30 juin 2014

Pourquoi le chômage va monter avec Manuel Valls

Ils sont tous "contre" le chômage et "pour" l'emploi. François Hollande en a fait une telle priorité depuis que l'inversion de la courbe des sans-emplois ne s'est pas produite à l'issue de 2013 qu'il semble prêt tout, et même n'importe quoi. 

 Il y a quelques jours, une succession de mauvaises nouvelles (croissance atone, chômage en hausse) a réactivé la foire aux suggestions. 


 1. le Pacte de Stabilité et de Croissance serait trop strict. L'argument fait mouche, de gauche à droite. Souverainistes et gauchistes n'en veulent plus. Même dans les cercles sociaux libéraux, on commence à couiner. Dans les Echos des 27-28 juin 2014, le rédacteur en chef Etienne Lefebvre s'inquiète des impacts de ce carcan. Et reprend des arguments défendus jusque là plus à gauche de l'échiquier: il prône d'alléger le le rythme de désendettement. Car "le Pacte devient surtout un frein aux dépenses productives." Ce Pacte, signé sous Sarkozy, ratifié sous Hollande, prévoit un dispositif de surveillance multilatérale des Etats (avec notamment la présentation d'objectifs budgétaires à moyen terme dans un programme de stabilité actualisé chaque année) et une procédure de sanctions des Etats en situation de déficit excessif (i.e. supérieur à 3% du PIB).

Certains défendent un mauvais compromis, revoir la façon dont ont comptabilise les déficits. L'idée serait d'exclure des dépenses publiques celles qui aident l'Europe, comme les dépenses militaires par exemple. Renvoyer la souffrance collective du chômage et de la récession à une affaire comptable est assez curieux. C'est un débat d'experts paumés face à une réalité qu'ils ne comprennent plus.

A Bruxelles, la France n'a pas eu gain de cause contre le Pacte de stabilité, malgré ces deux dernières années de dégradation.

2. Le redressement des comptes publics aurait des effets négatifs sur l'économie: cela dépend comment ce redressement s'opère. Le choc austéritaire n'a pas eu lieu en France comme d'autres pays l'ont connu dans le Sud de l'Europe. La ponction fiscale sur les plus fortunés, très forte dès la première année du quinquennat Hollande, n'a aucune espèce d'effet macro-économique. Le leader du PG Jean-Mélenchon l'explique ainsi sur son blog: "La baisse des dépenses publiques aggrave la crise. La baisse des investissements publics et le gel du pouvoir d’achat des fonctionnaires et des prestations de sécurité sociale comme les retraites compriment l’activité économique du pays. Et, de cette façon, détruisent des emplois."

Une réduction supplémentaire des dépenses publiques est prônée par l'UMP (120 milliards d'euros) et son supplétif "centriste" l'UDI (80 milliards). Dimanche, le JDD a publié une tribune irresponsable de quelques grands patrons préoccupés par leurs dividendes. Car comment comprendre leur appel à davantage de réduction de dépenses publiques quant l'économie peine à redémarrer autrement que par l'appel du gain, le leur ? 

3. Contre le chômage, le véritable argument libéral est que le marché du travail serait trop rigide. En France, l'Accord National Interprofessionnel de janvier 2013, devenu loi quelques mois plus tard, est un symbole de cette aberration. En échange de quelques avancées (mutuelles, compte personnel de formation), le Medef y a obtenu l'accélération des procédures de licenciement collectif et l'autorisation d'expérimenter des contrats à durée indéterminée intermittent.


4. Contre le chômage, on nous explique aussi que le coût du travail serait trop élevé. Dans un pays où la croissance repose sur la demande intérieure, l'idée de généraliser le travail précaire et mal payé est assez curieuse. Par ailleurs, la baisse du coût du travail est sans fin: il y aura toujours un pays moins cher que nous. Enfin, la comparaison systématique avec l'Allemagne n'a pas de sens. Les analyses sont désormais suffisamment nombreuses pour comprendre comment l'Allemagne jouit d'une situation unique et non reproductible au sein de la zone euro. Son dynamisme commercial a pillé l’Europe de l’intérieur. Son excédent commercial – 6% du PIB en 2012, "c’est de l’argent qui sort des pays du Sud pour entrer en Allemagne" (dixit Coralie Delaume, dans son ouvrage les Etats Désunis).

