9 août 2014

379ème semaine de Sarkofrance: pourquoi Hollande a le blues en vacances.

La France est-elle amnésique ? Qu'apprend-t-on de nos échecs ? 

Pour la énième fois, Nicolas Sarkozy revient. Et la guerre embrase le Moyen Orient.

On comprend pourquoi Hollande a le blues en vacances.


L'émotion
On le voit encore ici ou là, en France ou ailleurs, célébrer le drame du premier conflit mondial. A Liège, en Belgique, François Hollande fustige la neutralité devant les massacres de civils en Syrie, Irak et à Gaza.
"Comment rester neutre lorsqu'un avion civil est abattu en Ukraine ? Comment rester neutre devant des massacres de populations civiles, comme en Irak, comme en Syrie où les minorités sont persécutées ? (...) Comment rester neutre quand à Gaza un conflit meurtrier dure depuis plus d'un mois ?" 
Ce recours à l'émotion ultime est devenu son unique propos politique. Hier, c'était la mort de 54 Français dans un crash d'avion qui mobilisait son agenda médiatique. Depuis, les célébrations du déclenchement de la Première Guerre mondiale ont repris le dessus.

Hollande cherche à dépasser les divisions du moment, à rassembler sur quelques causes "pures" et sans risque politique. Le spectre de la guerre totale au Proche Orient est réel. S'indigner des morts civiles est plus simple que de tacler l'allié israélien.

Plus Hollande célèbre le drame de ce premier conflit mondial, plus les crises militaires et politiques semblent se multiplier. Ce n'est plus un hommage, c'est une pénitence. A Gaza, l'armée israélienne se retire, mais le bilan civil est terrifiant. La "libanisation" de Libye inquiète les diplomaties occidentales qui restent sidérées et impuissantes. En Ukraine, le gouvernement légal appelle ses concitoyens à fuir les zones de guerre. En Irak, la ville chrétienne de Qaraqosh tombe aux mains des jihadistes.

En France, on agite forcément le spectre d'une immigration clandestine incontrôlée. Le Figaro en fait sa couverture le 5 août. Quelques blogueurs de droite tentent de relayer. Les habituels sous-ténors de l'UMP tentent de souffler sur les braises à coups de gros mensonges répétitifs. Hervé Mariton déboule sur France pour rouspéter contre les "aides sociales contributives". Eric Ciotti fustige encore le regroupement familial. Estrosi hurle à l'invasion.

Les clichés ont la vie dure.

Le blues
Hollande a sa loi du 4 aout. Nulle abolition des privilèges, mais quelques progrès pour l'égalité femmes/hommes. La loi du 4 août 2014 "pour l'égalité réelle entre les femmes et les hommes" a enfin été promulguée.

Mais la rentrée sera "difficile". Mardi 5 août, Hollande a fait publier le décret qui convoque le Parlement en session extraordinaire dès le mardi 9 septembre. Au menu, une loi sur sur l'autonomie des personnes âgées, le fameux texte de Bernard Cazeneuve sur le terrorisme, un texte sur les taxis, et la " loi d'avenir pour l'agriculture" de Stéphane Le Foll.

Manuel Valls n'est pas loin. Il rejoint Hollande dans les bas-fonds des sondages.

La guerre ailleurs, la déflation ici. 

Décidément, l'histoire se répète. Le gouvernement socialiste s'inquiète enfin des conséquences désastreuses des politiques économiques européennes. En France, le "socialisme de l'offre" conduit à comprimer la demande. Le Canard Enchaîné publie quelques fuites délicieuses sur les désaccords entre ministres qui se sont fait jour lors du séminaire du 1er août dernierà l'Elysée. Michel Sapin y a confirmé que la croissance cette année serait nulle. Le déficit budgétaire va rebondir à 4,3%. Taubira s'est agacée que Montebourg attaque des "professions réglementées" telles les avocats ou les huissiers alors que c'est de son ressort. Le dit Montebourg veut que la BCE rachète de la dette publique. Fabius, l'ancien chantre du Non au TCE de 2005, a refusé qu'on fustige ainsi l'Europe (sic!).

