une carte méteo d'une planète en plein réchauffement. Et Benoit Hamon, ministre de l'Education, renonce à étendre les expérimentations d'ABCD de l'égalité dans les écoles. La trouille des réacs ?

Jeudi, inquiétude dans les rangs. Le Nouvel Obs croit savoir que le ministre Montebourg prépare sa démission. D'autres ministres suivraient. La rumeur agite les gazettes. Montebourg dément mollement. Il serait mal à l'aise dans le dispositif Vallsien. Est-il seulement confortable avec la politique qui est menée ? Sa promotion à la tête du ministère de l'Economie est une satisfaction déjà lointaine.

Le "patriotisme" économique, qui rapproche Valls et Montebourg, est une expression vaine.
"Je partage avec lui - nous avons tous les deux chevillées au coeur la République, la nation, la patrie, des mots que la gauche doit porter davantage - cette même idée de l'indépendance et du patriotisme." Valls à propos de Montebourg.
Bercy, c'est Sotheby's !
Prenez Alstom. L'entreprise sera sans doute (partiellement) vendue à General Electric, mais l'Etat entre dans le capital du groupe français à hauteur de 20 %. C'est la première satisfaction du ministre de l'Economie. Deux réunions en fin de semaine, dont une à l'Elysée, ont clôturé un feuilleton de deux mois. Le rival Siemens, qui s'était allié à Mitsubishi, a perdu malgré un soutien initial au gouvernement. Seconde satisfaction, la pression publique a permis "d'améliorer les offres de reprise" du pôle énergie du géant français, c'est-à-dire faire monter les enchères.

Vendredi soir, donc, on se gargarise, on se félicite, on se réjouit. On laisse Montebourg  convoquer la presse à Bercy pour annoncer la belle nouvelle. L'Etat a enfin prise sur quelque chose. Loin dans une usine d'Areva, Manuel Valls applaudit son ministre. "En termes de méthode, c'est l'anti-Florange, c'est une décision partagée par chacun".

Les bonnes nouvelles sont si rares.

Ce gouvernement pourrait agir contre le réchauffement climatique et les risques nucléaires.

Il pourrait.

Il reste timide. D'abord, les pauvres paieront. Notre "électricité-bon-marché" va augmenter ses tarifs "d'une ampleur plus faible que 5 %" en aout prochain, soit près de trois fois l'inflation.

Cherchez l'erreur dans la novlangue.

Les écologistes disparus
Ségolène Royal s'agace. Elle avait pourtant promis un gel des tarifs de l'électricité cet été, ... aussitôt démenti par Manuel Valls. Elle était presque satisfaite. C'était son moment. Ou presque. Elle traverse une épreuve personnelle, la mort d'un proche. Mais elle tient bon. La ministre de l'Environnement présente son projet de loi sur la Transition énergétique,  mercredi en Conseil des ministres: renforcement des allègements fiscaux, chèque énergie pour les ménages modestes, objectif de 7 millions de points de recharge en France d'ici 2030, doublement du Fonds Chaleur et ouverture d'emprunts obligataires écologiques de longue durée pour financer leurs projets. Emmanuelle Cosse, la patronne d'EELV, est (presque): c'est "un tournant sur la politique énergétique de la France".

Mais le texte ne prévoit pas la fermeture de Fessenheim, ni une durée de vie maximale des centrales. "Fermer un réacteur, ce n'est pas juste tourner un bouton" prévient-elle. Tout juste les écologistes se félicitent-ils d'avoir obtenu une planification sur 8 ans, et non 4 comme proposés par le gouvernement socialiste, de la réduction des dépenses nucléaires.

Pour financer tout ça, il faut entre 15 et 30 milliards d’euros d’investissements supplémentaires chaque année. Or pour l'heure, le gouvernement botte en touche. Ségolène Royal assure en avoir au moins 10. On verra à l'automne. Il faut d'abord voter les 50 milliards d'économies.

Le Pacte de responsabilité et ses 41 milliards d'euros d'exonérations de charges sociales sont examinés lundi par les députés. Au grand dam de la direction du parti, les "frondeurs" socialistes ont déjà déposé une quinzaine d'amendements au projet de budget rectificatif.

Christiane Taubira s'en mêle. Le 18 juin, une belle date de l'histoire de France, elle rappelle simplement: "si on considère que les textes du gouvernement ne peuvent être modifiés, on n’a qu’à abroger le Parlement".

Au Sénat, une majorité de gauche, pour une fois, a voté sa réforme pénale.


