28 février 2015

408ème semaine politique: comment Marine Le Pen nous affronte


On lui prédit la victoire. Marine Le Pen avance, souriante, vers son destin. On aurait pu parler d'autre chose, mais il n'y a que cela, le spectre d'une prise de pouvoir, un putsch sur l'intelligence, une victoire de l'hypocrisie. 

Un affront.


Nous sommes comme les spectateurs d'un film-catastrophe. Le scenario est sans surprise - Tout est prétexte à conter l'irrésistible progression du Front national, même l'information, pourtant anecdotique, que le FN soit parvenu après 40 ans d'existence à trouver 2000 candidats pour un scrutin départemental.

Comme dans un film-catastrophe, on connait la fin de l'histoire - l'arrivée au pouvoir de Marine Le Pen. On en devine aussi la mise en scène, qui va mourir et qui va survivre; le seul suspense réside dans le déroulement exact - comment ces personnages vont-ils être sacrifiés ? On sait déjà que les victimes seront nombreuses. La fascination est morbide ou voyeuriste devant une catastrophe annoncée.

Pour les prochaines élections, départementales cette fois, qu'importe l'abstention, on nous prédit le FN en tête. Le voici déjà couronné "premier parti de France". Si son score approche ou dépasse celui du scrutin européen, effectivement, le FN sera le premier des partis politiques français... encore en vie. Car qui se souvient qu'en 2014 le FN avait perdu deux millions de suffrages par rapport au score de Marine Le Pen à la présidentielle de 2012 ?

Le Front national s'est imposé dans les médias. Conter cette irrésistible ascension est un formidable feuilleton. Les chaînes d'information sont le relais de cette lutte à trois bandes - PS, UMP et FN. Quand Marine Le Pen braille que les estrades médiatiques lui sont fermées, elle fait sourire. Du 9 au 20 février 2015, le temps de parole consacré au Front National a représenté 55% sur LCI; 18% sur BFM, et 44% sur iTélé.

On aurait tort de penser que Marine Le Pen fait l'actualité immédiate. Il y avait bien sûr bien d'autres évènements semaine: Syriza qui fait voter son programme de réformes "euro-compatible" pour gagner quelque temps; le parlement allemand qui lui accorde ce fameux "sursis" à une écrasante majorité; des illuminés de Daech qui massacrent à coup de masse des chefs d'oeuvre millénaires de l'histoire perse et de la culture mondiale; Emmanuel Macron célébré dans un reportage d'Envoyé Spécial jeudi, Manuel Valls qui fait (gentiment) sanctionner les frondeurs socialistes dans les instances; Manuel Valls, encore, qui surjoue la bonne tenue de sa réunion sur le "dialogue social" avec des syndicats inaudibles ou fatigués; Manuel Valls, toujours, heureux mais modeste que les sans-emploi aient baissé leur nombre de 20.000 unités en janvier; Sarkozy qui donne des leçons de politique étrangère; le cessez-le-feu en Ukraine négocié par Hollande et Merkel qui est déjà rompu; Hollande qui se divertit 48 heures aux Philippines pour célébrer la défense du climat avec les actrices Marion Cotillard et Mélanie Laurent.

Marine Le Pen ne fait pas l'actualité immédiate, elle fait l'actualité tout court, même sans rien faire.

En façade, le Front national est devenu un gigantesque fourre-tout protestataire et contestataire. Que François Hollande évoque les "Français de souche", et Marine Le Pen dénonce une faute. N'y voyez aucune logique que celle de contester. Que Syriza, qui a lutté ferme contre les néo-nazis grecs, gagne l'élection législative, et Marine Le Pen applaudit. Ne cherchez pas une quelconque cohérence politique. Marine Le Pen est l'ennemi politique d'Alexis Tsipras. Mais elle a besoin de récupérer la moindre des contestations de l'ordre établi, et surtout européen. Le FN aurait gagné la bataille des idées. Il rassemble surtout les peurs, furent-elles contradictoires, et les fantasmes, furent-ils grossiers.

Quelques sondeurs lui facilitent la tâche et l'encouragent dans cette voie. Pourquoi s'en priver ? Cette semaine, OpinionWay promet que 60% des sondés détestent la gauche comme la droite. Il faudrait donc aimer l'extrême droite...

Le Front national a quand même un programme, un programme politique improbable, inconnu, incohérent. Qui, concrètement, saurait expliquer, ou simplement résumer, le programme du FN ? On retient que le FN réclame la sortie de l'euro, sans chiffrer ni mesurer.

