16 mai 2015

419ème semaine politique: Hollande, la nostalgie castriste et les amnésiques



C'était un voyage historique, on vous l'assure. Mais là n'était pas l'important. 

 

François Hollande a rencontré Fidel Castro.

 

Quelle affaire !




Le voyage fut express, une poignée de jours pour visiter Martinique, Guadeloupe, Saint-Barth, Saint-Martin et même Cuba. Lundi soir, le président français était rentré à Paris avec ses ministres et ses industriels, lesquels espèrent à juste titre ne pas laisser l'île récemment libérée du blocus nord-américain se faire accaparer par les entreprises de l'Oncle Sam. Aux Antilles, Hollande a fait beaucoup de cadeaux: quelques désagréables mesures de défiscalisation en Martinique ou à Saint-Barth, plus d'effectifs de  gendarmerie, un foyer éducatif, une annexe du tribunal de grande instance à Saint-Barth, un programme d'Erasmus caribéen, la création de deux IUT (Martinique et Guadeloupe), des selfies en cascade, du serrage de mains et des bisous partout.&nbsp
Hollande est en campagne, l'envoyée spécial du Figaro est glacé d'effroi qu'un président fasse aussi tôt campagne.
Un conseiller lâche: «Une main, un selfie, un bisou, ça fait trois voix». Bas les masques. Hollande aux Caraïbes : les coulisses d'un voyage au long cours", 14 mai 2015.
Un autre ancien thuriféraire de Sarkofrance s'en inquiète. Le même ne disait rien des tournées de voeux somptuaires et somptueuses de Nicolas Sarkozy.

Hollande rencontre Castro et c'est l'émoi ou la joie en Sarkofrance. 

Un député communiste accompagnant jubile, l'Huma applaudit, une gauche se félicite du rendez-vous. Hollande est habile, il s'attendait à ces effusions de joie, forcément provisoires: la gauche de la gauche ne se ralliera pas pour si peu.

A droite, c'est la consternation. Le Figaro publie un cliché figurant Hollande et Castro souriant et se serrant la main. Le vieux Fidel est encore et comme toujours en jogging Adidas. la photo, comme toutes les autres publiées sur cette rencontre, a été prise par l'un des fils de Fidel Castro. Les sarkozystes braillent, couinent et pleurent leur indignation sur toutes les ondes. Même l'ex-villepiniste Bruno Le Maire, ancien ministre des affaires européennes de Nicolas Sarkozy, habitué des génuflexions diplomatiques les plus scabreuses du quinquennat précédent, fustige le président. Tous ont été frappés de la forme la plus terrible de l'amnésie politique, la plus grave, la plus hypocrite. Celle qui vous fait oublier le cirque de l'Union pour la Mediterranée, les courbettes de Sarko devant le boucher Assad (2008), ses embrassades avec Poutine aux Jeux Olympiques de Pékin (2008), la tente de Kadhafi à l'hôtel Marigny (2007), ou le discours sur l'homme africain "insuffisamment entré dans l'histoire" à Dakar (juillet 2007). De quel droit un homme politique régulièrement rémunéré par des banquiers ou des autocraties étrangères pour quelques heures de conférences peut-il avoir quelque chose de digne à dire en terme de diplomatie droits-de-lhommiste ?

Qu'une rencontre avec Castro suscite autant d'émois avait finalement quelque chose de cocasse. La France politique de 2015 n'a plus beaucoup de repères, alors elle s'attribue les anciens, et sombre dans des joutes faciles. La France normale s'en fiche un peu. D'après quelques enquêtes, les Français sondés approuvent même.

Hollande est absent. 

Des sujets qui fâchent, il ne dit rien. En France, le chômage, la précarité, la pauvreté. Il attend la croissance, plus forte en France qu'en Allemagne au dernier trimestre. Et la fameuse inversion de la courbe du chômage qui suivra. Il laisse sa ministre de l'Education nationale batailler contre la coalition des contraires qui fustige la prochaine réforme du collège. Comme parfois, les critiques sont nombreuses et contradictoires. Quelques syndicats critiquent, d'autres soutiennent, la suppression d'options élitaires au profit d'un plus large enseignement. La droite furibarde tente de faire croire que cette ministre veut transformer nos collèges en écoles coraniques. Et d'autres encore s'inquiètent de l'autonomie pédagogique plus grande que le ministère propose.

Un hebdomadaire en remet une couche, en fin de semaine, sur Julie Gayet. Un autre, plus sérieux, plus drôle, plus triste aussi, est en crise. Charlie Hebdo, bêtement attaqué par l'intellectuel Emmanuel Todd, se déchire. La direction cherche à virer l'une de ses journalistes. L'emblématique Luz serait aussi sur le départ.

La France peut être Charlie même sans Charlie.

