30 juin 2015

Grèce, le jour J


Lundi 29 juin, sans surprise, le premier ministre grec a instauré le contrôle des changes, le plafonnement des retraits bancaires pour les détenteurs de cartes grecques à 60 euros par personnes, et la fermeture des banques et de la Bourse d'Athènes.


La zone euro est en passe de perdre l'un de ses membres, et l'Europe son mythe de solidarité.
 
Quelques sites publiaient déjà des conseils pour touristes inquiets.

Lundi soir, quelque 17.000 personnes manifestaient au coeur d'Athènes contre l'ultimatum des créanciers.

Sur la filiale française du Slate américain site qu'il administre , Jean-Marie Colombani, ancien patron du Monde, éructe sa rage contre Alexis Tsipras et son parti Syriza: "un groupe de rupture, antisystème, anticapitaliste, et pour finir anti-européen, dont le modèle, s’il existe, doit être recherché du côté du Venezuela de feu Hugo Chavez"; "un national-populisme avec comme moteur en lieu et place de la dénonciation du diable américain"...

Plus triste, et tout aussi peu surprenant, la Commission de Bruxelles fustigeait l'initiative référendaire du premier ministre grec.

C'était pourtant la première fois depuis 2010 que les électeurs grecs étaient appelés à voter sur ce qui allait leur arriver et non sur de simples promesses.

L'ancien patron du FMI, Dominique Strauss-Kahn, suggérait au contraire sur son Twitter trois mesures qui donnait au moins partiellement raison à Alexis Tsipras qui venait de refuser le dernier ridicule chantage du weekend: "Fournir plus d’aide pour seulement rembourser les créanciers publics existant est tout simplement inepte". DSK suggérait plutôt d'annuler une partie de la dette grecque et de rééchelonner le reste; et de suspendre tout financement nouveau. Un journaliste d'Europe 1 s'indignait sur Twitter que le bulletin de vote proposé aux Grecs pour leur référendum dimanche prochain soit si succinct et figure le "NON" avant le "OUI". Que disait le même quand en 2005 il fallut voter Oui ou Non sur un texte de Constitution européenne de quelque 300 pages ?

Rien.

Disqualifier cette démarche démocratique est la seule chose qui reste à quelques-uns partisans du remboursement d'une dette grecque asphyxie l'Europe par le Sud.

Deux prix Nobel de l'Economie expliquaient combien les dirigeants de l'eurogroupe étaient irresponsables.


Depuis quelques jours, vendredi dans la nuit pour être exact, l'euro-zone et quelques autres stressent. "La BCE prête à tout pour apaiser les marchés" nous apprend le Figaro

"Le soleil continuera à se lever. (...) Les Grecs doivent rester calmes et sereins en dépit des menaces et du chantage". Alexis Tsipras

Les Européens également. 

27 juin 2015

NSA, Daech, FMI: ceux qui abiment la démocratie (425ème semaine politique)



Des violences physiques contre les précaires de l'un des nouveaux barbares du monde digital aux attentats meurtriers commis au nom de Daech, du feuilleton grec "Finance contre Peuple" à l'espionnite américaine contre ses alliés français et européens, la démocratie  souffre mais ne se rend pas. En fin de semaine, il y avait une note d'espoir, à Athènes.



Espionnite contre démocratie
Une "folie américaine", s'indigne le Monde. La révélation par le site Wikileaks animé par Julien Assange, et, en France, les journaux Mediapart et Libération, combien la NSA américaine avait espionné nos présidents et ministres français a fait grand bruit dans ... le microcosme. Ses écoutes massives abiment encore davantage la démocratie américaine.

Qu'y apprend-t-on ? Que la NSA dispose d'installations d'espionnage logées dans les ambassades américaines, notamment à Paris; que les numéros de téléphones de nos présidents et de leur entourage sont sur la liste des écoutes; que Nicolas Sarkozy confiait en privé qu'il se voyait sauveur du monde lors de la crise de 2008, et qu'il était convaincu que "que Washington tient désormais compte de certains de ses conseils. Qu'à peine parvenu au pouvoir, Hollande se déclare "très inquiet pour la Grèce".

Bref, il y a peu de révélations importantes dans l'affaire. Edward Snowden, cet espion américain que la France a refusé d'accueillir, avait balancé beaucoup, il y a deux ans. C'est plutôt l'emballement de la NSA à espionner tout ce qui passe, tout ce qu'elle peut, qui surprend. Pourtant, même ce dernier point n'excite plus grand monde une fois qu'on s'extrait des plateaux radiophoniques ou audiovisuels. Aurait-on collectivement renoncé à une démocratie  pure et parfaite? L'indignation bruyante est devenue si contradictoire et aléatoire qu'elle n'est plus fiable. On hurle contre cet espionnage, mais les coulisses maléfiques d'un Daech ou de l'administration Poutine indiffèrent. On raille le silence officiel français contre les dérives de la NSA, mais nos médias - et leurs utilisateurs - ne protestent que très rarement, et très discrètement contre les nouveaux espions du monde moderne que sont les réseaux sociaux. Certains politiques réclament l'expulsion de l'ambassadrice américaine à Paris; d'autres qu'on dénoue nos relations diplomatiques avec les Etats-Unis; mais qui appelle au boycott de Facebook ou de Google ? En d'autres termes, le microcosme politico-médiatique, qui englobe jusqu'aux commentateurs amateurs les plus virulents de l'actualité, semble passer à côté de l'espionnage digital général qui frappent nos démocraties.

Il y a d'ailleurs fort à parier que l'immense majorité du pays est occupée à autre chose. Les dernières statistiques du chômage officiel publiées cette semaine sont exécrables - près de 3,5 millions de sans-emplois et davantage encore de familles inquiètes par cette précarité durable. Même les violences de quelques chauffeurs de taxi parisiens contre chauffeurs et clients de Uber à Paris - 7 blessés et 70 véhicules brûlés vendredi - semblaient plus proches et plus graves. Et pour une raison simple: aucun secteur économique n'est plus à l'abri d'une "überisation" rapide, violente et intégrale de sa filière. C'est-à-dire la disqualification instantanée de nos anciens modèles économiques par la mondialisation et l'innovation technologique. Cette nouvelle "économie du chacun pour sa gueule à l’ère de la débrouille", sur fond de chômage de masse et d'intoxication marketing choquent. La rapidité de ces transformations désemparent. Dans un autre secteur, la distribution de livres, le géant Amazon a annoncé ces derniers jours qu'il rémunérerait les auteurs indépendants de livres en fonction des pages lues. Ce retour généralisé aux pratiques du capitalisme naissant et ordurier des années 1850 est une autre facette d'un nouveau monde, que l'on décrit pourtant habituellement comme moderne, innovant, partageux.

La "coolness" du monde digital cache des monstruosités archaïques qui abiment la démocratie.