Sur la fiscalité, sujet sensible et majeur en ces temps de crise des finances publiques, le FN se contente d'enfoncer des portes ouvertes et d'une langue de bois hors normes, plaidant notamment pour une fiscalité "mobilisée au bénéfice de la croissance économique, de l’emploi et de la justice, pour résorber les inégalités injustifiées".  Qui sait que Mme Le Pen aimerait défiscaliser le marché de l'art et le mécénat ? Le programme du FN sait être incroyable.

La seule politique compréhensible de Marine Le Pen serait la diplomatie. Et elle est terrifiante. De Vladimir Poutine à Bachar el Assad, on comprend que la politique étrangère frontiste serait autre chose qu'une normalisation avec quelques-uns de ces épouvantails. Carrément une histoire d'amour, de fascination... et d'argent.

Marine Le Pen, toute normalisée qu'elle est, n'a rien changé dans son discours. Il "suffisait" de lire les maux dans les mots. Dans un récent ouvrage, deux professeurs, Cécile Alduy et Stéphane Wahnich, se sont exercés à analyser des kilomètres de vulgate neo-frontiste. Et quelle surprise ! Rien n'a changé. Rien. L'extrême droite est bien là, lovée dans cette multiplication des mêmes expressions de l'extrême droite française qui n'a eu de cesse de trier la communauté nationale et chercher des boucs-émissaires.

Le Front national n'est pas ailleurs qu'à droite, à l'extrême droite de l'échiquier politique. Il est même en passe de siphonner l'électorat UMPiste. Les sondages, encore eux, prédisent qu'un gros tiers des sympathisants de droite veulent des alliances UMP-FN. A l'état-major de la rue de Vaugirard, on s'inquiète. Comment lutter ? Depuis 2002, Nicolas Sarkozy a légitimé un à un tous les fantasmes sécuritaires et haineux du Front national. Pour certains électeurs, il semble temps de quitter cette copie agitée et instable pour lui préférer l'original, fut-il encore nauséabond. Après Nicolas, Marine.

Marine Le Pen a la haine contre ses critiques, la haine contre quelques journalistes. Et en premier lieu contre ceux de Mediapart et de Canal+. Les premiers sont trop curieux sur les fonds russes et la cagnotte du micro-parti baptisée "Jeanne", où Marine Le Pen facture le Front pour quelques fonds, et fait travailler des proches, dont le pro-Assad et ex-Gudiste Frédéric Chatillon. Les seconds multiplient les affronts visuels.  Le Petit Journal a même gagné le procès intenté par Mme Le Pen, qui récusait l'accusation du Petit Journal à propos du passage à tabac d'un journaliste de France 24 par le service d'ordre frontiste lors du congrès du FN à Tours.

Le Front national reste le seul parti national chez qui des candidats officiellement investis sont pris la main dans le sac de leurs dérapages racistes, xénophobes, ou homophobes. A force de les épingler pour racisme, ces candidats rapidement exclus par des officiels frontistes faussement gênés font une belle collection. Ces candidats et militants haineux à l'encontre de la République, racistes et xénophobes sont légions, ils sont partout, ils sont et restent le coeur du Front national. On cache les chemises noires pour éviter de décourager l'électeur désorienté. C'est largement suffisamment écoeurant pour considérer que ce parti est anti-républicain.

Cette semaine, il y eut ce candidat frontiste en Ille-et-Vilaine qui tweetait sur Christiane Taubira moquée en singe ou des images de musulmans avec des cibles sur le front. Il y eut aussi Xavier Sainty, un candidat FN dans l’Allier, et ses délires antisémites pas même sanctionnés. Ce musée des horreurs paraît sans limite ni fond. Pas moins d'un quinzaine de "dérapés" frontistes ont été débusqués cette semaine.

Quand certains, de l'intérieur, effrayés par ce qu'ils voient, entendent et comprennent de la réalité du Front, le mouvement cherchent à les faire taire, vite et fortement. Fin 2013, deux militants frontistes toulousains avaient annoncé leur démission du parti en pleine campagne municipale à Saint-Alban. Ils dénonçaient les propos racistes et xénophobes entendus en section. Quelle fut la réaction du parti ? Une attaque en justice pour diffamation, une plainte dont le FN a finalement été déboutée cette semaine.






Marine Le Pen ne fait pas l'actualité immédiate, elle fait l'actualité tout court, même sans rien faire.







Crédit illustration: DoZone Parody

21 février 2015

Le jour où Valls a eu la trouille (407ème semaine politique)

 

Manuel Valls a eu la trouille, la vraie. On sait même à quelle heure il a vraiment eu peur. C'était mardi, en fin de matinée. Il venait d'avoir la confirmation que la loi Macron ne passerait pas à l'Assemblée malgré l'indulgence de quelques centristes de l'UDI.




