30 août 2014

382ème semaine politique: le jour où Hollande a perdu 2017

On se souviendra plus tard, longtemps, de cette semaine. Elle fut inattendue, mais peut-être inespérée, certainement décisive. Hollande a tenté un putsch au sein de son camp, un coup de force assez courageux et très détestable. C'était une escalade de plus, comme un long divorce qui aurait pu se dérouler à l'amiable mais s'aggrave finalement jusqu'à briser de la vaisselle et provoquer quelques formules irrémédiables.


Implosion
Cécile Duflot avait provoqué la première déflagration de rentrée, la semaine précédente, en racontant, livre à l'appui, combien son expérience de ministre avait été douloureuse. L'équipe Valls est d'ailleurs en passe de détricoter sa loi sur le Logement. Qui rappellera que l'encadrement des loyers, voté mais déjà remis en cause, était l'une des promesses du candidat Hollande ?

Samedi puis dimanche, Arnaud Montebourg et Benoit Hamon valident l'autre politique.

Puisque deux ministres d'un gouvernement prétendument efficace avaient choisi de dire combien la politique économique du gouvernement auquel ils appartenaient leur semblait contreproductive, ils sont débarqués le lendemain. Quelques heures durant, les deux futurs ex-ministres pensent encore pouvoir "lutter de l'intérieur". Mais le taurillon de Matignon dépose le lundi, dès potron-minet, la démission de son gouvernement tout entier. Aurélie Filippetti, à la Culture, jette l'éponge. Hollande file à l'île de Sein célébrer sous la pluie battante la Libération de 1944. Les images sont effroyables.

On ne plaisante plus. Hollande et Valls sont "sur la même ligne" nous assure-t-on à l'Elysée. "Enfin seuls !" titre avec justesse Politis.

La composition de la nouvelle équipe est sans surprise. C'est le gouvernement des derniers 1000 jours de ce quinquennat, une équipe politiquement rétrécie.

On peut applaudir la jeunesse enfin reconnue à des ministères clés - l'Education, la Culture, l'Economie. Le ministère du droit des femmes disparaît. Les écologistes refusent de participer. Et il faut se résoudre à l'évidence. La ligne politique accélérée depuis janvier sera amplifiée. Il y a encore quelques éditorialistes errant pour qualifier la chose de tournant libéral.

A force de tourner, on se perd.

Coup de force
La presse, et quelques autres s'amusent au procès facile d'Emmanuel Macron, le successeur de Montebourg à l'Economie. L'homme fut conseiller économique de Hollande, avant de rejoindre son ancien employeur, une banque, de surcroît dénommée Rotschild. Un ministre issu de la Banque ? Quelle horreur ! Le plus drôle est que la critique est également portée par d'anciens supporteurs de la Présidence des riches, les sous-ténors furibards de l'UMP, Nadine Morano et Christian Estrosi. Ce procès était inutile puisque les intentions du jeune homme sont connues. Il avait même livré une édifiante interview avant sa nomination que Matignon a du "recadrer" dès jeudi. Macron réclamait des "dérogations" aux 35 heures.

Macron ouvre son compte Twitter, embrasse Arnaud Montebourg à la passation de pouvoir, et le Monde le qualifie de "Joker de Hollande". Le spectacle était rôdé. Mais Macron n'est pas la question.

Le soir, Valls est sur France 2. "Nous ne menons pas une politique d'austérité !" Il maintient la ligne, malgré des impôts record, une dette à 94% du PIB, une croissance en panne et la déflation qui menace: 50 milliards d'euros d'économies pour financer 41 milliards d'euros de réductions de cotisations employeurs, sans contre-parties ni garanties. Sur l'implosion du gouvernement, c'est la faute à la gauche ! "le problème est venu de la gauche elle-même". Quand il rend les clés de son ministère, Montebourg lui rappelle l'évidence :"Il faut savoir quitter la scène quand on ne sait pas jouer plus longtemps la comédie."

Hollande a donc viré deux contestataires, et il laisse Valls creuser une tranchée irrémédiable sur sa gauche. 

Mercredi, le premier ministre intervient à l'université d'été du Medef. Ce fut une ovation. Valls enfonce le clou à coup de belles formules sur l'entreprise. Il quémande des embauches puisqu'il ne lui reste que cela. Un grand patron d'assurances réclame des "actes" à François Hollande, c'est-à-dire de nouvelles baisses de charges et d'impôts sur le capital.

Pour "accélérer les réformes", Valls poursuit le coup de force du président Hollande: un projet de "loi d'habilitation à procéder par ordonnances" va être présenté au Parlement. En gros, il s'agit de permettre au taurillon de Matignon d'avancer sans vote ni débat parlementaire sur des sujets tels que l'assouplissement du travail le dimanche, ou la libéralisation des professions dites réglementées.

Trouille à droite
Nicolas Sarkozy était trouillard. François Fillon l'a compris. C'est pour cela qu'il tape, et fort. Mardi soir, il fait sa rentrée, dans la Sarthe. Il rappelle son programme neo-thatchérien, de la fin de la durée légale du travail à la refonte du code du travail et un gigantesque plan social dans la fonction publique. Mais la hache frappe encore plus fort sur son ancien patron. Fillon désaggrège l'hypothèse d'un retour quand on a autant de casseroles judiciaires aux fesses: "quand on est à droite, il faut être droit", résume-t-il.

Le grand combat des primaires UMP s'annonce sanglant. Jeudi, l'un des fusibles de Jean-François Copé dans l'affaire Bygmalion se rappelle au bon souvenir de ses anciens patrons. Jérôme Lavrilleux, député européen, qui a confessé devant les caméras le système de surfacturations qui a permis au candidat Sarkozy de tricher une nouvelle fois sur ses dépenses de campagne présidentielle en 2012, prévient: "si on m'exclut de ce parti auquel j'appartiens depuis vingt-cinq ans, alors je reprendrai ma liberté de parole et je parlerai."

Le teasing est formidable !

Christine Lagarde, actuelle directrice générale du FMI, est mise en examen pour négligence dans l'affaire Tapie.

Sarkozy se terre.

Désespoir à gauche
Deux cents députés socialistes signent une tribune de soutien à François Hollande. Il en manque soixante-dix pour faire une majorité. Valls a promis de demander un vote de confiance à l'Assemblée. Mais il a peur. Pour preuve, il veut légiférer sans vote sur quelques sujets essentiels. Lui qui n'avait recueilli que 5% des suffrages aux primaires pourtant ouvertes du PS en 2011 estime avoir "le champs libre pour imposer ses idées aux parti". Le PS agonise, la gauche souffre.

Samedi, le Parti socialiste tient sa traditionnelle université d'été à la Rochelle. Après les évènements de la semaine, on en attendait du sang et des larmes. Christiane Taubira, qui est restée  fut l'invitée surprise des frondeurs, assises dans les premiers rangs d'une salle comble. Elle "assume".

Finalement, la gauche est en vrac, écartelée en quatre camps.

Il y a les opposants, irréductibles ou récents; les frondeurs socialistes ou écologistes; les silencieux - dont quelques ministres et leurs soutiens; et les fidèles qui s'accrochent à Hollande ou défendent par conviction le social-libéralisme imposé par le duo Valls/Hollande.



Les chiffres du chômage sont encore mauvais.

Qui est surpris ?





Crédit illustration: DoZone Parody

28 août 2014

Immigration: un clandestin tué par la police ?

Il est assez probable que nous aurions titré quelque chose de la sorte si la mort d'un clandestin que la police expulsait était intervenue sous Nicolas Sarkozy. Au cours de l'été 2007, la défenestration d'un jeune russe alors que la police frappait à la porte de l'appartement où il se cachait avait ainsi frappé les esprits.

 

Le même titre, sans conditionnel et à dessein, peut-être encore et malheureusement utilisé aujourd'hui.

 

Le 22 août dernier, un Algérien clandestin est décédé alors que la police l'expulsait du pays.

 

Le contexte a peut-être changé, pas les faits.


Au gouvernement, il n'y a certes pas le même discours haineux et "identitaire" qui nous a profondément choqué un quinquennat durant entre 2007 et 2012. N'en déplaise à certains, le ton a changé, le discours a changé. Il n'est pas généreux, mais il n'est plus haineux. Nicolas Sarkozy voulait créer des tribunaux pour étrangers, et lancer un référendum sur l'immigration en cas de réélection.

