25 août 2014

Le jour où Montebourg et Hamon ont validé l'autre politique

Dimanche 24 août 2014, deux ministres, et pas des moindres, ont joué aux rebelles quelque part en France. François Hollande revenait d'une tournée dans l'Océan indien. Montebourg et Hamon, les deux coupables de cette incartade, l'attendaient le pied ferme. Après la sortie de Cécile Duflot, ex-ministre, la contestation était au coeur du pouvoir.

Les journalistes se frottaient les mains. Lundi, le gouvernement Valls démissionne. Mais c'est à Manuel Valls que François Hollande confie le soin de constituer une nouvelle équipe.


L'autre politique
Observons la "gauche", c'est-à-dire du côté de celles et ceux qui ont voté contre l'ancien monarque mais aussi pour une autre politique sociale, sociétale et économique. Dans son édition de vendredi 22 août, l'hebdomadaire Marianne laisse la parole à quelques-uns. Une autre politique serait possible.

En fait, en l'état, la réponse est négative. Il y avait plutôt plusieurs propositions, parfois irréconciliables, parfois convergentes.

En vrac,
  • Rééchelonner le remboursement de la dette publique.
  • Soutenir la demande, en France comme ailleurs en Europe, qui est une urgence, et la préoccupation principale des entreprises qui peinent à cause d'une consommation atone.
  • Forcer les ménages aisés à emprunter pour financer l'Etat plutôt que placer ailleurs ou épargner.
  • Subventionner la transition énergétique pour qu'elle soit plus intensive en créations d'emploi.
  • Soutenir l'investissement et la construction.
  • Concentrer les réductions de charges sociales sur les activités délocalisables.
  • Sortir de l'euro pour préférer une monnaie commune. 
Bref, les idées, même générales, ne manquaient pas.

François Hollande réclame au contraire un temps que la politique n'a pas. On cherche d'ailleurs les raisons pour lesquelles les deux premières années n'auraient pas réussi à produire le moindre résultat. Il ne s'agissait pas de tout résoudre, mais au moins de ne pas dégrader. Il y a 6 mois,  quelques 7 milliards d'euros de crédit d'impôt compétitivité ont été reversés aux entreprises, sans le moindre effet sur les embauches ni l'investissement.

Dimanche 24 août 2014, l'équipe Hollande a encore subi un choc. Deux ministres d'Etat, et non des moindres, ont ouvertement critiqué la politique du gouvernement auquel ils appartiennent, "en toute loyauté".

On croit rêver.


Quand vont-ils démissionner ?

A Matignon, on enrage. "Une ligne jaune a été franchie" prévient-on, anonymement. Manuel Valls avait déjà mal digéré. Qu'ont-ils dit de si grave ? A Frangy-en-Bresse, Hamon a prévenu:
"On peut avoir un avis, une conviction, l’exprimer et être loyal ". Dans les colonnes du Monde du même jour, Arnaud Montebourg a repris son argumentaire anti-Merkel, contre "la droite allemande". Mais pas seulement...
"La réduction à marche forcée des déficits est une aberration économique, car elle aggrave le chômage, une absurdité financière, car elle rend impossible le rétablissement des comptes publics, et un sinistre politique, car elle jette les Européens dans les bras des partis extrémistes."
Dans les colonnes du Parisien, Benoit Hamon, invité d'honneur de Montebourg à sa fête de Frangy-en-Bresse, en rajoute une couche: "On n'est pas loin des frondeurs...". Pire, il ajoute: "On va le dire plus fort". Il complète: "La relance de la demande est la condition de la réussite de la politique de l'offre qui a été faite depuis deux ans. On ne peut rien vendre aux Français s'ils n'ont pas des revenus suffisants." Des propos en contradiction - l'expression est faible - avec la politique de l'offre réitérée par Hollande quelques jours auparavant.

De deux choses l'une: soit les deux ministres envisagent véritablement la rupture; soit il ne s'agissait que d'un gros clin d'oeil conciliant pour calmer les remous au sein de l'étroite majorité socialiste.


