30 mai 2015

421ème semaine politique: Hollande ou Sarkozy, la politique en spectacle


Le spectacle fut presque réussi, suffisamment pour faire oublier, à l'avance, la détestable exhibition de l'ancien monarque au Congrès des Républicains quatre jours plus tard. Hollande au Panthéon pour un hommage nécessaire; Sarkozy à Bobino pour un changement de nom sans projet. La politique se donne en spectacle alors qu'on a besoin d'elle, surtout en Europe.


Le syndrome du Panthéon
François Hollande est apparu petit, trop petit devant l'immensité du décor, pour délivrer son discours d'hommage aux quatre nouveaux honorés du Panthéon. Il ne pleuvait pas, quelques commentateurs le notèrent. On sait aussi qu'il travaille à sa réélection avec deux ans d'avance. En ces temps difficiles où les descendants politiques du pétainisme se disputent les symboles de la République avec les indignes héritiers du gaullisme, rappeler qui sont nos grandes figures de la Résistance avait pourtant quelque chose d'indispensable. La même semaine, l'hebdomadaire Le Point titrait sur "Les Arabes", une couverture rance qui en évoquait d'autres plus indignes encore pendant la Collaboration.

Oui, rappeler que Pierre Brossolette, Germaine Tillon, Genevève de Gaulle Anthonioz et Jean Zay avaient risqué ou perdu la vie pour sauver la République il y a 70 ans avait quelque chose d'indispensable.
"Admirables. Sans avoir voulu être admirés. Reconnus. Sans avoir cherché à être connus. Célébrés. Sans avoir imaginé être célèbres" François Hollande.
Il y eut des frontistes pour railler l'hommage dans son principe même. Pour quelques heures, les masques tombent. Le frontiste Florian Philippot critique d'un tweet: "Célébrer la Résistance le temps d'une cérémonie mais cultiver l'esprit de soumission le reste de l'année : la com´ ne masque rien".

L'extrême droite n'est jamais autant elle-même que lorsqu'on la confronte au passé de la République.

Les Ripoublicains
Dimanche, Nicolas Sarkozy fait son spectacle, un one-man show qu'il a rôdé après une large tournée en province. On ne sait pas s'il avait invité Claude Guéant, Patrick Balkany ou Jérôme Lavrilleux, trois des derniers ténors de l'UMP mis en examen dans diverses affaires de corruption ou de financement illégal. Le 28 mai, une ancienne affaire se clôt à Bordeaux. Le Tribunal de grande instance condamne pour abus de faiblesse et trafic d'influence François-Marie Banier (à trois ans de prison dont 6 avec sursis), Patrice de Maistre et l’avocat Pascal Wilhem (à 30 mois de prison dont un an avec sursis). Eric Woerth s'en sort. Pour un peu, on oublierait toute l'affaire Bettencourt, plus protéiforme que cette simple accusation: Bettencourt qui embauchait l'épouse de l'ancien ministre du Budget pour s'occuper de ses comptes alors qu'elle était en infraction fiscale; ou les accusations de financement clandestin de la campagne de Sarkozy en 2007.

D'autres affaires continuent, toutes tournent autour du même sujet - l'argent. Les preuves que Nicolas Sarkozy a fraudé au plafond de dépenses électorales ont été apportées dans l'instruction Bygmalion. Cette semaine, l'hebdomadaire lance une autre bombinette - des échanges de mails du temps de la campagne qui attesteraient "que le candidat était bien au courant des détails financiers de la campagne."

Bref, l'UMP change de nom comme d'autres de visages pour chasser les mauvaises images. Ce marketing politique indiffère le plus grand nombre... y compris à l'UMP ! A peine 40% des cotisants UMP, soit 79 129 personnes sur 213 030 inscrits, ont voté pour l’appellation LesRépublicains. Les autres s’en fichaient ... royalement: 16% d'opposants et 55% d'abstentionnistes. Quel triomphe ! Pourtant, Sarkozy est parvenu à concentrer l'attention médiatique sur ce changement de façade, et non sur un éventuel nouveau projet politique. L'arnaque est belle et réussie. L'ancien monarque fut largement aidé par toutes sortes d'opposants, à gauche et ailleurs, qui ont crié contre cette privatisation de la dénomination républicaine.

L'homme n'a pas changé. Sur scène, il qualifie Hollande de "moi, je", une formule drôlatique mais symptomatique d'une rage vengeresse inouïe. Et cette semaine encore: "Je savais qu'on allait en voir de belles avec 'moi je'. Mais ce que j'ignorais, c'est qu'il voulait choisir lui-même le nom de notre formation politique." Quand il était à l'Elysée, Sarkozy a tenté cinq années durant de paraitre président. On ne comptait plus, à la fin, le nombre d'opérations de com' pour le "présidentialiser" en vain. Les sondages, ses proches et lui-même lui renvoyaient en permanence une image Bling Bling, agitée et puérile. Loin de profiter de son passage dans l'opposition pour tenter d'effacer cette empreinte passée, Sarkozy s'enferme dans ses propres caricatures.

Pour revenir d'un meeting au Havre, à 177 km de Paris, il prend un jet privé, 3200 euros le vol quand le train aurait coûté 35 euros pour 2 heures de trajet à l'UMP qui paye les factures des desiderata Bling Bling de l'ancien monarque. Deux journalistes d'investigation, Gérard Davet et Fabrice Lhomme, ceux-là même qui couvrent les affaires de Nicolas Sarkozy (et notamment sur la fraude au financement électoral en 2012) ont été espionné par le photographe officiel de la campagne de Nicolas Sarkozy en 2012. Il y a des coïncidences étranges, des filatures qui dérangent.

Exit l'Europe
Il y avait plus grave que ces spectacles. L'Europe subit une nouvelle crise. Après le Grexit, voici une menace de Brexit. Seule l'Espagne créée la surprise positive, avec la victoire (relative) de Podemos, issus du mouvement des Indignés, et de Ciudadanos, aux détriments des formations historiques du PPE et du PSOE.

David Cameron fait une tournée expresse en Europe. Il a brillamment remporté le scrutin législatif britannique dix jours avant. Certains là-bas commencent à s'interroger sur l'absurdité démocratique du mode de scrutin local. Mais pour l'heure, Cameron est encore aux commandes du gouvernement d'Albion. Il a promis à ses électeurs un référendum sur le maintien ou la sortie de l'Union européenne.
Pour éviter une sortie de l'Union européenne ("Brexit"), Cameron joue l'habituel chantage à la réforme, pour plus de "compétitivité" et de "flexibilité".

A l'autre bout du Continent, La Grèce bataille toujours contre ses créanciers avant ses échéances de remboursement de juin. La directrice du FMI explique qu'une sortie de la Grèce de la zone euro ("Grexit") est tout à fait envisageable.