Relisons ce que nous lisions, ce que nous entendions au sommet de l'Etat, quotidiennement il y a encore 3 ans. La situation a changé.

L'actuel gouvernement fait encore et toujours procéder à des "éloignements", mais il y a même eu moins d'expulsions en 2013 que les 5 ou 7 années précédentes: 36.000 éloignements en 2012, mais à peine 27.000 en 2013: 27% de reconduites à la frontière en moins, mais 28% de régularisations en plus l'an dernier. Les conditions de naturalisation ont été assouplies. La franchise AME (Aide médicale d’État) et le délit de solidarité ont été supprimés. Les règles de régularisations ont été clarifiées, celles relatives aux parents d’enfants scolarisés ont été assouplies. Une loi sur le droit des étrangers va prochainement améliorer tout cela encore, en généralisant le titre de séjour pluriannuel pour l’ensemble des étrangers, après un an de séjour en France.

Et pourtant.

Tout ceci n'est que surface, pas grand chose d'autre. Nul besoin de sombrer dans la surenchère des uns ou des autres pour comprendre, mesurer, évaluer.

1.  Le gouvernement a d'abord procédé par circulaire, ce qui est plus rapide mais moins sécurisant qu'une loi. Aucune des lois passées sous Sarkozy-ministre et Sarkozy-président n'a été abolie. Il n'a pas non plus rétabli des lois antérieures, abolies par une décennie à droite, comme celle de 1998 qui garantissait un titre de séjour aux étrangers gravement malades mais privés de traitements dans leur pays d’origine. Il ne projette pas non plus de revenir au titre de séjour décennal./

2. Plus généralement, l'industrialisation de la rétention a-t-elle évolué ? Un an après l'élection de François Hollande, la CIMADE a publié un bilan très négatif pour le successeur de Nicolas Sarkozy. En 2014, l'association continue le bilan, forcément provisoire: "à l’heure où cet État des lieux 2014 est publié, soit deux ans après le début du quinquennat, du changement on ne peut que constater, au mieux une lenteur coupable face à l’urgence, au pire le renoncement ou le volte-face d’une politique publique qui s’inscrit en définitive dans la continuité. "

3. L'accueil en préfecture est toujours indigne. On y compte plus de 5 millions de passages d'immigrés chaque année pour obtenir des papiers. La majorité des papiers délivrés sont provisoires. Les préfectures sont ouvertes pour ces services environ 5 heures par jour, pas plus. La CIMADE estime à 708 euros la somme qu'un étranger dépense en moyenne pour obtenir des papiers. Contrairement aux fantasmes véhiculés par l'extrême droite et la droite furibarde, à peine 3% des visas sont délivrés pour des raisons médicales.

4. L'éloignement, sobre comme une horreur administrative, recoupe des opérations encore détestables qui, elles, n'ont pas changé de nature ni d'exécution. Un homme de 51 ans est mort des "suites d'un malaise", vendredi 22 août, alors qu'il était dans le fourgon de police qui l'amenait à Roissy pour y être embarqué dans un vol d'expulsion. L'instruction ouverte pour "homicide involontaire" dira peut-être les responsabilités.

En décembre 2012, Manuel Valls, alors ministre de l'intérieur, créée "la retenue pour vérification du droit au séjour".

5. La rétention des enfants fait toujours, et à juste titre, scandale. A celles et ceux qui diront qu'on ne doit pas séparer les familles, on rétorquera qu'on ne doit pas emprisonne pas les familles non plus.
"Après la famille Babayan expulsée le 6 août suite à une interpellation musclée, la famille Topalli expulsée via un vol militaire spécialement affrété pour eux le 14 août, c’est au tour de la famille Manoukian d’être enfermée au centre de rétention administrative (CRA) du Mesnil-Amelot le 20 août au soir par le préfet de l’Oise." La Cimade, 21 août 2014
6. La majorité des expulsions a toujours lieu en Outre-mer. Il y a quelques mois, la CIMADE notait que la circulaire de juillet 2012 qui limitait l’enfermement des familles en centre de rétention ... ne s’applique pas à Mayotte: "des milliers d’enfants sont donc toujours enfermés chaque année dans le centre de rétention de Mayotte en toute illégalité."



Lire aussi:

Le programme des brutes de Sarkozy, Fillon et Valls.

Ce sont des compères, l'un collaborateur de l'autre, tous les deux embarqués dans l'échec d'un quinquennat. François Fillon a tenu un meeting surréaliste dans la Sarthe ce 28 août 2014. Le programme, désormais connu, est plus ultra-libéral que toutes les références contemporaines: "fin des 35 heures, refonte du code du travail, forte baisse du coût du travail compensée par une hausse de la TVA, réduction de 20% des effectifs de la fonction publique", la liste est longue. La thérapie de choc est son programme.

Fillon défend aussi que sa candidature est plus utile que celle d'un Sarkozy qui fédèrera trop rapidement une gauche contre lui par réflexe post-2012: "La victoire de François Hollande s'est construite autour d'un refus viscéral qui s'est étendu comme une traînée de poudre dans une large partie de l'électorat: je veux parler de l'antisarkozysme".

"La droite sait très bien ce qu'elle ferait au gouvernement" a déclaré Valérie Pécresse ce mercredi.Fillon, pour sa rentrée dans la Sarthe, accueillait un candidat à la présidence de l'UMP, Bruno le Maire.Fillon lui-même veut rester au-dessus de cette mêlée.

Sarkozy n'a plus qu'un mois pour se déclarer. Il consulte. Les candidatures pour la tête de l'uMP sont attendues avant le 30 septembre.

Fillon et quelques autres ne lui laissent aucun espace. Sur son estrade, devant un mauvais micro, Fillon rappelle les déboires judiciaires de Sarkozy: "être de droite, c'est être droit, respecter la loi, estimer que l'éthique a un sens".

Le chômage déboule comme chaque 28 du mois dans une actualité encombrée par "l'acte d'autorité" - l'expression est de lui - du taurillon de Matignon. Les chiffres sont mauvais.

Valls n'en a cure. Il est à l'université d'été du Medef: "Moi j’aime l’entreprise !" Standing ovation et applaudissements jusque dans les coulisses, Valls fait carton plein là, à Jouy-en-Josas, devant des patrons qui n'en demandaient pas tant.

Son discours est surréaliste, lunaire, hors sol. Le même Valls déclarait la veille que "le problème est venu de la gauche elle-même". Ce mercredi, Valls honorait sa promesse de parler devant un parterre de membres du Medef. Il frappa fort et détestable. Sa démarche était détestable car quand avons-nous entendu le même Valls participer à un forum syndical ou au congrès d'Emmaüs ?
"Il faut savoir quitter la scène quand on ne sait pas jouer plus longtemps la comédie. " Arnaud Montebourg, 27 août 2014.
L'hémisphère droit du président, Emmanuel Macron,  était pourtant la star du jour, ce premier jour du gouvernement Valls 2, premier conseil des ministres aidant.


27 août 2014

Hollande: le gouvernement des derniers 1000 jours.

 

Ce gouvernement n'a que 1000 jours devant lui. 

 

François Hollande s'en fiche des symboles. Il a tort, la politique n'est pas que de symboles, mais elle s'en nourrit. L'observer déclamer son discours de célébration de la Libération sur l'île de Sein, lundi 25 août sous une pluie battante, les lunettes ruisselantes, face caméra, fut une image pénible pour lui, drôle pour d'autres. 


Le lendemain, ce mardi, la composition du nouveau gouvernement comprenait quelques autres images détestables pour qui pensait, à tort et plein d'illusions, qu'un débat sur la politique économique était devenu indispensable.


Toute la journée durant, les "sachant", c'est-à-dire celles et surtout ceux qui commentent sans agir ni débattre, expliquaient sur toutes les ondes, y compris des services prétendument publics de radio-télévision, combien l'amélioration de la compétitivité de nos entreprises primait sur tout le reste. Hollande allait avoir la peau des "vrauchistes keynésiens". Rares étaient les voix discordantes, il fallait justifier pour Hollande n'avait pas le choix. Les plus lucides - il y en avait - relevaient le bordel politique dans lequel l'exécutif s'était mis. En revanche, jamais personne n'osa faire un quelconque reportage ni commentaire sur la pauvreté ou le versement de dividendes en juin dernier.

Ce 26 août, Hollande avait constitué avec Manuel Valls un gouvernement pour 1000 jours, pas un de plus.