Barbaries
L'Histoire ne se répète pas, elle se poursuit. C'est au Danemark, à Copenhague, en pleine conférence sur la liberté de la presse, qu'un autre illuminé est venu semé la terreur et la mort. Il a réédité devant une synagogue, tuant le gardien désarmé. Après la France, le Danemark. Trente mille personnes silencieuses et émues le surlendemain dans les rues de leur capitale.

Les barbares sont partout. Certains ne sont que des apprentis. La bêtise commence tôt. Dans le Bas-Rhin, on finit par attraper les 5 coupables, tous mineurs, qui avaient profané quelque 250 tombes juives. Plus au Sud, c'est une douzaine de tombes chrétiennes qui sont saccagées.

En Libye, une succursale de Daesch décapite huit moines cooptes égyptiens. L'Egypte riposte par les bombes sur son voisin libyen qui n'a plus rien d'Etat national après deux années de guerre civile.

En France, François Hollande se rend à Istres, dans une base militaire, pour une déclaration d'amour à l'arme atomique. Il lâche tous les poncifs sur le sujet, son discours fut un modèle du genre sur une stratégie militaire qui date des années 60.
"La dissuasion stimule nos efforts de recherche et de développement et contribue à l'excellence et à la compétitivité de notre industrie." François Hollande.
Manuel Valls fustige "l'islamo-fascisme". La comparaison n'est pas osée. L'islamisme a ceci de commun avec le fascisme d'antan sa volonté totalitaire extrême sur les individus. Valls est paraît-il "en guerre contre les dérives de l’islam". Le ministère de la justice annonce la création de 5 quartiers dédiés aux terroristes islamistes.

La police a reconstitué les échanges entre Amedhy Coulibaly, le meurtrier de Montrouge et de Vincennes, et les frères Kouachi, les assassins de Charlie Hebdo. Certains cherchent encore "l'esprit du 11 janvier", ce jour de communion nationale dans les rues et hors les rues après le choc des attentats de Paris. La formule fait florès à longueur d'articles politiques à la pensée atrophiée par le commérage.

Esprit, es-tu là ?

On s'en fiche.

Trouille
L'actualité française parait dérisoire. Seule la montée paraît-il inexorable de Marine Le Pen, avec son discours faussement normalisée et ses idées rances, devrait réveiller les consciences et échauffer les esprits. Jeudi, la présidente du FN dévoile enfin son nouvel organigramme... sans surprise. Elle concentre tous les pouvoirs. Un parti, une cheffe...

L'adoption de la loi Macron ne fait plus aucun doute. Le jeune ministre l'a déjà annoncé avant même le vote ! Il s'est plié à suffisamment de lobbies, pendant quelque 200 heures de débats, mais a pris soin de tenir bon et ferme contre les syndicats et autres défenseurs de la vie sociale pour libéraliser encore davantage l'ouverture des magasins le dimanche. La "modernité" néo-réac de la disposition n'a échappé à personne. Pour faire passer son texte, malgré des joutes oratoires violentes au sein d'un hémicycle clairsemé, entre loyalistes socialistes et frondeurs socialistes, Manuel Valls a déclenché l'arme ultime, le recours à l’article 49 alinéa 3 de la Constitution qui impose aux députés de voter pour s'ils ne veulent prendre le risque de faire tomber le gouvernement.

Il a eu la trouille. Sous ses airs bravaches, le premier ministre a manqué d'assurance. Mardi matin, il s'est inquiété du soutien défaillant de quelques députés socialistes pour le vote final de la loi Macron prévu l'après-midi même. Il sortait d'une mauvaise réunion, à huit-clos, avec les députés du groupe socialiste. Et du coup, juste après le déjeuner, il annule le vote et balance son recours au 49-3.

On se souviendra de ce jour, ce premier jour où Manuel Valls a eu la trouille. Sortir l'artillerie lourde contre son propre camp en dit long sur cette fin de quinquennat.

"Le 49-3 est une brutalité", prévenait François Hollande... en 2006.

"Chaque moment a sa vérité", complète Emmanuel Macron neuf ans plus tard sur France 2. "Ce qui compte, c'est la gauche qui avance". Son premier ministre est en parallèle sur TF1. Il affirme qu'il a fait preuve "d'autorité". On devinait qu'il tapait aussi du pied en martelant son argument. Le numéro sonne creux. Le public délaisse le show. Les audiences télévisées du premier ministre sont désastreuses.

