28 mars 2015

412ème semaine politique: Hollande, "une sorte d'encouragement à continuer"...

L'équipe Hollande affronte l'une des plus graves défaites électorales de son quinquennat, avec le sourire.


Dépressif
Mardi 24 mars 2014, un Airbus A320 d'une compagnie aérienne allemande mais low-cost s'est pulvérisé dans les Alpes de Haute Provence avec 150 personnes à bord. Le drame emballe la presse. Le choc est grand. L'avion n'avait aucune raison de descendre aussi bas ni aussi tôt lors de son trajet Barcelone-Düsseldorf.

Passée la stupéfaction devant un drame aérien sans précédent en France depuis 4 décennies, nos médias d'information furent saisies par cette habituelle frénésie du "sur-commentaire". Radio après radio, télévision après télévision, nous entendions la même séquence de journalistes demandant aux enquêteurs de valider toutes leurs élucubrations, et les mêmes enquêteurs qui appelaient à la prudence.

La politique française ressemble à cela. Un cirque de spécialistes, élus ou pas, saisis d'effroi et sans recul, une troupe qui ne comprend plus le crash inévitable vers la peste brune d'une blonde présidente.

Cet accident d'avion a fait tourner en toupie des journalistes accrocs au scoop. Une trentaine d'heures après le drame, François Hollande, le Roi d'Espagne et Angela Merkel rendaient un court hommage aux victimes au pied des montagnes. Assez vite, la vérité s'impose, encore partielle mais suffisante pour comprendre, une vérité dénichée au coeur de la première boite noire. Le copilote, dépressif, a profité d'une absence de son commandant pour se barricader dans le cockpit et emmener 149 passagers à la mort. Nul terrorisme ni défaillance technique. Tout juste se souviendra-t-on que les cockpits ont été transformés en bunker volant après les attentats du 11 septembre 2001.

Revenons à la politique, un temps absente des unes. Le premier parti de France est celui de l'abstention.

Ces élections départementales, totalement ratées pour la gauche et la République, sont un modèle du genre: un parti majoritaire en déroute, son patron de Président qui relativise, son premier des ministres qui accuse la division à gauche, s'allume un cigare de soulagement et croit que tout est encore possible, une opposition de gauche déconstruite, une droite convalescence mais déchirée sur l'attitude face au FN, et ... une extrême droite en route vers la victoire. Au final, quelques 288 cantons se retrouvent avec 3 candidats qualifiés pour le second tour.

Qui dit pire ? 

Le premier tour pouvait laisser l'ensemble de la classe politique tétanisée: l'UMP/UDI réalise un score faible mais en tête, avec 36% des voix et 5,7 millions de suffrages, mais qui monte à 7 millions si l'on agrège les "divers droite". Les socialistes et divers gauche rassemblent 4,4 millions de voix; la gauche non socialiste se disperse avec 3 millions de suffrages. Toutes "tendances" confondues, la gauche ressort à 36%. Et s'il fallait faire le "tri" comme quelques vrauchistes l'aimeraient et exclure les suffrages socialistes, cette gauche tomberait à ... 10%.

L'extrême droite, au premier tour départemental, a recueilli 5,1 millions de voix.

5 millions de voix. 

Ce score est détestable pour la République quand on sait que ce parti abrite encore des candidats pris en flagrant délit de salut nazi, de délires homophobes, et qu'il promeut la discrimination xénophobe à tous les échelons et dans tous les domaines de la société. Ce score est un choc que les républicains devraient méditer.

Le Front national est un parti légal mais il n'est pas républicain. Ce n'est plus un jugement, c'est un constat. L'analyse de la majorité des conversations sociales de ses candidats démontre l'obsession migratoire de ces derniers. Le programme du parti est en rupture avec la République.

La déroute a cependant ses bons côtés. Si la Justice n'a pas eu raison du système Guérini, les électeurs sont en passe de faire le ménage dans les Bouches-du-Rhône. Jean-Noël Guérini, président du conseil général, a déjà préparé ses cartons.

Intrusif
Plus discrètement, la loi achevant le peu de liberté numérique qu'il nous reste était débattue à l'Assemblée. L'inquiétude est grande après la présentation d'une loi Valls qui élargit sans conteste les facultés légales d'espionner nos concitoyens au nom de la lutte contre le terrorisme. Contre l'aveuglement malade d'une poignées d'illuminés qui voulaient museler la liberté de caricaturer en assassinant la rédaction de Charlie Hebdo, la France s'engage dans la pente dangereuse du contrôle a priori des expressions sur Internet. Le tout sans contrôle judiciaire. Pire, les lanceurs d'alerte pourront toujours être aussi facilement sanctionnés.

A Hénin-Beaumont, mairie frontiste, Marine Le Pen fait le show au milieu de ses supporteurs. Ce n'est plus un meeting politique mais un spectacle. Marine Le Pen aurait été félicitée par une "grande comédienne française", aux dires de Sébastien Chenu, son nouveau conseiller culturel. Tout est bon pour faire "respectabiliser" la frontiste. On se souvient des promesses de ralliements en masse d'élus de droite qui devaient précéder les précédentes élections, des conversions qui n'eurent jamais lieu. Le FN a du au contraire puiser dans toutes les ressources du militantisme d'extrême droite, jusqu'à quelques néo-nazis, racistes et xénophobes notoires pour constituer ses binômes de candidats aux élections départementales. Et finalement, il est en bonne posture pour remporter un ou deux conseils généraux, comme le Vaucluse, grâce à une alliance improbable avec son frère ennemi local la Ligue du Sud, le micro-parti des époux Bompard à Orange. Dimanche soir, le patriarche Jean-Marie, président de tous les déshonneurs, passe la soirée électorale à Carpentras avec sa petite-fille Marion. Quelle douce image. 

A la fin de l'année, le FN compte même ravir quatre des treize nouvelles régions en décembre prochain. Le parcours électoral frontiste ressemble à celui du PS dans les années 70.


Passif
Dimanche 22 mars au soir, François Hollande était satisfait. Vous avez bien lu. "Satisfait". Le Président aurait envoyé un texto à l'un de ses proches à propos du premier tour des élections départementales: "une sorte d'encouragement à continuer" Il considère même que le scrutin aurait découragé les écologistes de rejoindre le Front de gauche.

