22 septembre 2014

Sarkozy trébuche sur France 2




Pour son premier meeting de campagne depuis mai 2012, il a choisi Lambersart, dans le Nord. Mais pour ce meeting, comme pour toutes ses autres agitations électorales à venir, on se posera tous la même question: qui paye ? Cette question, essentielle dans un régime démocratique, est justement celle à laquelle Sarkozy et ses proches se sont obstinés à ne pas répondre.



Parti socialiste, Front de gauche, écologistes, et même Front national, tous les autres mouvements politiques sont passés, avec succès, sous les fourches caudines des enquêteurs sur les comptes de campagne. A l'UMP, on a découvert une affaire gigantesque.


Pourquoi les journalistes adorent
Pourquoi le Nord ? Chez Sarko, on explique qu'un meeting ne perturbera pas les élections sénatoriales car ce département n'est pas concerné par le renouvellement de la fin du mois. Le maire de Lambersart est aussi un proche. Enfin, le Nord est l'un de ses départements frappés par le désespoir et la peste brune.

Jeudi soir, les journalistes, nombreux, se presseront à Lambersart. Sarkozy est toujours un bon spectacle. C'est une bête de foire, son attractivité est intacte.

Et les médias, comme les blogueurs, ont besoin d'audience

L'effet BurgerKing, rappelé récemment par Marianne pour une autre occasion, va encore frapper. Tout le monde se presse, attiré par le buzz et les dépenses marketing. On fait la queue pour assister au spectacle. Puis chacun découvre que ce n'est que du déjà-vu. Dans le cas de BurgerKing, le retour en France l'an passé provoqua d'innombrables et absurdes queues pour acheter ... du burger industriel. Dans le cas de Sarkozy, il s'agit de la même excitation... pour du Sarko. Le "produit", depuis 2012, n'a pas changé.

Qui va payer les factures ?
La fin du quinquennat précédent fut polluée par une séquence épuisante sur le financement de la Sarkofrance toute entière, à la faveur des révélations de l'affaire Bettencourt puis de la guerre en Libye. Même Carla Bruni-Sarkozy ne fut pas épargnée.

Puis, la triche aux comptes de campagne sanctionnée par le Conseil constitutionnel. On se souvient du Sarkothon, déclenché un 6 juillet 2013. Nicolas Sarkozy postait déjà sur Facebook un message à ses supporteurs. Il était indigné qu'on lui refuse le remboursement par les contribuables de 11 millions d'euros sous prétexte qu'il avait triché sur les dépenses et dépassé le plafond légal. Et encore, le Conseil avait été clément, en refusant de requalifier l'intégralité des frais d'un meeting mémorable payé par l'UMP et la République à Toulon, en décembre 2011.

Puis, vint l'affaire Bygmalion, du nom de cette agence de communication politique fondée par deux proches de Jean-François Copé qui sous-factura ses prestations de la campagne de 2012 pour mieux surfacturer l'UMP de collaborations bidons ou sur-payées.

Et maintenant ?

Un membre du Conseil constitutionnel président d'un parti ?
Non content d'avoir facturé plusieurs centaines de milliers d'euros pour des conférences auprès de banques et même d'Etats étrangers, Nicolas Sarkozy envisage donc de présider l'UMP. Il a lancé un appel aux parrainages, pour pouvoir concourir.

Nul doute qu'il les obtiendra. Mais nombreux ont été les observateurs du weekend à remarquer que présider un parti politique était incompatible avec l'appartenance de droit au Conseil Constitutionnel.
"Certes, Nicolas Sarkozy a décidé de ne plus y siéger, mais il peut à tout moment revenir sur sa décision. Tout comme il vient de revenir sur sa parole de se retirer de la vie politique en cas de défaite en 2012. (...) Un autre problème juridique se pose, puisque l’article 2 du décret du 13 novembre 1959 relatif aux obligations du Conseil constitutionnel interdit à ses membres 'd’occuper au sein d’un parti ou groupement politique tout poste de responsabilité ou de direction'." Le Parti de Gauche
Un candidat devant les juges ?
Sarkozy innove. Aucun des précédents candidats à la présidence de la république n'était autant inquiété par la justice avant l'élection.

