28 juillet 2014

Immigration: ce que Hollande a fait, ou pas.

Il suffit de deux lois sur le sujet, présentées le 23 juillet en conseil des ministres, pour que la droite furibarde se réveille. Le Parlement est en congés, et la droite extrême regrette que le grand déballage xénophobe n'ait pu se dérouler au plus chaud de la rentrée. Il y a des élections à gagner. L'Etranger, surtout bronzé et musulman, reste tristement un ressort politique d'une droite républicaine sans ressort.

Pourtant, ces deux lois sont loin d'être des ouvertures laxistes.


La réforme de l'asile
Joli morceau... Les demandeurs d'asile sont comme un épouvantail pour la politique française. L'engorgement des bureaux de l'Office français de protection des réfugiés et des apatrides (OFPRA) est souvent exhibé comme la preuve que la misère (politique) du monde conduit des hordes d'immigrés à débouler dans notre beau pays. En mai 2012, François Hollande commit l'erreur de laisser l'immigration, et la gestion de l'asile, dans le périmètre du ministère de l'ordre, comme si l'immigration était forcément source de désordre. Il y a des clichés qui ont la vie dure.

Car la situation était grave. En 2013, la France a enregistré 66 251 demandes, dont 45 925 pour la première fois par des adultes, 14 536 par des mineurs les accompagnants et 5 790 demandes de réexamen. En d'autres termes, il faut " sauvegarder la tradition française de l’asile."


La semaine dernière, le  successeur de Manuel Valls au ministère de l’intérieur a donc présenté son projet de loi relatif à la réforme de l’asile. Il avait été concocté par l'ancien titulaire, après "une large concertation conduite auprès de l’ensemble des acteurs concernés -élus, associations, Haut-commissariat aux réfugiés (HCR), OPFRA, Cour nationale du droit d’asile (CNDA), Office français de l’immigration et de l’intégration (OFII) et administrations", nous a-t-on prévenu. Le tout confié à deux parlementaires, l'une de droite mais centriste (Valérie Létard), l'autre de gauche, le député Jean-Louis Touraine.

Le gouvernement s’est abrité derrière les travaux de ces deux-là, ainsi que des nouvelles directives européennes adoptées en juin 2013 qu'il fallait transposer. Il y avait deux objectifs, répéter en long et en large: "renforcer les garanties des personnes ayant besoin d’une protection internationale ; statuer rapidement sur les demandes d’asile", avec un délai moyen visé à 9 mois.

Le gouvernement met en valeur quelques avancées: l'enregistrement plus rapide des demandes ; la présence d’un conseil lors des entretiens avec un officier de protection ; la meilleure prise en compte des "vulnérabilités"; la suspension généralisée des recours contre les décisions refusant l’asile (avec réponse dans les 5 semaines par un un juge unique de la CNDA).

Le texte prévoit également de nouvelles procédures d’examen rapide des demandes, "par ou sous le contrôle de l’OFPRA". En procédure normale, le délai de jugement imparti à la CNDA est fixé à cinq mois.

A l'inverse, il y a aussi cette précision, qui n'est pas neutre: "le projet de loi a également pour objet de rendre les conditions d’accueil des demandeurs d’asile plus justes et plus équitables, mais aussi plus directives". En d'autres termes, l'accélération généralisée des délais permettra aussi d'expulser plus rapidement. Autant dire les choses telles qu'elles seront.

Les associations concernées, tel le GISTI, s'inquiète notamment de la création de centres d'internement pour demandeurs d'asile. En langage officiel, on appelle cela "un dispositif d’hébergement contraignant permettant d’affecter le demandeur d’asile dans une autre région que celle où il se présente". Et le gouvernement de préciser: "en cas de refus de l’hébergement proposé, le demandeur perdra son droit aux allocations".

Pourquoi l'UMP râle-t-elle ?

En matière de protection des droits, le texte prévoit de "renforcer les droits du bénéficiaire de la protection en matière d’accès aux droits, de réunification familiale et de documents de voyage, éléments essentiels de l’intégration à la société française."

L'accueil des étrangers, version Hollande
Pour sa première année de quinquennat, on avait été surpris par l'ampleur des expulsions de clandestins. 2012 était une année débutée sous Sarko, terminée sous Hollande. Il était difficile d'attribuer à l'un ou à l'autre l'entière responsabilité de ces résultats.

Les forces de l'ordre n'avaient plus d'objectifs d'expulsions à satisfaire, mais il y eut davantage d'expulsions de clandestins qu'en Sarkofrance - 36.000 éloignements en 2012, mais à peine 27.000 en 2013: 27% de reconduites à la frontière en moins, 28% de régularisations en plus, le bilan de Valls était moins catastrophiques pour les tenants de la régularisation massive. Le nombre de naturalisations a même doublé - 100.000 en rythme annuel, contre moins de 50.000 avant. Mais des cas d'expulsions de famille choquent encore; des rétentions de bébés sont encore pratiquées alors que Hollande en avait promis la suppression.

Le projet de loi présenté la semaine dernière ne résout pas ces situations dramatiques. La dénomination du texte a failli faire plaisir.

En termes d'avancées, il généralise le titre de séjour pluriannuel pour l’ensemble des étrangers, après un an de séjour en France. On est loin du titre de résidence valable 10 ans voté en 1984, abrogé plus tard. La gauche d'hier n'est plus celle d'aujourd'hui. Les saillies frontistes sur l'immigration responsables du chômage ou sur les difficultés d'intégration ont convaincu plus largement qu'à droite.

Le gouvernement rappelle qu'il y a aujourd’hui "5 millions de passages par an en préfecture, pour 2,5 millions d’étrangers titulaires d’un titre de séjour." Désengorger les préfectures, faciliter l'intégration, tels sont les conséquences attendus de la meusre.

Pour faire bonne figure, Cazeneuve prévoit aussi un "nouveau parcours d’intégration, marqué par un renforcement du niveau de langue requis et une redéfinition des prestations servies par l’Office français de l’immigration et de l’intégration." La Sarkofrance n'est pas morte. Combien de Français dits de souche sont incapables de parler correctement un langue nationale dont ils ont hérité la charge par le hasard d'une naissance ?

Par ailleurs, Hollande est pragmatique. Les phobies anti-migratoires sarkozystes ont décourager tout ce compte le monde de beaux esprits et étudiants doués de venir en France. Plutôt que les absurdes quotas par métier, le gouvernement Valls privilégie la création d'un passeport « talents », un titre de séjour valable jusqu’à quatre ans pour l’étranger et sa famille, qui constituera "le titre unique ouvert aux investisseurs, aux chercheurs, aux artistes et aux salariés qualifiés".

Ensuite, le texte assure aux journalistes, "pour la première fois", un droit d’accès dans les centres de rétention (CRA) et les zones d’attente. Un décret de juillet venait justement d'encadrer les accès des personnels associations dans les mêmes CRA: "Il est mis fin au droit d'accès d'un représentant d'une association à la demande de la personne ou de l'association concernée ou lorsque l'habilitation de cette association est retirée."

Enfin, ce projet de loi a évidemment son volet répressif contre l’immigration irrégulière. Qu'est-ce que Nicolas Sarkozy, obsédé par le sujet une décennie durant, avait oublié ?

Primo, l’assignation à résidence devient une mesure de droit commun en matière de privation de liberté des étrangers; secundo, le texte aggrave les pénalités dues par les transporteurs qui ne respectent pas leurs obligations de contrôle. Enfin, il "renforce les pouvoirs des préfectures en matière de lutte contre la fraude". On attend le détail.


26 juillet 2014

377ème semaine politique: Hollande et le burn out collectif

C'est fait. Certains abandonnent.

Fatigués.

Les raisons sont multiples. La politique française s'affaisse. Ce n'est plus de la torpeur estivale.


Jean-Luc Mélenchon l'a annoncé le premier.
"À un moment il faut s’arrêter de courir. Parce que si on court tout le temps, on va finir par se mettre dans le vide"
Le propos surprend à peine. Le leader du Front de gauche est épuisé. Son mouvement, lancé en 2009, n'a pas eu le succès qu'il espérait. La dynamique n'est pas là. Des désaccords stratégiques sur le degré d'opposition au PS gouvernemental ont fait le reste. Mélenchon accuse aussi les médias de surjouer la carte du FN. L'hystérisation de la vie politique favorise les monstres de haine. Nos médias priorisent le spectacle sur l'explication.

L'épuisement politique est palpable ailleurs. Les extrêmes ont gagné. Ce pays reste hystérique, c'est une foire caricaturale et binaire.

Il y a d'abord ce gouvernement qui "gère", sans souffle ni élan; ça n'a pas l'air de le déranger. Le décalage entre les mots et les actes devient un gouffre. On n'ose plus évoquer l'économie. Dans les colonnes des Echos, Michel Sapin débat avec son collègue allemand sur le meilleur titulaire au poste de commissaire à l'austérité auprès de Jean-Claude Juncker. Moscovici est candidat. Et Sapin renchérit "nous faisons des économies absolument drastiques dans les budgets de l'Etat, des collectivités locales et de la Sécurité sociale".