Sarkozy pense à la Fraaance
C'est un choc. L'affaire Bygmalion prend une nouvelle tournure, l'ampleur d'un scandale financier assez incroyable au coeur de l'ancienne de Sarkozie. La nouvelle direction fait le ménage... des lampistes. Jérôme Lavrilleux, à peine élu député européen, sera exclu de l'UMP ce mardi. A ce compte là, les Qatari vont bientôt faire une offre de rachat pour ce parti en pleine déconfiture. 

On connaissait le goût de l'ancien monarque pour le fric. Le Bling Bling rejoint ici la fraude. Les juges n'ont pas terminé l'enquête sur les soupçons de financement illicite de la campagne de 2007 que voici qu'une autre enquête démarre sur celle de 2012.

Mediapart détaille les conventions bidons facturées par l'agence de communication fondée par deux proches de Jean-François Copé à l'UMP, pour mieux dissimuler de véritables dépenses de campagne présidentielle en 2012: 58 fausses factures pour un total de 15 millions d'euros !

En toute illégalité, Sarkozy a dépensé près de deux fois plus que son rival Hollande ! Aurait-il encore fraudé ? Il dira que ce n'est pas lui, qu'il ne savait pas, qu'il ne pense qu'à la France. Reformulons la question: fraude ou inconscience ?

Mercredi, le Canard Enchaîné ajoute une liste de clients privés ou publics qui aussi dépenser des sommes folles chez Bygmalion. On découvre une machine à cash.

Samedi, Mediapart en remet une couche: Christian Jacob, le président du groupe UMP à l'Assemblée Nationale a secrètement "prêté" 3 millions d’euros à son parti sans en avertir les députés, et sur les caisses du parlement...

Ces révélations en cascade sont comme un tapis de bombes jeté sur le terrain politique pour prévenir de tout retour de Sarkozy. Mais l'ancien Monarque fait rapidement savoir au Figaro qu'il préfère penser à la Fraaaance... Mercredi, il est à Monaco, pour une conférence privée. "Dans tous les groupes humains, vous avez besoin d'un leader" tonne-t-il. Un cabinet de conseil l'a payé 100.000 euros pour livrer quelques visions sur le monde et "l'art de gouverner".

C'est stupéfiant.

Samedi, dans le Figaro Magazine, il confie: "Il faut réinventer le modèle démocratique français. Notre façon de faire de la politique, l'organisation des formations et les idées."

Que faire de Nicolas Sarkozy ? 

A Paris, samedi, François Hollande bosse un peu. Il reçoit 7 chefs de gouvernements européens, tous sociaux-démocrates, pour discuter informellement des grandes orientations stratégiques de la future commission européenne. La veille, Valls nous explique qu'ils parleront réorientation, croissance et emploi. En fait, Hollande parle de "maîtriser l'immigration" dans l'Union européenne de "manière conforme à nos principes". 

Quel signal... 

Interrogé la veille sur les ce qu'il y avait à attendre de ces conclaves qui n'intéressent plus, Valls a loué l'action formidable... de la Banque Centrale européenne. Elle vient de diminuer à zéro les taux d'intérêt.

Où est passé Coluche ? 

Il est mort il y a 28 ans. 

Quelle semaine...








20 juin 2014

Comment Bygmalion emporte Sarkozy

 Il a encore fraudé.


Terrible constat. 

 

Que faire de Nicolas Sarkozy ?

 

Jean-Pierre Raffarin s'en inquiète. Bernard Debré le qualifie de "branche morte".



Il fallait travailler plus pour gagner plus. Tout le monde avait compris le message gagnant. En 2007, le slogan fit illusion. En 2012, le candidat Sarkozy dépensa donc 60% de plus que son rival Hollande. Tout cela pour échouer à "inverser la courbe", celle des intentions de vote puis des suffrages. Nicolas Sarkozy a grugé au moins deux fois aux règles de financement électoral pour sa propre survie à l'Elysée. La première fut jugée, provoquant l'annulation de 11 millions d'euros de remboursements publics. Nicolas Sarkozy hurla à l'injustice, effroyable affront à la Justice d'un pays dont il était pourtant l'un des Sages, membre de droit du Conseil constitutionnel.

Sarkozy a fraudé une seconde fois. 

L'affaire Bygmalion révèle qu'il a dépensé 17 millions d'euros de plus que son adversaire, une somme faramineuse si on la compare au plafond légale, une vingtaine de millions d'euros. Au début de l'affaire, il expliqua, en "off", que les aveux de Jérôme Lavrilleux l'agaçaient. Ce dernier est sorti de sa garde en début de semaine, mais avec une nouvelle salve d'aveux détestables pour le clan Sarkozy.

