15 novembre 2014

393ème semaine politique: les boulets de François Hollande


On se souvient des couacs, des dérapages, des outrances, des incompétences de l'ancienne équipe Sarkozy au pouvoir. Les commentateurs ont pris ainsi l'habitude de la moquerie systématique, de l'agitation permanente. Le moindre couac entraine son avalanche de commérages, au point d'en oublier l'essentiel. 

Cette semaine, l'affaire Jouyet fut exemplaire de cette bêtise collective.


Diversion
Le Hollande Bashing est évidemment vivace, y compris sur les plus vils détails, les plus inutiles propositions. Le Figaro, ancienne Pravda de l'ancienne Sarkofrance qui chroniquait avec délectation les incroyables dîners people de l'Elysée version Sarkozy raille aujourd'hui les anecdotiques rencontres "people" de François Hollande.

La vie est injuste, elle nous laisse parfois quelque mémoire. Lors des cérémonies du 11 novembre, un hurluberlu issu des mouvements homophobes vole avec une banderole Hollande-démission.

Au coeur de la Hollandie, l'actuel président n'est pas épargné par ses proches. Son ministre du Budget Christian Eckert confie publiquement que la troisième promesse de pause fiscale de François Hollande, délivrée le 6 novembre précédent, s'apprécierait à l'aune des conditions économiques. Patatras ! Mais le gros morceau fut la bourde de Jean-Pierre Jouyet. Son secrétaire général a encore gaffé !

Cet ami de Hollande, ... et ancien ministre de Nicolas Sarkozy a démenti, puis confirmé avoir confié à deux journalistes du Monde que François Fillon lui avait demandé en juin dernier de faire accélérer les procédures judiciaires contre le remboursement des frais de campagne de Sarkozy par l'UMP.

Immédiatement, la meute s'abat donc sur le gaffeur. Et oublie l'un de ses prédécesseurs, l'homme aux tableaux sur-facturés, au business africain par gendre interposé; Claude Guéant, celui dont curieusement les archives élyséennes ont ... disparu.

Quand le sage désigne la lune, l'idiot regarde le doigt. 

Toute la semaine, trop de médias dissertent ainsi sur l'improbable pression à la démission contre Jouyet. Ces idiots utiles de l'ex-Sarkofrance ne se rappelèrent que très progressivement l'essentiel: François Fillon s'était disqualifié de la course à la présidentielle pour 2017. L'ancien premier ministre eut beau démentir n'avoir jamais rien réclamé, exhibé ses agendas, reconstitué la chronologie des évènements, personne ne le croit.

Jean-Pierre Jouyet a été secrétaire d'État chargé des Affaires européennes du premier gouvernement Fillon. On a oublié son passage. Il lâcha le sujet assez vite, suffisamment tôt pour que Hollande finisse par lui pardonner cet écart pourtant détestable.

Sur l'Europe, la différence politique entre les deux politiques européennes, celle de Sarkozy puis celle de Hollande, est quasi-nulle. Tout juste Hollande nous a-t-il épargné les fanfaronnades dont l'ancien monarque était coutumier et qui agaçaient nos voisins allemands.

En 2007, Jouyet conseillait à Sarkozy combien on ne pouvait rien faire en Europe sinon se plier à la BCE et au modèle allemand. Le même Jouyet fut celui qui prépara l'ineffable présidence française de l'Union européenne en 2008, avec ses dépenses aussi pharaoniques que ses résultats furent inexistants; cette présidence humiliée par l'annexion de l'Ossétie du Sud et de l'Abkhazie par la Russie.

En 2011, Jouyet applaudissait trop bruyamment le réalisme du candidat Hollande. En septembre 2011, le socialiste Guillaume Bachelay lui rétorqua dans les colonnes de Mediapart qu' "avoir participé deux ans durant à son gouvernement ne doit pas empêcher de dire la vérité sur l'origine de la dégradation des comptes publics dans notre pays."

Bref, Jean-Pierre Jouyet est davantage qu'un rouage administratif dans le dispositif Hollande.

Démission
D'Australie où le G20 se réunissait en fin de semaine, personne n'écoute plus les incantations à "mobilisation pour la croissance". La démission des gouvernements occidentaux n'intéresse plus. Pourtant, le stress de ces derniers est palpable, comme s'ils réalisaient qu'ils vont dans le mur. Même le gouverneur de la Banque de France explique désormais que la BCE "pourrait acheter des emprunts d'Etat si nécessaire." Le FMI et l'OCDE plaident aussi pour des achats de dette publique. Ont-ils sombré dans un grave gauchisme (*), ou bien s'agit-il simplement d'une soudaine mais tardive prise de conscience ?

Vendredi, le gouvernement français tout entier souffle un peu. La croissance a "rebondi", enfin, "at last", pour le troisième trimestre d'une mauvaise année. Après une stagnation au premier, un recul au second, le "bond" même ridicule est réel au troisième. Le plus cocasse est que la France doit cette croissance poussive à ... la dépense publique (+0,8%) !  Les autres indicateurs restent en effet détestables: la consommation des ménages est faiblarde; le commerce extérieur toujours dans le rouge, et l'investissement des entreprises recule depuis janvier.