Une banque portugaise, le Banco Espirito Santo, fait faillite. Goldman Sachs recommandait il y a à peine 6 mois d'en acheter des actions (sic!). A Bruxelles, on se félicite de la gestion du problème, preuve que le mécanisme d'union bancaire mis en place en novembre dernier fonctionne bien. Force est de constater que ni les déposants, ni les contribuables ne sont mis à contribution. Ce sont les actionnaires (et les créanciers non garantis) qui règlent l'addition.  Le Crédit agricole perd ainsi 708 millions d'euros dans l'affaire.

Le 6 août, catastrophe en Hollandie. Le Conseil Constitutionnel censure les seules exonérations de charges sociales du Pacte de Responsabilité qui allaient bénéficier directement aux salariés: 520 euros de pouvoir d'achat supplémentaire par an pour un smicard effacés d'un trait ! La mesure devait coûter 2,5 milliards d'euros par an pour les finances publiques. Depuis mai 2012, la moitié des lois du gouvernement a été censurée par le Conseil... comme sous Sarkozy. La droite raille l'amateurisme du gouvernement. La gauche s'inquiète.

L'efficacité version Valls a-t-elle fait long feu ?

Les radicaux de gauche menacent de quitter le gouvernement. En cause, la réforme territoriale rapidement votée juste avant les vacances....

Les trous de mémoire de Sarkozy
Sarkozy aussi est en vacances. Pour la énième fois, il se confie à Valeurs Actuelles. Après le publi-reportage dans Paris-Match, puis la conférence rémunérée au Congo, il parle encore de lui, et de son retour.  Il avait invité le patron de "VA" dans son palais du Cap Nègre. C'est plus facile pour discourir sur son sens du devoir. Qu'apprend-t-on ? Rien.

Sarkozy ne pense qu'à revenir, et nous le fait savoir toutes les semaines. Il n'y a rien, absolument rien de miraculeux en soi que "l'on parle de son retour dans la vie politique" avec tous les efforts qu'il déploie depuis mai 2012Il paraît inchangé, incroyablement narcissique, et trahit une nervosité délicieuse quant à sa rentrée.

La France est-elle amnésique ? Dans son entretien, Sarkozy parle de lui, mais réalise l'exploit d'oublier de mentionner ses affaires judiciaires, ou son propre bilan qui s'invite pourtant naturellement et quotidiennement dans l'actualité. Prenez la Libye, qui sombre dans le chaos. Cette semaine, la quasi-totalité des diplomaties étrangères se sont retirées de la capitale libyenne. Comment Sarkozy peut-il s'abstenir de livrer le moindre commentaire, alors que la Libye fut si présente dans son (premier) quinquennat ?

Il veut revenir, mais il est bien seul. Son entourage proche est terrifiant de médiocrité politique. Il ne lui reste que les Balkany et Nadine Morano (laquelle s'inquiète d'être à nouveau mise à l'écart !). Même ses anciens conseillers s'en inquiètent. Dominique de Villepin, qui termine ses missions secrètes pour le Qatar, le soutient désormais bruyamment en espérant un poste de ministre des affaires étrangères en cas de victoire en 2017.

Que ce monde est parfois petit.




Crédit illustration: DoZone Parody

7 commentaires:

  1. Sur l'immigration sans aller jusqu'à parler d'invasion concernant la France, et en envisageant le phénomène vu d'Europe le nombre de réfugiés accueillis par l'Italie et l'Espagne explose. En raison notamment des difficultés en Syrie, Irak et Libye. La France, comme à son habitude, a de grands discours généreux et lyriques (faut-il rester neutre ? mais non mais non et puis alors ? ben rien) mais dans les faits le nombre de réfugiés autorisés à venir reste bien modeste au regard de l'accueil accordé à ces populations par nos voisins. Nimby pour les réfugiés et Tina pour l'économie. Faut-il rester neutre ?
    L'égalité homme-femme devient un marronnier quand le gouvernement ne sait ou ne peut plus gouverner, l'économie lui échappe, la France devient un minus habens sur la scène internationale, voyons voir ce qui reste... Manuel, mais c'est bien sûr ! l'égalité homme-femme. Bon autre chose ?
    Et le clou pour la fin, Nicolas Sarkozy, mandieu, mandieu...
    Oui la censure d'une disposition essentielle du pacte de euh... Caramba, encore raté !
    La loi sur l'agriculture, la FNSEA s'en déclare satisfaite, mais d'où vient ce malaise qui me saisit tout à coup ?
    Nouvelle loi pour chasser le terroriste solitaire ou dit le loup. Loup y es tu ? Lassant cet acharnement contre les libertés individuelles parce la police et les services ne font pas leur boulot, manquent de moyens et que les politiques se croient obligés de pondre une loi pour répondre à l'inquiétude des citoyens. La machine tourne sur elle-même et s'autoalimente. Jusqu'où ?

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    1. « Lassant cet acharnement contre les libertés individuelles parce la police et les services ne font pas leur boulot, manquent de moyens ». D’accord avec toi sur le constat, mais absolument pas sur les raisons qui l’expliquent. L’efficacité des services n’a rien à voir avec les limitations toujours plus nombreuses imposées par ces politiques à nos libertés de citoyen. Tu noteras que celles-ci diminuent aussi vite que les libertés économiques des entrepreneurs et des financiers croissent rapidement.

      En vérité, l’acharnement du pouvoir politique libéral-social de notre pays à réglementer, interdire, encadrer tient au fait :
      1) qu’il a délaissé le champ économique, où il n’y a plus pour lui de débat (TINA),
      2) qu’il est convaincu qu’il est nécessaire d’édicter des règles pour régir nos vies dans leur nouvel empire du Bien où triomphent la bien pensance et la duplicité.
      Le pouvoir libéral-social ne fait là que suivre sa pente naturelle, c’est-à-dire construire le monde à partir de ses croyances dans le progrès et la technologie. Et, non contents de nous imposer des règles et interdits toujours plus nombreux, ils considèrent que nous devons adhérer aux idées et principes de l’empire du Bien, ainsi que le démontrent les campagnes de propagande, qui appellent à voter (alors que le vote est bafoué) ou qui montrent du doigt (stigmatisent en novlangue) les mauvais citoyens (contre le mariage « pour tous »).

      Une attitude quasi-religieuse, comme l’ont écrit plusieurs de nos philosophes, qui ne laisse aucune place à ceux qui pensent autrement. Ils les ont d’ailleurs baptisé « populistes ».

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    2. Une illustration à propos de l’empire du Bien, qui explique pourquoi nos dirigeants bien-aimés nous conduisent malgré nous – mais pour notre plus grand bonheur – sur des chemins que nous ne voulons pas emprunter :
      « C’est un mythe utile et commode de croire que les libéraux sont pacifistes et les conservateurs belliqueux », écrivait l’historien Hywel Wiliams en 2001, « mais il est possible que l’impérialisme du libéralisme soit plus dangereux de par sa nature explicite : sa conviction qu’il représente une forme supérieure de vie ». Il avait en tête un discours de Tony Blair dans lequel l’ex premier ministre promettait de « remettre de l’ordre dans le monde autour de nous » selon ses propres « valeurs morales ».

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  2. Vu la performance d'acteur (studio) d'Eric, je me suis senti oblige d'aller lire la lettre de Moustache Plenel, p'tain ce que c'est chiant, ca degouline de bons sentiments, papy Plenel ferait passer Stephane Hessel pour Lemmy de Motorhead.
    Mediapart, une tisane et au lit !