Qu'importent les résultats électoraux intermédiaires, la ruine de la gauche politique, la déroute de son propre parti. Hollande fait un pari: qu'en 2017 il sera seul face avec Marine Le Pen. C'est un scénario à la Chirac 2002, tout petit score au premier tour mais référendum républicain sur son nom au second. Ce cynisme politique, qui occulte complètement la perspective d'une victoire frontiste au scrutin d'après, en 2022, est aussi ravageur pour la démocratie.

Son opposition de gauche mérite mieux. Le Parti communiste assume les alliances anti-FN pour ce tour de scrutin. Le Parti de gauche les récuse. D'autres cachent leur désarroi devant le maigre score électoral par une agressivité renouvelée contre le PS, ils tombent dans le piège grossier qui les marginalisent.

Agressif
François Hollande parie sur un affaissement durable de la droite classique. Les faits lui donnent raison. La large victoire de l'UMP aux élections départementales ne saurait masquer que l'UMP n'a que très peu progressé par rapport à sa déroute cantonale en 2011 (36% versus 32%). François Fillon a même choisi de minorer le rôle de Sarkozy dans la victoire: "ce serait réducteur pour les candidats de dire que ce sont les dirigeants nationaux qui font les élections locales". Pire, la droite est toujours divisée sur l'attitude face au FN.
"Tu devrais manger du manger du porc, ça te rendrait plus aimable"
Nathalie Kociusko-Morizet à Nicolas Sarkozy
Jeudi, Sarkozy est à Perpignan, une mairie UMP dont le maire ne dut son élection qu'au désistement du candidat socialiste pour faire barrage à Louis Alliot, le compagnon et assistant parlementaire de Marine Le Pen. Sarkozy, à Perpignan, expliquait les vertus du "Ni-Ni". Démarche indécente, cruelle et bête à la fois.

Sur place, il accumule aussi les clichés ("Valls est le porte-parole des mensonges de Hollande" ), et les amalgames ("A ceux qui en ont assez des charges, je leur dis : il y a deux personnes qui veulent le smic à 2 000 euros, c’est M. Mélenchon et Mme Le Pen. Aimez avec votre cœur mais réfléchissez avec votre tête !"). Faute d'arguments politiques contre un FN dont il suit les traces xénophobes, Sarkozy sombre dans l'outrance physique: "Avec Marine Le Pen, c'est physique! Je la déteste (...) Pour le coup, je revendique le délit de sale gueule." Et il la traite de "soudard".

Finalement, c'est Sarkozy qui va finir par rendre Le Pen respectable.

Un avocat associé de Nicolas Sarkozy est sous le coup d'une enquête "étonnante". D'après Mediapart, il est responsable de nombre de montages d'évasion fiscale de Patrick Balkany, récemment mis en examen pour corruption, fraude fiscale et blanchiment d’argent.

Explosif
Au Yémen, la guerre fait rage. L'embrasement est proche. L'Arabie Saoudite a bombardé pour riposter contre les supplétifs iraniens. Sunnites contre Chiites, l'islam encore ?

En Europe, la Banque Centrale Européenne a donné ses consignes aux banques grecques pour qu'elles cessent d'acheter de la dette publique grecque. La fameuse "guerre contre la Finance" se déroule sous nos yeux ébahis. On attendait, en vain, un commentaire de François Hollande.

Dimanche, le président français sera en Tunisie. A son tour de rendre hommage aux victimes de l'attentat au musée Bardo, il y a 10 jours. Il a cette exclamation surréaliste: "vive le turbo, vive le moteur à essence, vive la reprise de l’économie française!"

Attentiste
Le chômage est reparti à la hausse en février. Les chiffres, communiqués pendant l'entre-deux tour,  font mal. Sarkozy dénonce la "fausse reprise" de la croissance. Les analyses sur quelques milliers de sans-emplois en plus ou en moins finissent de toutes façons par lasser. Mais le premier ministre, en campagne tous azimuts,  a le commentaire improbable: "Je suis en campagne. Je ne fais pas deux choses à la fois. Il faut vous y habituer."

Dans un document de travail destiné à ses interlocuteurs syndicaux, Pierre Gattaz, président du MEDEF, a répété ses habituelles propositions hérité du patronat post-moderne des années 1880 comme le plafonnement des dommages et intérêts accordés par les Prud'hommes, la dérogation aux règles régissant le temps de travail, ou l'instauration de "motifs incontestables" de rupture dans les CDI.

Valls et Gattaz, deux personnalités qui semblent au-dessus de la réalité.

Pour sa part, le président Hollande s'accapare la nouvelle d'une nouvelle usine PSA en Moselle, pour sauter dans un avion et filer sur place.

Tout est bon pour illustrer combien la reprise est là.







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25 mars 2015

Les 8 leçons d'élections départementales ratées




1. Le FN a déjà gagné son pari, quelques centaines d'élus dimanche prochain, dans doute 3 ou 4 départements à gérer.

2. Les sondages à la con continuent:  "44% des Français souhaitent que le Front national sorte renforcé des élections départementales". Une gestion frontiste permettrait de tester la triste réalité du FN. Car sinon, convenons-en entre nous, elle ne sert à rien. On a très peu interrogé le FN sur les délires de son programme départemental. Ce fut même surprenant tant le FN a cristallisé, à l'inverse, toutes les attaques de l'UMP et du PS pendant cette campagne par ailleurs méprisée.

3. L'alliance UMP/UDI gagne par défaut, comme Sarkozy avait perdu sur son nom en 2012. Elle fait à peine mieux qu'en 2011 (36% en 2015 versus 33% en 2011). La progression est faible, très faible.

4. Si le PS a sombré, la gauche toute entière égalment. Dimanche soir, Manuel Valls pouvait accuser la division de la gauche, le problème n'est pas là: en suffrages, la gauche est faible, très faible. Quelques vrauchistes clamaient dimanche sur les réseaux sociaux combien cet échec collectif était de la responsabilité de Hollande. Le score du Front de gauche est bas, très bas. A gauche, le plus grand nombre réalisent que l'échec est global. La gauche toute entière fait peu, très peu. Il n'y a pour l'heure ni effet "Podemos" ni effet "Syriza" en France. Une union à gauche ne se décrète pas, a déclaré à juste titre Claude Bartolone.

