30 septembre 2014

"Pour les musulmans", forcément.



Dans un livre indispensable écrit l'été dernier, le fondateur de Mediapart, Edwy Plenel, rappelle, détaille et explique comment l'islamophobie des années 2000 a pris le relais de l'antisémitisme du siècle d'avant. 

 Les récents évènements, de l'intervention militaire de la France contre Daesh à la décapitation d'un touriste français par une bande islamiste, ne font qu'amplifier l'importance de sa démonstration.

Edwy Plenel fera couiner. 
Il fustige une gauche aveuglée par le "laïcisme", une trahison de la laïcité, autant que la droite embarquée contre la République par les excès xénophobes des débats identitaires de Sarkofrance. Il revient aux sources de la loi de séparation de l'Eglise et de l'Etat de 1905, des travaux de Ferdinand Buisson à l'élan de Jean Jaurès: "l'Etat laïc n'est ni hostile ni indifférent aux religions".

Bien sûr, Plenel fustige aussi Manuel Valls. 

La haine des musulmans a tranquillement pris le pas sur toutes les autres dans l'inconscient politique français. Le Front national "normalisé" par Marine Le Pen s'est attaché à retirer l'antisémitisme paternel pour mieux convaincre les foules électorales de sa respectabilité. Même s'il reste quelques nazis antisémites au sein du parti, la direction mariniste a pris le risque de perdre le soutien des psychopathes Soral, Dieudonné et autres délirants judéophobes, pour mieux conquérir le pouvoir. La réunion des haines identitaires viendra sans doute plus tard.

"C'est l'antisémitisme qui empêche les gens de voter pour nous", confie Louis Alliot, pas l'islamophobie.

Aujourd'hui, être musulman de croyance et/ou de culture, c'est prendre le risque d'être assimilé aux méfaits de quelques-uns, aux comportements caricaturaux de quelques autres. L'actualité, médiatisée dans les moindres recoins de l'internet, est suffisamment riche en exemples, que même l'auteur de ce blog peut être facilement accusé. Il faut sans cesse préciser les frontières de nos propos. On marche sur un fil.

L'islam tout entier est devenu une obsession nationale, comme hier les Juifs avant la Shoah.

Il fallut la chute du régime de Vichy, et avec lui, de la droite anti-républicaine, pour convertir la droite à la République, grâce au gaullisme. Mais, rappelle Plenel, "c'est cette conversion qu'a ébranlée et corrompue le sarkozysme: en stigmatisant une religion particulière, l'islam, et la culture qui lui est associée, en ouvrant ainsi la voie à la persécution ordinaire d'une partie de nos compatriotes, il a contredit la République."

La responsabilité sarkozyste n'est plus à démontrer. Du débat identitaire qui pourrit la vie politique française à partir de novembre 2009 à la campagne de 2012 ou aux propos du ministre Claude Guéant sur la "supériorité" de certaines civilisations, le sarkozysme politique a propagé, vivifié, relayé tous les amalgames xénophobes à l'encontre des musulmans de France.

Dans le second chapitre de son ouvrage, Edwy Plenel rappelle un autre texte indispensable, signé par Emile Zola dans les colonnes du Figaro le 16 mai 1896, et intuitué "Pour les Juifs". A l'époque, l'affaire Dreyfus n'a pas encore éclaté. C'est ce texte, d'ailleurs, qui incitera quelques dreyfusards à contacter Zola pour le rallier à la défense du capitaine français injustement accusé d'espionnage.

"Pour les Juifs" est un texte capital.


L'islamophobie frappe à gauche, et pas seulement au sommet de l'Etat. Edwy Plenel rappelle les ineffaçables propos de Manuel Valls depuis sa participation aux gouvernements de François Hollande.

Ministre de l'intérieur, il voit la place de l'Islam dans la démocratie comme l'un des enjeux de la France de 2025. Ministre puis premier ministre, il ne cesse d'évoquer "l'ennemi de l'intérieur", comme n'importe quel sous-fifre de la Droite Furibarde.

Le choix des mots, en politique, est le premier acte.

L'islamophobie frappe toute la gauche: "La haine de la religion (...) qui s'est emparée de la gauche, extrême gauche comprise, ne laisse pas de surprendre tant, hier, ses référents intellectuels critiquaient au contraire les extrémistes de l'irreligion. C'est Lénine dénonçant 'l'anticléricalisme bourgeois comme moyen de distraire les ouvriers du socialisme.'" Plenel ajoute nombre d'autres références - Rosa Luxembourg, Maximilien Robespierre, ou Léon Trotsky - pour mieux marteler son argument: "l'agitation de la question religion est une diversion des questions démocratiques et sociales."

Plenel tente l'optimisme, quand il rappelle la conclusion de Zola.
"Désarmons nos haines, aimons-nous dans nos villes, aimons-nous pardessus les frontières, travaillons à fondre les races en une seule famille, enfin heureuse ! Et mettons qu’il faudra des mille ans, mais croyons quand même à la réalisation finale de l’amour, pour commencer du moins à nous aimer aujourd’hui autant que la misère des temps actuels nous le permettra. Et laissons les fous, et laissons les méchants retourner à la barbarie des forêts, ceux qui s’imaginent faire de la justice à coups de couteau." Emile Zola, 1896.
L'exercice est ardu. La France de 2014 n'a plus aucune tolérance pour sa composante musulmane. La perspective du retour de Sarkozy sur la scène politique nationale, la progression d'un FN normalisé qui parvient même à placer deux élus au Sénat, la trop récente prise de conscience de Manuel Valls des dégâts de ses propres propos contre les musulmans à la faveur d'une crise internationale inédite, ... les temps sont rudes.

Dimanche 28 septembre, Marine Le Pen ose nier toute responsabilité sur les amalgames islamophobes. 
"Sous toutes les latitudes, le sort fait aux minorités dit l'état moral d'une société". Edwy Plenel. 


27 septembre 2014

386ème semaine de Sarkofrance: Hollande contre Sarkozy, what else ?



Sarkozy revient, et la cote sondagière de Hollande remonte un peu. Les éditocrates du pays savourent et imposent le feuilleton. Pourtant, Sarkozy déçoit. Il revient en ressassant, comme un Giscard qui n'a pas digéré. Il ne réagit à rien de l'actualité réelle - des ineffables propositions du MEDEF aux tensions internationales.

Un otage français est décapité par une poignée de terroristes se réclamant de Daesh. Il fallait oublier le retour de Sarko. L'espace politique de l'ancien monarque est de toutes façons largement occupé par d'autres.


Le Sarkozy d'après ?
En voyage en Allemagne, il s'agenouille devant Angela Merkel. Il sourit beaucoup. Il est ravi des convergences politiques évidentes. Ensuite, il se fait chaleureusement applaudir par les adhérents de l'organisation patronale locale. Il répète son "j'aime l'entreprise". Il loue Gerardt Schröder et ses réformes de dérégulation du marché du travail il y a 10 ans. Il enthousiasme la presse conservatrice locale

Il est premier ministre d'un gouvernement socialiste. Manuel Valls est un homme heureux.

De retour à Paris, il met la pression sur la direction d'Air France. Dix jours, bientôt 15, que les pilotes sont en grève, paralysant l'entreprise contre un projet non négocié de réduction des statuts au bénéfice de la filiale low-cost. "Cette grève est insupportable" s'exclame-t-il.

Mardi, le MEDEF confirme ses propositions, fuitées la semaine précédente, pour "relancer" une économie qui ne re-démarre pas: création d'un sous-SMIC ("un salaire transitoire d'accès à l'emploi, destiné aux populations très éloignées de l'emploi"), révision des seuils de représentation des salariés dans les entreprises, libéralisation du travail le dimanche, etc. Cette saillie ultra-libérale irrite jusque dans les rangs du gouvernement.

En clôture du congrès de l'Union sociale pour l'habitat, il réclame davantage de constructions. Mais il souligne que l'Etat ne peut pas faire davantage. Il rappelle les efforts déjà votés - le renforcement des sanctions pour non respect des 25 % de logements sociaux, la mise à disposition de terrains publics, la réduction du taux de TVA à 5,5 %, le maintien d’une exonération de 25 % de la taxe foncière pour le logement social. Mais ce sera tout.

Dimanche, le Sénat repasse à droite.

Qui s'en étonne ? 

Le Revenant
Dimanche soir, Nicolas Sarkozy tente de marquer les esprits par une trop longue interview sur France 2. C'est "son" moment, 127 semaines qu'il attendait cela, revenir dans le jeu politique et tacler l'infâme "président normal" qui lui a volé sa victoire.

