15 juillet 2014

14 juillet: Hollande, à droite de Chirac ?

La ressemblance physique est devenue frappante depuis qu'il a changé de lunettes. Hollande rejoint Chirac. Mais la comparaison ne s'arrête pas. L'attitude personnelle et l'action politique se complètent.
 Hollande réalise avec Valls ce que Chirac n'a pas su faire avec Sarkozy.

 

Terrifiant.

 

François Hollande s'est livré au traditionnel entretien télévisée du 14 juillet devant deux journalistes choisis, David Pujadas pour France 2, Gilles Bouleau pour TF1.


Chirac, Hollande
Comme hier Jacques Chirac, François Hollande devait commenter les mêmes évènements au Proche Orient, à une décennie d'intervalle.
"Je suis tout à fait consterné par ce qui se passe actuellement au Proche-Orient." Chirac, 14 juillet 2006

"Israël a droit à sa sécurité et peut se défendre, mais Israël doit avoir de la retenue, de la réserve. Je ne veux pas dire qu'on est pro-palestinien ou pro-israélien, on est pour la paix." Hollande, 14 juillet 2014

Comme hier Jacques Chirac, François Hollande ne fut pas interrogé sur la fracture sociale, la précarité, les pauvres et les modestes. D'ailleurs, il n'évoqua pas lui-même spontanément le sujet. Il préféra défendre son Pacte de Responsabilité, mais aussi la "modernisation" du code du travail.

Comme Jacques Chirac, comme d'ailleurs tous ses prédécesseurs à l'Elysée, François Hollande a manqué de sincérité, il a joué à l'autruche, il a refusé de voir la réalité en face. Pujadas lui demande s'il ne s'est pas trop avancé un an avant en déclarant que la reprise était là, Hollande répond par une pirouette inacceptable: "La reprise est là, mais elle est trop fragile." Il suffisait de dire que non, la reprise n'était pas là. Que c'est encore la crise.

Le 14 juillet 2004, on entendait ceci dans la bouche de Chirac.
"Pendant deux ans, nous avons remis la France sur les rails en réhabilitant l'Etat (...), en engageant les réformes indispensables qui avaient été trop longtemps différées et en mettant en œuvre une politique de relance de la croissance pour le moment où elle viendrait."
Dix ans plus tard, jour pour jour, son successeur corrézien lui emboitait le pas, un pas plus libéral, comme un incroyable pied de nez à l'Histoire.

Comme hier Jacques Chirac, François Hollande était à l'Elysée parlant de la France comme s'il ne la gouvernait pas vraiment: sa saillie sur ces impôts, "sujet sensible", qui sont trop élevés, était assez exemplaire de cette distance.

Comme hier Jacques Chirac, François Hollande promit des baisses d'impôts que l'on n'avait pas demandées: ce sera dès 2014, mais aussi en 2015. Il prend le risque - il l'a déjà pris - de rendre complètement illisible la politique de redressement des comptes publics sur laquelle il a été pourtant élue. 
"Qu'est-ce qu'on fait de ces économies (budgétaires) ? ... Et bien... on fait en sorte de les investir dans les entreprises, pour qu'il y ait de l'emploi... et puis on fait en sorte que les Français payent moins d'impôts."
Aucun des deux journalistes n'a osé rappeler au Président la répartition des sommes entre ces deux catégories: deux tiers des 41 milliards d'euros d'économies seront des exonérations de charges sociales pour les entreprises... Un "investissement" comme l'appelle Hollande...

François Hollande sait rester aussi flou que Jacques Chirac: "il faut être prudent". Les chiffres ne sont pas calés. Le président stresse pour son déficit. Il ne s'engage sur aucun nombre de ménages à exonérer de l'impôt sur le revenu.