Dix ans avant, jour pour jour, la France refusait le Traité de Constitution européenne, à 55% des suffrages exprimés lors d'un référendum raté. Il fallait répondre oui ou non à un texte d'une grosse centaine de pages que peu d'électeurs ont fini par lire. Au final, les leaders OUIistes ont suivi leur route dans le plus grand mépris de ce vote démocratique. Et les leaders NONistes ont raconté des bobards sur de prétendues alternatives politiques en Europe qui ne se sont jamais matérialisées. A Paris, le Front de gauche invite quand même Alexis Tsipras à célébrer l'anniversaire. "Le non français a été fondateur : tous les mouvements qui posent le changement en Europe sont nés de cette bataille" explique le patron du PCF Pierre Laurent.
Mais fondateur de quoi ? 

Dix ans plus tard, les sondages prêtent aux "nonistes" une majorité plus forte encore. Le Front national normalisé de Marine Le Pen a le mieux et plus efficacement de toutes les formations politiques françaises, capté la rage anti-européenne. L’unanimisme européen au sein de la classe politique française n'a fait qu’un gagnant, le Front national.  

Pour l'Europe, cette décennie a été perdue. Contrairement aux déclarations, la main sur le coeur et le verbe haut, des défenseurs du NON au TCE, il n'y a pas eu de plan B, aucune alternative, rien, nada. Pire, d'autres traités, moins constitutionnels et plus économiques, moins politiques et plus libéraux, ont été votés sans référendum jusqu'au fameux accord "Merkozy" que François Hollande ne put ni ne sut renégocier en 2012. La "dé-démocratisation" de l’Union est à l’oeuvre, avec au coeur, l'Allemagne dont le dynamisme commercial a pillé l’Europe de l’intérieur.

Dix ans après le refus français, l'Union craque dans un monde en ébullition pour le plus grand bonheur des souverainistes autoritaires à la Viktor Orban ou de l'extrême droite fascisante sud-européennes. "La rage brune gagne en Europe" résume Mélenchon sur son blog. Quand des drames de migrants noyés dans la Méditerranée émeuvent enfin les opinions publiques, l'Union se révèle incapable de solidarité avec l'Italie, qui accueille le plus nombre de ces déracinés sur ses rivages. Nos dirigeants européens se disputent encore de savoir si la charge d'accueil peut être répartie. Le 28 mai, Jean-Claude Juncker a présenté son plan. "Sa mesure-phare concerne la répartition entre les Etats membres de 40 000 demandeurs d’asile arrivés depuis le 15 avril en Grèce et en Italie." Pour la France, on évoque 6 à 9.000 demandeurs d'asile qu'il faudrait ainsi héberger, une goutte d'eau qui n'empêche pourtant pas nos dirigeants politiques anesthésiés par la "rage brune" et anxiogène qui gagne le continent de pousser des cris d'orfraie. Une ancienne ministre estonienne prévient que "la race blanche est en danger". En France, Marine Le Pen est sur son terrain de jeu favori, elle demande la "reconduite systématique des bateaux de migrants vers les ports d’origine" au mépris du droit d'asile, le "gel de la politique de l’asile totalement encombrée", et, pire encore, la "suppression des aides sociales destinées aux demandeurs d’asile et aux clandestins pour les dissuader de venir, reconduite à la frontière des clandestins déjà arrivés en France".

Merci qui ?



Une dernière chose. Le Parti Socialiste a désigné sa nouvelle direction. C'est la même que l'ancienne.

Bonne semaine.


26 mai 2015

Le Pen, Sarkozy, la République en déshérence

Pourquoi écrire et que commenter ? 


La République s'offre en dénomination au parti-clan de l'ancien monarque. La France de 2015 a des relents de fin de seconde République. Cécile Duflot a eu tort de traiter le braillard Melenchon de Déroulède alors que Sarkozy sévit encore comme un Napoléon rescapé de Waterloo.

"Les Républicains" auront fort à faire, car nous sommes tous républicains. Certains mêmes plus que d'autres. La République est maltraitée par ceux qui s'en réclament.

Mais les Républicains partent déjà rassérénés par la tentative judiciaire de quelques opposants de les priver de cette appellation déjà trop coûteuse pour les finances d'un parti rendu exsangue par l'affaire Bygmalion. Dans quelques jours, le Congrès fondateur autorisera par plébiscite le changement de nom, comme si cela changerait le fond. Et Nicolas Sarkozy pourra jouer de cette ambiance pour se poser en victime du "système". Il faut attaquer Sarkozy sur le fond, jamais sur le futile. L'appellation d'un parti est futile. Il suffit de relire  comment les mouvements se dénommaient avant que la République ne sombre dans la Collaboration pour s'en rappeler.

Nicolas Sarkozy est plus inquiet pour ses affaires, ses propres tracas avec la justice. Il a sans doute ses raisons que la justice n'ignore pas. Pour l'instant, chaque parti de France devrait accoler la mention "parti républicain" comme mention descriptive, histoire de brouiller les pistes et de s'amuser encore un peu.

François Hollande s'est réfugié au Panthéon pour un hommage mérité à quatre figures de la résistance à l'obscurantisme, tandis que la fachosphère s'excite sur les réseaux sociaux contre un film qu'elle n'a pas vu - il n'est pas sorti - relatant la repentance d'un skinhead d'extrême droite. L'actualité est quand même sacrément vicieuse pour nous infliger pareille coïncidence.

Les Le Pen continuent leur cirque politico-familial. Contre l'avis de son grand-père, la jeune Marion Maréchal-Le Pen a déclaré sa candidature à la présidence de la région PACA.  Le bureau national du FN l'avait investi, quel suspense ! Vendredi dernier, une huitième personne a été inculpée dans l'enquête sur le financement politique du FN. Et Marion Maréchal-Le Pen avait l'habitude de se faire aider/financer par le micro-parti du patriarche.

Le patronat s'indigne que le gouvernement maintienne le principe du compte de pénibilité que les élus de la Nation ont voté, mais un syndicat s'indigne que le même gouvernement simplifie à l'extrême les conditions de son application. On cherche à comprendre qui a raison et qui a tort. Il reste difficile de sortir des caricatures, sauf pour celles et ceux qui cessent d'écouter les ultra-résumés de l'actualité chaude.Le ministre du travail, le fidèle et centriste François Rebsamen déclare sa flamme deux ans trop tôt et trois ans trop tard. Deux ans trop tôt puisqu'il y a fort à parier que Hollande ne le changera pas de place ministérielle; et que même Hollande a compris qu'il lui faudra rallier quelques soutiens à gauche dont Rebsamen ne fait pas partie.  Trois ans trop tard car Rebsamen aura fort à faire pour faire oublier comment Pôle emploi s'apprête à fouiller les comptes bancaires de ses inscrits.

Pourquoi écrire ? Que commenter ? 

Même Manuel Valls le catalan a oublié de féliciter Podemos pour sa victoire à Barcelone.

C'est dire...


23 mai 2015

420ème semaine politique: Hollande, Sarkozy, Mélenchon - les égarés.

Il y a 420 semaines, Nicolas Sarkozy était élu président et cet homme tente de sortir du cercueil de l'Histoire dans lequel il s'est lui-même enfermé. Son successeur ne l'a pas fait oublier. Sarkozy est son propre pire ennemi. Mais la France politique toute entière s'est égarée.


