29 novembre 2014

395ème semaine politique: à quoi sert François Hollande ?


Nicolas Sarkozy est réélu président de l'UMP ce samedi 29 novembre. Moins de trois ans après son échec personnel à la présidentielle de 2012, il est à nouveau en selle. Malgré ses mensonges, ses dérapages et son manque d'idées, il est reparti en campagne pour le prochain scrutin. Comment est-ce possible ? Pourquoi l'antisarkozysme "utile" de mai 2012 n'-a-t-il pas eu raison de la carrière politique de l'ancien monarque ? 

A quoi sert François Hollande ?


Sarkozy termine son premier round sur le chemin du retour. Mais il y a Marine Le Pen, qui ce même weekend tient son congrès. Les deux sont en forme, ou presque.

Marine Le Pen a des problèmes d'argent. Elle a bien son micro-parti, mais ce n'est pas suffisant. Elle voit plus grand, 40 millions d'euros pour conquérir la France. Elle a trouvé 9 millions d'euros, auprès d'une banque ... russe. Quelle surprise ! La présidente du FN plaide l'innocence ("on a cherché partout !").

Mercredi 26 novembre, Mediapart révèle le généreux prêteur, un milliardaire russe, oligarque et député, pro-Poutine, qui a quand choisi de cacher l'acquisition d'un château en France à son fisc natal... Pour une fois qu’on tombe sur un fraudeur fiscal qui s’exile en France... Voici qu'il finance le FN.

Ce samedi, le FN tient donc son congrès. Le trésorier de "Jeanne", le micro-parti de sa présidente qui lui sert de cagnotte politique personnelle, est surpris faisant le salut nazi sur une photographie. Le FN refuse d'accréditer Mediapart et le Petit Journal de CANAL+. Marine Le Pen ne veut plus d'écart. Elle voit grand et loin, et il faut que sa normalisation paraisse complète à tous. Il faut cacher ses encombrants proches, du pro-Assad et ex-GUD Frédéric Chatillon (qui gère une partie de sa communication) à ce trésorier imprudent, Xavier Loustau. Dans les colonnes du Figaro, elle promet un référendum sur la sortie de la France de l'Union européenne si elle est élue Présidente de la République en 2017.

L'agenda frontiste fait des ravages à l'UMP. Nicolas Sarkozy achève sa campagne présidentielle de l'UMP. Interrogé par une militante lors d'un meeting à Boulogne Billancourt, il a cette phrase outrageusement ambigüe: "Je m’étais dit que Rachida Dati, avec père et mère algérien et marocain, pour parler de la politique pénale, cela avait du sens." La veille, il se demandait "ce que l’islam peut faire pour la République". Cette primaire si primaire ressemble à un mauvais épilogue du débat sur l'identité nationale organisé par l'ineffable Eric Besson en 2009.

François Hollande et Nicolas Sarkozy se regardent en chien de faïence. Il va y avoir du sport, la classe et l'esprit sportif en moins.

Le premier soupçonne qu'une taupe sarkozyste ait pris des clichés de l'Elysée sur sa rencontre avec Julie Gayet dans les jardins. Le second est prêt à tout pour sa revanche. Devant les caméras, Nicolas Sarkozy prône le rassemblement, le dialogue et l'espérance. En privé, il laisse ses barbouzes alimenter des rumeurs ou enquêter sur les instructions de la Justice qui le concernent. En "Off", il colporte aussi toutes sortes d'information sur Julie Gayet (quel sujet politique !), ou insulte ses amis politiques et, bien sûr, François Hollande, et laisse Alain Juppé se faire copieusement sifflé en plein meeting à Bordeaux. Une caméra du Petit Journal de CANAL+ l'a filmé en contre-champs pendant la scène, sourire au visage. Interrogé quelques heures plus tard, il feint de ne pas avoir "entendu les huées".

La campagne interne de l'UMP se termine sur ce dernier mensonge. La liste des "bobards" de l'ancien monarque occupe plusieurs pleines pages dans les journaux. Depuis sa rentrée politique en septembre, Nicolas Sarkozy n'a cessé de surprendre tant il n'a pas changé son attitude ni amélioré ses arguments. Il s'est abîmé tout seul, il a déçu jusqu'à ses plus proches fidèles: Nadine Morano n'a pas compris qu'il promette, par lâcheté ou clientélisme, l'abrogation du mariage gay. Rachida Dati n'a pas apprécié qu'il explique l'avoir nommé Garde des Sceaux en 2007 à cause de ses origines maghrébines.

Sarkozy, samedi 29 novembre, a gagné sans gloire la présidence d'une UMP surendetté par ses propres fraudes aux règles de financement électoral. 

Cette semaine, on célèbre le quarantième anniversaire de la légalisation de l'avortement. La France féministe se réveille un peu.  L'exercice de ce droit est menacé par le manque de moyens du Planning Familial. L'anniversaire est terni par une autre polémique qui nous vient d'Amérique. Le policier blanc qui a tué un jeune Noir à Ferguson (Missouri) est finalement acquitté. Sur les écrans de télévision, Barack Obama cache mal sa déception. Christiane Taubira s'indigne dans une poignée de tweets. Son premier des ministres la recadre publiquement. On ne critique pas la justice d'un autre pays.

