21 juin 2014

372ème semaine politique: Manuel Valls contre la mort de la politique

Tous semblent d'accord: les partis politiques meurent devant nous. Le PS est "moribond", l'UMP se noie dans l'affaire Bygmalion. Semaine après semaine, cette décomposition s'impose à tous ou s'accélère pour chacun. Les partis sont emportés à cause de leur manque de prise avec la réalité, à cause de leurs excès. 

Mais les Sauveurs providentiels ne manquent pas. Manuel Valls s'agite plus que de nature. Et Sarkozy se confie, encore.



Valls en procès
Le weekend dernier, Valls nous fait un sketch. Il s'énerve. La réalité lui échappe. Il menace. La gauche peut mourir ! Faites gaffe ! Soutenez-moi, sinon c'est l'abîme, la chute, la fin. Il comprend que les difficultés sont lourdes. Mais il ne s'explique pas qu'on critique le Pacte de compétitivité; qu'on rejette son "socialisme de l'offre". Il veut répondre au procès en "gauchitude". Et tombe dans le piège des étiquettes.

 Le PS est "moribond", commente le Monde. Il a perdu 25.000 adhérents (seulement ?). Valls et Cambadélis cherchent, parait-il, une troisième voie, une qui "dépasserait" la gauche.

Manuel Valls est dépassé. Les grèves s'enchaînent. Il n'a pas vu le mouvement. Jour après jour jour, les cheminots reconduisent leurs grèves. "Il faut que la grève s'arrête" s'énerve-t-il.

Vendredi sur les ondes de France inter, la langue est d'un bois dur. Manuel Valls parle encore. Il régurgite une bouillie contradictoire qui mêle volontarisme patriotique et soumission européenne.

La grève des cheminots n'a pas de sens, explique-t-il. La réforme de la SNCF, qui conduit à rapprocer dans trois entités la gestion des rails et le transport public, ne passe pourtant pas. Valls fait dans le tri sélectif. Il fait ainsi un geste pour les intermittents du spectacle. La "gauche institutionnelle", comme il l'appelle lui-même, a mal à la Culture. Le gouvernement s'immisce dans le dialogue social. En mars dernier, MEDEF et CFDT avaient signé in extremis de nouvelles conditions d'indemnisation chômage pour les intermittents. Outre une augmentation de deux points des cotisations sociales, l'accord étend le délai de carence entre la perception des derniers revenus et le versement des allocations-chômage à près de la moitié des intermittents du spectacle (contre 9% actuellement). Manifestations, pétitions, protestations...

Des semaines durant, la grogne monte, doucement, mais fermement. Le gouvernement "comprend" mais ne fait rien. Le nouveau ministre du travail devrait signer l'arrêté d'extension dudit accord. La saison des festivals débute. Il y a une grève à Montpellier, puis une autre. Puis Valls parle, il promet une "concertation", nomme une "commission". Il assure que l'Etat compensera: "les intermittents concernés ne verront pas de changement de leur situation par rapport à la situation actuelle"... jusqu'à Noël. Et la convention sera bel et bien agréée. Il faut sauver le Festival d'Avignon ! Fuite en avant ? Le premier ministre élude l'essentiel. Ce ne sont pas les quelque 130.000 intermittents réellement indemnisés qui sont en cause, mais les entreprises qui abusent de ce régime précaire. La Culture rapporte,
"Le gouvernement a une responsabilité et une méthode. La responsabilité, c’est celle de prendre des décisions pour que notre pays avance. Une méthode, c’est celle du dialogue social, de l’écoute." Manuel Valls.
La Coordination nationale des intermittents et précaires (CIP) parle de "poudre aux yeux". Et la CGT annonce une grève générale le 4 juillet. Une centaine d'intermittents occupent l'un des établissements de Radiall, l'entreprise de Pierre Gattaz, le patron du MEDEF.

Valls, paumé.
Valls le "républicain qui agit" est paumé. Il croyait bien faire.  DSK, l'ancien "présidentiable évident", annonce que la politique, pour lui, c'est fini. La belle affaire... Laurent Fabius pose dans la presse en smoking devant une carte méteo d'une planète en plein réchauffement. Et Benoit Hamon, ministre de l'Education, renonce à étendre les expérimentations d'ABCD de l'égalité dans les écoles. La trouille des réacs ?

Jeudi, inquiétude dans les rangs. Le Nouvel Obs croit savoir que le ministre Montebourg prépare sa démission. D'autres ministres suivraient. La rumeur agite les gazettes. Montebourg dément mollement. Il serait mal à l'aise dans le dispositif Vallsien. Est-il seulement confortable avec la politique qui est menée ? Sa promotion à la tête du ministère de l'Economie est une satisfaction déjà lointaine.

