29 novembre 2014

395ème semaine politique: à quoi sert François Hollande ?


Nicolas Sarkozy est réélu président de l'UMP ce samedi 29 novembre. Moins de trois ans après son échec personnel à la présidentielle de 2012, il est à nouveau en selle. Malgré ses mensonges, ses dérapages et son manque d'idées, il est reparti en campagne pour le prochain scrutin. Comment est-ce possible ? Pourquoi l'antisarkozysme "utile" de mai 2012 n'-a-t-il pas eu raison de la carrière politique de l'ancien monarque ? 

A quoi sert François Hollande ?


Sarkozy termine son premier round sur le chemin du retour. Mais il y a Marine Le Pen, qui ce même weekend tient son congrès. Les deux sont en forme, ou presque.

Marine Le Pen a des problèmes d'argent. Elle a bien son micro-parti, mais ce n'est pas suffisant. Elle voit plus grand, 40 millions d'euros pour conquérir la France. Elle a trouvé 9 millions d'euros, auprès d'une banque ... russe. Quelle surprise ! La présidente du FN plaide l'innocence ("on a cherché partout !").

Mercredi 26 novembre, Mediapart révèle le généreux prêteur, un milliardaire russe, oligarque et député, pro-Poutine, qui a quand choisi de cacher l'acquisition d'un château en France à son fisc natal... Pour une fois qu’on tombe sur un fraudeur fiscal qui s’exile en France... Voici qu'il finance le FN.

Ce samedi, le FN tient donc son congrès. Le trésorier de "Jeanne", le micro-parti de sa présidente qui lui sert de cagnotte politique personnelle, est surpris faisant le salut nazi sur une photographie. Le FN refuse d'accréditer Mediapart et le Petit Journal de CANAL+. Marine Le Pen ne veut plus d'écart. Elle voit grand et loin, et il faut que sa normalisation paraisse complète à tous. Il faut cacher ses encombrants proches, du pro-Assad et ex-GUD Frédéric Chatillon (qui gère une partie de sa communication) à ce trésorier imprudent, Xavier Loustau. Dans les colonnes du Figaro, elle promet un référendum sur la sortie de la France de l'Union européenne si elle est élue Présidente de la République en 2017.

L'agenda frontiste fait des ravages à l'UMP. Nicolas Sarkozy achève sa campagne présidentielle de l'UMP. Interrogé par une militante lors d'un meeting à Boulogne Billancourt, il a cette phrase outrageusement ambigüe: "Je m’étais dit que Rachida Dati, avec père et mère algérien et marocain, pour parler de la politique pénale, cela avait du sens." La veille, il se demandait "ce que l’islam peut faire pour la République". Cette primaire si primaire ressemble à un mauvais épilogue du débat sur l'identité nationale organisé par l'ineffable Eric Besson en 2009.

François Hollande et Nicolas Sarkozy se regardent en chien de faïence. Il va y avoir du sport, la classe et l'esprit sportif en moins.

Le premier soupçonne qu'une taupe sarkozyste ait pris des clichés de l'Elysée sur sa rencontre avec Julie Gayet dans les jardins. Le second est prêt à tout pour sa revanche. Devant les caméras, Nicolas Sarkozy prône le rassemblement, le dialogue et l'espérance. En privé, il laisse ses barbouzes alimenter des rumeurs ou enquêter sur les instructions de la Justice qui le concernent. En "Off", il colporte aussi toutes sortes d'information sur Julie Gayet (quel sujet politique !), ou insulte ses amis politiques et, bien sûr, François Hollande, et laisse Alain Juppé se faire copieusement sifflé en plein meeting à Bordeaux. Une caméra du Petit Journal de CANAL+ l'a filmé en contre-champs pendant la scène, sourire au visage. Interrogé quelques heures plus tard, il feint de ne pas avoir "entendu les huées".

La campagne interne de l'UMP se termine sur ce dernier mensonge. La liste des "bobards" de l'ancien monarque occupe plusieurs pleines pages dans les journaux. Depuis sa rentrée politique en septembre, Nicolas Sarkozy n'a cessé de surprendre tant il n'a pas changé son attitude ni amélioré ses arguments. Il s'est abîmé tout seul, il a déçu jusqu'à ses plus proches fidèles: Nadine Morano n'a pas compris qu'il promette, par lâcheté ou clientélisme, l'abrogation du mariage gay. Rachida Dati n'a pas apprécié qu'il explique l'avoir nommé Garde des Sceaux en 2007 à cause de ses origines maghrébines.

Sarkozy, samedi 29 novembre, a gagné sans gloire la présidence d'une UMP surendetté par ses propres fraudes aux règles de financement électoral. 

Cette semaine, on célèbre le quarantième anniversaire de la légalisation de l'avortement. La France féministe se réveille un peu.  L'exercice de ce droit est menacé par le manque de moyens du Planning Familial. L'anniversaire est terni par une autre polémique qui nous vient d'Amérique. Le policier blanc qui a tué un jeune Noir à Ferguson (Missouri) est finalement acquitté. Sur les écrans de télévision, Barack Obama cache mal sa déception. Christiane Taubira s'indigne dans une poignée de tweets. Son premier des ministres la recadre publiquement. On ne critique pas la justice d'un autre pays.

François Hollande est à Florange. Lundi 24 novembre, il affronte l'échec partiel de ses promesses. Il évite aussi les sifflets qui l'attendaient. Sur place, les hauts-fourneaux que Sarkozy avait promis de maintenir ont été fermés, les salariés ont été reclassés. Mais la fameuse loi contre les licenciements boursiers, dite "loi Florange" a été vidée de toute substance. Goodyear à Amiens, Fralib à Gémenos, Petroplus à Petite-Couronne, les exemples ne manquent pas pour illustrer les limites d'un texte symbolique. Cette visite coïncide avec des mauvaises nouvelles sur le front de l'emploi.

En octobre, le chômage a encore progressé. Le ministre du travail Rebsamen s'y attendait. Les Restos du Coeur rouvrent leurs portes. C'est bientôt l'hiver, et un million de repas quotidiens à servir.  Le nombre de sans-emploi frôle désormais les 3,5 millions, en hausse de près de 30.000 en un mois.

Lutter contre le chômage n'est pas chose facile, s'obstiner dans la mauvaise voie est tout un art. 

Dimanche, quelques rumeurs prêtent à Emmanuel Macron l'envie de "réformer" les 35 heures. En fait, deux économistes ont pondu un énième rapport qui n'engagent pour l'instant qu'eux, sur les contre-réformes libérales à mener en France et en Allemagne: réviser l'indexation du SMIC sur celle de la productivité, mise en place d’un "Schengen" économique avec un marché unifié de l’énergie ou du numérique, gel des salaires pendant 3 ans, assouplissement des 35 heures.

La photo figurant les deux ministres français et allemands, et les deux auteurs du rapport , tout sourire, presque hilares, restera dans les annales.



Macron se déclare "à l'aise" avec le texte tout en refusant de le prendre pour argent comptant. Le ministre, comme hier Sarkozy ou les autres thuriféraires libéraux du grand Marché, n'ose pas expliquer clairement de quoi il en retourne: la durée hebdomadaire moyenne du travail est largement au-dessus de 35 heures (plus de 39 heures, au dernier comptage); ce dernier seuil n'a qu'une seule utilité, définir à partir de quelle durée les heures de travail sont considérées comme supplémentaires.

Le jeune ministre s'est agacé de la dernière "manifestation" du Medef. Pierre Gattaz crie que les "patrons de terrain n'en peuvent plus". Et les autres ?

Une circulaire gouvernementale précise que les centres d'hébergement d'urgence n'ouvriront qu'à partir de -5 degrés. Emmanuel Macron n'a pas commenté.