L'ancien directeur adjoint de la campagne présidentielle de Nicolas Sarkozy en 2012 a mouillé d'autres fidèles de l'ancienne Sarkofrance, Eric Cesari - ex-directeur général de l'UMP - et Fabienne Liadzé, directrice financière de l'UMP.

Le lendemain, il y eut pire. Guillaume Lambert, ancien directeur de campagne de Sarkozy, implique Sarkozy lui-même. Ce n'est pas un antisarkozyste primaire qui lâche la nouvelle, mais le Figaro, l'ancienne Pravda de Sarkofrance. Le journal révèle que Lavrilleux s'est confié par un SMS qu'il lui a envoyé le 28 avril 2012 à 12h19: 
"Jean-François ne vient pas à Clermont, il y est allé la semaine dernière. Louer et équiper la deuxième halle est une question de coût. JFC en a parlé au PR (le président de la République)."
Bien sûr, Nicolas Sarkozy feint l'ignorance, plaide l'ignorance. Il est de Gaulle, il ne gère pas l'intendance. Il est entouré de fraudeurs, c'est bien la question minimale.

Pour la campagne de 2012, Nicolas Sarkozy a su s'entourer des meilleurs fraudeurs. 

Incroyable ?

Mercredi, c'est le pompon. Le Canard Enchaîné publie la liste des autres clients de Bygmalion.

La liste est "instructive", et surtout édifiante. Les gros clients sont le MEDEF (351 884 euros), Serge Dassault (350 000 euros ;), l'Union nationale des professions libérales (460 000 euros), Veolia (179 400 euros), EDF (637 000 euros), Génération France.fr de Copé (500 000 euros), la Mairie de Levallois (200 000 euros), le ministère de l’Intérieur (sous Brice Hortefeux puis Claude Guéant, pour 550 000 euros), France Télévisions et ses filiales, pour 2 millions d'euros

et ... le Groupe UMP à l’Assemblée nationale et questure  pour 5,5 millions d’euros...

Résumons.

Cette agence, fondé par deux proches de Jean-François Copé, surfacturait l'UMP pour financer clandestinement la campagne présidentielle de l'UMP. On apprend qu'elle avait aussi de généreux clients, des grandes entreprises et des ministères.

Plus c'est gros, plus ça passe.

Du coup, une question s'impose: "L'affaire Bygmalion barrera-t-elle la route à Nicolas Sarkozy ?"

L'ancien monarque fait passer ses messages. Il se préoccupe moins de l'UMP que de la "France". Sans rire... "Plus que l'UMP, c'est la situation de la France qui inquiète Nicolas Sarkozy" peut lire sous la plume de Carl Meus dans les colonnes du Figaro ce jeudi. "Les affaires glissent sur l'ancien Président comme l'eau sur les plumes d'un canard." Ou encore: "Il est encore dans «le temps de la réflexion»". 

A quand le temps des explications, c'est-à-dire l'heure des comptes ?




Jean-Pierre Raffarin : "Je n'aime pas beaucoup... par franceinter

18 juin 2014

Grèves: ce que Hollande n'avait pas vu venir.

Comment comprendre la situation ? Elle déjoue tous les pronostics.


Nicolas Sarkozy, en son temps, avait réussi à déminer nombre de menaces sociales. Il avait pourtant pris des risques. On se souvient de la réforme des retraites de 2010, présentée en commission parlementaire en juillet. Ou des successives réductions de postes dans l'Education nationale, présentées au printemps pour la rentrée suivante. Pourtant, rarement ces mauvaises décisions ne déclenchèrent de grèves. 

Le gouvernement Valls a sous-estimé l'essentiel, la goutte d'eau qui fait déborder un vase trop plein.

Depuis 10 jours, les cheminots de la SNCF et quelques nombreux collègues sont en grève pour un projet que pourtant pas grand monde du grand public ne pouvaient comprendre. Il ne s'agissait ni de salaires, ni de retraites. Simplement de l'avenir d'un service public, la recomposition du pôle public de transport.

Bien sûr, quelques journaux néo-lib préféraient décrire le mouvement différemment. Ils comparaient même cette protestation de salariés avec celle des chauffeurs de taxis. Il suffisait pourtant de lire les tracts de la CGT, un vrai travail pédagogique. Ou d'écouter les portes-paroles du mouvement. Les mots d'ordre sont simples.

