10 novembre 2014

Quand le spectacle se dégage à droite





François Fillon s'est cramé, tout seul, comme un grand.


Un jour de juin dernier, il est allé à l'Elysée rencontrer l'un de ses anciens ministres devenu secrétaire général de l'Elysée. La conversation fut relatée par Jouyet lui-même à deux journalistes du Monde, Gérard Davet et Fabrice Lhomme, qui ont pu la retranscrire au mot près. En juin, donc, Fillon a demandé à Jouyet de faire pression sur la justice pour que des poursuites s'accélèrent contre Nicolas Sarkozy.

En cause, la prise en charge par l'UMP des dépenses de campagne présidentielle de 2012 après la sanction de la fraude orchestrée par l'équipe Sarkozy. Fillon a tenté de contester de l'intérieur de l'UMP cette incroyable trafic d'influence.

Voici qu'on apprend qu'il est aussi allé couiner à l'Elysée.
Lors de ce déjeuner du 24 juin, M. Fillon s'est révélé très véhément à l 'encontre de M. Sarkozy. M. Jouyet affirme : « Où Fillon a été le plus dur, vraiment le plus dur, c'est sur le remboursement que Sarkozy avait demandé, vous connaissez ça mieux que moi, des pénalités et des trucs pour le dépassement des frais de campagne. Fillon m'a dit, texto : “Jean-Pierre, c'est de l'abus de bien social. C'est une faute personnelle. Il n'y avait rien à demander à l'UMP, de payer tout ça”. Il était extrêmement clair. »
A la question : « Il ne s'est pas interrogé devant vous devant la lenteur de la justice par rapport à tout ça ? », M. Jouyet a répondu : « Mais si ! Il m'a dit… En gros, son discours c'était de dire : “Mais tapez vite ! Tapez vite !” ». 
M. Jouyet poursuit, à propos de M. Fillon : « Et puis il me dit : “Mais Jean-Pierre, t'as bien conscience que si vous ne tapez pas vite, vous allez le laisser revenir ?” ».
De retour à l'Elysée, M. Jouyet a fait part de la démarche de François Fillon à François Hollande, qui lui a indiqué de ne pas y donner suite : « Non, non, on ne s'en occupe pas ».
Pour Fillon, c'est la fin d'une aventure. Comment imaginer que l'homme a une une quelconque chance auprès d'une (trop) large fraction de l'électorat de droite après une pareille traitrise ? Il fallut près d'une décennie à Sarkozy pour se faire pardonner son ralliement à Balladur en 1995. Pour Fillon, la messe est dite.

Les sarkozystes diront que c'est une preuve que les tourments judiciaires de leur champion sont un complot politique. C'était presque drôle de les voir célébrer comme une vérité absolue ces révélations sur Fillon et Jouyet, alors que les mêmes deux journalistes venaient de publier un ouvrage sur les 11 casseroles judiciaires de Nicolas Sarkozy.

Cette affaire est surtout une bonne nouvelle pour... Alain Juppé.

Le spectacle se dégage à droite.

Nicolas Sarkozy travaille beaucoup. Vendredi, à Paris, le discours fut long, la foule applaudissait, il empilait les bonnes formules et les mensonges. Le plus gros fut son refus de parler de la présidentielle de 2017. L'homme ne pense qu'à cela. On souriait. Dans un récent ouvrage, Lauréline Dupont et (feu) Philippe Cohen détaillent les préparatifs d'un faux départ/vrai retour. Cela fait que deux ans, 6 mois et quelques jours que Nicolas Sarkozy a rassemblé sa petite armée auprès de lui pour la reconquête, de l'Association des Amis qu'il a fait créer dès l'été 2012 aux ralliés nouveaux ou anciens qu'il ne cesse de rencontrer.

Sur l'estrade ce vendredi, Nicolas Sarkozy voulait pousser l'avantage sur ses rivaux. Jamais Alain Juppé ni François Fillon n'avaient réuni pareil auditoire depuis la défaite de 2012. Au premier rang, on trouvait Laurent Wauquiez, Valérie Pécresse (qui a abandonné Fillon) Henri Guaino (qui croit encore en l'homme providentiel), et même Nathalie Kosciusko-Morizet qui tente d'oublier les dérives frontistes de son mentor.

A Paris ce soir-là, Sarkozy pensait si fort à la présidentielle de 2017 qu'il oublia de prononcer le nom de l'UMP dont il briguait pourtant la présidence.

Chassez le naturel...


8 commentaires:

  1. Sarkozy...attendez voir, ce nom me dit quelque chose mais la je ne vois pas... cela va me revenir.

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  2. Ca montre que sous Sarko-Fillon le gouvernement avait une conception parfaitement démocratique de la justice :(

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    1. tout ca c est du flan, les loups ne se mangent pas entre eux.
      En plus ils jouent tous dans la meme equipe, contre le peuple.

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  3. Juan,

    Tu démontres, jour après jour, preuves à l’appui, la déliquescence du système politique actuel*, qui n’est qu’une machine à distribuer les avantages, les prébendes.
    Quelle peut être la réaction d’un citoyen lambda face à une telle absence de convictions, de moralité, voire d’honnêteté, que peut-il tirer comme conclusions devant le spectacle permanent de ces affaires scandaleuses dont les protagonistes ne sont jamais punis ? Que l’un d’entre eux défaille, cela peut s’entendre, mais le mal est bien plus profond et je ne parle même pas ici des avantages exorbitants de leurs postes ou fonctions, alors qu’ils demandent aux Français de faire des efforts sacrifices.

    *Déliquescence ou mise en lumière d’un système qui a toujours fonctionné de cette façon

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    1. sacrifices (efforts dans le jargon politique)

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  4. Narkozy reviendra, il se fera sacrer empereur, car il reste encore un peu d'argent sur la cassette des 50 millions de dollars de Kadhafi

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    1. C'est Gueant qui va etre content, il va retouche 10 000 euros d'enveloppe par mois.

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    2. je suis de bonne humeur ce matin, je propose meme que l'enveloppe passe a 20 000 euros.

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