Macron veut "améliorer" le plan Juncker. L'ancien premier ministre du premier paradis fiscal européen, récemment désigné patron de la Commission européenne, a proposé un plan de 315 milliards d'euros pour soutenir l'investissement dans l'Union. De la pure cosmétique bancaire ! Le véritable "effort" public se chiffre à quelques milliards, l'arnaque est belle. Pour maintenir la pression sur les opinions, notamment française, quelques journalistes glosent sur le "sursis" accordé par Juncker à la France pour "proposer des réformes sérieuses" sur le marché du travail.

Jeudi, François Hollande parle lors de sa troisième conférence environnementale. La chose passe quasiment inaperçu. Malgré l'énergie de Ségolène Royal, la politique environnemental de l'actuel président a disparu des radars politico-médiatiques. En cause, le drame du barrage de Sivens, les discours pro-nucléaires, les polémiques sur l'aéroport de Notre-Dame-des-Landes, l'abandon de l'eco-taxe, et le départ des écologistes du gouvernement. Devant son auditoire, Hollande prône le recours au référendum local pour des affaires comme la construction d'un barrage. Livrer la lutte contre le dérèglement politique et la pollution aux intérêts locaux est un aveu d'impuissance.

François Hollande repousse encore la livraison du navire Mistral commandé (et payé) par les Russes. On se souvient du sketch politique organisé par Nicolas Sarkozy à l'époque. Hollande n'honore pas la commande à cause de la situation en Ukraine. Une partie de la vrauche (*) s'indigne encore. Sur ce coup, Hollande sert à quelque chose. Il rappelle que la politique internationale est parfois coûteuse.

En fin de semaine, il file en Afrique, d'abord en Guinée, pour un geste solidaire devant le drame d'Ebola, puis au Sénégal. Mais nos médias s'attardent plutôt de lui que son actualité sentimentale et "people".  Valérie Trierweiler continue de faire des ravages, elle fait désormais la promotion de son bouquin contre Hollande à l'étranger. Hollande l'aurait rencontré secrètement. Julie Gayet est (trop) photographiée clandestinement à l'Elysée. Quel drame !



Chômage, libéralisme et "people", qui s'étonnera du retour de Sarkozy ?


Quelle solitude...









Crédit illustration: DoZone Parody

(*) Vraie Gauche, désignation humoristique décochée en août 2013.

Sarkozy rate son triomphe à l'UMP

Ce devait être un triomphe, le retour du Napoléon prodige qui venait sauver l'UMP, la droite et bien sûr la France. Alain Juppé comme François Fillon s'étaient écartés. Jean-François Copé avait été écarté. Sarkozy contre Le Maire et Mariton ? Le match ne devait pas avoir lieu, et pourtant.

Nicolas Sarkozy raté sa campagne, et donc son triomphe.



L'ancien monarque n'a obtenu qu'un peu moins des deux tiers des suffrages des militants de l'UMP.  Bruno Le Maire remporte la seconde place avec près de 30% des voix. Hervé Mariton est bon dernier avec 6,3%.

On est aussi surpris par l'ampleur de l'abstention: à 19h30, c'est-à-dire une demi-heure avant la clôture du scrutin, le taux de participation n'était que de 57%, soit 154 014 votants.

Un signe de découragement ? 






27 novembre 2014

Le marketing bancaire de Juncker



L'homme était premier ministre du premier paradis fiscal européen, le Luxembourg. Eclaboussé, trempé par un scandale retentissant qu'il s'agissait de masquer au plus vite, il a voulu prendre l'initiative.

 

Souriez et criez.


Au gouvernement, on fait mine de se féliciter. On se félicite même carrément. A force d'avaler et de mâcher des cailloux, les ministres ont les dents qui saignent, et l'estomac chargé.
"La France accueille favorablement la proposition de M. Juncker, même si nous considérons que l'on peut améliorer encore ces propositions pour faire en sorte que l'investissement et donc la croissance soient une priorité européenne". Stéphane Le Foll, porte-parole du gouvernement. 
 Ce plan ne fait illusion nulle part, et chez personne. Certains ricanaient déjà quand Hollande obtint un "plan de 100 milliards', en septembre 2012, pour avaler la pilule d'une ratification sans délai du TSCG. Deux ans plus tard, voici donc un fond, et non un plan, de 315 milliards d'euros.

Juncker connaît les banques, et déteste la dépense publique. Ce mercredi, il a donc fait du "marketing bancaire". Regrouper des fonds existants, ajouter 5 milliards, parier sur un effet de levier de 15 dans le secteur privé, et voici l'incroyable chiffrage - 315 milliards d'euros. Car Juncker espère que le secteur privé alléché misera 15 fois plus que la maigre contribution des institutions européennes. Il a même ajouté des objectifs à cette politique de l'offre... "créer jusqu'à 1,3 million d'emplois supplémentaires d'ici à la fin de 2017", et ajouter "de 300 à 400 milliards au PIB à la richesse de l'Union, soit 2,3 % de croissance en plus."

Sans blague...

Les Echos résument l'affaire: "le plan Juncker fait la part belle à l’investissement privé." Mediapart complète: "le simulacre du plan Juncker".

Le nouveau leader conservateur de la Commission de Bruxelles a bien blousé son monde. La député socialiste Karine Berger ne cache pas sa déception:
"Quelle déception terrible ! Pendant sa campagne pour être élu à la tête de la Commission, Jean Claude Juncker avait annoncé un grand plan pour l’investissement en Europe d’un montant de 300 milliards d’euros. 1 mois plus tard, le carrosse de la relance s’est transformé en citrouille. Les 300 milliards se sont envolés : rien au final dans les annonces de ce matin ; ou si peu."
 L'argumentaire gouvernemental frise le mauvais goût: on applaudit puisque l'’investissement serait devenu "l’un des projets phares de la Commission est la marque de la réorientation de l’Europe".
Ce marketing politique est épuisant.



26 novembre 2014

Les 30 millions d'euros de Marine Le Pen

 

Marine Le Pen a des frais. Son parti national a le vent (sondagier) en poupe, de plus en plus d'élus, mais ce n'est pas assez. Le Front national a de grandes ambitions, gouverner la France, un jour, bientôt. Le voici qui procède à un emprunt russe, au moment même où certains oligarques ou proches de Vladimir russes font l'objet de rétorsions occidentales à cause de la situation ukrainienne.


Le Front national se dit national et Marine Le Pen, mais les deux sont allés chercher des fonds à l'étranger, en Russie. D'après Mediapart, ils ont obtenu, en septembre, "un prêt de 9 millions d’euros de la First Czech Russian Bank (FCRB)". Les fonds, ajoute le site d'information dans un article publié le 21 novembre 2014, ont "déjà été partiellement versés au parti à hauteur de 2 millions d’euros." Cette information a été confirmée par le trésorier du parti.

On s'interroge.  

1. Aucune banque française ne pouvait-elle assurer pareil prêt ? Le FN a-t-il essuyé tant d'échecs qu'il a du se rabattre sur cet emprunt russe pour le moins exotique ? C'est la thèse officielle du Front national. Marine Le Pen justifie aussi des frais à venir, et annonce des montants astronomiques: "Avec les départementales dans quatre mois, il y a urgence ! En tout, avec les régionales, c’est 30 millions. Nous disposons de 5 millions d’euros de subventions par an. Nous n’avons plus de biens immeubles. On est obligés de souscrire des prêts, dans des établissements français ou étrangers". 

Marine Le Pen cherche 30 millions d'euros, davantage que pour une campagne présidentielle, rien que cela.

2. Dimanche, deux jours après les révélations, Marine Le Pen a cru bon lancer une diversion. Ce fut un grand appel à une large alliance souverainiste voire même, surtout, un changement de nom  le cas échéant.
"Si un jour, il s'avère que nous arrivons à constituer avec d'autres partis politiques (...), on ne sait pas ça peut arriver, demain on peut décider de faire une grande alliance patriote parce que la situation de la France a continué à se dégrader."
Et la présidente du FN d'ajouter pour "prouver" qu'une stratégie d'alliances est possible, combien étaient nombreux les partis compatibles: "Il y avait le parti de M. Chevènement, il y avait le parti de M. Dupont-Aignan, il y a le parti de M. De Villiers, il y a des partis patriotes en France, et il pourrait être décidé demain que l'ensemble de ces partis se mettent ensemble pour pouvoir défendre la souveraineté de la nation et assurer sa sécurité et sa prospérité"."