Ces révélations de Wikileaks coïncidaient avec le vote définitif de la Loi sur le Renseignement à l'Assemblée nationale. Cette loi est une tâche dans la démocratie à plus d'un titre. Cette loi promeut l'espionnage de nos concitoyens avec peu de contrôle et, surtout, pour des motifs sans aucun rapport avec le terrorisme comme la "prévention des atteintes à la forme républicaine des institutions, des violences collectives de nature à porter atteinte à la sécurité nationale" ou les " intérêts économiques, industriels et scientifiques majeurs de la France." Est-on choqué par l'espionnage de la NSA parce qu'il s'agit d'un espionnage ou d'un espionnage étranger ? Deux jours après ce vote funeste, un nouvel attentat islamiste frappe le pays. Un chauffeur de colis, déjà repéré par la DCRI comme islamiste radical, décapite le directeur de son entreprise, avant d'exhiber la tête de la victime, entourée de drapeaux islamistes au grillage de l'installation, puis de jeter son fourgon contre d'une usine de gaz dans l'Isère. En garde à vue, il s'est muré dans son silence.  Sur BFM, le criminologue Alain Bauer évoque sur BFM un "terrorisme de proximité", un "Lumpen-terrorisme", le terrorisme du pauvre. D'autres sarkozystes accusent le gouvernement de laxisme. Cette récupération politique indigne impressionne peu. Hollande relève le niveau d'alerte Vigipirate,

En Tunisie, au même moment, un terroriste, seul avec ses armes à feu et quelques grenades, fait un carnage dans deux hôtels sur la côte, tuant jusqu'à 39 personnes, essentiellement des touristes, c'est une boucherie.

En plein Ramadan.

Sur les ondes de France info, l'ancien agent secret devenu député des Républicains Alain Marsaud s'exclame: "la France est en guerre contre l'islam". Confondre l'islam avec ses fous, c'est comme assimiler la démocratie à la NSA, c'est-à-dire stupide. A Koweit-City, le même jour, un autre attentat anti-Chiite dans une mosquée et revendiqué par Daech fait 27 morts. Islam contre Islam ? Daech est d'abord une entreprise criminelle. Les coulisses du proxénétisme guerrier de Daech sont révélées par le témoignage d'une Française revenue de Syrie.

En Grèce, ce n'est pas le terrorisme mais la finance qui oeuvre contre la démocratie. Le feuilleton "Tsipras contre Troika" joue ses derniers épisodes. Toute la semaine, on attend. La NSA ne nous apprend rien, ou très peu, sur la Grèce. 

On ne sait pas ce que les dirigeants américains ont appris à l'insu du plein gré de leurs homologues grecs, dans cette période troublée depuis 2006. Il y aurait pourtant de belles révélations à faire. Après la victoire du PASOK aux élections de 2009, le nouveau premier ministre grec révélait à ses homologues stupéfaits que les comptes publics du pays avaient truqués, que les déficits et l'endettement étaient autrement plus dégradés. On apprendra plus tard que cette falsification avait été entreprise avec le concours actifs de quelques banques d'affaires américaines et européennes. La crise de la dette grecque ne fait que commencer, avec ses soubresauts multiples, jusqu'à la victoire de Syriza aux élections de janvier dernier.

En Grèce, la NSA aurait pu nous apprendre bien des choses, sur l'évasion fiscale ou la corruption des élites, ou encore le rôle trouble des banques occidentales.  

En Grèce, la démocratie lutte toujours contre la finance. 
Lundi et mardi, on semblait proche d'un accord entre le gouvernement Syriza et les créanciers du pays - BCE, FMI et Union européenne. Tsipras accepte d'augmenter, un peu, la TVA, et de baisser les retraites de plus aisés. Le quotidien grec Kathimerini publie le plan grec: un relèvement de la TVA pour 2,1 milliards d'euros, des cotisations salariales pour 1,9 milliard d'euros et des taxes sur les entreprises de 2,2 milliards d'euros. Comme souvent, Pierre Moscocivi, l'ancien ministre des finances de François Hollande devenu commissaire européen, déboule trop tôt sur France inter pour confier son soulagement. Mais mercredi, patatras! Ces efforts sont jugés insuffisants pour le FMI. Christine Lagarde fait la "fine bouche". Elle exige davantage de coupes de dépenses. "Si un Grexit arrive, ce sera parce que les créanciers, à tout le moins le FMI, l’auront voulu" commente Paul Krugman, prix Nobel d'Economie.

La tension est à son comble. Jeudi, de nouvelles rumeurs selon lesquelles la BCE abandonnerait les banques grecques dès le 1er juillet refont surface. Vendredi, dernier chantage euro-bancaire, une proposition de prêts supplémentaires de 15 milliards d'euros en échange d'une signature d'un accord à l'issue de la réunion de l'Eurogroupe samedi. Le plus cocasse de cette proposition est que les 15 milliards proposés pour rembourser les créanciers seront financés... par les mêmes créanciers. Un tour de passe-passe pour faire plier Tsipras. Techniquement, la Grèce est en faillite lundi 30 juin.
"La Grèce est et restera une partie de l’Europe, mais l’Europe n’est rien sans la démocratie." Alexis Tsipras, 26 juin.
Vendredi 26 juin vers minuit, Alexis Tsipras donnait une leçon de démocratie à ses collègues européens. Dans une allocution télévisée, il explique qu'il convoque un référendum le 5 juillet: "La question qui sera posée au référendum dimanche prochain sera de savoir si nous acceptons ou rejetons la proposition des institutions européennes. Je demanderai une prolongation du programme de quelques jours afin que le peuple grec prenne sa décision."  Jean-Luc Mélenchon, affecté par le décès d'un proche camarade et dirigeant du Parti de Gauche, applaudit. Et rappelle une évidence: "si, par les violences de la Banque centrale, le système bancaire grec s’effondre, si la Grèce est mise en banqueroute, les Français devront payer 40 milliards d’euros et les Allemands 60 milliards."



La démocratie est toujours plus imparfaite dans le respect de ses principes que les dictatures dans les leurs. Mais jusqu'où allons-nous supporter d'aller ? 

 

En Grèce, Alexis Tsipras montre un chemin.






Crédit illustration: Dozone Parody

24 juin 2015

C'est en Grèce que l'Europe peut dégouter de l'Europe



Il n'y a pas de solidarité sans preuve de solidarité. L'Union européenne, cette belle promesse faite aux peuples d'Europe pour les sortir de leurs zizanies meurtrières depuis les affres de la dernière guerre, est à l'épreuve en Grèce. Un pays dont les autorités passées, aidées de quelques banquiers privés, ont menti sur l'état de leurs comptes; un pays berceau de la démocratie européenne mais passé en dictature sous des colonels il y a à peine 40 ans; un pays moqué pour la corruption de ses élites par des élites nord-européennes par ailleurs friandes de "bygmalionneries"; bref ce pays dont personne ne doute dans l'Occident chrétien qu'il fait partie de l'Europe, est aujourd'hui soumis à rude épreuve par la logique implacable de la créance internationale.