C'est un cauchemar. Le chômage progresse encore, plus de 9000 sans-emplois supplémentaires le mois dernier. La croissance économique mondiale ralentit, mais notre gouvernement national appuie encore sur le champignon de l'austérité.

Hollande déprime-t-il ?
Même Hollande ne croit plus en la reprise. Il l'a confié lors du dîner annuel de la presse présidentielle le 21 juillet. Va-t-il changer son logiciel social-libéral ? Que nenni. Le pacte irresponsable de 50 milliards d'euros d'économies a été voté. 

Un projet de loi sur la "simplification" de la vie des entreprises déboule à l'Assemblée, pour deux jours à peine de débat. Car nos élus partent en vacances. On vient de publier leurs déclarations d'intérêt des 577 députés. On vote la "grande réforme territoriale" qui réduit, dès l'an prochain, le nombre de régions en métropole de 22 à 13. Les objectifs sont mal chiffrés - les premières estimations d'économies sont complètement farfelues d'André Vallini, le secrétaire d'Etat en charge du sujet, ont été heureusement oubliées (11 milliards... sic !).

Le 24 juillet, Manuel Valls est sur RTL, mais les Français sont ailleurs. Ce n'est pas Clémenceau, à peine Guy Mollet. Ses propos trop vides et sans élan sont peu repris. Qui écoute ?  La guerre à Gaza et ses centaines de morts civiles, un nouveau crash d'avion avec une cinquantaine de victimes françaises à bord, l'été qui s'installe mais les fins de mois toujours difficile (60% des ouvriers ne partent pas en congés), on a d'autres sujets de préoccupation que d'écouter le premier des ministres vanter "sa réforme" et "son cap".

Valls, hors sol
A l'Assemblée, la loi anti-terroriste est durcie par les élus UMP et socialistes agissant de concert. Du blocage administratif de sites à l'interdiction de sortie du territoire à l'encontre de citoyens nationaux, l'ancien Sarkozy n'aurait pas renié ce texte phobique et inutile.

Mercredi, Bernard Cazeneuve publie ses deux lois sur l'immigration, discrètement, pendant l'été.
 a raison. La droite furibarde l'attend au coin pour mieux brailler de concert avec le Front national-socialiste. Sans surprise, les jumeaux sarkozystes du vacarme sécuritaire Eric Ciotti et Brice Hortefeux ont crié au laxisme. Le premier a dénoncé la "catimini", le second a surenchéri sur "l'explosion" de l'immigration clandestine. Le Front national réactive ses clichés contre les "immigrés-qui-volent-nos-emplois".

Dans les faits, la première loi traite de l'asile. Deux années de concertation avec le milieu associatif. Pourtant, la Coordination française pour le droit d’asile s'inquiète: pour désengorger les bureaux de l'OFRAP, on raccourcit les temps de préparation de demandes, et on multiplie les cas d'irrecevabilité.

La seconde loi honore une promesse de campagne, assouplir les conditions d'accueil des étrangers,  avec la généralisation du visa pluri-annuel, la création d'un passeport "talent", et l'extension des visas étudiants sur la durée de la scolarité. Mais on est loin, très loin, du réalisme généreux des années 80. Il y a tout juste trente ans, en 1984, une autre gauche instaurait le titre de résidence valable 10 ans malgré les braillements d'un borgne blond sur les estrades télévisuels.

Un autre temps.

Foire aux extrêmes
N'en déplaise à Hollande, le conflit israélo-palestinien s'est importé avec fracas dans l'actualité française. Son traitement binaire et caricatural, de part et d'autres, est une autre illustration de notre épuisement collectif.

Il est devenu impossible de débattre. Le gouvernement Valls adopte vite et mal une position timide face aux massacres commis à Gaza. Les bombardements "chirurgicaux" de Tsahal ont fait 800 morts en 15 jours. On attendait mieux que les déclarations lénifiantes de Valls sur le cessez-le-feu immédiat : "la France n'a qu'un camp, celui de la paix" (Valls, le 24). Sur Mediapart, Edwy Plenel décharge ses critiques au vitriol, sans nuances ni compromis: "vous égarez la France !" lance-t-il à Hollande.

Samedi 19, une manifestation pro-palestinienne est interdite à Paris. Le cortège se termine dans le chaos dans le quartier de Barbès: des scènes lunaires de guerilla urbaine, des commerces dévastés, l'antisionisme cède à l'antisémitisme dans les cris de certains manifestants. Une fraction de l'extrême droite, qui a conservé ses obsessions antisémites, se régale. Le lendemain, Valls ne voit que cela. Hollande commet l'erreur de convoquer des responsables religieux à l'Elysée. Où a-t-il vu que ce conflit était religieux ? C'est la foire aux extrêmes: les fascistes de la LDJ contre les rageux soraliens; le Likoud contre le Hamas.

Les extrêmes nourrissent toujours leurs haines réciproques.

Mercredi, une manifestation pro-palestinienne autorisée se déroule dans le calme. Valls joue enfin l'apaisement, mais tardivement: "les musulmans de France, c’est la France !" Mais vendredi, patatras ! Notre Cazeneuve national commet à nouveau l'erreur d'interdire un autre rassemblement prévu à Paris. Il évoque des "tensions". 

Le crash d'un avion d'Air Algérie, avec une cinquantaine de Français à bord, écarte à peine le sujet palestinien de nos couvertures médiatiques. Nul recueillement ni trêve, malgré la douleur des familles. A quelques centaines de kilomètres de là, Amsterdam donnait une autre image. Une marche blanche était organisée en hommage aux 193 victimes hollandaises du crash de la Malaysian Airlines abattu au dessus de l'Ukraine la semaine dernière.

Curieusement, Nicolas Sarkozy choisit cette nouvelle semaine hystérique pour un publi-reportage sur ses vacances forcément amoureuses avec Carla Bruni.

Le burn out est complet.







Crédit illustration: DoZone Parody

25 juillet 2014

Crash au Mali: pourquoi Hollande intervient

Un avion d'Air Algérie s'est abîmé jeudi 24 juillet, 119 disparus dont 51 citoyens français. Le vol reliait Ouagadougou à Alger. Les autorités maliennes ont signifié avoir repéré une épave dans le Sahel. En France, François Hollande a annulé un voyage prévu à Mayotte et à la Réunion. Dans l'après midi, il s'exprimait publiquement devant quelques caméras.

C'est encore un drame aérien. Une séquence terrifiante qui frappe malheureusement régulièrement les airs, et des vies. Une semaine auparavant, le crash d'un vol de la Malaysian Airlines au-dessus de l'Ukhraine avait jeté le trouble: un vol civil, avec 298 personnes à bord, victime vraisemblable de la guerre civile qui s'est installée là-bas ces derniers mois.

Pourquoi notre Président a-t-il réagi ? 

Ces drames collectifs peuvent être des moments de solidarité, de recueil, de partage. Où l'on devine et partage la douleur. Où l'on oublie les désaccords, les rancoeurs et parfois les différences de couleur, d'opinions.
'Je pense aux familles dans l'angoisse, et je veux leur dire toute ma solidarité et celle de la nation. Nous leur donnerons toutes les informations dont nous disposons."
Le président de la République est l'une des rares personnes du pays à pouvoir incarner cela, rassembler dans une pensée et quelques phrases la solidarité, le recueil, le partage.

Ce n'est pas donné à tout le monde.

Ces moments de douleur nationale peuvent être ratés pour qui chercherait à les récupérer.La récup' ne se mesure pas à l'hommage, fut-il télévisuel, mais aux propos qui sont tenus. François Hollande est resté factuel et sensible.

Tous les drames ne se prêtent malheureusement pas à ces moments de solidarité. La raison en est simple, c'est l'indignation sélective. Le conflit israélo-palestinien en fournit une triste illustration.

L'intervention présidentielle a permis de calmer les ardeurs nécrophages des uns et des autres.

D'oublier tout cela quelques heures, seulement.

24 juillet 2014

23 juillet 2014

L'annuaire des sarkozystes face aux juges

Nicolas Sarkozy et ses proches tentent de faire croire à un harcèlement individuel. La liste est pourtant longue, de celles et ceux fidèles sarkozystes ou "pièces rapportées", désormais inquiétés par la Justice, pour des affaires diverses qui n'ont qu'un point commun: l'argent.

Voici cet annuaire forcément provisoire.



Balkany, Isabelle
Première adjointe à la mairie de Levallois Perret. Mise en examen pour blanchiment  de fraude fiscale en mai 2014. Elle verse une caution de un million d'euro pour échapper à l'emprisonnement. Elle a reconnu être une propriétaire d'une villa à Saint-Martin, cachée derrière une société écran et jamais déclarée au fisc.