5. Les écologistes ont disparu des suffrages. Mais commenter les performances détaillées des partis politiques alors que les situations locales d'alliances et de mésententes sont si variées n'a aucune valeur.

6. On n'oubliera pas la crise, durable - 7 ans déjà, et l'incurie de nos gouvernants à adresser non pas l'enjeu de la croissance mais celui de la précarité qui frappe large.

7. Le Ni-Ni de Nicolas Sarkozy vis-à-vis du FN est honteux. Et bête. Il y a davantage de duels FN/UMP que FN/Gauche. Sarkozy ajoute la honte sans l'efficacité.

Quel boulet...
"Dans les cantons dans lesquels nos candidats ne sont pas présents au second tour, l’UMP n’appellera à voter ni pour le FN, avec qui nous n’avons rien en commun, ni pour le PS, dont nous ne partageons pas les choix."
Nicolas Sarkozy
 Nombre d'élus UMP et l'UDI toute entière refusent les consignes de l'ancien monarque. Il y a encore des républicains à droite.

"C’est une question de morale personnelle."
Eric Mangin (UMP)

21 mars 2015

411ème semaine politique: Sarkozy, Hollande, Valls, Le Pen, Mélenchon et surtout Patrick.



Pendant un temps, nous avions cru que les commentaires post-"désastre électoral" allaient tout éclipser. 

 

 Il n'en était rien. 

 

Nous avions Sarkozy en auto-amalgame, Mélenchon en auto-justification, Valls en Big Brother, Hollande dans Society, et, surtout, la Saint-Patrick.



Saint Patrick
Patrick Buisson, l'ancien vizir du Sarkozy 2007-2012, fait l'objet d'un ouvrage de deux journalistes. On y découvre les détails du passionnant passé d'extrême droitiste de l'homme, comment il s'est faufilé au coeur de l'establishment sarkozyste, ses manipulations et son népotisme.Il déclenche aussi une polémique sur ces (prétendues) relations avec Mélenchon.

Mais un autre Patrick a fait plus grand bruit encore. Balkany a enfin perdu son immunité parlementaire, quelques heures après la Saint-Patrick, le 17 mars, fêtée par tou(te)s les Irlandais(es) du globe et bien d'autres encore. La justice française a ses délais que la raison ignore. En novembre dernier, Patrick Balkany avait été mis en examen pour corruption passive et blanchiment de fraude fiscale, rien que ça. Six mois pour arriver au bout d'une demande de levée d'immunité qui permettra enfin d'aller au bout de la procédure. 

La nouvelle est tombée mercredi et assez immédiatement quelques saluts twittosphériques ont agité les réseaux sociaux. Balkany, l'un des meilleurs amis de l'ancien monarque, collectionne les procès et les enquêtes sur son train de vie depuis deux décennies sans que les électeurs du très chic Levallois-Perret, en proche banlieue parisienne, ne lui en tiennent rigueur.

Patrick Balkany est un modèle du genre. Pour les élections municipales de mars 2014, il est l'un des rares de l'UMP à encore utiliser les services de l'agence Bygmalion, pourtant au coeur d'une tempête médiatico-judiciaire depuis que l'on a compris qu'elle avait servi à couvrir un gigantesque fraude au règles de financement électoral en 2012. Balkany fidèle à Bygmalion ? La révélation émane de Marianne. Elle fait scandale. L'homme est inconscient et bravache.

Le cas Mélenchon
Il y a 8 jours, Jean-Luc Mélenchon pourfendait les défenseurs d'un opposant russe assassiné au pied du Kremlin. Mais non, nous expliquait Méluche, Poutine n'est pas si terrible et cet opposant n'était que petite monnaie. La "Poutine-phobie" l'exaspère. Quelques heures plus tard, il explique combien il a été choqué par la bronca qu'il a suscité jusque dans les colonnes de médias plutôt proches tel Mediapart ou Politis. Forcément parano, il accuse d'abord ses détracteurs de se livrer à une nouvelle chasse à l'homme. Lui, lui, et lui... Tout ceci ne serait que vengeance personnelle ou volonté de fragiliser un éventuel rapprochement avec les écologistes frondeurs. Puis il répond, longuement, sur le fond. Sa justification reste aussi simple que courte: "je suis opposé à la guerre qui se prépare contre la Russie". Et au nom de cet objectif, le voici qui refuse "des condamnations contre Poutine" car ce serait "déjà entrer dans les logiques de préparation psychologique à la guerre." Au passage, il en remet une couche contre les quelques opposants éparses à Poutine, peu ragoutants, pour justifier son réalisme.


On tousse, on suffoque. L'intransigeant serait capable de réal-pragmatisme.

Cette semaine, Mélenchon fait à nouveau dans la real-politik, c'est-à-dire cette capacité à faire des compromis majeurs (en l'occurrence ne pas critiquer Poutine) au nom du principe d'efficacité (éviter la guerre). Pourquoi Mélenchon couinait-il quand la France hollandaise fricotait encore avec le Qatar ?

Cette fois-ci, l'ancien leader du Parti de gauche se livre en faveur du boucher Bachar el-Assad ! Mélenchon est aussi intransigeant en France qu'il se montre pragmatique en matière diplomatique. A l'écouter, il faudrait se (ré)concilier (avec) Poutine, même si l'homme est démocratiquement peu ragoutant. Ou se rapprocher de Bachar el Assad puisque la situation syrienne locale serait une impasse.

L'amalgame sarkozyste
Nicolas Sarkozy a jeté toute son énergie dans la campagne. Il a même évité de faire des conférences rémunérées par des banquiers d'affaires dans d'autres émirats. On mesure l'effort et l'abnégation. Le premier tour de scrutin cantonal a lieu dimanche. On prédit toujours et encore plus de 50% d'abstentions. Vendredi soir, lors de son dernier meeting, il en appelle à la mobilisation, il dérape, il fait sourire, il se sent des ailes: "Soyez l'immense armée qui va préparer l'alternance dont la France a besoin !". L'UMP alliée à l'UDI aurait retrouvé quelques couleurs dans les sondages.  Sarkozy multiplie les caricatures, on se désintéresse.
Assimiler Tsipras à ses opposants nazis d'Aube Dorée, il fallait oser. Mardi soir sur TF1, Nicolas Sarkozy remet une pièce dans le jukebox de l'islamophobie des mauvais comptoirs, en réclamant l'interdiction des repas de substitution sans porc dans les cantines scolaires. Sur son blog du Figaro, le journaliste Ivan Rioufol éructe avec plaisir: "La république va devoir apprendre à dire non." Dans les rangs de l'UMP, plusieurs ténors dénoncent l'outrance du moment. Même le fidèle Henri Guaino s'étrangle: "On ne peut pas priver de déjeuner des enfants qui, à cause des interdits que leur famille leur ont inculqués, ne peuvent pas manger le menu qui leur est imposé."