5. En France, cette ode à la compétitivité si chère à l'interprétation libérale du monde, a été revue et amplifiée par François Hollande dès l'automne 2012. Elle a progressivement pris le pas sur le reste - la défense des précaires, la justice fiscale, le redressement des comptes publics. Le renchérissement des cotisations patronales sur les contrats de travail courts, l'une des rares avancées de l'ANI sus-nommé, a été complètement effacé par les gigantesques exonérations de charges sociales accordées sans contre-partie dans le Pacte à 50 milliards d'économies proposé par Hollande début 2014.

6. Bizarrement, l'accumulation de mauvaises nouvelles sur le front économique ne change rien à la conviction hollandaise. C'est surprenant. La croissance ne revient pas, le chômage s'aggrave. Le pacte irresponsable ne sert que marginalement à réduire les déficits puisque les 4/5 des 50 milliards d'économies vont s'évaporer dans des exonérations de charges sociales. La réponse du gouvernement est surprenante. Il y a bien sûr ces incantations propres à toute équipe au pouvoir confrontée à de mauvaises nouvelles: "Pas de fatalisme. L'heure est à l'action et c'est la responsabilité de tous" a commenté Valls la semaine dernière. Il n'a qu'une option en tête, réduire le "coût du travail". Valls a renié Keynes, il y a longtemps déjà. Il n'est pas seul. Des salariés pauvres dans des entreprises riches, bel avenir...
"Je compte sur les entreprises de France, avec les moyens que nous allons leur donner, la baisse du coût du travail, la baisse de la fiscalité". Manuel Valls. 

Ami socialiste, réveille-toi.








4 commentaires:

  1. Comment les dirigeants socialistes ont ils pu mentir à ce point sur leurs convictions politiques ? Comment se proclament ils de gauche (et ça continue) et font une politique de droite ? Le mystère reste entier.

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  2. Quelques citations d’un membre éminent du PS, qui a conservé son sens critique et ses valeurs de gauche, Gérard Filoche :
    « Il y a eu une convention sur l’Europe. Nous, « gauche socialiste », on a mis au vote que la Banque centrale européenne finance directement les États, ainsi que la suspension du traité avec Madame Merkel, la fameuse « règle d’or », et on a proposé un SMIC européen et une Europe sociale. Sur ce vote on a eu 73% des voix, sur les 55 000 militants qui ont voté. » Et que s’est-il passé ? Rien. La minorité à la tête du PS continue à mener une politique libérale.
    Et Gérard Filoche continue : « Je ne cite Mélenchon que quand je suis d’accord, mais quand il était au parti socialiste il avait cette phrase : « Le problème numéro 1 du PS c’est qu’il est électoraliste, son avantage numéro 1 c’est qu’il est électoraliste ».
    Le socialisme, ce sont des idées et des valeurs et non des hommes et des femmes, qui avancent masqués et se servent d’un mouvement politique comme d’un cheval de Troie au service de leurs ambitions de classe.

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  3. Réponses
    1. Le rassemblement doit se faire sur des idées, des valeurs, à travers les luttes et non derrière des hommes ou des femmes, qui dissimulent leur appétit de pouvoir derrière l’étiquette de leur parti, ce que font depuis trop longtemps les « socialistes ». Il n’est pas question de les soutenir, mais bien de les combattre avec hargne, comme on combat ceux qui trahissent les principes de gauche qu’ils invoquent et les citoyens qui leur font confiance. Les « socialistes » ont une tendance naturelle à trahir les idées et valeurs de gauche, l’histoire le démontre, et il était évident que ce serait le cas le jour où Hollande a fait ratifier le TSCG. Donc, soit les socialistes et leur parti changeront radicalement de position sur les questions économiques et sociales majeures – ce qui est a priori inenvisageable – soit nous les mettrons dehors. Sans aucun état d’âme et quel que soit le prix à payer.

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