Balkany Patrick
Le maire de Levallois Perret n'en finit plus de rencontrer juges et enquêteurs. Les instructions sont nombreuses: les modalités d'acquisition d'une propriété de Giverny; un compte ouvert auprès de la filiale suisse de la banque néerlandaise ABN AMRO en juillet 1994; la villa de Marrakech, baptisée « Dar Gyucy » et divers biens immobiliers et avoirs offshore; le recours à des employés municipaux à des fins privées (condamnation en 1999).

Bazire, Nicolas 
Ancien directeur de cabinet d'Edouard Balladur en 1995-1997, ami proche et témoin de mariage de Nicolas Sarkozy; Mis en examen dans l'affaire Karachi.Renvoyé en correctionnelle dans cette affaire en juin 2014.
Selon le Parisien, les juges seraient convaincus que "327 millions d'euros de commissions «indues» et «exorbitantes» sur des contrats d'armement, notamment ceux de fourniture de sous-marins au Pakistan et de frégates à l'Arabie Saoudite (Agosta et Sawari II), ont été versés à un réseau d'«intermédiaires affairistes»".

Buisson, Patrick
Ancien conseiller de Nicolas Sarkozy à l'Elysée, bénéficiaire d'un premier contrat de prestations d'études et sondages clandestins de 1,5 million d'euros en 2007. Enquête en cours sur la régularité de ces contrats. Un autre sondeur proche de Sarkofrance, Pierre Giacometti, est aussi inquiété pour les mêmes raisons.

Gaubert, Thierry
Ancien conseiller à la mairie de Neuilly-sur-Seine, puis au ministère du Budget de Nicolas Sarkozy en 1995. Nommé directeur des relations publiques et conseiller du président du groupe bancaire BPCE quand François Pérol, ancien conseiller économique de Sarkozy à l'Elysée, en prend la présidence.
Deux fois mis en examen dans l'affaire Karachi, pour recel d’abus de biens sociaux, puis subornation de témoin. Propriétaire d'une villa en Colombie non déclarée au fisc, construite à l'aube des années 2000. Reconnu coupable d'abus de confiance et d'abus de biens sociaux en 2012 dans l'affaire du 1% Logement de Neuilly.

Gaudin, Michel
Ancien préfet, actuel directeur de cabinet de Nicolas Sarkozy depuis mai 2012. A cherché à obtenir des informations sur les procédures en cours, notamment auprès du nouveau patron de la DCRI.

Guéant, Claude
Directeur de cabinet de Sarkozy à l'intérieur, puis secrétaire général de l'Elysée (2007-2011) puis ministre de l'intérieur (2011-2012). Interrogé par la justice dans l'enquête sur le financement de la campagne de 2007
En 2013, la police découvre la trace de 500 000 euros virés depuis l'étranger sur le compte de l'ex-ministre en 2008, de la part d'un avocat djiboutien, pour la vente de deux tableaux qui n'en valaient pas la somme. On apprend également que l'ex-ministre se versait des "primes payées en liquide" non déclarées au fisc, "de 2002 à 2004" puis "de "2005 à 2006". Il fallut rappeler au ministre amnésique que ce dispositif, très pratiqué, avait été supprimé... en 2002.

Herzog, Thierry
Avocat de Nicolas Sarkozy, mis en examen le 30 juin 2014 pour avoir tenté d'obtenir des informations sur l'instruction relative au financement de la campagne politique de Sarkozy en 2007.

Hortefeux, Brice
Ancien conseiller de Sarkozy à l'intérieur (2005-2007) avant de devenir ministre de l'identité nationale, puis du Travail, puis de l'intérieur.  Il suis de près les différentes enquêtes sur le financement des campagnes de Sarkozy: en 2011, il a échangé avec Thierry Gaubert lors de sa garde à vue.

Sarkozy, Nicolas
Sans commentaires.

Takieddine, Ziad
Homme d'affaires, intermédiaire agissant pour le compte de la France sous les gouvernements Balladur, Raffarin, Villepin puis Fillon pour des ventes d'armements au Pakistan et l'Arabie Saoudite. A oeuvré pour Nicolas Sarkozy quand ce dernier était ministre de l'intérieur (2005-2007), pour vendre des équipements de surveillance à la dictature du colonel Kadhafi.. Mis en examen à trois reprises.

Tapie, Bernard
L'ancien président du PRG et propriétaire d'Adidas avait appelé à voter Sarkozy contre Royal en 2007. Il fut bénéficiaire d'un arbitrage privé inédit dans son conflit l'opposant au Crédit Lyonnais, pour 403 millions d'euros (avant prélèvements fiscaux), dont 45 millions pour ... préjudice moral. Depuis, la justice s'en  est saisie. Les enquêteurs ont trouvé trace de 18 visites de Tapie à l'Elysée entre 2007 et 2011. L'une d'entre elles, le 30 juillet 2007, est présentée comme particulièrement décisive dans l'affaire.
Ont été mises en examen pour "escroquerie en bande organisée" : Bernard Tapie, son avocat Maurice Lantourne, l'un des arbitres, Pierre Estoup, l'ancien président du Consortium de réalisation Jean-François Rocchi, et l'ancien directeur de cabinet de Christine Lagarde au ministère de l'Economie.

21 juillet 2014

Valls sur le Tour de France pendant qu'on crie "Mort aux Juifs !" à Barbès

Ce devait être une manifestation de protestations contre l'attaque israélienne à Gaza. 

 Ce fut un fiasco. 

Pour le gouvernement, l'interdiction de la manifestation parisienne a eu l'effet inverse recherchée. Pour les promoteurs de ce rassemblement, les images de guérilla urbaine ont desservi la cause pro-palestinienne en France.

L'erreur de Hollande
Samedi 19 juillet, de nombreuses manifestations se sont déroulées en France contre les bombardements israéliens et l'intervention terrestre à Gaza, et/ou en soutien aux Palestiniens. Partout, même à l'étranger, sauf à Paris, les défilés se déroulèrent pour la plupart sans heurts.

Strasbourg,  Marseille, Lille, Lens, Bordeaux, Saint-Étienne, Montpellier, et Nantes, nombreuses ont été les villes à accueillir pacifiquement quelques rassemblements pro-palestiniens.

A Paris, pourtant, Manuel Valls et François Hollande avaient refusé toute manifestation parisienne. Grossière erreur... Cette décision est aussi rarissime que stupide. Officiellement, on craignait des débordements, après l'attaque de deux synagogues plus tôt dans les semaine. L'argument était aussi  qu'il ne fallait pas "importer" le conflit israélo-palestinien en France. La France s'est ainsi tristement démarquée de toutes les démocraties.

Le NPA fut le seul parti politique français à appeler à participer malgré l'interdiction officielle. Avant la démonstration, l'un de ses porte-paroles eut ce commentaire: "aujourd'hui, ce n'est pas nous qui mettons le feu aux poudres".




Dans la capitale, la démonstration de force, interdite par les autorités, a dégénéré dans le quartier de Barbès. Trois ou quatre heures durant, quelques dizaines de manifestants s'en sont pris aux forces de l'ordre. Comme souvent, on a aussi accusé la police de provoquer les manifestants.

Les heurts ont été violents, longs, trop longs, mais ils n'impliquaient pas la majorité des manifestants, loin de là.



Il n'y a pas eu de marche blanche pour la Palestine. On a beau exhibé ce gigantesque drapeau palestinien tenu calmement à bout de bras par des centaines de manifestants, on retiendra autre chose, ces scènes de "guérilla urbaine". "La stratégie gouvernementale s'est avérée un fiasco" résume Mediapart.

Aux jets de pierre des uns ont répliqué les gaz lacrymogènes des autres. On a vu des voitures de police caillassées. En fin de journée, on a compté 38 interpellations. Sur YouTube ou Dailymotion, des dizaines de vidéos amateurs, filmées à l'aide de téléphones portables, ont été rapidement postées.  Camionnettes renversées, panneaux de signalisation arrachés, cabines téléphoniques ravagées, les images que laisse le défilé de quelques milliers de protestataires contre les massacres à Gaza sont dévastatrices.

Mais il y eut pire.

"Complot juif"
On peut soutenir la cause palestinienne sans être antisémite. Pourtant, quelques témoignages et images de la manifestation parisienne de samedi laisseront des traces détestables.  
"Ce qui m’a le plus effaré, ce samedi, c’est l’antisémitisme, très fréquent dans les propos des jeunes. Je n’ai jamais entendu autant de phrases antisémites en aussi peu de temps."
Ce témoignage d'un journaliste de Rue89, quelques heures après les faits, n'est pas isolé. Il rapporte aussi cet échange entre deux jeunes beurettes et un gendarme mobile.
Sarah : « Non monsieur, Hollande il est même pas là. Hollande c’est un Collabo. C’est le CRIF qui l’a éli. »
Un gendarme (professoral) corrige : « Elu ».
Sur les réseaux sociaux, les mêmes acharnés antisémites ont obscurci la journée. L'ineffable Alain Soral, dont l'obsession antisémite n'est plus à prouver, lâchait sur Twitter, "Gaza-Paris, même combat". Un journaliste de Libération a vu des jeunes masqués fendre la foule vers 15h40 pour aller provoquer les CRS: "Certains arboraient des tee-shirts du virage Auteuil, une tribune du Parc des Princes".