Le gouvernement veut regrouper sous une holding commune  la SNCF (le transport) et Réseaux Ferrés de France (les infrastructures). Les grévistes critiquent les transferts de personnels, le maintien de la séparation du pôle public, le portage de la dette par RFF comme avant, la création d'une hydre à 3 entreprises sans unité sociale, la dénonciation des conventions collectives en place pour en négocier une nouvelle incluant secteurs privé et public.



Manuel Valls s'est laissé surprendre par cette grève estivale. Lundi le jour du Bac, il râlait sur France info. Manuel Valls était énervé. "Cette grève à la SNCF n'est pas utile et n'est pas responsable, il est temps d'arrêter." Et il ajoute:
"Je regrette que cette grève continue car nous n'en voyons pas le sens".
Manuel Valls est dépassé. La nouvelle n'est pas neuve.


Manuel Valls s'est laissé surprendre par cette grève estivale, mais ce n'était pas la seule. Il y avait aussi les intermittents du spectacle. En cause, une disposition de la nouvelle convention collective signée par le MEDEF et la CFDT, avec l'assentiment du ministère de la Culture, qui prévoit un durcissement de leurs conditions d'indemnisation.

Le gouvernement aurait pu deviner que la période estivale est propice à des actions visibles des intermittents du spectacle, professions précaires pour un secteur pourtant essentiel à la culture d'un pays. Face aux intermittents, Valls a vite cédé, sur France info: "il faut revoir le dispositif des intermittents car le système est à bout de souffle".

Valls fait le tri entre les grèves.

Le gouvernement n'a pas vu ses grèves arriver. Certes, ce n'est pas mai 1968, loin de là. C'est d'autant plus surprenant qu'elles durent ainsi, nullement portées par un quelque mouvement national de plus grande ampleur.

Il y a une explication pourtant toute simple, évidente pour qui voulait comprendre la situation du pays. Cette explication à ces accès de rage localisés tient en une phrase: à force de s'obstiner dans un discours sur la "compétitivité", l'offre plutôt que la demande, les exonérations de cotisations plutôt que la protection sociale, bref, à force de jouer au président des patrons plutôt que de la République, François Hollande s'est privé d'un formidable ressort politique - la patience de l'électorat, elle-même nourrie par l'espoir que cela ira mieux demain.

C'est un mystère, le "mystère Hollande" . Ce même président montre sa joie à regarder un match de l'équipe de France de football, dimanche contre le Honduras, mais affiche sa "fermeté" à l'encontre de cheminots qui ne voteront plus pour lui.



Le discours dominant au sommet de l'Etat est inefficace pour calmer ces grognes. Cheminots ou intermittents, c'est une partie de ce "peuple de gauche", désormais introuvable dans les urnes, qui manifeste. L'obstination atone du sommet de l'Etat en devient surprenante. Quand des députés proches puisque socialistes tentent de provoquer un débat pour amender la distribution des économies et bénéfices du Pacte de compétitivité et de solidarité, on les traite de sécessionnistes, on menace ou on ignore. Quel aveuglement ! A l'Assemblée, le fameux Pacte avec ses 41 milliards d'euros de réduction de charges sociales déboule pour examen. Hollande ne lit-il plus que les rapports de la Cpur des Comptes ? L'institution vient de livrer un énième rapport où elle livre ses remèdes "factuels" - supprimer 30.000 postes dans la fonction publique, pour l'essentiel dans les hôpitaux et les collectivités locales (Vous avez bien lu, les hôpitaux).

Il est une cause qui ne suscitera ni grève ni protestation nationale. Lundi, un adolescent rom a été lynché à Pierrefitte. Premier ministre et président se sont émus.

C'était déjà ça.





Crédit illustration: DoZone Parody

16 juin 2014

Pourquoi Manuel Valls est dépassé

"La gauche peut mourir."

L'expression, dans la bouche de Manuel Valls, est à peine surprenante.

Manuel Valls réactive le stress du vote utile.