L'un reste, les autres partent
(Mise à Jour) Lundi matin, vers 10 heures, Manuel Valls présente la démission de son gouvernement au Président de la République. On comprend que les deux trublions ont provoqué cette chute générale.

Mais c'est à Manuel Valls, encore lui, qu'Hollande confie le soin de constituer une nouvelle équipe, "en cohérence avec les orientations qu'il a lui-même définies pour notre pays". Il n'y a donc pas d'inflexion politique à attendre, loin de là. Il y a un "consensus absolu" entre l'Elysée et Matignon sur la démission du gouvernement, assure-t-on chez Hollande.

Benoît Hamon tempère, et regrette à mots à peine couverts, "une sur-réaction au souffle médiatique qui répond à un discours qui relevait de la situation politique".


14 commentaires:

  1. avec un déficit de la balance commerciale colossal et qui ne cesse d'augmenter , soutenir la demande ne peut que favoriser les importations (donc le déficit commercial), sans créer un emploi en France ou très peu

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    1. C'est vrai que la balance commerciale espagnole s'est un peu redressée, avec chute des salaires et plus de 25% de chômage, une réussite incontestable...

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  2. Que Valls ose virer Montebourg et Hamon qu'on rigole...

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  4. A son habitude Montebourg décide de foutre le bordel et dans la grande tradition hollandaise le président va tenter d'abord l'apaisement (j'observe en silence et je laisse le nerveux de Matignon se prendre les pieds dans le tapis) et tout le bazar va tourner en eau de boudin assez vite comme pour le gouvernement Ayrault transformé en bateau ivre sans capitaine fut-il de pédalo.
    On connait la chanson, les ministres vont être rappelés à l'ordre par un président plus affaibli que jamais et dont la parole ne porte plus très loin. Et les choses iront plus mal que bien jusqu'à l'embellie économique ou l'échéance électorale de 2017 à coté de laquelle le 21 avril 2002 passera pour un doux dimanche de printemps.

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  5. Caramba, encore raté : http://www.lefigaro.fr/politique/le-scan/2014/08/25/25001-20140825LIVWWW00069-hollande-demande-a-valls-de-composer-un-nouveau-gouvernement.php

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  6. Hamon et Montebourg qui ne sont pas des perdreaux de l'année ont mis Valls dans la seringue !
    Je sens que je vais me marrer !

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  7. pour le moment c'est eux qui sont dans le seringue et Valls qui tient le doigt sur le piston
    comme quoi le capitaine mou de pédalo sait prendre des décisions et vite

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    1. Mieux vaut tard que jamais, il aura tapé vite et fort pour avertir aussi les frondeurs qu'il y a bien un capitaine qui pilote le pédalo.

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  8. Montebourg : #IceBucketChallenge réussi ! =>

    http://dozoneparody.wordpress.com/2014/08/25/montebourg-ice-bucket-challenge-reussi/

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  10. Reçu ce mail de mon ami Nicolas Sarkozy :

    " Merci à Montebourg, Hamon, Mélenchon, les frondeurs, Duflot, etc. (et, à un moindre degré, à Juan) qui préparent si activement mon retour au pouvoir, mais, cette fois, pour deux quinquennats, et avec des réformes auprès desquelles celles de Schröder paraîtront bien timides, et qui leur feront regretter - mais un peu tard - Hollande".

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    1. Mon cher Elie, ceci dit sans familiarité aucune, tout d’abord, tu devrais changer d’amis, Sarkozy n’étant pas plus fréquentable qu’Hollande, il faut bien le reconnaître. Ensuite, une saloperie faite par un type de droite a exactement les mêmes effets qu’une saloperie mise en œuvre par un gars de « gauche ». Et sur ce point, les libéraux-sociaux ont fait leurs preuves depuis le XIXème siècle jusqu’au début de ce siècle. Rien n’autorise à dire que ces gens-là, qui ne représentent qu’une caste, sont plus vertueux ou plus honnêtes que les autres. C’est d’ailleurs parce que les gens l’ont compris qu’ils vont prendre leurs cliques et leurs claques et aller voir ailleurs si on y est.

      Demos

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  11. Plus ou moins vite dans le mur, ca change quoi ?

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