Même le Figaro s'en est inquiété.
"• L'affaire des écoutes
• Le supposé financement libyen de la campagne de 2007
• L'affaire Bygmalion
• L'affaire Tapie
• L'affaire des sondages de l'Élysée
• L'affaire Karachi
• Soupçon sur un meeting à Toulon fin 2011  
• Des pénalités réglées par l'UMP au lieu de Sarkozy"
Que Sarkozy propose-t-il ?
Dimanche soir, France 2 avait réservé quarante minutes de son antenne en prime time pour le Grand Retour. Il y eut deux surprises de taille.

L'homme semblait d'abord mal à l'aise. Il trébuche sur ses mots, rate ses formules choc, peine à trouver des exemples concrets. Sarkozy manque d'entrainement. Il hésite devant les premières images que France 2 lui inflige, son discours d'adieu du 6 mai 2012. Il confie l'improbable: "C'est la première fois que je revois ces images."  Sarkozy bafouille ensuite, c'était surprenant. Il manque d'inspiration, alors qu'on l'imaginait préparé.

A deux reprises, il demande qu'on lui prête des neurones.
"Est-ce que vous me prêtez deux neurones dans ma tête ?"
"Est-ce que vous prêter deux neurones d'intelligence ?  "
Il enchaîne sur un second mensonge: "Je n'ai jamais cru en l'homme providentiel." Quarante minutes durant, son propos prouve tout le contraire ! Sarkozy n'arrive qu'avec son expérience présidentielle, notamment pendant la Crise- qu'il répète à de nombreuses reprises - ou ses voyages depuis deux ans ("Je voyage beaucoup à l'étranger").

Sarkozy trébuche sur des mots. Mais il conserve sa rancoeur. Sa machoire se crispe quand il évoque "Monsieur Hollande". Il n'ose l'appeler de sa fonction, "président de la république":
"Je ne dis pas que c'est la faute uniquement de Monsieur Hollande."

"J'ai été battu de si peu."
"Monsieur Hollande pense tout le mal de moi, je ne pense rien de lui".
Quand Delahousse lui demande s'il va se contenter de la présidence de l'UMP, Sarkozy élude mal, et confirme son narcissisme: "Il faut bien qu'il y ait un leadership, il faut bien qu'il y ait un symbole."Il se voit au-dessus des partis, forcément.  Sarkozy se voit, s'explique, se présente, se vit comme l'homme providentiel.  Il résume:
"Non seulement, j'en ai envie. mais je n'ai pas le choix."
Car, seconde surprise, Sarkozy venait vide de propositions.  Il annone des grands principes, évidemment conservateurs, il n'ose même pas se prononcer sur le mariage gay - dernière question piège du journaliste.  Il plaint la France, s'inquiète pour ses riches - "La question n'est pas de savoir si on fait des cadeaux aux riches ou pas ?" - mais il ne dit rien de précis, pas une mesure, pas une idée nouvelle.

Et à la fin, à quelques secondes de rendre l'antenne, il conclut par un appel au référendum si jamais il revenait aux affaires.

La belle idée !

Sarkozy fustige les corps intermédiaires.  Nous étions déçus. L'ancien monarque recyclait les propositions de l'ancien candidat de 2012.

Sans rire.




12 commentaires:

  1. Pourquoi le Nord ? Le maire de Lambersart est aussi un proche.

    Lambersart est quasiment le Neuilly de l’agglomération lilloise , bon sang ne saurait mentir

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  2. Triste pays que celui de la France où celui qui est menacé de toutes parts par les "affaires" n'a qu'un refuge possible, une nouvelle investiture qui le mettra à l'abri de nouvelles poursuites. Cela dit, la seule question qui vaille : "Qui paye ?"....Pas moi !