Il n'y a pas de solidarité sans preuve de solidarité. C'est en Grèce que l'Europe peut dégouter de l'Europe, même les Européens les plus convaincus. 

Les tractations de ces dernières heures ont peut-être cassé le front des créanciers. Quelques Européens, même les plus libéraux comme l'ancien patron premier ministre du premier paradis fiscal d'Europe, Jean-Claude Juncker, ont salué les efforts du gouvernement grec qui, s'il a accepté d'augmenter les impôts et de baisser les retraites, a limité ces derniers points aux revenus les plus élevés. Mais pour "le FMI continuerait à faire la fine bouche sur la TVA et les retraites" nous explique l'un des envoyés spéciaux du Monde.

Les épreuves de cette solidarité sont connues, et dépassent largement la seule échéance théâtralisée du 30 juin prochain. La Grèce, onze millions d'habitants, est endettée à hauteur de 317,094 milliards d'euros, soit 177,1 % de son PIB défaillant après une cure austéritaire que peu de démocraties occidentales ont connu depuis 30 ans.

D'ici à la fin du mois de septembre, les épreuves de cette solidarité sont au nombre de 25, autant d'échéance de remboursement qu'il faudra bien gérer.

30 juin : 1,539 milliard d'euros au FMI.

10 juillet : 2 milliards d'euros de bons du Trésor.

13 juillet : 450,475 millions d'euros au FMI.

17 juillet : 1 milliard d'euros de bons du Trésor.

20 juillet : 2,095 milliards d'euros à la BCE.

20 juillet : 1,360 milliards d'euros aux banques centrales nationales.

20 juillet : 25 millions d'euros à la Banque Européenne d'Investissement.

7 août : 1 milliard d'euros de bons du Trésor.

14 août : 1,4 milliard d'euros de bons du Trésor.

20 août : 3,020 milliards d'euros à la BCE.

20 août : 168 millions d'euros aux banques centrales nationales.

4 septembre : 300,317 millions d'euros au FMI.

4 septembre : 1,4 milliard d'euros de bons du Trésor.

11 septembre : 1,6 milliard d'euros de bons du Trésor.

14 septembre : 337,856 millions d'euros au FMI.

16 septembre : 563,094 millions d'euros au FMI.

18 septembre : 1,6 milliard d'euros de bons du Trésor.

21 septembre : 337,856 millions d'euros au FMI.

9 octobre : 1,4 milliard d'euros de bons du Trésor.

13 octobre : 450,475 millions d'euros au FMI.

6 novembre : 1,4 milliard d'euros de bons du Trésor.

7 décembre : 300,317 millions d'euros au FMI.

11 décembre : 2 milliards d'euros de bons du Trésor.

16 décembre : 563,094 millions d'euros au FMI.

21 décembre : 337,856 millions d'euros au FMI.



Source: http://graphics.wsj.com/greece-debt-timeline 
via un aimable lecteur et contributeur, "BA".

20 juin 2015

Le jour où le rêve européen s'est éteint (424ème semaine politique)

L'hystérisation médiatique bat son plein, souvent sur le vide. Mais parfois, l'actualité politique, la vraie, prend le dessus. Ces moments, rares, sont souvent les plus graves. Cette semaine, il fallait oublier les commentaires sur la présidentielle de 2017, le remaniement ministériel discret, les éructations fascisantes contre le droit du sol. Il y avait plus grave, l'Europe, une belle conception politique de l'après-guerre, pouvait sombrer sous nos yeux ébahis.


La finance contre la démocratie
C'est un vrai sujet, si vrai et grave qu'il parvient péniblement à occuper quelques minutes du débat politique en France. La Grèce arrive au bord du gouffre, à tel point que la presse nationale française s'est trouvée contrainte d'en faire ses premières pages. Cette semaine était la dernière pour négocier un compromis entre les autorités grecques et les créanciers institutionnels du pays. La Grèce doit rembourser 1,6 milliards d'euros le 30 juin, et obtenir encore 7 autres milliards pour assurer la suite. La faillite n'est plus un tabou, mais une option. C'est l'issue la plus probable des quelques heures qui séparent l'Europe et le pays de l'échéance fatidique.

Les éditorialistes libéraux raillent le jeune premier ministre Tsipras, s'énervent contre l'impétrant qui aurait voulu faire croire que "tout était possible". Dans les colonnes du Monde, Arnaud Le Parmentier est un modèle de ces critiques. Il y aurait eu, estime-t-il, "maldonne sur tout, ou presque": Tsipras aurait eu tort de "jouer au plus fin"; il aurait naïvement cru qu'il pourrait négocier; il aurait hypocritement tenté de faire croire que "la solidarité européenne (avait) été détournée par les banques". 

Contre Tsipras, le mépris était palpable. "La fin de la récréation a sonné pour le gouvernement grec" ose lâcher le premier ministre belge, un pays qui a mis 541 jours à se doter lui-même d'un gouvernement. Quel Grec pense qu'il est en récréation ? Ce trop petit ministre belge a-t-il conscience de la situation sanitaire en Grèce ? Christine Lagarde, la directrice générale du FMI, au sortir des réunions du 18 juin, n'est pas moins insultante: "L'urgence est de rétablir le dialogue, avec des adultes dans la pièce". Cette dame était ministre des finances de Nicolas Sarkozy quand la dette française explosa de 600 millions d'euros supplémentaires.

Sans commentaires.

Jusqu'au boutiste, Lagarde l'est assurément. Au point d'énerver un éditorialiste peu suspect de "vrauchisme", Jean Quatremer, l'envoyé spécial à durée indéterminée de Libération à Bruxelles: "Il faut licencier Christine Lagarde !" s'exclame-t-il sur son blog: "Ses exigences de nouvelles et sévères coupes budgétaires sont politiquement inacceptables pour la Grèce, ce qui rend de plus en plus probables un échec des négociations en cours et un défaut de paiement à la fin du mois ou dans les semaines qui suivent".

Qui dit mieux ? 

Un nouveau rapport, publié à l'initiative du parlement grec et réalisé par quelques experts internationaux, rappelle pourtant ce que l'on sait déjà: avec la complicité du gouvernement conservateur d'antan, la dette grecque, principalement contractée auprès de banques privées, a été transférée aux Etats en contrepartie de réductions sociales assez inouïes. Pour ce dernier round, le FMI et la BCE, qui a injecté quelques 1.000 milliards d'euros de liquidités sur les marchés boursiers depuis un an pour faire baisser, en vain, le cours de l'euro, réclament une baisse des retraites en échange d'un nouveau prêt.