1. La dissolution de l'Assemblée nationale est impossible, non pas techniquement, mais politiquement. Hollande est sûr de perdre. Il ne lui resterait que le subtil calcul de s'engager dans une dissolution pour espérer mieux rebondir en 2017 après deux années de droite au pouvoir. Ce raisonnement est pourtant absurde, pour au moins deux raisons. D'abord parce qu'en deux années, la droite pourra toujours se réfugier derrière l'argument du bilan calamiteux de Hollande. Ensuite parce que le Parti socialiste a déjà fait la preuve dans le passé de son incapacité à rebondir dans des délais aussi courts (remember 1995).

2. Hollande n'allait pas changer de ligne. Il a viré Montebourg parce que le divorce couvait. Hollande se rêve en Schröder à la française, l'homme qui pose les bases d'un plein emploi retrouvé au prix d'une pauvreté hors normes. Schröder a fini conseiller de Gazprom. L'Allemagne est un faux modèle, vrai parasite, dont la croissance sur le dos des autres et des siens a largement contribué à la crise ambiante.

3. Le gouvernement annoncé est sans surprise. Les partants sont partis. Comme d'anciens fidèles, ils restent courtois mais l'opposition est factuelle. Le casting de "ceux qui restent" est à peine surprenant. Ils sont même allés chercher un élu du Nord qui la veille raillait la crise de régime. On saluera la jeunesse sur quelques terrains moins polémiques à gauche - culture, éducation. En revanche, Hollande et Valls ont choisi Emmanuel Macron, un jeune surdoué de la méritocratie républicaine que d'aucuns à gauche résument trop facilement à son cursus professionnel dans la banque.  La nomination de Macron signifie surtout que la ligne politique ne bouge pas, ne change pas. Pire, Hollande fait ce qu'il a dit il y a 6 jours: accélérer pour aller plus vite, plus loin, vers le même mur.

Monsieur Laurent FABIUS
Ministre des affaires étrangères et du développement international
Madame Ségolène ROYAL
Ministre de l’écologie, du développement durable et de l’énergie
Madame Najat VALLAUD-BELKACEM
Ministre de l’éducation nationale, de l’enseignement supérieur et de la recherche
Madame Christiane TAUBIRA
Garde des Sceaux, Ministre de la justice
Monsieur Michel SAPIN
Ministre des finances et des comptes publics
Monsieur Jean-Yves LE DRIAN
Ministre de la défense
Madame Marisol TOURAINE
Ministre des affaires sociales, de la santé et des droits des femmes
Monsieur François REBSAMEN
Ministre du travail, de l’emploi, de la formation professionnelle et du dialogue social
Monsieur Bernard CAZENEUVE
Ministre de l’intérieur
Monsieur Stéphane LE FOLL
Ministre de l’agriculture, de l’agro-alimentaire et de la forêt.
Porte-Parole du Gouvernement
Monsieur Emmanuel MACRON
Ministre de l’Economie, de l’industrie et du numérique
Madame Sylvia PINEL
Ministre du logement,   de l’égalité des territoires et de la ruralité
Madame Marylise LEBRANCHU
Ministre de la décentralisation et de la fonction publique
Madame Fleur PELLERIN
Ministre de la culture et de la communication
Monsieur Patrick KANNER
Ministre de la ville, de la jeunesse et des sports
Madame George PAU-LANGEVIN
Ministre des Outre-Mer
4. Manuel Valls est mal à l'aise. La ligne politique lui convient. Mais il avait le regard encore fuyant, mardi soir sur France 2. Sa crédibilité personnelle est en jeu. Il a été incapable de tenir une équipe gouvernementale pourtant resserrée en avril dernier aux strictes composantes internes du parti socialistes, à deux ou trois exceptions "radicales" de "gauche" près. En matière de "mouvement dynamique", une autre qualité vantée, Valls a réinventé l'agitation immobile, le "brassage de vent" médiatique cher à Nicolas Sarkozy. Bref, Valls se révèle finalement inefficace, enterré, mal-habile. Et il semble le réaliser lui-même.

5. La droite était en vrac, incapable de dénoncer le maintien d'une ligne si droitière au sommet de l'Elysée. Le fait d'armes du jour venait de Laurent Wauquiez qui osa le tweet ignoble, "sociétal" tendance néo-con et ultra-villériste: "@ChTaubira maintenue, l'ultra pro-gender @najatvb à l'Education. Un gouvernement entre tragi-comédie et provocation contre les familles". Et Christian Estrosi n'avait toujours pas compris que le ministre de l'économie, aussi banquier soit-il, ne dirigeait pas l'économie depuis Bercy.

6. Mardi soir, le premier ministre du plus court gouvernement de la Vème République était donc presque piteux sur le plateau de France 2. la chaîne, bonne fille, avait ensuite choisi de diffuser un reportage montrant combien Arnaud Montebourg le félon avait menti la veille dans son argumentation contre l'impasse économique. Puis Valls soigna ses arguments: "soutenir les entreprises" ("40 milliards d'euros!" s'exclama-t-il), "baisser les impots" (4 millions de foyers vont payer moins d'impôts en 2014), "réduire les déficits" ("50 milluards d'euros d'économies!").

Fais nous rêver, Manuel.

"Le problème est venu de la gauche elle-même" lança notre premier des ministres. Il n'a pas tort. Cette gauche implose sous nos yeux. Encore fallait-il reconnaître la responsabilité d'un président girouette qui a changé de ligne, par petites touches, avant la grande révélation de janvier dernier.

"Il y a toujours des politiques alternatives". La formule était drôle chez ce promoteur de TINA. Elle sera conservée.

Il y a "un projet qui nous dépasse, la France", plaida-t-il. Les commérations à répétition font mal au cerveau. Elles saturent l'esprit au point de provoquer ce genre de grandiloquence.

Dépassé par les évènements, Manuel Valls glissa qu'il solliciterait bien un vote de confiance de l'Assemblée, "en septembre ou en octobre". On a compris qu'il s'est prononcé trop vite. Les frondeurs ont quelques semaines pour se motiver, et prouver à cette équipe qu'il vaut mieux cesser de gouverner plutôt que de gouverner de travers.

A bon entendeur.


26 août 2014

Hollande: le gouvernement primaire.

Arnaud Montebourg a fait vaciller le dispositif Hollande. On ne sait plus quand l'onde de choc a été réellement déclenchée, mais elle fut grande, forte et décisive.

Hollande et Valls se rabattent sur un gouvernement primaire. Une nouvelle équipe, rétrécie à ce qui ressemble à un gouvernement des plus primaires.


Cécile Duflot a jeté la première pierre, un pavé, un roc dans le jardin pourtant rangé de cette rentrée hollandaise. Le président venait d'expliquer comment il comptait accélérer dans la même direction qui pourtant déçoit et fait déserter ses soutiens. 

L'ex-ministre de  François Hollande a sans doute accéléré une prise de conscience. A l'Elysée, on n'avait pas vu ni perçu que le nouveau bouquin de Duflot serait si grave et violent.

Samedi, Montebourg puis, dimanche, Hamon, dénoncent une mauvaise politique qu'ils qualifient d'absurde. Valls prend la mouche. Lundi matin il est à l'Elysée pour obtenir de Hollande la fin de son premier gouvernement.

Manuel Valls a été incapable de conserver une équipe politiquement rétrécie plus de 147 jours, un sinistre record sous la Vème République. Valls chute dans les sondages. Finalement, pour Hollande, à quoi sert-il vraiment ? Accélérer la chute ? Le futur premier ministre travaille et s'enferme. Il lui faut trouver une nouvelle équipe avec quelques signes politiques dignes de ce nom. Il débauche Jean-Vincent Placé, l'écologiste trop content de trouver enfin un poste. Christiane Taubira devrait lâcher. Valls s'ouvre ... aux radicaux de gauche, la Vème république ressemble à la IVème de 1958.


C'est une crise de régime, nos médias ne croient pas si bien dire. Mais le régime ne se résume pas à Hollande.

La crise est celle de la Vème République. Un président peut nommer, changer, renouveler un gouvernement alors qu''objectivement tout concourt à prouver que la majorité n'est plus là, surtout au sein de son ex-majorité. La démocratie doit-elle s'aligner sur la ligne Valls - moins de 5% à la primaire socialiste de 2011 ? François Hollande défend sa ligne jusqu'au bout. Jusqu'à sa perte ?