3. Les réseaux russes de Marine Le Pen sont réels et anciens. En février 2014, Mediapart détaille les quelques contacts clés qui rapprochent Le Pen de Poutine. C'est glauque, à peine surprenant, et pas très "national". En septembre dernier, Marine Le Pen se félicitait du "modèle économique patriotique" de Vladimir Poutine.
  4. Marine Le Pen a son propre micro-parti personnel. Cette technique n'a aucun intérêt politique. Il n'est que financier. Cela permet de contourner les plafonds légaux de financement des partis politiques (pas plus de 7.500 euros par personne et par an), mais aussi de se constituer une cagnotte personnelle. Lundi soir, dans un documentaire d'investigation diffusé par Canal+, on pouvait voir une photo montrant le trésorier du micro-parti de Marine Le Pen faisant un salut fasciste.

Rien que cela.







24 novembre 2014

Ce que la présidentielle UMP nous a appris de Sarkozy

La campagne pour l'élection du président de l'UMP s'achève cette semaine. S'il ne fait aucun doute que Nicolas Sarkozy l'emportera contre Bruno Le Maire et Hervé Mariton, cette campagne ouverte début septembre a souligné deux caractéristiques essentielles du candidat Sarkozy.



#1: Le manque de courage.
Observez la différence.


C'est la citation du weekend, celle qui résume le mieux où en est Sarkozy. L'ancien monarque s'est révélé moins courageux que ses rivaux à cette élection, et même qu'Alain Juppé, qui tint bon devant une foule hostile à Bordeaux la semaine dernière.
"Vous me connaissez, et je ne me laisse pas pour ma part impressionner par des mouvements de foule"
Alain Juppé. Bordeaux, 22 novembre 2014.

La citation est sans appel, et chacun peut comprendre à quoi elle fait référence.




Ce n'est pas la première fois que le courage de Nicolas Sarkozy est ainsi mis en cause. On se souvient des nombreuses occasions où il a cédé à la facilité ou la peur. Mais c'est sans doute la première fois où il a cédé en public, face caméra.

A Bordeaux, l'ancien monarque a laissé Alain Juppé, maire de la ville, se faire siffler. Edouard Philippe, un soutien d'Alain Juppé a parfaitement résumé ce que cet épisode signifiait à nouveau sur Nicolas Sarkozy:
"Nicolas Sarkozy a montré la semaine dernière qu'il n'avait pas su résister à l'appel de la foule en promettant l'abrogation du mariage pour tous. Cette fois, il n'est pas parvenu à la tenir. C'est préoccupant quand on veut rassembler."


#2: La dérive à droite.

Hollande gouverne au centre. Il a tenté de "trianguler" ses adversaires de droite en leur chipant tous les éléments de langage et le coeur de l'action politique, et ce, sur tous les sujets socio-économiques. Sur Sarkozy, la manoeuvre a brillamment réussie, puisque l'homme s'est cru obligé de rester sur le même positionnement caricatural qui a fait son échec en 2012. A Bordeaux vendredi dernier, Sarkozy a ainsi enchainé devant des militants acquis à sa cause une succession de billevesées extrême-droitistes ou absurdes qui ne plairont au coeur furibard de l'électorat UMPiste. On pouvait ainsi rigoler, ou s'effrayer, de sa suggestion de supprimer 50% des compétences de l'Union européenne.

Et après ?

S'il l'emporte, Sarkozy devra ensuite abandonner certaines de ses outrances, à moins qu'il n'envisage de laisser l'UMP se radicaliser sur le terrain frontiste.


22 novembre 2014

394ème semaine politique: le bal des hypocrites en Sarkofrance

François Hollande voyage, flirte et sourit. Alain Juppé plane dans les sondages. Manuel Valls agite les peurs djihadistes. Emmanuel Macron fait du Sarkozy sur les 35 heures. Sarkozy s'affaisse dans les sondages après sa couardise lors d'un meeting de militants UMP.


Les Djihadistes de l'intérieur
L'extrême droite et la droite furibarde en font encore un sujet d'excitation régulière. Immigration, djihadistes de l'intérieur, les clichés se succèdent pour entretenir les peurs.. Aux Etats-Unis, Obama propose de régulariser 3 millions d'immigrés. En France, quelque 45.000 clandestins, dont plus de 3.000 enfants ont été "retenus". Le terme est sobre comme du jargon administratif. Qui s'en émeut ? Personne. On expulse de plus en plus massivement. D'après cinq associations, la France a éloigné plus de 50.000 personnes en 2013.

Le gouvernement français ne commente pas. L'attention médiatique est détournée vers ces "Djihadistes de l'intérieur" qu'on exhibe régulièrement en têtes de gondole médiatique. Mercredi, c'est au tour de h, 22 ans "dijahdiste" de faire la une. On insiste sur son prénom occidental pour effrayer les foules sur "l'ennemi intérieur". Après Maxime de Normandie, voici Michael de Champigny. Mercredi, ce dernier aurait été reconnu parmi les bouchers qui ont égorgé des soldats syriens et même un otage américain la semaine dernière.

Le Califat islamique, qui s'est installé en Syrie et en Irak, est une affaire de bandits et d'assassins, avant d'être un sujet religieux. En déplacement à Beauvais, Manuel Valls en rajoute une couche: "nous savons le nombre de Français qui sont morts en Syrie, près d'une cinquantaine, donc nous connaissons ces dangers". La presse s'emballe, les commentateurs commentent. Vendredi, patatras, on n'est plus sûr et certain qu'il s'agisse du Michael dont tous nos médias nous ont dressé le portrait jusqu'aux détails les plus intimes.

Nicolas Dupont-Aignan dépasse les frontières du grostesque. L'ex-futur "Kennedy gaulliste" propose qu'on envoie nos djihadistes nationaux à ... Cayenne. 

Macron-Collomb
En France, Emmanuel Macron fait encore parler de lui. Sa future loi de "modernisation" va libéraliser le travail dominical. Et Macron répète combien il n'apprécie pas les 35 heures. Jeudi 20 novembre, il explique que "le cadre légal des 35 heures n'est pas suffisant, car les salariés, comme les entreprises, ont besoin de plus de souplesse". Et il reprend, mot pour mot, les arguments de Nicolas Sarkozy et consorts: "Finalement, qui serions-nous pour dire à quelqu'un qui le souhaite, qui a besoin de travailler plus que 35 heures par semaine, que c'est impossible ?" Macron sait parfaitement que les 35 heures sont une question de rémunération des heures supplémentaires et rien d'autre. Mais il ne le dit pas.

Reprendre l'ineffable vulgate de l'ancienne Sarkofrance est assez tétanisant pour qui croyait au changement. A-t-on un salarié empêché de travailler plus de 35 heures quand la plupart des plafonds d'heures supplémentaires ont été assouplis au-delà du nécessaire ?

Hier comme aujourd'hui, l'hypocrisie du débat sur la durée du travail est manifeste.

A Lyon, Gérard Collomb, maire "socialiste", propose "2 à 3 ans de période d'essai" pour les CDI. La révolution libérale est en marche. Bizarrement, le même ne propose pas la même durée de révocation ad nutum pour les maires.

Le patron du MEDEF réclame la suppression de l'ISF. Sans doute Pierre Gattaz pense-t-il que cela va améliorer la compétitivité nationale. Quelques heures plus tard, le comptable suisse de Serge Dassault, autre grand patron, détaille comment il a fait transiter secrètement jusqu'à 53 millions d'euros entre la France et la Suisse, au nez et à la barbe du fisc. La traque contre la fraude et l'évasion fiscale est plus efficace qu'avant.