En 2012, Hollande avait "giscardisé" Sarkozy.

Moins de deux ans plus tard, le cauchemar continue. Sarkozy revient, mais obsolète. Dimanche soir sur France 2, il trébuche. A force de "changer", il semble revenu à son propre point de départ. Il n'annonce rien, en 40 minutes de show réservé. Les curieux sont nombreux pour ce faux "Rising Star" de la real-politik, Sarkozy rassemble plus de 8 millions de téléspectateurs.

Mercredi, Paris Match publie un trop long reportage sur le retour de l'ancien monarque, les coulisses de sa préparation. Une photo le montre entouré de son "nouveau" premier cercle: Péchenard, Wauquiez, Hortefeux, Darmanin, Estrosi et Kosciusko-Morizet.

Le retour de Sarko réactive quelques anciens réflexes à gauche.

Jeudi 25 septembre, Nicolas Sarkozy donne son premier meeting. Il est sur l'estrade, face à un public acquis, des ultra-fans et une meute de journalistes curieux et ravis. Il râle, il fustige, il critique. Il a la rage, il a la haine. Comme avant, la transparence de son hypocrisie est presque touchante quand il confie combien il a besoin d'Alain Juppé (qu'il menaçait de mort en politique devant quelques témoins en coulisses). Ou qu'il applaudit François Fillon lequel le lui rend bien en rancoeurs explicites depuis quelques mois déjà. Nicolas Sarkozy n'a pas changé, son programme se confond avec sa carrière. Ses slogans restent des approximations. Sur les réseaux sociaux, on ironise, on se moque, on rigole.

Il a choisi le Nord, l'un de ses départements frappés par la crise. Le symbole est beau, mais faux. Lambersart est la 19ème ville française qui paie le plus d'ISF en France.

La véritable surprise n'était pas là. Malgré 127 semaines à "beaucoup voyager" comme il aime à le rappeler, à beaucoup réfléchir, Nicolas Sarkozy revient sans idées nouvelles ni leçons du passé. Il ressort quelques maigres extraits de son programme de réélection de 2012: il faudrait travailler plus pour gagner plus (malgré nos près de 6 millions de demandeurs d'emploi); il adore le gaz de schiste (rappelez-vous,"l'environnement, ça commence à bien faire" disait-il déjà en 2010); il veut multiplier les référendums (puisque les corps intermédiaires, ça gêne); il veut remettre en cause l'espace Schengen et l'aide médicale d'Etat aux étrangers; il en appelle au référendum contre les "corps intermédiaires".

La déception
Au sortir du meeting, les avis médiatiques sont unanimes: Sarkozy rabâche de vieilles formules d'avant. "J'ose le mot, j'ose le dire." "C’est tellement gros qu’on n’y croit plus" lui rétorque un député UMP du coin.

Sarkozy est resté figé dans son propre passé. 

Comme Giscard.

Ce meeting appelait une autre question, essentielle quand on connaît le parcours du bonhomme: qui avait payé l'organisation d'un tel rassemblement, quand on sait que Nicolas Sarkozy n'a aucun rôle ni statut à l'UMP pour cela ? L'Association des amis de Sarkozy, ce micro-parti créé dès l'été 2012, a visiblement des fonds. Un précédent meeting, organisé à Bordeaux l'an passé, fait l'objet d'une enquête. Les sympathisants sont bons princes. En 2013, ils avaient déjà remboursé pour 4 millions d'euros les frais de campagne invalidés par le Conseil constitutionnel. D'ailleurs, l'enquête sur le financement de cette campagne se poursuit. L'affaire Bygmalion n'a pas livré tous ses secrets. D'après les enquêteurs, Sarkozy a bénéficié en 2012 de 18,5 millions d'euros de fausse facturation par Bygmalion pour financer sa campagne.

L'amalgame
Cette séquence sarkozyste est asynchrone, ou indécente. Dimanche, un touriste français est kidnappé. La France bombarde le Califat islamique sur son flanc irakien, lequel appelle au meurtre de citoyens français. Deux jours plus tard, l'otage français est décapité - un choc immense dans le pays. La Droite furibarde plonge facilement dans l'amalgame. Laurent Fabius réclame qu'on cesse d'appeler "Etat islamique" le Califat barbare, pour éviter les amalgames. L'appelation "Daesh" surgit dans le vocabulaire de nos politiques.

A l'ONU, une résolution est adoptée à l'unanimité contre Daesh. Les témoignages d'exaction se poursuivent. A l'Assemblée nationale, l'unanimité est également de mise quand il s'agit de voter sur l'engagement militaire de la France. Seuls les élus du Front de gauche, qui soutiennent le soutien militaire aux opposants, protestent contre la participation à une coalition internationale dirigée par les Etats-Unis.

Vendredi, les drapeaux sont en berne pendant 3 jours.

Hollande rend hommage quand Sarkozy éructe sur une estrade.

Mais pourquoi faudrait-il accepter le feuilleton imposé d'un match-retour ? 

C'est la fin.

Ami journaliste, ressaisis-toi.






Crédit illustration: DoZone Parody 

 

26 septembre 2014

Ami journaliste, rappelle-toi (3)

Sarkozy: la haine et le discours

 

Nicolas Sarkozy a tenu son premier meeting de campagne pour l'élection présidentielle de 2014 ce jeudi 25 septembre 2017, à Lambersart.

 

Intriguant, indécent, instable. 


1. Si les enquêteurs qui, plus tard, analyseront les comptes de campagne pouvaient s'en souvenir, ce serait formidable. Car on s'interrogera plus tard sur les sources de financement providentiel qui ont permis à Nicolas Sarkozy de rassembler quelques centaines de militants, lui qui n'a aucun rôle officiel au sein de l'UMP. L'élection interne pour la présidence de l'ancien parti majoritaire, par ailleurs endetté à hauteur de 74 millions d'euros et empêtré dans l'affaire Bygmalion, autorise-t-elle pareilles largesses ? A moins que ce ne soit le micro-parti de Sarkozy, le fan-club des Amis de Sarkozy.  Les juges qui enquêtent sur l'affaire Bygmalion ont estimé à 18,5 millions d'euros le montant des fausses factures qui ont permis de financer la campagne de Sarkozy en 2012.

Répétons la question:
Qui a payé l'organisation de ce meeting ?

2. Nicolas Sarkozy signe son premier rassemblement électoral au moment où la France fait silence en hommage à un otage décapité par des terroristes. On se souvient d'un autre attentat, l'affaire Merah, en plein campagne présidentielle, où tous les candidats  - Hollande le premier -  s'étaient tus malgré le moment politique si intense. Combien de morts pour que l'ancien monarque se taise à son tour ?

3. Ce jeudi soir, puisqu'il fallait écouter un peu, Nicolas Sarkozy est restée avare en nouvelles propositions: "augmentation du temps de travail, réduction des dépenses publiques, discours pro-gaz de schiste, baisse du nombre de parlementaires, utilisation du référendum", la formule de 2012 est recyclée. Il sait pourtant combien l'opposition sans idée ne fait pas un programme. On sait qu'il avait de la haine pour ses adversaires de l'intérieur.  A Alain Juppé, il promet même la mort... politique. Contre Hollande, il a déversé publiquement la haine rageuse accumulée pendant 127 semaines de silence public: "On s'attendait au pire. Eh bien nous voici servis."

4. Nicolas Sarkozy semble engagé dans une course contre la montre. Les récentes révélations du contenu de sa garde à vue sont parfois édifiantes. On apprend que Sarkozy a avoué s'être intéressé à l'enquête sur le financement de sa campagne de 2007, mais sans trop y attacher d'importance... par réflexe ?
"Il s’agissait d’ " éléments d’ambiance", des "bruits de couloir"  " Nicolas Sarkozy aux juges.
5. Comme Hollande, Sarkozy est affaibli par ses anciens proches. Patrick Buisson, l'architecte du virage extrême-droitiste du quinquennat précédent, révoqué du premier cercle des sarkozystes quand sa manie de l'enregistrement clandestin fut révélée au grand public, se lâche. Sa dernière attaque est cinglante. Il fustige le couple "hédoniste" et hors sol que forment Nicolas et Carla, la montre Patek à 40.000 euros que la seconde a offert au premier.





Crédit illustration: DoZone Parody

25 septembre 2014

Ami journaliste, rappelle-toi (2)

Hervé Gourdel: la récup ou l'hommage ?