Moment surréaliste. Hollande a fait comme si de rien n'était. Il a maintenu ses célébrations à l'île de Sein. Il parlait sous la pluie, une pluie battante, à l'île de Sein. Puis il était le soir à Paris pour le 70ème anniversaire de la Libération de Paris. Vers 23 heures, quelques dizaines de journalistes attendaient le retour de Hollande à l'Elysée.

Arnaud Montebourg a été surpris par la polémique, paraît-il. Montebourg assume le choc. Il a pourtant tout fait pour calmer le jeu. Lundi, sans attendre, il prévient qu'il reprend sa liberté: "je vais désormais chercher un travail". Le soir sur TF1, il ajoute: "Je crois que le désaccord est constitué, la séparation est à l'amiable". Benoit Hamon suit: "J'ai exprimé mon désaccord" complète-t-il sur France 2 en parallèle. Puis Aurélie Filippetti, ministre de la culture, qui publie carrément un courrier psychodramatique:"Il y a un devoir de solidarité, mais il y a aussi un devoir de responsabilité vis-à-vis de ceux qui ont fait ce que nous sommes." Lundi soir, on croit savoir que Christiane Taubira ne pourra rester. Sur les réseaux sociaux, on se moque de Jean-Vincent Placé, le sénateur écologiste qui ne comprenait pas la rancoeur de Duflot. Pour certains, la chasse aux places restaient une belle obsession.


Une grosse moitié des parlementaires socialistes seraient hostiles ou grognons contre la ligne officielle.

Qu'ils le prouvent dans les rangs de l'Assemblée.


25 août 2014

Comment les vacances abiment la politique

Ils sont tous rentrés, mais quelle histoire !

Même quand les vacances sont courtes, bien plus courtes que pour le reste de nos concitoyens, les vacances de nos personnalités politiques peuvent être dangereuses pour l'image et l'action, la forme et le fond.

Les médias ont pris l'habitude de commenter et détailler qui par où. Une information a priori sans aucun intérêt mais qui fait pourtant partie des rituels désagréables de nos commentaires estivaux. 


Hollande, topless
Jacques Chirac, en son temps, avait été photographié de dos, et surtout zoomé sur l'entrejambe.
François Hollande a encore subi les affronts des paparazzi d'une presse trash-people suffisamment odieuse pour qu'on finisse par la commenter jusque dans ces colonnes. L'un de ces hebdomadaires humiliants l'a montré à demi-nu, dans une posture semi-affaissée si humiliante pour un chef d'Etat que d'autres confrères jusqu'au Figaro lui-même se sont indignés.  

François Hollande, dont on critique suffisamment la politique et les mauvaises postures de communication dans ces colonnes, est resté cependant un président normal. Cela se voit jusque dans ces clichés mal maîtrisés. Et c'est presque tant mieux. Il n'y a que quelques chantres dépassés de la droite furibarde ou d'un "napoléonisme" prétendument républicain pour penser que le Président de la République mérite d'être hors sol et au-dessus du commun des citoyens.

La rédactrice en chef de la "publication" en cause s'est justifiée ainsi. On croit rêver par tant de facilité.
« François Hollande n’est pas l’homme le plus sexy du monde et ce n’est pas de ma faute. Ce sont des photos de vacances banales, qui n’ont rien de dégradant, il n’est pas à quatre pattes par terre. Nous n’avons pas pris les photos les plus dures, il n’y a aucune mauvaise intention.
Notre vocation est de montrer tous les peoples tels qu’ils sont, sans traitement particulier. Quand on montre Britney Spears pas très glamour sur la plage, personne ne réagit. »

Morano topless
Les vacances font des dégâts également à droite. Nadine Morano, ancienne ministre échouée par défaut ou dérive au Parlement européen, n'a rien trouvé de mieux à dire pour se rappeler au souvenir médiatique qu'elle avait été choquée par la présence d'une femme voilée sur une plage. Sur sa page Facebook, d'accès public, on pouvait lire notamment ceci:
"Lorsqu’on choisit de venir en France, Etat de droit, laïc, on se doit de respecter notre culture et la liberté des femmes. Sinon, on va ailleurs !!"
Qu'elle le pense est une chose, qu'elle le dise en est une autre. Cela signifie qu'elle cherche comme d'autres à instrumentaliser l'islam pour sa misérable cause politique. Car il y a bien d'autres choses à dire sur les tenues de plage. Nadine Morano pratique-t-elle le topless ? Non ? C'est une nouvelle assurément scandaleuse pour certain(e)s lecteurs/trices de ces colonnes.

Quelques heures plus tard, le porte-parole du gouvernement Stéphane Le Foll lui a rappelé combien ces indignations "féministes" étaient suffisamment hypocrites pour qu'elle taise l'absence de parité dans son propre parti.

La presse se meurt, paraît-il.

Certains devraient rendre les armes avant qu'on ne leur les retire. 

Valls, sans corrida
Le premier ministre, il y a quelque semaines, avait demandé à ses ministres ne pas assister ... à des corridas. La nouvelle, anecdotique, a pourtant été sur-relayée il y a 10 jours. De la presse trash-people (Closer, etc) à une plus officielle (le Figaro), ou plus thématique (30 millions d'amis), on ne savait plus  comment éviter l'étrange information.

Valls, pourtant, est un grand fan de corrida.

Pourquoi cette prudence soudaine ?



Fabius, sans vacances
Entre la guerre à Gaza et les assauts en Irak du Califat islamique contre les Kurdes, le ministre des affaires étrangères n'a pas chômé. Il y a quelques jours, tandis que quelques sous-ténors de l'UMP couinaient pour une intervention française en Irak, Fabius était ...à Erbil, en Irak, à 30 kilomètres du front.

Fabius faisait de la politique, mais certains opposants ne l'ont pas vu.


Le jour où Montebourg et Hamon ont validé l'autre politique

Dimanche 24 août 2014, deux ministres, et pas des moindres, ont joué aux rebelles quelque part en France. François Hollande revenait d'une tournée dans l'Océan indien. Montebourg et Hamon, les deux coupables de cette incartade, l'attendaient le pied ferme. Après la sortie de Cécile Duflot, ex-ministre, la contestation était au coeur du pouvoir.

Les journalistes se frottaient les mains. Lundi, le gouvernement Valls démissionne. Mais c'est à Manuel Valls que François Hollande confie le soin de constituer une nouvelle équipe.


L'autre politique
Observons la "gauche", c'est-à-dire du côté de celles et ceux qui ont voté contre l'ancien monarque mais aussi pour une autre politique sociale, sociétale et économique. Dans son édition de vendredi 22 août, l'hebdomadaire Marianne laisse la parole à quelques-uns. Une autre politique serait possible.

En fait, en l'état, la réponse est négative. Il y avait plutôt plusieurs propositions, parfois irréconciliables, parfois convergentes.

En vrac,
  • Rééchelonner le remboursement de la dette publique.
  • Soutenir la demande, en France comme ailleurs en Europe, qui est une urgence, et la préoccupation principale des entreprises qui peinent à cause d'une consommation atone.
  • Forcer les ménages aisés à emprunter pour financer l'Etat plutôt que placer ailleurs ou épargner.
  • Subventionner la transition énergétique pour qu'elle soit plus intensive en créations d'emploi.
  • Soutenir l'investissement et la construction.
  • Concentrer les réductions de charges sociales sur les activités délocalisables.
  • Sortir de l'euro pour préférer une monnaie commune. 
Bref, les idées, même générales, ne manquaient pas.

François Hollande réclame au contraire un temps que la politique n'a pas. On cherche d'ailleurs les raisons pour lesquelles les deux premières années n'auraient pas réussi à produire le moindre résultat. Il ne s'agissait pas de tout résoudre, mais au moins de ne pas dégrader. Il y a 6 mois,  quelques 7 milliards d'euros de crédit d'impôt compétitivité ont été reversés aux entreprises, sans le moindre effet sur les embauches ni l'investissement.

Dimanche 24 août 2014, l'équipe Hollande a encore subi un choc. Deux ministres d'Etat, et non des moindres, ont ouvertement critiqué la politique du gouvernement auquel ils appartiennent, "en toute loyauté".

On croit rêver.


Quand vont-ils démissionner ?