La fin de l'Europe
Toute la semaine, les créanciers ont même orchestré la fuite d'informations alarmistes pour effrayer la population et provoquer un "Bank run", une ruée vers les banques et faire ainsi pression sur le gouvernement hellénique: lundi, c'est une rumeur de fermeture des banques et de blocage des comptes, que publie un quotidien allemand; jour après jour, la BCE fait fuiter le montant des retraits pour mieux entretenir le feuilleton. Mercredi, elle publie un rapport alarmiste sur le "Grexit", la sortie de la zone euro du pays. Jeudi, Benoît Cœuré, membre (français) du directoire de la BCE, émet des doutes sur la réouverture des banques grecques lundi 22 juin, jour d'un ultime conseil européen décidé en "urgence". Sur les réseaux sociaux, l'ancien ministre (flemmard) français Pierre Moscovici, devenu commissaire européen, conclue chaque journée ou réunion de tweets métaphoriques ou lunaires.
"Il s'agit de maintenir la pression sur le gouvernement grec pour qu'il finisse par capituler devant les exigences des créanciers, pas de conduire à la faillite avant cette capitulation du système financier grec, car, alors, le Grexit deviendrait inévitable." Romain Godin, La Tribune, 20 juin 2014
En Grèce, les épargnants ont donc fini par se précipiter et retirer leurs économies des établissements bancaires, 5 milliards d'euros en moins d'une semaine. Ce "Bank run" qui s'accélère nous rappelle d'autres temps, d'autres lieux. Les années 20, la République de Weimar surendettée, la montée des extrêmes, et l'issue nazie. L'Histoire ne repasse pas les plats. Mais où est passer la solidarité européenne ? Où est passé le grand dessein, cette vision de l'Europe qui rapprocheraient les peuples ? Bref, comment ne pas s'étonner que les chants européistes en faveur de "l'Europe-paix" se soient transformé aussi vite en couinements grinçants de créanciers inquiets ? 

Est-ce déjà la fin du rêve européen ? 

L'Europe n'est pas plus en forme quand il s'agit de traiter des afflux de migrants. A l'échelle du continent vieillissant, ces arrivées, dans la souffrance et le drame, sont économiquement et socialement anecdotiques. Mais une coalition improbable et inconsciente a décidé d'en faire un objet de manipulation médiatique abjecte. Les chefs d'Etat européens se divisent sur les modalités d'accueil. La France et quelques autres refusent des "quotas" de migrants par pays. Hollande et Valls le répètent encore cette semaine.

En France, quelque part dans l'opposition, Nicolas Sarkozy en meeting compare ces drames migratoires à ... une fuite d'eau dans une cuisine sous les applaudissements et les rires gras de l'assistance. "On ne peut pas traiter les migrants n’importe comment pour se faire applaudir en meeting" s'indigne le centriste UDI Yves Jego. 
"Il n’y a plus d’argent, plus d’emplois, plus de logements, mais ils ont trouvé un truc (…), ils ont considéré que la solution au problème d’immigration c’était pas de réduire, c’était de répartir . (...) Dans une maison (…), il y a une canalisation qui explose, elle se déverse dans la cuisine. Le réparateur arrive et dit j’ai une solution : on va garder la moitié pour la cuisine, mettre un quart dans le salon, un quart dans la chambre des parents et si ça ne suffit pas il reste la chambre des enfants." Nicolas Sarkozy, 18 juin 2015
Nicolas Sarkozy a dissimulé quelque 17 millions d'euros de dépenses électorales lors de sa dernière campagne présidentielle, aux frais du contribuables.

Une fuite de cerveau ? 

L'emprise des distractions
C'est un faux sujet, une distraction médiatique, une excitation politique. Nicolas Sarkozy, excité par quelques pontes des Laidsrépublicains tels Eric Ciotti, s'auto-contredit en remettant la question du droit du sol dans son agenda politique. Le "petit Français au sand mêlé" - flashback 2007, campagne réussi avant un quinquennat libératoire pour la parole des salauds - a remis en cause ce droit du sol qu'il chérissait d'une simple phrase, le 13 juin dernier: "Faut-il remettre en cause le droit du sol ? Cette question, incontestablement, peut se poser". Le pauvre homme omettait de préciser que la législation française est plus complexe - le droit du sang existe déjà, et depuis longtemps. Pire, que pouvait on comprendre et retenir de ces éructations frontistes de la part d'un homme aux commandes de la législation migratoire pendant une décennie sans quasiment d'interruption ?

Rien.


Plutôt que de plancher sur l'état social ou la vie économique, l'actualité officielle nous saoule encore sur quelques provocations frontistes ou islamistes.

Pourquoi la Raison se laisse-t-elle ainsi abuser par la Bêtise ? 

Nicolas Sarkozy est en campagne, et sa campagne se transforme en one-man-show à la Jean-Roucas. Ce show "bébête" se déroule de ville en ville. Et Sarkozy, comme emporté par les rires de l'assistance, détruit un à un ses propres convictions passées. Cette semaine, voici le droit du sol exécuté sur l'autel de la primaire UMP.

L'élection présidentielle a lieu dans deux ans et pourtant elle occupe sondagiers, journalistes et éditorialistes. On commente comment Juppé écrase Sarkozy dans les sondages. François Hollande jure qu'il n'y pense pas. Mais ses conseillers travaillent à ses discours; le président multiplie les déplacements - encore onze la semaine  dernière. Il se défend d'avoir changé, justifie qu'après le temps du redressement des comptes, qu'il a aggravé par la plus massive des politiques de baisses de cotisations sociales, viendra celui de redistribution. Ses soutiens, proches ou éloignés, n'en finissent plus de promettre "le croisement de la courbe qui s'inverse", bref la baisse du chômage et autres reprises de la croissance... l'année suivante. Les sarkozystes se félicitaient de l'agitation immobile de leur monarque et prenait sa vulgarité bling bling pour du charisme. Les "hollandistes" préfèrent commenter des succès qui n'ont pas eu lieu (sic!), comme ce retour de la croissance que l'INSEE annonce... pour l'an prochain.

Bref, ce quinquennat n'a pas fini d'être raté qu'il faudrait déjà penser au suivant.

Oui, la question de l'échec définitif de François Hollande en 2017 se pose.

C'est un vrai sujet, occulté depuis des lustres sous des cris d'orfraie et de mauvais arguments que l'on connait bien. Notre régulation des conditions et incitations au travail est-elle obsolète ? La question, tel un pavé dans la marre, a été lancée par un figure du socialisme moral, Robert Badinter, aidé d'un professeur. Son propos était simple, mais le débat actuel commence toujours par la caricature.

Loin de promouvoir la suppression de droits essentiels, il repart de l'essentiel, les droits du travail, des droits basiques dont certains, à force d'en réclamer des ajustements ou la suppression, ont oublié ce qu'ils étaient véritablement. Badinter prononce sur une onde radiophonique publique le mot honni - simplification - et voici "l'halali de gauche de gauche".