Le touriste français pris en otage dimanche a été décapité . La nouvelle, mercredi, a choqué.

Depuis quelques jours et les menaces proférées par des djihadistes du Califat contre les ressortissants français et américains, il fallait faire corps avec le gouvernement français. Ce dernier avait eu simplement raison de se joindre aux attaques contre l'Etat islamique installé à cheval sur la Syrie et l'Irak. L'armée française participe à la coalition internationale qui bombarde et cherche à affaiblir le Califat.

Qui ne souhaite pas contrer ce dernier ?

"Hervé Gourdel est mort parce qu'il était Français, parce que son pays, la France, combat le terrorisme" François Hollande.
La nouvelle est tombée alors que Manuel Valls était à l'Assemblée pour justifier l'intervention militaire en Irak.

Dans le drame, et sous la pression, on a vu ou entendu quelques indécences. Mais elles furent rares.

1. Nicolas Sarkozy a appelé la famille de la victime. La récupération politique est grossière, indécente, à peine surprenante. Quand il était président, Nicolas Sarkozy était coutumier de la manoeuvre.

La plupart des ténors de la droite, y compris des sous-fifres tels Hervé Mariton (ui ?) ont pourtant tenu des propos plus responsables et respectueux. Nicolas Sarkkzy se sentait sans doute pousser des ailes. La justice, qu'il accusait encore il y a peu de partialité politique, voire manipulée par un prétendu cabinet noir, cette même justice vient de suspendre pour quelques mois l'instruction pour corruption active qui frappait l'ancien monarque. C'est une faveur exceptionnelle.

2. Quelques autres se sont inquiétés que l'intervention militaire française ne concerne que l'Irak et pas la Syrie. Sur France info, mercredi matin, Jean-Yves le Drian était encore questionné sur l'affaire. Mais quelle affaire ? La France bombarde le Califat sur son flanc irakien, quand d'autres - Américains et émirati son flanc syrien.

3. Il y a eu, il y aura quelques autres esprits fragiles encore pour fustiger l'islam tout entier, ou interpeler les musulmans de France et d'ailleurs au motif que quelques terroristes surpuissants et haineux se réclament d'un "islam véritable". Ce rétrécissement de la pensée a rapidement frappé, ce mercredi, sans surprise. Il fallait s'en indigner. Le recteur de la grande Mosquée s'était pourtant déclaré bouleversé comme tant d'autres. Et Manuel Valls n'a cessé de répéter, comme le notait Mediapart, qu'il fallait distinguer "l'islam qui est la deuxième religion de France et qui est un atout pour notre pays, et l'islamisme ".

4. D'autres encore diront que la France aurait du rester neutre. Ne rien faire, ne rien dire, se taire ou se coucher, laisser la Syrie et l'Iak, et demain la Jordanie, sombrer dans leurs guerres civiles et emportées par la progression surpuissante du Califat islamique. A l'Assemblée nationale, les députés du Front de gauche ont été les seuls à émettre des réserves à l'intervention française, non pas sur la livraison d'armes mais plutôt sur le prétendu leadership américain: "Oui, il faut apporter une aide militaire à ceux qui résistent aux djihadistes. Mais pas n’importe comment. Et certainement pas sous l’égide des Américains " a justifié le député François Asensi.

5. Les assassins de l'otage français sont un groupuscule islamiste "issu d’une dissidence d’Aqmi", c'est-à-dire politiquement rien, un gang des barbares de plus.
"Tuer un homme sans défense et désarmé est un acte de lâches et qui le commet n'est pas un guerrier mais un assassin." Jean-Luc Mélenchon

6. Sur les réseaux sociaux, mercredi, une campagne s'était lancée contre les amalgames.







24 septembre 2014

Valls applaudi par des patrons allemands ?


C'est bien, bravo, merci.


Manuel Valls, plus tard, cherchera qui donc peut l'élire en France.


Un grand patron allemand s'est enthousiasmé: "Il a fait preuve d’énergie et de poigne. Maintenant, j’attends des preuves. Il donne l’impression de quelqu’un qui veut prendre des décisions."

D'un point de vue tactique, 

Manuel Valls avait raison: il fallait rassurer le patronat allemand. Valls, sur place, a désactivé Sarkozy, à en croire les témoignages "locaux".Sarkozy, en Allemagne, n'a pas laissé que de bons souvenirs. On se souvient combien le couple franco-allemand fut abîmé par une présidence agitée, brouillonne mais immobile, jusqu'à ce que la Grande Crise ne scotche le sarkozysme présidentiel sur la trajectoire allemande.
"Les responsables politiques, par le passé, les plus volontaristes, les plus attendus, y compris parfois en Allemagne, ont tenu des discours et n’ont pas fait les réformes nécessaires". Manuel Valls.
Par solidarité idéologique, Merkel avait gentiment, courtoisement soigné l'ancien monarque si affaibli. Mais sur le fond, observer Sarkozy auprès de Merkel avait quelque chose de gênant pour la République et l'image qu'on s'en faisait. L'homme, bravache avec les faibles, jouait une proximité avec la chancelière allemande qui ne gênait pas que son entourage. Manuel Valls, sur ce terrain-là, a brillamment réussi à casser l'historique sarkozyen alors que le contexte économique est pire encore.
"C’est plus intelligent de parier sur Valls que Sarkozy." Handelsblatt
D'un point de vue politique, 
... la démarche de Manuel Valls est terrifiante. Qu'espérait-il en allant convaincre les adhérents du MEDEF allemand ? L'Allemagne n'est pas un modèle social. Elle n'est même pas un modèle économique tant les situations sociales, économiques, démographiques, sont différentes. Le "made in Germany" est ... allemand, avec sa pauvreté, son travail précaire, son immigration sous-payée, son "parasitisme" européen.

"J'aime l'entreprise" Manuel Valls

Le premier ministre a forcément loué SchrÖder et ses réformes "courageuses".
En France, la démarche vallsienne est inutile, contre-productive, sans avenir. Manuel Valls, encore une fois, joue aux brillants de la classe dans une classe qui n'est pas celle de la majorité de mai 2012.

Un jour, trop tard sans doute, il le réalisera.

23 septembre 2014

Valls se couche devant Merkel


Les deux premiers ministres se sont vus sans souci ni désaccord lundi 22 septembre. Angela Merkel et Manuel Valls presque hilares de proximité complice, c'était un aveu, et un désaveu.


Allez comprendre.


Manuel Valls était à Berlin. Lui qui n'est que premier ministre a rencontré celle qui chef du gouvernement de l'économie la plus puissante de l'Union européenne. Le protocole est bien sûr respecté, mais cette rencontre est d'abord un pied-de-nez à l'ancien monarque qui pérorait la veille sur le plateau de France 2.

Un Sarkozy répétitif déclamait sa grande expérience des affaires d'un monde qu'il n'avait pourtant pas compris ni géré quand il était aux affaires. Le lendemain, Manuel Valls lui rappelait que certains travaillent quand d'autres causent.

Mais cette rencontre franco-allemande est aussi un aveu, celui d'une évidente duplicité qui ne s'assume pas. Lors de sa conférence de presse du 18 septembre, que d'aucuns ont jugé réussie tant les espoirs étaient bas, François Hollande s'était excusé de n'avoir pu "réformer" (comprenez "déréguler")le code du travail et la France toute entière aussi vite que son ancien camarade d'une internationale sociale-démocrate Gérard Schröder en son temps.

Rapidement, quelques journalistes précis rappelèrent que Schröder avait réussi à mettre à bas, pardon, à dynamiser le conde du travail allemand en assez peu de temps.
"Que l’on ne nous demande pas de faire en cinq ans ce que l'Allemagne a réalisé en plus de dix ans." François Hollande, 18 septembre 2014

Mais qu'importe ! En France, Manuel Valls comme François Hollande expliquaient il y a peu qu'il faudrait desserrer l'étau austéritaire européen. En visite en Allemagne, Manuel Valls se couche et se recouche, pour déclarer devant les caméras:
"la France doit assumer ses responsabilités"
 Où est passée la "confrontation", le "débat", le "combat" pour une réorientation de la politique européenne ? Imaginez si Manuel Valls s'était saisi de cette estrade médiatique pour prendre à parti Angela Merkel et afficher une position ferme sur la croissance et l'emploi. Imaginez...