Le recours au 49-3 aurait pu être la meilleure nouvelle de cette triste séquence, si l'opposition de gauche avait pu enfin se compter, et oser le vote de conscience. Car la loi Macron restera une tâche dans ce quinquennat. Pas la plus grave, mais l'une des plus stupides. En coulisses, le conseiller en communication de l'Elysée, Gaspard Gantzer, explique à qui veut l'entendre que cette loi est la dernière fâcherie qu'Hollande s'autoriserait avec sa gauche avant le Grand Scrutin de 2017. L'actuel président y croit encore. On murmure que cette loi serait en fait un piège contre ... Nicolas Sarkozy. Faire le programme de l'autre pour l'empêcher de remporter la prochaine élection présidentielle ? Il y a des baffes - et des sanctions - qui se perdent à l'Elysée.

Déchirements
Jeudi, fin du suspense. Les frondeurs rentrent dans le rang. "Les écologistes ne sont pas dans l'opposition" commente le vert François de Rugy

Où sont ils ? Nulle part.

Tout le monde a perdu. En dégainant le 49-3 contre leur propre majorité qui est pourtant numériquement écrasante, Valls et Hollande ont démontré leur fragilité politique. Quand aux frondeurs, ils ont raté une occasion, une de plus. Et le PS paraît déchiré.

Sur l'estrade de l'Assemblee, Manuel Valls braille qu'il va "continuer sans relâche à réformer". Et il fustige l'irresponsabilité des frondeurs. Le même jour, l'INSEE confirme que la France était en déflation en janvier. Les prix ont baissé de 0,4%. Dans quelques jours, on nous confirmera que le chômage a encore monté le mois dernier.

Qui est irresponsable ?

L'autre feuilleton, plus grave, plus sérieux, est la négociation de la Grèce avec le reste de son monde proche, c'est-à-dire l'Eurogroup. Lundi, c'est le clash, encore une fois. Cette réunion était pourtant présentée comme celle de "la dernière chance". Les crédits européens, du FMI et de la BCE à la Grèce expirent le 28 février. Pourtant, la Grèce, représentée par son ministre des finances sans cravate mais avec sourire, a une nouvelle fois refusé la prolongation "technique" du plan d'austérité, pour 6 mois, contre lesquels une majorité (relative) des Grecs ont voté voici 3 semaines. Le gouvernement grec s'obstine, fort heureusement, à vouloir que ces techno-libéraux de l'eurogroup reconnaissent ce que tout le monde sait et constate, l'échec de l’actuel programme.

Dans l'indifférence collective la plus générale, Nicolas Sarkozy annonce la création d'un "Comité des maires". Et il menace, encore, un journaliste.



Bonne semaine.



Crédit illustration: DoZone Parody

14 février 2015

Hollande au pays des Robocop (406ème semaine politique)


François Hollande et Angela Merkel parviennent à un accord de paix, fragile, en Ukraine. Puis Hollande signe la vente de quelque Rafales. Et la croissance repart. 

Une nouvelle séquence ? Pas vraiment. 


La Saint Valentin des barbares
C'est donc la Saint-Valentin. Samedi 14  février 2015, et pourtant la côte d'amour du président est retombée. Hollande plonge dans les sondages mais est-ce vraiment le sujet ?

Non.

Une Américaine, une travailleuse humanitaire, otage de Daesh, a été tuée en Syrie. C'est la première femme prisonnière du Califat à mourir en captivité. Barack Obama promet que les coupables seront traduits en justice. Un responsable de Daesh explique qu'elle a été tuée par un raid américain. Le Califat a perdu du crédit dans le monde musulman après avoir brûlé vif un prisonnier jordanien la semaine précédente.

Mais une branche égyptienne de Daesh se gausse d'avoir décapité huit prisonniers à son tour.

La France vit toujours sous Vigipirate.

L'après-Charlie est bien engagé. Eric Zemmour fait l"objet d'un reportage à peine critique sur France 2, suivi d'une interview où il enchaîne les propos misogynes et xénophobes. La France rance est là, et elle s'exprime.

Nicolas Sarkozy veut organiser un débat sur l'islam, il y avait longtemps.

Son ancien proche Eric Woerth s'en sort bien lorsqu'il passe au tribunal, mercredi, à peine une heure. L'affaire Bettencourt glisse. La comptable Claire T., interrogé près d'une vingtaine de fois par la police depuis 2010, davantage que l'ancien ministre du budget dont l'épouse était salariée en charge des finances de la première exilée fiscale du pays, Eric Woerth, donc, s'en sort bien, très bien.