Mais il est impossible de débattre, la rage se lâche, elle utilise toujours les mêmes ressorts - disqualifier le messager, s'arrêter à une formule, dénoncer les soutiens, etc... les "hamsters de la Twittosphère" s'en donnent à coeur joie.

C'est un autre vrai sujet, plus grave qu'un voile mal placé pour provoquer les consciences laïques, l'avenir de la planète. Deux semaines de négociations préliminaires avant la grand conférence sur le climat en fin d'année à Paris, "COP21", se sont déroulées dans la plus grande indifférence. La technologie aidant, des clichés saisissant d'une Terre qui perd son eau défilent sur nos écrans connectés, mais le sujet a moins de succès que d'autres. Il s'agit pourtant d'obtenir un accord, qui est possible, pour limiter le réchauffement en deçà de 2°C d’ici à la fin du siècle. Rien que ça ...

N'oubliez pas que vous allez mourir.

"La terre devient sombre, les eaux se libèrent, et deviennent capteurs de la chaleur au lieu de la réfléchir. Ce qui accélère encore la fonte de la glace et réchauffe la terre et l’atmosphère". Jean-Louis Etienne, 3 juin 2015

Bref.

N'oubliez pas l'essentiel.


13 juin 2015

Hébétés, ils marchaient vers le désastre. (423ème semaine politique)



Manuel Valls adore le foot. Surtout quand le club de sa ville natale, Barcelone, joue. Il ne pouvait manquer cette finale de Ligue des Champions qui opposait le Barça à la Juventus de Turin. Au point d'emprunter les moyens volants de la République surendettée pour filer un soir de weekend assister à la rencontrer. C'était une faute, politique, comme tant d'autres commises en son temps par l'ancien monarque, moins grave que d'autres, presque anecdotique mais une faute quand même. C'était une faute de communication que Valls confessa en bégayant un soir de JT.

Avant, quelques coups de fil bien placés ou un plan de contre-communication bien conçu auraient suffit à maîtriser l'orage. Il n'y avait que quelques médias à encadrer plus ou moins discrètement. Ce temps est échu depuis longtemps. Internet autorise tout, et depuis longtemps. Chacun peut s'exprimer sans filtre. Personne n'a plus le droit à l'erreur, mais l'on a droit au pardon. Cette fois-ci, forcément les commentateurs s'emballent, la presse s'en saisie avec délectation, les amalgames se multiplient. La parole ne se contrôle plus.

On entend tout et n'importe quoi. Dimanche, il était triste et cocasse d'entendre un trafiquant de tableaux s'indigner de la faute. Claude Guéant n'avait pas de mots assez durs contre Valls, des mots aussi durs que sa morale personnelle était souple quand il était aux affaires sous Nicolas Sarkozy. Rappelons que l'homme a finalement confessé s'être rémunéré en primes en liquide quand il était directeur de cabinet du ministre de l'intérieur alors que c'était interdit pour le reste des effectifs policiers.

Allo, quoi ?

Jeudi, Valls confie qu'il va rembourser pour 2.500 euros.
"Si c’était à refaire, je ne le referais pas" Manuel Valls.

Sarkozy aussi a pris l'avion. 

Son service de communication a bien précisé qu'il s'agissait d'un avion de ligne pour son déplacement express en Israël, lundi 8 juin. Sur place, il congratule le premier ministre ultra-conservateur Benyamin Nétanyahou, mais il rencontre aussi le président de l'Autorité palestinienne. Et il  fustige au passage la proposition française au Conseil de Sécurité de fixer un délai de 18 mois pour négocier «une solution juste, durable et globale» au conflit israélo-palestinien, faute de quoi la France reconnaîtrait l'Etat palestinien. Sarkozy n'a pas changé, on retrouve son sionisme d'antan en quelques heures de voyage. Ce micro-périple de Sarkozy en Israel n'avait qu'un objectif, rappeler aux Français qu'il n'a pas perdu sa dimension présidentielle, qu'il avait encore une "stature" même si Hollande, fonction oblige, a démultiplié sa présence internationale depuis 3 ans. Le soir, Sarkozy donne une conférence dans la station balnéaire de Herzliya, dans la "Silicon Valley" israélienne. Son entourage précise qu'elle n'est pas "rémunérée". Ces gens sont à cran, cela en devient presque drôle. Ils voudraient qu'on oublie les casseroles aériennes et autres de Sarkofrance...

Mercredi, la presse s'attarde sur un énième meeting de l'ancien monarque, cette fois-ci à Puteaux,. On guette la petite phrase: "J'ai une pensée émue pour nos concitoyens qui ont voté à gauche avec tant d'espérance". Nous avons une pensée émue pour les militants UMP-LR qui suivront le feuilleton judiciaire de Bygmalion. Jérôme Lavrilleux, celui qui a avoué la fraude aux règles de financement électoral de la campagne de Sarko en 2012, sera confronté aux juges ce lundi.

Puteaux, fief des Hauts-de-Seine triomphants, la voisine du Levallois dirigé par le couple Balkany, mis en examen pour une cascade d'infractions; Puteaux et sa mairie qui persécute à coup de plaintes un blogueur devenu élu d'opposition trop curieux des magouilles locales; Puteaux, sa mairesse et ses HLM. La ville est un symbole de Sarkofrance, mais Sarkozy n'hésite pas à y donner des leçons d'éthique républicaine... Le Petit Journal de CANAL+ s'y régale avec les militantes locales, aussi indignées du voyage en jet de Valls qu'indulgentes avec un Le Havre-Paris en jet privé payé pour Sarko par une UMP surendettée.

La politique se résume-t-elle à ces fans-clubs vieillissants ?

Dimanche, le Parti socialiste achève son Congrès à Poitiers. C'est l'union nationale derrière François Hollande pour la présidentielle de 2017, aucun éclat de voix ni sifflet comme lors du rassemblement raté des Républicains de Nicolas Sarkozy 8 jours avant. Il n'y a même plus le suspense socialiste d'antan des négociations entre motions et autres clans puisque le vote des militants a tranché une semaine auparavant les équilibres du pouvoir. Bref, ça ronronne dans l'indifférence générale jusqu'à ce qu'une tribune violentissime de l'ancien ministre Arnaud Montebourg, désormais directeur chez Habitat, et de Mathieu Pigasse, toujours directeur chez Lazard, réveille les congressistes. "Est-il encore possible de sauver le quinquennat?" s'interrogent-ils. "Démocratie menacée", "conformisme politique", les formules claquent, les constats sont rudes. Montebourg attaque de l'intérieur; et Pigasse, qui conseille la Grèce contre ses créanciers européens, sait de quoi il parle quand il évoque l'Europe. Ces voix portent.

La politique actuelle, expliquent-ils, "répand la colère, le dépit, la violence chez des millions de nos concitoyens qui s'estiment bernés, trahis et abandonnés." Ils auraient pu ajouter "l'indifférence" à la colère. Car l'indifférence populaire est manifeste à l'encontre du sort des plus miséreux. La Vrauche accusera les médias, le gouvernement, les puissants. Le problème nous semble plus grave, plus insidieux; symptomatique d'une période incertaine qui facilite et nourrit la haine contre la générosité.