Notre premier des ministres s'emballe ensuite:
"Je comprends les doutes et les questions du peuple allemand. Pour les Allemands, la France ne se réforme pas. (…) Les réformes, nous allons les faire. J’ai besoin aussi de la confiance du peuple allemand. L’Allemagne est un grand pays et les Allemands sont un grand peuple ."

 Allez comprendre



22 septembre 2014

Sarkozy trébuche sur France 2




Pour son premier meeting de campagne depuis mai 2012, il a choisi Lambersart, dans le Nord. Mais pour ce meeting, comme pour toutes ses autres agitations électorales à venir, on se posera tous la même question: qui paye ? Cette question, essentielle dans un régime démocratique, est justement celle à laquelle Sarkozy et ses proches se sont obstinés à ne pas répondre.



Parti socialiste, Front de gauche, écologistes, et même Front national, tous les autres mouvements politiques sont passés, avec succès, sous les fourches caudines des enquêteurs sur les comptes de campagne. A l'UMP, on a découvert une affaire gigantesque.


Pourquoi les journalistes adorent
Pourquoi le Nord ? Chez Sarko, on explique qu'un meeting ne perturbera pas les élections sénatoriales car ce département n'est pas concerné par le renouvellement de la fin du mois. Le maire de Lambersart est aussi un proche. Enfin, le Nord est l'un de ses départements frappés par le désespoir et la peste brune.

Jeudi soir, les journalistes, nombreux, se presseront à Lambersart. Sarkozy est toujours un bon spectacle. C'est une bête de foire, son attractivité est intacte.

Et les médias, comme les blogueurs, ont besoin d'audience

L'effet BurgerKing, rappelé récemment par Marianne pour une autre occasion, va encore frapper. Tout le monde se presse, attiré par le buzz et les dépenses marketing. On fait la queue pour assister au spectacle. Puis chacun découvre que ce n'est que du déjà-vu. Dans le cas de BurgerKing, le retour en France l'an passé provoqua d'innombrables et absurdes queues pour acheter ... du burger industriel. Dans le cas de Sarkozy, il s'agit de la même excitation... pour du Sarko. Le "produit", depuis 2012, n'a pas changé.

Qui va payer les factures ?
La fin du quinquennat précédent fut polluée par une séquence épuisante sur le financement de la Sarkofrance toute entière, à la faveur des révélations de l'affaire Bettencourt puis de la guerre en Libye. Même Carla Bruni-Sarkozy ne fut pas épargnée.

Puis, la triche aux comptes de campagne sanctionnée par le Conseil constitutionnel. On se souvient du Sarkothon, déclenché un 6 juillet 2013. Nicolas Sarkozy postait déjà sur Facebook un message à ses supporteurs. Il était indigné qu'on lui refuse le remboursement par les contribuables de 11 millions d'euros sous prétexte qu'il avait triché sur les dépenses et dépassé le plafond légal. Et encore, le Conseil avait été clément, en refusant de requalifier l'intégralité des frais d'un meeting mémorable payé par l'UMP et la République à Toulon, en décembre 2011.

Puis, vint l'affaire Bygmalion, du nom de cette agence de communication politique fondée par deux proches de Jean-François Copé qui sous-factura ses prestations de la campagne de 2012 pour mieux surfacturer l'UMP de collaborations bidons ou sur-payées.

Et maintenant ?

Un membre du Conseil constitutionnel président d'un parti ?
Non content d'avoir facturé plusieurs centaines de milliers d'euros pour des conférences auprès de banques et même d'Etats étrangers, Nicolas Sarkozy envisage donc de présider l'UMP. Il a lancé un appel aux parrainages, pour pouvoir concourir.

Nul doute qu'il les obtiendra. Mais nombreux ont été les observateurs du weekend à remarquer que présider un parti politique était incompatible avec l'appartenance de droit au Conseil Constitutionnel.
"Certes, Nicolas Sarkozy a décidé de ne plus y siéger, mais il peut à tout moment revenir sur sa décision. Tout comme il vient de revenir sur sa parole de se retirer de la vie politique en cas de défaite en 2012. (...) Un autre problème juridique se pose, puisque l’article 2 du décret du 13 novembre 1959 relatif aux obligations du Conseil constitutionnel interdit à ses membres 'd’occuper au sein d’un parti ou groupement politique tout poste de responsabilité ou de direction'." Le Parti de Gauche
Un candidat devant les juges ?
Sarkozy innove. Aucun des précédents candidats à la présidence de la république n'était autant inquiété par la justice avant l'élection.

Même le Figaro s'en est inquiété.
"• L'affaire des écoutes
• Le supposé financement libyen de la campagne de 2007
• L'affaire Bygmalion
• L'affaire Tapie
• L'affaire des sondages de l'Élysée
• L'affaire Karachi
• Soupçon sur un meeting à Toulon fin 2011  
• Des pénalités réglées par l'UMP au lieu de Sarkozy"
Que Sarkozy propose-t-il ?
Dimanche soir, France 2 avait réservé quarante minutes de son antenne en prime time pour le Grand Retour. Il y eut deux surprises de taille.

L'homme semblait d'abord mal à l'aise. Il trébuche sur ses mots, rate ses formules choc, peine à trouver des exemples concrets. Sarkozy manque d'entrainement. Il hésite devant les premières images que France 2 lui inflige, son discours d'adieu du 6 mai 2012. Il confie l'improbable: "C'est la première fois que je revois ces images."  Sarkozy bafouille ensuite, c'était surprenant. Il manque d'inspiration, alors qu'on l'imaginait préparé.

A deux reprises, il demande qu'on lui prête des neurones.
"Est-ce que vous me prêtez deux neurones dans ma tête ?"
"Est-ce que vous prêter deux neurones d'intelligence ?  "
Il enchaîne sur un second mensonge: "Je n'ai jamais cru en l'homme providentiel." Quarante minutes durant, son propos prouve tout le contraire ! Sarkozy n'arrive qu'avec son expérience présidentielle, notamment pendant la Crise- qu'il répète à de nombreuses reprises - ou ses voyages depuis deux ans ("Je voyage beaucoup à l'étranger").

Sarkozy trébuche sur des mots. Mais il conserve sa rancoeur. Sa machoire se crispe quand il évoque "Monsieur Hollande". Il n'ose l'appeler de sa fonction, "président de la république":
"Je ne dis pas que c'est la faute uniquement de Monsieur Hollande."

"J'ai été battu de si peu."
"Monsieur Hollande pense tout le mal de moi, je ne pense rien de lui".
Quand Delahousse lui demande s'il va se contenter de la présidence de l'UMP, Sarkozy élude mal, et confirme son narcissisme: "Il faut bien qu'il y ait un leadership, il faut bien qu'il y ait un symbole."Il se voit au-dessus des partis, forcément.  Sarkozy se voit, s'explique, se présente, se vit comme l'homme providentiel.  Il résume:
"Non seulement, j'en ai envie. mais je n'ai pas le choix."
Car, seconde surprise, Sarkozy venait vide de propositions.  Il annone des grands principes, évidemment conservateurs, il n'ose même pas se prononcer sur le mariage gay - dernière question piège du journaliste.  Il plaint la France, s'inquiète pour ses riches - "La question n'est pas de savoir si on fait des cadeaux aux riches ou pas ?" - mais il ne dit rien de précis, pas une mesure, pas une idée nouvelle.

Et à la fin, à quelques secondes de rendre l'antenne, il conclut par un appel au référendum si jamais il revenait aux affaires.

La belle idée !

Sarkozy fustige les corps intermédiaires.  Nous étions déçus. L'ancien monarque recyclait les propositions de l'ancien candidat de 2012.

Sans rire.




20 septembre 2014

385ème semaine de Sarkofrance: Sarko revient, mais Hollande est encore là.

"Il est revenu".   

Paul Bismuth, aka Nicolas Sarkozy, est donc de retour, officiellement.

Sarkozy est tel un vampire, l'un des pires immortels que la droite ait connu. Cette semaine, Manuel Valls venait d'obtenir son blanc-seing parlementaire, avec une majorité encore plus étriquée qu'en avril. François Hollande venait d'affronter 340 journalistes dans un exercice convenu. 

 

Mais Sarkozy est revenu.


Non-évènement
C'est en fait un non-évènement. Nicolas Sarkozy n'est jamais parti ce 6 mai 2012 au soir. Nous savions qu'il mentait une fois de plus, une fois de trop. Il n'a jamais eu l'intention de quitter la politique. Il ne l'a jamais quittée d'ailleurs. Entre deux conférences où il vendait ses conseils à des banquiers d'affaires par paquets de centaines de milliers d'euros, Sarkozy s'est doté d'une équipe de campagne. Frédéric Pechenard, ancien directeur de la police nationale, a remplacé Claude Guéant qui n'a pas fini d'expliquer à la justice les étranges mouvements de cash détectés dans ses comptes.