La laïcité défendue par des côtelettes de porc, brandie par celui qui déclarait en décembre 2007 combien le curé était supérieur à l'instituteur ? ... Avec lui, tout reste toujours possible. Son secrétaire général, Laurent Wauquiez, n'est pas en reste: "la République, c'est l'assimilation", justifie-t-il à propos.
« Le problème, ce n’est pas l’immigré. C’est le banquier. » Jean-Luc Mélenchon
Marine en examen
Le Front national s'apprête à sabrer le champagne. Tous les sondages lui prédisent un score effroyable aux élections départementales de dimanche. Mais la fête est un peu ternie. Le trésorier de son micro-parti, "Jeanne", est mis en examen pour escroquerie. Vous avez bien lu: "escroquerie". Après l'affaire des emplois fictifs du Parlement européen, le FN s'offre une seconde preuve de sa normalisation politique.

Marine Le Pen dénonce le complot. Sans blague. On imagine assez bien comment elle virera ces "incapables" gauchistes de juges qui s'obstinent à chercher l'application du droit et le respect de la loi, si jamais elle arrive au pouvoir.

Très tardivement, quelques journaux s'intéressent enfin à l'ineptie de son programme économique, un mélange de gouvernance nord-coréenne et d'idioties néo-libérales.

Interrogé sur le programme politique du FN pour les élections départementales, Jean-Marie Le Pen a un trou de mémoire. Il ne sait pas.

Sans rire.

Sur Twitter, Eric Domard,  l'un des trois conseillers spéciaux de Marine Le Pen, questionne la "françitude" de Najat Vallaud-Belkacem: "Najat Vallaud-Belkacem ministre franco-marocaine pour les menus sans porc, favorable au voile lors des sorties scolaires. La question de l'allégeance se pose." L'homme appelle sans conteste au "tri" entre les "bons" Français et les autres.

Ne vomissez pas. Enfin, pas tout de suite.


Hollande au confessionnal
On aurait pu sourire. Society est un excellent nouveau magazine, concocté par les équipes de SoFoot et SoFilm. Pour sa deuxième édition, il s'offre une "étrange confession" de François Hollande. Le président ne livre pas grand chose, son habituelle franchise, mais son insistance aveugle à ignorer les raisons de ses malheurs politiques. L'échange semble hors sol. Hollande conserve son humour: "Quant à Nicolas Sarkozy, vous savez, les mouvements de foule, ça existe." Mais il ne comprend pas pourquoi une fraction de la gauche a décroché. Et d'ailleurs, le journaliste ne lui demande rien sur le sujet.

Vendredi, François Hollande et Angela Merkel recevaient Alexis Tsipras à Bruxelles. Le premier grec venait tenter de convaincre Hollande, Merkel, Dragui et quelques autres décisionnaires européens pourquoi sa route de réformes était la bonne. L'exercice fut-il vain ? Pas vraiment. Les détracteurs de Tsipras veulent convaincre que l'expérience Syriza est vouée à l'échec. Pourtant le premier ministre grec s'est montré presque satisfait: "Je suis plus optimiste après cet échange. (...) Il est clair que la Grèce n'aura pas à prendre des mesures récessives." On nous présente la Grèce prise à gorge (336 millions d'euros à rembourser ce vendredi), avec un plaisir sadique qui ferait oublier que le combat de la démocratie contre la finance se joue sous nos yeux.

En France, il y a pourtant matière à dire et à vomir. En France, quelque 5 milliards d'euros sont économisés chaque année sur le dos des plus pauvres. C'est l'évaluation approximative des aides et remboursements de soin que les plus pauvres ne réclament pas à cause de procédures trop compliquées. En France, un ministre du travail "socialiste" explique au Sénat qu' "on ne peut pas poser comme point de départ que le contrat de travail est une subordination." Même au Parti socialiste, quelques-uns réclament son licenciement immédiat.

En France, dont le Nord du pays est coincé sous un épais nuage de micro-particules, le gouvernement reste tétanisé pendant une semaine avant de déclarer, enfin, la circulation alternée à Paris. 

Patriot Act
Manuel Valls assume la réalité d'un texte sécuritaire théoriquement concocté par deux députés pour élargir considérablement les moyens d'espionnage des forces de l'ordre. Il assure qu'un djihadiste français sur deux quitte le territoire sans être reperé. On est encore loin du Patriot Act américain car il n'y a pas de volet sur la détention extra-judiciaire.

Mais cette loi, brandie au nom de la lutte contre le terrorisme, est l'une des belles régressions des libertés que la période et ce gouvernement nous imposent: détection"par un traitement automatique, une succession suspecte de données de connexion"; extension de la surveillance électronique à toutes les personnes en contact avec des suspects; déchiffrement obligatoire des messages sur le Net, tout est là. Les juges, dont le fameux Marc Trévidic en charge de nombres d'instructions sur des actes terroristes depuis une décennie, s'en inquiètent. Marco, d'AlterOueb, confrère blogueur, résume d'une phrase: "je n’ose imaginer l’usage que serait fait d’un tel outil s’il tombait entre de mauvaises mains, et notamment celles d’un ramassis de fachos qui rêve tout haut de prendre le pouvoir."A gauche comme à droite, on pointe aussi sur les failles du dispositif: son contrôle sera confié non pas à des juges, mais à une énième commission administrative indépendante.

L'exclusion progressive et extensive de la Justice du contrôle du bon respect de la loi, voire même de son établissement, n'est pas nouvelle. C'est même une tendance de fond de notre décrépitude collective. La multiplication des "autorités indépendantes", en France et ailleurs, comme des ovnis au-dessus des lois, du peuple et de tout contrôle, est une confiscation démocratique majeur.e et peu discutée.

