18 juin 2014

Grèves: ce que Hollande n'avait pas vu venir.

Comment comprendre la situation ? Elle déjoue tous les pronostics.


Nicolas Sarkozy, en son temps, avait réussi à déminer nombre de menaces sociales. Il avait pourtant pris des risques. On se souvient de la réforme des retraites de 2010, présentée en commission parlementaire en juillet. Ou des successives réductions de postes dans l'Education nationale, présentées au printemps pour la rentrée suivante. Pourtant, rarement ces mauvaises décisions ne déclenchèrent de grèves. 

Le gouvernement Valls a sous-estimé l'essentiel, la goutte d'eau qui fait déborder un vase trop plein.

Depuis 10 jours, les cheminots de la SNCF et quelques nombreux collègues sont en grève pour un projet que pourtant pas grand monde du grand public ne pouvaient comprendre. Il ne s'agissait ni de salaires, ni de retraites. Simplement de l'avenir d'un service public, la recomposition du pôle public de transport.

Bien sûr, quelques journaux néo-lib préféraient décrire le mouvement différemment. Ils comparaient même cette protestation de salariés avec celle des chauffeurs de taxis. Il suffisait pourtant de lire les tracts de la CGT, un vrai travail pédagogique. Ou d'écouter les portes-paroles du mouvement. Les mots d'ordre sont simples.

Le gouvernement veut regrouper sous une holding commune  la SNCF (le transport) et Réseaux Ferrés de France (les infrastructures). Les grévistes critiquent les transferts de personnels, le maintien de la séparation du pôle public, le portage de la dette par RFF comme avant, la création d'une hydre à 3 entreprises sans unité sociale, la dénonciation des conventions collectives en place pour en négocier une nouvelle incluant secteurs privé et public.



Manuel Valls s'est laissé surprendre par cette grève estivale. Lundi le jour du Bac, il râlait sur France info. Manuel Valls était énervé. "Cette grève à la SNCF n'est pas utile et n'est pas responsable, il est temps d'arrêter." Et il ajoute:
"Je regrette que cette grève continue car nous n'en voyons pas le sens".
Manuel Valls est dépassé. La nouvelle n'est pas neuve.


Manuel Valls s'est laissé surprendre par cette grève estivale, mais ce n'était pas la seule. Il y avait aussi les intermittents du spectacle. En cause, une disposition de la nouvelle convention collective signée par le MEDEF et la CFDT, avec l'assentiment du ministère de la Culture, qui prévoit un durcissement de leurs conditions d'indemnisation.

Le gouvernement aurait pu deviner que la période estivale est propice à des actions visibles des intermittents du spectacle, professions précaires pour un secteur pourtant essentiel à la culture d'un pays. Face aux intermittents, Valls a vite cédé, sur France info: "il faut revoir le dispositif des intermittents car le système est à bout de souffle".

Valls fait le tri entre les grèves.

Le gouvernement n'a pas vu ses grèves arriver. Certes, ce n'est pas mai 1968, loin de là. C'est d'autant plus surprenant qu'elles durent ainsi, nullement portées par un quelque mouvement national de plus grande ampleur.

Il y a une explication pourtant toute simple, évidente pour qui voulait comprendre la situation du pays. Cette explication à ces accès de rage localisés tient en une phrase: à force de s'obstiner dans un discours sur la "compétitivité", l'offre plutôt que la demande, les exonérations de cotisations plutôt que la protection sociale, bref, à force de jouer au président des patrons plutôt que de la République, François Hollande s'est privé d'un formidable ressort politique - la patience de l'électorat, elle-même nourrie par l'espoir que cela ira mieux demain.

C'est un mystère, le "mystère Hollande" . Ce même président montre sa joie à regarder un match de l'équipe de France de football, dimanche contre le Honduras, mais affiche sa "fermeté" à l'encontre de cheminots qui ne voteront plus pour lui.



Le discours dominant au sommet de l'Etat est inefficace pour calmer ces grognes. Cheminots ou intermittents, c'est une partie de ce "peuple de gauche", désormais introuvable dans les urnes, qui manifeste. L'obstination atone du sommet de l'Etat en devient surprenante. Quand des députés proches puisque socialistes tentent de provoquer un débat pour amender la distribution des économies et bénéfices du Pacte de compétitivité et de solidarité, on les traite de sécessionnistes, on menace ou on ignore. Quel aveuglement ! A l'Assemblée, le fameux Pacte avec ses 41 milliards d'euros de réduction de charges sociales déboule pour examen. Hollande ne lit-il plus que les rapports de la Cpur des Comptes ? L'institution vient de livrer un énième rapport où elle livre ses remèdes "factuels" - supprimer 30.000 postes dans la fonction publique, pour l'essentiel dans les hôpitaux et les collectivités locales (Vous avez bien lu, les hôpitaux).