Sarkozy a simplement attendu 124 semaines pour craquer officiellement.

Pour annoncer son entrée en campagne, il utilise la même technique qu'en 2012 pour sa quête ratée à la réélection. A l'époque, le 15 février 2012, il avait choisi Twitter. Le voici sur Facebook 3 ans plus tard, une autre plate-forme américaine.

Vendredi 19 septembre, Nicolas Sarkozy poste donc un trop long billet sur Facebook, un texte que ses confidents ont ruminé avec lui des semaines durant. Puis il laisse publier des confessions outrancières dans les colonnes du Point. Il lâche ainsi: "François Hollande terminera avec du goudron et  des plumes". Par cette simple formule, Sarkozy espère-t-il ressouder les socialistes désunis, voire la gauche toute entière ?

C'est la première bourde officielle de sa campagne pour 2017.

Il ne faut jamais désespérer de Nicolas Sarkozy. L'homme sait être agité, brouillon, impulsif, déraisonné et gaffeur. Qui a oublié l'incroyable ratage de la campagne de 2012 ?

Forcément, et sans surprise, Sarkozy joue à de Gaulle et Jeanne d'Arc réunis. Il vient sauver l'UMP, la droite et aussi la France !  "Je ne peux me résigner à laisser le pays entre le drame du FN et celui du socialisme finissant. La balkanisation de l'UMP me révolte tout comme sa crise de leadership. Je n'ai pas le droit de me soustraire." 

Accuser Hollande de socialisme est presque drôle, et franchement anachronique.

Sarkozy avait le devoir de se taire, de se cacher, de se faire oublier en attendant les juges. Il a triché - par deux fois - sur ses comptes de campagne en 2012, il fait l'objet d'un nombre incroyable d'enquête pour des affaires qui chacune mériteraient à elles seules son entière concentration pour se défendre, il a tenté d'influer sur une enquête en cours; il a raté sa réélection, plombé la France, détruit les digues idéologiques qui séparaient le corps républicain du monstre national-socialiste désormais incarné par Marine Le Pen.

Oui, Sarkozy devait se cacher, mais il revient.


Il préfère la course au large pour échapper à ce sort.

Sarkozy attaque Hollande de travers. C'est cocasse. SuperMenteur accuse son successeur de mensonge. "La faute originelle de François Hollande n'est pas tant d'avoir fait campagne sur un programme pour en appliquer un autre, mais d'avoir menti! Dès notre débat du 2 mai, il pose un mauvais diagnostic sur l'état de la France. Ce type ne dit jamais la vérité."  Sarkozy a raison sur un point: la situation du pays était pire qu'annoncée.



L'outrance générale du propos rappelle autre chose: Sarkozy nous revient inchangé, c'est-à-dire vulgaire et sans programme autre que la conquête politique.

Qui en doutait ?

La presse se régale des ralliements de dernière minute - Raffarin, Wauquiez, Villepin. Tous couchés quand le plus aboyeur revient. Dans les colonnes de Marianne, Pierre Péant se demande quelles tractations secrètes ont accompagné le ralliement de l'ancien pire ennemi chiraquien, et quel rôle l'ancien intermédiaire Alexandre Djourhi a pu jouer dans cette affaire.

"Trempé mais vivant"
La veille, jeudi 18 septembre, fidèle à sa promesse, François Hollande se frotte à 340 journalistes, pour l'essentiel des hommes, coincés en rangs d'oignons dans le salon Murat de l'Elysée. Le moment est terrible, mais Hollande a au moins ce courage. La Conférence dure près de trois heures. Hollande résiste, déclame, explique, justifie. Il évoque trop longuement la détestable situation internationale, du virus Ebola qui dévaste l'Afrique aux massacres du Califat islamiste au Moyen Orient. Pour la France, Hollande reconnaît l'échec, pas le tournant. 

Il avoue que les "résultats tardent", mais jamais qu'il a changé, qu'il mène une politique économique fort différente du pacte sur lequel il a été élu en 2012.  Il s'excuse de n'être aller aussi vite que Gerardt Schröder en son temps. Le modèle du Sarkozy de 2008 s'est imposé au Hollande de 2014. Qui s'étonne du découragement populaire ?

Hollande a perdu sa gauche sans gagner à sa droite. Parier sur un sursaut face à Sarko est un pari déjà perdu. L'électorat ne se mobilise même plus contre Le Pen. Les stratèges du PS n'ont rien compris.

Mardi, Manuel Valls obtient la confiance des députés pour son second gouvernement. Il bataille sans convaincre, 46 minutes sur un perchoir devant des députés attentifs. Il n'a plus qu'une majorité relative - 269 votes favorables contre 244 opposants et 54 abstentions. Pour y parvenir, Hollande et lui ont menacé les récalcitrants de dissolution. Le président l'a confirmé jeudi.

Valls gauchise son discours. Avait-il honte des précédents, comme devant le MEDEF en aout dernier à Jouy-en-Josas ? Le patron du MEDEF lui facilite la tâche. Quelques heures avant que le premier ministre ne monte sur l'estrade parlementaire, Pierre Gattaz dévoile de nouvelles propositions "chocs" et honteuses - suppression du SMIC et de la durée légale du travail (qui déclenche le calcul d'heures supplémentaires). Valls peut fustiger ces outrances, et rassurer quelques élus socialistes inquiets. L'homme, qui fut sifflé à l'université d'été de la Rochelle, parvient ainsi aisément à se faire applaudir.

Il concède un allègement fiscal - la suppression de la première tranche du barème de l'impôt sur le revenu, pour 9 millions de ménages - et une prime de 40 euros par an (sic!) pour les retraités gagnant moins de 1.200 euros mensuels - soit environ 6,5 millions de personnes.

Mais où est passée la grande réforme fiscale lancée par Jean-Marc Ayrault en novembre 2013 ?

Enterrée. 

Hollande s'entête dans une course à la compétitivitéChinois et autres B.R.I.C.S. ont déjà gagné, et alors même que nos employeurs français trichent à hauteur de 20 ou 25 milliards d'euros sur les contributions sociales qui sont dues à la collectivité... La fraude sociale, la véritable, celle du travail au noir et autres cotisations sociales impayées, explose depuis 2007. Les efforts de redressement paraissent vains. Et la moindre annonce de renforcement des contrôles hérisse le MEDEF. En 2017, entre baisses de charges et fraude massive, la Sécurité sociale - ce B-A-BA de la solidarité nationale - sera encore dangereusement déficitaire.

"Sans résultats, on sera foutu" prévient Valls. Mais quels résultats ? Lui-même est tombé à 22% dans les sondages. François Hollande n'est pas parvenu à rétablir la situation économique désastreuse dont il a hérité d'un ancien Monarque qui voudrait aujourd'hui donner des leçons de bonne politique. La dette publique absorbe plus de 50 milliards d'euros chaque année du budget de l'Etat, elle dépassera les 100% du PIB l'an dernier. Notre ancien Sarkozy l'avait laissé filé de 63% du PIB en 2007 à 89% en 2012.

Sans résultats, ils sont déjà foutus.  Il n'y a plus que l'agence Moody's qui reste encore confiante. Vendredi soir, elle confirme la note de crédit de la France, "Aa1", quand d'aucuns prédisaient une dégradation.

Il n'y a pour l'heure que Sarkozy qui soit parvenu à faire dégrader la note de la France sur les marchés.


Et l'opposition ?
Marine Le Pen est ravie. Le retour de Sarkozy est la meilleure nouvelle politique du moment. Car l'ancien monarque promet de "rassembler", c'est-à-dire lui laisser la xénophobie comme terrain de jeu.

Elle pourra observer Hollande et Sarkozy se disputer sur leurs variations neo-libérales.

Car la campagne de 2017 promet en effet d'être désastreuse si rien ne change. Sarkozy et Hollande se disputeront moins sur la politique économique (réductions de charges, gel des salaires, économies budgétaires, what else ? ) que leur sincérité et leur efficacité libérales respectives. 

Restent la droite non-sarkozyste et la gauche.

La première a peine à se faire entendre, puisque les plus trouillards se sentent prêts à rejoindre l'ancien monstre, l'Al Capone de la droite républicaine. Elle voterait bien pour Hollande tant sa politique lui convient, mais elle s'hérisse de quelques réformes sociétales et de manquer du pouvoir.