Hollande est à Berlin, Hollande livre quelque soutien à une de ses ministres mal en point dans une réforme du collège qui coagule des oppositions contradictoires mais virulentes. Hollande inaugure des usines ou des musées. Hollande travaille sa comparaison avec le Mitterrand de 1987 qui préparait sa réélection de 1988. La France d'alors cohabitait avec un Jacques Chirac nerveux et thatchérien, on a oublié cette période et les plus jeunes ne l'ont pas connue. La France de 1986 avait une trentaine de députés frontistes à l'Assemblée nationale, des députés d'obédience pétainiste ou poujadiste, et franchement xénophobes.

La France de 2015 cohabite avec Manuel Valls. 

Hollande et Valls sont à l'image de la classe politique - élus, militants, sympathisants et commentateurs: ils sont égarés et crispés, inconscients et hors sol. Ni Hollande ni Valls ne sont conscients des alliances nécessaires, respectueux des soutiens passés, intelligents avec une époque qui a besoin de calme et d'assurance. Une bonne politique serait cohérente avec l'urgence du moment, la précarité plutôt que les dividendes, l'investissement plutôt que l'image.
La période est curieuse. Hollande et Valls ne sont pas seuls dans l'égarement. Cette semaine encore, un large échantillon politique a révélé ses faiblesses.

Prenez la réforme du collège qui, relate Mediapart, aurait d'autres enjeux.  Le premier d'entre eux, paraît-il, est l'autonomie,  "20 % de l’emploi du temps des collégiens seront réservés à un enseignement 'interdisciplinaire'". Une disposition qui irrite nombre des opposants à la réforme. Mélenchon hurle à la fin du collège unique. En face, la droite toute entière crie à l'inverse que cette réforme impose un carcan supplémentaire et prône le "collège diversifié". S'ajoute le stress des enseignants à l'idée que des matières peu attractives comme les langues antiques ou l'allemand vont disparaitre si l'on ne maintient pas des options (antiques) ou des classes dédiées (bilangues). La question suivante est rarement abordée: vaut-il mieux maintenir quelques enseignements publics élitaires ou améliorer l'enseignement scolaire du plus grand nombre ? Tous les désaccords sont respectables, mais la violence caricaturale des arguments de part et d'autres laissent pantois.

Mardi, des enseignants manifestent ou font grève, le ministère et syndicats se disputent les taux de grévistes, 27% d'après le premiers, 50% d'après les seconds. La différence, explique la responsable du SNEP-FSU mardi soir, proviendrait de manipulations - le ministère n'aurait pas voulu compter les absents (sic!). Le lendemain, Hollande passe en force. Le décret de la réforme est signé. On ne comprend plus où est le dialogue social. Mais les opposants promoteurs du dialogue, à force de crier trop fort, n'ont-ils pas été une fois de plus contreproductifs , et poussé le gouvernement à régler rapidement cette affaire ?

Entre les concurrents UMPistes à la primaire présidentielle, c'est le concours Lépine des (mauvaises) idées.
 
Que l'UMP s'énerve n'a rien de surprenant. Pour les autres opposants en revanche... La droite présente son "collège idéal". Bruno LeMaire prend de vitesse Nicolas Sarkozy. Il ne veut plus que les gouvernements aient leur mot à dire sur les programmes (que n'a-t-il dit entre 2007 et 2012 ?), mais il refuse que l'enseignement public mette à mal la "fierté nationale". Passer sous silence les heures sombres de la patrie, quelle belle idée ! On croit rêver.

Jeudi, Sarkozy tente de se rattraper à Rillieux-la-Pape, près de Lyon, dans un meeting devant 2.500 militants. Il prépare son Congrès, dans quelques jours. La grande affaire du moment est un changement de nom drôlatique - les Républicains. "Les amis de “moi je” ont donc décidé que nous n'aurions pas le droit de nous appeler les Républicains. Moi, je ne luis conteste pas le droit d'être socialiste!" Nicolas Sarkozy

Se disputer des étiquettes politiques a remplacé chez certains le débat de fond.

Deux proches de Nicolas Sarkozy n'étaient pas à Rilleux-la-Pape. La justice leur court après, maintenant qu'ils ont perdu leur immunité parlementaire. Il y a bien sûr Patrick Balkany, dont on apprend que son évasion fiscale a été élaborée par un associé de Nicolas Sarkozy, l'avocat Arnaud Claude. Le second mal en point s'appelle Jérôme Lavrilleux, ancien directeur de campagne en 2012, qui a avoué l'an dernier l'ampleur des fausses factures de l'agence Bygmalion pour couvrir la fraude aux règles de financement électoral de Nicolas Sarkozy.
 
Manuel Valls est à Nice, aux côtés de Christian Estrosi. 
Il pense sans doute qu'une fraction des électeurs du maire de Nice et autres supporteurs surexcités de cette droite furibarde votera pour lui puisqu'il est venu s'inquiéter localement des "afflux de migrants". Ces migrants par milliers représentent quelque pouillème de pourcentage de population européenne ou française, mais on stresse "le retraité et la ménagère". Entre les caricatures complaisantes du sociologue désoeuvré qui s'indigne qu'on s'indigne après les attentats contre Charlie Hebdo et l'HyperCasher et les inflammations verbales anti-migratoire, comment ne pas perdre la tête ?

Manuel Valls était aux côtés de cette personne qui au même moment dérapait sur le blanchiment des deux policiers poursuivants les garçons Ziad et Bouna, électrocutés quelque part à Clichy-sous-Bois en 2005. A l'époque, ce drame avait déclenché des émeutes inédites en France. Le ministre de l'intérieur, incapable, s'appelait Nicolas Sarkozy. Dix ans plus tard, les deux flics sont blanchis, Marion Maréchal-Le Pen applaudit des mains et des pieds. Christian Estrosi renchérit et abonde sur iTélé.
— Bruce Toussaint : «Là, vous parlez de délinquants mais pour Zyed et Bouna, pour ces deux garçons, il n’y a aucune preuve qu’ils étaient délinquants.»
— Christian Estrosi : «Mais de quoi parlez-vous ? Ils étaient bien en excès de vitesse !»
Le même Estrosi était aux côtés de Manuel Valls la même semaine pour parler d'immigration.

On hallucine.

Ces postures misérables dégradent la politique.

Au PS, on vote pour quatre motions. Le parti cherche ses militants, les sections sont désertées. Même Montebourg est parti vendre des meubles Habitat. Le sujet - qui des légitimistes, des frondeurs ou de la "fabrique" l'emportera ? - a peu d'intérêt autre que politicienLe PS est trop faible pour qu'un changement de majorité en son sein change grand chose. Au final, près de la moitié des encartés ne se déplace pas. Et la direction sortante s'en tire avec 60% des suffrages exprimés.