Sarkozy-Juppé. 
A l'UMP, on approche de l'élection du chef, le grand jour est pour bientôt, le 29 novembre. Nicolas Sarkozy souffre.  Le weekend précédent, il avait cédé à une petite foule surexcitée d'opposants au mariage gay. Pour la première fois, il se déclare en faveur de l'abrogation de la loi. Une proposition absurde et surréaliste. Ses plus proches - Valérie Pécresse, Nathalie Kosciusko-Morizet, Nadine Morano - ne cachent même pas leur trouble. Bruno Lemaire, invité à la même réunion, a au contraire tenu bon sur ses convictions pro-mariage-gay. Sarkozy apparaît faible.

Deux jours plus tard, en meeting à Mulhouse, Sarkozy fait mine de découvrir de la polémique, le trouble et la honte. Il revient d'un périple à l'étranger, une conférence rémunérée par quelques banquiers à honorer. Sa popularité sondagière a encore chuté. Sarkozy plaide le droit au débat ("La politique, c’est aimer les gens et c’est aimer les convaincre"). Il occulte l'essentiel, qu'il a cédé, en public, contre ses propres convictions, pour faire plaisir à quelques militants UMPistes anti-mariage gay.

La politique est une affaire de courage. Sarkozy a été pris en flagrant délit de trouille clientéliste.

Dur.

Son principal rival, non pas pour l'élection à la présidence de l'UMP mais pour la présidentielle d'après, le dénommé Alain Juppé, surfe trop haut au firmament des sondages. Toute la presse a fini par s'en inquiéter... ou s'en amuser. Vendredi au musée du Quai Branly à Paris, Hollande, Juppé et les Chirac se retrouvent pour la remise d'un prix. Bernardette boude Alain qui sourit avec François qui fait applaudir Jacques.

France-Allemagne
La France aurait finalement quelques soucis avec Bruxelles. Il fallait reprendre la pièce de théâtre budgétaire. Une méchante commission, des gouvernements soumis, on connaît les protagonistes du spectacle. On devait se reposer une question: la commission allait-elle nous faire la guerre ? Combien de divisions ? Où se déroulera la première vraie bataille ?

Jeudi, un commissaire habitué des polémiques, Gunther Oettinger, qui est par ailleurs membre de la CDU d'Angela Merkel, publie une tribune assassine dans les Echos et le Financial Times: "la question de la rigueur avec laquelle la Commission européenne doit traiter la France en tant que pays déficitaire récidiviste est (...) importante." Il fustige la France en termes suffisamment durs pour que le PS sorte de sa léthargie et réclame sa démission.

Nos commissaires bruxellois seront-ils sensibles à la nouvelle campagne de la Fondation Abbé-Pierre. Son message est simple: "Désormais, avoir un emploi ne nous garantit plus d'avoir un logement !" Le marché du logement est en berne. Le niveau de construction est au plus bas depuis 9 ans.

Et Hollande ?
François Hollande revient d'Australie, où s'était déroulé un G20 indifférent. Le Petit Journal de Canal+ l'a filmé en train de flirter avec une jeune cadre de Thalès qui tentait de lui présenter la technologie maison.

Hollande termine la semaine à Lille. Samedi, il déjeune avec sa meilleure opposante de l'intérieur, Martine Aubry.

Sur le Net, on glose sur trois clichés volés du président avec l'actrice Julie Gayet, dans le jardin de l'Elysée. Et si le photographe avait été un sniper ?

Il faut de tout pour amuser et entretenir la galerie.


20 novembre 2014

Le jour où Sarkozy a eu la trouille




Il a dû lâcher. Il a cédé. Cela faisait des semaines qu'il n'osait pas affronter l'une des réformes les plus marquantes du mandat Hollande, la légalisation du mariage homosexuel. Quatre jours après cette lâcheté imcroyable, et de retour après une énième conférence rémunérée Outre-Atlantique, Sarkozy revient sans comprendre.


Stupéfiant.


Nicolas Sarkozy louvoyait. Le sujet l'embête. A titre personnel, on peut deviner qu'il y est favorable. Politiquement, il aurait aussi pu se servir de cette affaire pour montrer combien il n'était pas la caricature "buissonnienne" de la campagne présidentielle de 2012.

Patatras...

Se déclarer favorable, ou même neutre, devenait impossible. Samedi, donc, Nicolas Sarkozy a cédé. devant une assistance rassemblée par un groupuscule proche du mouvement anti-mariage gay, et dénommé Sens Commun, Nicolas Sarkozy a promis qu'il abrogerait la loi légalisant le mariage homosexuel. 

Ce fut l'une des plus grandes bourdes politiques que l'ancien monarque ait jamais commise. 

1. Sarkozy a cédé à la pression de la petite foule d'un groupuscule. Bruno Le Maire, également invitén a eu davantage de courage, en assumant son soutien personnel et connu, au mariage pour tous. Pour Sarkozy, la séquence fut lunaire et dévastatrice. Sarkozy a perdu beaucoup, ce jour-là, en crédibilité politique. Il a eu moins de courage Répondant à des cris réclamant l'abrogation alors qu'il ne parlait que de "réécriture", Sarkozy a en effet concédé:


"Si vous préférez qu'on dise abroger la loi Taubira pour en faire une autre... En français, ça veut dire la même chose (...) Mais enfin, si ça vous fait plaisir, franchement, ça coûte pas très cher."

Si, cela coûte très cher. 

2. La proposition est absurde. S'il parvient à ses fins, la France aura donc des Français mariés sous un régime devenu hors-la-loi. C'est juridiquement "délicat", le mot est faible.  Nombre de ses soutiens, jusqu'à certains très proches telle Nathalie Kosciusko-Morizet dès lundi matin sur Europe 1, ont fortement réagi. Car Sarkozy, mal en point ce soir-là sur l'estrade, est parti dans une autre suggestion, franchement vaseuse et improbable: la création d'un "mariage pour homo". On croit rêver... Il fallait se pincer pour le croire: "Le Pacs n'est pas suffisant (...) Je veux un mariage pour les homosexuels, un mariage pour les hétérosexuels, qui tiennent compte justement de la différence".

3. En résumé, Sarkozy a proposé d'abroger une loi qui a permis plus de 7.000 mariages, puis il a envisagé, séance tenante,  de créer "deux mariages". Mais finalement, il s'est réfugié derrière l'avis des militants de l'UMP... Le tout en quelques minutes d'une improvisation incroyable qui témoignait surtout d'une couardise politique et personnelle assez surprenante. 

Nicolas Sarkozy, l'homme d'Etat, cédait devant quelques dizaines de militants UMP anti-mariage gay. 

Imaginez devant Poutine ou quelques autres.

4. Sarkozy est parvenu à inquiéter jusqu'à Nadine Morano. 
"Les Français attendent d'autres priorités que la réécriture de la loi Taubira" Nadine Morano, sur Twitter, le 16 novembre
5. Depuis lundi, ses proches se démènent pour modérer les dégâts. Nathalie Kosciusko-Morizet explique combien Sarkoyz a eu raison d'en appeler au vote des militants. C'était le plus beau des aveux d'impuissance. Valérie Pécresse se risquait à dire que réactiver le débat sur le mariage pour tous était la pire des mauvaises idées. Nadine Morano, Frédéric Lefebvre, Christian Estrosi et même Rachida Dati n'ont rien compris à l'attitude de Nicolas Sarkozy.

6. Après cette funeste intervention, Nicolas Sarkozy est parti deux jours aux Etats-Unis pour donner une conférence rémunérée. L'homme a des frais, besoin d'argent, de beaucoup d'argent.