La seconde s'interroge, éparpillée sans parvenir à échanger ni trouver des points de convergence en son sein. Même le Front de gauche est tiraillé entre deux stratégies - discuter avec les frondeurs ou les excommunier ad vitam. Les écologistes, sortis du gouvernement, sont encore incapables de négocier un programme alternatif avec l'opposition de gauche.

Ils peuvent attendre le ras-le-bol social. 

Ils risquent d'être déçus.




Ami sarkozyste, rappelle-toi.




19 septembre 2014

Sarkozy, 2 ans pour un post sur Facebook

ça ressemble à un faux départ, aussi faux que le retour d'un homme qui n'a jamais eu l'intention de quitter la politique le 6 mai 2012.

Ces dernières semaines, la rumeur enflait. Sarkozy faisait lire son texte à des proche, une longue tribune pour signer le retour. Ses deux rivaux principaux, Alain Juppé et François Fillon, étaient comme tétanisés. Venaient-ils de comprendre leur erreur d'avoir laissé les clés du parti à Nicolas Sarkozy ?

Vendredi 19 septembre 2014, Nicolas Sarkozy a donc posté un (trop) long message sur Facebook.

"Mes chers Amis,
Le 6 mai 2012, au soir de l’élection présidentielle, j’ai remercié les Français de l’honneur qu’ils m’avaient accordé en me permettant de conduire les destinées de notre pays durant cinq années. Je leur ai dit ma volonté de me retirer de toute activité publique.

Depuis, j’ai pris le temps de la réflexion après toutes ces années d’activités intenses. J’ai pu prendre le recul indispensable pour analyser le déroulement de mon mandat, en tirer les leçons, revenir sur ce que fut notre histoire commune, mesurer la vanité de certains sentiments, écarter tout esprit de revanche ou d’affrontement.

J’ai pu échanger avec les Français, sans le poids du pouvoir qui déforme les rapports humains. Ils m’ont dit leurs espoirs, leurs incompréhensions et parfois aussi leurs déceptions.
J’ai vu monter comme une marée inexorable le désarroi, le rejet, la colère à l’endroit du pouvoir, de sa majorité mais plus largement de tout ce qui touche de près ou de loin à la politique.

J’ai senti chez beaucoup de Français la tentation de ne plus croire en rien ni en personne, comme si tout se valait, ou plutôt comme si plus rien ne valait quoi que ce soit.

Cette absence de tout espoir si spécifique à la France d’aujourd’hui nous oblige à nous réinventer profondément.

Je me suis interrogé sans concession sur l’opportunité d’un retour à la vie politique que j’avais arrêtée sans amertume et sans regret.

C’est au terme d’une réflexion approfondie que j’ai décidé de proposer aux Français un nouveau choix politique.

Car, au fond, ce serait une forme d’abandon que de rester spectateur de la situation dans laquelle se trouve la France, devant le délitement du débat politique, et la persistance de divisions si dérisoires au sein de l’opposition.

Je suis candidat à la présidence de ma famille politique. Je proposerai de la transformer de fond en comble, de façon à créer, dans un délai de trois mois, les conditions d’un nouveau et vaste rassemblement qui s’adressera à tous les Français, sans aucun esprit partisan, dépassant les clivages traditionnels qui ne correspondent plus aujourd’hui à la moindre réalité.
Ce vaste rassemblement se dotera d’un nouveau projet, d’un nouveau mode de fonctionnement adapté au siècle qui est le nôtre et d’une nouvelle équipe qui portera l’ambition d’un renouveau si nécessaire à notre vie politique.

J’aime trop la France ; je suis trop passionné par le débat public et l’avenir de mes compatriotes pour les voir condamnés à choisir entre le spectacle désespérant d’aujourd’hui et la perspective d’un isolement sans issue. Je ne peux me résoudre à voir s’installer dans le monde l’idée que la France pourrait n’avoir qu’une voix secondaire.

Nous devons faire émerger de nouvelles réponses face aux inquiétudes des Français, à leur interrogation sur la pérennité de la France, à la nécessité d’affirmer sa personnalité singulière, à la promotion de son message culturel qui est sans doute la plus belle part de notre héritage.

On ne fait rien de grand sans l’unité de la nation. On ne fait rien de grand sans espérance, sans perspective.

Pour construire une alternative crédible, il nous faut donc bâtir la formation politique du XXIème siècle. Je le ferai avec le souci du plus large rassemblement, la volonté d’apaiser les tensions, et en même temps de susciter l’intérêt passionné de tous ceux qui ne peuvent se résoudre à l’abaissement de la France. Nous aurons besoin de toutes les intelligences, de toutes les énergies, de toutes les bonnes volontés. Il nous faut tourner la page des divisions et des rancunes afin que chacun puisse s’inscrire dans un projet, par nature, collectif.

Je connais les difficultés qui nous attendent. Mais l’enjeu nous dépasse tellement, les perspectives sont si exaltantes, le redressement si nécessaire qu’à mes yeux les obstacles paraissent dérisoires.

Ensemble, par la force de notre engagement, par notre conscience commune de la gravité des enjeux, nous rendrons possible le sursaut dont nul ne peut douter de la nécessité et de l’urgence.

Que chacun soit convaincu de la force et de la sincérité de mon engagement au service de la France.
NS"

Deux ans pour ces quelques mots sur Facebook.

On croit rêver.

Conférence: Hollande reconnaît l'échec, pas le tournant.

Source: Elysée

Il a gagné tous les records de la Vème République. François Hollande est ce président le plus impopulaire de la Vème, les sondeurs nous le répètent à longueur d'enquêtes. Les nationaux-socialistes du Front national rêvent d'une dissolution. Quelques dérangés de la droite furibarde assumaient la même musique dissidente. Hollande avait surtout perdu tout socle à gauche, sans rien gagné à droite. Bref, le vide absolu, qui se mesure sondage après sondage.


Pourtant, il a assuré sa quatrième conférence de presse, au plus fort d'une nouvelle tempête, après une nouvelle séquence détestable et déjà ratée.


"Je ne peux pas, comme président de la République, supprimer la pluie. Je ne peux pas non plus provoquer la pluie."
François Hollande, 18 septembre 2014


1. Il y avait donc quelque courage à se montrer ainsi. A la différence de son prédécesseur, François Hollande tenait au moins cette promesse de s'afficher devant la représentation médiatique, régulièrement, même à l'un des pire moments de son quinquennat. Qu'on s'étonne de ce geste témoigne aussi de l'état de délabrement politique du pays.

2. Hollande, donc, a tenu bon, obstiné, devant l'habituel parterre de journalistes. On raillera l'exercice, le rituel républicain de ces interventions, les ministres présents et silencieux, les 340 journalistes qui se pressent au micro sans droit de suite à chaque question et accrédités par l'Elysée. Certaines choses ne changent pas.  Certaines questions furent indignes, ou inutiles, ou les deux.

3. Hollande a d'abord pris de la hauteur présidentielle avec l'inévitable sujet international. Les présidents mal en point - Bush senior, Sarkozy - se réfugient toujours là quand il s'agit de trouver un peu de stature. "En cette rentrée le monde affronte une crise grave, ou plutôt des crises qui se conjuguent et se renforcent. L'Europe est devant des choix cruciaux et la France s'interroge, dans un climat de défiance lourd, sur son avenir." Sur ce terrain-là, Hollande recueillit le soutien de la droite, du centre, et d'une fraction de la gauche, à en croire les commentaires d'après match. 

Hollande aurait pu et dû se contenter du rappel majeur, la création d'un monstre islamiste sur les ruines de la Syrie et de l'Irak, le Califat qui décapite et nécessite riposte et destruction. Il le fit ("Un terrorisme qui prétend prendre la place des Etats, et qui s'en prend à la population, quelle que soit sa religion. Ce sont ces groupes que nous avons combattus au Mali. Mais d'autres agissent, au Nigeria, en Libye, en Somalie, en Irak et en Syrie"), mais en l'enrobant d'un jargon anxiogène général.

 Hollande n'échappa pas à la posture du président protecteur devant un monde menaçant. C'en fut même aussi caricatural qu'inutile: "Mon premier devoir c'est d'assurer la sécurité de la France, j'en ai la responsabilité. Le monde est menacé par un terrorisme qui a changé de dimension, qui n'a jamais eu autant de moyens financiers, militaires, humains." Rappeler le "terrorisme" était bien opportun, puisque Bernard Cazeneuve venait de faire voter une énième et improbable loi facilitant l'espionnage informatique (Sarkozy n'avait-il pas déjà tout réalisé en la mayière ?) et interdisant les déplacements d'apprentis djihadistes vers l'étranger.