A Bruxelles comme dans certaines rues de Paris, on a entendu les mêmes "morts aux juifs ". Entre 200 à 300 casseurs pour la plupart masqués se sont répandus dans le quartier de la Gare centrale, à Bruxelles.

Valls, hors sol
Manuel Valls était sur l'une des étapes du Tour de France. L'image d'un premier ministre souriant sur le parcours de cette épreuve cycliste quand des scènes d'échauffourées mobilisaient les chaînes d'information était surréaliste de désynchronisation politique totale. Il avait pris "une journée un peu de vacances, oui pour admirer le Tour, pour admirer des coureurs formidables et des paysages uniques, pour admirer la France"

Le lendemain dimanche, Valls a beau jeu de s'inquiéter d'une résurgence de l'antisémitisme.

C'est trop tard, c'est trop facile, c'est trop simple.
"On a entendu “Mort aux juifs !”. Une fois de plus. Une fois de trop ! On s'en est pris à nouveau à des synagogues. Nos synagogues, comme nos églises, nos temples, nos mosquées, ce sont notre patrimoine commun, ce sont des parties indivisibles de la France, protégées par notre idéal de laïcité."





19 juillet 2014

376ème semaine politique: quel quinquennat Hollande peut-il réussir ?

C'est lui le "boss". Et ça y est, son quinquennat a pris sa tournure définitive, un mélange de Chiraquie et de Sarkofrance.

A l'Elysée Hollande se chiraquise à grande vitesse. Mais il tient en laisse ses ministres, lesquels singent toujours davantage, jour après jour, les bêtises et errements de l'ex-Sarkofrance.


Bienvenue en Chiraquie
La veille, dans les colonnes du JDD, Manuel Valls s'est auto-félicité, premier nombril de France... "Les Français me créditent pour ma fermeté dans la méthode (…) Les Français savent que les résultats sont parfois long à obtenir mais ils valorisent l’action".
Lundi 14 juillet, Hollande est à la télévision, devant ces deux journalistes choisis. Nous sommes en France, c'est le président qui choisit ses contradicteurs médiatiques.

La ressemblance physique avec Jacques Chirac est devenue frappante depuis qu'il a changé de lunettes. Hollande dépasse même son mentor corrézien. On comprend que Hollande réalise avec Valls ce que Chirac n'a pas jamais su faire avec Sarkozy.

Comme Chirac il y a 10 ans, Hollande plaide le travail accompli, et promet des baisses d'impôts pour les classes moyennes. Mais contrairement à Chirac, Hollande sait suivre son premier ministre à la culotte. Il ne lui donne aucun espace pour créer une fausse rupture. Il reprend à son compte la "rapidité" de l'ancien ministre de l'intérieur, son"efficacité", son sens de l"organisation". Il n'y aurait pas l'épaisseur d'une feuille de cigarette entre les deux hommes. Bref, Hollande étouffe Valls sous un édredon de complicité peut-être factice qui empêche à l'hôte de Matignon de se construire une trajectoire personnelle autonome vers 2017.
"Il n'y a rien qui peut nous séparer sur cet objectif (la réussite) et sur les moyens". Hollande à propos de Valls, le 14 juillet 2014.
Il y a une conséquence politique désastreuse à cette habileté tactique: une course à droite qui rend Chirac presque gauchiste. Durant quarante minutes d'interview complaisante, Hollande assène ses convictions en faveur du Dieu Compétitivité, de son Pacte irresponsable, ses quarante milliards de baisse de charges sociales, et ses 60.000 destructions d'emplois.

La Cour des Comptes livre son désormais traditionnel bilan des dépenses de l'Elysée. Elle salue "le recours à des marchés publics pour les achats de la Présidence", qui "constitue désormais la règle". On se souvient du scandale des sondages de l'Elysée - 1,5 millions d'euros confiés à Patrick Buisson par les services de Nicolas 1er pour des sondages clandestins. L'Elysée coûte encore 101 millions d'euros annuels, c'est 10% de moins que du temps de la dernière année de Sarkozy. Sarkozy, justement, faisait encore parler de lui. Son dernier héritier, le jeune Louis, raille le fils Trierweiler sur Twitter.

Internet, c'est vraiment formidable.

Les chiens de Sarkozy
Leurs deux clébards ont ravagé le mobilier élyséen au point d'indigner les sages du Mobilier national.  Nicolas et Carla ont quitté le Palais sans payer la note. On parle d'une dizaine de milliers d'euros annuels de réfection; Sarkozy est d'ailleurs un récidiviste de la dégradation canine non réparée. Le même Mobilier national se souvient de son passage à Beauvau quand il fut  ministre de l'intérieur de Jacques Chirac. Cette goujaterie est une autre facette du Bling Bling décomplexé d'un ancien monarque désormais mis en examen.

A droite, on se lâche. "Sarkozy finira devant la justice mais pas devant les Français" explique François Fillon.

D'autres prient ou applaudissent au retour pourtant non confirmé de Nicolas Sarkozy. Le Figaro publie cet improbable sondage sur les "sympathisants" de l'UMP. L'ancien Monarque serait encore plébiscité, à 60%, pour la campagne de 2017. Deux jours avant, Alain Juppé confiait l'irréparable, l'UMP compte à peine 150.000 adhérents. Mais il parait que les adhésions affluent, près de 40.000 supplémentaires en un an. Ce serait un "effet Sarkozy", plaident les fans de l'ancien monarque. Une proche explique que Sarkozy aimerait raccrocher les centristes, on croit rêver. Ce serait "Retour vers le Futur", c'est-à-dire le passé, il y a 12 ans. Une reconstitution de ligue dissoute, quand l'UMP était créé sur la fusion du RPR et de l'UDF.

"My boss is an asshole"
Hollande fini la semaine loin, en Afrique. Il s'épargne un début de canicule. Il fuit les débats européens. L'Union a été incapable de se choisir ses Commissaires, et même un Président du Conseil. Trop de disputes sur les candidats. Pierre Moscovici, ex-glandeur de Bercy dégagé en avril dernier du gouvernement, ronge son frein.

En Côte d'ivoire, Hollande rencontre des opposants. Au Tchad, il soigne l'allié stratégique. Il ne se prive pas d'une pique contre son ministre du redressement productif. Une semaine avant, Montebourg avait fait son show à Bercy, une grande conférence avec discours fleuve et belles formules contre le "conformisme" et les "professions règlementées".  Le ministre de l'économie avait inventé la relance sans pouvoir d'achat, et une répartition "en trois tiers" des 50 milliards d'économies qu'Hollande veut faire subir au pays: un tiers pour le désendettement, un deuxième tiers pour les ménages, le dernier tiers pour les entreprises. Hollande balaye brutalement l'argument: "cette règle des trois tiers n'est pas nouvelle, élude François Hollande. On ne sait d'ailleurs pas très bien à quoi cela correspond. Nicolas Sarkozy avait essayé de l'utiliser".

Comparer Montebourg à Sarkozy, il fallait le faire.

A Gaza, une trêve de courte durée s'impose après 200 morts en 10 jours de bombardements. Mais elle cède la place à une intervention terrestre. On voit des enfants palestiniens morts sous les bombes, tués en direct sous les caméras occidentales. Le Hamas balance ces roquettes sur les villes. Fachos israéliens contre excités du Hamas, cet embrasement enterre l'idée d'une coexistence.

En France, Laurent Fabius bafouille quelques incantations maladroites: "Pour que la trêve soit durable, elle doit répondre aux besoins légitimes d’Israël en matière de sécurité comme aux besoins humanitaires et économiques palestiniens." Manuel Valls commet l'erreur, encore une, de vouloir décourager les manifestations pro-palestiniennes. En cause, un "risque de débordements"...

Deux poids, deux mesures ? "Les réacs pour tous" n'ont pas souffert de la même fermeté quand ils manifestaient contre le mariage homosexuel l'an passé malgré des débordements récurrents et des slogans ignobles.

On ne fait plus dans la finesse. Le débat est confisqué. Israël serait un Grand Satan, le Hamas un mouvement social et pacifiste que d'aucuns accueilleraient presque dans on ne sait quelle Internationale protestataire. La réalité est plus grise. C'est une "guerre des monstres", rappelle Mediapart, Likoud contre Hamas, chacun nourrit son extrémisme de l'autre.