7. Mercredi, Sarkozy est encore tétanisé. Il n'a peut-être plus de grand sens politique. C'est une première hypothèse à retenir, puisqu'il n'a pas réalisé l'ampleur de sa bourde. Pour se justifier, lors d'un meeting à Mulhouse mercredi 19 novembre, Sarkozy ose nier les faits et même ridiculiser les militants de cette organisation SENS COMMUN, opposée au mariage pour tous : "J’ai vu qu’on s’étonnait que je discute et que je dialogue avec des jeunes responsables qui sont venus à la politique récemment."


Personne ne s'étonne qu'il débatte avec qui que ce soit. Tout le monde fut surpris qu'il cède aussi vite à la petite foule d'un petit meeting. Chacun pouvait en revanche s'étonner qu'il qualifie ces extrémistes de l'ati-mariage gay (ils en réclament l'abrogation !) de "jeunes responsables qui sont venus à la politique récemment". Excusez-le, il s'adressait à des "rookies", des "noobs", bref, des débutants.

Il fallait bien leur dire ce qu'ils avaient envie d'entendre, n'est-ce-pas ?

Il ne restait plus qu'à traiter de l'affaire libyenne.




17 novembre 2014

Pourquoi Juppé va perdre



En peu de temps, il est devenu le chouchou des sondages, l'homme politique préféré des sondés, de gauche comme de droite.   Nul besoin d'être un militant UMP ni un fin expert politique pour comprendre qu'Alain Juppé a peu de chances de gagner sa qualification à la candidature pour la prochaine élection présidentielle. 

 

A moins qu'il ne change, et vite, de comportement et de tactique.



1. Alain Juppé concourt sur un positionnement politique encombré, le centre-droit. Sa modeste couleur gaulliste n'y change pas grand chose. Il fait clairement campagne au centre, y compris sur des sujets sociétaux. Sa récente prise de position en faveur de l'adoption par les couples homosexuels en est l'une des dernières illustrations.

2. Alain Juppé laisse Nicolas Sarkozy s'emparer de l'UMP, qui n'est qu'une machine électorale. Vous rappelez-vous quand un candidat a remporté une élection nationale sans le contrôle de son parti ? Juppé devrait méditer les exemples ratés des candidatures de Balladur en 1995, ou Royal en 2007.

3. Alain Juppé ne laboure pas les terres militantes de la droite. Comme Fillon en 2012, il s'épargne de trop nombreuses rencontres de terrain. Il préfère des interviews "bobo-isées" qui l'éloignent chaque jour davantage du coeur politique de son camp. Il est peut-être le chouchou des sondages, les mêmes enquêtes donnent encore Sarkozy largement en tête auprès des sympathisants de droite.
– Bon, admettons qu’elle ait bien lieu, cette fameuse primaire UMP, admettons que Sarkozy ne parvienne pas à l’empêcher, tu n’es pas sérieusement en train de me dire que tu irais pour voter Juppé ?
– Sérieux, j’irai et je voterai Juppé. Et sans me cacher !
– Juppé ? On parle bien du même, là ? Celui de “droit dans mes bottes”, celui des grandes grèves de 95, celui qui nous a fait traverser Paris à pied pendant un mois et qui a provoqué la rencontre de Pierre Bourdieu et des cheminots en grève, ce Juppé-là ?
Frédéric Bonnaud, Les Inrocks

4. Alain Juppé a rarement gagné une élection difficile. En 2007, il n'a pas réussi à recouvrer son mandat de député à Bordeaux. En 1995, son court mandat de premier ministre s'est achevé dans la dissolution de 1997.

5. Alain Juppé est trop gentil. La compétition à droite n'épargne que les fauves. Sarkozy ou Chirac ont fait le ménage, chacun en leur temps, à coups de déstabilisations individuelles, de scandales et de pressions inouïes.

15 novembre 2014

393ème semaine politique: les boulets de François Hollande


On se souvient des couacs, des dérapages, des outrances, des incompétences de l'ancienne équipe Sarkozy au pouvoir. Les commentateurs ont pris ainsi l'habitude de la moquerie systématique, de l'agitation permanente. Le moindre couac entraine son avalanche de commérages, au point d'en oublier l'essentiel. 

Cette semaine, l'affaire Jouyet fut exemplaire de cette bêtise collective.


Diversion
Le Hollande Bashing est évidemment vivace, y compris sur les plus vils détails, les plus inutiles propositions. Le Figaro, ancienne Pravda de l'ancienne Sarkofrance qui chroniquait avec délectation les incroyables dîners people de l'Elysée version Sarkozy raille aujourd'hui les anecdotiques rencontres "people" de François Hollande.

La vie est injuste, elle nous laisse parfois quelque mémoire. Lors des cérémonies du 11 novembre, un hurluberlu issu des mouvements homophobes vole avec une banderole Hollande-démission.

Au coeur de la Hollandie, l'actuel président n'est pas épargné par ses proches. Son ministre du Budget Christian Eckert confie publiquement que la troisième promesse de pause fiscale de François Hollande, délivrée le 6 novembre précédent, s'apprécierait à l'aune des conditions économiques. Patatras ! Mais le gros morceau fut la bourde de Jean-Pierre Jouyet. Son secrétaire général a encore gaffé !

Cet ami de Hollande, ... et ancien ministre de Nicolas Sarkozy a démenti, puis confirmé avoir confié à deux journalistes du Monde que François Fillon lui avait demandé en juin dernier de faire accélérer les procédures judiciaires contre le remboursement des frais de campagne de Sarkozy par l'UMP.

Immédiatement, la meute s'abat donc sur le gaffeur. Et oublie l'un de ses prédécesseurs, l'homme aux tableaux sur-facturés, au business africain par gendre interposé; Claude Guéant, celui dont curieusement les archives élyséennes ont ... disparu.

Quand le sage désigne la lune, l'idiot regarde le doigt. 

Toute la semaine, trop de médias dissertent ainsi sur l'improbable pression à la démission contre Jouyet. Ces idiots utiles de l'ex-Sarkofrance ne se rappelèrent que très progressivement l'essentiel: François Fillon s'était disqualifié de la course à la présidentielle pour 2017. L'ancien premier ministre eut beau démentir n'avoir jamais rien réclamé, exhibé ses agendas, reconstitué la chronologie des évènements, personne ne le croit.

Jean-Pierre Jouyet a été secrétaire d'État chargé des Affaires européennes du premier gouvernement Fillon. On a oublié son passage. Il lâcha le sujet assez vite, suffisamment tôt pour que Hollande finisse par lui pardonner cet écart pourtant détestable.

Sur l'Europe, la différence politique entre les deux politiques européennes, celle de Sarkozy puis celle de Hollande, est quasi-nulle. Tout juste Hollande nous a-t-il épargné les fanfaronnades dont l'ancien monarque était coutumier et qui agaçaient nos voisins allemands.

En 2007, Jouyet conseillait à Sarkozy combien on ne pouvait rien faire en Europe sinon se plier à la BCE et au modèle allemand. Le même Jouyet fut celui qui prépara l'ineffable présidence française de l'Union européenne en 2008, avec ses dépenses aussi pharaoniques que ses résultats furent inexistants; cette présidence humiliée par l'annexion de l'Ossétie du Sud et de l'Abkhazie par la Russie.

En 2011, Jouyet applaudissait trop bruyamment le réalisme du candidat Hollande. En septembre 2011, le socialiste Guillaume Bachelay lui rétorqua dans les colonnes de Mediapart qu' "avoir participé deux ans durant à son gouvernement ne doit pas empêcher de dire la vérité sur l'origine de la dégradation des comptes publics dans notre pays."

Bref, Jean-Pierre Jouyet est davantage qu'un rouage administratif dans le dispositif Hollande.