Coincé entre la captation commerciale systématique de ses données personnelles par les géants (et les petits) du web et l'espionnage paranoïaque des Etats les plus démocratiques, le citoyen n'a plus d'intimité. Bienvenue dans le monde moderne !

L'actualité sert les plats les plus détestables comme sur un plateau. Mercredi, deux forcenés islamistes mitraillent des touristes dans un musée à Tunis. Daesch revendique aussitôt l'attentat. A Paris, Marine Le Pen accuse la France de conserver des relations diplomatiques avec les émirats, le Qatar, l'Arabie Saoudite et même la Turquie. Le jour même, Paris Match publie la photo des cadavres des frères Kouachi.

L'actualité permet encore de vomir sans effort.
 






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14 mars 2015

410ème semaine politique: comment la politique française se redresse

C'était le dernier weekend avant le premier tour de ce qu'on annonce comme une catastrophe démocratique. Des élections locales, pour des circonscriptions reconstruites que l'on voulait supprimer il y a un an; une abstention promise à un niveau record; un parti d'extrême droite qui mobilisera des troupes de mécontents.

Il y a deux belles nouvelles, cependant, dans ce scrutin. Primo, le mode de scrutin impose la parité. On a vu fleurir des doubles candidatures femme/homme, dans tous nos cantons. Secundo, le vote blanc, encore une fois, sera mesuré.

La gauche fracassée ?
Manuel Valls s'inquiète, il le crie, il le clame. Il a peur que la France se fracasse sur le Front national.

EELV va mal. Le parti se déchire. On pourrait s'en désespérer. Il ne faut pas. La clarification est toujours une bonne chose. A droite, celles et ceux qui veulent encore un strapontin ministériel avant la grande défaite. Les plus bruyants sont le député François de Rugy et le sénateur Jean-Vincent Placé. Pensez vous ! C'est sans doute leur dernière occasion de la décennie de se faire appeler ministre ! Ils sont agités par l'équipe Hollande qui ne veut pas d'une candidature écologiste à la prochaine présidentielle.

A gauche, Cécile Duflot porte le combat pour un autre rapprochement. Cette semaine, EELV clame son soutien à la généralisation du tiers payant qui hérissent les médecins, mais fustige la réduction de 25 % des aides françaises à la production agricole biologique (*). Plus grave, le parti s'est fendu d'un communiqué rageur contre l'ensemble de la politique socio-économique du PS gouvernant: "la réalité commande pourtant d’envisager de sortir de la gestion de la crise pour adopter une politique volontariste et changer de cap."

Devant la débâcle électorale annoncée, le groupe écologiste a tenté de se ressouder sur une proposition de loi, rendre le vote obligatoire. Cette dernière mesure ne fonctionnera que si le vote blanc est à son tour comptabilisé dans les suffrages exprimés, histoire de bien remettre à leur juste place et niveau ces élus de tous bord qui clament représenter jusqu'à 30% d'un corps électoral en fait rabougri.

Le Front de Gauche existe encore. Certes, sa voix porte peu, le discours national n'est plus lisible. Pire, Jean-Luc Mélenchon s'égare en politique étrangère dans un soutien à Poutine, et récolte une volée de bois plus ou moins vert sur sa gauche. Son attaque tonitruante, sur son blog, contre un opposant russe à Vladimir Poutine, Boris Nemtsov, un "illustrissime inconnu" a surpris, ou choqué. Une précision importante: Nemtsov est mort assassiné à deux pas du Kremlin. Mélenchon s'est montré enragé qu'on ose soupçonner l'autocrate russe d'être l'instigateur de ce crime. La gauche s'est déchirée sur Poutine, cet excellent ami de Fillon, et dont quelques oligarques proches financent par ailleurs le Front national. Il faut parfois se pincer pour croire encore à la politique française. A gauche, quelques tribunes énervées contre les déclarations de Mélenchon ont été publiées par Mediapart, Libération et Politis.

Mais si l'on oublie ces péripéties qui intéressent peu nos concitoyens, le Front de gauche se cherche et travaille. L'élan électoral à la Syriza n'a pas eu lieu. Mais les perspectives politiques, "à la gauche de la gauche" ne sont pas pour autant désespéré.
Les socialistes ont leurs frondeurs, une catégorie qui fait régulièrement parler d'elle à force de parler mais qui pour l'heure n'a rien réussi à bloquer ni désorienter dans la politique menée par le gouvernement. Mais là encore, il y a une prise de conscience, trop lente, certes, mais réelle.

Mercredi soir, François Hollande s'est même permis un cocktail dinatoire avec une douzaine d'entre eux. La démarche suffit à encombrer les commentaires des éditorialistes politiques. Le jour même, Hollande fait la une du magazine Challenges avec ce titre des plus explicites: "je ne changerai pas de politique". Le tout-Paris bruisse encore de rumeurs de remaniement gouvernemental post-électoral.  Le jeune Emmanuel Macron n'a pas été échaudé par l'interminable débat sur sa précédente loi qui a débouché sur toutes sortes de "libéralisations" (notamment le travail le dimanche) et un recours au vote forcé via le 49-3 pour éviter un rejet. Il exhorte Hollande à aller plus loin. Il le dit sur France 2, premier plateau télé en "prime time" boudé, comme d'autres, par neuf téléspectateurs sur dix.
"On peut être de gauche et réussir." Emmanuel Macron.
Au plus près de l'équipe Hollande, certains réalisent enfin que la coupure de la gauche pourrait être définitive. 

Les affaires de la droite
La droite attend sa victoire, une victoire qu'elle n'a pas méritée. Elle le sait bien. Elle patauge. Elle n'a rien fait, rien proposé. Nicolas Sarkozy s'apprête à hériter d'une trentaine de conseils généraux (sur les 60 que la gauche gère), comme un fruit mûr qui tombe tout seul. A en croire une confidence rapportée par le Canard Enchaîné, l'ancien monarque veut même réclamer une dissolution de l'Assemblée nationale si la défaite socialiste est trop lourde. Sarkozy s'est giscardisé, on ne retient que ses numéros de clowns, plus ses idées.