Mais le procès le plus glauque est celui de Dominique Strauss-Kahn. L'ancien directeur du FMI explique simplement et tristement ses pulsions devant la cour. La thèse de l'instruction - qu'il ait été au courant que ces compagnes multiples d'un soir étaient des prostituées - s'effondre en séance. DSK confie ses pulsions. Les plus voyeurs des journalistes cachent mal leur malaise.

DSK passe en procès le jour même de la sortie en salles de l'adaptation cinématographique du roman sado-maso spécial Cougar "Cinquantes nuances de Grey".

Certaines coïncidences sont lunaires.

La paix ou les armes
François Hollande revient d'Ukraine jeudi 12 février. La date est historique. Angela Merkel et lui ont négocié un accord de paix en Ukraine. Coïncidence facheuse, le même jour Hollande confirme la vente de 24 avions Rafale à l'Egypte.

Sauver la paix en Europe, vendre des armes de guerre au Proche-Orient ? Allez comprendre.

En Ukraine, Hollande a bien joué, très bien joué. Il a prouvé, mieux que quiconque, la solidité de la relation franco-allemande. Qui se souvient d'une négociation conjointe franco-allemande au plus hait niveau pour résoudre un conflit armé en Europe ? Personne. C'est normal. C'est une première. Hollande est aussi resté prudent, très prudent. Cet accord de paix est fragile, il n'entre en vigueur que le 16 février. Le contraste est évident avec l'ancien monarque qui se pavanait trop vite dès son retour de Géorgie en 2008 alors qu'il n'avait qu'acquiescer au démantèlement du pays.

Nicolas Sarkozy stresse. La séquence lui paraît trop favorable à François Hollande.
A l'UMP, on découvre que le président des Jeunes UMPistes est en fait sans papier depuis une décennie, ça fait tâche.

Pour clore une vilaine polémique sur les quelques dizaines de milliers d'euros que Sarkozy a empoché d'un émirat lors d'une conférence la semaine passée, son meilleur adjoint Frédéric Péchenard, ancien chef des flics et désigné directeur général de l'UMP, a ce mensonge malheureux: "Nicolas Sarkozy, il n’a pas de revenu. Il n’est pas élu. Donc il est conférencier international, c’est son travail, il gagne sa vie." Même Sarkozy s'amuse de la polémique. L'indécence n'a pas de limite.


Marine le Pen a le sourire. Dimanche dernier, sa candidate, inconnue, a failli l'emporter à la législative partielle du Doubs, l'ancienne circonscription de Pierre Moscovici, improbable ministre des finances. A Béziers, le maire Robert Ménard, ancien président de Reporters Sans Frontières puis chroniqueur télévisuel réac et qui a emporté la ville en 2013 grâce au soutien du Front national, parade devant ses nouvelles affiches figurant un pistolet avec ce slogan improbable: "le nouvel ami de la police municipale". On rit, on raille, on se moque. Ménard exhibe ses "guns" comme d'autres leur calibre motorisé. Ce délire publicitaire facho-machiste amuse la galerie.

La guerre contre la finance
L'Eurogroup a été saisi d'un doute. Mercredi 11 février, ses représentants ont pris en pleine figure l'inhabituelle résistance d'un ministre des finances, Yanis Varoufakis, récemment propulsé à son poste dans le nouveau gouvernement Syriza. Pourtant, Varoufakis, avec son physique beau-gosse à la Bruce Willis, que le Monde qualifiait "d'économiste marxiste" (sic !) venait négocier le rééchelonnement de la dette grecque, près de 320 milliards d'euros. Certains éditocrates se régalaient d'avance de le voir échouer, se courber, s'allonger devant ses créanciers, ou leur représentants. Il n'en fut rien. Les 18 membres de l'eurogroup souhaitaient au moins négocier un programme de travail. Il n'en fut rien. Varoufakis a tout refusé.

Du coup, on s'interroge: mais finalement, que risque la Grèce ?

Syriza donne des idées ailleurs en Europe, de l'Irlande à l'Espagne en passant par la France. Mais les situations locales sont différentes. La Grèce a failli touché le fond, sortir du jeu démocratique et européen.

La guerre contre la finance est partout. Lundi, quelques journaux dont Le Monde publie d'étonnantes révélations sur l'ampleur de la fraude fiscale organisée (et monétisée) par la banque HSBC. Une liste de quelques milliers de fraudeurs français s'échange. Des noms de célébrités sont exhibés dans la presse. Cette traîtrise fait jaser. Ou pas... L'UMP est curieusement silencieuse. Marine Le Pen, dont le paternel avait aussi ses habitudes en Suisse, ne moufte pas.