Démission
D'Australie où le G20 se réunissait en fin de semaine, personne n'écoute plus les incantations à "mobilisation pour la croissance". La démission des gouvernements occidentaux n'intéresse plus. Pourtant, le stress de ces derniers est palpable, comme s'ils réalisaient qu'ils vont dans le mur. Même le gouverneur de la Banque de France explique désormais que la BCE "pourrait acheter des emprunts d'Etat si nécessaire." Le FMI et l'OCDE plaident aussi pour des achats de dette publique. Ont-ils sombré dans un grave gauchisme (*), ou bien s'agit-il simplement d'une soudaine mais tardive prise de conscience ?

Vendredi, le gouvernement français tout entier souffle un peu. La croissance a "rebondi", enfin, "at last", pour le troisième trimestre d'une mauvaise année. Après une stagnation au premier, un recul au second, le "bond" même ridicule est réel au troisième. Le plus cocasse est que la France doit cette croissance poussive à ... la dépense publique (+0,8%) !  Les autres indicateurs restent en effet détestables: la consommation des ménages est faiblarde; le commerce extérieur toujours dans le rouge, et l'investissement des entreprises recule depuis janvier.

C'est un double désaveu: d'une part à l'encontre de ceux qui couinent contre les ravages d'une austérité qui n'a pas (encore) eu lieu; d'autre part contre ceux qui négligent les effets ravageurs d'une cure austéritaire sur l'économie.

Même François Hollande pourrait s'affranchir de la (faible) tutelle bruxelloise.  Les institutions européennes sont régulièrement présentées comme un corps homogène et contraignant, dont la force s'imposerait désormais aux Etats nationaux membres de l'Union. La réalité est bien différente. Il y a bien un subtil équilibre à respecter entre une crédibilité nécessaire sur les marchés financiers - la France doit 2.000 milliards d'euros, pour l'instant à des taux très avantageux -, et un bon compromis avec l'Allemagne qui donne le "La", une BCE qui prête, ou pas, pour déclencher une reprise qui ne vient pas. Mais ce n'est pas un Diktat, encore moins une contrainte institutionnalisée dans on-ne-sait-quel texte. On voudrait nous faire croire que la Commission européenne pourrait récuser notre budget national. Les sanctions de l'Union n'ont rien d'automatique et sont hautement improbables. La menace est agitée par les plus libéraux pour forcer la politique nationale, par les plus souverainistes pour récuser le projet européen. C'est un cirque, une théâtralisation improbable.

Quand François Hollande peina à renégocier le traité sur la stabilité, la coordination et la gouvernance (TSCG) en 2012, la gauche de gauche toute entière lui est tombé dessus. A tort. On ne décrète pas la réussite d'une négociation. Le tort de Hollande était pourtant réel, et double: faire croire qu'il avait réussi quelque chose. Et avoir tourné casaque en faveur d'un pacte irresponsable auquel personne, pas même à Bruxelles, ne le contraignait réellement.

Défection

La gauche se cherche une majorité "alternative". Mélenchon hausse le ton contre le refus de Hollande de livrer des navires Mistral à l'autocrate Poutine à cause de la crise ukrainienne (sic!). 

A droite, le paysage n'est pas fameux. Il est presque drôle. Fillon cramé, il ne reste que Sarkozy et Juppé. L'ancien ministre des affaires étrangères de Sarkofrance fait même la une des Inrocks. Même une gauche bobo applaudit sa rigueur et sa tenue contre Sarkozy.

Plus tard, dans quelques mois, on réalisera trop tard qu'Alain Juppé est à la droite ce que Jacques Delors fut à la gauche. Un immense malentendu ou une occasion ratée, au choix.

Pendant qu'Alain Juppé fait la couverture des Inrocks, Nicolas Sarkozy laboure les terres militantes. Il enchaîne les clichés et les mensonges avec un aplomb si caractéristique qu'il fait sourire mais devrait effrayer. Jeudi à Caen, le voici qui repose "l'emploi à vie" des fonctionnaires dans son agenda pour la France d'après.


Sarkozy, c'est "retour vers le futur". Sa France d'après ressemble à celle d'avant. On attend le jour où il réhabilitera les subprimes comme en 2007. L'affaire Jouyet/Fillon lui a assurément rapporté quelques points dans l'opinion. Fillon a succédé à Villepin dans le rôle du grand ennemi complotiste de l'intérieur.

Jeudi, l'UDI s'est dotée d'un nouveau président. L'inconnu Jean-Christophe Lagarde croit pouvoir faire la différence à la prochaine présidentielle. Certains ne doutent de rien. Hervé Morin, candidat évincé de peu, fait la tronche. François Bayrou s'est écarté.

Le centre-droit historique, écrasé par le Vallscisme politique ambiant, a les pattes en l'air.




Ami(e) citoyen(ne), tiens bon.




Crédit illustration: DoZone Parody

(*) En France, le Front de gauche réclame le financement direct des Etats auprès de la BCE.

12 novembre 2014

Le suicide du patronat français

 

La démarche est improbable: des patrons entrent en rébellion... Sans rire ni blague... on croyait que l'actuel pouvoir les soignait suffisamment. Il n'en était rien. 

Il fallait lire, écouter, comprendre. 

 

Et ne pas rire.

 

Tour à tour, les responsables du MEDEF, de la CGPME et de l’UPA se sont exercés à fustiger l'actuel gouvernement ces derniers jours. Et proposer des "manifestations" patronales en décembre si rien ne change.

Sont-ils irresponsables à ce point ?


1. Le gouvernement Valls/Hollande travaille pourtant avec attention et entêtement au service du patronat français. Depuis septembre 2012, François Hollande a progressivement réorienté sa politique en faveur d'une unique obsession, réduire les charges pesant sur les entreprises; réduire ce fichu coût du travail que certains irresponsables libéraux osent comparer d'un pays riche à un pays pauvre. Le 31 décembre dernier, il y a bientôt un an, François Hollande a fourni des voeux détestables en annonçant un Pacte irresponsable, confirmé le 14 janvier suivant, puis lors de l'intronisation au poste de premier ministre du plus libéral des socialistes française, Manuel Valls.

Malgré des estimations ridicules d'impact sur l'emploi réalisées par les propres services de Bercy, le gouvernement Valls s'entête à faire voter 41 milliards de baisses de charges sociales. Sur ces dernières, quelque 36 milliards concernaient les entreprises. En contrepartie, le MEDEF ne s'engage... à rien.

C'était visiblement insuffisant pour ces responsables du MEDEF.

On reproche à François Hollande de servir le MEDEF, ce dernier est visiblement bien injuste.

2. Pour ces responsables patronaux, rien n'est jamais assez.
En janvier 2013, l'Accord National Interprofessionnel signé avec la CFDT ne lui suffit pas. Ce dernier procure pourtant de "joyeux" reculs du droit du travail. Et il est rapidement transposé dans la législation. Quelques mois plus tard, la réforme Ayrault/Hollande des retraites allonge indéfiniment la durée de cotisations. Mais le MEDEF s'acharne sur l'une des deux seules avancées de cette réforme, le compte pénibilité qui devait permettre aux salariés physiquement affaiblis par leurs conditions de travail de partir plus tôt. "Trop compliqué!" nous assène-t-on.

En septembre, Pierre Gattaz propose de "réformer" le contrat de travail. Fin octobre, il appelle le gouvernement à autoriser les licenciements sans motif, une disposition qui, loin d'être une spécificité française, est prévue par la convention 158 de l'Organisation internationale du travail.
"Les chefs d'entreprise, quand ils peuvent embaucher, craignent de se trouver devant les prud'hommes s'ils rompent le contrat. C'est un des principaux freins à l'embauche." Pierre Gattaz
3. Le patronat a les principaux médias pour lui. Ce n'est pas faire injure à la qualité de notre presse nationale que de reconnaître que la libéralisation du marché du travail et la baisse des charges des entreprises sont des thèses soutenues par la quasi-totalité des journaux télévisés, radiophoniques et écrits du pays. Chaque matin, des éditocrates libéraux trustent toutes les rubriques économiques des radios nationales. Le journal Les Echos peut même se targuer d'avoir placé deux de ses plumes dans les journaux radiophoniques matinaux les plus écoutés du pays, l'un sur Europe 1, l'autre sur France inter !

