13 octobre 2014

Gerhard Schröder, le tabou d'Emmanuel Macron.


"Angela Merkel a la chance d’avoir eu un prédécesseur qui a fait les réformes. Pas nous. Nous savons que les réformes que nous faisons donneront leurs fruits dans deux ou trois ans au mieux, et leur plein effet dans dix ans. Nous le faisons pour nos enfants. Mais elles auront des effets immédiats à deux conditions : recréer la confiance chez les entrepreneurs et les ménages, et investir dès 2015 au niveau européen."

Tout a été dit, dimanche 12 octobre 2014 dans les colonnes du JDD, par Emmanuel Macron. Le jeune ministre de l'Economie du gouvernement Valls II a poussé le bouchon plus loin, en réclamant de nouvelles mesures d'économies sur le dos de l'assurance chômage, déficitaires de 4 milliards d'euros cette année. Il s'est fait sèchement contredire par le secrétaire général du PS: "La gauche n'a pas de tabous, mais elle a quelques totems, en particulier le fait que quand le président de la République s'exprime, les ministres appliquent".

1. Macron s'inscrit dans une ligne cohérente avec les propos de François Hollande. Le 18 septembre, ce dernier déclarait en effet: "Que l’on ne nous demande pas de faire en cinq ans ce que l'Allemagne a réalisé en plus de dix ans" . On sait très bien de quelle décennie François Hollande voulait parler. Il parait que Macron travaille depuis quelques temps à convaincre Hollande à son "pragmatisme" soc-lib.

Le jeune ministre rappelait récemment un rendez-vous de juillet 2012, quand il était secrétaire général adjoint de l'Elysée, avec Michel Rocard et Laurence Parisot, alors patronne du MEDEF: "Nous avions des points de vue différents. Mais nous sommes arrivés à la même double conclusion. Un, sur la gravité de la situation économique. Deux, sur l’impérieuse nécessité d’aller vers la ­social-démocratie à l’allemande." En août 2012, Parisot invitait Schröder lui-même à un dîner avec des patrons du CAC 40 et ... Emmanuel Macron.

En quelques années, Gerhard Schröder est devenue la nouvelle icône du social-libéralisme. Impossible de le critiquer, c'est le nouveau tabou qu'on ne peut fustiger. Grâce à une décennie de réformes du marché du travail, l'Allemagne aurait dépassé la France, et atteint un modèle industriel et économique des plus solides.

2. Le modèle allemand était pourtant une exception en Europe. Le dynamisme commercial allemand a pillé l’Europe de l’intérieur. Son excédent commercial – 6% du PIB en 2012, « c’est de l’argent qui sort des pays du Sud pour entrer en Allemagne. » Dans un récent ouvrage, Coralie Delaume rappelait le prix de ce fameux modèle: précarisation du salariat à cause des lois Hartz/Schröder et désindustrialisation des voisins. Et les particularités évidentes de l'Allemagne que d'aucuns au gouvernement et ailleurs voudraient aujourd'hui nous faire oublier - une natalité désastreuse, une réunification avec l'Est du pays sous-développé.

Mais chut !... ne critiquez pas le modèle allemand.

3. Le modèle allemand s'est même pas épargné par le ralentissement. Il rejoint désormais la norme qu’il a lui-même créée, l’austérité compétitive qui mène à la récession. La chute des investissements et la la compression des salaires (et donc la demande), conjuguées à une crise dans le reste de la zone de euro ont eu raison du modèle. Le parasitisme économique de la décennie écoulée a affaibli les propres débouchés de l'économie allemande. Le ministère de l'économie d'outre-Rhin a déclaré vendredi 10 octobre que "les perspectives d'exportation de l'Allemagne resteraient restreintes dans les mois qui viennent en raison d'une demande mondiale atone et d'une croissance à l'arrêt en zone euro."

Mais chut !... ne dites rien. 

4. En Allemagne, la gauche fut durablement fracassée en deux, incapable de gagner une élection nationale pendant plus de 10 ans.

De Merkozie à Merkollande, quelle trajectoire !




6 commentaires:

  1. Qu'on s'en satisfasse ou qu'on le déplore, la social-démocratie est devenue aujourd'hui la seule forme de socialisme possible : on peut -et on doit - réorganiser autrement l' Union Européenne, mais on ne reviendra pas au monde d'avant la globalisation et au "programme du CNR" d'il y a 70 ans .

