16 juin 2014

Pourquoi Manuel Valls est dépassé

"La gauche peut mourir."

L'expression, dans la bouche de Manuel Valls, est à peine surprenante.

Manuel Valls réactive le stress du vote utile.

Car l'affirmation, devant le conseil national du Parti socialiste samedi dernier, n'a qu'un objectif, faire peur à défaut de convaincre. Elle est factuellement juste. Manuel Valls a raison. La chronique politique de ces derniers mois, sur ce blog ou ailleurs, en témoigne. Electoralement, la gauche est morte déjà deux fois, lors des scrutins municipaux puis européens où elle ne rassembla que 30% des suffrages. "Gauche année zéro", résume Cambadélis à Solferino. "La gauche n'a jamais été aussi faible dans l'histoire de la Ve République" renchérit Valls ce samedi.
"Le risque de voir Marine Le Pen au second tour de l'élection présidentielle. (...) Notre pays peut se défaire et se donner à Marine Le Pen."
Certes, bien sûr, évidemment. Que dire de mieux ?
"Nous pourrions basculer (...) dans une ère dans laquelle le risque de voir Marine Le Pen au second tour de l'élection présidentielle existe. Une ère dans laquelle un des grands partis républicains et cette fois sans que cela soit une surprise... peut être absent de ce grand rendez-vous électoral. Et si rien n'est fait, ce peut être la droite, ce peut être nous, par conséquent une ère dans laquelle la gauche peut aussi disparaître."
Ce constat est fort juste, mais inutile car largement connu et partagé. Au lendemain du naufrage électoral des Européennes, Yves Barraud, sur le site ActuChômage, ne disait pas autre chose: "Pour notre part, nous estimons depuis des mois que le vote FN ne peut se résumer à cette caricature des motivations d’un électorat populaire excédé par les politiques menées par l’UMP et le PS depuis 2002 (et avant). Les deux principales formations n’ont pas tenu compte de l’avertissement sans frais adressé il y a 12 ans, quand Jean-Marie Le Pen accéda en finale des élections présidentielles."

Revenons à Manuel Valls.  Que fait donc notre brillant général ?

1. Il cherche à faire peur. Il faut motiver les troupes socialistes à ne pas faire sécession. Il faut "dramatiser". Il faudrait rester solidaire. Et voter comme un seul homme les prochaines lois de l'équipe Valls.

Pourtant, le vote utile n'existe plus. L'équipe Hollande devrait en être convaincue. Le "réflexe" de solidarité est affecté, lourdement, par l'ignorance de sa gauche et le manque de résultats. La désaffection s'est vue lors des derniers scrutins, et surtout à gauche. Manuel Valls menace quand même. Le plus cocasse fut sa dénonciation de "la voie ouverte à la multiplication d'initiatives minoritaires qui feraient exploser le bloc central de la majorité". Il visait les socialistes affligés mais aussi les écologistes sortis du gouvernement. Le premier ministre plane, très haut. On cherche où il trouve encore une majorité.  Samedi, les écologistes d'EELV ont d'ailleurs voté à l'unanimité contre les orientations du projet de loi de finance rectificative présenté en Conseil des ministres mercredi dernier.

Même au sein de la majorité, le vote utile s'affaisse. Car ces députés ont vu l'échec, la Berezina, municipale puis européenne. En 2017, on leur promet une boucherie. Comment être solidaire d'une action qui a le triple inconvénient de trahir le programme présidentiel de 2012 sans pour autant être efficace ? Pour le parti de l'efficacité politique, cette situation est cocasse, terrifiante.

Faute de convaincre par des actes ou des paroles, Manuel Valls en appelle donc à la solidarité institutionnelle. Que les institutions le protègent la durée d'un quinquennat, c'est bien normal. Qu'il exige que les députés élus sur le pacte de 2012 votent comme si Hollande conduisait sur la route indiquée il y a deux ans et quelques mois est simplement ridicule.

2. Manuel Valls est persuadé que son action portera ses fruits. Que le Pacte de responsabilité improvisé en janvier dernier est la bonne réponse à la désespérance sociale ou à la désaffection des sympathisants. A-t-il compris que le simple port d'un teeshirt de campagne "François Hollande 2012" suffit à manquer de se faire lyncher dans quelques coins ouvriers ? L'équipe Valls a été nommée après les élections municipales, mais avant les élections européennes. Le Pacte de responsabilité a été annoncé, promis, présenté dans ses grandes lignes dès janvier par François Hollande. Les électeurs ont voté, ou se sont abstenus en toute connaissance de cause.

Il n'a que cet argument, TINA. Pas le choix, aucune autre solution, rien.

TINA, There Is No Alternative. Politiquement, il n'y a plus d'autre alternative que la droite. Front national et UMP recueillent aujourd'hui la majorité des suffrages quand ils s'expriment. On serait obligé de rendre 41 milliards d'euros de cotisations sociales, dont 90% pour améliorer la compétitivité des entreprises. On serait obligé de reporter, encore, la transition écologique.

3. Pour assoir son propos, Manuel Valls complète: "la gauche doit être capable de se dépasser."

Dépasser la gauche ? 

Il persiste. Il insiste.