Pourtant, nos responsables patronaux estiment toujours nécessaire de crier leur désarroi par des actions plus "visibles" que l'invasion quotidienne des plateaux médiatiques. Le patronat a même d'autres relais qui ont l'écoute de nos médias: l'IFRAP, l'AFEP, et quelques autres...
"Il y a un vrai ras-le-bol, il y a un vrai sentiment de colère, les patrons n’en peuvent plus. Et il est logique qu’on trouve un moyen d’exprimer de manière calme et rationnelle ce ras-le-bol." Geoffroy Roux de Bézieux
Allez comprendre...
le Centre d’observation économique et de recherches pour l’expansion de l’économie et le développement des entreprises (Coe-RexeCode) - See more at: http://www.humanite.fr/le-quinte-de-tete-des-chiens-de-garde-du-patronat-557323#tor=flux_actu

4. La crise perdure, et les entreprises en souffrent. Comme les salariés, les chômeurs, et l'ensemble du pays. Les perspectives d’investissement dans l’industrie sont même en recul.

Pour justifier "l'épuisement patronal", le numéro 2 du Medef, Geoffroy Roux de Bézieux, est allé jusqu'à affirmer qu'un patron de PME se suicidait tous les deux jours en France. Vous rappelez-vous quand le MEDEF s'est inquiété des accidents du travail ou des suicides au travail ? Le même Roux de Bézieux n'avait pas de qualificatifs assez forts contre la mise en place du compte pénibilité pour le calcul des durées de cotisations à la retraite...

Nous pouvions l'inciter à lire plus régulièrement Actuchômage.







Crédit illustration: Wikimedia

10 novembre 2014

Quand le spectacle se dégage à droite





François Fillon s'est cramé, tout seul, comme un grand.


Un jour de juin dernier, il est allé à l'Elysée rencontrer l'un de ses anciens ministres devenu secrétaire général de l'Elysée. La conversation fut relatée par Jouyet lui-même à deux journalistes du Monde, Gérard Davet et Fabrice Lhomme, qui ont pu la retranscrire au mot près. En juin, donc, Fillon a demandé à Jouyet de faire pression sur la justice pour que des poursuites s'accélèrent contre Nicolas Sarkozy.

En cause, la prise en charge par l'UMP des dépenses de campagne présidentielle de 2012 après la sanction de la fraude orchestrée par l'équipe Sarkozy. Fillon a tenté de contester de l'intérieur de l'UMP cette incroyable trafic d'influence.

Voici qu'on apprend qu'il est aussi allé couiner à l'Elysée.
Lors de ce déjeuner du 24 juin, M. Fillon s'est révélé très véhément à l 'encontre de M. Sarkozy. M. Jouyet affirme : « Où Fillon a été le plus dur, vraiment le plus dur, c'est sur le remboursement que Sarkozy avait demandé, vous connaissez ça mieux que moi, des pénalités et des trucs pour le dépassement des frais de campagne. Fillon m'a dit, texto : “Jean-Pierre, c'est de l'abus de bien social. C'est une faute personnelle. Il n'y avait rien à demander à l'UMP, de payer tout ça”. Il était extrêmement clair. »
A la question : « Il ne s'est pas interrogé devant vous devant la lenteur de la justice par rapport à tout ça ? », M. Jouyet a répondu : « Mais si ! Il m'a dit… En gros, son discours c'était de dire : “Mais tapez vite ! Tapez vite !” ». 
M. Jouyet poursuit, à propos de M. Fillon : « Et puis il me dit : “Mais Jean-Pierre, t'as bien conscience que si vous ne tapez pas vite, vous allez le laisser revenir ?” ».
De retour à l'Elysée, M. Jouyet a fait part de la démarche de François Fillon à François Hollande, qui lui a indiqué de ne pas y donner suite : « Non, non, on ne s'en occupe pas ».
Pour Fillon, c'est la fin d'une aventure. Comment imaginer que l'homme a une une quelconque chance auprès d'une (trop) large fraction de l'électorat de droite après une pareille traitrise ? Il fallut près d'une décennie à Sarkozy pour se faire pardonner son ralliement à Balladur en 1995. Pour Fillon, la messe est dite.

Les sarkozystes diront que c'est une preuve que les tourments judiciaires de leur champion sont un complot politique. C'était presque drôle de les voir célébrer comme une vérité absolue ces révélations sur Fillon et Jouyet, alors que les mêmes deux journalistes venaient de publier un ouvrage sur les 11 casseroles judiciaires de Nicolas Sarkozy.

Cette affaire est surtout une bonne nouvelle pour... Alain Juppé.

Le spectacle se dégage à droite.

Nicolas Sarkozy travaille beaucoup. Vendredi, à Paris, le discours fut long, la foule applaudissait, il empilait les bonnes formules et les mensonges. Le plus gros fut son refus de parler de la présidentielle de 2017. L'homme ne pense qu'à cela. On souriait. Dans un récent ouvrage, Lauréline Dupont et (feu) Philippe Cohen détaillent les préparatifs d'un faux départ/vrai retour. Cela fait que deux ans, 6 mois et quelques jours que Nicolas Sarkozy a rassemblé sa petite armée auprès de lui pour la reconquête, de l'Association des Amis qu'il a fait créer dès l'été 2012 aux ralliés nouveaux ou anciens qu'il ne cesse de rencontrer.

Sur l'estrade ce vendredi, Nicolas Sarkozy voulait pousser l'avantage sur ses rivaux. Jamais Alain Juppé ni François Fillon n'avaient réuni pareil auditoire depuis la défaite de 2012. Au premier rang, on trouvait Laurent Wauquiez, Valérie Pécresse (qui a abandonné Fillon) Henri Guaino (qui croit encore en l'homme providentiel), et même Nathalie Kosciusko-Morizet qui tente d'oublier les dérives frontistes de son mentor.

A Paris ce soir-là, Sarkozy pensait si fort à la présidentielle de 2017 qu'il oublia de prononcer le nom de l'UMP dont il briguait pourtant la présidence.

Chassez le naturel...


8 novembre 2014

392ème semaine politique: Hollande, Sarkozy et Le Pen, les rois du cirque


François Hollande s'inflige un exercice télévisuel ridicule et douloureux. Marine Le Pen joue aux gauchistes. Sarkozy se voit en nouveau Berlusconi. Le cirque continue. L'épisode final n'est pas pour tout de suite. 

Régalez-vous.



Le cirque de Sarkozy

Entre Bonaparte et Berlusconi, Nicolas Sarkozy continue son cirque. Il a voulu en faire une démonstration de force. Pari réussi. Vendredi, il a rassemblé quelque 4.000 militants Porte de Versailles à Paris, grâce aux fonds de son association d'Amis. Les fans étaient ravis, pas même rancuniers d'avoir du renflouer les caisses du parti pour le sauver de la faillite après la fraude au financement politique par l'équipe Sarkozy en 2012.

Depuis son licenciement de l'Elysée en mai 2012, Nicolas Sarkozy aurait gagné quelque 2 millions d'euros en conférences payées par des institutions financières ou des Etats étrangers.

Ce vendredi 7 novembre 2014 à Paris, quelques journalistes eurent la confirmation que le discours avait été rédigé par Henri Guaino, tout le monde le trouva du coup presque gaulliste. L'ancien président des riches voulait construire le "parti de la France", contre ce gouvernement contre qui "la colère monte".