    Si le Parti de Gauche et le PC cherchent désespérément une voie pour ne pas se marginaliser définitivement, c'est parce que l’époque de la croissance forte, du plein-emploi, de l’emploi garanti ou simplement stable , de l’enseignement qui égalisait un peu les différences sociales , du diplôme qui garantissait un emploi, des prélèvements obligatoires qui finançaient un Etat-Providence de plus en plus généreux , des solidarités de classe qui ne se limitaient pas aux revendications corporatistes ,etc…ne reviendra pas de sitôt, si jamais elle revient un jour .

    Ceux qui disent être de « la vraie gauche » en pensant au retour de la gauche d’avant la mondialisation sont ceux qui rêvent d’un monde disparu , assez semblables aux aristocrates d’après 1789 qui pensaient au retour de l’ Ancien Régime et qui croyaient être « la vraie droite » : tous deux ne se rendent pas compte qu’ ils rêvent d’un Paradis Perdu et qu’ils sont sortis de l’ Histoire – et que celle-ci ne soit pas aujourd’hui réjouissante pour beaucoup n’y change rien.

    Pour beaucoup, mais pas pour la majorité : après la Chine (1,5 milliard d’habitants ) et l’ Inde ( 1 milliard d’habitants) , ce sont maintenant l’Indonésie (250 millions d’habitants ) et l’ Afrique ( plus d’1 milliard d’habitants, 2 milliards en 2040 ) qui affichent une croissance annuelle de 6 % depuis plusieurs années ; le monde d’aujourd’hui, c’est ça ; on y trouvera toutes sortes d'opinions...mis pas beaucoup de partisans de la "démondialisation " et du "retour à autrefois ".

    Certes , nous pouvons toujours sortir de la mondialisation, nous bunkeriser , vivre en autarcie , et nous vouer au joies de la décroissance ( en décroissance, nous y sommes presque , d'ailleurs , sans l'avoir décidé) : la planète ne nous attend pas et peut très bien se passer de nous - mais alors, il faut voter FN .

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  2. S'il est permis d'ajouter ceci, sur ce blog qui ne fait pas précisément l'éloge de Sarkozy :

    Fin 2007 et début 2008 , Sarkozy, qui venait d'être élu, aurait pu profiter de l'importance de la crise mondiale pour faire passer les réformes " Hartz/Schröder " en force ; il a choisi de préserver le modèle social français en le finançant par un déficit massif (mais insuffisant, lui disait alors Martine Aubry !) et en faisant exploser la dette - explosion de la dette que la gauche lui reproche aujourd'hui ...Allez comprendre !

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    1. Hollande et Sarkozy ont ceci en commun : ils ont annoncé des réformes très libérales, mais ils ne les ont faites qu' à la marge (retraite à 62 ans pour le premier, pacte de responsabilité pour le second ), sans toucher au modèle social français sur le fond ; peut-être ont-ils raison, d'ailleurs ...tant que les marchés qui nous prêtent de quoi le financer à des faibles taux n'en jugent pas autrement .

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  3. Schröder n'a rien amené d'utile et Macron ne connait rien de l'économie allemande :

    http://www.latribune.fr/actualites/economie/union-europeenne/20141008trib062cc2200/l-allemagne-ne-peut-pas-etre-un-modele-pour-la-zone-euro.html

    http://www.telegraph.co.uk/finance/comment/ambroseevans_pritchard/11150306/German-model-is-ruinous-for-Germany-and-deadly-for-Europe.html

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  4. « La social-démocratie est devenue aujourd'hui la seule forme de socialisme possible (Elie Arié). » Je savais que la mère Thatcher n’était pas claire, claire, on sentait bien qu’elle portait un lourd secret … Elle avait donc un fils illégitime ici en France. Hein, Elie, les mêmes idées que maman* !

    * Do you know TINA ?

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  5. PUTIN, je suis super content, la librairie a cote de chez moi vient de fermer avec un peu de chance elle va etre remplacer par un marchanchand de lunettes ou un salon de massage chinois, comme un petit Macron je suis super content !
    Je crois que l'espace est un peu trop petit pour une banque, c'est dommage......

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