"Lost in Translation"
Des ministres se sont paumés en Sarkofrance.

Benoit Hamon aimerait qu'on se souvienne de sa trace au ministère de l'Education. C'est le lot de tous les ministres de ce sacerdoce. Il devient aussi ringard que Xavier Darcos, l'un de ses prédécesseurs sous Sarkozy. Cette semaine, il a proposé un truc bizarre, que les enfants dès 10 ans apprennent des rudiments de programmation informatique sur leur temps périscolaire. Hamon sera le ministre qui aura fait inculquer l'informatique des années 2010 aux futurs adultes des années 2030... 

Sa collègue de la Culture rame et souffre. Les intermittents, en guerre contre leur nouveau régime d'ultra-précaires, ont d'abord snobé une rencontre, puis l'ont empêché d'assister au festival d'Avignon. Aurélie Filippetti râle contre ces grèves qui "viennent perturber" aussi des spectacles pour les enfants.

Mais le pompon est décroché par Bernard Cazeneuve. Le successeur de Valls à l'Intérieur a pondu une loi "urgente" contre les "djihadistes de l'intérieur" qui autorisera l'Etat à interdire le déplacement de citoyens français si un juge, sans jugement contradictoire, le décide. Pire, sa loi anti-terroriste prévoit aussi le blocage des sites "terroristes" sur ordre administratif.

Sarko, sort de ce corps !


A Lille, une ancienne patronne du PS résume l'effarement.
"Il n'est pas trop tard pour réussir le quinquennat". 
Martine Aubry, 18 juillet 2014.

Mais lequel ?







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17 juillet 2014

De Sarkozy à Valls: risque djihadistes et diversions politiques


Bernard Cazeneuve : « Nous sommes face à un... par FranceInfo

Les attitudes changent, les hommes aussi, les majorités parfois. Mais il y a une constante dans l'action politique de cette dernière quinzaine d'année, la phobie de ceux qui nous gouvernent pour le danger islamiste.

La dernière lubie concerne les départs de (forcément) jeunes Français pour les divers fronts djihadistes, en particulier en Syrie et en Irak.

Notre ministre de d'intérieur, le pourtant calme et posé Bernard Cazeneuve, a présenté un projet de loi en Conseil des ministres le 9 juillet dernier



Il en a résumé ainsi la motivation:

"Tous ces jeunes qui partent, ont fréquenté la violence, une violence absolument épouvantable avec des tortures, des décapitations, des crucifixions (...) et qui reviennent après avoir été détruits par cette fréquentation de la violence barbare, représentent un risque pour notre pays. Ils sont préparés à commettre des actes d’une extrême violence partout en Europe et notamment dans notre pays lorsqu’ils sont ressortissants français. Il faut donc nous protéger".

1. Il est assez dans le cours des choses qu'un ministre de l'intérieur s'occupe de telles affaires. le terrorisme islamiste est une réalité, la menace existe. L'embrasement du (si) Proche Orient a commencé. Cela fait partie des missions de la Place Beauvau que de s'atteler aux départs pour le Djihad de quelques centaines de Français.

2. Le phénomène est marginal. De l'aveu même du gouvernement, on parle de quelques centaines de personnes concernées, moins d'un millier.  Pourtant, le gouvernement dramatise, évoquant un "défi sans précédent".

3. Pire, le gouvernement cède à la boulimie législative que l'opposition dénonçait hier quand Nicolas Sarkozy était ministre de l'intérieur puis Président de la République. Après les Loppsi I et II, et la douzaine d'autres textes sécuritaires votées ou prononcés en une décennie de diversion sarkozyste, il s'en est trouvé au sommet de l'équipe hollandaise pour croire qu'il manquait encore un texte...  Il y eut une loi en décembre 2012, puis un "plan de lutte contre la radicalisation violente et les filières terroristes" en avril 2014, qui débouche notamment sur cette nouvelle loi.
"Si l'arsenal juridique français, renforcé par la loi du 21 décembre 2012, permet de lutter contre les actes de terrorisme de façon à la fois efficace et respectueuse de l’Etat de droit, les événements récents ont montré que la législation doit être adaptée pour prendre en compte des évolutions inquiétantes, qui concernent la nature des actes et le comportement des auteurs."
4. La nouvelle loi réduit les libertés publiques, notamment la libre-circulation des ... citoyens français eux-mêmes. Elle créé en effet une "interdiction administrative de sortie du territoire". Cette dernière sera "limitée dans le temps", et "édictée sous le contrôle du juge". La procédure sera-t-elle contradictoire ? Pour renforcer "la répression de l’apologie du terrorisme et de la provocation à des actes de terrorisme", le projet de loi autorise "le blocage administratif de sites internet faisant l’apologie du terrorisme ou y provoquant". On croyait que l'ineffable Loppsi l'autorisait déjà...

5. Enfin, le texte comprend pénalisera "les actes préparatoires aux crimes terroristes" (sommes-nous dans Minority Report ?) , "même s’il s’agit d’une entreprise individuelle". Fallait-il comprendre que les autorités françaises ne pouvaient s'attaquer qu'à des terroristes agissant en mode collectif ?



15 juillet 2014

14 juillet: Hollande, à droite de Chirac ?

La ressemblance physique est devenue frappante depuis qu'il a changé de lunettes. Hollande rejoint Chirac. Mais la comparaison ne s'arrête pas. L'attitude personnelle et l'action politique se complètent.
 Hollande réalise avec Valls ce que Chirac n'a pas su faire avec Sarkozy.

 

Terrifiant.

 

François Hollande s'est livré au traditionnel entretien télévisée du 14 juillet devant deux journalistes choisis, David Pujadas pour France 2, Gilles Bouleau pour TF1.


Chirac, Hollande
Comme hier Jacques Chirac, François Hollande devait commenter les mêmes évènements au Proche Orient, à une décennie d'intervalle.
"Je suis tout à fait consterné par ce qui se passe actuellement au Proche-Orient." Chirac, 14 juillet 2006

"Israël a droit à sa sécurité et peut se défendre, mais Israël doit avoir de la retenue, de la réserve. Je ne veux pas dire qu'on est pro-palestinien ou pro-israélien, on est pour la paix." Hollande, 14 juillet 2014

Comme hier Jacques Chirac, François Hollande ne fut pas interrogé sur la fracture sociale, la précarité, les pauvres et les modestes. D'ailleurs, il n'évoqua pas lui-même spontanément le sujet. Il préféra défendre son Pacte de Responsabilité, mais aussi la "modernisation" du code du travail.

Comme Jacques Chirac, comme d'ailleurs tous ses prédécesseurs à l'Elysée, François Hollande a manqué de sincérité, il a joué à l'autruche, il a refusé de voir la réalité en face. Pujadas lui demande s'il ne s'est pas trop avancé un an avant en déclarant que la reprise était là, Hollande répond par une pirouette inacceptable: "La reprise est là, mais elle est trop fragile." Il suffisait de dire que non, la reprise n'était pas là. Que c'est encore la crise.

Le 14 juillet 2004, on entendait ceci dans la bouche de Chirac.
"Pendant deux ans, nous avons remis la France sur les rails en réhabilitant l'Etat (...), en engageant les réformes indispensables qui avaient été trop longtemps différées et en mettant en œuvre une politique de relance de la croissance pour le moment où elle viendrait."
Dix ans plus tard, jour pour jour, son successeur corrézien lui emboitait le pas, un pas plus libéral, comme un incroyable pied de nez à l'Histoire.

Comme hier Jacques Chirac, François Hollande était à l'Elysée parlant de la France comme s'il ne la gouvernait pas vraiment: sa saillie sur ces impôts, "sujet sensible", qui sont trop élevés, était assez exemplaire de cette distance.

Comme hier Jacques Chirac, François Hollande promit des baisses d'impôts que l'on n'avait pas demandées: ce sera dès 2014, mais aussi en 2015. Il prend le risque - il l'a déjà pris - de rendre complètement illisible la politique de redressement des comptes publics sur laquelle il a été pourtant élue. 
"Qu'est-ce qu'on fait de ces économies (budgétaires) ? ... Et bien... on fait en sorte de les investir dans les entreprises, pour qu'il y ait de l'emploi... et puis on fait en sorte que les Français payent moins d'impôts."
Aucun des deux journalistes n'a osé rappeler au Président la répartition des sommes entre ces deux catégories: deux tiers des 41 milliards d'euros d'économies seront des exonérations de charges sociales pour les entreprises... Un "investissement" comme l'appelle Hollande...

François Hollande sait rester aussi flou que Jacques Chirac: "il faut être prudent". Les chiffres ne sont pas calés. Le président stresse pour son déficit. Il ne s'engage sur aucun nombre de ménages à exonérer de l'impôt sur le revenu.