Même en matière économique, le hasard fait désormais mal les choses. Mercredi, les Echos révèlent que le gouvernement réfléchit à plafonner légalement les indemnités que les prudhommes pourraient attribuer. Le même jour, Pôle Emploi confirme le renforcement des contrôles... sur les chômeurs de longue durée. François Rebsamen, ministre égaré du Travail, qui assume la décision, a le sens du timing. Il a raté le nouveau film de Stéphane Brizé, "Loi du Marché", avec un excellent Vincent Lindon, chômeur devenu vigile au service d'une répression sociale discrète et effroyable. Que connaît Rebsamen, maire de la bourgeoise Dijon, de la réalité ?

Comme il faut "équilibrer" , Rebsamen avait aussi une annonce - le rétablissement d'une prime de 300 euros par mois pour les chômeurs de plus de 60 ans, et une suggestion - que les partenaires sociaux réduisent le plafond d'indemnité chômage des cadres.

Cécile Duflot rompt avec Jean-Luc Mélenchon. 

Sa tribune publiée mercredi par Libération est un petit séisme. Il met un terme au rapprochement inachevé entre EELV et Parti de gauche. Il y avait pourtant matière à une nouvelle alliance. Duflot rappelle les convergences - le refus du "calamiteux traité Merkozy", le soutien à Syriza,

Duflot écrit tout fort ce que d'autres pensent trop bas. La posture anti-Merkel de Mélenchon devient germanophobe et souverainiste à force d'outrances. Et "l’invective n’est pas le meilleur moyen de se faire entendre d’un peuple." Ce reproche n'est pas nouveau. Forcément, chez "l'accusé", on se défend et on riposte. On sous-entend que le désaccord de Duflot avec Hollande/Valls était factice, que Duflot "cotise" au PS, qu'elle n'est qu'un "agent double" ou une "girouette".  Cette intolérance des plus braillards à supporter la critique en retour est fascinante.




Cette période politique est tristement fascinante, presque décourageante. Il ne reste plus qu'à distribuer des gifles, ici ou là, et surtout à tout le monde, afin de rééquilibrer le débat. Tenter de faire comprendre que personne n'est à l'abri, qu'il faudrait déjà commencer par calmer la forme pour approcher le fond, et retrouver le sens de l'échange des idées.



16 mai 2015

419ème semaine politique: Hollande, la nostalgie castriste et les amnésiques



C'était un voyage historique, on vous l'assure. Mais là n'était pas l'important. 

 

François Hollande a rencontré Fidel Castro.

 

Quelle affaire !




Le voyage fut express, une poignée de jours pour visiter Martinique, Guadeloupe, Saint-Barth, Saint-Martin et même Cuba. Lundi soir, le président français était rentré à Paris avec ses ministres et ses industriels, lesquels espèrent à juste titre ne pas laisser l'île récemment libérée du blocus nord-américain se faire accaparer par les entreprises de l'Oncle Sam. Aux Antilles, Hollande a fait beaucoup de cadeaux: quelques désagréables mesures de défiscalisation en Martinique ou à Saint-Barth, plus d'effectifs de  gendarmerie, un foyer éducatif, une annexe du tribunal de grande instance à Saint-Barth, un programme d'Erasmus caribéen, la création de deux IUT (Martinique et Guadeloupe), des selfies en cascade, du serrage de mains et des bisous partout.&nbsp
Hollande est en campagne, l'envoyée spécial du Figaro est glacé d'effroi qu'un président fasse aussi tôt campagne.
Un conseiller lâche: «Une main, un selfie, un bisou, ça fait trois voix». Bas les masques. Hollande aux Caraïbes : les coulisses d'un voyage au long cours", 14 mai 2015.
Un autre ancien thuriféraire de Sarkofrance s'en inquiète. Le même ne disait rien des tournées de voeux somptuaires et somptueuses de Nicolas Sarkozy.

Hollande rencontre Castro et c'est l'émoi ou la joie en Sarkofrance. 

Un député communiste accompagnant jubile, l'Huma applaudit, une gauche se félicite du rendez-vous. Hollande est habile, il s'attendait à ces effusions de joie, forcément provisoires: la gauche de la gauche ne se ralliera pas pour si peu.

A droite, c'est la consternation. Le Figaro publie un cliché figurant Hollande et Castro souriant et se serrant la main. Le vieux Fidel est encore et comme toujours en jogging Adidas. la photo, comme toutes les autres publiées sur cette rencontre, a été prise par l'un des fils de Fidel Castro. Les sarkozystes braillent, couinent et pleurent leur indignation sur toutes les ondes. Même l'ex-villepiniste Bruno Le Maire, ancien ministre des affaires européennes de Nicolas Sarkozy, habitué des génuflexions diplomatiques les plus scabreuses du quinquennat précédent, fustige le président. Tous ont été frappés de la forme la plus terrible de l'amnésie politique, la plus grave, la plus hypocrite. Celle qui vous fait oublier le cirque de l'Union pour la Mediterranée, les courbettes de Sarko devant le boucher Assad (2008), ses embrassades avec Poutine aux Jeux Olympiques de Pékin (2008), la tente de Kadhafi à l'hôtel Marigny (2007), ou le discours sur l'homme africain "insuffisamment entré dans l'histoire" à Dakar (juillet 2007). De quel droit un homme politique régulièrement rémunéré par des banquiers ou des autocraties étrangères pour quelques heures de conférences peut-il avoir quelque chose de digne à dire en terme de diplomatie droits-de-lhommiste ?

Qu'une rencontre avec Castro suscite autant d'émois avait finalement quelque chose de cocasse. La France politique de 2015 n'a plus beaucoup de repères, alors elle s'attribue les anciens, et sombre dans des joutes faciles. La France normale s'en fiche un peu. D'après quelques enquêtes, les Français sondés approuvent même.

Hollande est absent. 

Des sujets qui fâchent, il ne dit rien. En France, le chômage, la précarité, la pauvreté. Il attend la croissance, plus forte en France qu'en Allemagne au dernier trimestre. Et la fameuse inversion de la courbe du chômage qui suivra. Il laisse sa ministre de l'Education nationale batailler contre la coalition des contraires qui fustige la prochaine réforme du collège. Comme parfois, les critiques sont nombreuses et contradictoires. Quelques syndicats critiquent, d'autres soutiennent, la suppression d'options élitaires au profit d'un plus large enseignement. La droite furibarde tente de faire croire que cette ministre veut transformer nos collèges en écoles coraniques. Et d'autres encore s'inquiètent de l'autonomie pédagogique plus grande que le ministère propose.

Un hebdomadaire en remet une couche, en fin de semaine, sur Julie Gayet. Un autre, plus sérieux, plus drôle, plus triste aussi, est en crise. Charlie Hebdo, bêtement attaqué par l'intellectuel Emmanuel Todd, se déchire. La direction cherche à virer l'une de ses journalistes. L'emblématique Luz serait aussi sur le départ.

La France peut être Charlie même sans Charlie.