Car l'affirmation, devant le conseil national du Parti socialiste samedi dernier, n'a qu'un objectif, faire peur à défaut de convaincre. Elle est factuellement juste. Manuel Valls a raison. La chronique politique de ces derniers mois, sur ce blog ou ailleurs, en témoigne. Electoralement, la gauche est morte déjà deux fois, lors des scrutins municipaux puis européens où elle ne rassembla que 30% des suffrages. "Gauche année zéro", résume Cambadélis à Solferino. "La gauche n'a jamais été aussi faible dans l'histoire de la Ve République" renchérit Valls ce samedi.
"Le risque de voir Marine Le Pen au second tour de l'élection présidentielle. (...) Notre pays peut se défaire et se donner à Marine Le Pen."
Certes, bien sûr, évidemment. Que dire de mieux ?
"Nous pourrions basculer (...) dans une ère dans laquelle le risque de voir Marine Le Pen au second tour de l'élection présidentielle existe. Une ère dans laquelle un des grands partis républicains et cette fois sans que cela soit une surprise... peut être absent de ce grand rendez-vous électoral. Et si rien n'est fait, ce peut être la droite, ce peut être nous, par conséquent une ère dans laquelle la gauche peut aussi disparaître."
Ce constat est fort juste, mais inutile car largement connu et partagé. Au lendemain du naufrage électoral des Européennes, Yves Barraud, sur le site ActuChômage, ne disait pas autre chose: "Pour notre part, nous estimons depuis des mois que le vote FN ne peut se résumer à cette caricature des motivations d’un électorat populaire excédé par les politiques menées par l’UMP et le PS depuis 2002 (et avant). Les deux principales formations n’ont pas tenu compte de l’avertissement sans frais adressé il y a 12 ans, quand Jean-Marie Le Pen accéda en finale des élections présidentielles."

Revenons à Manuel Valls.  Que fait donc notre brillant général ?

1. Il cherche à faire peur. Il faut motiver les troupes socialistes à ne pas faire sécession. Il faut "dramatiser". Il faudrait rester solidaire. Et voter comme un seul homme les prochaines lois de l'équipe Valls.

Pourtant, le vote utile n'existe plus. L'équipe Hollande devrait en être convaincue. Le "réflexe" de solidarité est affecté, lourdement, par l'ignorance de sa gauche et le manque de résultats. La désaffection s'est vue lors des derniers scrutins, et surtout à gauche. Manuel Valls menace quand même. Le plus cocasse fut sa dénonciation de "la voie ouverte à la multiplication d'initiatives minoritaires qui feraient exploser le bloc central de la majorité". Il visait les socialistes affligés mais aussi les écologistes sortis du gouvernement. Le premier ministre plane, très haut. On cherche où il trouve encore une majorité.  Samedi, les écologistes d'EELV ont d'ailleurs voté à l'unanimité contre les orientations du projet de loi de finance rectificative présenté en Conseil des ministres mercredi dernier.

Même au sein de la majorité, le vote utile s'affaisse. Car ces députés ont vu l'échec, la Berezina, municipale puis européenne. En 2017, on leur promet une boucherie. Comment être solidaire d'une action qui a le triple inconvénient de trahir le programme présidentiel de 2012 sans pour autant être efficace ? Pour le parti de l'efficacité politique, cette situation est cocasse, terrifiante.

Faute de convaincre par des actes ou des paroles, Manuel Valls en appelle donc à la solidarité institutionnelle. Que les institutions le protègent la durée d'un quinquennat, c'est bien normal. Qu'il exige que les députés élus sur le pacte de 2012 votent comme si Hollande conduisait sur la route indiquée il y a deux ans et quelques mois est simplement ridicule.

2. Manuel Valls est persuadé que son action portera ses fruits. Que le Pacte de responsabilité improvisé en janvier dernier est la bonne réponse à la désespérance sociale ou à la désaffection des sympathisants. A-t-il compris que le simple port d'un teeshirt de campagne "François Hollande 2012" suffit à manquer de se faire lyncher dans quelques coins ouvriers ? L'équipe Valls a été nommée après les élections municipales, mais avant les élections européennes. Le Pacte de responsabilité a été annoncé, promis, présenté dans ses grandes lignes dès janvier par François Hollande. Les électeurs ont voté, ou se sont abstenus en toute connaissance de cause.

Il n'a que cet argument, TINA. Pas le choix, aucune autre solution, rien.

TINA, There Is No Alternative. Politiquement, il n'y a plus d'autre alternative que la droite. Front national et UMP recueillent aujourd'hui la majorité des suffrages quand ils s'expriment. On serait obligé de rendre 41 milliards d'euros de cotisations sociales, dont 90% pour améliorer la compétitivité des entreprises. On serait obligé de reporter, encore, la transition écologique.

3. Pour assoir son propos, Manuel Valls complète: "la gauche doit être capable de se dépasser."

Dépasser la gauche ? 

Il persiste. Il insiste.

