3 novembre 2014

Pourquoi les centristes français ont la trouille de François Hollande.

Bayrou, Morin, Lagarde

 

Ils devraient l'applaudir, le soutenir. Ils devraient voter toutes ses lois, au moins économiques et sociales. Ils l'avaient rêver, François  Hollande le fait. Et pourtant, tout ce que compte le centrisme politique de ténors et sous-barons en France est en passe de rater cette période exceptionnelle. 

De l'UDI au Modem, on ne lâche rien, on n'applaudit jamais, on fustige tous les jours l'actuel locataire de l'Elysée.

 

C'est normal. 


Parce qu'ils veulent exister.
François Hollande n'était pas un gauchiste. Mais flanqué de Manuel Valls, voici qu'il a lancé une vigoureuse OPA sur le territoire politique du centre-droit. Toute sa politique économique et sociale parle pour lui. Les appels récents de Manuel Valls à une alliance politique avec sa droite la plus proche ne sont pas nouveaux. On se souvient de l'ouverture version Mitterrand 1988; ou des appels à la grande alliance républicaine de Ségolène Royal en 2007; ou encore du front antisarkozyste sur les questions de justice et d'éthique avant mai 2012.

Mais aujourd'hui, l'UDI, le Modem et autres Gauche Moderne (sic!) ont la trouille de disparaître politiquement sous les coups de boutoirs d'un PS vallscisé. Rares sont leurs ténors à applaudir franchement François Hollande, à l'instar de Jean-Luc Benhamias, qui vient même de former son propre mouvement, le "Front démocrate".

Globalement, les centristes ont peur de disparaître: maintenant que Hollande leur a tout piqué, il ne leur reste que les électeurs. Il faut bien qu'ils crient...

Parce qu'ils ont besoin de l'UMP.
Comment expliquer autrement la récente saillie de Jean-Christophe Lagarde, actuel prétendant favori à la présidence de l'UDI ? Dimanche dernier, il s'est lâché, en réclamant la démission de Hollande: "François Hollande est ligoté, paralysé, abandonné par ses propres amis; En quoi influe-t-il sur le réel, la vie réelle des Français ? Pratiquement plus en rien. Quand on est en échec et mat, il faut quitter l'échiquier, c'est le plus grand service qu'il pourrait rendre à la France". Il rejoint ainsi les rangs de quelques furibards de la droite extrême.

Pour l'aspirant à la présidence d'un parti qui n'a aucune chance de victoire présidentielle, c'est franchement stupide.

Et cela ramène son parti politique tout entier là où il fut et semble être encore: à l'état de supplétif de la droite furibarde que Nicolas Sarkozy espère mener à la victoire.

Parce qu'ils veulent se venger.
En juin 2012, François Hollande n'a rien fait pour François Bayrou, lequel s'affrontait aux élections législatives contre un candidat de l'UMP et une autre du Parti socialiste. Bayrou avait appelé à battre Sarkozy. Hollande n'a pas renvoyé l'ascenseur, il le paye aujourd'hui. Dimanche 26 octobre, Bayrou a réclamé une dissolution de l'Assemblée nationale, "pour que le peuple exprime son jugement sur la politique suivie et la manière dont elle est suivie." Et d'ajouter: "Je ne pense pas qu'il y ait d'autres solutions."  C'est moins crétin, et plus démocratique, que de demander la démission du Président: "La France et les Français sont dans une impasse insupportable"

Parce que nous sommes en Vème République
Ce régime immature qui créé d'absurdes polarités, force le bipartisme jusqu'à la caricature.
En France, sous la Vème, le pouvoir se conquiert sur les marges mais se gère au centre. Cette maxime d'un autre âge fait encore florès chez nombre d'aristocrates.

Plus que jamais, les centristes ont besoin de clamer qu'ils sont les purs, les vrais, les seuls à pouvoir porter le redressement du pays.

Les contingents centristes sont peu nombreux. Lorsque des accusations de votes truqués ont été balancées par Rama Yade à l'issue du premier tour de la présidentielle interne de l'UDi à la mi-octobre, le parti a du communiquer sur ses effectifs militants: environ 19.000 cotisants à l'UDI et/ou à l'une de ses composantes: Parti Radical; Nouveau Centre ; Force Européenne Démocrate; Gauche Moderne ; Alliance Centriste.

Il faudrait y ajouter le Modem (lequel est encore discret sur son propre contingent qui était chiffré à 35.000 en 2011), et, pour être complet, le Parti Radical de Gauche dirigé par Jean-Michel Baylet.




6 commentaires:

  1. Sur la forme

    . Ils l'avaient rêver NON
    . Ils l'avaient rêvé OUI

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  2. Sur la forme : tu fais comme s 'il y avait une volonté commune, une coordination entre Morin, Bayrou et Lagarde. Rien n'est moins vrai.

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  3. Toujours sur le fond, ce que proposent Hollande et Valls, ce n'est pas de reprendre le programme centriste (où est le fédéralisme européen ? l'équilibre budgétaire ? la proportionnelle ?), c'est de faire une alliance de tous les "républicains modérés" de l'UMP (Juppé) et du PS, quelque soient leurs casiers judiciaires, et ce pour pallier le fait d'avoir été élus avec des voix PS, EELV, FDG et FN, ce qui rend leur majorité ingouvernable.

    Autrement dit, ils cherchent un bouc emissaire.

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  4. Mais c’est quoi et c’est où au juste le centre, Juan ?

    Si on se fie au Larousse, c’est au choix :
    - une personne ou une chose vers laquelle convergent l’attention, l’intérêt,
    - un lieu où sont rassemblées des personnes,
    - en politique, une position, un parti qui se situe entre la droite et la gauche.

    Les deux premières définitions ne concernent évidemment pas les trois cadors que sont Bayrou, Lagarde et Morin pour des raisons que je n’ai même pas besoin d’expliquer et la troisième est trop floue, personne ne sachant exactement où se trouvent la gauche et la droite, même avec un GPS. Entre le Soleil et Neptune peut-être.
    J’ai bien quelques propositions à faire. Que penses-tu de trou noir, quatrième dimension, nowhere land, désert des Tartares ?

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  5. Il faut avoir connu la IV ème République pour comprendre ce qu'est le centre ; le centre, c'est ce qu'on appelait alors un " parti-charnière" : un parti fait d'un très faible nombre d'élus, mais indispensable pour constitur une majorité, soit de droite, soit de gauche, et vendant alors son soutien en échange d'un nombre de portefeuilles ministériels tout à fait disproportionné par rapport au nombre de ses élus ( un peu comme EELV en 2012 ) ; le centre n'est pas une idéologie, c'est une stratégie .

    La bipolarisation de la vie politique française, consécutive à l'élection présidentielle au suffrage universel direct et au quinquennat , a rendu cette stratégie beaucoup plus inefficace, la limitant au cas peu probable où le président n'obtiendrait pas la majorité absolue aux législatives qui suivent son élection .

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