D'habituels critiques diront que Valls a largement dépassé la gauche. Que cette équipe est si loin au centre qu'on appelle cela la droite. A force de trianguler l'adversaire en lui chipant idées et décisions, on finirait par tomber corps et âmes dans son camp.

La gauche se dépasse-t-elle quand un premier ministre qui s'en réclame reprend exactement les mêmes menaces absurdes de déchéance de nationalité contre des terroristes d'origine étrangère que celles proférées par Nicolas Sarkozy en 2010 ? Retenez la formule: "Nous pouvons déchoir de la nationalité ceux qui s’attaquent aux intérêts fondamentaux de notre pays". La gauche se dépasse-t-elle quand elle n'a rien à dire autre qu'une bouillie inefficace sur la compétitivité ?

La gauche se dépasse-t-elle quand elle ressemble à la droite ?


Manuel Valls est en fait dépassé. 

Il ne comprend plus où il est. Il ne saisit plus à qui il s'adresse. La machine toute entière est bloquée à force de rouille.





Valls: "la gauche peut disparaître" - 14/06 par BFMTV

12 commentaires:

  1. Je pense que Manuel Valls agit comme un virus qui affaiblit les défenses immunitaires de la Gauche au lieu de la protéger, c'est un cheval de Troie des thèses droitières, une menace qui fragilise tout le système (PS) et tout le voisinage réseau de la Gauche.

    Il faut le désinstaller, et vite...
    [@bembelly]

    RépondreSupprimer
  2. Quoi ? Un bel ordinateur tout neuf ! Enfin presque... Un Atari, un Apple 2 ou un Honeywell-Bull qu'a presque pas servi. Et tu dis qu'il est dépassé ! Comment peux-tu penser une chose pareille ? Sais-tu que tu te déconsidères complètement aux yeux de tes lecteurs à tenir des propos aussi extrémistes ? ;o)

    Bonne semaine camarade.

    RépondreSupprimer
  3. Valls agite un épouvantail qui n'effraierait pas un enfant de 10 ans, même moyennement intelligent : n'importe qui voit bien que, même si présente au second tour, Marine Le Pen n'a rigoureusement aucune chance de devenir président de la République.

    RépondreSupprimer
  4. N'importe quoi ! Ce n'est pas la gauche, qui est morte, mais cette s........ de PS. Ce parti ne représente que lui-même et une minorité d'électeurs. La gauche, ce sont des idées, des valeurs, des solidarités pour lesquelles se sont battus des hommes et des femmes dans le passé, mais la roue tourne. Les socialistes sont des ânes incultes, cyniques, arrogants, vendus aux idées du libéralisme. Les propos d'un abruti inconscient de ses responsabilités et de celle ses amis sont consternants. Il ferait mieux de se préoccuper de notre situation.

    RépondreSupprimer
  5. Ce commentaire a été supprimé par l'auteur.

    RépondreSupprimer
  6. Juan, tu as publié un texte sur un "succès" récent d'Hollande intitulé "comment Hollande a réussi son D-Day". Je t'invite à lire un autre article sur le même sujet publié le 15 Juin 2014 par Descartes sur son blog sous le titre : "Hollande débarque...", article qui met en valeur les qualités de notre président et explique comment nos bien-aimés dirigeants réécrivent l'Histoire dans ce cas-là. Comment appelle t-on aujourd'hui ce qu'on nommait du story stelling sous Sarkozy ?

    RépondreSupprimer
  7. "La gauche n'a jamais été aussi faible dans l'histoire de la Ve République"

    C'est tout de même tragique que ces Messieurs ne fassent pas le rapprochement entre leur effondrement électoral et leur récente prise du pouvoir, disons en 2012...Mais c'est aussi (un peu) encourageant. Les gens ont compris. Ils ont joué et on a vu le résultat. Plus aucun espoir de ce côté là.

    Démos => Descartes est parfois intéressant, mais sa méthode c'est quand même de dénigrer l'Allemagne par tout les moyens. Quand, dans le billet en question, il insinue que l'Allemagne contemporaine est encore nostalgique du nazisme, la ficelle est trop grosse. Ou alors qu'il nous donne des preuves. On peut faire n'importe quelle présentation d'un pays en le réduisant à l'agitation de quelques extrémistes...

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. J'apprécie la controverse autant que je déteste l'idolâtrie. Par ailleurs, il est nécessaire, pour comprendre les faits et les hommes, de disposer de regards croisés, ce qui ne veut pas dire que tout ce qui se trouve ici ou là est fondé, génial ou nul. La difficulté avec le format d'une page est qu'il laisse peu de place pour expliquer et argumenter alors que cela s'impose toujours.

      Supprimer
  8. La phrase exacte de Manuel Valls est : "La gauche peut mourir avec des connards de mon ampleur"

    Bah, on a envie de lui repondre, c'est fait !

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Entre nous, Valls, qui parle de la gauche, c'est comme André XXIII, qui parle de Dieu ou DSK de morale : des gars, qui s'expriment sur un sujet dont ils ignorent tout et dont ils ne sont même pas sûrs qu'il existe vraiment tant il leur échappe.

      Supprimer

Merci par avance de votre commentaire. Les insultes, les commentaires racistes, antisémites, pornographiques, révisionnistes, sexistes ou en général tout sujet contraire aux valeurs humanistes ne sont pas acceptés.
Les commentaires PEUVENT être modérés et donc censurés.