Après l'Auvergne, Poitou-Charentes, Manuel Valls poursuit sa tournée de signature des nouveaux contrats de plan Etat-Région. Les élections régionales sont proches. Lundi, le voici donc à Lyon, pour celui de  Rhône-Alpes, 2 milliards d'euros pour 5 ans, avant la fusion, l'an prochain de cette région avec l'Auvergne. Valls use d'une curieuse expression, relayée sur le site officiel du gouvernement: "Les montagnes ont toujours constitué un lien et non pas un obstacle".  Au passage, il "refuse" le plan social de Renault Trucks, 512 postes supprimés à  Saint-Priest dans la banlieue lyonnaise, annoncé le jour même. On ne sait pas très bien ce que cet interventionnisme de façade signifie, mais Valls a la formule ferme: "On ne peut pas accepter le plan qui nous a été présenté [...] il faut aujourd'hui trouver une autre solution". Laquelle ?

Dimanche, le premier ministre se montre à Cannes, le Festival vient d'ouvrir ses portes. Officiellement, c'est pour parler "droits d'auteur" alors que la Commission de Bruxelles lance une nouvelle salve contre l'exception culturelle française.

Jean-Luc Mélenchon entame la tournée promotionnelle de son dernier bouquin. Une charge anti-Merkel que d'aucuns résument à de la germanophobie. Ces derniers esprits faibles sont surtout aveugles, ou aveuglés, pour ne pas voir l'emprise parasitique de notre voisin d'Outre-Rhin sur l'économie européenne. Le modèle allemand, tant vanté de Nicolas Sarkozy aux socialistes convertis à la politique de l'offre, ne fonctionne que pour un seul pays, le premier, le plus puissant. Mélenchon pointe les dangers et en appelle à la solidarité avec le gouvernement grec, et de cette "Grèce qui change malgré tout".  La germanophobie qui "explose partout en Europe". "Ce sentiment peut virer à la haine xénophobe" car "Berlin se met au service d’une politique: l’ordo-libéralisme."

Sarkozy s'invite sur Twitter. 

Une photo de lui, une cravate bleue sur chemise blanche ou grise. L'ancien monarque nous propose d'inter-agir avec lui sur Twitter. L'opération est un fiasco. Les conseillers de Sarko sont contraints de trier les tweets pour trouver à qui répondre au milieu des railleries et des attaques. Sarkozy a toujours été du pain béni pour Internet.

On se régale. On apprend plein de choses, mais jamais l'essentiel. Sarkozy a fini la saison 3 de Homeland, mais ne répond pas sur ses tracas avec la justice.

Cherchez l'erreur.



Un maire UMP d'une commune des Bouches-du-Rhône achève le show d'un tweet promettant l'interdiction de l'islam en France en octobre 2017 si Sarkozy était réélu président. Quelques ténors UMPistes s'indignent, comme par réflexe. Mais cette droite reste agitée par les démons migratoires. Sa presse de prédilection travaille à effrayer le chaland, surtout âgé. La nouvelle que l'Europe allait se "partager" les migrants clandestins provoque des crises d'urticaire xénophobe. Passée l'émotion de la noyade de quelques milliers de clandestins en Méditerranée, on décrypte les routes clandestines à travers l'Europe, on jette d'alarmantes statistiques ("alerte rouge à la frontière franco-italienne"). On ne parle pourtant que de deux cent mille clandestins dont il faudrait allouer l'accueil entre une dizaine de pays européens. Sur une chaîne de télévision nationale, le "journaliste" pose la question qui tue, depuis son présentoir sur-éclairé: "y-a-t-il une droitisation de la société ?"

Mercredi, le maire de Nice Estrosi propose plutôt de couler les bateaux des passeurs dans les ports de l'autre côté de la Méditerranée. Vendredi, le député UMP Eric Ciotti réclame le retour au droit du sang. Il ressort les arguments de l'extrême droite, même les plus crétins, comme ce dernier: "on ne peut pas, aujourd'hui, donner la nationalité par hasard". Y-a-t-il plus grand hasard que la nationalité héritée de naissance ? 

 La droite républicaine est-elle perdue ? Elle zigzague entre délires frontistes et attaques primaires.

Ami sarkozyste, ressaisis-toi.






Crédit illustration: DoZone Parody - Croisepattes.

9 mai 2015

418ème semaine politique: La France vigipiratée

Mardi, l'Assemblée nationale a fini par voter la loi sur le Renseignement. Mais c'est toute la France, son débat politique, sa classe médiatique, et ses intellectuels qui semblent "vigipiratés".

Patriot Act
Ce n'est pas encore un Patriot Act qui autoriserait la détention arbitraire comme dans l'Amérique paranoïaque post-11 Septembre, mais on en prend le chemin dans l'indifférence populaire la plus complète. D'après les sondages, les citoyens acceptent et tolèrent ces restrictions de liberté. A force d'être fichés par les géants et les petits du Net, nos citoyens ont comme perdu tout sens de vie privée et de réflexe démocratique.

Cette loi autorise, sans validation préalable du pouvoir judiciaire, l'espionnage généralisé pour des motifs aussi large que l'intelligence économique, l'atteinte aux intérêts de la République ou la contestation de nos institutions. On est bien loin, très loin, trop loin du terrorisme. 

Pour voter cette loi, le gouvernement a même trouvé quatre députés écologistes dont l'ancien critique Denis Baupin, élu de Paris: "il fallait bien encadrer juridiquement des pratiques qui avaient déjà lieu" justifie-t-il. Le naufrage d'EELV n'en a que trop durer.
"Un peuple prêt à sacrifier un peu de liberté pour un peu de sécurité ne mérite ni l’une ni l’autre, et finit par perdre les deux." Benjamin FRANKLIN.
Quelques heures plus tard, un ancien dossier de Sarkofrance refait surface, l'affaire Coupat. De la bande de Tarnac interpelée une nuit de novembre 2008, il ne reste que 3 mis en examens, sur les 9 d'origine, qui vont être prochainement déférés devant le tribunal. Le ministère public a rendu son rapport. Il maintient une partie des accusations initiales, notamment celle de de sabotage « en relation avec une entreprise terroriste ». Sans preuve, il suppose que Julien Coupat, le "leader" du groupe, est également l'auteur de "L'insurrection qui vient", un ouvrage qui contestait la République bourgeoise. C'est forcément un nouveau sacrilège post-Loi sur le Renseignement. Et qu'importe si il n'y a pas eu d'attentat, qu'importe si le sabotage de la voie ferrée en 2008 ne pouvait déclencher de déraillement ni de victimes. Selon le ministère public, le terrorisme n'a pas besoin d'être meurtrier pour en être. Voilà où nous en sommes...

La France de 2015 laisse Eric Zemmour publier ses éructations xénophobes et racistes, mais un ouvrage anonyme prônant la révolution des pauvres suffit comme preuve à charge dans une machination sarkozyste.

La France vigipiratée a fait une autre victime que la démocratie, un sociologue. Les excès de la première ont fait déraper le second.