Sarkozy, Valls
Comme hier Jacques Chirac, François Hollande a du justifier ses relations avec un encombrant ministre: Manuel Valls, ex-ministre de l'intérieur devenu chef du gouvernement en avril après une débâcle municipale incroyable, reprend le rôle, jusqu'au verbe, jadis tenu par Nicolas Sarkozy encombrant ministre de l'intérieur à qui son président refusa Matignon.
"Si j'ai choisi Manuel Valls, c'est parce qu'il met de l'efficacité, il met de l'organisation, et il met aussi de la rapidité."
A la différence de Chirac, Hollande suit de près son premier des ministres. Le 14 juillet 2004, Chirac déclarait à propos de Sarkozy "je décide, il exécute". Hollande préfère ne laisser aucun espace de "rupture" à Manuel Valls: "il n'y a rien qui peut nous séparer sur cet objectif (la réussite) et sur les moyens".

Comme hier Jacques Chirac, comme d'ailleurs tous ses prédécesseurs à l'Elysée, François Hollande personnalise encore davantage son exercice du pouvoir. L'emploi répété du "je", les mains tranchant l'air, la posture toute entière sont tendus vers cet objectif, montrer qu'il est enfin monarque.

Jacques Chirac devait commenter ses propres ennuis avec la justice. François Hollande commente, peu, ceux de Sarkozy. Cela devait d'ailleurs réjouir son prédécesseur corrézien. Nicolas Sarkozy, l'ancien félon de la Chiraquie, est désormais rattrapé par ses propres affaires. "Je ne vais pas faire de commentaires. Je vais poser les principes : le premier, c'est l'indépendance de la justice." Et Hollande eut ce plaisir que Chirac n'eut pas, pouvoir commenter les affres judiciaires du rival agité: "laissons la justice faire son travail , et surtout, ne la soupçonnons jamais."

Comme Nicolas Sarkozy, François Hollande pense à 2017, mais ne l'évoque pas publiquement. Comment en serait-il autrement ? "Je ne me pose pas cette question". Il paraît que des réformes de gauche sont prévues pour la fin du quinquennat: redistribution et droit de vote des étrangers. On n'oserait croire qu'il ne garde cette dernière pour 2016 que pour mieux se garder Marine Le Pen au chaud du second tour.  

Vraiment ?




Hollande : avec Valls, "rien ne peut nous séparer" par 6MEDIAS

14 juillet 2014

Montebourg invente la relance sans pouvoir d'achat

C'était l'annonce de la semaine passée.

Décor bleu nuit, estrade et journalistes, au Centre de conférence Pierre Mendès France, à près du pont de Bercy à Paris. Arnaud Montebourg fait le show. Il a convié le banc et l'arrière banc des cercles médiatiques pour son annonce du moment, des patrons et des syndicalistes: il présente sa "feuille de route pour le redressement économique de la France."

On s'étonnera plus tard que l'annonce vienne que 2 ans, 2 mois et 4 jours après l'élection de François Hollande à la présidence de la République.

Le ministre use et abuse des formules qui claquent: "survie national", "compromis historique", "union sacrée", "forces de la Nation"... Sa faconde est connue. On se souvient de l'affaire Alstom. L'entreprise, privatisée sous Nicolas Sarkozy, menaçait d'être démantelée avant que Montebourg ne prenne tout le monde par surprise en annonçant une prise de participation de 20% et l'élargissement d'un décret Villepin sur les entreprises stratégiques. Le Canard Enchaîné, le 9 juillet dernier, nous informait que le ministre s'était planté sur le prix de rachat des actions Alstom à Bouygues. L'Etat ne pourra les acquérir au meilleur prix du marché, en Bourse, sous peine d'être obligé de lancé une OPA générale...

Revenons à l'opération estivale.

Dès la rentrée, promis, juré, craché, notre vaillant ministre présentera une "loi de croissance et de pouvoir d'achat destinée à restituer 6 milliards d'euros aux Français."

Six milliards d'euros de pouvoir d'achat ?  

On attend le détail. Montebourg précise. 
"Au total, avec cette loi de remise en mouvement de l'économie, nous espérons restituer l'équivalent de 6 milliards d'euros de pouvoir d'achat aux Français."
Mais où est le plan de relance ? 
En fait, il n'y en a pas. Montebourg s'est saisi d'une furieuse envie de dérégulation. On espère qu'il ne pense pas au secteur public. Le ministre est tout entier, lui aussi, convaincu de la politique de l'offre qui sévit à l'Elysée et à Matignon. Montebourg serait donc bel et bien Valls-compatible. Quelle surprise... Pour faire bonne mesure, il reformule le pacte de responsabilité et ses 50 milliards d'euros d'économies en "trois tiers": "un tiers pour la réduction du déficit, un tiers pour les entreprises, et un tiers pour les ménages par la baisse de la pression fiscale. " Quelle habileté !
Dans sa conférence, le ministre se félicite du succès du CICE, et des progrès des "marge des entreprises", plus de 1,3 point sur 1 an. "Cet effort, il faut le poursuivre"... Qui croyait qu'Arnaud Montebourg démissionnerait du gouvernement pour prendre la tête d'une nouvelle opposition de gauche en vue de 2017 ? Valls, pardon, Montebourg loue le nouveau "compromis historique populaire" que le gouvernement veut nouer avec les entreprises.

Ce sont des mots.

La future loi Montebourg de l'automne risque d'être une première: la première loi sur le pouvoir d'achat sans aucune mesure de relance. La novlangue soc-lib fait des miracles.

Faute de pouvoir d'achat à "rendre" aux plus modestes, le ministre fait donc la chasse aux monopoles qui "captent par leur position des revenus à la population pour des services payés trop chers qui entament le pouvoir d'achat des ménages".
On croirait entendre Michel-Edouard Leclerc. Ou Jacques Attali, version commission des 40 experts installée par Sarkozy en 2008.

Le ministre de l'Economie, s'abrite derrière un rapport de l'Inspection générale des finances, il a trouvé des boucs-émissaires:  37 professions réglementées (huissiers, greffiers des tribunaux de commerce, certaines professions de santé, auto écoles, prothésistes dentaires, etc) dont la situation de monopole "pèse" sur le pouvoir d'achat.

C'était donc cela.
Le capitalisme génère la rente. Le phénomène est connu. Mais comment confondre la lutte contre la rente avec le redressement du pouvoir d'achat des plus modestes. Combien sont-ils, parmi ces Français précaires qui ont du mal à payer leurs factures, sans un centime à économiser, à recourir aux notaires, aux greffiers de justice ou au service d'un avocat ?
"L’esprit de Franklin Roosevelt souffle à Bercy."
Montebourg ne s'attaquait même pas tel un Roosevelt du XXIème siècle, à quelques grandes compagnies. Non, il reprenait l'antienne de Jacques Attali en 2008, en fustigeant quelques métiers organisés, des "professions réglementées". Assez vite, quelques représentants de ces professions ont rappelé la justification de leur existence. Ainsi L'Union nationale des professions libérales (huissiers, avocats, greffiers, etc) a-t-elle rappelé que  " les professions réglementées obéissent à des règles déontologiques, lesquelles proscrivent le recours à la publicité. Certaines d'entre elles assument des missions de service public, et d'autres, lorsqu'elles sont conventionnées, pratiquent des tarifs administrés, excluant la concurrence par le prix que voudrait stimuler la future loi ".

Car la question se pose: le plan du ministre se résume-t-il à propager la concurrence là où elle n'existe pas ?
"Le plan de bataille pour le redressement économique de la France tient en 3 priorités :
  1. Lutter contre les rentes et redistribuer du pouvoir d'achat ;
  2. Investir dans les infrastructures et transformer le pays ;
  3. Réinventer le financement pour remplacer l'argent public, devenu rare."
Vous êtes prévenus.

Dernier socle de l'intervention montebourgeoise, l'investissement. Il a trouvé la solution miracle: orienter l'investissement privé vers des besoins publics: "L'argent public, devenu rare, fait levier sur l'investissement privé."

Il y a bien sûr la BPI, qui fédère et intervient dans toutes sortes d'entreprises - 3000 en deux ans. On applaudit.

Arnaud Montebourg avait lancé 34 chantiers industriels en septembre 2013, sans argent ni moyens publics. Quelques jours avant la fête nationale, lors de sa 6ème réunion, le comité de pilotage des plans de la Nouvelle France industrielle a "validé" les 7 dernières feuilles de route ce ces grands plans colbertistes; ça sentait bon la Nouvelle France industrielle, sortez les drapeaux et chantez la Marseillaise. La France est de retour !

"Ces plans signent le retour de l’État stratège et planificateur pour la réindustrialisation du pays. Ils démontrent également que la France est une grande nation industrielle, capable d’être pionnière dans la troisième révolution industrielle, au carrefour des transitions écologique et énergétique d’une part et digitale et numérique d’autre part."
L'intention était louable, mais la mise en oeuvre inconséquente. Il fallait chercher en quoi ces plans allaient changer quelque chose. Les descriptions sont simples, les objectifs tout autant. Mais 10 mois plus tard, on cherche les moyens. Il y en a peu.