Sarkozy, Valls
Comme hier Jacques Chirac, François Hollande a du justifier ses relations avec un encombrant ministre: Manuel Valls, ex-ministre de l'intérieur devenu chef du gouvernement en avril après une débâcle municipale incroyable, reprend le rôle, jusqu'au verbe, jadis tenu par Nicolas Sarkozy encombrant ministre de l'intérieur à qui son président refusa Matignon.
"Si j'ai choisi Manuel Valls, c'est parce qu'il met de l'efficacité, il met de l'organisation, et il met aussi de la rapidité."
A la différence de Chirac, Hollande suit de près son premier des ministres. Le 14 juillet 2004, Chirac déclarait à propos de Sarkozy "je décide, il exécute". Hollande préfère ne laisser aucun espace de "rupture" à Manuel Valls: "il n'y a rien qui peut nous séparer sur cet objectif (la réussite) et sur les moyens".

Comme hier Jacques Chirac, comme d'ailleurs tous ses prédécesseurs à l'Elysée, François Hollande personnalise encore davantage son exercice du pouvoir. L'emploi répété du "je", les mains tranchant l'air, la posture toute entière sont tendus vers cet objectif, montrer qu'il est enfin monarque.

Jacques Chirac devait commenter ses propres ennuis avec la justice. François Hollande commente, peu, ceux de Sarkozy. Cela devait d'ailleurs réjouir son prédécesseur corrézien. Nicolas Sarkozy, l'ancien félon de la Chiraquie, est désormais rattrapé par ses propres affaires. "Je ne vais pas faire de commentaires. Je vais poser les principes : le premier, c'est l'indépendance de la justice." Et Hollande eut ce plaisir que Chirac n'eut pas, pouvoir commenter les affres judiciaires du rival agité: "laissons la justice faire son travail , et surtout, ne la soupçonnons jamais."

Comme Nicolas Sarkozy, François Hollande pense à 2017, mais ne l'évoque pas publiquement. Comment en serait-il autrement ? "Je ne me pose pas cette question". Il paraît que des réformes de gauche sont prévues pour la fin du quinquennat: redistribution et droit de vote des étrangers. On n'oserait croire qu'il ne garde cette dernière pour 2016 que pour mieux se garder Marine Le Pen au chaud du second tour.  

Vraiment ?




Hollande : avec Valls, "rien ne peut nous séparer" par 6MEDIAS

8 commentaires:

  1. Si si, on lui a bien demandé des baisses d'impots, mais celles qui proposent ne sont absolument pas crédibles puisque la dépense publique, elle, ne baisse pas. Cela promet donc la poursuite de l'instabilité fiscale et la hausse des prélévements obligatoires.

    De toutes façons, Hollande, en matière de fiscalité est non crédible.

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    1. vous avez tort. Hollande est sacrément crédible en fiscalité: les entreprises vont avoir leur baisse de charges.

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  2. J'avoue ne pas avoir eu le courage de regarder cette "interview" jusqu'à la fin, j'ai arrêté au passage sur Israël... Je partage ton analyse, et il faudra ajouter à cela le flagrant parti-pris néolib' des deux journalistes, en particulier Gilles Bouleau ("trop d'impôts, trop de règlementations sur le travail du dimanche, le SMIC est à l'origine du chômage,", etc). Cette interview était pathétique, autant pour l'image qu'elle renvoyait du pouvoir en place (impuissant et dépassé) que du journalisme des mass-medias en France (reflet de la pensée dominante et des élites et non d'un quelconque esprit critique).

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  3. " François Hollande ne fut pas interrogé sur la fracture sociale, la précarité, les pauvres et les modestes."

    Ben oui, faut pas gâcher la fête avec ces futilités !

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  4. Ca tient à peu de choses, la stature d’homme d’Etat ! Une nouvelle paire de lunettes et hop, l’affaire est dans le sac ! Hi, hi, hi …. Vive la démocratie .

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  5. " En politique, il y a souvent des problèmes sans solution " Barack Obama.

    Ce qu'un Président américain (qui, il est vrai, sait qu'il ne peut pas avoir de nouveau mandat) ose dire, aucun Président français ne l'ose.

    Mais, au fond : tous ceux qui appellent à voter Mélenchon ou Le Pen en sachant qu'ils ne seront jamais élus ne disent-ils pas, d'une certaine façon, la même chose ?

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  6. "Si la Gestapo avait les moyens de vous faire parler, les politiciens d'aujourd'hui ont les moyens de vous faire taire " (Coluche).



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