Il est une cause qui ne suscitera ni grève ni protestation nationale. Lundi, un adolescent rom a été lynché à Pierrefitte. Premier ministre et président se sont émus.

C'était déjà ça.





Crédit illustration: DoZone Parody

19 commentaires:

  1. La fifille gagnera les présidentielles ?

    Je ne serais pas loin de m'en foutre !!!!

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  2. "cheminots qui ne voteront plus pour lui." Ce qui n'en fait pas non plus des électeurs de fdg ou de pc.
    "La nouvelle n'est pas neuve"et pourtant ...
    Dire que a grève a surpris Valls, c'est bien vrai. Elle a aussi surpris Lepaon, patron de la cgt ce matin sur FI ils n'avait plus de mots pour justifier.

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    1. forcément , la confédération CGT a voté la réforme au conseil économique et social
      le grand écart est douloureux à son âge

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    2. Je me trompe peut être, mais il me semble que le CESE n'émet que des avis, que nul n'est tenu de suivre...Le CESE a en effet pondu un avis sur la réforme ferroviaire régionale. Un des rapporteurs était le secrétaire général de la CGT nouvellement élu à l'époque, Thierry LE PAON...Ce rapport été largement voté par le CESE, mais bien entendu nullement suivi d'effet par les décideurs...Je suis preneur de toutes références quant au vote de "la confédération CGT au conseil économique et social", sur la réforme qui est à l'origine du mouvement social actuel chez les cheminots...C'est peut être possible qu'un tel vote ait eu lieu, je n'en sais rien...Et je ne sais pas non plus quel texte a été soumis à l'avis du CESE...J'aime bien que lorsqu'on affirme quelque chose, on puisse amener des éléments appuient l'affirmation...

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  3. Mercredi 18 juin 2014 :

    Bygmalion : "si Sarkozy était au courant, il ne peut pas se présenter" (déclaration du député UMP de Paris Bernard debré).

    Après les nouvelles révélations sur l'affaire Bygmalion, Bernard Debré estime "que tout le monde doit s'expliquer" dans cette affaire qui empoisonne l'UMP. "Il faut aller jusqu'au bout des révélations et au bout des enquêtes", poursuit le député UMP de Paris.

    "Si c'est vrai qu'il y a un doublement des comptes de campagne, cela pose un vrai problème. Il peut paraître étonnant que personne ne soit responsable. Quand on est chef d'entreprise, on est responsable de ce qui se passe dans sa maison", tacle Bernard Debré, visant implicitement Nicolas Sarkozy. Et d'asséner : "s'il est vrai qu'il était au courant, je considère qu'il ne peut pas se présenter aux primaires" pour la présidentielle de 2017, conclut le parlementaire.

    Une plainte. Deux députés UMP, Etienne Blanc et Pierre Morel-A-L'Huissier, ont annoncé de leur côté qu'ils déposeraient plainte mercredi pour obtenir "au nom des militants" la vérité sur l'affaire Bygmalion et le financement de la campagne présidentielle de Nicolas Sarkozy en 2012.

    http://www.europe1.fr/Politique/Bygmalion-si-Sarkozy-etait-au-courant-il-ne-peut-pas-se-presenter-2155657/#

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    1. Quel rapport avec l'article ???

      Merci de faire vos revues de presse sur un autre site.

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    2. Il. est tres bien son post a BA et informatif, alors soit gentil Alinus va faire tes remarques desobligeance ailleurs ou mieux va te faire enculer !

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    3. JJ merci de corriger le tir !

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  4. Il est vraiment glaçant de voir le PS solférinien se comporter comme les "sociaux démocrates" partout en Europe, une droite déguisée. Le PS a un problème, la gauche en France est réputée de gauche historiquement. Ce revirement va lui coûter très cher, tous les autres partis l'abandonnent. L'UDI se rapproche et semblerait vouloir voter la loi SNCF. Personne ne comprend plus rien, le dégoût l'emporte.

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  5. " à force de s'obstiner dans un discours sur la "compétitivité", l'offre plutôt que la demande, les exonérations de cotisations plutôt que la protection sociale"

    M'efin, Juan !

    Qui est contre la protection sociale ? Connaissant bien la Sécu de l'intérieur , je peux vous assurer que les très riches sont les premiers à envoyer cinq lettres recommandées avec accusé de réception, à près de 10 € chacune, pour protester contre le non-remboursement d'un tube d'aspirine à 1 € (je pourrais vous donner des noms...)