En France, le gouvernement Valls se félicite des premiers signes du début du commencement d'une reprise économique. Il faut se dépêcher. L'Europe vient d'endurer sept années de crise. On fêtera la dixième bougie lors du prochain scrutin présidentiel. A une autre époque, Roosevelt et son New Deal l'avait emporté à peine quatre ans après le déclenchement de la Grande Crise.

Autre époque, autres remèdes.

Nous sommes en 2015 et il faut sortir la loupe pour deviner ces premiers signes du retour d'une croissance du PIB: 1% d'après la Commission européenne en 2015. La production industrielle aurait repris un maigre 1,5% en décembre 2014. Carlos Ghosn, le patron de Nissan-Renault, annonce d'ailleurs 1000 embauches en CDI cette année. Le symbole est anecdotique. Même l'effondrement de l'euro (à 1,16 dollar) est célébré comme le retour à meilleure fortune. Les exportations vont repartir !

D'ailleurs, François Hollande est un meilleur VRP que son prédécesseur. Il a enfin conclu la vente tant attendue, celle que Sarkozy avait imprudemment confirmée en 2009 et qui ne fut jamais signée. Pour la première fois de son histoire, Dassault vendait enfin ses avions Rafales à un autre pays que son protecteur national.

Sauver la paix en Europe, vendre des armes de guerre au Proche-Orient ?  

Allez comprendre.





7 février 2015

La guerre contre la finance qu'il faudra bien mener (405ème semaine politique)


Un mois après les attentats de Paris, la France politique a changé. Cela se voit, s'entend, se perçoit. Hollande paraît plus présidentiel, Sarkozy plus ridicule, même si la classe politique est toujours déchirée. Les attentats n'ont pas gommé les désaccords politiques. 

Mercredi cette semaine, l'Europe a connu un autre attentat, moins sanglant: la Banque centrale européenne a lâché sa première bombe contre le gouvernement grec dirigé par Syriza.




François Hollande a su faire preuve de diplomatie. Il est allé tenter de résoudre une guerre civile, et pas la moindre. Une guerre en Europe, en Ukraine. Jeudi, lors d'une conférence que d'aucuns ont jugé réussie, il a annoncé un déplacement surprise à Kiev puis à Moscou, avec Angela Merkel. Hollande n'avait pas rompu avec Poutine. Il a certes refusé de livrer des navires Mistral commandés par la Russie, mais il n'a pas commis l'irréparable de proposer l'intégration de l'Ukraine dans l'OTAN ni de livrer des armes aux forces régulières contre les séparatistes pro-russes.

Bref, Hollande a ménagé une voie diplomatique. Nous pourrions détester cette real-politik qui sacrifie le droit à la paix et aux intérêts. Une gauche en France, celle qui avait hurlé qu'il ne fallait pas détester le funeste Poutine et/ou qui clamait que le pouvoir ukrainien était aux mains des nazis, devrait être satisfaite: Hollande fait le job qu'elle attendait. Vendredi à Moscou, après 24 heures à Kiev, un plan de paix se dessine. On se souvient de Sarkozy, bravache, qui était allé tout seul en Géorgie puis à Moscou en 2008 quand la Russie venait d'envahir son petit voisin. Il revint clamer qu'il sauvé la première, alors qu'il n'avait que négocier son découpage. En Ukraine, la guerre fait rage comme à Donetsk ou Uglegorsk, une ville de 8000 habitants livrée aux combats de rue. Sur place, les "anti-guerre" se dressent contre ces combats fratricides. L'Europe n'a plus d'autre espoir que de faire stopper le bain de sang. Mais à quel prix ? Le "réveil militaire russe" finit par inquiéter.

Hollande a été cérémonial, présidentiel et tout en hauteur ce jeudi. Les attentats de Paris ont marqué le pays, les Français et forcément Hollande également. Le président a évoqué "l'esprit du 11 janvier". On clôt la semaine sur ce triste anniversaire, cela fait un mois depuis les attentats. En Syrie, Daesh brûle vif un prisonnier jordanien. Les salauds du Califat poursuivent leurs bouffonneries sanglantes. A Nice, un jeune illuminé a attaqué au couteau trois militaires en faction devant un centre communautaire juif. L'armée réactive une cellule de contre-propagande contre le djihadisme digital.

Les attentats de Paris n'ont pas effacé les désaccords politiques. Ils ont simplement calmé certaines ardeurs.