A Matignon, on enrage. "Une ligne jaune a été franchie" prévient-on, anonymement. Manuel Valls avait déjà mal digéré. Qu'ont-ils dit de si grave ? A Frangy-en-Bresse, Hamon a prévenu:
"On peut avoir un avis, une conviction, l’exprimer et être loyal ". Dans les colonnes du Monde du même jour, Arnaud Montebourg a repris son argumentaire anti-Merkel, contre "la droite allemande". Mais pas seulement...
"La réduction à marche forcée des déficits est une aberration économique, car elle aggrave le chômage, une absurdité financière, car elle rend impossible le rétablissement des comptes publics, et un sinistre politique, car elle jette les Européens dans les bras des partis extrémistes."
Dans les colonnes du Parisien, Benoit Hamon, invité d'honneur de Montebourg à sa fête de Frangy-en-Bresse, en rajoute une couche: "On n'est pas loin des frondeurs...". Pire, il ajoute: "On va le dire plus fort". Il complète: "La relance de la demande est la condition de la réussite de la politique de l'offre qui a été faite depuis deux ans. On ne peut rien vendre aux Français s'ils n'ont pas des revenus suffisants." Des propos en contradiction - l'expression est faible - avec la politique de l'offre réitérée par Hollande quelques jours auparavant.

De deux choses l'une: soit les deux ministres envisagent véritablement la rupture; soit il ne s'agissait que d'un gros clin d'oeil conciliant pour calmer les remous au sein de l'étroite majorité socialiste.


L'un reste, les autres partent
(Mise à Jour) Lundi matin, vers 10 heures, Manuel Valls présente la démission de son gouvernement au Président de la République. On comprend que les deux trublions ont provoqué cette chute générale.

Mais c'est à Manuel Valls, encore lui, qu'Hollande confie le soin de constituer une nouvelle équipe, "en cohérence avec les orientations qu'il a lui-même définies pour notre pays". Il n'y a donc pas d'inflexion politique à attendre, loin de là. Il y a un "consensus absolu" entre l'Elysée et Matignon sur la démission du gouvernement, assure-t-on chez Hollande.

Benoît Hamon tempère, et regrette à mots à peine couverts, "une sur-réaction au souffle médiatique qui répond à un discours qui relevait de la situation politique".


23 août 2014

381ème semaine politique: Hollande, "le président de personne" ?

La semaine avait mal commencé, comme une centaine d'autres depuis que Hollande est à l'Elysée. Les temps sont durs. Les nouvelles économiques détestables. Hollande se décide à parler dans la presse, il s'enfonce. Le lendemain, Cécile Duflot, ex-ministre, achève la tentative.



"Allo ? François ? C'est Cécile."
Cécile Duflot s'est rappelé au bon souvenir de François Hollande. Ce fut un choc médiatique, une agitation générale. La trash-presse retient quelques remarques anecdotiques sur le compagnon. Le Figaro s'attarde sur les tenues. Le Monde insiste sur le fond. Cécile Duflot balance ses salves.

L'attaque frontale de Cécile Duflot n'intéresse les médias que pour les phrases les plus assassines d'un livre que le grand public ne découvrira que plus tard. C'est de bonne guerre, et une sinistre habitude de Sarkofrance.

L'attaque frontale de Cécile Duflot divise Europe Ecologie Les Verts. Leur université d'été, cette même semaine, fut l'occasion d'afficher des divisions. Il y a encore des écologistes qui espèrent des strapontins ministériels. Certains signent un appel pour revenir au gouvernement. A moins qu'il ne s'agisse d'inquiétudes pour leur poste de député, obtenu par la sainte alliance de 2012 suite à l'accord Duflot/Aubry... Cette opposition de gauche ne convainc pas. Elle ne peut pas convaincre. Elle est éparpillée. Il y a les durs de la première heure; les hésitants de la dernières qui ne s'appellent que frondeurs, les écologistes en grand écart. Il n'y a qu'une convergence, l'opposition. Il y a des hésitations, non pas sur les constats politiques d'une impasse politique et idéologique au sommet de l'Elysée, mais sur la suite à donner.

L'actuel président pouvait l'ignorer. La réaction rageuse de Manuel Valls montra qu'il en était rien. Son crime, avoir écrit un brulot sur ses désillusions politiques après deux années au ministère du logement. Le procès n'est même pas écologiste. Pour preuve, la loi prochainement défendue par Ségolène Royal au parlement sur la Transition énergétique a reçu un premier accueil des écologistes plutôt positifs, même si le volet budgétaire, clé pour sa mise en oeuvre, suscite de nombreuses inquiétudes. Cécile Duflot attaque sur le fond d'une politique qu'elle n'est pas seule à critiquer sur la gauche du président, une politique qui ne se saisit pas suffisamment de l'angoisse sociale, et qui préfère même sacrifier le pacte initial en faveur du redressement des comptes publics au profit de réductions massives de charges sociales pour les entreprises.

L'affront est lourd, car il saborde aussi une tentative présidentielle. La veille de la publication des meilleures feuilles du bouquin, et d'un entretien savoureux dans les colonnes du Monde, François Hollande livre une interview qu'il espère décisive. A l'Elysée, on a donc pensé que la sortie de Duflot ne serait pas un obstacle. A moins qu'on ne fut pas au courant.

Aveuglement ou ignorance ? 

L'alternative résume la situation présente. Bienvenue chez Zombieland ?

Mercredi, François Hollande confie donc ses annonces de rentrée: aller plus vite, plus loin et dans la même direction. C'est-à-dire dans le mur.

Il concède pourtant que la demande, moteur de la croissance, est atone. Mais il maintient sa politique de l'offre, avec obstination. Sans même demander des garanties d'embauches contre les 40 milliards d'euros de réductions de charges sociales qu'il va accorder aux entreprises: "la volonté politique de François Hollande s'arrête là où commence le bon vouloir du patronat" commente un éditorialiste de Marianne.

L'ANI, cet accord de janvier 2013 transformé en loi quelques mois plus tard qui flexibilise le travail et assouplit les licenciements, n'a rien changé, rien produit. Le chômage progresse encore: 15 à 20% des ménages français sont directement confrontés au chômage. Qui dit mieux ?

Hollande promet des mesures pour le logement, et des assises sur l'investissement " pour mieux orienter l'épargne vers l'économie productive et pour assurer le financement de grands projets collectifs".  Et même des efforts pour les ménages modestes après la censure par le Conseil constitutionnel, ou une dose de proportionnelle pour les législatives de 2017. Mais il y a pire, Hollande soutient qu'il légifèrera sur l'abaissement des seuils sociaux de représentation des salariés si les partenaires sociaux ne tombent d'accord.

Jeudi, François Hollande n'est plus là. Il s'est envolé pour l'Océan Indien, une visite à Mayotte, puis à la Réunion. Il avait 38 millions d'euros à lâcher à la filière sucrière. Et il renforce même le Pacte de Responsabilité, avec des taux plus favorable pour les entreprises des départements d'outre-mer.

François Hollande, si loin, comprend son coup d'épée dans l'eau, ses annonces ratées la veille, sabordées et sans effet. Il promet à quelques journalistes qui l'accompagnent qu'il y aura d'autres annonces la semaine prochaine. C'est un jeu qui peut durer jusqu'en 2017.

Vendredi, Jean-Luc Mélenchon abandonne la co-présidence du Parti de Gauche. On le savait découragé depuis l'été. Il explique vouloir rester "en pointe pour aider à la formation d'un mouvement pour la VIe République".

Pierre Moscovici ne désespère pas. Finalement, ce 30 août, il va devenir commissaire européen. L'Europe semble maudite pour la Sarkofrance. Le pays lui a envoyé un gros contingent de députés frontistes europhobes; un ministre dénommé Désir exfiltré du parti socialiste pour incompétence, et, maintenant, un ancien ministre des finances soclib au moment où l'Europe s'enfonce dans la crise.

Sarkozy revient trop tard. 
La droite n'est pas en reste en matière d'annonce. Alain Juppé grille la politesse, façon suppositoire pour gros rhume, à Nicolas Sarkozy, en annonçant sur son blog ce mercredi de rentrée qu'il se présentait à la primaire UMP pour la désignation du candidat à l'élection présidentielle de 2017.

François Fillon, autre rival, applaudit aussitôt.

L'ancien monarque peut et doit se déclarer vite.

Il y a urgence.