Lundi, quelque part dans le nord de la capitale, un contingent de CRS casqués attend que les premiers repas d'une soupe populaire pour migrants et pauvres en tous genres soient servis pour débouler et arrêter les clandestins. L'intervention est "musclée", une expression médiatique et hypocrite pour décrire une charge par des flics casqués en Dark Vador. Il y avait aussi une association humanitaire, et même un élu parisien, bousculé, frappé puis jeté au sol. Le drame de cette affaire est triple: ces migrants sont les premières victimes, fort heureusement expulsés d'un campement insalubre la semaine dernière Porte de la Chapelle avec le soutien d'associations humanitaires, mais sans solution de relogement. Le gouvernement sombre également. Entendre un ministre de l'intérieur se féliciter de l'humanité des interpellations, quelques heures après la diffusion de videos témoignant de la violence des faits et 17 migrants blessés par les forces de l'ordre avait quelque chose de pathétique. Mais le plus grave est que l'émoi ne concerne qu'un microcosme. D'après quelque sondages de fin de semaine, les deux tiers des Français interrogés s'en fichent éperdument.

Manuel Valls n'a pas un mot pour ce drame. A Roissy, deux enfants de 3 et 6 ans restent internés dans l'aéroport quatre jours durant. En revanche, Assemblée et Sénat tombent d'accord sur la version définitive de la Loi sur le Renseignement. En matière d'immigration comme en matière de sécurité, la gauche gouvernementale s'est glissé avec une aisance terrifiante dans les pantoufles du sarkozysme précédent.

L'extrême droite aurait un boulevard si elle ne peinait à régler ses comptes plus rapidement. Le Front national devenu mariniste cherche à exécuter le père fondateur. Cette semaine, vendredi, Le Pen père, 87 ans au compteur, planche 3 heures durant devant le tribunal de grande instance de Nanterre (Hauts-de-Seine). Il protestait contre la dissolution, au même moment, de sa fonction de président d'honneur du FN par le bureau politique du parti. Et hop ! Le patriarche est licencié par suppression de poste. Le Pen est puni par Le Pen, belle revanche de l'Histoire.

Le FN a ses méthodes que la démocratie ne peut comprendre. Un ancien responsable de la fédération de Seine-et-Marne du FN a été écroué cette semaine. Après quelques heures de garde à vue, il a avoué avoir incendier une douzaine de véhicules pour mieux dénoncer l'insécurité sur son blog.

En Grèce, le vrai combat continue. 

Une part du pays célèbre la réouverture de sa télévision publique, et la réintégration de 1.600 salariés. Il y a deux ans, le gouvernement conservateur avait fermé les ondes, du jour au lendemain. Le symbole était fort: soumis à ses créanciers, la Grèce d'alors préférait taire ses médias publics. Aujourd'hui, le bras de fer se poursuit avec ses créanciers pour le déblocage des 7,2 milliards d'euros restant à verser dans le cadre de son plan d'aide en cours depuis 2012. Le FMI réclame une baisse des retraites que le gouvernement Tspiras refuse. Sans surprise, Sarkozy fustige Tsipras, "pas à la hauteur" selon lui.

Au contraire, le jeune premier ministre grec est aux avant-postes. Il est plus et mieux qu'un lanceur d'alerte. Il nous fait comprendre in vivo vers quelle impasse nous courrons. En Grèce, les gouvernements européens ont protégé leurs banques qui avaient trop prêté. En Grèce, ce sont désormais les Etats européens qui sont débiteurs.

Peu à peu, les dirigeants européens se préparent à une faillite de la Grèce. Il y a 1,6 milliard à rembourser le 30 juin. En Bourse, et jusqu'à Wallstreet, on dévisse. A Bruxelles, on promet que la Grèce peut faire faillite sans abandonner l'euro.

On promet.

Ce qui se passe en Grèce est sans doute la seule réalité politique d'envergure à suivre en Europe. Et l'attitude de nos contemporains politiques sur cette affaire le seul feuilleton politique qui mériterait une chronique d'envergure.












Crédit illustration: Dozone Parody



11 juin 2015

Falcon: le jour où Valls trébucha en volant.

On ne s'y attendait pas tant l'homme est habituellement en pleine maitrise de sa communication personnelle. 


On ne pouvait prévoir non plus qu'une fatwa médiatico-politique puisse se déclencher sur une affaire aussi minime qu'elle est symbolique après 14 mois de gouvernement à droite de tous les objectifs politiques affichés par François Hollande pendant sa campagne de 2012. Pire encore, Manuel Valls avait commis un très petit délit de bonne éthique en comparaison des jets, cartes bleues, invitations privées, cadeaux douteux et mélanges de genres en tous genres de l'ancien quinquennat.

Bref, comment penser ou anticiper qu'un aller-retour en Falcon de la République pour assister à un match de football, une finale de Ligue des Champions à Berlin, allait coûter si cher en temps, en image et en crédit à l'actuel locataire de Matignon ?

Quatre jours après le (mé)fait, Manuel Valls et ses services en sont encore à justifier l'irréparable symbolique.

Mercredi 10 juin, le président de l'UEFA, l'honorable Michel Platini est venu à la rescousse, trois jours trop tard, pour confirmer que le premier ministre français avait une vraie raison professionnelle et politique pour venir à Berlin. L'UEFA elle-même avait déjà confirmé l'invitation toute officielle, mais c'était peu de choses à côté de l'autre révélation du jour - la présence de deux des enfants de Manuel Valls dans ce trip footballistique.

On pouvait tirer quelques enseignements rapides et provisoires de cette affaire. 

D'abord, la République est une chose précieuse qui ne souffre aucun écart en ces temps de disette publique. On ne nomme pas un premier ministre pour qu'il se comporte comme le propriétaire qu'il n'est pas des moyens publics, et même pour quelques milliers d'euros. On se souvient des cigares de Christian Blanc, éphémère secrétaire d'Etat de la Sarkofrance en 2010.

Ensuite, certaines de nos figures politiques ont la mémoire courte pour oublier les affres bling bling de Nicolas Sarkozy. Ecouter l'actuel trésorier du parti surfacturé par Bygmalion pour masquer la fraude au dépenses électorales de Nicolas Sarkozy en 2012 donner des leçons d'éthique finanière à Manuel Valls était cocasse. Ecouter François Fillon qui utilisait les Falcon de la République pour rentrer plus vite en weekend dans sa Sarthe réclamer de Valls qu'il rembourse le billet d'avion était ridicule.

Enfin, notre vie politique suit peut-être le chemin, heureux pour les citoyens, que d'autres démocraties plus nordiques ou anglo-saxonnes suivent depuis des lustres, celui de l'exigence.

