7 juillet 2014

Quand Manuel Valls fait du social "assumé".

Le premier ministre tient une conférence dite sociale les 7 et 8 juillet pour, paraît-il, poursuivre cette concertation initiée après l'élection du président Hollande en 2012.

Une conférence qu'il a introduit avec un bras d'honneur à l'égard des syndicats et les salariés en général.




Sauver la Sécu ?
Hasard ou coïncidence, la CNAM venait de livrer ses idées. Crise oblige, son déficit s'aggrave. L'organisme avait listé 25 mesures pour économiser jusqu'à 2,9 milliards d'euros en 2015. On notera qu'elle voudrait augmenter la part des médicaments génériques, une mesure dans douleur - bien au contraire - pour le portefeuille des  patients, surtout des plus modestes sans complémentaires de santé. L'idée est de mieux surveiller et éventuellement davantage sanctionner les médecins qui prescrivent des médicaments sans alternative générique.

Mais il y avait pire, les experts de la CNAM souhaitaient aussi réduire les séjours hospitaliers: 3 jours les séjours en maternité (contre 4,2 en moyenne), et 6 jours au lieu de 9 pour les séjours post-opérations des genoux et des hanches. Et après ?

Coup de théâtre, vendredi 4 juillet: les propositions ont été rejetées par le conseil d'administration de la CNAM, par l'alliance improbable et pour des raisons contradictoires, du patronat, de FO, de la CGT et de la CGC.

Provoquer les syndicats ?
Lundi, Manuel Valls introduit la seconde conférence sociale du quinquennat Hollande. Hollande sera là, pour quelques mots lundi après-midi. Le MEDEF couine qu'il n'y a pas assez d'allègements de charges. Les syndicats sont en rage.

Pour cette conférence, Manuel Valls avait en effet deux "cadeaux", et pas des moindres:
1. Le report de la prise en compte de la pénibilité pour le calcul de retraites anticipée, une demande du Medef.
2. La révision des seuils sociaux qui déclenchent des obligations de représentation du personnel aux entreprises. Francois Rebsamen, le ministre du travail, avait suggéré voici un mois d'en geler l'application pendant 3 ans...

Bref. Quand Manuel Valls organise une conférence sociale, il commence par un bras d'honneur aux syndicats, et deux cadeaux pour le Medef. "Avant la conférence sociale, Valls sème le trouble dans son camp", commente le quotidien le Monde.

La CGT a justement publié 94 propositions concrètesmise en place d’une Sécurité sociale professionnelle, renforcement du rôle et des prérogatives des CHS/CT, mise en Sécurité sociale pour l’ensemble des jeunes sans emploi, taxation des ruptures conventionnelles, instauration d’une obligation de formation pour les seniors passé 45 ans... La liste est longue. Certaines feront évidement hurler, comme le retour à la retraite à 60 ans.  

Manuel Valls n'a pas officiellement répondu. Pas une allusion, lors de son discours dimanche 6 juillet à Vauvert (Gard). Il était perché sur une estrade au soleil devant ses militants. "Oui, la réforme peut créer des déséquilibres" a-t-il tonné. Il revendique le "réformisme assumé".

On dirait du Sarkozy. Ou bien...
"Il faut dire la vérité".

Sans rire.

Manuel Valls termine ses 100 jours à Matignon. Lundi, la conférence sociale débute par un huit-clos avec François Hollande, puis une journée de cirque médiatique, ce mardi. Samedi sur RTL, il s'est affirmé convaincu qu'aucun syndicat, ni FO ni la CGT, ne boycotterait l'opération. Il n'a pas compris que les syndicats prennent aussi mal ses deux dernières initiatives. "Je n'ai pas cédé à je ne sais quel oukase (du MEDEF). (...) Les étiquettes, les idéologies, je ne les comprends pas, il faut être très pragmatique."

Mardi soir, il a promis de dévoiler la feuille de route sociale du gouvernement pour l'année à venir.

On est impatient.



10 commentaires:

  1. La France doit et peut faire des économies, la Sécu doit et peut faire des économies...et la CGT propose des dépenses sociales supplémentaires (on peut toujours trouver des dépenses sociales supplémentaires, on peut toujours en faire "toujours plus"), sans préciser comment elles seront financées: un syndicat "responsable" ?