L'autre guerre civile
On attendait de lui qu'il parte sur un autre front, une autre guerre civile, européenne et mondiale celle-là. Elle se déroule dans les couloirs, ses armes sont les cordons de la bourse. Cette guerre civile qui menace l'Union et la démocratie oppose la BCE, une banque centrale composée de technocrates désignés par des Etats et proclamée indépendante après l'adoption du traité de Maastricht en1992, et le gouvernement démocratiquement élu d'un Etat de l'Union, la Grèce. Dimanche, le ministre des finances grec annonçait refuser discuter avec la Troïka (BCE, FMI, Commission européenne), au profit des gouvernements et des institutions directement. Mardi, François Hollande recevait Alexis Tsipras, le nouveau premier ministre grec et leader de Syriza.

Mercredi, la BCE interrompt toutes ses garanties de refinancement aux banques grecques. La bourse d'Athènes s'effondre. Quelques milliers de Grecs manifestent leur soutien à leur gouvernement. L'agence Standard and Poor's abaisse la bote de crédit de l'Etat grec à B-. La même agence vient de régler une amende négociée de 1,5 milliard de dollar à la justice américaine pour stopper les procédures engagées contre elle à propos des subprimes.

On se rappelle que Mario Draghi, l'actuel président de la BCE, émargeait chez Goldman Sachs dans les années 2000 quand cette banque conseilla les autorités grecques vers des niveaux inégalés.

La finance contre la démocratie ? 

Oui, bien sûr. Evidemment.

La "nudité du rapport de force" est exemplaire. Syriza est cernée, mais pas isolée. "L'hérétique" Tsipras, mercredi à Bruxelles, explique pourtant simplement: "Nous voulons corriger le cadre, pas le détruire". Il se refuse à négocier un nouveau plan, et réclame un financement relais en attendant mieux. Au chantage de la BCE, il peut répondre par un autre chantage, le défaut de paiement. Ce bras de fer a forcément valeur de symbole. L'échec de Tsipras serait plus que douloureux. Il signifierait que l'Europe n'a décidément plus grand chose à voir avec la démocratie réelle.

La guerre contre la finance est aussi fiscale. En Europe, le président Juncker tente de récupérer un peu de crédit en la matière. Pendant deux décennies, il a dirigé la finance du plus important paradis fiscal de l'Union européenne, le Luxembourg. Cette semaine, la Commission qu'il préside a lancé une enquête sur la clémence fiscale... de l'Etat belge. Ne comptez pas sur Juncker pour s'inquiéter de l'évasion fiscale intra-européenne. Ses services se soucient... d'une distorsion éventuelle de concurrence.

Dans son projet de budget à 4.000 milliards de dollars, Barack Obama promet une nouvelle taxation exceptionnelle de 14% des bénéfices des multinationales amassés à l'étranger. Les plus grandes entreprises, y compris dans la Net-économie, cachent légalement leurs fortunes dans des pays fiscalement accueillants.

La finance s'est rappelée au bon souvenir de l'UMP. Mardi, Jean-François Copé hérite d'une mise en examen dans le cadre de l'enquête sur le financement de la campagne de Sarkozy en 2012... Quand ça veut pas...

Mediapart révèle aussi comment un ministre de Sarkozy s'était fait discrètement rémunéré par la cagnotte des sénateurs UMP. Faudrait-il rappeler que la séparation des pouvoirs est théoriquement un des fondements de la République ? 

Mercredi, c'est le pompon. L'hebdomadaire Marianne révèle l'incroyable mais si prévisible: Sarkozy
est parti lundi assurer une conférence rémunérée à Abu Dhabi, à "l'invitation" du Cheikh Mansour et du fonds souverain IPIC. A l'UMP, certains n'y voient aucun problème. Rachida Dati, toujours à l'aise avec ses escarpins Louboutin, vient au secours de son ancien mentor.
"Lorsque vous êtes ainsi à recevoir sans plus d'efforts qu'une heure de discussion des sommes aussi exorbitantes que celle-là, votre vision du monde est faussée". François Bayrou, à propos de Nicolas Sarkozy.

Il n'y avait plus besoin de bloguer sur Sarko, il se caricature tout seul.

Car Sarkozy a en plus raté une étape politique symbolique. Dimanche, l'UMP est éliminée du second tour d'une élection locale que l'on donnait presque facile. FN contre PS, tu votes quoi ? L'UMP se déchire. Mais Sarkozy est loin, de l'autre côté de l'hémisphère, pour un aller-retour chèrement rémunéré par un émirat local.