D'habituels critiques diront que Valls a largement dépassé la gauche. Que cette équipe est si loin au centre qu'on appelle cela la droite. A force de trianguler l'adversaire en lui chipant idées et décisions, on finirait par tomber corps et âmes dans son camp.

La gauche se dépasse-t-elle quand un premier ministre qui s'en réclame reprend exactement les mêmes menaces absurdes de déchéance de nationalité contre des terroristes d'origine étrangère que celles proférées par Nicolas Sarkozy en 2010 ? Retenez la formule: "Nous pouvons déchoir de la nationalité ceux qui s’attaquent aux intérêts fondamentaux de notre pays". La gauche se dépasse-t-elle quand elle n'a rien à dire autre qu'une bouillie inefficace sur la compétitivité ?

La gauche se dépasse-t-elle quand elle ressemble à la droite ?


Manuel Valls est en fait dépassé. 

Il ne comprend plus où il est. Il ne saisit plus à qui il s'adresse. La machine toute entière est bloquée à force de rouille.





Valls: "la gauche peut disparaître" - 14/06 par BFMTV

14 juin 2014

371ème semaine politique: Hollande face à la décomposition politique

De gauche à droite, le spectacle est saisissant, celui d'une décomposition plus ou moins rapide que nos ténors, pourtant routiers de la politique, ne savent enrayer. L'UMP suffoque sous le coup de scandales financiers internes, le gouvernement Valls a déjà perdu toute énergie.

A l'extrême droite, on compte les points. Voici la mauvaise chronique de cette 372ème semaine politique que la France a connue depuis l'élection de Nicolas Sarkozy.


La droite en vrac
C'est un psychodrame. Ils ont fait mine de le résoudre, après trop de déclarations définitives. Le linge sale avait été déballé il y a plusieurs semaines, cette affaire Bygmalion, des fausses factures pour couvrir la fraude aux règles de financement électoral par Nicolas Sarkozy en 2012. Copé éjecté, il fallait trouver une solution. Ce fut chose faite mardi. Le jour du choix, Balladur est "exceptionnellement" présent, en "caution morale" de l'UMP, on croit rêver. Ces gens sont prêts à tout, et même au plus drôlement ridicule. Est-ce la fin de l'UMP ? 

On progresse d'ailleurs dans le Karachigate, mais sans Sarko ni Balladur. Les sous-fifres ont été renvoyés en correctionnelle.

Le sarkozyste/copéiste Luc Chatel hérite du secrétariat général, "à l'insu de son plein gré", sous la coupe d'un triumvirat Juppé/Raffarin/Fillon. Luc Chatel est le Harlem Désir de l'UMP. Quelle refondation ! "L'UMP n'a pas eu besoin de Nicolas Sarkozy pour trouver une solution" s'exclame Xavier Bertrand.

Alain Juppé, justement, explique mardi soir à la télévision combien les primaires seront essentielles pour décourager Sarkozy choisir le meilleur candidat de la droite pour 2017. Fillon en ajoute une couche sur Europe 1: "Il y a des dizaines de millions d'euros qui ont été détournés."

Rappelez- vous de cette phrase, longtemps.
"Est-ce que le général de Gaulle est présent actuellement sur la scène politique? Si vous en trouvez, dites-le moi, à ce moment-là on ne fera pas de primaire" Alain Juppé, 11 juin 2014.
Nicolas Sarkozy est un épouvantail, même à droite. Même si quelques sondeurs sortent d'improbables enquêtes d'opinions sur le "coeur militant" rétréci de l'UMP pour "prouver" au contraire qu'il y a une "attente" pour un de Gaulle de remplacement, la tendance est mauvaise.

A l'UDI voisine, on se prépare aussi à des primaires. Pire, l'élection du nouveau président du Parti, depuis l'abandon de Jean-Louis Borloo, est déjà entachée d'un soupçon de fraude. Les supporteurs de Rama Yade, l'ex-égérie sarkozyste de la grande époque 2006-2008, s'inquiètent d'un afflux soudain de nouvelles adhésions de militants juste avant le vote interne...

Manuel Valls fait un discours, hommage aux victimes d'Oradour-sur-Glane. Il devait avoir son moment, après la célébration réussie du 70ème anniversaire du Débarquement de Normandie le vendredi précédent. Il est toujours important que le premier des ministres se saisisse de ces moments de souvenir essentiel.

Socialistes affligés, vraiment.
Manuel Valls fait dans l'hommage, mais l'hommage masque mal les soubresauts d'une Hollandie qui ne sait comment se renouveler.

