19 juillet 2014

376ème semaine politique: quel quinquennat Hollande peut-il réussir ?

C'est lui le "boss". Et ça y est, son quinquennat a pris sa tournure définitive, un mélange de Chiraquie et de Sarkofrance.

A l'Elysée Hollande se chiraquise à grande vitesse. Mais il tient en laisse ses ministres, lesquels singent toujours davantage, jour après jour, les bêtises et errements de l'ex-Sarkofrance.


Bienvenue en Chiraquie
La veille, dans les colonnes du JDD, Manuel Valls s'est auto-félicité, premier nombril de France... "Les Français me créditent pour ma fermeté dans la méthode (…) Les Français savent que les résultats sont parfois long à obtenir mais ils valorisent l’action".
Lundi 14 juillet, Hollande est à la télévision, devant ces deux journalistes choisis. Nous sommes en France, c'est le président qui choisit ses contradicteurs médiatiques.

La ressemblance physique avec Jacques Chirac est devenue frappante depuis qu'il a changé de lunettes. Hollande dépasse même son mentor corrézien. On comprend que Hollande réalise avec Valls ce que Chirac n'a pas jamais su faire avec Sarkozy.

Comme Chirac il y a 10 ans, Hollande plaide le travail accompli, et promet des baisses d'impôts pour les classes moyennes. Mais contrairement à Chirac, Hollande sait suivre son premier ministre à la culotte. Il ne lui donne aucun espace pour créer une fausse rupture. Il reprend à son compte la "rapidité" de l'ancien ministre de l'intérieur, son"efficacité", son sens de l"organisation". Il n'y aurait pas l'épaisseur d'une feuille de cigarette entre les deux hommes. Bref, Hollande étouffe Valls sous un édredon de complicité peut-être factice qui empêche à l'hôte de Matignon de se construire une trajectoire personnelle autonome vers 2017.
"Il n'y a rien qui peut nous séparer sur cet objectif (la réussite) et sur les moyens". Hollande à propos de Valls, le 14 juillet 2014.
Il y a une conséquence politique désastreuse à cette habileté tactique: une course à droite qui rend Chirac presque gauchiste. Durant quarante minutes d'interview complaisante, Hollande assène ses convictions en faveur du Dieu Compétitivité, de son Pacte irresponsable, ses quarante milliards de baisse de charges sociales, et ses 60.000 destructions d'emplois.

La Cour des Comptes livre son désormais traditionnel bilan des dépenses de l'Elysée. Elle salue "le recours à des marchés publics pour les achats de la Présidence", qui "constitue désormais la règle". On se souvient du scandale des sondages de l'Elysée - 1,5 millions d'euros confiés à Patrick Buisson par les services de Nicolas 1er pour des sondages clandestins. L'Elysée coûte encore 101 millions d'euros annuels, c'est 10% de moins que du temps de la dernière année de Sarkozy. Sarkozy, justement, faisait encore parler de lui. Son dernier héritier, le jeune Louis, raille le fils Trierweiler sur Twitter.

Internet, c'est vraiment formidable.

Les chiens de Sarkozy
Leurs deux clébards ont ravagé le mobilier élyséen au point d'indigner les sages du Mobilier national.  Nicolas et Carla ont quitté le Palais sans payer la note. On parle d'une dizaine de milliers d'euros annuels de réfection; Sarkozy est d'ailleurs un récidiviste de la dégradation canine non réparée. Le même Mobilier national se souvient de son passage à Beauvau quand il fut  ministre de l'intérieur de Jacques Chirac. Cette goujaterie est une autre facette du Bling Bling décomplexé d'un ancien monarque désormais mis en examen.

A droite, on se lâche. "Sarkozy finira devant la justice mais pas devant les Français" explique François Fillon.

D'autres prient ou applaudissent au retour pourtant non confirmé de Nicolas Sarkozy. Le Figaro publie cet improbable sondage sur les "sympathisants" de l'UMP. L'ancien Monarque serait encore plébiscité, à 60%, pour la campagne de 2017. Deux jours avant, Alain Juppé confiait l'irréparable, l'UMP compte à peine 150.000 adhérents. Mais il parait que les adhésions affluent, près de 40.000 supplémentaires en un an. Ce serait un "effet Sarkozy", plaident les fans de l'ancien monarque. Une proche explique que Sarkozy aimerait raccrocher les centristes, on croit rêver. Ce serait "Retour vers le Futur", c'est-à-dire le passé, il y a 12 ans. Une reconstitution de ligue dissoute, quand l'UMP était créé sur la fusion du RPR et de l'UDF.

"My boss is an asshole"
Hollande fini la semaine loin, en Afrique. Il s'épargne un début de canicule. Il fuit les débats européens. L'Union a été incapable de se choisir ses Commissaires, et même un Président du Conseil. Trop de disputes sur les candidats. Pierre Moscovici, ex-glandeur de Bercy dégagé en avril dernier du gouvernement, ronge son frein.