Le "patriotisme" économique, qui rapproche Valls et Montebourg, est une expression vaine.
"Je partage avec lui - nous avons tous les deux chevillées au coeur la République, la nation, la patrie, des mots que la gauche doit porter davantage - cette même idée de l'indépendance et du patriotisme." Valls à propos de Montebourg.
Bercy, c'est Sotheby's !
Prenez Alstom. L'entreprise sera sans doute (partiellement) vendue à General Electric, mais l'Etat entre dans le capital du groupe français à hauteur de 20 %. C'est la première satisfaction du ministre de l'Economie. Deux réunions en fin de semaine, dont une à l'Elysée, ont clôturé un feuilleton de deux mois. Le rival Siemens, qui s'était allié à Mitsubishi, a perdu malgré un soutien initial au gouvernement. Seconde satisfaction, la pression publique a permis "d'améliorer les offres de reprise" du pôle énergie du géant français, c'est-à-dire faire monter les enchères.

Vendredi soir, donc, on se gargarise, on se félicite, on se réjouit. On laisse Montebourg  convoquer la presse à Bercy pour annoncer la belle nouvelle. L'Etat a enfin prise sur quelque chose. Loin dans une usine d'Areva, Manuel Valls applaudit son ministre. "En termes de méthode, c'est l'anti-Florange, c'est une décision partagée par chacun".

Les bonnes nouvelles sont si rares.

Ce gouvernement pourrait agir contre le réchauffement climatique et les risques nucléaires.

Il pourrait.

Il reste timide. D'abord, les pauvres paieront. Notre "électricité-bon-marché" va augmenter ses tarifs "d'une ampleur plus faible que 5 %" en aout prochain, soit près de trois fois l'inflation.

Cherchez l'erreur dans la novlangue.

Les écologistes disparus
Ségolène Royal s'agace. Elle avait pourtant promis un gel des tarifs de l'électricité cet été, ... aussitôt démenti par Manuel Valls. Elle était presque satisfaite. C'était son moment. Ou presque. Elle traverse une épreuve personnelle, la mort d'un proche. Mais elle tient bon. La ministre de l'Environnement présente son projet de loi sur la Transition énergétique,  mercredi en Conseil des ministres: renforcement des allègements fiscaux, chèque énergie pour les ménages modestes, objectif de 7 millions de points de recharge en France d'ici 2030, doublement du Fonds Chaleur et ouverture d'emprunts obligataires écologiques de longue durée pour financer leurs projets. Emmanuelle Cosse, la patronne d'EELV, est (presque): c'est "un tournant sur la politique énergétique de la France".

Mais le texte ne prévoit pas la fermeture de Fessenheim, ni une durée de vie maximale des centrales. "Fermer un réacteur, ce n'est pas juste tourner un bouton" prévient-elle. Tout juste les écologistes se félicitent-ils d'avoir obtenu une planification sur 8 ans, et non 4 comme proposés par le gouvernement socialiste, de la réduction des dépenses nucléaires.

Pour financer tout ça, il faut entre 15 et 30 milliards d’euros d’investissements supplémentaires chaque année. Or pour l'heure, le gouvernement botte en touche. Ségolène Royal assure en avoir au moins 10. On verra à l'automne. Il faut d'abord voter les 50 milliards d'économies.

Le Pacte de responsabilité et ses 41 milliards d'euros d'exonérations de charges sociales sont examinés lundi par les députés. Au grand dam de la direction du parti, les "frondeurs" socialistes ont déjà déposé une quinzaine d'amendements au projet de budget rectificatif.

Christiane Taubira s'en mêle. Le 18 juin, une belle date de l'histoire de France, elle rappelle simplement: "si on considère que les textes du gouvernement ne peuvent être modifiés, on n’a qu’à abroger le Parlement".

Au Sénat, une majorité de gauche, pour une fois, a voté sa réforme pénale.


Sarkozy pense à la Fraaance
C'est un choc. L'affaire Bygmalion prend une nouvelle tournure, l'ampleur d'un scandale financier assez incroyable au coeur de l'ancienne de Sarkozie. La nouvelle direction fait le ménage... des lampistes. Jérôme Lavrilleux, à peine élu député européen, sera exclu de l'UMP ce mardi. A ce compte là, les Qatari vont bientôt faire une offre de rachat pour ce parti en pleine déconfiture. 

On connaissait le goût de l'ancien monarque pour le fric. Le Bling Bling rejoint ici la fraude. Les juges n'ont pas terminé l'enquête sur les soupçons de financement illicite de la campagne de 2007 que voici qu'une autre enquête démarre sur celle de 2012.