L'initiative n'est pas anecdotique: l'ancien député européen Liêm Hoang Ngoc, exclu des listes européennes pour cause de dissidence interne, s'est activé pour lancer un mouvement d'opposition interne au sein du parti socialiste, avec le chercheur Philippe Marlière.
"Notre constat, c’est que si le cap actuel qui a été choisi par l’exécutif est maintenu jusqu’en 2017, il y a fort à parier que la gauche disparaitra au second tour de l’élection présidentielle."
La dénomination choisie est bien trouvée, les Socialistes Affligés, rien que cela. L'affliction est en effet largement répandue à gauche. On attend que l'actuel président se réveille du pied gauche. Des municipales aux européennes, sans parler des sondages, Hollande et son action ne mobilisent plus. C'est même plutôt l'inverse.

Du côté de la Vrauche, on ne cherche pas encore à tendre des mains, ni à saisir les mains tendues. Ces dernières sont pourtant plus fréquentes, plus insistantes. L'opposition de gauche, qu'elle soit frontale ou discrète, est fragile. Lenaïg Bredoux le résume pour Mediapart: "le président de la République a déporté sa politique vers le centre, voire vers la droite, libérant chaque jour un espace plus grand au reste de la gauche. Sur le papier du moins. Car dans les faits, et dans les urnes, les autres gauches patinent, avec un faible score aux européennes et un mouvement social atone, laissant le champ libre au Front national."

Le problème n'est pas l'affliction, mais le découragement. La droite horripile, cette gauche déçoit.

Mercredi, Michel Sapin et son secrétaire au budget Christian Eckert présentent le projet de loi de finances rectificative pour 2014 au Conseil des ministres. Il y a  41 milliards pour réduire les cotisations sociales, mais rien pour la transition écologique. Les deux élus écologiques Cécile Duflot et Pascal Canfin avaient bien fait de quitter l'équipe gouvernementale. Le projet de loi de transition énergétique, "la" grande promesse écolo du quinquennat Hollande, est (encore) reportée, à 2015. Ségolène Royal tente encore de convaincre Valls de présenter, a minima, son projet au Conseil des ministres du 18 juin prochain.

Voilà où nous en sommes.

Frondeurs, ou fâchés ?

Les socialistes frondeurs sont une centaine à l'Assemblée. Ils aimeraient croire à un nouveau budget, plus en faveur du pouvoir d'achat de cette France qui souffre ou se lève tôt. Leur idée, exposée, en tribune et conclave, est de réduire  baisses d'impôts et de charges des entreprises de 41 milliards à 22,5 milliards, pour rebasculer la différence au profit des classes populaires.

Manuel Valls en rencontre quelques-uns à l'Assemblée. Il écoute, mais ne change rien. Devant des journalistes, Michel Sapin enfonce le clou: "le dialogue est ouvert avec l'ensemble du groupe socialiste, moi je ne discute pas avec telle ou telle partie du groupe socialiste".

Les nouvelles économiques sont-elles si mirifiques qu'on puisse ignorer les critiques ? 

Non.

Un Haut Conseil administratif s'inquiète pour l'objectif de croissance - un ridicule 1% cette année. On est dans l'erreur statistique. Il fallait ensuite écouter Michel Sapin, ne pas rire ni pleurer: "la prévision de 1 % peut parfaitement être atteinte grâce à (…) deux moteurs qui s’allument".

Gouvernement "cressonisé"
Dans les gares, les cheminots sont en grève. En cause, le non-rapprochement de Réseaux Ferrés de France et de la SNCF, l'endettement de RFR et le statut des salariés. La structure publique qui gère le réseau est surendettée. De jour en jour, la grève se reconduit. Vendredi, Hollande demande son "arrêt". On stresse à l'Elysée.

La fragilité du gouvernement est saisissante. Manuel Valls ressemble à Edith Cresson, éphémère premier ministre de la Mitterrandie finissante en 1991-1992. Il ne subit pas les mêmes insultes machistes que sa prédécesseuse, mais le même épuisement accéléré et sans doute définitif de son dispositif gouvernemental.

Dix semaines après le remaniement, les ministres semblent déjà acculés, essorés, effrayés. Prenez la Culture. La grande loi de "l'Acte II de l'Exception Culturelle" d'Aurélie Filippetti est ... repoussée à 2015. La ministre de la Culture est aussi sans voix devant les grèves d'intermittents du spectacle qui protestent contre leur nouveau régime d'assurance chômage.