A l'UMP, il enchaine meeting sur meeting. Ce scrutin départemental est son premier test électoral depuis sa prise de l'UMP en novembre dernier. On espère qu'il n'a pas prévu de conférence rémunérée au Qatar pour l'entre-deux tour. A Belfort jeudi soir, devant une assistance conquise, il fait le show, multipliant les calembours et les blagues. Ce nouveau Giscard observe du coin de l'oeil comment certaines affaires judiciaires.

Le weekend dernier, son ancien vizir a terminé ses 48 heures de garde à vue par une mise en examen pour faux et blanchiment dans le cadre de l'enquête sur le financement de la campagne présidentielle... de Nicolas Sarkozy.  L'affaire Guéant a tous les ingrédients d'un nouveau Sarkogate.

Mercredi, l'hebdomadaire l'Express révèle que l'un des dirigeants d'une filiale de Bigmalion a avoué aux juges l'existence d'une réunion en début d'année 2012, à l'Elysée, avec trois proches de Sarkozy, pour traiter des frais de meeting.

Et le Front national ? Depuis que Manuel Valls, dimanche, a déclaré qu'il fallait "stigmatiser" le FN, les ténors de ce dernier sont en émoi. A l'Assemblée, la jeune Marion Maréchal-Le Pen accuse le gouvernement de vouloir les faire taire. Sur France 2, Florian Philippot offre des calmants au premier ministre. En campagne dans les Landes, Marine Le Pen accumule les clichés et les peurs, sans preuves ni regrets, contre le "communautarisme" et ses "familles polygames qui se multiplient sans que les services sociaux ne fassent rien." Dans son édition hebdomadaire, le Canard Enchainé revient sur le programme économique et social du FN. On suffoque d'effroi... ou de rire: nationalisation des banques, augmentation générale des salaires, etc. La France en faillite, sur fond de regression xénophobe, voici le programme frontiste.

 Mais la vraie et bonne nouvelle est ailleurs. Les commentateurs avaient raison. Marine Le Pen a complètement normalisé le groupuscule de son père. Une enquête vient d'être ouverte pour détournement de fonds ou emploi fictif. Une vingtaine d'assistants parlementaires frontistes à Bruxelles, rémunérés donc sur fonds publics, n'y mettent jamais les pieds.


Citoyen, reprends le dessus !

11 mars 2015

Comment Poutine déchire la gauche française

Très franchement, la situation est proche du surréalisme politique le plus total.

La France est en crise, politiquement abimée par des désaccords nombreux et la progression d'une vague brune et neo-poujadiste, une dégradation sociale et des difficultés économiques effarantes. La France est en crise comme d'autres pays, moins que d'autres pays. Une crise qui a ses mesures - le taux de pauvreté, le nombre de repas toujours croissants servis par les Restos du Coeur, l'encombrement des urgences par une population qui n'a même plus les moyens de supporter les franchises médicales, une menace djihadiste et des déchirements sociaux et communautaires une crise de foi républicaine et un sabordage européen.

La France est en crise, donc, et pourtant la gauche se déchire ... sur le cas de Vladimir Poutine. 

Allo ?

Qui l'eut cru ?

L'assassinat d'un opposant politique la semaine dernière à quelques pas du Kremlin a suscité une réaction énervée, imprudente, sanguine, courte, partiale, et mal venue de Jean-Luc Mélenchon. Le leader du Parti de Gauche a fustigé le "béatisme" des médias occidentaux, le procès sans appel dressé à l'encontre de Poutine, comme, hier, il défendait la Russie contre les Etats-Unis et l'Europe en Ukraine. On a compris que Poutine n'était pas, pour Mélenchon, l'épouvantail qu'il est pour d'autres.

"L’apologie de Nemtsov, illustrissime inconnu avant son meurtre, fonctionne comme un piège à naïf pour créer une ambiance de « Sadamisation » contre Poutine."

Pourquoi cet acharnement mélenchoniste à défendre Poutine contre les critiques qui l'accablent ? Il y a trois possibilités: (1) Mélenchon pense que Poutine est un moindre mal pour la Russie et la région; (2) il est convaincu qu'il faut respecter les gouvernements élus même dans des conditions douteuses; (3) il considère qu'un embrasement de la région serait une catastrophe ("Il est important de se souvenir que la Russie est une très grande puissance militaire" explique-t-il). La première hypothèse est une catastrophe politique. La seconde devrait imposer à Mélenchon un immense silence envers tous les dictateurs de ce globe. La troisième est simplement de la real-politik partagée par d'autres qu'il suffit simplement d'assumer.

Dans deux médias au moins, habituellement très sympathiques du combat politique à gauche de l'ancien candidat à la présidentielle, on a pu lire des critiques fermes et déçues de ces prises de position véhémentes de Mélenchon contre l'opposant Boris Nemtsov.

Chez Politis, Claude-Marie Vadrot est choqué: "les journalistes vilipendés comme d’habitude par le porte-parole du Parti de Gauche ont sur lui la supériorité de bien connaitre la Russie et d’avoir rencontré Nemtsov à de nombreuses reprises, d’avoir depuis des années parlé avec lui, de savoir qu’il n’était pas la marionnette et le méchant qu’il décrit".

Chez Mediapart, Fabrice Arfi et Antoine Perraud ont mal supporté la diatribe anti-Nemtsov de Mélenchon: "Jean-Luc Mélenchon dédaigne l'assassinat de Boris Nemtsov et apporte son soutien à Vladimir Poutine. Sa fascination pour la force, l'efficacité, l'occupation musclée du pouvoir, l'éloigne de la conscience démocratique, réduite au rang d'une nocivité yankee. Halte-là !"

La charge fait mal, très mal.

La gauche se déchire sur Poutine. Vous ne rêvez pas.

Dans les colonnes de Marianne ce 9 mars 2015, Jack Dion vient à la rescousse dans un billet sobrement mais clairement intitulé "Jean-Luc Mélenchon, l’homme à abattre". Il détaille son argument: " la prise de position du coleader du Front de gauche sur l’assassinat de l’opposant russe Boris Nemtsov (...) lui a valu un procès en sorcellerie de la pire espèce, menée par ses ennemis déclarés, ses vrais faux amis politiques et une cohorte de Fouquier-Tinville de sous-préfecture."