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  4. Merci Juan pour ce résumé d'hier soir.
    Sacré Paul Bismuth, il ose tout et c'est à ça qu'on le reconnaît.

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  5. Vivement 2017 avec Paulo à l'Elysée ! Tous ceux qui chouinent depuis Mai 2012 et qui rejettent tout en bloc depuis l'arrivée de la gauche ( tiède, je le concède mais gauche quand même ) verront enfin la différence car le Sarko 2007 sera un chérubin comparé au Sarko2017 !! Les français ont la mémoire courte et il va la leur rendre très vite !

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  6. J'ai aussi retenu qu'il se mettait au niveau des français. Mais que dans l'affaire des écoutes, il redevenait un ancien président. Bref du recyclage sans nouveauté. Le nouveau Sarko est comme le Beaujolais nouveau. On regrette le lendemain d'y avoir goutté.

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  7. "Hegel fait quelque part cette remarque que tous les grands événements et personnages historiques se répètent pour ainsi dire deux fois. Il a oublié d'ajouter : la première fois comme tragédie, la seconde fois comme farce." Marx

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  8. Infos radio hier soir :
    La présentatrice se loupe et lui donne du "Président" ... se reprend par la suite et parle de l'Ex-président.
    Purée encore 2 ans 1/2 .

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  9. - conférence de presse de Hollande : 1 million de téléspectateurs.
    -interview de Sarkozy : 9 millions de téléspectateurs.

    Conclusion : Sarkozy est cuit, pour 2017...

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  10. Attention à ne pas confondre Lambersart et Moulinsart, cher à tintin, où il retrouve dans « le secret de la licorne » des voleurs, les frères Loiseau. Rien à voir donc avec les protagonistes du meeting de Lambersart.

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  11. Sarkozy "trébuche" ?

    Sondage exclusif Ifop , réalisé au lendemain de l' intervention de Sarkozy sur France 2.



    75% des sympathisants UMP votent Sarkozy ,un score en hausse de six points par rapport au mois d'août. A l'inverse, Bruno Le Maire, son seul challenger « crédible », chute fortement. et ne recueille plus que 16%, contre 25% il y a un mois. Quant à Hervé Mariton, il plafonne toujours à 2%. La bataille est à peine commencée qu'elle est déjà pliée. Pour Frédéric Dabi, le directeur général adjoint de l'Ifop, « s'il voulait, sur cette prestation [sur France 2], convaincre l'UMP qu'il était de retour, cela a marché compte tenu des scores plébiscitaires chez les sympathisants UMP, voire chez les sympathisants UDI et FN . »



    Juppé reste le préféré des Français, et la guerre, elle, aura bien lieu en 2017. Sur ce sujet, c'est toujours Alain Juppé qui a la faveur des pronostics. Quelque 33% des Français souhaitent voir le maire de Bordeaux candidat à la présidentielle (en hausse de trois points), contre 26% pour l'ancien chef de l'Etat (en hausse de cinq points). En revanche, chez les sympathisants UMP, Nicolas Sarkozy domine encore très largement (65% contre 23%). Et ce sont eux, plus que les Français, qui se déplaceront dans les urnes pour choisir leur candidat .



    Autre élément qui devrait donner le sourire à Nicolas Sarkozy : sa capacité à rassembler tout le spectre de la droite, du centre à l'extrême droite. Plus de la majorité des électeurs FN interrogés (57%) ont en effet trouvé convaincante sa capacité à parler à tous les Français.

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  12. Faut arrêter avec cette histoire des affaires qui empêcheraient Sarkozy d'être réélu : en admettant qu' une condamnation à l'inéligibilité intervienne d'ici 2017, tout appel est suspensif.
    Et, ensuite, on sait que les Français réélisent toujours les politiques qui ont été condamnés ( Juppé, Emmanuelli, Balkany, Nucci, Melnick, etc.) , à quelque titre que ce soit : c'est même un atout, pour une élection .

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