    Mais comment financer plus de protection sociale dans un pays qui se désindustrialise, dont le commerce extérieur est en déficit chronique, et qui ne finance plus sa protection sociale en déficit chronique que par des emprunts dont il faut ensuite payer les intérêts, intérêts supérieurs à la totalité de l'impôt sur le revenu dont le produit est entièrement consacré à les rembourser ?

    Pas de protection sociale et de lutte contre le chômage possibles sans favoriser les entreprises, seules capables de réindustrialiser le pays, de rétablir l'équilibre du commerce extérieur et de créer des emplois; vous voulez un pays de "tous fonctionnaires" ? Ça n'y changerait rien: car comment les payer mieux que ceux du Bangla-Desh ?

    Aucun pays ne peut avoir longtemps une protection sociale supérieure à celle que sa richesse lui permet de se payer.

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    1. Propos lamentables du type "vous voulez un pays de tous fonctionnaires". Le degré zéro de l'analyse et de la soumission. Quant à la comparaison avec le Bangla Desh, vous pourriez nous épargner ce genre d'insanité ou écrire pour le Figaro Madame. Vous êtes un réactionnaire, qui s'imagine avoir tout compris, quelqu'un qui fait de sa résignation un étendard. C'est minable !

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    2. Injures inutiles, mieux vaudrait essayer de comprendre (mais peut-être est-ce trop vous demander ?).

      Plus détaillé ici, ce sera plus facile (sinon, laissez définitivement tomber):

      http://www.marianne.net/elie-pense/Ecoutons-Melenchon-et-Thatcher-_a440.html

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    3. La richesse nationale, cher ami, dépend de ce qui est produit, imposé et redistribué dans notre pays. Or, vous avez dû remarquer que les plus riches paient de moins en moins d'impôts, de taxes alors même que les délocalisations détruisent les emplois et les recettes fiscales. Libre à vous de voir le monde à travers le petit bout de la lorgnette, mais écrire qu'il n'y aura "pas de protection sociale sans favoriser les entreprises", que "les entreprises vont réindustrialiser le pays" et "rétablir l'équilibre du commerce extérieur", est aussi stupide qu'erroné et scandaleux. Les entreprises, les actionnaires et les dirigeants n'ont qu'un objectif : faire du profit. Si les consommateurs français sont pressurés, que leur pouvoir d'achat continue à baisser, les entreprises vendront moins et c'est un cercle vicieux à moins que vous comptez sur la demande extérieure, qui est dans le même état que la nôtre.

      Le malheur est que les imbéciles incompétents et arrogants, qui nous gouvernent, ont le même dogme que vous et nous avons sous les yeux le résultat de leurs mensonges et de leurs manipulations, nous qui sommes populistes, conservateurs et apeurés.
      Continuez sur la même voie, répétez votre credo : abdication, soumission et bien pensance.
      Ignorez la colère, qui gronde et que vous n'entendez pas. Comme les privilégiés qui nous gouvernent.

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  6. " Le mystère Hollande" ? FAIBLE AVEC LES FORTS ET DUR AVEC LES FAIBLES.

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    1. tu vois moi Hollande j'ai meme plus envie de lui envoyer des vannes dans la gueule tellement c'est une carpette insignifiante, un neant politique, un vide siderale.

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    2. ça me rappelle quelque chose...

      « C'est peut-être l'effet le moins aperçu d'une dégringolade française de quinze années, d'avoir produit ces dominateurs, inconnus des antérieures décadences, qui règnent sur nous sans y prétendre et sans même s'en apercevoir. C'est la surhumaine oligarchie des inconscients et le Droit Divin de la Médiocrité absolue.

      Ils ne sont, nécessairement, ni des eunuques, ni des méchants, ni des fanatiques, ni des hypocrites, ni des imbéciles affolés. Ils ne sont ni des égoïstes avec assurance, ni des lâches avec précision. Ils n'ont pas même l'énergie du scepticisme. Ils ne sont absolument rien. Mais la terre est à leurs pieds et cela leur paraît très simple. »
      -Léon Bloy, Le Désespéré.

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    3. Très bien vu, mais cela ne doit pas nous empêcher de nous demander pourquoi nous continuons à remettre consciemment le pouvoir entre les mains de ces "dominateurs".

      Nombre de politicards ne cessent de nous dire qu'il faut moderniser, assoupli sans jamais suggérer de toucher au système politique. Or, il est grand temps de le faire évoluer et de changer nombre de règles en politique et en économie. Je n'ai pas fait ici référence au projet de VIème République.

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  7. hors sujet mais certainement utile :

    Juan, il devient de plus en plus difficile de charger les articles ! C'est vraiment la croix et la bannière !!
    Est ce mon ordinateur vérolé ou votre prestataire qui charge trop la mule ???

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