Il se lâcha pourtant contre ceux qui "abandonnent la langue française". On aurait presque oublié comment cet ancien monarque maltraite la langue de Voltaire à longueur de discours. Sarkozy fustige cette tolérance gouvernementale pour des femmes voilées accompagnant des sorties scolaires; une anecdote maintes fois reprise sur les réseaux sociaux de la réacosphère.  Il insista sur "la meilleure définition de ce qu'est un Français écrite par un de nos grands historiens du siècle dernier." Il multipliait les anecdotes et les "bonnes" formules devant une assemblée largement blanche et âgée. "Pour devenir un citoyen Français, il faut adopter un mode de vie français".

Sarkozy avait-il trop lu Eric Zemmour pour confondre le rassemblement national avec ces éructations identitaires ?

Pour faire bonne figure, au moment de la photo finale sur l'estrade, son épouse Carla Bruni s'empressa d'attirer un jeune Noir et une jeune beurette autour de son mari. Il faut montrer qu'on n'est pas raciste, n'est-ce-pas ?

Ce soir-là, Sarkozy se voulait rassembleur. "Laissons s'épanouir les talents dans notre famille politique !" La semaine, deux ouvrages sur lui-même sont à nouveau sortis en librairie. Le premier revenait sur ses casseroles judiciaires. Justement, son ancien conseiller élyséen François Pérol n'a pas terminé son circuit judiciaire. Le parquet de Paris recommande son renvoi devant les juges, à propos de son désignation à la tête des caisses d'épargne en 2010.

Le second ouvrage porte sur ses "off", ces fausses confidences que Sarkozy aime tant faire à des journalistes . La bonne presse publie quelques extraits savoureux. Toute la hiérarchie de l'UMP en prend pour son grade. "A l’UMP, tous des cons". Fillon est qualifié de "loser", un "sans-couille" que Sarko aurait "sorti du caniveau"; Le Maire un "Bac + 18" que "les gens zappent"; Bernard Debré un "emmerdeur"; Xavier Bertrand un "bon à rien" et un "petit assureur de province".

"À force de critiquer tout le monde, une question se pose: qui est-ce qu'il aime, à part lui?" s'interroge Xavier Bertrand.  

Sarkozy peut être énervé Son ancien fidèle Fillon est allé quémander à l'Elysée que la justice accélère ses poursuites contre l'ancien monarque. La révélation émane de deux enquêteurs du Monde, samedi 8 novembre. 

Les anciens responsables de Sarkofrance ont décidément de curieuses habitudes...


Le Koh-Lanta de François Hollande
François Hollande passe à la télévision, le jour même de son mi-mandat. Les éditocrates sont sévères. Pourquoi en serait-il autrement ? Ils attendent du spectacle, des annonces, du show. Or il n'y eut rien de cela. Ce fut une épreuve télévisuelle. Hollande devrait virer son trop jeune conseiller télévisuel.
"Vous avez vu la popularité qui est la mienne ?" Hollande, 6 novembre 2014 
A partir de l’année prochaine, "il n’y aura plus d’impôt supplémentaire pour qui que ce soit" jusqu'en 2017, a-t-il promis. Mais cela fait déjà deux fois qu'il fait pareille promesse. Hollande a tourné le dos à sa "majorité" initiale avec son pacte de responsabilité et de solidarité, qui vise l'allègement du "coût du travail" grâce à 41 milliards d'euros de baisse de cotisations sociales d'ici 2017. Le Medef trouve que c'est insuffisant. Il y a toujours un patron français pour témoigner sur les plateaux regretter que nos lois ne ressemblent pas à celles du Bangladesh.

Sur le plateau de TF1, Hollande ne reconnaît rien de tout cela, il est hors sol. Sinistre coïncidence, la Commission européenne table justement, dans ses dernières prévisions publiées cette semaine, sur une réduction de l'écart entre France et Allemagne en matière de coût du travail.

A quand la même comparaison avec la Chine ou le Bangladesh ?

Sur TF1, Hollande promet un coup de pouce pour les chômeurs approchant de la retraite, c'est-à-dire une revalorisation de l'Allocation de Solidarité Spécifique que l'équipe Sarkozy avait supprimée en 2011. Mais on a oublié le rétablissement de retraite à 60 ans à taux plein de juillet 2012, puisque le même Hollande a fait rallonger la durée de cotisations jusqu'à 43 ans, à l'instar de son prédécesseur.

On nous rappelle le mariage pour tous adopté mai 2013, mais il n'excite plus que quelques milliers de réacs obnubilés par les quelque 7.000 mariages homosexuels célébrés en un an.

La mise en scène télévisuelle était totalement improbable: Hollande face à un journaliste, puis quatre Français prétendument "représentatifs" du pays, c'était un face-à-face  paraît-il"sans précédent depuis son élection à l'Elysée". On se souvient des Sarko-shows de l'ancien règne: les mêmes qui encensaient Sarkozy lors ces manipulations ridicules fustigent aujourd'hui l'exercice sacrificiel. Sur TF1, Hollande encaisse, rame et subit, sans broncher. L'homme a du courage, mais il reste incompréhensible.

Le cirque médiatique n'a pas changé.

Hollande "n’a pas pris la mesure de la crise démocratique qui frappe le pays" s'inquiètent les écologistes d'EELV dans un communiqué sitôt la fin du show. Mélenchon dénonce "une soirée Medef et monarchique". 

Hollande a prévenu qu'il ne se représenterait pas si le chômage progressait jusqu'en 2017. Faut-il qu'il soit optimiste sur son action pour oser faire pareille promesse...
"Si je n'y parviens pas à la fin de mon mandat, vous pensez que j'irai devant les Français?" Hollande.
A mi-mandat, quelques journaux s'interrogent sur ces "13% de Français satisfaits" de l'action de Hollande. Commenter les sondages est un virus sans vaccin ni remède. Les sondeurs se préoccupent "spontanément" de l'enfer de François Hollande, ou du retour raté/réussi/raté de Nicolas Sarkozy. Et pour cause, il leur faut vendre de l'enquête, et donc du feuilleton. Préférer la facilité du sondage politique à l'explication des évolutions structurelles du pays, voici le cirque médiatique qui continue, dégoûte et décourage.

Ses participants auront mérité Marine Le Pen à l'Elysée.

Si Hollande triangule sans succès la droite et le centre à coup/coût de pacte irresponsable et d'ode compétitive, Marine Le Pen poursuit son OPA sur les "marqueurs de la gauche". Cette semaine, elle se félicite de "certains" constats de l'extrême gauche.

La démarche ressemble à celle des fascistes italiens des années trente, quand ils célébraient la famille, le travail et la solidarité, à coups d'intimidation des chemises noires et d'éructations identitaires.  Marine Le Pen est un fantasme politique: on fantasme sur son efficacité, sa reconversion, sa normalisation. Mais le mal est profond, durable. La blonde présidente va écrire aux Français après son congrès de novembre.

Marine Le Pen n'avait pas lu cette étude d'une université britannique. Au Royaume Uni, l'immigration européenne - y compris d'Europe de l'Est - a rapporté plus de 25 milliards d’euros aux caisses britanniques entre 2001 et 2011.

Un Français djihadiste est tué en Syrie par un drone américain. Le garçon, artificier, faisait merveille, paraît-il, au service du Califat islamique local. Sa mère apparaît en fin de semaine sur les chaînes d'information, totalement voilée, pour expliquer qu'elle n'a pas "éduqué" son fils comme cela.

Combien d'électeurs cette anecdote télévisuelle aura-t-elle rapporté à Marine Le Pen

La nouvelle Commission européenne connaît sa première crise. Le consortium des journalistes d'ICIJ publie une jolie bombe, 548 accords secrets, 28.000 pages qui révèlent comment 340 multinationales ont pratiqué une gigantesque évasion fiscale dans ce paradis logé au coeur de l'Europe, le Luxembourg. Le nouveau président de la Commission européenne, désigné le 27 juin dernier, s'appelle Jean-Claude Juncker, il a été premier ministre du Luxembourg pendant deux décennies.

Sans commentaire.



Ami(e) citoyen(ne), tiens bon.






Crédit illustration: DoZone Parody