La Hollandie fauchée économise pour réduire les impôts et les cotisations de l'Etat providence.

Où est passée l'audace ? 



Lire aussi:

12 juillet 2014

375ème semaine politique: Hollande change de lunettes, en vain.

Il a changé de lunettes. Mais voit-il mieux ? Hollande ressemble à Chirac. Le premier détestait la finance, l'autre voulait lutter contre la fracture sociale. 

Les deux ont fini par préférer baisser les impôts de certains.

Conférence sociale, sans rire.

Sa conférence sociale fut ratée. Passée la première réunion, lundi, en présence de François Hollande, la plupart des syndicats de salariés ont jeté l'éponge. La CGT puis Force Ouvrière, la FSU et Solidaires ont claqué la porte. Il paraît que le président paru "K-O debout".
"Le pacte de responsabilité met en danger notre protection sociale." Thierry Le Paon, secrétaire général de la CGT, 7 juillet 2014.
Il y tenait pourtant, à cette grande conférence, forcément "sociale", un grand moment du quinquennat. Ce fut donc un fiasco. Le Pacte irresponsable, une gigantesque exonération de charges sociales pour l'essentiel en faveur des entreprises au nom du Dieu Compétitif, a laissé des traces, fait des dégâts. Pire, le premier des ministres a jeté quelques pavés dans une marre trop pleine en annonçant un report de la mise en place du compte pénibilité à 2016.

Lundi, Hollande a tenté de rabibocher quelques syndicats heurtés à sa cause, en vain. Il a d'abord promis des "assises de l'investissement", à l'automne. Il voudrait placer son quinquennat au-delà de son propre horizon politique. Il a eu quelques incantations en faveur de "l’économie productive". Seconde annonce, son ministre du Travail - celui-là même qui suggéra le premier de lever l'application des seuils sociaux - allait coordonner une négociation patronat-syndicats sur la modernisation du dialogue social.

Premier camouflet social. Valls masque. Lors de son discours de cloture d'une conférence sociale ratée, le premier ministre n'a pas rappelé pourquoi il était essentiel, pour lui, de geler les prestations sociales jusqu'en 2017. On connaît la réponse. Ce socialisme de l'offre est une alternance qui ne dit pas son nom. Un glissement politique évident mais non assumé. C'est une nouvelle alternance, sans le dire, sans vote, sans alliance. Valls s'inquiète du "refus de dialogue". Il promet "la loi de finances pour 2015 organisera une baisse de l'impôt sur le revenu des classes moyennes." Et réactive une aide à l'apprentissage (1 000 euros par apprenti embauché), que le gouvernement Ayrault avait réduite.

Pour la première fois depuis 2008, la France a déploré moins de faillites d'entreprises au second trimestre 2014. Michel Sapin, ministre des finances, se réjouit. Il croit drôle de clamer que notre amie pourrait être la finance.

Les députés socialistes frondeurs n'ont pas osé voter contre la première tranche de ces économies qui servent à financer des exonérations de charges patronales: ils se sont simplement abstenus sur ces 9 milliards d'euros de moins dans le budget de la Sécu. Ils n'étaient qu'une trentaine, c'est déjà ça. La gauche d'opposition devrait prendre date plutôt que de railler.

Manuel Valls travaille son anti-hollandisme présidentiel. 2017 n'est plus loin. Il lui reste quelques soutiens.

Deux jours après, il présente son "Grand Paris à lui", le chantier du "Grand projet métropolitain" qu'il veut chapeauter en direct. Il y a aussi cette loi, curieuse, qui réactive la surenchère sécuritaire contre un "phénomène" marginal, les quelques centaines d'illuminés qui partent faire le Djihad en Syrie.

Hollande rate Gaza
Hollande doit réagir. Israël bombarde à nouveau Gaza. Un assassinat par ci, une répression par là. Tsahal bombarde, lourdement et sans détour. Hollande s'émeut. Sarkozy serait allé sur place pour embrasser l'actuel premier ministre d'extrême droite au pouvoir au sommet de l'Etat hébreu, Benyamin Netanyahou.  Hollande s'émeut si doucement qu'on se demande s'il a compris ce qui se passe là-bas.

Quel conseiller diplomatique élyséen a pu écrire qu'il "appartient au gouvernement israélien de prendre toutes les mesures pour protéger sa population" ?  Hollande a même confié
qu'il avait exprimé à Netanyahou "la solidarité de la France face aux tirs de roquettes en provenance de Gaza". La situation locale toujours explosive méritait mieux. Les raids israéliens ont tué 25 civils jeudi.

Mercredi, François Hollande fait José-Manuel Barroso Grand officier de la légion d’honneur. Décorer l'architecte médiocre du néo-libéralisme européen n'est pas cocasse, mais ahurissant.

Jeudi, le président file sur une étape du Tour de France. L'équipe de football a été éliminée de la Coupe du monde brésilienne. Il reste le cyclisme pour motiver la "confiance". Hollande a le souci d'honorer les poilus.

Son ministre de l'Economie a une grande annonce, une "loi de croissance et de pouvoir d'achat pour restituer 6 milliards d'euros aux Français"... Fichtre ! On frémit ! L'heure est grave. On cherche les mesures, elles ne seront connues qu'à l'automne.

Sarkozy, Al Capone
On a oublié l'essentiel. Al Capone est tombé sur une affaire fiscale.

Cette semaine fut aussi celle de Sarkozy. L'ancien monarque est revenu d'outre tombe... Lundi, son propre avocat et deux magistrats sont placés en garde à vue. Les écoutes téléphoniques du début de l'année ont permis de découvrir que Sarkozy s'était renseigné sur les enquêtes en cours le concernant. Pire, dans la semaine, une seconde enquête débute, pour abus de confiance. L'ancien monarque s'est fait rembourser ses pénalités de l'année dernière, un peu moins de 400 000 euros pour avoir triché sur les plafonds de dépenses de campagne présidentielle.

Mercredi à 2 heures du matin, Sarkozy est inculpé pour corruption active, trafic d'influence actif et recel de violation du secret professionnel, après 14 heures de garde à vue où il avait emporté les 3 Mousquetaires pour passer le temps. Le soir même, il s'indigne à la télévision, sur TF1, et à la radio, Europe 1. Notez qu'il a choisi deux stations privées pour exprimer son dégout d'avoir été traité comme un citoyen normal. Cette semaine Sarkozy voulait être anormal. 

Un ancien président est inculpé pour corruption active. 

Ses fidèles s'agitent. Rachida Dati ressort de sa mairie bourgeoise du 7ème arrondissement de Paris pour re-déclarer sa flamme, par flemme. Brice Hortefeux profite d'une session festive et financée on-ne-sait-comment par la Droite forte, pour expliquer combien Sarkozy reste incontournable. Henri Guaino, ancien conseiller présidentiel, parait-il gaulliste, et député parachuté dans les Yvelines plus à droite que Neuilly, clame qu'il faudrait interdire les syndicats de magistrats.

Sarkozy, terminator de l'UMP ? L'ancien monarque est en passe de couler son ancien parti. A coups de subventions personnelles sur fonds ministériels, il s'était pourtant acheté les faveurs d'une large fraction de la droite ces dernières années. L'Etat publie d'ailleurs comment la réserve ministérielle de 2011, soit 33 millions d'euros, a été consommée en Sarkofrance: 96% pour l'UMP, dont 2 millions pour le félon Fillon. Dans la semaine, Sarkozy s'amuse sur la littérature dans les colonnes de Paris Match. L'opération de communication est facile.

"Je peux croire au retour, ça ne veut pas dire que je crois au mien" Nicolas Sarkozy.

Même Copé s'inquiète que l'UMP ne devienne inaudible. Le déballage est effectivement si massif qu'on peut penser que l'UMP toute entière sombre. La direction lance une enquête interne pour comprendre d'où viennent les fuites. Quelques jours avant la publication d'un bilan financier détestable, le 8 juillet, les révélations sur la gabegie umpiste encombraient la presse: 24.000 euros de voyage "professionnels" pour l'épouse de l'ex-président Copé, un salaire de semi-PDG pour l'assistant Geoffroy Didier de Brice Hortefeux, ... il y avait même un intriguant déplacement en jet privé pour Nicolas sarkozy à bord d'un avion précédemment utilisé pour un transit de cocaïne... Sans blague...

L'UMP souffre d'une dette abyssale de près de 75 millions d'euros au 30 juin 2014.

Ces gens-là donnent encore des conseils politiques de bonne gestion. 

Sans rire.