En Côte d'ivoire, Hollande rencontre des opposants. Au Tchad, il soigne l'allié stratégique. Il ne se prive pas d'une pique contre son ministre du redressement productif. Une semaine avant, Montebourg avait fait son show à Bercy, une grande conférence avec discours fleuve et belles formules contre le "conformisme" et les "professions règlementées".  Le ministre de l'économie avait inventé la relance sans pouvoir d'achat, et une répartition "en trois tiers" des 50 milliards d'économies qu'Hollande veut faire subir au pays: un tiers pour le désendettement, un deuxième tiers pour les ménages, le dernier tiers pour les entreprises. Hollande balaye brutalement l'argument: "cette règle des trois tiers n'est pas nouvelle, élude François Hollande. On ne sait d'ailleurs pas très bien à quoi cela correspond. Nicolas Sarkozy avait essayé de l'utiliser".

Comparer Montebourg à Sarkozy, il fallait le faire.

A Gaza, une trêve de courte durée s'impose après 200 morts en 10 jours de bombardements. Mais elle cède la place à une intervention terrestre. On voit des enfants palestiniens morts sous les bombes, tués en direct sous les caméras occidentales. Le Hamas balance ces roquettes sur les villes. Fachos israéliens contre excités du Hamas, cet embrasement enterre l'idée d'une coexistence.

En France, Laurent Fabius bafouille quelques incantations maladroites: "Pour que la trêve soit durable, elle doit répondre aux besoins légitimes d’Israël en matière de sécurité comme aux besoins humanitaires et économiques palestiniens." Manuel Valls commet l'erreur, encore une, de vouloir décourager les manifestations pro-palestiniennes. En cause, un "risque de débordements"...

Deux poids, deux mesures ? "Les réacs pour tous" n'ont pas souffert de la même fermeté quand ils manifestaient contre le mariage homosexuel l'an passé malgré des débordements récurrents et des slogans ignobles.

On ne fait plus dans la finesse. Le débat est confisqué. Israël serait un Grand Satan, le Hamas un mouvement social et pacifiste que d'aucuns accueilleraient presque dans on ne sait quelle Internationale protestataire. La réalité est plus grise. C'est une "guerre des monstres", rappelle Mediapart, Likoud contre Hamas, chacun nourrit son extrémisme de l'autre.

"Lost in Translation"
Des ministres se sont paumés en Sarkofrance.

Benoit Hamon aimerait qu'on se souvienne de sa trace au ministère de l'Education. C'est le lot de tous les ministres de ce sacerdoce. Il devient aussi ringard que Xavier Darcos, l'un de ses prédécesseurs sous Sarkozy. Cette semaine, il a proposé un truc bizarre, que les enfants dès 10 ans apprennent des rudiments de programmation informatique sur leur temps périscolaire. Hamon sera le ministre qui aura fait inculquer l'informatique des années 2010 aux futurs adultes des années 2030... 

Sa collègue de la Culture rame et souffre. Les intermittents, en guerre contre leur nouveau régime d'ultra-précaires, ont d'abord snobé une rencontre, puis l'ont empêché d'assister au festival d'Avignon. Aurélie Filippetti râle contre ces grèves qui "viennent perturber" aussi des spectacles pour les enfants.

Mais le pompon est décroché par Bernard Cazeneuve. Le successeur de Valls à l'Intérieur a pondu une loi "urgente" contre les "djihadistes de l'intérieur" qui autorisera l'Etat à interdire le déplacement de citoyens français si un juge, sans jugement contradictoire, le décide. Pire, sa loi anti-terroriste prévoit aussi le blocage des sites "terroristes" sur ordre administratif.

Sarko, sort de ce corps !


A Lille, une ancienne patronne du PS résume l'effarement.
"Il n'est pas trop tard pour réussir le quinquennat". 
Martine Aubry, 18 juillet 2014.

Mais lequel ?







Crédit illustrations: DoZone Parody

8 commentaires:

  1. « L'Elysée coûte encore 101 millions d'euros annuels, c'est 10% de moins que du temps de la dernière année de Sarkozy ». Un bel exemple des ambitions des libéraux socialos. Cela valait vraiment la peine d’élire à la présidence de la République l’homme du « changement, c’est maintenant ».

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  2. Je ne comprends pas ce besoin de comparer sans cesse ce nouveau gouvernement à Sarkozy. Faudrait sortir de ce référentiel.

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    1. c'est lui qui nous pousse à cette comparaison, sans se forcer...

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    2. Pas une journée sans que le nom de Sarkozy ne soit cité... Il a tellement semé qu'il récolte.

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    3. Que Sarkozy serve d’étalon de mesure à la politique d’Hollande en dit long sur les points communs de ces deux zélés serviteurs des riches et de la finance : même idéologie, même servilité, même communication …

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  3. 2 ans après on en est encore à compter sur les "affaires" Sarkozy pour faire passer la pilule. Les français ont voté pour un changement pas pour se retrouver avec de pâles copies incapables de gérer une situation complexe.

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  4. Je pense que le contenu du programme de codage informatique pour l'école primaire est un sujet important et emblématique. Encore, une fois, un effet d'annonce, mais on ne sait pas ce que les bambins vont apprendre. Peut être le Cobol en CE1 et le Basic au CP ? Mais le sujet n'est pas creusé, tout le monde se contente des effets de manche.

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  5. Comparer Montebourge et Sarko il fallait oser...
    Pas tant que ça...
    Ils ont beaucoup de points communs, la gesticulation, le discours à contre temps, le ouacisme ( lashkmi mittal c'est un peu le rom de service de Montebourge, la réussite industrielle et financière en plus), l'inculture....

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