Il a suffit de quelques extraits bien choisis d'un pamphlet du sociologue Emmanuel Todd pour que la gauche intellectuelle se déchire dans l'une de ces joutes dont elle raffole. La polémique embarque Manuel Valls, le plan de com' de l'intello a réussi. Todd accuse les "Je suis Charlie" d'être les (in)dignes successeurs de la France vichyste et catholique. Il récuse le droit de caricature quand ce dernier s'attaque à la religion des faibles. Il s'énerve qu'on oublie les vrais sujets, précarité et exclusion d'un trop grand nombre de Français. Quatre mois après les attentats de Paris, le clash prend inévitablement de l'ampleur. La saillie de Todd contre les manifestants du 11 janvier est d'une bêtise immature et contreproductive assez crasse: elle replace l'attention médiatique quatre mois avant, sur l'exact sujet - le terrorisme islamiste - que Todd considère comme la diversion politique majeure du moment. Vendredi sur RMC, face à Jean-Jacques Bourdin, Todd débloque un peu plus dans ses comparaisons en traitant Manuel Valls de "pétainiste".

République
Le bureau politique de l'UMP a validé, à l'unanimité, son changement de nom. Le parti sarkozyste s'appellera les Républicains. On va rire. On rit déjà à l'idée de l'embrouillamini général quand chacun se s'appellera républicain autour de nos tables de débats télévisés... On rit mais on devrait pleurer en se rappelant la République exemplaire de Nicolas Sarkozy. Jeudi, la cour d'appel de Paris validait les écoutes téléphoniques de l'ex-chef de l’État, grâce auxquelles Sarkozy a pu être mis en examen pour corruption et trafic d'influence l'an passé. S'ajoute l'affaire Bygmalion sur sa fraude aux règles de financement électoral. Car ce point est acquis - l'équipe Sarkozy a dépensé près du double du plafond légal pour tenter "d'inverser les courbes" et de faire réélire son patron. Dans leur investigation, les enquêteurs ont découvert que des clients de Bygmalion avaient même pris en charge quelques frais du (second) mariage de Jean-François Copé. Cette semaine, l'ancien conseiller en communication de sarkozy, Franck Louvrier, est resté quelques heures en garde à vue. Qu'ils sont exemplaires, ces Républicains.

La vie est belle.

Pour sa troisième bougie à l'Elysée, Hollande s'est entouré de quelques jeunes, sans tambour, ni trompettes, ni bougies. Mercredi, au Conseil économique, social et environnemental, il échange, livre une annonce, la transformation de la journée défense et citoyenneté en journée d'aide à l'orientation et à la formation. Il rappelle que la généralisation du tiers payant sera profitable aux jeunes, rarement capables d'avancer les sommes d'une consultation. Jeudi, il est dans une école pour vanter les mérites du développement du numérique en milieu scolaire. Un milliard d'euros pour équiper 70% des élèves de primaire et des collèges d'ici 3 ans.

Hollande est en campagne, déjà, pour sa réélection. Il sillonne le pays. Après une rapide cérémonie d'hommage au 70ème anniversaire de la fin du second conflit mondial, il est parti loin, dans les Caraïbes. Un cliché à Saint Barthelemy, un autre à Saint Martin. Sa destination est Cuba, une visite historique à plusieurs égards.

Affaires
Nicolas Sarkozy s'invite dans les colonnes du Figaro pour fustiger les "reculs de la République". Le voici qui ose: "De mémoire de citoyens, jamais la France n'avait été si profondément trompée". Ou encore: "Cet échec n'est pas seulement passif puisqu'il a personnellement contribué à ce désastre par une politique fiscale d'une brutalité sans précédent." Il ferait mieux de se rappeler d'où il vient, et où il en est encore maintenant. A trois ans de son mandat, Sarkozy était en vrac. L'ancien monarque en était à tenter de faire oublier son Bling Bling et son immaturité politique. Il avait déjà creusé de 400 milliards d'euros la dette du pays (600 à la fin du quinquennat), allégé les impôts des plus riches, insécurisé les plus pauvres, et lancé un funeste débat sur l'identité nationale. Sarkozy en 2010 plongeait la France dans le souvenir du pétainisme.

La République ne recule pas sur ce coup-là, Nicolas. Elle vient vous chercher, par la Justice.
"Cette 157ème semaine de Sarkofrance fut celle d'un triste anniversaire. Les bougies n'étaient pas là. Tout juste un petit livret d'autodéfense du bilan des 3 ans de Sarkozy à l'Elysée fut-il rapidement envoyé aux médias et aux élus. Crise européenne oblige, Sarkozy promet avec Merkel une plus grande surveillance budgétaire des Etats. Et le collaborateur Fillon a dû avouer quelques mesures de rigueur. Mais qu'on se rassure, en France comme en Europe, ni les riches, ni les traders ne sont concernés." 156ème semaine de Sarkofrance, 8 mai 2010.
Hollande n'a pas ces soucis. Présidentiel, il l'est. Mais seul, incroyablement seul. Le gars a claqué la porte au nez de sa gauche, persuadé qu'il l'emportera tout seul en 2017. Il a fait voter une cascade de lois détestables, inefficaces ou dangereuses. Et il est persuadé que la modernisation de la gauche consiste à adopter le programme de l'UDF des années 80.

Bref, Hollande a littéralement neutralisé la politique.

Rivalités
Le même 6 mai, Manuel Valls a une curieuse initiative. Il fait publier "l'agenda des réformes", un site interactif pour faire la promo des actions... de l'équipe Valls. La démarche est sourire, plutôt qu'un bilan argumenté des trois premières années du quinquennat, l'équipe dégaine au contraire un état promotionnel des actions de l'équipe ... Valls. Comme si la présidence Hollande avait débuté ce jour révélateur de la nomination de Valls à Matignon, au printemps 2014.

Exit Jean-Marc Ayrault. Manuel Valls lit avec plaisir et satisfaction l'avance sondagière que les enquêtes d'opinion lui donnent sur François Hollande et même Nicolas Sarkozy pour 2017. Et il a un temps devant lui que les autres n'ont pas.

L'interface permet de filtrer les résultats de recherche par thème. Si l'utilisateur s'arrête sur la réduction des inégalités, le bilan est maigre, très maigre, incroyable maigre: pour faire bonne figure, Matignon y a classé tous les efforts de la jeune ministre de l'Education nationale. Najat Vallaud-Belkacem se prend des coups en cascade, de sa gauche et de sa droite. Elle a annoncé une réforme des programmes du collège qui attire toutes les caricatures, même les plus répugnantes, entendues sur quelques radios nationales. La seconde contributrice à la réduction des inégalités par Valls est Marisol Touraine et ses réformes de la santé:

Cette semaine, le duo Jean-Marie/Marine termine son divorce en public. Lundi, le comité central du FN suspend le président d'honneur de son adhésion au parti devenu mariniste. Le patriarche est en rage, le cirque s'étale dans les gazettes. Jean-Marie enjoint Marine de se marier rapidement pour qu'elle change de nom. Vendredi, il publie le long réquisitoire qu'il a livré devant la quarantaine de cadres du parti. Une semaine avant, l'extrême droite s'excitait sur l'islamisation des pizzas, sans rire.
"Ce sont les événements qui nous rallient l’opinion de nos concitoyens." Jean-Marie Le Pen, 4 mai 2015

Le meilleur atout de Hollande est le retour de la croissance en Europe. Ce dernier lui permet, à bon compte, de faire encore un peu d'interventionnisme. Après Renault, l'Etat augmente aussi sa participation dans Air France pour imposer les droits de vote double à la prochaine AG. Cette disposition permet de sécuriser l'actionnariat national. Cet interventionnisme est minimaliste. La filière nucléaire est en crise. Le nucléaire français tourne au fiasco. Areva, cette semaine, annonce 6.000 suppressions de postes. A Flamanville, l'EPR coûtera au moins 5 milliards d'euros de plus que prévu. Rien que cela...