L'urgence sécuritaire face à des menaces étrangères anxiogènes est une ficelle grosse comme un cordage.

L'international, globalement, a occupé plus longtemps qu'auparavant, le propos liminaire du chef de l'Etat. Tout y passé: Guinée, Ebola, Daesh, Russie, Ukraine, etc.

4. Pour une fois, François Hollande n'a rien annoncé de nouveau. Ses précédentes interventions publiques et officielles - les voeux de décembre 2013, l'intervention de janvier 2014, etc - nous avaient habitués à de nouveaux serrages de vis vers la droite, toujours plus à droite. Pacte de "Responsabilité",  plan d'économies de 50 milliards, remise en cause des droits sociaux, gels des minima sociaux... cette fois-ci, nous fûmes épargnés. Hollande s'en tenait à un cap, et ce paquet de décisions social-libérales sans résultats ici ou ailleurs.
"Ces choix : la compétitivité, nécessaire pour des entreprises solides, l'excellence industrielle et agricole. Soutenir les entreprises, c'est soutenir ceux qui travaillent. C'est le sens du pacte de responsabilité"
Face à l'Europe, il rappelle son envie d'une politique de croissance en Europe. C'est trop tard, on n'écoute plus, on constate la réalité:" l'Europe ne peut pas vivre durablement avec une croissance ralentie quand il y a tant de chômage." Hollande ne peut que se féliciter de l'action indépendante d'une banque centrale indépendante. 

Où est passée l'action politique ?

Hollande a répété le cadeau de la semaine, énoncé par Valls la veille - la suppression de la première tranche du barème de l'impôt sur le revenu. Sur les ondes, certains journalistes faisaient mine d'oublier que les Français payent tous déjà des impôts indirects ("Cette année, nous venons d'annoncer qu'il y allait avoir la suppression de la première tranche des impôts, aux bénéfices de 9 millions de contribuables.")

5. Jamais Hollande ne prononça l'expression qu'il fallait: nous attendions un aveu, une reconnaissance, qu'il y avait bien eut un tournant, un virage, un changement par rapport à son programme électoral de 2012. Combien de proches et d'électrices ou d'électeurs ont déserté les rangs de ses soutiens ? Pourtant, il n'entend pas, n'explique pas, n'assume pas. Manuel Valls, qui au moins défend la même ligne politique qui lui valut inimitiés durables et 5% des suffrages lors des primaires socialistes de 2011.

Loin de se justifier, Hollande s'excusa de ne pas aller aussi vite que Schröder en Allemagne: "Nous sommes forts mais nous ne pouvons pas faire mieux que les Allemands et deux fois plus vite." On se pince.

Tout juste reconnut-il que sa "majorité" pouvait ne pas être d'accord initialement avec le coup de barre à droite: "Ce choix n'est pas facile devant la majorité, qui aurait voulu qu'on distribue davantage."

Il s'abrite derrière un argument, certes fidèle à son programme initial, mais incomplet puisqu'il ne recoupe qu'une infime partie de l'actuelle politique: "J'ai fait le choix de maîtriser la dépense publique. Le niveau de dépenses de l'Etat est le même depuis trois ans, malgré l'inflation - faible, je le conçois."

Hollande n'est pas sûr pas de lui.  Sinon, pourquoi ne pas reconnaître le changement ?

Il n'ose assumer son virage. Il en appelle à l'opposition de droite: "Tous les concours sont les bienvenus, y compris les propositions de l'opposition. Je connais déjà les critiques, même si tout le monde se souvient que ceux qui les émettent ont gouverné pendant 10 ans."

Il espère un retournement de conjoncture. Il reconnaît simplement l'échec, pour le moment.

Allumez vos cierges. 

"Les résultats tardent à venir, je le sais, je le vois. Ils viendront. Ils viendront si nous nous mobilisons tous. Le gouvernement doit faire toute ce qu'il peut, je fais tout ce que je dois. J'ai conscience que cette ligne que j'ai fixée, que le cap que j'ai montré, nous permettra d'avoir des résultats."

17 septembre 2014

Valls se rétrécit pour convaincre

Source: les Décodeurs

Sans surprise, il a eu la confiance des députés, une majorité qui se rétrécie à vue d'oeil, de mois en mois. Les 11 abstentionnistes d'avril ont été rejoints par une vingtaine d'autres.


1. Cette abstention était insuffisante pour faire basculer la majorité dans la minorité. La liste des 31 frondeurs socialistes est intéressante.

Sans surprise, ils n'ont pas osé "contre".

Thomas Thevenoud, ex-star médiatique de ces derniers jours,  n'a pas pris part au vote.

Députés socialistes abstentionnistes:
  • Pouria Amirshahi
  • Serge Bardy
  • Laurent Baumel
  • Marie-Françoise Bechtel
  • Jean-Pierre Blazy
  • Kheira Bouziane-Laroussi
  • Fanélie Carrey-Conte
  • Nathalie Chabanne
  • Dominique Chauvel
  • Pascal Cherki
  • Jean-Pierre Dufau
  • Anne-Lise Dufour-Tonini
  • Henri Emmanuelli
  • Hervé Féron
  • Jean-Marc Germain
  • Daniel Goldberg
  • Edith Gueugneau
  • Mathieu Hanotin
  • Christian Hutin
  • François Lamy
  • Jean-Luc Laurent
  • Christophe Léonard
  • Kléber Mesquida
  • Philippe Noguès
  • Christian Paul
  • Michel Pouzol
  • Denys Robiliard
  • Barbara Romagnan
  • Gérard Sebaoun
  • Suzanne Tallard
  • Michel Vergnier

3. Si la totalité des élus du Front de gauche (sauf un) ont voté contre, et les trois élus du MRC se sont abstenus, l'attitude des écologistes a été surprenante: 17 sur 18 se sont abstenus On les croyait plus fermes dans la vindicte. Seule Isabelle Attard a assumé son opposition totale.

  • Laurence Abeille
  • Éric Alauzet
  • Brigitte Allain
  • Danielle Auroi
  • Denis Baupin
  • Michèle Bonneton
  • Christophe Cavard
  • Sergio Coronado
  • Cécile Duflot
  • François-Michel Lambert
  • Noël Mamère
  • Véronique Massonneau
  • Paul Molac
  • Barbara Pompili
  • Jean-Louis Roumégas
  • François de Rugy
  • Eva Sas
3. Tous ceux là ont encore l'occasion d'ajuster leurs actes au niveau de leur critique contre la politique du gouvernement, quand il sera temps, bientôt, de voter les budgets.

4. Si Manuel Valls avait osé servir à la représentation nationale l'exact même discours que celui tenu devant le MEDEF fin août, il n'aurait sans doute pas obtenu le même score, par ailleurs pitoyable. Valls a été aidé quelques heures avant par Pierre Gattaz lui-même, comme si les deux s'étaient concertés: le patron du MEDEF venait de lâcher ses propositions ultra-libérales pour créer 1 million d'emplois en France: suppression de 2 jours fériés, suppression du SMIC et de la durée hebdomadaire du travail, légalisation générale du travail le dimanche, etc. Bref, Gattaz permettait à Valls de paraître gauchiste au moins le temps d'une après-midi à l'Assemblée.


16 septembre 2014

Contre Manuel Valls, quel moment de vérité ?

Il comptera ses troupes. Manuel Valls devrait obtenir le vote de confiance mardi. Qui aurait été surpris du contraire ?

A Paris, à l'Elysée, François Hollande célébrait la tenue d'un sommet sur la situation en Irak. Il y avait quelques grincheux pour penser que la France devait laisser les djihadistes du nouveau Califat décapiter ce qu'ils trouvaient d'Occidentaux dans la région.

La situation entre la Syrie et l'Irak, là où les fanatiques du Califat sont parvenus à faire leur trou béant, est détestable. Laurent Fabius annonce un peu plus de 900 djihadistes d'origine française sur le terrain. La ville de Deir Ezzor, dans l'est de la Syrie, est en état de siège.