Du côté du Logement, sa collègue Sylvie Pinel, est critiquée de toutes parts. En cause, son inexistence politique à un moment où la construction de logements est en berne. L'objectif de 500.000 constructions annuels ne sera pas atteint cette année. On est descendu à moins de 350.000 mises en chantier en avril. La droite attaque. Elle a raison, elle n'a plus que cela. Et le gouvernement ne résiste pas. la ministre ne dit rien. On murmure même qu'il faudrait démembrer la loi ALUR de Cécile Duflot qui n'a pourtant pas un an de mise en oeuvre . Les lobbies immobiliers s'agitent contre le trop plein de normes et l'encadrement des loyers. On aurait "effrayé" les propriétaires à force de vouloir protéger les locataires. D'autres fustigent la disparition des exonérations fiscales. Vendredi 13 juin, Valls confirme qu'il y aura des "modifications" à la loi Duflot pour "libérer les énergies".

A Bercy, Arnaud Montebourg agite ses bras, et ventile tant qu'il peut. Bouygues Télécom annonce un plan social, après son échec à racheter SFR. Montebourg crie, clame et proteste: il "n'accepte pas un secteur en croissance où il y a des destructions d'emplois". Siemens revient à la charge, avec le japonais Mitsubishi, pour la reprise de la branche énergie d'Alstom, le ministre applaudit, alors que l'Elysée plaide pour la neutralité

Hollande nomme
Il se ménage. Après une séquence agitée sur la réforme territoriale (il y a 15 jours), puis cérémonieuse avec une vingtaine de chefs d'Etat sur les plages de Normandie (il y a 8 jours), François Hollande s'est replié au Palais. Son agenda est vide ou protocolaire. Il lâche un mot sur les grévistes de la SNCF, qu'il voudrait calmer; il rencontre Pierre Gattaz, le patron du MEDEF, mais rien ne filtre. Il passe deux jours en Andorre. Dimanche, il sera devant la télé, avec des médaillés olympiques, à l'Elysée, pour voir le premier match de l'équipe de France dans cette Coupe du Monde au Brésil qui a débuté jeudi.

Hollande se ménage, et fait le ménage. Mardi, l'Elysée confirme le départ de 3 conseillers de la présidence. Est-ce l'épuisement ou le renouvellement ? Thierry Rey cède sa place à Nathalie Ianetta. Sur les réseaux sociaux, certains jouent aux raclures à coup de commentaires salaces. La Sarkofrance donne toujours autant la nausée.

Le plus surprenant est le remplacement du jeune ex-banquier Emmanuel Macron par ... une directrice de la stratégie d'une grande banque anglo-saxonne. Laurence Boone, c'est son nom, s'est fait connaître par quelques écrits néo-libéraux, rédigés sous le contrat de son ancien employeur.

Jacques Toubon est nommé Défenseur des Droits en remplacement de Dominique Baudis, récemment décédé. Cette nomination n'a qu'une logique, promouvoir un opposant, ancien ténor du RPR, pour s'évacuer les soupçons de désignations complaisantes. Pourtant, c'est encore une bêtise, une belle erreur de casting.

Toubon ? ... tout faux.


Le show Le Pen
Marine Le Pen se frotte les mains. Cette décomposition naturelle des autres formations politiques joue en sa faveur. Elle se paye même le luxe d'une mise en scène familiale qui piège avec une facilité déconcertante nos médiacrates. Dimanche, le vieux Le Pen dérape une nouvelle  fois contre les Juifs. Chez Le Pen, le dérapage est un mode de conduite.  Le paternel promet une "fournée" éliminatoire à Patrick Bruel et quelques autres; ça choque heureusement et largement. Et Marine Le Pen censure le blog de son père, surjoue l'indignation.

La fille trouve-t-elle le père trop antisémite ? Elle n'ose le dire. La galerie s'amuse ou s'extasie de cette normalisation réussie. Le Front national a de mauvaises racines, qui en doutait ? On voudrait nous faire croire que la tête est saine, si les pieds sont malades.

Ce mot de trop, le énième, de Jean-Marie Le Pen le weekend dernier, a permis donc à la fille d'exprimer haut et fort combien ces dérapages antisémites n'étaient pas sa "cam". La normalisation du Front National se fait aussi par ses expansions familiales en public.

"Nous sommes face à deux phénomènes parallèles de décomposition, à droite et à gauche." Patrick Devedjian, 12 juin 2014




Crédit illustration: DoZone Parody