Cette croissance économique, la Grèce espère en profiter si elle parvenait à déserrer l'étau de ses créanciers. Au Royaume Uni, cette reprise, qui laisse des millions de nouveaux et anciens précaires sur le carreau, a permis la réélection surprise du conservateur David Cameron. Ce résultat rappelle aussi à tous que les sondages sont incertains. Nos voisins britanniques vont-ils rester européens ?  La question est posée avec plus d'acuité qu'auparavant.

Cette reprise économique, en France, est modeste. Hollande veut croire et faire que ses (contre)réformes depuis 2013 (CICE, pacte irresponsable, assouplissement du code du travail, loi Macron) sont autant d'accélérateurs à disposition des entreprises françaises pour que le pays reparte.

Juste à temps pour le Grand Scrutin de 2017.







6 mai 2015

6 mai 2015: que peut célébrer François Hollande ?

François Hollande fête ses 3 ans à l'Elysée et que voulez-vous célébrer ?


Il a vaincu l'ancien Monarque, un Sarkozy qui a renié sa parole de retrait définitif pour revenir dans le jeu deux ans plus tard.

Il n'a pas vaincu la finance, promesse inouïe que d'aucuns avaient pris à la lettre, grave défaut de cette Vème République qui infantilise les citoyens. Mais il a fait peu, très peu, rien même, contre la finance.

Il a fait la guerre au Mali. Certains pensaient qu'il fallait laisser AQMI prendre le contrôle d'un pays à quelques heures de vol de Paris. C'était avant Daesch. Aujourd'hui, les mêmes se taisent.

Il a assoupli le code de travail, s'abritant derrière un accord interprofessionnel scabreux signé en 2013. Il a accepté, nommé, promu, soutenu Manuel Valls à Matignon. Il a fait voter le mariage gay, mais pensé que ce progrès suffirait à taire les oppositions contre une politique de l'offre que Sarkozy n'a pas réussi à mettre en place.

Il triangule la droite. La gauche ne l'a pas élu pour cela. La droite qui a voté pour lui contre Sarkozy était minoritaire dans les suffrages du 6 mai 2012, mais elle était là. François Bayrou a appelé à voter contre Sarkozy.

Il n'a pas les affaires en cascade et en casseroles de l'ancien monarque. Hollande est comme Tintin quand Sarkozy est comme Capone.

Il a réduit d'une quarantaine de milliards d'euros les cotisations sociales des entreprises, ajouté un crédit d'impôt au cas où cela ne suffirait pas. Puis, depuis, il attend les embauches. Hollande est un naïf de la politique de l'offre.

Il a été grand quand la France a été frappée en janvier 2015 par une poignée de djihadistes français. Nous étions Charlie, mais l'esprit du 11 janvier n'a pas duré.

Il a subi son ex- , le déballage involontaire de sa vie privée. François Hollande est le second président de la vie 2.0.

II n'a pas appliqué le programme du Front de gauche, il n'avait été élu sur cela. Mais il a tourné le dos à sa gauche, et gravement. Hollande part seul au centre, et donc à droite, pour 2017.

Il a fait voter une loi sur le renseignement qui, sous prétexte de lutte contre le terrorisme, permettra d'écouter, d'espionner, de ficher le moindre protestataire en France.

Il n'a rien fait, ou très peu, pour les précaires de ce pays.  On cherche la différence.

Il a augmenté les impôts comme jamais, mais sur les plus fortunés du pays. Il a raté la com' sur cette affaire là. Les revenus du capital sont traités par l'impôt comme les revenus du salariat.


6 mai 2015, faites votre bilan, en toute honnêteté.




Crédit illustration: DoZone Parody

2 mai 2015

417ème semaine politique: Hollande contre le PS, Le Pen contre ses démons.

Hollande fête ses trois ans à l'Elysée, vigilant mais optimiste. Marine Le Pen subit l'un des plus gros ratages de communication depuis son irrésistible ascension vers les sommets du pouvoir. 

 

Et Nicolas Sarkozy est en vacances au cap Nègre.


Hollande, petit Mitterrand.
François Hollande est à quelques jours de son troisième anniversaire à l'Elysée. Il termine la semaine dans les émirats. Les ventes de Rafales se succèdent. Voici le Qatar qui en prend 24. Quelles contreparties politiques ou diplomatiques cette bonne affaire commerciale aura-t-elle pour le pays ? On n'en parle plus. 

Jeudi, Hollande avait tranché: "J’ai pris ces décisions comme chef des armées, dans un contexte budgétaire que chacun connaît ". D'un coup, il s'est placé en chef de guerre. Et il écrase ses critiques de l'intérieur, de gauche comme de droite. En visite à Brest, où une quarantaine de CRS locaux s'étaient soudainement fait porté pâle, le président français débloque près de 4 milliards d'euros pour la Défense nationale. Depuis quelques semaines, le débat faisait rage, Michel Sapin contre Jean-Yves Le Drian, la rigueur budgétaire contre l'effort de défense. Même la surveillance anti-terroriste, qui mobilise quelque 7.000 policiers et gendarmes supplémentaires, est maintenue.

Diplomatie, défense nationale, gros contrats et lutte contre le terrorisme, Hollande fête ses trois ans à l'Elysée sans les soucis de "présidentialité" de son prédécesseur. On se souvient en effet des efforts de Sarkozy à se "présidentialiser" pendant les deux dernières années de son quinquennat, de prises de distance multiples en déplacements thématiques, il chercha à se forger l'image d'un chef d'Etat, au-dessus des partis et courageux dans la tempête économico-financière qui frappait le monde depuis l'automne 2008. Il n'y parvint pas, mais il y travailla beaucoup. Il s'agissait de faire oublier ses dérapages Bling Bling, son exhibitionnisme volontaire, sa grossièreté agitée qui embarrassait dans les sommets internationaux. Sarkozy ne faisait pas président mais chef de clan. Hollande est président, mais n'a plus de clan. En peu de temps et quelques crises gravissimes, Hollande s'est figé en Mitterrand, il s'est satellisé au-dessus de nos têtes, ultra-présidentiel et totalement déconnecté. Mais il a perdu le soutien d'un parti, le sien.

Mitterrand avait un destin européen, main dans la main avec Helmut Kohl et résistant contre l'ineffable Thatcher. Hollande est un spectateur de l'impuissance politique européenne, le passager silencieux de la dévitalisation politique de l'UE par le gouvernement Merkel. Il suit, docile, les attaques de l'euro-group contre la Grèce; il pleure, impuissant, les naufrages meurtriers des bateaux de migrants dans la Méditerranée. Tout juste Hollande est-il actif en Ukraine.