Sur l'international, seul terrain où Sarkozy pensait avoir quelque chose à dire de présidentiel pour 2017, François Hollande l'a évincé du jeu. Sarkozy sillonne encore le monde, payé par des banksters. Hollande fait le job, en l'occurrence en Syrie. Aux rebelles anti-Bachar el Assad, et en Irak contre le Califat Islamique, la France livre des armes.  Et depuis longtemps.  Le secret était bien gardé, même mes sous-ténors UMPistes de Sarkofrance n'y ont vu que du feu.
"Il reste trois ans. La responsabilité, c'est de s'exprimer maintenant quand il est encore temps d'éviter l'iceberg." Cécile Duflot, 21 août 2014.

A bon entendeur...





Crédit illustration: DoZone Parody

21 août 2014

Le Canada Dry de François Hollande

C'était bien tenté. 

François Hollande, le jour de cette rentrée politique, publie une interview dans les colonnes du Monde. La pression était forte, lourde, manifeste. Le Pacte irresponsable suscite rage et frondes, les nouvelles économiques sont désastreuses, la presse neo-lib s'impatiente.


François Hollande, dans les colonnes du Monde, explique qu'il faut "aller plus vite et plus loin".

Récapitulons.

Il y a de belles et bonnes choses dans ces annonces de la semaine pour qui croit au changement vers une présidence normale.

François Hollande va encore tenir une conférence de presse, la quatrième depuis son élection. C'est déjà davantage que l'ancien Monarque en tout un quinquennat. Nicolas Sarkozy avait la trouille de la confrontation médiatique, fut-elle pourtant encadrée.

François Hollande a conscience que cela ne va pas. Il n'y a aucun déni, l'aveu est évident. 

François Hollande a aussi quelques judicieuses remarques sur les institutions, et la politique française en général. Les incantations à gauche ou ailleurs pour une "autre république" ne suffisent pas. "Mais je veux relever une singularité française qui est devenue un véritable handicap : c'est la difficulté de faire émerger un consensus sur l'évolution de nos institutions, sur la laïcité, comme sur l'immigration, la sécurité, et même les grandes questions industrielles."

Mais pour le reste, on nage, ou on coule.

1. Encore le Pacte, toujours le Pacte. Hollande a acheté et revend encore l'argument suivant lequel les entreprises françaises ont un problème de compétitivité qui les empêchent de produire et vendre.
"J'ai fixé un cap, c'est celui du pacte de responsabilité. L'objectif est clair : moderniser notre économie en améliorant la compétitivité et en soutenant l'investissement comme l'emploi. "
Pourtant, Hollande n'oublie pas combien la DEMANDE est faible, la consommation s'effondre: "il y a un problème de demande dans toute l'Europe" avoue-t-il. Mais il se défausse sur l'Europe: " S'il doit y avoir soutien de la demande, il doit donc se faire au niveau européen, et c'est ce que la France va porter dans le débat qui s'engage avec nos partenaires." En France, Hollande est dans le déni le plus complet: la précarisation du travail et de la société progresse. Il n'apporte pas non plus la moindre garantie sur la bonne utilisation des réductions de charges sociales par les entreprises. Les incantations récentes de Michel Sapin sur le sujet ont sabordé l'argument. Hollande reste accroché à l'idée que Sarkozy a échoué à rétablir la compétitivité du pays dans son ensemble.
"J'ai trouvé en arrivant en 2012 près de 70 milliards de déficit commercial et une industrie avec les taux de marge les plus faibles de ces trente dernières années."
2. Hollande réclame du temps, mais lequel ? La politique répond à l'urgence, souvent médiatique et artificielle. Le temps manque. Mais la patience s'obtient quand la trajectoire paraît juste et crédible. Hollande ne réponde pas à ses critiques de gauche sur cet exact sujet. Il se complet dans l'argument, maintes fois entendu: "faites moi confiance même si c'est douloureux et incompréhensible". 
"A ceux qui disent qu'il faut revoir la stratégie alors même que les mesures viennent tout juste d'être votées, je réponds que toute godille ou tout zigzag rendrait incompréhensible notre politique et ne produirait pas de résultats".
3. Hollande est d'abord flou sur le logement, qui reste hors de prix, hors d'atteinte, hors d'emprunt. "sur le logement, j'ai demandé au premier ministre de présenter un plan de relance. Il touchera à la fiscalité, aux procédures et aux financements."

4. Sur "l'investissement", Hollande promet. On reste dans la politique de l'offre, plein pot et à fond.
"Sur l'investissement, des assises se tiendront en septembre avec l'ensemble des établissements financiers pour les inciter davantage à prêter aux PME, pour mieux orienter l'épargne vers l'économie productive et pour assurer le financement de grands projets collectifs, comme la transition énergétique qui est un levier de la croissance verte."
5. Pire encore, Hollande reprend à son compte la charge improbable d'Arnaud Montebourg contre les professions réglementées. On se souvient combien il était étrange d'entendre l'ancien chantre du redressement productif reprendre les arguments de Jacques Attali version commission Sarkozy.

6. Sur les seuils sociaux, Hollande est clair sur la méthode. "Ma méthode, c'est la négociation." Pour éviter de désavouer ou conforter François Rebsamen qui avait suggéré avant l'été de "tester" la suppression des seuils sociaux de représentation des salariés dans les entreprises pendant 3 ans , Hollande se réfugie, à juste titre, derrière la négociation entre syndicats et patronat.

MAIS il ajoute cette conclusion stupéfiante, et si sarkozyste : "S'ils aboutissent à un accord, il sera transposé dans la loi, comme nous l'avons fait pour le marché du travail et la formation professionnelle. Si ce n'est pas le cas, le gouvernement saisira le Parlement."

On a compris. La levée/suppression des seuils sociaux est donc actée dans son esprit.

7. Enfin, Hollande lâche quelque cadeaux, malheureusement non chiffrés, pour les ménages modestes après la censure par le Conseil constitutionnel des mesures déjà modestes de réduction de charges salariales. Il a deux idées, l'une n'est pas chiffrée, l'autre est une usine à gaz.
"l'une visera à rendre plus juste et plus simple le barème de l'impôt sur le revenu notamment pour les premières tranches, c'est-à-dire pour les contribuables modestes et moyens. L'autre fusionnera la prime pour l'emploi et le RSA activité pour favoriser la reprise du travail et améliorer la rémunération des salariés précaires."
8. A celles et ceux qui pensaient qu'il y avait encore/peut-être/sans doute l'épaisseur d'une feuille de cigarette entre Hollande et Valls, le président enfonce gentiment un clou déjà planté il y a quelques mois: "J'ai choisi Manuel Valls pour qu'il mette en oeuvre la politique que j'ai fixée pour notre pays." C'est dit et répété, encore une fois.

9. Hollande fait quasiment l'impasse sur l'actuelle guerre à Gaza. Il répond sur l'interdiction de manifestation, finalement marginale. Il ne dit rien, et quel effroi, sur la réalité du conflit à Gaza et les victimes civiles. Il rappelle la nécessaire "sécurité d'Israël" (certes) se réfugie derrière l'Autorité palestinienne (certes, encore), mais n'ose l'expression qui fâcherait mais désigne l'exacte situation palestinienne : il y a eu des massacres de civils par l'armée israélienne.

10. Finalement, Hollande se réfugie en Syrie, en proposant une conférence internationale, après la livraison d'armes pour sauver ce qui peut l'être des griffes du Califat islamique là-bas. C'est même ce qui est retenu en message clé et illustrations après cette entretien par les services élyséens.

Et en France ?



20 août 2014

Pourquoi 20% des foyers français sont confrontés au chômage

La France compte 27 millions de ménages. 

 

On nous dit que le chômage, pourtant massif, ne concernerait que 10% de la population active, une broutille.

 

C'est statistique, mais c'est faux.


L'analyse politique et médiatique du chômage se limite trop souvent au commentaire des variations mensuelles, ou d'une proportion - 10% de la population active - qui minore le phénomène.

On tente rarement d'évaluer combien de ménages résidant en France font directement l'expérience du chômage. En 2001, l'INSEE avait évalué à 14,7% la proportion de ménages concernés.

20% des ménages sont concernés.

Chaque mois, la DARES, du ministère du travail, répertorie le nombre d'inscrits à Pôle Emploi, suivant une nomenclature bien connue: recherche active d'un emploi, absence d'activité, activité partielle, exemption de recherche, etc.