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  2. On sait ce que veulent dire les déclarations du genre : « les étiquettes, les idéologies, je ne les comprends pas, il faut être très pragmatique » et qui sont ceux qui tiennent ce genre de propos : des libéraux qui veulent s’affranchir des lois, des règlements trop « contraignants » pour eux.
    Quant à la remarque sur les « économies » que doivent faire l’Etat et la sécurité sociale, vous avez sans doute noté que la baisse des rentrées fiscales, que le coût du chômage nous conduisent irrémédiablement à faire des coupes drastiques sauf à mettre en place une autre politique économique, sociale et budgétaire.
    Je me demande bien pourquoi le terme de « responsable » serait réservé aux libéraux adeptes des coupes dans les budgets sociaux, incapables de remettre en cause l’idéologie dominante du « laissez faire, laissez passer ».

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  3. Les budgets sociaux sont financés par l'économie d'un pays; dans une France au commerce extérieur chroniquement déficitaire et en voie de désindustrialisation et de chômage massifs, les budgets sociaux sont aujourd'hui financés par l'emprunt ( y inclus les allocations versées aux chômeurs), emprunt dont il faut ensuite payer les intérêts.

    La relance de la croissance par la hausse du pouvoir d'achat ne peut pas fonctionner, puisque, avec un commerce extérieur déficitaire, la consommation française profitera surtout aux pays dont nous importons les produits.

    La France n'est pas une île déserte vivant en autarcie: une politique économique et sociale doit tenir compte du monde tel qu'il est (mais on peut toujours se défouler en écrivant des commentaires)...ce que les très nombreux non-électeurs de Mélenchon ont très bien compris.

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    1. Les dépenses, comme les coupes budgétaires, qui les frappent d’ailleurs, relèvent de choix politiques. Donner de l’argent ou ne pas taxer une multinationale, ne pas taxer des produits importés, ne rien faire contre l’évasion fiscale, ce sont des choix politiques.
      Mettre en place des règles ultra-libérales en baissant continuellement l'impôt sur le revenu pour les riches, en maintenant des niches fiscales profitables pour les nantis, en faisant sans cesse des cadeaux aux adhérents du Medef, en ouvrant les frontières en grand ... et des principes et mécanismes défavorables à l'économie de notre pays, comme pour la monnaie unique, la soumission à la BCE ... est catastrophique pour notre pays, son économie et 90% de ses citoyens.
      Nul besoin d’être un non-électeur de Mélenchon, nouveau concept à la mode Elie Arié, pour s’en rendre compte ! Il suffit d’avoir les yeux ouverts, d’être conscient, simplement, pour comprendre qu’une seule chose paie : le rapport de forces. Ca commence là et ça s’arrête là. Point.

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    2. 5% des électeurs français vs le reste du monde

      quel combat en perspective

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    3. Les railleries ne fondent pas un argumentaire...

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    4. Ce commentaire a été supprimé par l'auteur.

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    5. Intéressante vision mathématique du monde, Bobby.
      Partant de ce principe aussi ridicule que simplissime, je propose qu’on fasse comme les Chinois, qui sont plus nombreux que nous. Ils représentent combien, les Chinois, en pourcentage, Bob ? Et le vote contre le TSCG, c’était combien en pourcentage, Bob ? Tu t’en souviens ou pas, Bob ?

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  4. Les pauvres s'offrent un riche pour la conférence sociale !

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  5. Après le beaujolais nouveau, voici le socialisme nouveau !
    Michel Sapin a déclaré dans une intervention aux Rencontres économiques d’Aix-en- Provence le dimanche 6 juillet 2014 : « Y-a-t-il une finance heureuse, au service d’investissements heureux ? Je l’exprimerai autrement et vous verrez ma part de provocation. Notre amie c’est la finance : la bonne finance ».
    Hé Elie, Sapin n’est pas non-mélenchoniste, il est socialiste, non ? Il a tout compris, lui : le côté moderne des socialistes, l’absence d’alternative économique, les remerciements qu’on doit aux patrons, le système qu’il faut remettre en cause ? T’es pas tout seul, Elie. Content ?

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