François Hollande est à Florange. Lundi 24 novembre, il affronte l'échec partiel de ses promesses. Il évite aussi les sifflets qui l'attendaient. Sur place, les hauts-fourneaux que Sarkozy avait promis de maintenir ont été fermés, les salariés ont été reclassés. Mais la fameuse loi contre les licenciements boursiers, dite "loi Florange" a été vidée de toute substance. Goodyear à Amiens, Fralib à Gémenos, Petroplus à Petite-Couronne, les exemples ne manquent pas pour illustrer les limites d'un texte symbolique. Cette visite coïncide avec des mauvaises nouvelles sur le front de l'emploi.

En octobre, le chômage a encore progressé. Le ministre du travail Rebsamen s'y attendait. Les Restos du Coeur rouvrent leurs portes. C'est bientôt l'hiver, et un million de repas quotidiens à servir.  Le nombre de sans-emploi frôle désormais les 3,5 millions, en hausse de près de 30.000 en un mois.

Lutter contre le chômage n'est pas chose facile, s'obstiner dans la mauvaise voie est tout un art. 

Dimanche, quelques rumeurs prêtent à Emmanuel Macron l'envie de "réformer" les 35 heures. En fait, deux économistes ont pondu un énième rapport qui n'engagent pour l'instant qu'eux, sur les contre-réformes libérales à mener en France et en Allemagne: réviser l'indexation du SMIC sur celle de la productivité, mise en place d’un "Schengen" économique avec un marché unifié de l’énergie ou du numérique, gel des salaires pendant 3 ans, assouplissement des 35 heures.

La photo figurant les deux ministres français et allemands, et les deux auteurs du rapport , tout sourire, presque hilares, restera dans les annales.



Macron se déclare "à l'aise" avec le texte tout en refusant de le prendre pour argent comptant. Le ministre, comme hier Sarkozy ou les autres thuriféraires libéraux du grand Marché, n'ose pas expliquer clairement de quoi il en retourne: la durée hebdomadaire moyenne du travail est largement au-dessus de 35 heures (plus de 39 heures, au dernier comptage); ce dernier seuil n'a qu'une seule utilité, définir à partir de quelle durée les heures de travail sont considérées comme supplémentaires.

Le jeune ministre s'est agacé de la dernière "manifestation" du Medef. Pierre Gattaz crie que les "patrons de terrain n'en peuvent plus". Et les autres ?

Une circulaire gouvernementale précise que les centres d'hébergement d'urgence n'ouvriront qu'à partir de -5 degrés. Emmanuel Macron n'a pas commenté.

Macron veut "améliorer" le plan Juncker. L'ancien premier ministre du premier paradis fiscal européen, récemment désigné patron de la Commission européenne, a proposé un plan de 315 milliards d'euros pour soutenir l'investissement dans l'Union. De la pure cosmétique bancaire ! Le véritable "effort" public se chiffre à quelques milliards, l'arnaque est belle. Pour maintenir la pression sur les opinions, notamment française, quelques journalistes glosent sur le "sursis" accordé par Juncker à la France pour "proposer des réformes sérieuses" sur le marché du travail.

Jeudi, François Hollande parle lors de sa troisième conférence environnementale. La chose passe quasiment inaperçu. Malgré l'énergie de Ségolène Royal, la politique environnemental de l'actuel président a disparu des radars politico-médiatiques. En cause, le drame du barrage de Sivens, les discours pro-nucléaires, les polémiques sur l'aéroport de Notre-Dame-des-Landes, l'abandon de l'eco-taxe, et le départ des écologistes du gouvernement. Devant son auditoire, Hollande prône le recours au référendum local pour des affaires comme la construction d'un barrage. Livrer la lutte contre le dérèglement politique et la pollution aux intérêts locaux est un aveu d'impuissance.

François Hollande repousse encore la livraison du navire Mistral commandé (et payé) par les Russes. On se souvient du sketch politique organisé par Nicolas Sarkozy à l'époque. Hollande n'honore pas la commande à cause de la situation en Ukraine. Une partie de la vrauche (*) s'indigne encore. Sur ce coup, Hollande sert à quelque chose. Il rappelle que la politique internationale est parfois coûteuse.

En fin de semaine, il file en Afrique, d'abord en Guinée, pour un geste solidaire devant le drame d'Ebola, puis au Sénégal. Mais nos médias s'attardent plutôt de lui que son actualité sentimentale et "people".  Valérie Trierweiler continue de faire des ravages, elle fait désormais la promotion de son bouquin contre Hollande à l'étranger. Hollande l'aurait rencontré secrètement. Julie Gayet est (trop) photographiée clandestinement à l'Elysée. Quel drame !



Chômage, libéralisme et "people", qui s'étonnera du retour de Sarkozy ?


Quelle solitude...









Crédit illustration: DoZone Parody

(*) Vraie Gauche, désignation humoristique décochée en août 2013.

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