A fin juin 2014, Pôle emploi comptait ainsi 5 343 100 personnes inscrites à Pôle emploi tenues de faire des actes positifs de recherche d’emploi.

Les statistiques sont plus détaillées concernant la France métropolitaine.
  • 3,398 millions étaient sans emploi (catégorie A) dont 0,535 million de moins de 25 ans et 2,075 millions entre 25 et 49 ans.
  • 1,644 million exerçaient une activité réduite, courte (78 heures ou moins dans le mois, catégorie B) ou longue (plus de 78 heures dans le mois, catégorie C). 
  • Il faudrait ajouter les 0,676 million non immédiatement disponibles (catégories D et E). 
S'ajoutent enfin les personnes qui sont sorties des statistiques, faute d'inscription: sur les 495 000 sorties de Pôle Emploi en juin, seules 89 000 l'étaient en raison d'une reprise d'emploi. Cela donne donc 5,7 millions.

Prenons deux hypothèses, pour mieux cerner l'ampleur du phénomène.

Hypothèse 1: chaque ménage n'a pas plus d'un inscrit au chômage en son sein. C'est une hypothèse "optimiste".  Suivant cette hypothèse, on considère donc que ces 5,7 millions d'inscrits à Pôle emploi sont autant de familles différentes. Quelque 3,4 millions d'entre elles compteraient même un membre sans aucune activité, un chiffre terrifiant.

Hypothèse 2: chaque ménage compte 1,5 inscrit au chômage. 
C'est une hypothèse arbitraire mais rappelons que la France compte 2,3 personnes en moyenne par ménage. Ce ratio de 1,5 appliqué aux statistiques du chômage signifierait que 3,8 millions de ménages seraient directement affectés par le chômage.

Au final, entre 3,8 et 5,7 millions de ménages résidant en France seraient donc directement affectés pas le chômage, soit entre 14 et 21% des ménages.

On est loin des 10% statistiques, très loin.

La publication mensuelle des statistiques du chômage rythme pourtant l'actualité politique. Rares sont les commentateurs qui cherchent à ramener le phénomène durable à l'échelle qui convient, celle des foyers, des familles.

19 août 2014

Hollande, Sarkozy, et le cirque de Brégançon

Cela ne pouvait nous rappeler que des mauvais souvenirs, comme si les conseillers élyséens avaient tout oublié, comme s'ils n'avaient rien retenu; comme si certains pensaient encore que ce jeu de communication servait à quelque chose.


Le 15 août 2014, François Hollande était sorti à l'entrée du Fort de Brégançon pour accueillir son premier ministre Manuel Valls.

Cela donnait cela.



En août 2010, quasiment 4 ans auparavant, jour pour jour, une agence de notation venait de menacer de dégrader la note des emprunts français, ce qui provoqua l'ire sarkozyenne, et la même précipitation à convoquer une réunion d'urgence à Brégançon.

Nicolas Sarkozy était également sorti à l'entrée du Fort de Brégançon, mais pour raccompagner son premier ministre de l'époque.

Cela donnait cela.

http://www.youtube.com/watch?v=Zv7Xh99ste4

18 août 2014

Pourquoi Hollande ne change pas d'avis

Pour certains, c'est une énigme. On ne voit pas bien comment une simple exonération massive de cotisations sociales, assortie d'un large plan d'économies budgétaires, pourrait un tant soit peu améliorer la situation économique bloquée dans laquelle se trouve le pays. L'Europe est en panne, la France à l'arrêt, la déflation menace, les promesses de redressement ne pourront être tenues. 


On attendait donc un peu, beaucoup, passionnément, des premières réactions officielles de la Hollandie au pouvoir.

Puisque la rigueur européenne, qui se décline en austérité dans le Sud de l'Europe, ne provoque que stagnation ou récession, on pouvait espérer un changement de ton, de discours, d'orientation.
"Pourquoi changer une politique qui ne marche pas? La croissance a beau être nulle, François Hollande s'en tient à la feuille de route qu'il s'est fixée le 31 décembre 2013 et qu'il a précisée ensuite le 14 janvier." , Le Figaro, 17 août 2014.
La tribune de Michel Sapin, un ami du Président et par ailleurs ministre des Finances, jeudi 14 août, a douché ces espoirs de changement. Le lendemain, François Hollande recevait Manuel Valls à Brégançon, en marge des cérémonies célébrant le débarquement de Provence de 1944.

La photographie officielle, montrant les deux face à face sur une table improvisée, fut accompagnée de commentaires officieux on-ne-peut-plus-clairs: "ils ont considéré qu'il fallait regarder ces chiffres avec lucidité et affronter la situation avec combativité".
 
Lucidité et combativité ?
 
Au JDD du 17 août, le premier ministre enfonce le clou. Il réclame du temps, il a raison. Qu'a-t-il d'autre à demander ? 
"On ne peut pas relever un pays qui s'enfonce dans la crise depuis trop longtemps, qui vit au-dessus de ses moyens depuis tant d'années, sans dire la vérité aux Français" Manuel Valls
Ce n'est plus vraiment une question de réalisme. Le réalisme au contraire impose de change de politique économique.

Pourquoi Hollande ne change-t-il pas d'avis ?

1. Parce que Hollande est mal conseillé.
Qui au sein de son gouvernement défend une "autre politique" ? Même Arnaud Montebourg ne dit rien, convaincu au nom du redressement industriel, qu'il faut améliorer les marges des entreprises plutôt que de préserver la consommation et l'investissement, fut-il public. Ses annonces de juillet, "6 milliards d'euros de pouvoir d'achat" par la simple mise en concurrence des secteurs réglementés ressemblaient à du Jacques-Attali. Hollande est un homme seul, mais il ne s'entoure d'aucune voix discordantes.


2. Parce que Hollande est convaincu.
Le candidat de 2012 n'était pas un gauchiste, ni même keynésien. Il a fait campagne, dès 2010, sur le thème du redressement des comptes publics. En 2012, son programme était suffisamment flou pour être fédérateur. La gauche de la gauche s'est longtemps réfugiée derrière le slogan du Bourget - mon ennemi, c'est la finance - à défaut de pouvoir exhiber des mesures concrètes non mises en oeuvre.

Après tout, Hollande est peut-être convaincu qu'il faut redresser les marges des entreprises plutôt que de faire ses 60 propositions de campagne. 

3. Parce que les médias le lui conseillent
Où sont les voix discordantes ? Elles se comptent sur les doigts d'une main. Rares sont les journalustes dits influents à prôner autre chose que la remise en cause des avantages sociaux (ceux des autres), forcément "coûteux" dans la "bataille de la mondialisation". Les médias ne sont pas unanimes, mais les lectures principales de l'occupant élyséen défendent assurément la politique de l'offre en vigueur.

4. Parce que Hollande a gagné sur ce programme.
Hollande a gagné contre Sarkozy avec trois grands soutiens, par ailleurs peu homogènes: la gauche, le centre, et les anti-sarkozystes. L'argument fait encore florès parmi les soutiens du président. C'est oublier combien la politique de l'offre a pris le dessus, un large dessus, sur l'ensemble de l'action économique du gouvernement.  

5. Parce que Hollande qu'il pourra ainsi gagner sa réélection.
Défendre les marges des entreprises plutôt que le pouvoir d'achat des salariés et des modestes est une option habituellement défendue à droite. La "modernisation" de la gauche, soutenue par Manuel Valls depuis quelques lustres, passerait par cette "triangulation" de la droite.  Le premier coup de grâce fut donné lors des voeux du 31 décembre dernier. Le second fut le 14 janvier suivant, lors d'une fameuse conférence de presse où le président normal enfonça tous les clous de son pacte de responsabilité. la nomination de Manuel Valls, après la déroute municipale de mars, acheva tous les espoirs. Faire une politique de droite pour ne paraître que la seule alternative politique au Front national en 2017 serait le "judicieux" stratagème.

6. Parce que Hollande est hors sol, déconnecté de la réalité.
C'est un syndrome bien connu. L'Elysée isole.C'est une tour d'ivoire. Hollande lit des notes rédigées par d'autres occupants de l'Elysée, chacun avec son agenda. " Il faut que François se réveille et vite!" confiait un proche anonyme dès décembre 2012. Dix-huit mois plus tard, le constat vaut encore.