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  3. La stratégie du chaos ou l’impérialisme décomplexé

    Par Odile Tobner, le 11 février 2014

    Les guerres de l’Otan menées à l’initiative des Etats-Unis en Afghanistan et en Irak ont donné le signal du renouveau des guerres impériales au XXIe siècle.

    Elles sont à l’évidence le modèle des interventions que l’armée française multiplie en Afrique depuis le bombardement de la la Côte d’Ivoire et de la Lybie en 2011, surtout par deux aspects que les unes et les autres partagent : vendues aux opinions publiques occidentales comme ayant pour objectifs la paix et la démocratie, elles aboutissent immanquablement à nourrir les dissensions civiles qu’elles étaient censées apaiser. C’est ce qu’on observe actuellement en RCA, mais cela se vérifie aussi, même si d’une manière moins éclatante, au Mali et en Côte d’Ivoire. Les interventions de l’Otan ont toutes abouti à l’ensauvagement des sociétés qu’elles étaient censées pacifier. Le précédent de l’intervention française au Rwanda laisse craindre qu’il en sera de même en Afrique francophone.

    Ce résultat ne saurait surprendre que ceux assez naïfs ou abêtis par le pilonnage de la propagande pour croire que la guerre qui s’étend sous nos yeux aurait réellement pour but d’établir la paix et la démocratie. Au contraire, l’intervention guerrière rend nécessaires d’autres opérations armées, dans un processus fou d’auto-engendrement de la guerre. La partition du Soudan sous pression occidentale provoque une nouvelle flambée de la guerre civile. Certains de nos dirigeants évoquent aujourd’hui la nécessité d’une nouvelle intervention en Lybie, devenue le foyer ardent d’un ébranlement de toute l’Afrique noire.

    Hic fecit cui prodest : seul le capital sort renforcé de ce chaos généralisé. Les pseudo-démocraties installées par des armées étrangères à coup d’élections bidons n’auront garde de s’opposer aux volontés de leurs parrains, et aux sociétés étrangères qui, arrivées à la suite des armées, se partagent les lucratifs marchés de la reconstruction et tout ce que la destruction des États offre comme opportunités : travaux publics de toutes sortes, construction et gestion des infrastructures et des réseaux d’eau, d’électricité, de télécommunications, et, last but not least, exploitation des ressources naturelles. C’est là le fin mot des bombardements occidentaux et du déploiement de tout l’arsenal de la guerre technologique : permettre au capital d’étendre encore son emprise vampirique sur le monde, jusqu’à la dernière goutte de pétrole, jusqu’au dernier gisement d’uranium, jusqu’à l’ultime forêt vierge, jusqu’à la dernière parcelle d’humanité libre.

    « Le capitalisme porte en lui la guerre comme la nuée porte l’orage » : la première décennie de ce siècle a plus que confirmé la phrase prononcée par Jaurès en juillet 1914, quelques jours avant son assassinat, dans un discours où il prophétise les massacres de masse qui vont ensauvager l’Europe. Dans ce discours, Jaurès accuse la politique coloniale de la France d’être un des facteurs de « l’état des choses horrible où nous sommes » : de la même façon, la politique guerrière des imposteurs qui gouvernent aujourd’hui la France en se réclamant de lui nourrit la catastrophe dans laquelle nous nous enfonçons.

    Certes, c’est aujourd’hui en Afrique, non plus en Europe, que s’accomplissent des massacres de masse, mais ne nous leurrons pas : nous aussi, citoyens du monde "libre", sommes de plus en plus soumis aux lois inflexibles de cette guerre folle du capital : paupérisation croissante de nos sociétés, gavées de faux biens destinés à nourrir le flux continu des déchets, réduction irréversible des libertés élémentaires, bombardement ininterrompu d’une propagande abrutissante, désespérance de nos jeunesses : quand le sang de l’Afrique coule, c’est l’Occident qui devient fantôme.

    Source: http://survie.org/billets-d-afrique/2014/232-fevrier-2014/

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    1. La guerre est la continuation de la politique par d’autres moyens (Clausewitz).

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