François Hollande, donc, accueillait ce qu'il fallait de responsables politiques pour s'interroger sur la marche à suivre contre cette aberration politique que constitue le Califat islamique. Quelques commentateurs à l'esprit simples voulaient dresser un parallèle désynchronisé et sans rapport  avec la première ou seconde guerre en Irak. A l'époque, les Bush senior puis junior s'étaient décidés à attaquer une dictature sur la foi de présence d'armes de destructions massives alors qu'il ne s'agissait de pétrole. En 2014, le Califat présente une autre menace qui s'illustre à coups de décapitation postées sur YouTube, puisque ces barbares sont également "connectés".

Allez donc chercher les parallèles d'un autre temps.

Manuel Valls n'en a cure. Il pensait à son discours, ce mardi devant des députés majoritairement hostiles mais incapables de s'allier pour le faire trébucher et le renvoyer vers des élections législatives perdues d'avance. Il a sombré, lui aussi, dans les sondages.

Si les frondeurs avaient quelque courage, ils voteraient donc contre le gouvernement Valls, pour assumer le désaccord jusqu'à la rupture. L'abstention ne sert à rien. La Constitution de la Vème République est suffisamment monarchique pour le prévoir de démission du gouvernement que si les députés votent majoritairement CONTRE le gouvernement.

Le reste est inutile et sans valeur.

En attendant, les conseillers de Matignon confiaient anonymement que Manuel Valls, "dans son discours, (...) va redonner du sens à ce qui est fait par le gouvernement, il va refixer un agenda et parlera des valeurs qui rassemblent le pays ." On se pince, on sourit. Comment comprendre le sens d'un premier ministre qui applique une politique pour laquelle il n'a pas été élue ?  Pour Manuel Valls, ce serait l'heure de vérité, ce moment où il "n'oubliera pas les démunis, les oubliés, les quartiers, assure un ministre". Où il serait "soucieux de montrer qu'il mène une politique de gauche." Qui à Matignon s'interroge sur cette question évidente: pourquoi donc Manuel Valls a-t-il besoin de réassurer l'Assemblée nationale moins de 6 mois après sa première intronisation ?

A l'Elysée, le blocage psychologique est tout aussi prégnant.

Il n'y avait qu'à lire ce commentaire d'un conseiller anonyme.

« Mardi, on aura la preuve que le président peut continuer à agir » Un conseiller de l'Élysée.

Mardi 16 septembre, donc, François Hollande devait perdre toute chance d'être réélu en 2017.

Amen.

15 septembre 2014

Au secours ! Sarkozy revient !


Sarkozy revient dimanche, sans surprise ni changement, pour le premier jour de l'automne. C'est un nouveau feuilleton qui s'ouvre,  la saison 3 de Sarkofrance qui débute alors la 2ème n'est pas encore terminée, pour notre plus grand déplaisir. 

C'est surtout un éternel recommencement, sur fond d'amnésie collective, de paresses individuelles et de mensonges politiques.


"J'ai changé"
Il revient, évidemment. Et il nous dira qu'il a changé, qu'il changera tout, que tout changera. Sarkozy revient avec l'exact même antienne qui fait son ADN politique: le changement. La girouette de Neuilly aa changé en 1995 en trahissant Chirac, puis a changé en 2002 en se réconciliant avec Chirac; puis en 2004, quand il s'empara de la présidence de l'UMP. Et encore en 2007, quand il triangulait la gauche; en 2010, quand il parlait frontiste. Et maintenant en 2014, quand il est, à nouveau, oecuménique.

Il aurait des idées nouvelles, même.
«Vous allez voir ce que vous allez voir», confient avec gourmandise les soutiens de Nicolas Sarkozy (source: Libération)

Même les Chiraquiens s'y mettent.
"Je souhaite de tout mon cœur que Nicolas Sarkozy revienne". C'est Bernadette qui fait le meilleur job. Mme Chirac, le 12 septembre, estime que Sarkozy doit revenir, mais pas à la tête de l'UMP, car ce ne serait "pas de son niveau". Bernadette Chirac se trompe. Sarkozy devait sauver la France, mais il doit d'abord nettoyer l'UMP.  Autre rallié, François Baroin, le fils politique de Jacques Chirac, ex-ministre des finances de l'ancien monarque quand la dette publique explosa tous les plafonds.

Même Dominique de Villepin s'est aussi lancé dans la louange. Il espère la victoire. Consultant pour des émirats, il aimerait revenir aux affaires, sans doute au Quai d'Orsay en cas de victoire de l'Ancien Monarque. Villepin, donc, nous assure que Sarkozy "a changé".





On sourit.

L'erreur politique de Juppé et Fillon
Le plan est connu, expliqué, détaillé depuis quelques jours. Nicolas Sarkozy va d'abord conquérir le plus facile, c'est-à-dire la présidence de l'UMP. Ni Alain Juppé ni François Fillon n'ont daigné s'y intéressés, trop occupés à penser à la primaire de désignation du candidat UMP de 2016. Les deux sont suffisamment naïfs ou incompétents pour laisser leur pire ennemi de l'intérieur s'emparer de la présidence du parti chargé d'organiser les dites primaires. Autant dire que le combat est perdu d'avance.

Nicolas Sarkozy prouve encore une fois son habileté politique. Il ne va faire qu'une bouchée des deux prétendants à la présidence de l'UMP, Bruno Le Maire et Hervé Mariton.

Le Maire espère créer la "surprise" contre Sarkozy.

On sourit.

Forcément, Sarkozy a changé...
Mieux, le voici qu'il arrive avec un énième discours de changement et de réconciliation.

A tous ses anciens adversaires et critiques de l'intérieur, il tend la main, propose des postes, assure de son indulgence. Comme l'UMP est en vrac, les plus fragiles suivent facilement, puis d'autres rejoignent, la cohorte grossit. Voici donc Laurent Wauquiez, Jean-François Copé et même Jean-Pierre Raffarin qui rentrent dans le rang. Leurs motivations sont simples et prévisibles: Wauquiez est trop jeune pour concourir à la présidentielle. Copé est cramé par l'affaire Bygmalion. Raffarin est effrayé par la déliquescence de la droite classique face au Front national.

Il serait même ni de gauche, ni de droite, et surtout pas de gauche.

Il aimerait déjà fusionner l'UMP avec les centristes de l'UDI. Il faudrait, pour les "centristes", oublier le discours de Grenoble et les autres saillies extrême-droitistes de 2010-2012.  Ces mêmes centristes, y compris d'anciens ministres, sont loin de suivre:
"Je ne sais pas qui a été raconté ça, mais c’est n’importe quoi ! 

Forcément, Sarkozy n'a pas changé.
Sarkozy n'a pas changé, il utilise simplement le même discours, celui du "j'ai changé". Cette fois, il promet en coulisses de changer le nom du parti, de changer la composition de ses instances dirigeantes pour les ouvrir encore plus largement. Mais sur le fond, quel est le programme autre que sa propre victoire personnelle ?

Il va tenter de faire oublier qu'il a dépensé deux fois plus que le plafond légal pour se faire réélire, en vain; qu'un émir a réglé les 3 millions d'euros de frais de divorce en 2007; qu'il a travaillé à vendre des technologies de surveillance à l'ancienne Libye du colonel Kadhafi, et bien d'autres choses encore. Il tentera de faire oublier combien il a raté son premier quinquennat: économiquement, rarement la France en sorti aussi affaiblie. Politiquement, Sarkozy a décomplexé l'extrême droite furibarde. Judiciairement, Sarkozy a enfreint la loi (sur le financement des campagnes, règle élémentaire de la démocratie), et reste poursuivi pour trafic d'influence, corruption et recel. Que faut-il de plus ?

Sarkozy n'a pas changé. Il revient avec ce mélange d'équation personnelle et de tactique politique aux idées fluctuantes jusqu'à l'extrême droite. Il continue son tour "peopilistique" avec Carla au bras. La semaine dernière, c'était au tour de BHL d'avoir l'honneur et la joie d'une visite de l'ex-président et de son épouse devant les caméras.

Frédéric Péchenard, ancien directeur de la Police nationale, celui-là même qui ordonnait aux services secrets de traquer les sources des rumeurs d'adultère au sein de l'ancien couple présidentiel, serait son directeur de cabinet.

Sans blague.

La reconstitution de ligue dissoute est presque complète, la "Firme" est à nouveau là, prête à servir. Brice Hortefeux, Pierre Charon, Frédéric Péchenard ou Franck Louvrier. Patrick Buisson s'est cramé seul à cause de son espionnage compulsif.

Sarkozy revient, comme hier ou avant-hier.

Il n'est jamais parti.