Mitterrand avait réussi à faire le vide politique autour de lui. Hollande y travaille merveilleusement bien. Il divorce de l'opposition de gauche, trop faible pour exister seule. Il se réjouit même des progrès de Sarkozy à droite, qui reste un épouvantail politique idéal.

Hollande fête ses trois ans à l'Elysée. Nicolas Sarkozy souffle la troisième bougie de son licenciement. Les juges ont recueilli quelques nouveaux témoignages sur sa fraude au financement politique en 2012. L'ancien monarque est au Cap Nègre. Il tente de convaincre jusqu'à l'UMP que "les Républicains" est un chouette nom pour la reconquête. On entend Roger Karoutchi, sénateur UMP du fief des Hauts-de-Seine, s'envoler dans les arguments: "'Les Républicains' seront comme les soldats de l'an II, ceux qui porteront des idées fortes, pour la remettre à sa vraie place." Ces nouveaux soldats de l'an II tiendront-ils congrès au Fouquet's ?

Marine Le Pen avait tenté, non sans un relatif succès, de faire une OPA sur la laïcité pour mieux normaliser ses outrances xénophobes. Sarkozy suit la même tactique, cette fois-ci sur la République elle-même.

Cette course à l'échalote surprend peu.

L'abandon du Parti socialiste
Le Parti socialiste entame la dernière ligne droite vers son congrès prévu début juin. Trois motions principales s'affrontent, pour trois visions qui sont autant de nuances au sein d'un parti dévitalisé par la pratique du pouvoir de François Hollande. Il y a les frondeurs (motion B), les critiques (motion C), les "quasi- frondeurs" (motion D) et les fidèles (motion A). Bizarrement, la critique Martine Aubry a rejoint la motion de la direction aux côtés des "réformateurs", les plus à droite du parti, politiquement perdus entre Modem et UDI; les plus frondeurs comptent d'anciens ministres- Benoit Hamon, Aurélie Filippetti; les moins frondeurs semblent les seuls à espérer la victoire en 2017.

Tout porte à croire que pour les caciques de l'actuelle équipe aux commandes, le Grand Scrutin de 2017 est déjà perdu et François Hollande une parenthèse qui se refermera bientôt. Le texte de la direction appelle au "renouveau des socialistes par la réussite gouvernementale". Soit l'enterrement par l'échec vallsien.

Il y a trois raisons au moins pour croire à cette démission programmée des dirigeants du premier parti de la gauche. Primo, les échecs politiques successifs de Hollande depuis 2012 ne donnent aucune raison d'espérer une victoire facile. Toutes les élections intermédiaires ont été perdues; les alliés écologistes ont disparu. La gauche gouvernementale s'est aliénée la gauche d'opposition. Les mouvements de girouette incessants ont fini par donner le tournis, ou la nausée. Secundo, un quinquennat est trop court pour achever la recomposition politique du pays. Le centre-droit a préféré se jeter dans les bras de l'UMP dirigée et digérée par Nicolas Sarkozy. Certains hiérarques socialistes attendent que ce centre divorce de cette ex-droite forte et furibarde. Mais ce divorce est peu prévisible dans les deux années à venir.

Tertio, quelques-uns de ses leaders socialistes sont encore jeunes, du moins dans l'échelle temporelle de notre vie politique nationale. Manuel Valls en tête, et nombre de ministres quinqua ou quadra de l'équipe gouvernementale pensent avoir du temps devant eux. Pourquoi laisser Hollande l'emporter en 2017 ? 

Cette démission programmée est aussi suicidaire que le pari présidentiel d'un duel PS/FN au second tour de 2017 est risqué et cynique. Dans les deux cas,  les stratégies d'alliances sont négligées, le pays est oublié, la politique abîmée.


Ratage frontiste devant Jeanne d'Arc
Premier mai oblige, le FN a dressé son habituelle estrade à proximité de la statue de Jeanne d'Arc, à Paris. Jeanne est aussi, et surtout, le nom du micro-parti de Marine Le Pen par lequel transite toutes sortes de dons et de facturations de frais de campagne sur lesquels deux juges enquêtent désormais. Trois proches de la présidente du FN ont été mis en examen.

Ce 1er mai est raté, il fait moche. Marine se fait surprendre par Jean-Marie. Le patriarche, qui attend toujours son exclusion du FN après ses propos pétainistes, est arrivé par surprise sur l'estrade, coupant le discours de sa fille, un manteau rouge sur le dos. A côté, Marine Le Pen grimaçait.

Quelques minutes plus tard, trois FEMEN font le salut nazi au cri de "Heil Le Pen" sur un balcon voisin. On entend une militante frontiste crier "sale nègresse de merde !". Et un autre leur souhaite d'être violée. Le FN a la rancune rapidement ordurière. Trois membres du service d'ordre frontiste déboulent et cognent les 3 perturbatrices. L'un d'entre eux lève le bras d'un salut ambigüe. Ils sont ensuite arrêtés à leur tour par la police. Dans la rue, des journalistes sont aussi cognés par des militants frontistes.



Le FN est un parti qui répond à la critique par la violence physique.


La faute du Monde
Le 25 avril 2015, un tremblement de terre surpuissant dévaste le Népal. Des centaines de touristes, de smilliers de morts. Et forcément YouTube, Twitter et nos chaînes d'information emballées pour partager ce drame humain. Comme pour toute catastrophe naturelle dans un pays pauvre, quelques micro-polémiques naissent assez vite sur la disproportion des secours engagés pour les touristes assurés.

La veille, une fillette échappe à la mort mais pas au viol. L'actualité sait être détestable à répétition. Un homme est rapidement arrêté, confondu par son ADN retrouvé sur les vêtements de la fillette kidnappée. Son visage, émacié et abîmé par un strabisme divergeant, est placardé sur tous les écrans comme dans un mauvais feuilleton.

La civilisation de l'image n'a plus aucune de retenue.

Jeudi, un quotidien du soir consacre sa première page aux "Jupes longues musulmanes, nouvelle fracture à l'école". En cause, un fait divers dans les Ardennes où une collégienne non-voilée a été interdite d'établissement à cause d'une jupe jugée trop longue. Pour justifier son délire paranoïaque, Le Monde explique que ce cas n'est pas isolé, il y en aurait une centaine par an. Résumons la situation: la France compte plus de 5 millions d'élèves au collège et au lycée. Un collectif recense une centaine de cas de "jupes trop longues pour être laïques". Et voici que le Monde s'autorise à qualifier le problème de "nouvelle fracture à l'école".  Et après ? Faut-il s'attendre à des dossiers sur le port des sandales, ou la couleur des maillots ?

Qu'un journal dit de référence se fracture ainsi sous nos yeux est saisissant, et symptomatique d'une période où les repères se brouillent.

On invente des débats qui n'existent pas.



Ami citoyen, bon courage.