Mardi soir, après 48 heures d'un déballage d'ambitions et de réclamations, le parti tranchait pour le "ni-ni". L'UMP dirigée par Sarkozy en 2015 a oublié qu'elle était bien contente des voix de gauche pour propulser Jacques Chirac à l'Elysée en 2002.

Marine Le Pen se régale. Elle s'est déplacée dans le Doubs soutenir la candidate frontiste. Elle en appelle à donner "une raclée au gouvernement". Marine Le Pen a été prise aux mots dans un récent ouvrage. Ses deux auteurs y décryptent le discours de la présidente frontiste depuis une décennie. Et démasquent les artifices du discours, la fausse normalisation, et les vraies outrances. Le FN n'est qu'un parti d'extrême droite.

Une proche de Marine Le Pen menace de mort un journaliste de Mediapart.

Sarkozy a perdu la main, et encore davantage de crédibilité et de leadership cette semaine. Il avait une excuse inexcusable, aux limites de l'éthique politique.

Sarko est un boulet.

Il n'y avait plus besoin de bloguer sur Sarko, les journalistes semblent enfin lucides sur le bonhomme. On évoque sa "dé-présidentialisation" accélérée, ou comment il peine à s'imposer au-delà du cercle rétréci des ultra-fans. Vendredi, un jury de journalistes, composés d'affreux gauchistes du Figaro, de RMC, du Monde et de Libération, lui décerne même le "prix du menteur". Sarkozy doit cette victoire haut la main à 17 mensonges assénés de meeting en meeting pendant sa campagne pour la présidence de l'UMP en 2014.


Sarko est un boulet mais Hollande a des boulets. 

A l'Assemblée, Emmanuel Macron patauge toujours avec sa loi. Vendredi, les patrons d'auto-école roulent au ralenti en bordure de Paris. Il a abandonné la création d'avocats d'entreprise, la nouvelle grille tarifaire pour les actes notariés, et, fort heureusement, le durcissement du secret des affaires. Macron cède facilement aux lobbies professionnels.

A l'inverse, la modification par ordonnance du droit de l'environnement est finalement approuvée. Et on doute que l'assouplissement des conditions de travail le dimanche soit récusée.

A l'Elysée, le jeune trentenaire en charge de sa communication, Gaspard Gantzer, qu'on nous décrit comme "brillant" et "efficace", a laissé sortir un publi-reportage photographique dans les colonnes de l'Obs sur l'équipe élyséenne. On imagine qu'il s'agissait de montrer leur jeunesse, leur maîtrise, leur professionnalisme.

On repère surtout leur déconnexion bourgeoise et sur-diplômée. Le trouble est réel, et bien au-delà des habituels vrauchistes unidirectionnels.

Où sont les fantassins de la guerre contre la finance ?











Crédit illustration: DoZone Parody

4 février 2015

Ni-ni, pas-pas, les erreurs de Sarko

L'UMP a été pris d'un virus que le PS connaît bien, la bêtise collective. Ces machines à gagner les élections, parfois quel qu'en soit le prix, savent déraper gravement quand le choc des ambitions écrase les convictions.

L'UMP a été tétanisée par l'élimination de son candidat dans une législative partielle dimanche dernier. Bizarrement, elle n'avait pas réfléchi à ses propres consignes de vote (ou d'abstention) en cas de duel PS / FN ... Comme quoi ...

Le plus terrifiant fut le grand déballage du n'importe quoi. Alain Juppé a sauvé la face, et sa posture, en expliquant que le FN était bien l'ennemi: "Le Front national est notre premier adversaire".



Juppé : "Désormais, notre principal adversaire... par francetvinfo

Il ne s'agit pas de constituer un quelconque front républicain. Le "front" suppose une alliance. Or d'alliance il n'en est pas vraiment question. Une alliance suppose que l'on se parle, que l'on travaille ensemble.

Le FN est un parti légal, mais pas un parti républicain. Où est la République quand on défend l'inégalité des races, la discrimination des religions, et le primat du chef et du référendum sur la démocratie représentative ? Nulle part.

Pour Sarkozy, la séquence a été d'une douleur sans fin ni fond. L'ancien candidat buissonnien a tardé à réagir. Mardi, il s'est décidé à récuser timidement le ni-ni. Pour être désavoué par son bureau politique le soir dans la foulée. 
"Nous disons a nos électeurs, ‘c'est à vous de décider' (mais) il n'y aura pas de complaisance avec le Front national dont la victoire nationale n'est plus impossible" Nicolas Sarkozy

Sarkozy a perdu la main.

C'est au moins cela de gagner.

Et pour finir, il y eut ceci.