Après l'Auvergne, Poitou-Charentes, Manuel Valls poursuit sa tournée de signature des nouveaux contrats de plan Etat-Région. Les élections régionales sont proches. Lundi, le voici donc à Lyon, pour celui de  Rhône-Alpes, 2 milliards d'euros pour 5 ans, avant la fusion, l'an prochain de cette région avec l'Auvergne. Valls use d'une curieuse expression, relayée sur le site officiel du gouvernement: "Les montagnes ont toujours constitué un lien et non pas un obstacle".  Au passage, il "refuse" le plan social de Renault Trucks, 512 postes supprimés à  Saint-Priest dans la banlieue lyonnaise, annoncé le jour même. On ne sait pas très bien ce que cet interventionnisme de façade signifie, mais Valls a la formule ferme: "On ne peut pas accepter le plan qui nous a été présenté [...] il faut aujourd'hui trouver une autre solution". Laquelle ?

Dimanche, le premier ministre se montre à Cannes, le Festival vient d'ouvrir ses portes. Officiellement, c'est pour parler "droits d'auteur" alors que la Commission de Bruxelles lance une nouvelle salve contre l'exception culturelle française.

Jean-Luc Mélenchon entame la tournée promotionnelle de son dernier bouquin. Une charge anti-Merkel que d'aucuns résument à de la germanophobie. Ces derniers esprits faibles sont surtout aveugles, ou aveuglés, pour ne pas voir l'emprise parasitique de notre voisin d'Outre-Rhin sur l'économie européenne. Le modèle allemand, tant vanté de Nicolas Sarkozy aux socialistes convertis à la politique de l'offre, ne fonctionne que pour un seul pays, le premier, le plus puissant. Mélenchon pointe les dangers et en appelle à la solidarité avec le gouvernement grec, et de cette "Grèce qui change malgré tout".  La germanophobie qui "explose partout en Europe". "Ce sentiment peut virer à la haine xénophobe" car "Berlin se met au service d’une politique: l’ordo-libéralisme."

Sarkozy s'invite sur Twitter. 

Une photo de lui, une cravate bleue sur chemise blanche ou grise. L'ancien monarque nous propose d'inter-agir avec lui sur Twitter. L'opération est un fiasco. Les conseillers de Sarko sont contraints de trier les tweets pour trouver à qui répondre au milieu des railleries et des attaques. Sarkozy a toujours été du pain béni pour Internet.

On se régale. On apprend plein de choses, mais jamais l'essentiel. Sarkozy a fini la saison 3 de Homeland, mais ne répond pas sur ses tracas avec la justice.

Cherchez l'erreur.



Un maire UMP d'une commune des Bouches-du-Rhône achève le show d'un tweet promettant l'interdiction de l'islam en France en octobre 2017 si Sarkozy était réélu président. Quelques ténors UMPistes s'indignent, comme par réflexe. Mais cette droite reste agitée par les démons migratoires. Sa presse de prédilection travaille à effrayer le chaland, surtout âgé. La nouvelle que l'Europe allait se "partager" les migrants clandestins provoque des crises d'urticaire xénophobe. Passée l'émotion de la noyade de quelques milliers de clandestins en Méditerranée, on décrypte les routes clandestines à travers l'Europe, on jette d'alarmantes statistiques ("alerte rouge à la frontière franco-italienne"). On ne parle pourtant que de deux cent mille clandestins dont il faudrait allouer l'accueil entre une dizaine de pays européens. Sur une chaîne de télévision nationale, le "journaliste" pose la question qui tue, depuis son présentoir sur-éclairé: "y-a-t-il une droitisation de la société ?"

Mercredi, le maire de Nice Estrosi propose plutôt de couler les bateaux des passeurs dans les ports de l'autre côté de la Méditerranée. Vendredi, le député UMP Eric Ciotti réclame le retour au droit du sang. Il ressort les arguments de l'extrême droite, même les plus crétins, comme ce dernier: "on ne peut pas, aujourd'hui, donner la nationalité par hasard". Y-a-t-il plus grand hasard que la nationalité héritée de naissance ? 

 La droite républicaine est-elle perdue ? Elle zigzague entre délires frontistes et attaques primaires.

Ami sarkozyste, ressaisis-toi.






Crédit illustration: DoZone Parody - Croisepattes.

2 commentaires:

  1. Je ne crois pas que "thuriféraire" ait le sens que Juan lui prête. Encore que j'ignore quel sens il lui prête.

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  2. @ Juan
    Quand tu écris au sujet d’Hollande que, « des sujets qui fâchent, il ne dit rien* », tu euphémises, comme on dit. La pauvreté, le chômage, la précarité font bien plus que fâcher ceux qui sont frappés par ces maux, elle les place au bord du gouffre, dans la détresse, la crise, la maladie et autres souffrances. Hollande a un comportement indigne, autant sur le plan intérieur que dans sa politique international, mais je devrais faire attention à ce que j’écris maintenant que je sais que nous sommes surveillés grâce à ces promoteurs de la liberté que sont Hollande, Valls et leurs amis. Vive la démocratie et le respect de nos valeurs « universelles » !
    * Il ne dit rien, mais annonce par la voix de Macron qu’on continue dans la même direction pour le plus grand bonheur de Gattaz, qu’on n’entend plus tellement il est heureux

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