L'exigence, tout simplement.

A bon entendeur...



"Fin 1995, Mona Sahlin, numéro 2 du gouvernement social-démocrate, est forcée de démissionner pour avoir réglé quelques courses, dont une barre chocolatée, avec sa carte de crédit de fonction."
Lire la suite.




6 juin 2015

422ème semaine politique: ce qui va tuer la République.

L'islam a envahi la scène politique. Mais les Français en ont ils vraiment quelque chose à faire ? La première manifestation post-Congrès des Républicains porte sur l'islam. Quelle surprise !  La France politique agonise autour de l'islam. Combien d'articles, combien de commentaires, combien de reportages audio ou radiophoniques pour nous convaincre, nous asséner que l'islam est au centre de la République laïque ?




La saison des congrès bat son plein.
Celui des Républicains ("LR") fut un semi-échec. Le vote sur le nouveau nom du parti a laissé plus de 55% des militants UMP indifférents. La salle même du Congrès, trop grande, apparaissait presque vide. Pire, les rivaux Juppé et Fillon furent copieusement hués à leur passage sur l'estrade. Un photographe du Point a même saisi dans l'instant Sarkozy éructant vers son ancien ministre des affaires étrangères.
"Comme homme politique, Sarko est formidable, mais, comme homme tout court, il est pathétique."  Nathalie Kosciusko-Morizet, le 30 mai 2015
Un instant, on a cru que Nathalie Kosciusko-Morizet s'était assuré un poste dans la nouvelle direction. Mais Sarkozy a finalement décidé de la virer. Pire encore, la semaine se poursuit avec de nouvelles révélations sur le Kazakhsgate, cette affaire de pots-de-vin versés par des proches de l'ancien monarque pour faciliter la vente d’hélicoptères français au Kazakhstan en 2009. Le Canard Enchaîné affirme qu'une avocate du dossier aurait touché plus de 7 millions d’euros de commissions, qu'elle a ensuite partiellement reversées à d'autres intermédiaires et hommes politiques.

L'UMP a changé de nom, et il n'a pas fallu attendre plus longtemps qu'un Congrès pour réaliser que rien n'avait changé.

A Poitiers, le Parti socialiste ouvre le sien dans la plus grande indifférence générale. Même le patron du Parti, Jean-Christophe Cambadélis, s'en inquiète: "c'est trop calme". L'objectif de 500.000 adhérents en 2017 fait beaucoup rire.

Et le Front national a décidé d'un autre congrès, extraordinaire celui-là, pour "tuer le père". Un congrès dématérialisé, c'est-à-dire sur Internet avec vote électronique, pour éviter les frais, qui changera les statuts et, notamment, supprimera la Présidence d'honneur occupée par le patriarche nauséabond. A quelques jours de ses 87 ans le 20 juin, Jean-Marie Le Pen, qui a porté plainte contre son éviction, a ironisé: "C'est une méthode stalinienne ce n'est pas très courant à droite".

De ces trois opérations, on ne retient qu'un point commun, leur pauvreté politique. C'est-à-dire l'absence d'idées nouvelles et de débats contradictoires sur le fond, au profit d'agitations d'appareils et de slogans marketing. Les citoyens ne s'y trompent pas. Les cohortes militantes de LR paraissent déjà démotivées, si l'on en croit l'incroyable abstention lors des votes de la semaine passée. Celles du PS sont rabougries à leur plus simple étiage - on évoque 60.000 cotisants, derrière le Front national (80.000).

En fait, le vrai débat, le pire, était encore fois ailleurs, sur l'islam.

Obsession à droite
"Nous serons avec toutes celles et tous ceux pour lesquels l’héritage de la civilisation chrétienne n'est pas une option !" clamait Nicolas Sarkozy lors du Congrès. Il ne manquait que Clovis, Charlemagne et Jeanne d'Arc pour que le discours soit complet. 

Deux jours plus tard, le président des LR a convoqué, à huit-clos, quelques élus et responsables du culte pour une journée de travail sur ... Devinez quoi... l'islam bien sûr. Le "nouveau" parti n'a que deux jours, un nouveau logo, et une boutique en ligne avec des photos de mannequins retouchés, qu'il secoue encore un peu les peurs et les phobies sur la seconde religion de France. Pour certains, ce conclave à huit-clos est en fait un "recul" puisque Sarko avait un temps annoncé l'organisation d'une grande convention sur le sujet. En d'autres termes, nous avons échappé à pire, "l'occasion pour Nicolas Sarkozy de marquer les esprits en ne buttant pas sur un tabou, six mois après les attentats de janvier", regrette le Figaro (sic!). LR est divisée: Juppé, Fillon ou NKM ont critiqué l'initiative sarkozyste. Le Conseil français du culte musulman a refusé de participer, mais quelques-uns de ses membres ont fait une courte apparition. Et aucune communication publique ne fut faite dans l'immédiat.

Le nouveau premier des sarkozystes, le jeune Darmanin, petit-fils de harkis et catholique pratiquant et revendiqué, explique : "notre méthode privilégie la réflexion aux réflexes."

Sans rire ?

Plus risible, le numéro deux du FN, Florian Philippot, s'invite sur tous les plateaux pour brailler à la persécution. Le Qatar vient de porter plainte contre lui à cause d'une de ses déclarations ("le Qatar finance l'islamisme qui tue" a-t-il déclaré dans la foulée des attentats de janvier). Valeurs Actuelles, l'hebdomadaire de la droite furibarde, consacre son numéro de la semaine à la "police de la pensée". "On ne peut plus rien dire" clame-t-on en couverture. Philippe Tesson rappelle sa "grande solitude" en janvier dernier quand il fut l'objet d'une plainte après sa saillie rabougrie, à chaud, trois jours après les attentats, contre l'islam tout entier ("C’est les musulmans qui amènent la merde aujourd’hui ! "). Philippot joue à Salman Rushdie, s'amuse le commentateur Bruno Roger-Petit.

 Philippot est-il menacé de mort ou d'une quelconque fatwa ? Non. Le Qatar porte plainte pour diffamation, rien de plus, rien de moins.

Obsession à gauche
Huit-clos ou pas, cette "journée de travail" consacrée à l'islam révèle la persistance d'une obsession réelle au coeur de la classe politique.

Cette obsession agit de manière inversée auprès d'une gauche minoritaire mais agissante qui s'est décidée à négliger le combat laïc au profit d'une défense du "musulman discriminé". Elle s'offusque de la moindre critique contre l'islam alors qu'elle n'avait pas de mots assez durs contre les conseils de vie des papes catholiques; elle s'indigne quand on pointe son aveuglement; elle peut même récusé l'existence de l'islamisme au motif que les fous de dieu seraient trop divers pour constituer une menace unifiée. Le totalitarisme religieux existe, mais cette gauche-là ne le voit plus que chez les catholiques anti-mariage gay.