Jack Dion défend une thèse respectable, et presque convaincante: Mélenchon en fait trop puisque les autres en font trop: "Pour qui sait lire, l’essentiel de son (long) propos vise à refuser une russophobie ambiante décuplée par l’affaire ukrainienne, dans laquelle il voit un risque de dérive guerrière périlleuse. Certains ont réduit ce propos circonstancié à une diatribe anti Nemtsov fantasmagorique doublée d’un hymne à Poutine imaginaire."

Dans les colonnes de Rue89, Daniel Schneiderman (d'Arrêt sur Images) vient aussi en renfort: "Résistons aux deux furieuses propagandes, qui veulent faire de Poutine le Diable incarné, ou le dernier Sage de l’histoire. Tentons, en d’autres mots, d’imiter l’exploit des scénaristes de « House of Cards » qui, dans sa saison 3, réussissent au fil des épisodes à rendre la complexité du personnage. Plus facile apparemment dans une série télé que dans un suivi au jour le jour." Poutine est un personnage complexe, n'est-ce pas ?

Osons une question au passage: pourquoi donc les mêmes qui défendent une vision assez claire, brutale, franche et parfois binaire de la réalité politique en France réclament-ils aujourd'hui à propos de Vladimir Poutine une analyse reculée, complexe et toute en finesse ? Rien ni personne ne peut prouve aujourd'hui que l'opposant Nemtsov a été assassiné sur ordre de Poutine. Mais l'affaire du jour dépasse largement ce sujet. Il ne fait pas bon être opposant à Poutine, c'est un fait. 


La gauche se déchire sur Poutine. Vous ne rêvez pas. 

La question qui demeure est en fait double: primo, pourquoi donc Mélenchon s'obstine-t-il dans ces postures qui consistent à répliquer par des outrances à ce qu'il considère en être ? Secundo, pourquoi la gauche se déchire-t-elle sur l'attitude à avoir vis-à-vis de Vladimir Poutine ?

Poser cette dernière question est suffisamment terrifiant.

Clémentine Autain, par ailleurs femme politique alliée à Mélenchon, tente de remettre les pendules à l'heure: "ne soyons pas naïfs sur Poutine." Et elle rappelle: "Le président russe et son entourage préfèrent la violence à la démocratie. Ils ont noué des liens étroits avec les réseaux d’extrême droite en Europe."

Voilà.

La gauche se déchire sur Poutine. Vous ne rêvez pas.


7 mars 2015

409ème semaine politique: le jour où la classe politique a été licenciée



 Ce sera donc gauche contre gauche

Après la tentative avortée de porter le fer contre la loi Macron adoptée la semaine précédente, quelques articles tentaient de décrire les manoeuvres sincères d'un Benoit Hamon prochainement chauve mais pas dénué d'idées. Cet ancien ministre s'était réveillé quand Manuel Valls est devenu un premier ministre plus autoritaire. La naïveté de ses confessions à Mediapart est presque touchante.

On compte sur sa fronde.

On l'espère sincère et durable.
"Nous avons fait l'erreur de croire que Manuel Valls modifierait le cap". Benoit Hamon.
Ailleurs à gauche, une gauche reste pure, c'est-à-dire seule. Même les écologistes ont politiquement disparu.

La gauche se déchire, ou se désole, puisque sa frange droite croit utile d'aller courir à droite et sa frange gauche de se réfugier dans un absolutisme atemporel. Tout récemment, trop récemment, le Front de gauche tente de rééquilibrer ses attaques contre le FN et non plus seulement contre le PS dominant.

A droite, c'est à peine pire. Alain Juppé caracole dans les sondages comme un Jacques Delors de droite trop rapidement proclamé vainqueur avant le combat. Juppé durcit un peu son discours. A-t-il compris le danger de se couper de ce gros tiers de l'électorat UMPiste qui ne rêve que d'une alliance en bonne et due forme avec le parti brun de la blonde Marine ?

Un jeune porte-parole sarkozyste , Gérard Darmanin, se distingue dans l'ignoble avec une nouvelle attaque contre Christiane Taubira qu'il assimile à un "tract permanent pour le Front national". On attend avec gourmandise qu'il précise sa pensée.

Nicolas Sarkozy s'est giscardisé, mais personne de son entourage n'ose lui dire de face. Dans les colonnes du Figaro, il en appelle à une "révolution des esprits". Elle a eu lieu, les esprits politiques ne sont plus obnubilés par Sarkozy. Il reste la Justice. Vendredi, l'ancien vizir Claude Guéant est mis en examen dans l'enquête sur le financement de la campagne présidentielle de 2007. Notez le coup de tonnerre politique que cette simple nouvelle aurait du être si Sarkozy intéressait encore les foules ? Un ancien secrétaire général de l'Elysée, et ancien ministre de l'intérieur, mis en examen dans une enquête pour financement illégal ?!

Dans un nouveau (et excellent) magazine baptisé SoCiety, François Fillon explique combien il ne croit pas que le FN puisse gagner en 2017: "tous les sondages disent à peu près la même chose:  70% Français rejettent l'idéeque le FN puisse diriger le pays."

François Hollande en appelle à "arracher" les électeurs du Front national. Encore une incantation.

Qui se souvient du jour où tout a basculé ? Etait-ce quelque part entre 2012 et 2013, quand François Hollande s'éloigna d'une large fraction de ses supporteurs du scrutin de 2012 ? Ou était-ce plus tôt encore, quand Sarkozy avait chipé et validé un à un les plus effroyables éléments de langage de l'extrême droite française ?

Qui se souvient du jour où tout a basculé ?

Cette semaine, Manuel Valls aurait pu jouer "social". Il avait des choses à dire contre la pauvreté.

Il veut davantage de logements sociaux à Neuilly-sur-Seine. Il dévoile sa "feuille de route 2015-2017 du plan pluriannuel contre la pauvreté et l’inclusion sociale". La première mesure "phare" est une nouvelle aide, la "prime d'activité", qui est en fait la fusion de deux dispositifs existants, le RSA activité et de la prime pour l'emploi, et hérite des 4 milliards d'euros annuel des deux dispositifs qu'elle remplace. On est ébloui. Il y avait sans doute à faire pour simplifier. Mais faire croire que la pauvreté reculera sans moyens financiers supplémentaires ni même des objectifs chiffrés... En décembre 2012, Jean-Marc Ayrault avait annoncé le déblocage de 2,5 milliards d'euros pour ces exacts mêmes objectifs. En 2015, Manuel Valls évoque "plus de 2 milliards" sur la durée du quinquennat. Un surplace inquiétant alors qu'aucune amélioration n'est notable. L’Observatoire national de la pauvreté et de l’exclusion sociale (ONPES) vient de rappeler quelques évidences: les minimas sociaux sont loin, très loin de permettre une vie décente. Autre rappel, alors que le chômage dépasse les 10% de la population active, les trois quart des chômeurs touchent moins que le SMIC; un tiers n'ont aucune indemnité; une moitié moins de 500 euros par mois.