C'est un double désaveu: d'une part à l'encontre de ceux qui couinent contre les ravages d'une austérité qui n'a pas (encore) eu lieu; d'autre part contre ceux qui négligent les effets ravageurs d'une cure austéritaire sur l'économie.

Même François Hollande pourrait s'affranchir de la (faible) tutelle bruxelloise.  Les institutions européennes sont régulièrement présentées comme un corps homogène et contraignant, dont la force s'imposerait désormais aux Etats nationaux membres de l'Union. La réalité est bien différente. Il y a bien un subtil équilibre à respecter entre une crédibilité nécessaire sur les marchés financiers - la France doit 2.000 milliards d'euros, pour l'instant à des taux très avantageux -, et un bon compromis avec l'Allemagne qui donne le "La", une BCE qui prête, ou pas, pour déclencher une reprise qui ne vient pas. Mais ce n'est pas un Diktat, encore moins une contrainte institutionnalisée dans on-ne-sait-quel texte. On voudrait nous faire croire que la Commission européenne pourrait récuser notre budget national. Les sanctions de l'Union n'ont rien d'automatique et sont hautement improbables. La menace est agitée par les plus libéraux pour forcer la politique nationale, par les plus souverainistes pour récuser le projet européen. C'est un cirque, une théâtralisation improbable.

Quand François Hollande peina à renégocier le traité sur la stabilité, la coordination et la gouvernance (TSCG) en 2012, la gauche de gauche toute entière lui est tombé dessus. A tort. On ne décrète pas la réussite d'une négociation. Le tort de Hollande était pourtant réel, et double: faire croire qu'il avait réussi quelque chose. Et avoir tourné casaque en faveur d'un pacte irresponsable auquel personne, pas même à Bruxelles, ne le contraignait réellement.

Défection

La gauche se cherche une majorité "alternative". Mélenchon hausse le ton contre le refus de Hollande de livrer des navires Mistral à l'autocrate Poutine à cause de la crise ukrainienne (sic!). 

A droite, le paysage n'est pas fameux. Il est presque drôle. Fillon cramé, il ne reste que Sarkozy et Juppé. L'ancien ministre des affaires étrangères de Sarkofrance fait même la une des Inrocks. Même une gauche bobo applaudit sa rigueur et sa tenue contre Sarkozy.

Plus tard, dans quelques mois, on réalisera trop tard qu'Alain Juppé est à la droite ce que Jacques Delors fut à la gauche. Un immense malentendu ou une occasion ratée, au choix.

Pendant qu'Alain Juppé fait la couverture des Inrocks, Nicolas Sarkozy laboure les terres militantes. Il enchaîne les clichés et les mensonges avec un aplomb si caractéristique qu'il fait sourire mais devrait effrayer. Jeudi à Caen, le voici qui repose "l'emploi à vie" des fonctionnaires dans son agenda pour la France d'après.


Sarkozy, c'est "retour vers le futur". Sa France d'après ressemble à celle d'avant. On attend le jour où il réhabilitera les subprimes comme en 2007. L'affaire Jouyet/Fillon lui a assurément rapporté quelques points dans l'opinion. Fillon a succédé à Villepin dans le rôle du grand ennemi complotiste de l'intérieur.

Jeudi, l'UDI s'est dotée d'un nouveau président. L'inconnu Jean-Christophe Lagarde croit pouvoir faire la différence à la prochaine présidentielle. Certains ne doutent de rien. Hervé Morin, candidat évincé de peu, fait la tronche. François Bayrou s'est écarté.

Le centre-droit historique, écrasé par le Vallscisme politique ambiant, a les pattes en l'air.




Ami(e) citoyen(ne), tiens bon.




Crédit illustration: DoZone Parody

(*) En France, le Front de gauche réclame le financement direct des Etats auprès de la BCE.

3 commentaires:

  1. Une question me taraude à la lecture des articles, analyses, commentaires si nombreux sur la médiocrité et l’avidité de nos bien-aimés dirigeants politiques et économiques : la situation actuelle est-elle due à leur nullité, à leur incompétence ou est-ce cette situation catastrophique qui a conduit à ce que le pouvoir tombe entre les mains des plus serviles d’entre eux ?

    Quel que soit l’ordre des choses, il faudra bien un sursaut pour donner un cap à notre pays, qui, pareil à un bateau ivre, est ballotté par les vagues et risque fort de s’écraser sur des rochers que personne ne veut (peut) voir.

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    1. je ne vois pas bien d'où viendra le sursaut. Mais je sais d'où il ne viendra pas...

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    2. Pas trop difficile de voir d’où le sursaut ne viendra pas, mais comme l’écrit Frédéric Lordon : « changer une structure globale, c’est l’affaire d’un coup de balai, d’un grand coup de balai même. » Le balai permet de pousser dans la poubelle ce qui doit l’être pour rester correct.

      La question est de savoir la forme que prendra le balai et la date à laquelle les Français le sortiront. 2015, 2016, 2017 ?

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