Jacques Toubon, le choix de Hollande, remporte haut la main les auditions parlementaires pour devenir Défenseur des Droits. Il avait toutes les explications nécessaires pour justifier de ses votes contre l'abolition de la peine de mort ou la légalisation de l'homosexualité. Grand bien lui fasse, misère pour la Vème République.

Hollande a changé de lunettes. Il a choisi un modèle danois. Quelle bonne idée...

La France broie du noir.

Besoin d'une vision nocturne ?



Crédit illustration: DoZone Parody

11 juillet 2014

Le jour où Sarkozy a donné 2 millions d'euros à François Fillon

J'aimerais que François Fillon rembourse l'argent qu'il m'a pris.

Je suis comme d'autres contribuables.

François Fillon est le second bénéficiaire de la réserve ministérielle pour l'année 2011. Son patron Nicolas Sarkozy, lui a ainsi octroyé 2,1 millions d'euros.

Pour faire quoi ?


On ne sait pas.

Grâce à un militant résidant dans la commune de Jérôme Cahuzac, le gouvernement avait déjà publié l'allocation de la "réserve" parlementaire environ 150 millions d'euros annuels que nos députés et sénateurs se mettent de côté pour financer leurs collectivités locales (vive le cumul des mandats !), mais aussi les associations de leur circonscription.

Cette semaine, le détail d'une autre enveloppe budgétaire tout aussi discrète, la réserve dite ministérielle, a été dévoilé, soit 33 millions d'euros au total pour l'année 2011

En 2008, Nicolas Sarkozy nouveau président avait fait main basse sur l'essentiel de ce budget discrétionnaire. Il a arrosé son camp, les fils de ses proches, ses proches également. Il s'est acheté la droite et le centre.

En 2011, le premier bénéficiaire fut François Baroin. S'octroyer les faveurs du plus chiraquiens de la Chiraquie a un prix, trois millions d'euros pour alimenter son clientélisme local.

Comme le remarque le Figaro, la droite empoche l'essentiel de la cagnotte: "96 % (31,65 millions d'euros) pour la droite et le centre rassemblés. Les élus UMP engrangent à eux seuls 86 % de la cagnotte (28,36 millions d'euros)."

Mais c'est le second bénéficiaire qui nous interpelle. 

Il s'agit de François Fillon, alors premier ministre. Il touche 2 millions d'euros de ce budget discret, pour ses bonnes oeuvres locales. Le même a choisi aujourd'hui une ligne franchement thatcherienne et brutale à l'encontre de la dépense publique. Tribune après tribune, il ne cesse de clamer qu'il faudrait rogner sur l'assistance sociale, l'assurance maladie, la durée légale du travail, le nombre de fonctionnaires, la dépense publique en général.

Bref.

Qu'il s'applique ses remèdes de cheval à son propre canasson.

Qu'il nous rembourse.

Imaginez ce jour, le jour où Nicolas Sarkozy a donné 2 millions d'euros à François Fillon. L'a-t-il prévenu ? Y-a-t-il eu négociation ? On devine le dialogue.

Simple citoyen contribuable, je pose quelques questions que le Figaro ne pose pas.

A quoi ont servi les 2 millions d'euros que l'actuel candidat à la présidentielle de 2017 a récolté cette année-là ? 

A-t-il reçu la somme chaque année de ce quinquennat sarkozyste, soit 10 millions d'euros au total ?

J'aimerai que François Fillon rembourse l'argent qu'il nous a pris, puisqu'il fustige si fortement la dépense publique.

C'est une question de cohérence, et d'éthique.


10 juillet 2014

Quand l'UMP a des problèmes de factures

Suite, mais pas fin, du feuilleton estival, l'UMP réjouit la galerie médiatique, mais terrifie son électorat. Le ménage, deux ans à peine avant la grande compétition présidentielle de 2017, a quelque chose de suicidaire, et de fascinant à la fois.


"Je règle mes factures moi-même"
 Il l'a exhibée, dans le mini-studio de France info, mardi 8 juillet. Xavier Bertrand a exhibé la facture de son séjour familial à Center Parcs, en décembre 2010.




Xavier Bertrand : "Je règle mes factures moi-même" par FranceInfo
Sur France Info, Xavier Bertrand s'est félicité de sa rigueur quand il dirigeait le parti. Mardi 8 juillet, le bilan comptable de l'ex-parti majoritaire était publié. Quelle catastrophe. L'UMP est au bord de la faillite. A la fin de l'année 2013, sa dette financière était de 79,1 millions d'euros, soit 40 millions d'euros par rapport aux fonds propres de l'entreprise. D'après le cabinet en charge de ces évaluations, il n'y a pas lieu de craindre une cessation de paiement: à fin juin 2014, la dette était ramenée à 74,5 millions.

Le fonctionnement annuel du parti coûte environ 15 millions d'euros. Il y avait suffisamment de précaires embauchés pour éviter tout plan social (sans commentaires). Ensuite, l'UMP va réduire de moitié ses dépenses de communication politique, un budget "maigrichon" ... de 19 millions euros annuels.

Copé ne règle pas toutes les factures
D'autres factures, plus graves, font défaut. Nicolas Sarkozy, comme d'autres avant et après lui, avait fait broyer les archives comptables de l'UMP.

Quelques fillonistes ont laissé fuiter quelques croustillantes informations. Comme ces 24.000 euros de voyages en avion réglés pour que Mme Nadia Copé puisse accompagner son mari de président. Ou ces 8.500 euros mensuels versés au jeune Geoffroy Didier, en sus de ses indemnités d'élu local, en tant qu' "assistant de Brice Hortefeux". Ce cher Didier, l'un des cofondateurs de la droite forte, n'a jamais de mots assez durs contre la fonction publique et le gaspillage. Rappelons que l'UMP est, comme tous les partis politiques nationaux, subventionné par l'Etat.

Geoffroy Didier est un cadre sup de la hiérarchie sarkozyste: outre ses indemnités de conseiller régional, et ce généreux salaire de l'UMP, il a également officié comme consultant en communication pour Bygmalion.

Il faut reconnaître à l'ancien président, destitué le 15 juin dernier, d'avoir sabré dans les dépenses. Les frais de communication ont été réduit de 33 à 3 millions d'euros entre 2012 et 2013; les frais de déplacement de 10 à 1 millions d'euros. Copé a aussi réduit les subventions aux micro-partis personnels qui entouraient l'ex-parti sarkozyste. Certains ont sauvé leurs mises:
- le parti chrétien-démocrate de Christine Boutin: 25 000 euros (versus 660 000 euros en 2012)
- le "mouvement initiative et liberté" (MIL), un "prolongement" du Service d'Action Civique (SAC):  20 000 (versus  200 000 en 2012)
- le Rassemblement Pour la France (RPF), fondé par Charles Pasqua: 50.000 versus 126 000 euros en 2012.
"Dialogue et initiative",  de Jean-Pierre Raffarin, : zéro en 2013, versus 85 000 euros l'année précédente.
- le Chêne, de Michèle Alliot-Marie, : zéro en 2013, versus 60 000 euros en 2012. 
Cela n'a pas empêcher la dette de s'envoler vers les 76 millions d'euros. C'est là le drame. L'UMP démarre sa reconquête du pays... sans argent.

Où est passé le Premier Cercle ?

Sarkozy fait régler ses factures par d'autres
La justice a ouvert une nouvelle enquête préliminaire sur Nicolas Sarkozy. On s'en doutait depuis quelques jours. L'UMP a réglé  363 615 euros de pénalités dues par Nicolas Sarkozy à cause de sa fraude aux règles de financement électoral en 2012, sanctionnée par le Conseil Constitutionnel en juillet 2013. Le président de la Commission nationale des comptes de campagnes et des financements politiques (CNCCFP) a expliqué le problème: ces amendes " s’adressent au candidat lui-même, qui est responsable de son compte".

Pour la justice, il pourrait y avoir  abus de confiance. C'est une accusation très précise.
"L'abus de confiance est le fait par une personne de détourner, au préjudice d'autrui, des fonds, des valeurs ou un bien quelconque qui lui ont été remis et qu'elle a acceptés à charge de les rendre, de les représenter ou d'en faire un usage déterminé.

L'abus de confiance est puni de trois ans d'emprisonnement et de 375 000 euros d'amende." Article 314-1 du Code pénal.
Quelques sarkozystes dénonceront un "acharnement" de la Hollandie toute entière contre Nicolas Sarkozy.

Ce sont les commissaires aux comptes de l'UMP "qui ont saisi le parquet de Paris à ce moment-là, en vertu de l'article 40 du code de procédure pénale", rapporte le Monde.

Et la France ?
La France n'a pas encore réglé toutes les factures de l'UMP: une dette publique qui glissera vers les 2000 milliards d'euros à la fin de l'année, un chômage durablement installée, des comptes publics déséquilibrés par une décennies de dérégulation et d'exonérations fiscales en tous genres.

Qui dit mieux ?