7. Parce que les alternatives seraient caricaturales ou inaudibles.
Elles existent, elles ne sont pas structurées. La droite classique tente de ressusciter Margaret Thatcher (relire les propositions de François Fillon). L'extrême droite a chipé quelques arguments sociaux de gauche pour les mélanger à sa sauce nationale-socialiste. L'extrême gauche a oscillé entre incantations internationalistes hors sol et éructations clivantes. Quelques nouveaux venus comme Nouvelle Donne défendent sont trop faibles et sans relais.

8. Parce que l'Europe ne laisse aucun autre choix. 
En septembre 2012 déjà, François Hollande n'était pas parvenu à convaincre Angela Merkel d'appuyer une réorientation de la politique européenne vers davantage de croissance et une révision du TSCG. Personne ne peut décréter la réussite d'une négociation. Mais François Hollande a préféré endosser sans critiquer, passer sur l'épisode et pédaler de concert. Pourtant, "l'avenue de Bruxelles est une impasse" explique Hubert Huertas dans les colonnes de Mediapart. Hollande est-il capable, a-t-il envie de changer de discours ?



Crédit illustration: DoZone Parody


16 août 2014

380ème semaine politique: la dernière promesse non tenue de François Hollande

Les vacances ont été de courte durée. 

Ont-elles seulement eu lieu ? 

Une avalanche de mauvaises nouvelles économiques cette semaine ont contraint le plus proche des ministres de François Hollande à avouer que les promesses de mai 2012 ne seraient pas tenues sur ce terrain-là non plus. 

 

"Des lendemains qui chantent"
L'UMP est encore ce canard sans tête. Ou plutôt, il en a trois, un triumvirat, "aidé" par un secrétaire général qui cherche sa place, sans la trouver, l'ancien DRH Luc Chatel. Sitôt rentré de vacances à Paris, ce dernier cherche un coup d'éclat, histoire de remettre l'UMP au sommet de l'opposition politique à Front national.

La politique étrangère est un terrain favorable pour se démarquer d'un Front national sans crédibilité. Voici donc Luc Chatel qui écrit une lettre ouverte à François Hollande le jour de ses 60 ans, qu'il fait ensuite signer au triumvirat Juppé/Raffarin/Fillon, dans laquelle ces ténors de l'UMP s'indignent d'une prétendue inaction de la France au Proche-Orient. La guerre à Gaza vient de laisser sa place chaude de conflit effrayant à la guerre civile irakienne, qu'on nous présente comme religieuse. Là-bas, le Califat islamique, suréquipé de matériels de l'armée régulière en déroute, marche sur le Kurdistan irakien.

Nos ténors de l'UMP souhaitaient-ils une intervention directe à Gaza ? Non bien sûr. Ils sont restés bien silencieux. Ils s'indignent maintenant sur l'Irak parce que les persécutions de la minorité chrétienne fait enfin la une des journaux français. La lettre tombe à plat. Le même jour, Hollande confirme l'envoi d'armement militaire en Irak pour soutenir les Kurdes. Deux jours avant, Laurent Fabius fut le premier ministre d'un Etat occidental à se rendre sur place, à Erbil, à une trentaine de kilomètres de la zone de front. "Quand il y a les gens qui crèvent, il faut revenir de vacances" tonne-t-il à l'encontre de la Commission européenne. Quand il y a des gens qui crèvent, il faut un peu de décence, serait-on tenter d'ajouter à destination de l'UMP.

Il se trouve quand même encore un UMP pour réclamer des frappes aériennes. Et le Front national appelle aux croisades...

L'UMP va donc toujours mal. Thierry Mariani  se désole de la fuite des adhérents de l'UMP. Il n'y reste que les sarkozystes pur jus au sein du parti, c'est plutôt une bonne nouvelle pour l'ancien monarque qui réfléchit depuis Bali à sa prochaine "carte postale". Sarkozy a "de la thune". Depuis qu'il est retraité de l'Elysée, il cumule son indemnité présidentielle, quelques gros cachets de conférencier pour des institutions financières anglo-saxonnes, ... et de rémunératrices missions d'avocat pour des clients privés mais anonymes.

"ça chauffe"
Le 15 août, pas de répit. Hollande reçoit Valls, comme hier Sarkozy recevait Fillon, en pleines vacances et en pleine crise. Il faut montrer qu'on bosse. Les mauvaises nouvelles s'accumulent. Pas de reprise en vue pour la zone euro, et l'économie française est toujours en panne.  La production industrielle est en net recul sur la totalité du deuxième trimestre. Où est passé Montebourg ? Il peaufine son attaque des "professions réglementées"... Sans rire.

Mercredi 13 août, l'INSEE annonce que les prix à la consommation ont reculé de 0,3% sur le seul mois de juillet (par rapport au mois précédent). Sur 12 mois glissants, l'inflation n'est plus que de 0,5%. Valls veut-il relancer le pouvoir d'achat par la déflation ? Pour les ménages modestes, la vie reste chère, et les prix ne baissent pas. mais l'indication macro-économique d'un ralentissement générale est manifeste.

Dans une autre analyse, l'institut rappelle aussi le bilan du quinquennat précédent sur les inégalités. Les Français les plus aisés, soignés par l'ancienne équipe, épargnent toujours autant. Au plus fort de la crise, en 2009, les ménages vivant en France ont épargné "l’équivalent de 16 % de leurs revenus", (contre 13% en moyenne dans l'Union européenne), soit environ 200 milliards d’euros.

Même les taux d'emprunt immobilier sont au plus bas, leur niveau le plus bas depuis... 1940: 2,70 % en juillet 2014, contre 4 % il y a deux ans.

Jeudi, les chiffres de la "croissance" sont publiés. Ils sont détestables: certes, l'Allemagne fait moins bien que la France, mais cette dernière est en complète stagnation depuis le début de l'année. Mais le désastre européen signe aussi l'échec d'une politique économique anachronique. Pourtant, Hollande et Valls s'accrochent à leur socialisme de l'offre - 40 milliards d'euros de soutien aux marges des entreprises financé par autant d'économies sur le budget des administrations - une obsession qui éclipse tout depuis janvier dernier. La consommation s'effondre, le risque de déflation augmente, mais il y a quelques idéologues bornés à l'Elysée et à Matignon, confortés par les incantations neo-libérales du MEDEF et de quelques éditocrates bien en vue, pour penser que la crise tient d'abord à un différentiel de compétitivité en Europe.

"Hé, tu m'entends ?!"
L'austérité ruine la croissance, résume l'Humanité. Le constat vaut pour l'Europe toute entière. L'Italie replonge, l'état de grâce du jeune premier ministre Matteo Renzi est terminé. Après son rendez-vous avec Hollande le 15 août, Valls concède qu'il n'est pas surprisL'Allemagne est également touchée.

Au pied du mur, Michel Sapin s'est fendu d'une belle tribune estivale, la veille du 15 août 2014, dans les colonnes du Monde. Il avoue l'échec du retour au quasi-équilibre des comptes publics l'an prochain, concède que la croissance n'est pas au rendez-vous. Et fustige même l'austérité européenne. On dirait du Montebourg...
"Le discours sur la croissance est épuisé, mais il n’y en a pas de rechange " François Leclerc.
Malheureusement, Michel Sapin reste accroché à son Pacte irresponsable comme une moule à son rocher. Quarante milliards d'euros de baisses de cotisations sociales pour les employeurs français, comme si les entreprises manquaient de compétitivité et non de clients.

Il rame, et cela se voit.

François Hollande va-t-il changer de politique économique ? La lucidité a ses limites. Le président ne laisse aucun signe transparaître. Si Sapin et valls réclament de l'Europe qu'elle change, Hollande a quand même retenu Pierre Moscovici, ex-chantre de la rigueur neo-libérale, pour le poste réservé à un Français à la Commission de Bruxelles. Le même Mosco, qui sera fixé sur son sort le 30 août prochain, multiplie les déclarations pompeuses sur la Fraaaaaance et lui-même.

Hollande continue les hommages. Ce 15 août, c'est au tour du 70ème anniversaire du débarquement de Provence. "Une France unie" clame-t-il bizarrement sur les hauteurs du Mont-Faron, près de Toulon. La France de 1944 était beaucoup de choses, mais certainement pas unie. Ce débarquement de Provence fut d'abord celui des Indigènes, un souvenir que la France rance a encore quelque mal à digérer. "La France a su se libérer par elle-même", les mythes ont la vie dure.

C'est la rentrée.








Crédit illustration: DoZone Parody