Mediapart détaille les conventions bidons facturées par l'agence de communication fondée par deux proches de Jean-François Copé à l'UMP, pour mieux dissimuler de véritables dépenses de campagne présidentielle en 2012: 58 fausses factures pour un total de 15 millions d'euros !

En toute illégalité, Sarkozy a dépensé près de deux fois plus que son rival Hollande ! Aurait-il encore fraudé ? Il dira que ce n'est pas lui, qu'il ne savait pas, qu'il ne pense qu'à la France. Reformulons la question: fraude ou inconscience ?

Mercredi, le Canard Enchaîné ajoute une liste de clients privés ou publics qui aussi dépenser des sommes folles chez Bygmalion. On découvre une machine à cash.

Samedi, Mediapart en remet une couche: Christian Jacob, le président du groupe UMP à l'Assemblée Nationale a secrètement "prêté" 3 millions d’euros à son parti sans en avertir les députés, et sur les caisses du parlement...

Ces révélations en cascade sont comme un tapis de bombes jeté sur le terrain politique pour prévenir de tout retour de Sarkozy. Mais l'ancien Monarque fait rapidement savoir au Figaro qu'il préfère penser à la Fraaaance... Mercredi, il est à Monaco, pour une conférence privée. "Dans tous les groupes humains, vous avez besoin d'un leader" tonne-t-il. Un cabinet de conseil l'a payé 100.000 euros pour livrer quelques visions sur le monde et "l'art de gouverner".

C'est stupéfiant.

Samedi, dans le Figaro Magazine, il confie: "Il faut réinventer le modèle démocratique français. Notre façon de faire de la politique, l'organisation des formations et les idées."

Que faire de Nicolas Sarkozy ? 

A Paris, samedi, François Hollande bosse un peu. Il reçoit 7 chefs de gouvernements européens, tous sociaux-démocrates, pour discuter informellement des grandes orientations stratégiques de la future commission européenne. La veille, Valls nous explique qu'ils parleront réorientation, croissance et emploi. En fait, Hollande parle de "maîtriser l'immigration" dans l'Union européenne de "manière conforme à nos principes". 

Quel signal... 

Interrogé la veille sur les ce qu'il y avait à attendre de ces conclaves qui n'intéressent plus, Valls a loué l'action formidable... de la Banque Centrale européenne. Elle vient de diminuer à zéro les taux d'intérêt.

Où est passé Coluche ? 

Il est mort il y a 28 ans. 

Quelle semaine...








8 commentaires:

  1. " Il reçoit 7 chefs de gouvernements européens, tous sociaux-démocrates, pour discuter informellement des grandes orientations stratégiques de la future commission". Ou pour parler de la nomination d'Ayrault en remplacement de Van Rompuy, non ?

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  2. Dans un grand quotidien régional, un bel article faisant de la désinformation au sujet du Traité transatlantique. Extraits : "Quel intérêt pour les Etats-Unis (avec le Tafta) ?. Ils cherchent des alliés face aux géants chinois et indiens ...". "Quel intérêt pour l'Europe ?. Cet accord DEVRAIT doper la croissance et les exportations. A la clé, 120 milliards d'euros supplémentaires pour l'Europe ... L'accord POURRAIT créer 2 millions d'emplois de part et d'autre de l'Atlantique, dont 121000 en France ...". La conclusion est à la hauteur du reste : "qui est contre ?. En France, les extrêmes, mais aussi les écologistes et des associations comme Attac ...".

    Vous admirerez l'usage du conditionnel associé pourtant à des prévisions précises sur les bénéfices du traité. Vous vous souvenez sans doute que les européistes avaient annoncé la même chose pour les pays de l'UE dans les années 90 avec les résultats catastrophiques que l'on connaît.

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  3. Que la Banque centrale européenne prête à taux zéro signifie simplement que les banques privés qui s'approvisionnent auprès d'elle payeront moins, tout en restant libres de prêter aux États au taux de leur choix...Valls se félicite donc de l'enrichissement accéléré les banquiers.

    L'efficacité économique de la mesure est nulle, Joseph Stiglitz (prix Nobel d'économie) l'a magistralement démontré avec l'exemple de la situation américaine (cf son ouvrage Le Prix de l'Inégalité).

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  4. Ce commentaire a été supprimé par l'auteur.

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  5. Le diagnostic est pas faux, sauf que Valls croyait que le PS était à gauche. Autrement, c'est bien vu, même s'il a du retard, Manu. Je confirme : le PS est mort et j'ajoute qu'il a jamais existé, en tant que parti de gauche, que dans les rêves de ses électeurs.

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