Un récent exemple a été fourni par le sociologue Emmanuel Todd. Trop affairé à critiquer le parti socialiste et la présidence Hollande, il a juxtaposé quelques cartes à plusieurs décennies ou siècles de distance pour conclure que les quelques millions de manifestants après les attentats de janvier étaient les descendants politiques de Pétain ou des "catholiques zombies" (ie les héritiers défroqués des grands bastions du catholicisme français). Qu'ils "avaient en tête un tout autre programme bien éloigné de l'idéal proclamé", que "leurs valeurs profondes évoquaient plutôt les moments tristes de notre histoire nationale: conservatisme, égoïsme, domination, inégalité."

Bref.

Cette obsession sur l'islam est aussi alimentée au sommet de nos institutions. On ne mentionnera plus Manuel Valls, ni son ministre de l'intérieur. Faute de résultats socio-économiques probants, l'équipe vallscienne est toute entière engagée à agiter d'autres diversions. Il n'est pas sûr que François Hollande, qui concourt déjà pour sa réélection en 2017, abuse du sujet religieux. Il a d'autres chats à fouetter - éviter toute candidature autonome des écologistes et pourrir la vie de l'opposition. Mais d'autres de nos politiques entretiennent le feuilleton.

A l'Assemblée, la commission d'enquête sur la surveillance des filières et des individus djihadistes vient d'adopter, à une très large majorité de ses membres de droite comme de gauche, un rapport de recommandations pour "lutter contre la radicalisation en prison", renforcer les services d'enquête et le contrôle aux frontières et "déradicaliser" les djihadistes en retour.

La guerre en Libye, la résistance de l'Etat islamique aux offensives arabes et occidentales, les naufrages de migrants fuyant les conflits et la persécution, les atrocités sanglantes et culturelles filmées et publiées par Daesch sur le YouTube de la planète sont également autant d'éléments d'un spectacle qui entretient la peur et facilite les diversions. Mercredi, le Monde consacre encore deux pleines pages intérieures au conflit, après les chutes de Ramadi et de Palmyre. Mardi, la loi sur le Renseignement déboule "en urgence" au Sénat. La démocratie s'est faite vigipirater sans débat ni recul.

Coincé entre ces deux bêtises - une naïveté qui refuse de combattre le totalitarisme religieux sous prétexte qu'il s'agirait de la religion des faibles face à une islamophobie obsessionnelle qui dépasse la frontière du racisme - le débat politique et nos médias s'enfoncent dans la médiocrité.

Cette obsession sur l'islam paraît déconnectée de la réalité. Dans un sondage publié cette semaine, quelque trois quarts des Français interrogés déclarent avoir une "image positive" de cette religion. On ne compte plus pourtant les sujets plus graves, plus sérieux, plus concernants  dans cette Vème République finissante: le désintérêt citoyen pour le vote, les préoccupations de la "France d'à-côté", la progression du chômage (encore 26.000 sans-emplois supplémentaires en avril), l'échec de la politique de l'offre version Hollande et ses milliards d'exonérations fiscales), la lutte contre le réchauffement climatique, ou même la guerre économique faite à la Grèce. La guerre contre la finance se joue là-bas, devant nos yeux.



La France vit un mauvais cauchemar. Elle ne vit pas la crise terrifiante que quelques voisins latins comme la Grèce ou l'Espagne subissent.

Mais elle agonise politiquement, à petit feu.



Tchip.






Crédit illustration: Dozone Parody


5 juin 2015

La photo qui fait mal à Sarko

Il est là, au premier rang. 

Il semble crier, comme les autres. 

Juppé est sur l'estrade, il marche vers la sortie. A moins qu'il n'arrive. On sait qu'il était alors copieusement sifflé pendant ce Congrès dé-fondateur des Républicains, dimanche dernier.
Sarkozy crie quelque chose en regardant Juppé, le visage dur, le regard méchant.

Cette photo de Micky Clément, pour le Point, fait mal, très mal.

Elle n'est pourtant qu'une énième illustration visuelle du comportement d'un homme que nous connaissons bien.

Qui sera surpris ? 
Merci à Cyril Marcant.

3 juin 2015

De Thévenoud à Sarkozy. La politique sans commentaire

Qu'allait-il faire sur les plateaux télévisés, en l'occurrence celui d'iTélé ? Thomas Thevenoud, éphémère secrétaire d'Etat au commerce extérieur, 9 jours en poste avant d'exploser en vol dans un (mini)scandale qui fit grand bruit, était venu ce défendre, ce mardi 2 juin 2015. Le même jour, il se défendait d'une tribune dans Libération.

Ce dernier article était accompagné d'une photo de Thévenoud les pieds en équilibre sur les plinthes d'un couloir en travaux. Le cliché était improbable, et fut rapidement, et à juste titre, tourné en dérision sur les réseaux sociaux.

Thévenoud accusait Manuel Valls et le gouvernement tout entier d'être responsable d'une plainte de Bercy.

Thévenoud n'a pas démissionné de son mandat de député. Cela gêne dérange, agace, irrite quelques bonnes consciences (dont votre serviteur) qui préfère qu'un élu de la République rende ses mandats aux électeurs quand il est convaincu d'écarts avec la loi. Bref, Thévenoud a été acculé à la démission, expulsé du Parti socialiste, mais il a tenu bon et il est encore là. A défaut, sa vie politique ne tient plus qu'à cela; même son épouse en a perdu son emploi.

Huit mois après l'affaire, voici que quelques journalistes  sont informés que Bercy déclenche une plainte pour fraude. Ils l'apprennent une quinzaine de minutes après que le député ait récupéré son courrier officiel à la Poste. Il y a des fuites qui sont vraiment rapides.

Thévenoud a raison sur un point: la centaine de milliers d'euros que Thévenoud devait au fisc a été payée, comme d'autres fraudeurs qui passent, plus riches, sans souci, par la cellule de régularisation de Bercy. Mais il a tort sur un autre: la politique se nourrit de symboles. Et certains sont des décapitations politiques.

Il y avait plus grave, plus drôle, que le retour imprévu du député Thévenoud.

Nicolas Sarkozy communiquait encore. Après le fiasco de son Congrès fondateur - une salle à moitié vide, des sifflets pour Juppé et Fillon - l'ancien monarque continue de parler.

Et parfois, nous pouvions rire.


La République de la confiance de Nicolas Sarkozy, quand ce dernier était en "poste", a espionné des journalistes; désaisi des juges sur des affaires gênantes; manipulé des sondages; fraudé aux règles de financement électoral; dépensé sans compter l'argent public; et empilé un abécédaire inédit de promesses non tenues

La République de la confiance de Nicolas Sarkozy est rancunière. Sarkozy menace de "crever le bègue" en désignant François Bayrou.


La République de la confiance de Nicolas Sarkozy est un oxymore assez détestable.

Avis aux amateurs.