La seconde mesure "phare" est cette interdiction nouvelle de loger toute personne pauvre et sans logement dans l'un des 1 300 quartiers prioritaires de la politique de la ville. Valls livre aussi quelques éléments de bilan des deux premières années du plan pauvreté, comme ces 187.000 jeunes placés dans des "emplois d'avenir", ou les quelques revalorisations d'aides sociales. Mais il choisit, encore une fois, des mots qui font couiner à gauche - "peuplement", "apartheid territorial". La micro-polémique est anecdotique. Mais le premier des ministres s'épargne tout objectif chiffré en matière de construction de HLMs. Tout juste espère-t-il faire porter à 30% la part des logements sociaux dans un prochain texte.
"La France fait face à un profond malaise social et démocratique" Manuel Valls.
La véritable question, l'exclusion économique et sociale d'une France périphérique, piégée dans la décroissance et chômage, une France périphérique éloignée ou pas des grandes métropoles, décrite mais ignorée, et dont la carte géographique est l'exacte réplique de celle du vote frontiste.

Les prochaines élections sont comme un préavis de licenciement. 

C'est la chronique d'une élection gagnée par l'abstention, le grand licenciement collectif d'une classe politique qui n'intéresse plus. Le scrutin départemental de la fin mars s'annonce désastreux. On connaît la chanson: les éditorialistes fustigent le désintérêt des foules. L'extrême droite rédige déjà ses discours de victoire. Les gauches s'entrechoquent dans leurs rancoeurs réciproques. Même le barrage de Sivens est encore l'occasion de s'écharper.

La première conclusion d'une abstention massive aux élections départementales des 22 et 29 mars devrait être simple: il faut supprimer les départements, cet échelon administratif dont on nous vante la proximité au quotidien et tout le monde se fiche. François Hollande, l'an dernier avait reculé sur le sujet. Ce serait également rendre la monnaie de leur pièce à ces abstentionnistes majoritaires. D'aucuns couineront à la disparition de compétences essentielles, alors qu'il ne s'agira que de simplifier, de nettoyer, et de transférer.

Qu'on se concentre sur l'essentiel, qu'il soit local ou national.

La seconde conclusion de ce scrutin sera politique. La victoire par défaut du Front national sera incontestable. Le FN aligne près de 8.000 candidats dans 2.000 cantons. Combien de centaines d'élus, voire de cantons qui basculeront ? Nos sondeurs disent que ce parti a un électorat composé d'employés et d'inactifs. Que ses sympathisants sont les plus certains de leur choix de vote, et même les plus convaincus d'aller voter. Ils se fichent que le président d'honneur de ce parti qui accueille leurs suffrages motivés déshonore semaine après semaine la République et la France. Ils se fichent aussi qu'on débusque chaque jour quelques purs fachos parmi les candidats frontistes. Cette semaine, Jean-Marie Le Pen expliquait que le meilleur Apprenti de France, un jeune albanais, avait été choisi puisqu'il était clandestin. La vieillesse est une mise en abîme quand le terreau est fertile.

Huit jours auparavant, Marine Le Pen avait envoyé un message video de soutien à un rassemblement des populistes de la Ligue du Nord italienne, des néeo-nazis grecs d'Aube Dorée et des xénophobes allemands de Pegida. Elle en appelait à la lutte contre "l'union soviétique européenne", "l'immigration massive", et les "vents mauvais de la mondialisation sauvage."


La troisième conclusion d'un scrutin "défait" puisque boudé est encore politique: nos élus et élus potentiels ne sont plus compétitifs. Leurs mots ne portent plus, ils ne produisent plus ni adhésion ni réflexion. Les citoyens se désintéressent de la politique, ils accusent leurs représentants et refusent même de les choisir. La politique au quotidien est pourtant agile et active. On ne compte plus les travaux de fourmi et l'énergie dépensée de nos élus, surtout de terrain.



La France est accusée par le Conseil de l'Europe d'avoir une législation trop conciliante avec la pratique de la fessée.

Il y a pourtant des baffes qui se perdent.

Mais chez les adultes.



4 mars 2015

Sarkozy pas content.

Que ce crépuscule est long et lent.

Il n'est même pas certain que Nicolas Sarkozy ait réellement pris la mesure de la giscardisation qu'il subit. Systématiquement rattrapé par son bilan, incapable de mesurer combien son propre comportement est inadéquat quand il va prendre quelques billets chez des émirats pour des micro-conférences, mal à l'aise dans le rôle du fédérateur d'une UMP fractionnée alors que son action ne valait que dans l'autoritarisme personnel, Nicolas Sarkozy souffre et le montre.

Mais a-t-il compris ?

Ces derniers jours, il fit la une d'un hebdo "people" avec Carla Bruni - on nous promettait qu'il allait se venger de ses ennemis de l'intérieur. Dans les colonnes du Figaro, il tente de vendre l'idée d'une politique alternative alors que ses propres députés applaudissaient (timidement) la loi Macron.

Sarkozy est pris d'effroi à l'idée que le FN le siphonne de l'intérieur. "Voter pour le FN au premier tour, c'est faire gagner la gauche au second" clame-t-il. Mais qui l'écoute ?
«Il nous faudra engager ni plus ni moins une révolution des esprits, débarrassée de tous les dogmes, afin de mettre l'entreprise, quelle que soit sa taille et dans toutes ses dimensions, au centre de toutes les décisions économiques du gouvernement»

Il a raison sur un point. Une "révolution des esprits" a eu lieu, paisiblement. Nicolas Sarkozy n'est plus l'objet de fascination médiatique ni l'idole d'une droite décomplexée. Il doute et fait douter.

La décennie 2002-2012 semble close.

Enfin.